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Psycho 2010 - Synthèse Lancement de l'étude

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La prévention des conduites à risques en entreprise dans le domaine des risques psychosociaux Septième édition des Rencontres Psycho Mardi 8 juin 2010 Intervenants - Lancement d une étude en exclusivité Florence Terrade Maître de conférences en psychologie à l université Rennes 2 - Haute Bretagne Jean-Philippe Melchior Maître de conférences en sociologie à l université du Maine (Le Mans) Astrid Hirschelmann Maître de conférences en psychologie à l université Rennes 2 - Haute Bretagne Anne de Bohan Consultante Psya Avec la participation exceptionnelle de : Marc Daigle Professeur à l Université du Québec (Trois-Rivières, Canada), Chercheur au Centre de recherche et d intervention sur le suicide et l euthanasie (Montréal, Canada) ePsya 7 édition des Rencontres Psycho, 8 juin 2010 1 S Lancement d une étude en exclusivité Le risque suicidaire en milieu professionnel : diagnostic et moyens de prévention ERST (Évaluation des risques de suicide au travail) • Anne de BOHAN indique que le partenariat de recherche entre Psya et l Université Rennes 2 se met en uvre aujourd hui et réunit les professionnels et les universitaires autour de deux projets sur les problématiques des risques psychosociaux. Cette collaboration se fera avec le groupement CRIMSO qui s intéresse au lien social dans le domaine du ...
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La prévention des conduites à risques
en entreprise dans le domaine
des risques psychosociaux


Septième édition des Rencontres Psycho



Mardi 8 juin 2010




Intervenants - Lancement d une étude en exclusivité

Florence Terrade Maître de conférences en psychologie à l université Rennes 2 -
Haute Bretagne

Jean-Philippe Melchior Maître de conférences en sociologie à l université du Maine (Le
Mans)

Astrid Hirschelmann Maître de conférences en psychologie à l université Rennes 2 -
Haute Bretagne

Anne de Bohan Consultante Psya

Avec la participation exceptionnelle de :
Marc Daigle Professeur à l Université du Québec (Trois-Rivières, Canada),
Chercheur au Centre de recherche et d intervention sur le
suicide et l euthanasie (Montréal, Canada)

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S



Lancement d une étude en exclusivité
Le risque suicidaire en milieu professionnel :
diagnostic et moyens de prévention
ERST (Évaluation des risques de suicide au travail)
• Anne de BOHAN indique que le partenariat de recherche entre Psya et l Université
Rennes 2 se met en uvre aujourd hui et réunit les professionnels et les universitaires
autour de deux projets sur les problématiques des risques psychosociaux. Cette
collaboration se fera avec le groupement CRIMSO qui s intéresse au lien social dans le
domaine du travail.
Psya collaborera avec des équipes de chercheurs appartenant à des disciplines différentes,
afin de concentrer les questionnements sur deux champs de questionnement : l évaluation
des méthodes utilisées par Psya pour accompagner l entreprise et l évaluation du risque
suicidaire au travail.
• Astrid HIRSCHELMANN considère que l acte de suicide interroge, à leurs sources,
nos principes et modes de relations interindividuelles et inter groupaux dans le champ du
travail. Le questionnement des modes et des principes des relations humaines suggère de
sonder les manières de les régir et de les réglementer. Ce questionnement implique de se
tourner résolument du côté du droit afin de pouvoir désigner la part de responsabilité. L acte
du suicide ne dit pas forcément tout des facteurs à l origine de ce geste et notamment dans
le contexte du travail. Cet acte, pris isolément, ne permet pas de désigner et sanctionner de
réelles responsabilités.
Ce partenariat se donne comme objectif de remonter la chaîne causale qui a précédé ce
geste. Le suicide est un message avant d être une réponse, et il importe d entendre ce
message et de le déconstruire pour identifier les responsabilités au sein du système. En
formant un groupe multidisciplinaire, la présente recherche vise à distinguer les différentes
responsabilités dans une perspective représentative et préventive et à proposer une lecture
des situations qui a pour but de définir une juste implication et convocation des acteurs du
suicide lié au travail sur la scène des responsabilités.
• Jean-Philippe MELCHIOR remarque qu il y a eu un grand intérêt pour la souffrance
au travail depuis la fin des années 1990. Néanmoins, les choses ont très peu évolué depuis,
et la série de suicides dans les entreprises ces dernières années a montré que le malaise
est toujours très profond.
Depuis ses origines, la sociologie s est toujours intéressée au suicide. La notion de suicide
au travail est difficile à définir, car il y a des personnes qui se suicident sur le lieu du travail,
mais il y en a d autres qui le font à l extérieur tout en ayant comme motivation une souffrance
liée au travail. Il est vrai que les évènements extraprofessionnels jouent leur rôle dans cette
prise de décision, mais il faut garder à l esprit que ces évènements peuvent avoir eu comme
cause un rapport difficile au travail. Il n y a pas de données statistiques nationales sur le
suicide au travail, ce qui ne permet pas de voir l évolution de cette question sociale au cours
des dernières années. Néanmoins, à travers certaines études locales, il est possible
d extrapoler les résultats, avec une grande prudence, sur l échelle nationale en utilisant la
population active en emploi. Les secteurs les plus touchés sont les grandes entreprises, la
fonction publique et certains secteurs marqués par des difficultés structurelles et par
l isolement comme l agriculture ou la pêche.
De nombreux travaux ont montré comment les facteurs psychosociaux peuvent induire des
effets néfastes sur la santé.
Le premier groupe de facteurs est celui des exigences de travail élevées, que ce soit sur le
plan quantitatif ou qualitatif, dans un contexte caractérisé par l urgence et le manque
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d anticipation. Cette combinaison de l exigence du travail élevé avec une faible autonomie
favorise les troubles de la santé mentale.
Le deuxième groupe est celui du manque d autonomie et de la difficulté à utiliser ses
compétences.
Le troisième groupe est celui des conflits de valeurs qui existent dans certains secteurs
comme l action sociale et la santé. Les salariés peuvent ressentir un profond malaise
lorsqu on leur demande d accomplir des actes en contradiction avec les normes
professionnelles, sociales ou personnelles.
Le quatrième groupe de facteurs est l absence ou le faible soutien social au travail. Cette
notion de soutien social est pertinente pour repérer les situations à risque, car la dimension
relationnelle est associée à une augmentation du risque d atteinte à la santé mentale.
Dans le domaine de la prévention, la sociologie doit s intéresser au climat social de
l entreprise pour évaluer le degré de solitude qui prépare souvent les pathologies mentales
liées au travail. Certains indicateurs permettent de repérer, dans l entreprise, la présence
d un malaise favorable au suicide. On pourra se référer dans un premier temps à ceux qui
figurent dans les bilans sociaux, comme l absentéisme et le turnover. La composition du
personnel doit aussi être analysée, ainsi que les éléments du bilan social relatifs à la santé. Il
faut prendre aussi l avis des régulateurs, tels le CHSCT et la médecine du travail, et voir si
les instances représentatives du personnel et les sections syndicales, à supposer qu elles
existent dans l entreprise, jouent un rôle sur les questions de souffrance au travail. Dans un
second temps, il sera possible d envisager la construction d indicateurs relatifs aux
exigences du travail.
Plusieurs questionnements peuvent être assignés à l organisation, qu elle soit du secteur
privé, public ou associatif, pour améliorer significativement le rapport au travail et son climat.
En matière d organisation du travail, il faudra examiner si la charge de travail est régulée
pour être adaptée en quantité et en capacité à l individu et s il y a une vraie reconnaissance
du travail et des difficultés des salariés. Enfin, il faudra aussi observer comment ressouder
les collectifs de travail dès lors que l on admet que l atomisation des salariés favorise la
souffrance au travail.
• Astrid HIRSCHELMANN précise, à propos des rapports qu il entretient avec la
psychopathologie et la criminologie, que le suicide, tout en étant un acte non répréhensible
par la loi, suscite un fort sentiment d insécurité, de dangerosité et de vulnérabilité auprès de
l entourage et qu il est souvent accompagné de mesures répressives. C est à ce titre que les
motivations individuelles et les réponses du collectif se mélangent. La psychopathologie peut
apporter des réponses du côté de l individu et rassurer par l aspect maladif de l acte
suicidaire. Ce dernier crée très vite des répercussions collectives provoquées par le
sentiment qu il échappe totalement au contrôle d autrui et convoque la question de la
responsabilité, voire de la culpabilité de la collectivité. À ce titre, l apport de la criminologie
est indispensable, car elle interroge les conflictualités qui surgissent dans le lien social dès
qu il y a transgression des limites conventionnelles autant d un point de vue
« agressologique » que d un point de vue « victimologique ».
Pour le psychologue, il ne va pas de soi de se prononcer sur le comportement de l'individu,
car un diagnostic psychiatrique ne laisse en rien présager le comportement futur d un
individu ; en revanche, le psychologue pourra déceler la fonction psychique en repérant les
motivations (à ne pas confondre avec les mobiles apparents) et la finalité, car l acte se
donne à lire comme un symptôme et a donc une valeur d expression intelligible pour
l entourage. Tout passage à l acte a donc une valeur de parole et surgit là où les mots font
défaut, et un entourage qui s attend à ce que le mal-être s exprime par le verbal et de façon
directe passera alors à côté de tous les petits signaux d alarme qui se donnent à voir sur le
plan comportemental ou, de façon déguisée, sur le mode relationnel. Il est difficile de
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reconnaître et de faire part de notre malaise, surtout lorsque nous croyons être les seuls
concernés par le sort qui nous frappe.
La comorbidité associée au suicide a fait l objet de plusieurs études essentiellement
orientées vers l évaluation des risques, mais offrant peu de modalités d interventions
opérationnelles. Certains troubles dépressifs, anxieux ou dysthymiques sont des éléments
de fragilisation impliqués dans le renforcement actuel de ces pratiques auto-agressives, mais
rien ne permet de considérer ces facteurs de vulnérabilité comme des facteurs de causalité,
et dans le domaine du malaise au travail, il est plus indiqué de les considérer comme
conséquences. Une psychopathologie analytique plus qu étiologique posera régulièrement le
suicide comme le résultat d un impossible à dire traduit en acte, insistant sur le déplacement
d une scène psychique à une scène somatique plus à même d actualiser le renoncement qui
en sous-tend le geste. Le suicide serait donc la solution d un sujet face à un conflit interne,
afin d apaiser sa douleur et de supprimer toute source de souffrance. L acte aurait la
vocation de rupture et de coupure avec l autre. L hypothèse de l acting out semble démentir
cette interprétation, car la psychanalyse insiste ici sur la démonstration faite à l autre à
travers le geste suicidaire.
Avec l'idée de la démonstration, nous quittons la sphère exclusivement subjective pour
inscrire l'acte au c ur du lien social, ce qui implique que cette recherche s'inscrit dans une
dimension pluridimensionnelle. En effet, si le suicide s inscrit dans une problématique
subjective et relève du choix d un individu, sa réalité est hautement plus complexe, car elle
est aussi relationnelle, collective et institutionnelle. Ce qui se présentait comme
échappatoire, aboutissement, annulation de soi, devient alors transgression, attaque du lien
à l'autre (qui se fait absent ou pressant), passage ou amorce d'une nouvelle histoire, en finir
pour continuer ; le suicide ne serait donc pas une fin.
La question des espaces de vulnérabilité se pose plus vivement lorsque nous envisageons le
suicidant aux prises avec une identité personnelle, sociale ou professionnelle vacillante et
par la même menaçante. Cet axe de réflexion a été développé, notamment, en
psychodynamique du travail et présente la vulnérabilité comme l effet d une déstructuration
en lien avec l organisation, plus ou moins dysfonctionnelle, de la communauté et de la
collectivité de travail. Ce qui est à souligner c est « l expérience du réel » c est-à-dire la
rencontre entre le salarié et les conditions de résistance de son activité. Le suicide lié au
travail trouve ses origines moins dans les charges et les contraintes objectives qui lui sont
attenantes que dans la manière dont il est globalement vécu par le sujet. Outre les
préoccupations sur les pathologies de la solitude dans le milieu de l entreprise, il importe de
s interroger sur le lien étroit établi entre dynamiques individuelle et collectives.
Les dimensions de réciprocité et de mutualité garantes de reconnaissance, d identité et de
permanence sont mises à l épreuve dans notre travail. Si l acte suicidaire peut avoir la
fonction de régulation psychique afin d apaiser une tension psychique devenue
insupportable, il peut viser aussi à atteindre l autre au niveau de sa responsabilité qui du fait
lui échappe, car personne ne peut savoir quand et comment nous passerons à l acte.
Plusieurs risques peuvent en résulter. Si nous estimons que les actes suicidaires sont
considérés comme un phénomène global, nous négligeons la singularité de chaque suicide.
Or, dans une série rien ne nous autorise à généraliser les motivations, les causes et les
finalités. L acte est réduit au chiffrable, dans une logique de quantification. La persistance
d un acte agit en plus comme un tabou, car échappant à notre contrôle. Par conséquent, la
surveillance s accroit, mais le contact humain diminue.
En outre, le suicide peut s inscrire dans des responsabilités institutionnelles contradictoires
qui aggravent les tensions psychiques de l individu. Il conviendrait, au contraire, de miser sur
l interdisciplinarité dans le sens de la congruence et des espaces partagés. Si le suicide est
une attaque du lien, il faudrait réfléchir aux moyens de reconstituer ce lien fragilisé. Il ne faut
pas donc confondre la responsabilité avec la culpabilité. Vécue comme un fardeau ou une
dette inexpiable, la responsabilité peut rendre le sujet malade de culpabilité. Le sentiment de
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culpabilité se développe dans la solitude de la conscience et échappe généralement au
regard d autrui. Le sujet porte la responsabilité morale du mal, par intériorisation de la faute
et par sa personnalisation à travers la culpabilité. Sa conscience constitue la mesure du mal.
Il y a un cercle vicieux qui s installe entre sentiments de culpabilité et de responsabilité et qui
crée la dynamique du suicide. Le collectif se prête comme espace de projection à l intime,
mais l inverse aussi est vrai.
• Florence TERRADE indique que sa participation dans les deux conventions signées
avec Psya sera d'apporter aussi un regard de la psychologie de la santé en termes de
prévention. Celle-ci sera déclinée en fonction de la définition de l OMS qui considère que
toutes les actions de prévention peuvent être lues en termes de prévention, primaire,
secondaire et tertiaire avec, toujours, au centre, l individu. Le simple fait de communiquer
avec les salariés sur les risques est une action de prévention primaire. Plus les salariés
reçoivent d informations, plus ils sont à même de détecter les problèmes qui existent dans
leur travail ou chez leur collègue. Il est vrai que le niveau de connaissance au sein des
entreprises a augmenté ces dernières années, mais la question est de distinguer les vraies
connaissances des fausses croyances. L effet délétère de la mise en avant des problèmes
rencontrés par certains grands groupes français conduit les individus à penser que chaque
petit problème qui subsisterait dans un service ferait référence à ces problématiques de
risques psychosociaux. Il est important de savoir ce qui relève de la part de responsabilité de
l entreprise et ce qui relève de celle de la sphère extérieure.
Florence TERRADE précise que sa participation à ce projet est de réfléchir à la manière
d adapter l évaluation des actions, car ces dernières sont multiples et variées, mais il y a très
peu d informations concernant leur évaluation. L évaluation doit accompagner les différentes
étapes de la démarche, afin de connaître les impacts que peuvent avoir les actions sur le
climat social de l entreprise et sur la perception que les individus en ont.
Toute action doit être adaptée à l entreprise, il faut cerner le contexte de cette dernière avant
même de commencer à répondre à la demande. En outre, il est indispensable d avoir un
regard extérieur pour traiter les risques psychosociaux, il est possible d initier et
d accompagner les responsables, mais il faut avoir recours à un regard distancié et neutre
sans pression hiérarchique ou affective. Le problème doit être pris dans la globalité et il ne
faut pas se contenter d un impact très ponctuel et sectorisé. Plus il y aura de recul par
rapport aux outils d évaluation, meilleure sera la réponse adressée aux entreprises.
• Anne de BOHAN précise qu ERST (Évaluation des risques de suicide au travail), la
recherche menée entre Psya et l Université de Rennes 2, a pour objectif premier de
construire une recherche-action à partir de cas concrets et en réunissant autour de
personnes ayant été confrontées à ces cas un collectif pluridisciplinaire de chercheurs et de
professionnels qui se pencheront sur la problématique suicide au travail. Ce groupe
abordera aussi bien les questions théoriques que praxéologiques. Le but est de comprendre
comment des personnes se sont retrouvées en situation de vulnérabilité, comment les actes
se sont posés à l organisation du travail et quelles réponses ont été formulées. Il s agira
aussi de voir comment préconiser des améliorations dans les pratiques organisationnelles
autour de cet acte.
Les premiers résultats de cette étude seront transmis au colloque de l année prochaine.
• Marc DAIGLE indique que les travaux au Québec portent plus sur ce qui se passe en
aval du problème du suicide au travail. Par le biais d interviews réalisés auprès des salariés
à la suite du suicide de l un d eux, il a été conclu que les décès par suicide avaient plus
d impact sur les collègues. Un inventaire commence à être fait des différentes mesures qui
peuvent être mises en place dans une entreprise pour éviter les impacts négatifs d un
suicide. Il y aura ensuite une évaluation de la portée de ces mesures.
Ce projet est subventionné par le gouvernement canadien et la fin des travaux est prévue
pour la fin de l année 2011.
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