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- Ondes électriques du cerveau et intelligence chez les malades mentaux - article ; n°1 ; vol.50, pg 677-703

De
28 pages
L'année psychologique - Année 1949 - Volume 50 - Numéro 1 - Pages 677-703
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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W. Liberson
V. - Ondes électriques du cerveau et intelligence chez les
malades mentaux
In: L'année psychologique. 1949 vol. 50. pp. 677-703.
Citer ce document / Cite this document :
Liberson W. V. - Ondes électriques du cerveau et intelligence chez les malades mentaux. In: L'année psychologique. 1949 vol.
50. pp. 677-703.
doi : 10.3406/psy.1949.8485
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1949_hos_50_1_8485V
ONDES ÉLECTRIQUES DU CERVEAU
ET INTELLIGENCE CHEZ LES MALADES MENTAUX 1
par W. T. Liberson
Hartford, Connecticut.
I. — Introduction.
Les recherches visant les corrélations éventuelles entre l'inte
lligence et les caractères de l'électroencéphalogramme (EEG)
ont été conduites par plusieurs auteurs (10), surtout chez les
enfants et les arriérés mentaux. Kreezer a montré que les indices
de l'activité alpha tendent à s'améliorer avec l'âge mental chez
ces derniers (9). Knott et coll. (8) ont trouvé une corrélation
de .50 entre la fréquence des ondes alpha occipitales et l'inte
lligence chez les enfants de 8 ans. Aucune corrélation significative
n'a été trouvée chez les enfants au-dessus de 10 ans (6, 8 et 19).
Au cours d'une étude antérieure, conduite sur les mécaniciens
de chemin de fer (Liberson (11) 2), une notion se dégagea : les
corrélations sélectives peuvent exister entre les divers aspects
de l'intelligence, d'une part, et les caractères de l'EEG, de
l'autre. C'est ainsi qu'aucune différence significative n'a été
trouvée entre les notes obtenues dans un test d'intelligence
générale par les sujets caractérisés soit par la présence des ondes
alpha occipitales quasi-continue (groupe des « dominants »),
soit par une activité alpha intermittente et irrégulière (les
1. Ce travail a été effectué dans la plus grande partie à 1' « Institute of
Living » dirigé à l'époque par le Dr C. C. Burlingame récemment décédé.
M. Burlingame a largement facilité son exécution.
2. Cette recherche avait été faite en collaboration avec la regrettée
D. Weinberg. Son nom n'a pas été attaché à la publication citée à cause des
circonstances créées par la guerre. 678 PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE
« mixtes », d'après la classification des Davis (3)). Par contre,
les « dominants » se sont montrés supérieurs aux « mixtes » en
ce qui concerne 1' « intelligence technique » ainsi qu'un certain
d' « efficience ». Curieunombre d'autres tests chargés de qualité
sement les sujets dont les EEGs n'ont pratiquement pas montré
d'activité alpha (les « rares ») pas manifesté de telles
différences.
Il était naturel de confronter les résultats de cette recherche
avec ceux des études inaugurées par Binet et Simon (2) et
poursuivies plus récemment en Amérique par Babcock (1),
Wechsler (21) et Shipley (21) sur les malades mentaux. D'après
ces recherches, ces malades et, tout particulièrement les malades
atteints d'affections organiques du cerveau, peuvent présenter
une dissociation entre 1' « intelligence active » et 1' « intelligence
passive ». L'intelligence passive peut être facilement évaluée
par une épreuve de vocabulaire, alors que l'intelligence active
peut être soumise à un test qui vise l'aptitude à déceler la nature
des liens entre les éléments d'une série de termes régie par une
loi commune. Ces deux genres d'épreuves, comprenant des ques
tions de difficulté croissante, constituent le test de Shipley.
Les deux sous-tests, celui du vocabulaire et celui de l'intell
igence conceptuelle, ont été étalonnés sur des collégiens en années
d'âge, soit âge verbal, soit âge conceptuel. L'individu normal
« moyen » serait caractérisé par le même âge verbal et concep
tuel qui d'ailleurs le même que son âge mental établi par
d'autres tests psychologiques. Chez un tel individu, les notes
obtenues dans le sous-test du vocabulaire et celui de l'intell
igence abstraite seront approximativement les mêmes et le quo
tient de ces dernières sur les premières (« quotient conceptuel »)
tendera vers l'unité (21). Lorsque, à cause d'une maladie ment
ale, l'intelligence conceptuelle subit une baisse, le quotient
conceptuel peut en évaluer le degré. Dans ces cas l'aptitude
à la conceptualisation est plus ou moins au-dessous du niveau
caractérisé par le vocabulaire conservé du malade.
Shipley et Burlingame (22) ont montré que la baisse du
quotient conceptuel est plus prononcée chez les malades « orga
niques » que chez les « fonctionnels ». Le travail cité plus haut
suggère cependant qu'une association entre la perturbation
sélective de l'intelligence « efficiente » et la désorganisation de
l'activité alpha peut être trouvée même chez les sujets normaux.
Dans les deux cas l'intelligence paraît se stratifier suivent
le même plan de clivage. D'un côté apparaissent les caractères T. LIBERSON. ONDES ÉLECTRIQUES DU CERVEAU 679 W.
d'efficience d'activité, de pensée conceptuelle, créatrice, la faculté
d'apprendre sur le champ les notions nouvelles. De l'autre, les
aspects de reconnaissance passive des notions préalablement
acquises, s'exprimant, en particulier, par la richesse du voca
bulaire, l'étendue des connaissances générales (Fig. 1).
L'on pouvait se demander si l'étude des EEGs ne constitue
pas un moyen plus fin et plus sûr que les critères de diagnostic
clinique pour dépister l'ébranlement somatique du cerveau, et,
par conséquent, pour déceler les associations entre un tel ébran
lement et la dissociation des facultés intellectuelles. La popul
ation des malades mentaux offre un champ particulièrement
favorable à une telle étude. D'abord l'on y constate une grande
diversité des aspects normaux et anormaux de l'EEG. Ensuite
l'étendue de la dissociation intellectuelle peut être considérable
chez certains de ces malades, même atteints d'affections dites
fonctionnelles, alors que chez certaines autres on observe des
aptitudes à la conceptualisation bien au-dessus de la nor
male.
Ainsi nous avons mis en corrélation les degrés d'anomalies
EEG, évalués d'après une classification décrite antérieurement
(12, 17) et les notes obtenues dans le test de Shipley. Cette
classification reconnaît les cinq groupes suivants : I. EEGs les
plus anormaux (activité soit la plus lente, soit spécifiquement
anormale). II. Activité rapide envahissant les régions occipitales.
III. Anomalies modérées. IV. EEGs liminaires et V. EEGs
normaux.
Une difficulté a surgi dès le début de ces recherches (12). Les
quotients conceptuels se sont montrés sous la dépendance de
l'âge des malades, quel que soit le diagnostic clinique. Cette
constatation était d'ailleurs en accord avec les recherches de
Miles et Miles (20), de Jones et Conrad (1), de Wechsler (24),
de Babcok (1), pour ne citer que les auteurs qui se sont occupés
en Amérique de ce problème. Shipley a étalonné son test sur
un groupe de jeunes collégiens. L'application de ce test aux
individus d'âge mûr pouvait être entachée d'erreurs. Nous avons
par conséquent consacré la première partie de notre travail à
l'effet de l'âge sur le « quotient conceptuel » et la dissociation
intellectuelle. Nous avions ainsi été amené à définir un nouvel
indice que nous appelons « indice ». Cet indice peut
être appliqué quel que soit l'âge du sujet. La deuxième partie
de la présente étude concerne les corrélations entre l'intelligence
soit « verbale », soit « conceptuelle » avec les caractères de l'EEG. RECHERCHES SUR LES ÉLECTROENCÉPHALOGRAMMES
Groupes d'étude
Mécaniciens
1 . Mots couplés (2e épreuve).
2. Maintien.
3. Apnée.
4. Mots couplés (lre épreuve).
5. Michotte.
6. Intelligence technique .ITi+
7. Capacité vitale.
8. Audition dans le bruit.
9. Endurance.
10. Mémoire récit.
11. Capacité de visualisation.
12. Marche échelle.
13. Éblouissement.
14. Rybakoff (mémoire concrète).
15. Tournaur.
16. Mémoire complexe (1TC épreuve) .
17. Régularité. T. de réactions.
18. Montage d'objets.
19. Traction scapulaire.
20. Moyenne après sirène.
21 . Erreurs totales. T. de réactions.
22. Intelligence générale EBt.
23. Pointage.
24. Traction lombaire.
25. Romberg.
26. Mémoire complexe (2e épreuve).
27. Moyenne. 15 lampes après sirèn
28. Rapidité \\ + V2 (lampes verles).
29. Taille.
30. Poids.
31. Pression.
32. Rapidité + R2 (lampes rouges)
33. Age.
N = I> 75 % Mécaniciens.
Groupes d'étude. III <50 %> 25 %. N = 16 /„
Fig. 1. — Profils biométriques des mécaniciens de chemin de fer dont les
EEGs appartiennent soit au groupe des « dominants », soit « aux mixtes ».
La ligne verticale descendant du point O indique l'efficience moyenne de
la population totale. Les unités de l'axe des abscisses expriment les
déviations d'un quart de l'écart étalon par rapport à la moyenne
(t = 0.25 a). La largeur du halo représente une erreur probable. Le
nombre des « dominants » était de 16 et celui des « mixtes », de 26 (11). \V. T. LIBERSON. ONDES ELECTRIQUES DU CERVEAU 681
Enfin dans le dernier chapitre nous présenterons quelques
considérations générales et cliniques relatives à ce problème.
II. EFFET DE l'aGE SUR L'INTELLIGENCE VERBALE
et l'intelligence conceptuelle visees par le test
de Shipley.
Ces recherches ont été échelonnées sur plusieurs années et
par conséquent ont été conduites sur des groupes de malades au
nombre progressivement croissant.
A. — Établissement de l'effet sélectif de Vâge sur l'intelligence
conceptuelle dans une population mixte de malades.
La première étude a été conduite sur une population mixte
de malades comprenant : 1. Sujets atteints des névroses, du
Vocabulaire 37 -
32 - - 34- c
- 27
-21 S
k
> 0 J"<?/?,y psychose
--X---X-— Avec - 8
15 20 25 30 35 40 45 50 55 60 65 70 7 5
/4y<? chronologique
l('ig. 2. — Évolution de l'intelligence « verbale » et celle de l'intelligence
« conceptuelle » en fonction de l'âge dans une population de malades
mentaux (250 sujets). Les notes sont exprimées en nombre de points,
suivant l'étalonnage de Shipley (12).
défaut simple d'adaptation à la vie sociale et d'alcoolisme (sans
psychoses) et 2. Schizophrènes, maniaco-dépressifs et individus
souffrant de psychoses d'involution. Le nombre total des sujets
était de 250. ;
682 PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE
La figure 2 exprime les résultats obtenus. Ici les notes éva
luant les résultats obtenus dans chaque sous-test sont repré
sentées par le nombre de points, suivant l'étalonnage de Shipley.
On voit d'après cette figure que :
1. Le vocabulaire s'accroît en fonction de l'âge jusqu'à 20-
25 ans; puis il décroît rapidement jusqu'à 30 ans, à peu près.
Il augmente de nouveau d'une façon modérée et progressive
jusqu'à l'âge avancé (de 60 à 70 ans); puis il manifeste une
tendance à s'appauvrir. Aucune différence systématique n'a été
trouvée entre les sujets atteints de psychoses et ceux qui en
sont exempts1.
2. L'évolution de la pensée conceptuelle suit le même mou
vement jusqu'à l'âge de 30 ans; puis elle présente un développe
ment bien différent.Une sorte de plateau se dégage en efîet entre
30 et 40 ans, puis la pensée abstraite décline suivant une pente
qui est à peu près la même dans les deux groupes de malades.
3. La similitude entre l'allure générale des courbes visant les
malades soit atteints soit exempts de psychose est frappante.
Elle traduit sans doute un phénomène biologique général et
profond, lié à l'âge et indépendant des formes cliniques des
maladies mentales. Cependant la courbe exprimant la pensée
conceptuelle des sujets atteints des psychoses se trouve, tout
entière, à un niveau plus bas que celle relative aux autres
malades. Ceci témoigne du fléchissement plus marqué des apti
tudes à la pensée conceptuelle chez les psychotiques, ce qui est
en accord avec les résultats antérieurs de Shipley et Burlin-
game (22).
B. — Confirmation de l'effet sélectif de l'âge
sur V intelligence conceptuelle dans un groupe homogène plus large.
Cent quarante et un individus atteints de névroses ont été
étudiés au cours d'une investigation plus récente. La figure 3
et le tableau I montrent les résultats obtenus. Ici les notes sont
exprimées en années d'âge, soit conceptuel, soit verbal.
1. Cependant, comme seuls ont été parmi les psychotiques ceux qui pou
vaient se prêter à ce genre d'examen, les résultats trouvés sur ces malades
ont été probablement surestimés. T. LIBERSON. ONDES ELECTRIQUES DU CERVEAU 683 "W.
TABLEAU I
Ages verbaux et conceptuels en fonction des âges chronologiques
chez 141 psychonévrotiques.
Age chronologique Nombre de cas Age verbal Age conceptuel
M. E.E. M. E.E.
17.10 ± 1.85 15-20 17.50 ± 1.10
16.81 ± 2.71 13 17.87 ± 1.58 20-30
45 18.03 ± 1.80 14.68 ± 2.88 30-40
14.85 ± 2.96 40-50 46 18.43 ± 1.89
13.45 ± 2.42 19 18.40 ± 1.86 50-60
12.73 4~ 13 18.27 ± 1.72 Au-dessus de 60.
Les données qui émergent de cette étude montrent que l'éga
lité de l'âge conceptuel et de l'âge verbal ne se voit qu'aux
environs de 20 ans. A 19
partir de cet âge, les
18 deux aspects de l'inte
17 lligence se dissocient
manifestement. L'écart 16
entre les deux s'exprime 15
sur la figure 3 par la H
zone striée. Le vocabul
13 aire augmente très mo
12 - dérément à travers les
11 - âges jusqu'à la 7e dé
cade. Au contraire l'ap- 10 \_
titude à la pensée con
ceptuelle décroît très '5 " âT, 45 55 65
Age
rapidement de 20 à 30
ans; elle se Stabilise en- FiS- 3. — Evolution de l'intelligence «verbale »
... " l f H et de l'intelligence «conceptuelle» dans un
SUlte JUSqu a la lin ûe oT0Upe de 141 psychonévrotiques. Les notes
la 5e décade. Puis elle sont exprimées en années d'âge respective
ment « verbal » et « conceptuel », suivant reprend son évolution l'étalonnage de Shipley.
déclinante. On voit
donc que l'évolution générale des courbes de l'intelligence est,
dans ce groupe homogène, sensiblement la même que celle trou
vée au cours de notre étude initiale.
Malheureusement les effets de l'âge sur le quotient conceptuel
restent peu connus en ce qui concerne la population normale.
Nous avons cependant soumis à l'analyse les données qui nous
ont été aimablement communiquées par le Dr R. H. Johnson PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE 684
et qui concernent les élèves d'une école pour écrivains de
scénarios à Hollywood. Les valeurs de Hollywood, peu nomb
reuses pour les groupes d'âge avancé, montrent cependant les
mêmes tendances générales que celles qui ont été mises en
évidence sur les malades mentaux. Le tableau II le montre, en
particulier lé phénomène de « plateau », qui à notre connais
sance n'a pas été décrit par les auteurs cités ci-dessus.
105 r
100
95
90
r5
leo
r5
70
65
60
55
25 35 65
Âge
Fig. 4. — - Évolution des quotients conceptuels chez les élèves-écrivains de
Hollywood (H, croix), les psychonévrotiques (N, points noirs) et les psycho
tiques (P, cercles blancs) .
TABLEAU II
Évolution de l'intelligence verbale et conceptuelle
chez les élèves-écrivains de Hollywood.
Age chronologique Nombre de sujets Age verbal Age conceptuel
18.9 17.9 20-24 7
25-29 14 16.2
30-39 ... 18.6 13
19.6 16.6 40-49 6
50-54. 3 18.6 14.1 T. LIBERSON. ONDES ELECTRIQUES DU CERVEAU 685 "XV.
Enfin la figure 4 représente les données établies sur les névro
tiques et les normaux, avec en plus, à titre de comparaison, la
courbe obtenue en nous basant sur l'étude de 224 schizophrènes
et maniaco-dépressifs.
C. — Établissement d'un indice conceptuel indépendant de Vâge.
Il résulte de cette étude que l'efficience d'un sujet dans le
sous-test d'intelligence conceptuelle (de Shipley) est fonction
non seulement du voca
bulaire mais aussi de ,e
son âge. La relation
avec le vocabulaire est /E
illustrée par la figure 5 14
établie sur l'étude des "s;
t3 144 sujets souffrant de ^
névroses. Cette double | 12
fonction peut être in- ^
tégrée dans une seule <r^
table de référence que 10
nous avions établie par
l'interpolation et l'e
xtrapolation des données .1— H L 15 IG ■4ge J7 verbal 18 19 20
obtenues sur les sujets
atteints de névroses. Fig. 5. — Relation entre les âges conceptuels
et les âges verbaux chez les malades atteints (Tableau III.)
des psycho-névroses (144 sujets). Si l'on veut juger de
l'aptitude à la concep
tualisation d'un individu donné, l'on doit suivre la procédure sui
vante. On détermine tout d'abord son âge verbal et son âge
conceptuel d'après le double test de Shipley. On cherche ensuite
dans la table la valeur probable de l'âge conceptuel pour un
sujet moyen du même âge chronologique et verbal. On divise
ensuite l'âge conceptuel du sujet examiné par celui trouvé
dans la table. Le quotient ainsi déterminé est, par définition,
l'indice « conceptuel ».