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Psychologie animale - compte-rendu ; n°2 ; vol.57, pg 483-505

De
24 pages
L'année psychologique - Année 1957 - Volume 57 - Numéro 2 - Pages 483-505
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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N. Bonaventure
A. Malan
J. Medioni
Henri Piéron
G. Viaud
IV. Psychologie animale
In: L'année psychologique. 1957 vol. 57, n°2. pp. 483-505.
Citer ce document / Cite this document :
Bonaventure N., Malan A., Medioni J., Piéron Henri, Viaud G. IV. Psychologie animale. In: L'année psychologique. 1957 vol. 57,
n°2. pp. 483-505.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1957_num_57_2_26631— Psychologie animale IV.
Fonctions sensorielles des animaux :
SCHNEIDER (G.). — Zur spektralen Empfindlichkeit des Komp
lexauges von « Calliphora » (Sur la sensibilité spectrale de Vœil
composé de Calliphora. — Z. vergl. Physiol., 1956, 39, 1-20. —
BLOUGH (D. S). — Method for tracing dark adaptation in the
pigeon (Technique d'enregistrement de l'adaptation à V obscurité chez
le Pigeon). — Science, 1955, 121, 703-704. — BLOUGH (D. S.). —
Dark adaptation in the Pigeon (L'adaptation à l'obscurité chez le
Pigeon). — J. compar. physiol. Psychol., 1956, 49, 425-430. —
N EUH AUS (W.). — Die Unterscheidungsfähigkeit des Hundes für
Duftgemische (Pouvoir de discrimination des mélanges d'odeur chez le
Chien). — Z. vergl. Physiol., 1956, 39, 25-43.
A la suite des recherches électrorétinographiques d'Autrum (1953,
1955) un de ses élèves, Günther Schneider, reprend par la méthode du
nystagmus optocinétique, l'exploration de la sensibilité spectrale de
Calliphora erythrocephala, et aborde l'étude de l'acuité visuelle de cette
mouche dans des lumières monochromatiques de longueurs d'onde
comprises entre 430 et 630 mpi. La sensibilité spectrale à des lumières
très faibles — seules utilisées dans les travaux que nous relatons — passe
par un maximum à 480 m^ et décroît régulièrement de part et d'autre
de cette longueur d'onde. A 630 m^, la sensibilité relative n'est plus
égale qu'à 0,15 % du maximum, tandis que sa valeur à 430 est encore
de 35 %. Ces résultats confirment les données électrorétinographiques
d'Autrum (1955), et l'auteur interprète la courbe de sensibilité obtenue
comme une courbe de vision scotopique exprimant seulement la sensi
bilité de cellules photoréceptrices homologues des bâtonnets de la rétine
humaine. L'acuité visuelle suit la même loi de variation que la sensi
bilité spectrale, en fonction de la longueur d'onde des radiations monoc
hromatiques. Toutefois l'acuité visuelle relative en lumière rouge
(630 m[i) est meilleure que la sensibilité relative. Ce fait serait dû à
l'emploi d'une énergie lumineuse suffisante pour exciter aussi les récep
teurs (hypothétiques) de la vision photopique. — Tous ces faits sont
fort intéressants, mais on attend avec impatience la publication de
résultats démontrant irréfutablement le dualisme morphologique et
physiologique de la rétine dans les yeux composés des insectes.
Pour l'étude de l'adaptation à l'obscurité chez le Pigeon, Blough a
mis au point une très belle technique basée sur le conditionnement ^ 84 ANALYSES BinUOGR A.P1ITQUF.S
opérationnel, type Skinner, qui mérite d'être décrite en détail. Après adap
tation préalable à une lumière d'intensité déterminée, l'oiseau est intro
duit dans une petite chambre noire ; sa tète est engagée dans un compar
timent spécial et il dispose de deux clés à portée de son bec. En picorant
la clé A, il éteint une plage lumineuse et peut alors obtenir une récompense
en appuyant sur la clé B, qui commande un distributeur de graines.
Quand le pigeon sait associer sans erreur l'extinction do la lumière et
l'attribution d'un renforcement alimentaire, on modifie légèrement le
dispositif expérimental : le picorement de la clé A ne provoque plus
l'extinction de la plage lumineuse, mais seulement son affaiblissement
graduel, tandis que la clé B agit à l'inverse, en augmentant la luminance
de la plage. Dans l'appareil ainsi modifié, le pigeon dressé appuie de
façon répétée sur la clé A afin d'obtenir 1' « extinction » (subjective)
de la plage, c'est-à-dire jusqu'au moment où le stimulus lumineux
devient infraliminaire. Il picore ensuite la clé B, ce qui a pour effet non
seulement de le récompenser par l'octroi de quelques graines, mais
aussi de ramener le stimulus lumineux à une valeur légèrement suprali-
minaire. Suit une nouvelle pression sur la clé A, puis sur la clé B, etc.
Dès lors le stimulus lumineux oscille faiblement autour du seuil absolu
instantané du pigeon, et l'enregistrement de ces oscillations au cours
du temps passé dans la chambre noire permet l'inscription directe de
la courbe d'adaptation à l'obscurité. Bref, Blough a réussi, par cette
technique, une très ingénieuse adaptation au sujet animal de la « méthode
du point central », considérée, à juste titre, comme la plus sûre
psycho-physique de détermination des seuils absolus. — Les principaux
résultats obtenus grâce à cette technique ont été les suivants : 1° Le
temps d'adaptation totale à l'obscurité varie de 20 à 70 mn selon la
durée et l'intensité de l'adaptation préalable à la lumière ; 2° La courbe
d'adaptation à la lumière présente la même forme générale complexe
que celle de l'œil humain ; 3° Toutefois l'adaptation complète des cônes
est plus lente chez le Pigeon que chez l'homme, et la marge d'adaptation
des bâtonnets est environ 50 fois moindre. Ces différences sont proba
blement à rapporter à l'importance relative plus grandes des cônes dans
la rétine du pigeon ; 4° Le seuil absolu de sensibilité à la lumière blanche
de l'œil complètement adapté est de l'ordre de 25 millimicrolamberts.
Poursuivant ses recherches sur l'olfaction chez le Chien, Neuhaus a
étudié la capacité de discrimination d'odeurs complexes et, plus préci
sément, la discrimination entre un mélange de quatre corps et un
mélange contenant de surcroît une cinquième substance. Les mélanges
utilisés étaient chimiquement homogènes (mélange d'acides gras) ou
chimiquement hétérogènes. L'olfactomètre utilisé permettait à la fois
de varier la concentration individuelle de chaque composante du mélange
et celle de l'odeur résultante. Les résultats indiquent que les chiens
sont capables de différencier les deux mélanges d'acides gras. Cette
discrimination est qualitative : ce qui le prouve, c'est que la fraction
différentielle, calculée sur la concentration du mélange, est très faible : PSYCHOLOGIE ANIMALE 485
0,3 à 0,6 %. Si l'on prend en considération la concentration de la
cinquième substance (celle qui différencie les deux mélanges comparés),
on constate qu'une dose très faible de cette substance rend possible la
discrimination qualitative. Le point le plus intéressant, c'est que cette
chose peut être inférieure au seuil absolu de perception de la substance
présentée isolément ; cela ne vaut d'ailleurs que pour les mélanges
chimiquement homogènes, mais non pour les mélanges hétérogènes.
L'auteur explique ces faits en supposant qu'il existe plusieurs caté
gories de récepteurs olfactifs présentant une affinité plus ou moins
grande (et parfois nulle) pour certaines familles d'espèces chimiques.
La perception d'un mélange d'odeurs résulterait donc d'un scheme
d'excitation spatio-temporel particulier, les différentes classes de récep
teurs étant excitées à des degrés divers par les substances contenues
dans un mélange. Par suite, l'efficacité en mélange d'une substance à
dose infraliminaire dépendrait d'une sommation des excitations dues
à des espèces chimiques apparentées et s'exerçant plus particulièrement
sur certaines classes d'osmorécepteurs.
J. M.
SUTHERLAND (N. S.). — Visual discrimination of orientation by
« Octopus » (Discrimination visuelle de V orientation par le poulpe).
— Brit. J. Psychol., 1957, 48, 55-71.
Des poulpes ayant un abri dans un aquarium viennent s'emparer
du crabe qu'on leur offre, tenus par une pince. On les dresse alors à
réagir différemment quand au préalable on leur présente un rectangle
horizontalement ou verticalement disposé ; dans un cas ils pourront s'em
parer du crabe, mais, dans l'autre ils recevront une décharge électrique.
Des poulpes réussissent la discrimination (rectangles de 10 x 2 cm),
mais échouent avec des triangles équilatéraux différemment disposés.
Avec des rectangles obliquement disposés de façon symétrique, la discr
imination ne s'obtient que très difficilement.
On constate un transfert de l'apprentissage horizontal-vertical avec
des rectangles plus grands ou plus petits, et le souvenir de la discrimi
nation se conserve longtemps (après 27 jours par exemple).
H. P.
Ethologie, comportement reproducteur :
BANKS (C. J.). — The Behaviour of individual Coccinellid larvae
on plants (Le comportement individuel de larves de Coccinellidés
sur les plantes).— Brit. J. anim. Behav., 1957, 5, 12-24. — TAVOLGA
(VV. N.). — Pre-spawning behavior in the Gobiid fish « Bathygobius
soporator » {Comportement précédant la. fraie chez le poisson gobiidé,
j; s.). __ Behaviour, 1956, .9, 53-74. — WEIDMANN (IL). —
Observations and experiments on egg-laying in the Black- Headed
Gull « LarilS ridibundUS » L. (Obturations et expériences .sur ht. ponte 486 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
chez la mouette rieuse) (L. r.). ■ — Brit. J. anim. Behav., 1956, 4,
150-161. — ANDREW (R. J.). — Fear responses in « Emberiza
spp. » (Réactions de peur chez les E. spp.). — Brit. J. anim. Behav.,
1956, 4, 125-132. — ANDREW (R. J.). — Normal and irrelevant
toilet behaviour in « Emberiza spp. » (Comportement de toilette chez
Emberiza spp., en situation normale, et hors de propos). — Brit. J.
anim. Behav., 1956, 4, 85-91. — NICOLAI (J.). — Zur Biologie und
Ethologie des Gimpels « Pyrrhula pyrrhula » L. (Sur la biologie et
Véthologie du bouvreuil (P. p. L.). — Z. Tierpsychol., 1956, 13,
93-132. — FRISCH (K. VON). — Zur Brutbiologie und Jugen
dentwicklung des Brachvogels « Numenius arquata » L. (Sur la
biologie de la reproduction et le développement des jeunes du courlis
cendré (N. a. L.). — Z. Tierpsychol., 1956, 13, 50-81.
Employant la technique déjà décrite dans un précédent article,
Banks a pu étudier le comportement individuel de larves de coccinellidés
sur des plants de haricot, en les marquant avec une petite étiquette
radioactive. Avant d'avoir trouvé à manger, ces larves suivent des trajets
très irréguliers, avec de fréquents changements de direction et des alte
rnances de montée et de descente sur la plante. Les bords des feuilles,
leurs nervures proéminentes, déterminent souvent le tracé de leurs
déplacements. Au cours de ces explorations, il leur arrive fréquemment
de visiter plusieurs fois le même endroit. Pour trouver une colonie de
pucerons, il leur faut entrer en contact par hasard avec l'un d'entre
eux, car elles ne paraissent avoir aucun moyen de les percevoir à dis
tance. Une fois qu'elles ont trouvé un puceron et qu'elles l'ont mangé,
leur comportement change. Elles limitent leurs déplacements à un
espace restreint autour de la première proie, espace qu'elles parcourent
en tous sens avec de fréquents mouvements d'exploration, la tête
décrivant un arc de 180° de part et d'autre de l'axe du déplacement.
L'une des larves observées par l'auteur rencontra une colonie de pucerons
dont s'occupaient des fourmis. A deux reprises, elle s'attaqua à l'un de
ces pucerons, mais à chaque fois les fourmis l'obligèrent, par la violence
de leurs attaques, à lâcher prise et à chercher meilleure fortune ailleurs.
Le Bathygobius soporator, sur lequel ont porté les recherches de
Tavolga, est un poisson d'eaux peu profondes, de la zone des marées.
Les mâles constituent des territoires, et sont très combatifs les uns envers
les autres. Le comportement de combat est assez complexe ; la coloration
s'assombrit, les nageoires se dressent, l'animal est agitée de tremble
ments, et porte à son adversaire des morsures et des coups de tête. Le
comportement précédant la fraie comprend trois phases : premièrement,
la phase de préparation du nid, au cours de laquelle le mâle nettoie un
abri en agitant les nageoires et en creusant ; deuxièmement, la parade
nuptiale : le mâle revêt une coloration claire avec le menton sombre
et s'approche de la femelle en faisant vibrer tout son corps ; troisièm
ement l'entrée dans le nid : si la femelle est gravide, elle répond à la
parade du mâle en le suivant, jusqu'à l'intérieur du nid, où ont lieu la PSYCHOLOGIE ANIMALE 487
ponte et la fécondation. Un comportement prénuptial coordonné ne
peut avoir lieu sans la constitution préalable, par le mâle d'un abri
et d'un territoire. L'auteur nous décrit ensuite les réactions d'un mâle,
dans son territoire, lorsqu'on y introduit un intrus. Tout d'abord, avant
toute activité de la part de celui-ci, le possesseur du territoire approche,
change de coloration, généralement, et, si le sexe de l'intrus est bien
reconnaissable (gros mâle ou femelle gravide), manifeste, respectivement,
une tendance à l'attaque ou à la parade nuptiale. L'intrus réagit alors :
en général, si c'est un petit mâle ou une femelle non gravide, il se retire ;
si c'est un gros mâle, il attaque, si c'est une femelle elle suit le
mâle. On note à ce moment une différenciation dans la conduite de
l'occupant du territoire, suivant le sexe de l'intrus, sa taille, et l'état
de ses gonades : vis-à-vis des gros mâles, les réactions d'attaque prédo
minent ; devant les femelles gravides, le mâle effectue la parade nuptiale.
Cette discrimination du sexe de l'intrus, par l'occupant du territoire,
semble se faire avant tout par des signes provenant du comportement
de l'intrus. Mais la taille, la forme, la coloration, peut-être aussi des
facteurs non visuels, peuvent aussi jouer un rôle.
La mouette rieuse pond normalement trois œufs, à un jour et demi
ou deux d'intervalle. Si on lui enlève le premier œuf pondu, ou bien les
trois œufs au fur et à mesure de leur ponte, l'oiseau pondra des œufs
supplémentaires de façon à compléter la couvée à trois œufs. Ce n'est
pas le fait de percevoir le nombre des œufs, ou simplement un nid
rempli qui fait que l'oiseau cesse de pondre, mais c'est le fait d'avoir
déjà couvé pendant trois ou quatre jours. En effet, si l'on enlève deux
œufs lorsque la ponte est complète, la mouette n'ajoutera plus d'œuf
en complément ; il suffit même de placer dans le nid, avant qu'elle ait
commencé à pondre, des œufs en bois, pour qu'elle se mette à les couver :
elle persistera ainsi pendant deux mois à les couver sans succès, et ne
pondra pas de toute la saison. Cette inhibition du comportement de
ponte par celui de couvaison est comparable à celle qui a été décrite chez
le Goéland argenté, et, de même, est liée à une régression des follicules.
Sous le terme de « réactions de peur », Andrew décrit les réactions de
fuite, et les réactions qui y sont apparentées, chez un certain nombre
d'espèces de bruants observées dans la nature ou en captivité. Pour
interpréter ces réactions, l'auteur suppose l'intervention de cinq ten
dances : tendances à la fuite, à se cacher, à s'immobiliser, à observer
l'objet qui a causé la peur, enfin tendance à émettre certains cris parti
culiers. La tendance à l'attaque, qui paraît évidente dans bien des
démonstrations d'échassiers limicoles à l'égard de prédateurs (Simmons,
1952), ne semble pas jouer de rôle dans les comportements de peur des
bruants. Malgré tout, devant cette floraison de tendances (« drives »),
on en vient à se demander quel sens l'auteur attache à ce terme.
Les activités de toilette des bruants (Emberiza) sont variées : nel-
Loyage des plumes, grattage, mouvements divers de remise en place du
plumage, baignade, séchage, nettoyage du bec, etc. Elles sont généra- 488 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
lernen t causées par des stimuli périphériques tels que, par exemple, la
présence de corps étrangers sur le bec, les pattes ou les plumes, ou une
élévation de la température ambiante. Tous les actes de nettoyage ne
sont cependant pas de simples réflexes, et certain des faits observés ne
peuvent s'expliquer que par le jeu de tendances réglées par le système
nerveux central : ainsi un oiseau qui, dans telle situation expérimentale,
ne peut mouiller que sa tête, peut effectuer cependant tous les mouve
ments du comportement de baignade, puis se « sécher » activement ;
on peut aussi voir un oiseau qui veut se baigner s'approcher à plusieurs
reprises d'un bassin près duquel se tient un oiseau dominant, ce qui le
ferait fuir en d'autres circonstances. En général, cependant, ces ten
dances sont faibles et facilement inhibées par les tendances majeures.
On voit ainsi fréquemment un oiseau interrompre sa toilette pour fuir
un supérieur hiérarchique, ou pour chanter. Mais dès que ces autres
motivations sont redevenues faibles, on peut voir réapparaître les
activités de toilette. Les stimuli périphériques qui les causent doivent
être présents de façon quasi continuelle, et par suite, on peut admettre
que la tendance à la toilette est présente, quoique faible de façon presque
permanente. Le même type d'explication pourrait rendre compte de
l'apparition, hors de propos (activités de remplacement) d'activités de
toilette dans des situations de conflit, à condition de supposer, avec
l'auteur, que les deux tendances majeures en conflit s'équilibrent si
exactement qu'elles s'annulent, laissant la place à la tendance, toujours
présente, aux activités de toilette.
Nicolai nous présente les résultats de cinq années d'observation sur
les bouvreuils, dans la nature et en captivité. Le mâle et la femelle lient
connaissance par un cérémonial bien déterminé (cérémonie de « fian
çailles ») : la femelle feint rituellement de menacer le mâle tandis que
celui-ci répond par une attitude d'intimidation, faisant gonfler le pl
umage de sa poitrine. Plus tard, cette cérémonie, plus ritualisée, persistera
comme cérémonie de bienvenue entre époux. Dans la période qui suit
ces « fiançailles » on observe fréquemment le « Schabelflirt » (« becquetage
d'amour »), parade évoluée par ritualisation du nourrissage nuptial.
Celui-ci s'observe couramment entre époux : le mâle nourrit la femelle
du contenu de son jabot. C'est là un comportement dérivé des soins
parentaux aux jeunes : la femelle prend la posture du jeune qui se
fait nourrir, et le mâle celle du parent. Cette dominance du mâle est une
condition nécessaire à la réussite de l'élevage des jeunes. Par contre,
c'est la femelle qui incite le mâle à la copulation. Mâle et femelle
synchronisent leurs désirs sexuels en se présentant mutuellement des
matériaux de nidification. Lorsque la femelle couve, le mâle la nourrit ;
depuis le nid, elle reconnaît son mâle à son cri d'appel, et va à sa ren
contre pour se faire nourrir. Les tout jeunes oiseaux, frères et sœurs
du même nid, se « fiancent » deux par deux, avec la cérémonie décrite,
alors qu'ils sont encore en plumage juvénile. Comme à cet âge, ils n'ont
encore aucun dirnorphisme sexuel, ni duns leur plumage, ni dans leur AMMALK 489 PSYCHOLOGIE
comportement (les jeunes mâles manifestent uniquement des activités
sexuelles femelles, jusqu'en hiver), ces couples sont aussi souvent
homosexuels qu'hétérosexuels. Mais tôt ou tard ces couples sont dissous,
chaque partenaire se cherchant un nouveau compagnon, de l'autre sexe.
Les couples formés alors persistent aussi longtemps que les partenaires,
et ceux-ci se reconnaissent même après six mois de séparation. Les
bouvreuils élevés artificiellement acceptent d'ordinaire leur éleveur
humain comme substitut d'un partenaire fraternel. Si plus tard, au cours
de l'hiver, le bouvreuil peut rencontrer un congénère du sexe opposé,
cette relation avec l'homme disparaîtra, et il se « fiancera » normalement.
Ce n'est que s'il continue encore à être élevé en compagnie exclusive
ment humaine qu'il acceptera l'un d'entre eux comme partenaire per
manent, et que 1' « imprinting » sera devenu irréversible
Relevons quelques-uns des aspects intéressants du comportement
du courlis cendré, dans l'étude éthologique de von Frisch. Le mâle
marque les frontières de son territoire en les parcourant d'un vol spécial,
montant et descendant en dents de scie, chaque descente étant accom
pagnée de l'émission d'un cri. Lorsque ce vol est achevé, il descend à
terre et lance son fameux trille, qu'il émet aussi comme « cri de victoire »
après avoir chassé un adversaire. Bien entendu, cette défense du terri
toire comprend aussi l'attaque de tous les autres courlis, même empaillés,
qui viennent à y pénétrer. Les jeunes oiseaux ne semblent pas posséder
de mécanisme inné de déclenchement (« IRM ») correspondant à une
stimulation spécifique fournie par le parent. Des oiseaux élevés en cou
veuse, et même des oiseaux qui ont déjà suivi leurs parents en compagnie
de leurs frères, suivent facilement des êtres humains, à condition qu'on
leur accorde suffisamment de temps et d'attention. — Les jeunes ne
montrent aucune réaction innée au cri d'alarme des parents, mais
réagissent en se couchant, immobiles, dès qu'ils voient passer un rapace.
Cette réaction se conditionne seulement par la suite au cri d'alarme des
parents, après que ceux-ci l'aient émis à plusieurs occasions, lors du
passage d'un rapace.
A. M.
Comportement agressif :
WOOF-GUSH (D. G. M). — The agonistic and courtship behaviour
of the Brown Leghorn Cock (Comportement agonistique et parade
nuptiale du coq Brown Leghorn). — Brit. .1. anim. Behav. 1956,
4, 4, 133-142. — WOOD-GUSH (D. G. M.). — Aggression and sexual
activity in the Brown Leghorn Cock (Comportement agressif et
activité sexuelle chez le coq Brown Leghorn). — Brit. J. anim. Behav.,
1957, 5, l, 1-6. — MAKLER (P.). ~ Studies of fighting in Chaffin
ches. 4. Appetitive and consummatory behaviour (Études sur le
comportement agressif chez les pinsons. 4. Comportement appétitif et
acte consommatoire ) . — Brit. J. anim. Behav., 1957, 5, 1, 29-37.
Le d'un coq qui en menace un autre est très semblable
au de parade nuptiale d'un coq que l'on introduit dans
A. l'SVOIOL. 490 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
un groupe de poules. A la base du comportement agonistique, il semble
exister un conflit entre tendance à l'attaque et tendance à la fuite ;
c'est ce qu'indique, par exemple, le fait que différentes phases, de ce
comportement soient de temps à autre précédées, accompagnées ou
suivies de déplacements soit vers l'adversaire, soit dans la direction
opposée. Mais ce critère, et d'autres analogues, se retrouvent aussi dans
le d'un coq en compagnie de poules. Faudrait-il en conclure
que ce comportement soit uniquement dû, lui aussi, à un conflit entre
attaque et fuite ? Il semble plus vraisemblable de faire intervenir aussi
la tendance sexuelle, puisque certains de ces comportements s'achèvent
par la copulation ; et d'autre part, on voit très rarement des mâles
normaux s'attaquer à des femelles. Inversement, y aurait-il des éléments
dus à la tendance sexuelle dans les parades agonistiques ? Ceci semble
également improbable, car jamais aucun comportement sexuel n'a été
observé au cours des nombreuses rencontres agressives étudiées ; celles-ci
se produisaient d'ailleurs même si l'on venait de retirer les deux coqs de
la compagnie de leurs poules et que, par conséquent, ils ne devaient pas
se fournir l'un à l'autre de stimulus sexuel bien puissant. Enfin l'auteur
a étudié la corrélation entre l'agressivité et l'activité sexuelle chez de
jeunes coqs et a trouvé qu'il n'existe aucune corrélation entre agressi
vité et activité sexuelle, ni entre celle-ci et le rang dans la hiérarchie
sociale fondée sur les coups de bec. Pourquoi, alors, ces comportements
agonistiques et sexuels présentent-ils tant de ressemblances ? C'est là,
nous l'espérons, ce que viendront nous expliquer les études ultérieures.
Les précédents travaux de Marier sur l'agressivité de pinsons captifs,
en hiver, nous avaient montré l'importance, pour le déclenchement d'un
comportement agressif d'un pinson vis-à-vis d'un autre, de la « distance
individuelle ». Si le congénère vient à s'approcher en deçà de cette dis
tance, il est attaqué (sauf si c'est un dominant, auquel cas c'est lui qui
attaque). Les nouvelles recherches de l'auteur montrent que, ni les
pinsons sauvages dans la nature, ni des individus élevés isolément dès
les premières heures de leur vie, ne présentent de comportement appé-
titif inné pour le comportement agressif. Dans tous les cas, les combats
sont déclenchés par le fait que les deux oiseaux, pour une raison quel
conque (alimentation, baignade, etc.), viennent à se trouver à une di
stance trop faible l'un de l'autre. L'association du comportement agressif
avec d'autres activités est donc purement accidentelle et il n'y a pas
lieu d'émettre, comme Tinbergen (1951) et Hinde (1952-1953), l'hypo
thèse que les pinsons auraient plusieurs « sub-instincts » pour le compor
tement agressif en hiver, chacun subordonné à un instinct majeur.
Rappelons, par exemple, à ce sujet, que Marier (1956) avait montré
que le jeûne ne modifie pas la distance à laquelle les pinsons s'attaquent
sur les mangeoires. Si à l'occasion, on observe des oiseaux qui recherchent
le combat, cette activité est, soit le résultat d'un apprentissage, dans
une situation où, par hasard, une certaine activité, créant un rappro
chement de deux individus, déclenchait le combat, soit l'expression ■
PSYCHOLOGIE AN TM A LE 491
d'une tendance agressive éveillée par une expérience dans le passé
immédiat. Le cas des bandes d'oiseaux élevées en confinement dans des
volières est un peu différent, car ces bandes s'organisent en hiérarchies
fondées sur les coups de bec. L'agressivité éveillée chez un pinson, lors
d'un combat perdu avec un dominant, ne peut trouver son expression
que si ledit pinson la « repasse » sur un de ses subordonnés, et ainsi de
suite en descendant la hiérarchie. Ceci se produit principalement dans
les groupes où la hiérarchie n'est pas encore bien établie, et, en général,
chaque fois que le rang d'un des oiseaux est contesté. Là encore, la
recherche active d'un opposant est clairement associée à une expérience
dans le passé immédiat. Ceci dit, Marier discute l'hypothèse, classique
en psychologie humaine (Dollard 1939, Miller 1941, Jackson 1954)
selon laquelle le comportement agressif est intimement lié à une situation
de frustration. Marier a repris l'analyse d'un certain nombre d'expé
riences que différents auteurs avaient invoquées à l'appui de cette
thèse, et montre qu'en fait, dans bien des situations de frustration
étudiées, l'augmentation de l'agressivité est due à l'augmentation de
la fréquence des stimuli externes qui déclenchent l'agression (ainsi le
jeûne, qui rapproche les animaux à la mangeoire, en deçà de leur dis
tance individuelle). On ne peut donc pas affirmer, comme Dollard, que
« toute agression est causée par la frustration ». Faut-il, à l'inverse, sup
poser que l'agressivité n'est jamais causée par la frustration, sauf chez
quelques animaux supérieurs ? C'est là une question à laquelle il serait
bien prématuré de répondre.
G. V.
Rythmes du comportement animal :
THORNTON (I. W. B.). — Diurnal migrations of the Echinoïde
« Diadema setosum » (Leske) (Migrations journalières de Véchinoïde Leske). — Brit. J. anim. Behav., 1956, 4,
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IV. Konferenz der Intern. Ges. für biologische Rhythmusforschung,
Acta Medica Scandinavica, 1955, supplément 307, 57. — WAGNER
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of cycles in behaviour and physiology in animais (Production expéri-

Un pour Un
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