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F. Bacher
J. Cambon
V. Ledoux
A. Léon
IX. Psychologie appliquée
In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°1. pp. 301-312.
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Bacher F., Cambon J., Ledoux V., Léon A. IX. Psychologie appliquée. In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°1. pp. 301-
312.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1956_num_56_1_8871— Psychologie appliquée IX.
Aspects nouveaux des exigences professionnelles dans l'industrie :
FRIEDMANN (G.). — Quelques aspects et effets récents de l'éclat
ement des tâches industrielles. — J. Psychol. norm, path., 1955, 52,
77-96. — ISAMBERT-JAMATI (V.). — L'industrie horlogère dans
la région de Besançon. In-8° de 117 pages, Paris, P. U. F., 1955.
— VERRY (M.). — Les laminoirs ardennais. In-8° de 155 pages,
Paris, P. U. F., 1955. — TOURAINE (A.). — La qualification du
travail. Histoire d'une notion. — J. Psychol. norm, path., 1955, 52,
97-112. — TOURAINE (A.). — L'évolution du travail ouvrier aux
usines Renault. In-8° de 202 pages, Centre national de la Recherche
scientifique, 1955.
A diverses reprises, dans des publications françaises récentes, l'atten
tion des psychologues, spécialistes de la sélection, de l'orientation et de la
formation professionnelles est alertée pour faire face aux problèmes
nouveaux posés par une transformation en nature du travail ouvrier dans
la grande industrie. La mécanisation de plus en plus poussée qui gagne
toutes les industries, même celles qui gardent encore une certaine part de
caractères traditionnels, telle l'horlogerie, crée des exigences nouvelles
qui doivent être considérées attentivement.
Certains auteurs font simplement état de ces changements. H. Pié-
ron1 signale la « transformation progressive des conditions d'exercice et
de la répartition des professions » et souligne l'importance « pour l'orien
tation professionnelle de connaître cette courbe évolutive des métiers ».
Mais c'est à l'initiative de G. Friedmann que nous devons encore des
études importantes, dans cette direction. Bien qu'elles soient abordées
d'un point de vue sociologique, elles sont pour l'orientation et la sélection
professionnelles une « source de précieux enseignements » (S. Pacaud)2.
Des précisions quantitatives sont assez souvent données à propos de
ces transformations et l'accroissement du nombre des ouvriers spécialisés
au détriment des ouvriers qualifiés est le fait le plus évident de cette
évolution. Mais les transformations qualitatives qui créent des critères
professionnels nouveaux sont moins connues.
G. Friedmann lui-même apporte de nouvelles observations qu'il
1. Piéron (H.), Reuchlin (M.), Bize (R.), Bénassy-Chauffard (C),
Pacaud (S.), Rennes (P.), L'utilisation des aptitudes, Traité de Psychologie
appliquée, livr. III, Paris, P. U. F., 1955, 757 pages.
2. Op. cit. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 3Ô2
reconnaît « de caractère empirique et limité », mais d'un intérêt certain en
l'absence « d'investigations méthodiques sur des groupes échantillonnés,
études qu'il serait, au reste, en bien des cas, difficile sinon impossible de
réaliser dans les conditions actuelles de gestion des entreprises ».
En ce qui concerne les ouvriers spécialisés dont la proportion se
maintiendra encore longtemps et atteint 65 à 70 % et même jus
qu'à 85 % de l'effectif ouvrier, ils constituent, on le sait, une main-
d'œuvre interchangeable, n'exécutant que des travaux parcellaires,
monotones, sans initiative, dans des conditions souvent pénibles.
Friedmann, en examinant une nouvelle fois leurs tâches dans des
entreprises aussi diverses qu'une usine de textile et une fabrique de
conserves et de charcuterie, en dégage un autre caractère commun : elles
exigent toutes vitesse, précision et dextérité. Dans plusieurs de ses
exemples apparaît l'importance de « la vitesse en tant qu'habileté » pour
suivre les cadences ou pour les dépasser.
Cette question du dépassement des normes retient particulièrement
l'attention de A. Touraine. Pour lui, elle est liée à la fois à une certaine
phase de l'évolution technique (« Phase B ») et à une certaine organisation
du travail qui, l'une autorise, l'autre oblige même l'ouvrier à accroître
son rendement pour « atteindre un salaire qui assure ses besoins les plus
élémentaires ». Cette habileté manuelle, cette dextérité particulière sont
donc imposées aux O. S. travaillant à la chaîne dans des travaux de
montage, d'assemblage ou d'opérations aux machines.
Les conditions de ce travail entraînent l'apparition « d'une nouvelle
fonction ouvrière, formellement reconnue dans la collectivité industrielle
et avec laquelle l'étude du travail devra compter pendant quelque
temps au moins », celle des « pluri-O. S. ». Ils doivent, dans les usines
produisant à la chaîne, être capables « de pourvoir aux défaillances
imprévues et de boucher les trous ». Les quelques opérations qu'ils
doivent exécuter sont toutes très spécialisées et requièrent surtout une
grande plasticité car les changements de tâches sont très irréguliers.
G. Friedmann souhaite pour ces « pluri-O. S. », une véritable revalorisa
tion intellectuelle du travail qui n'est possible que « si l'alternance des
tâches est éclairée et en même temps étoffée par de bonnes connaissances
techniques ».
Actuellement, cette nouvelle fonction est inséparable de la production
à la chaîne et de la spécialisation ; elle n'implique aucunement le regro
upement des opérations qui intervient à une autre étape de la mécanisat
ion. Avec la « phase C » de Touraine et le perfectionnement technique
auquel atteignent dès maintenant les machines transfert des usines
Renault, les installations modernes des centrales électriques, des
raffineries de pétrole ou des usines sidérurgiques récemment modern
isées, d'autres qualités sont requises de l'ouvrier. Le rendement
dépend maintenant des améliorations techniques et non de son effort
pour l'accroître. Cet ouvrier, qui sera peut-être de plus en plus celui de
l'avenir, devient simple surveillant de la machine, de ses tableaux, de ses PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE 303
cadrans et si tout effort physique lui est évité, l'intérêt de son travail
paraît aussi très réduit. Mais, en même temps, le coût élevé des équipe
ments et le regroupement des opérations rendent plus grave toute
perturbation dans la marche de la machine. Un élément nouveau appar
aît dans le travail de l'O. S. : « la responsabilité des machines ».
Pour Touraine, « ces ouvriers de fabrication qui n'ont rien de commun
avec les anciens professionnels d'atelier représentent un type nouveau
d'ouvriers « à la fabrication », celui de la phase G. Leur responsabilité
définit leur qualité professionnelle. » L'auteur précise cette notion de
responsabilité qui doit être comprise « non comme liberté de choix et de
décision, mais comme possibilité d'erreur ou de négligence » (4).
« Ces hommes à qui sont confiées des responsabilités considérables
doivent posséder du sang-froid, de la décision, non pas de l'initiative,
mais une bonne connaissance des consignes et le sens des incidents qui
peuvent être réglés par eux et de ceux pour lesquels ils doivent alerter les
techniciens. » Ils sont amenés à « tenir une place dans le système de
communications du réseau de surveillance et de direction de la pro
duction ».
Ces observations coïncident avec celles que fait G. Friedman à
propos de travailleurs considérés parfois comme « surqualifiés » dont les
connaissances professionnelles sont peu utilisées, dont les machines qu'ils
surveillent sont parfaites mais qui peuvent, à l'occasion des rares inci
dents de marche, avoir à prendre des responsabilités. Touraine, lui-même
ne conçoit un intérêt à cette situation que si l'ouvrier parvient à une
certaine compréhension de l'ensemble mécanique devant lequel il se
trouve et qu'il ne peut acquérir que si les techniciens l'y aident et si
lui-même veut faire cet effort.
Ouvriers pluri-spécialisés ou surveillants de machines sont donc
fort éloignés des anciens professionnels d'atelier. Ceux-ci d'ailleurs
disparaissent de plus en plus de la fabrication pour se maintenir dans
d'autres secteurs industriels tels que l'outillage, l'entretien, la réparation
où les opérations sont plus complexes. Mais là encore le travail et, par
conséquent, les qualités exigées de l'ouvrier changent de nature en même
temps que les techniques se perfectionnent. A. Touraine analyse par
exemple l'évolution du métier d'outilleur.
L'outilleur à l'époque des machines polyvalentes (« Phase A ») devait,
pour effectuer le travail de précision dont il était chargé, « tirer le max
imum de la machine sur laquelle il travaillait, ... témoigner d'initiative et
faire preuve d'adresse et de soin » ; il exerçait au cours du travail « son
habileté, la rapidité de ses réflexes, sa sensibilité visuelle, auditive,
tactile, à la marche de la machine ou de l'outil tout autant que sou
intelligence technique ).
L'ouvrier habile était capable de s'adapter à des machines diverses.
Maintenant, « l'habileté manuelle perd de son importance, les connais
sances techniques en prennent de plus en plus ». La complexité des
machines exige de l'outilleur une spécialisation et A. Touraine donne à ce 304 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
terme le sens qu'il a dans les travaux intellectuels : « Le spécialiste est
celui qui a su appliquer sa formation générale et les principes rationnels
de pensée qu'il a acquis, à l'étude d'un objet particulier. La compétence
de l'outilleur est analogue ; elle repose sur une formation scientifique et
générale, mais la complexité de chaque machine exige un apprentissage
spécial, une étude approfondie... L'outilleur a besoin de comprendre les
phénomènes physiques qu'il rencontre, de calculer la résistance des
matériaux qu'il utilise... La polyvalence technique que doit posséder
l'outilleur actuel est beaucoup plus large que la polyvalence manuelle
qu'avait son père. » Les qualités exigées de l'outilleur apparaissent donc
de même nature que celles des techniciens et Touraine voit apparaître
« la continuité d'une qualification de type unique possédée à des degrés
divers par l'outilleur, l'agent technique et l'ingénieur ».
Les caractéristiques individuelles correspondant à ces formes de
qualification ont donc changé de nature. Les qualités exigées de l'ancien
professionnel et qui continuent à figurer sur toutes les monographies de
métiers sont différentes de celles que doit posséder l'ouvrier hautement
qualifié des secteurs de l'équipement et de l'entretien dans une usine
moderne. Sous un autre aspect, avec les surveillants de machines par
exemple, « la qualification tend à requérir de l'opérateur des qualités qui
ne sont pas forcément « professionnelles », qui peuvent être « sociales »
ou « morales » redonnant dans certaines conditions un intérêt aux
travaux de fabrication eux-mêmes ».
Le maintien de critères professionnels anciens, l'apparition des nou
veaux, provoquent des chevauchements entre catégories d'ouvriers,
O. S. et professionnels par exemple, dont Friedmann et Touraine citent
plusieurs cas. Des projets de modification des catégories traditionnelles
pour les rendre plus conformes aux réalités professionnelles de certains
secteurs industriels sont d'ailleurs présentés par Touraine.
De même, les nouveaux systèmes d'évaluation des postes de travail
dont il parle à plusieurs reprises tiennent compte aussi bien des connais
sances professionnelles que des responsabilités et même « des principales
raisons qui peuvent rendre un poste plus ou moins désirable, lui conférer
un prestige plus ou moins grand et définir son rôle dans le système
technique et social de l'atelier et de l'usine ».
Ces facteurs sociaux seraient seuls susceptibles, selon Touraine, de
rendre une certaine valeur à ce travail des O. S. qui, du point de vue
technique et professionnel, tend de plus en plus à en être dénué. Les
travaux américains sur les relations humaines ou l'intégration de l'ou
vrier dans l'entreprise, la politique du travail en U. R. S. S. avec ses
objectifs sociaux, en tiennent compte bien que les conceptions politiques
et sociales qui les inspirent soient fort différentes.
D'autres aspects de la situation industrielle actuelle amènent
Friedmann à proposer aux psychologues l'étude du phénomène « d'accou
tumance aux conditions d'un travail pénible » et de son rôle dans certains
cas d'appauvrissement ou d'altérations de la personnalité. PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE 305
Touraine ouvre à la psychotechnique des perspectives de recher
ches plus larges mais mal précisées. L'essentiel n'est plus le « rapport
limité entre l'homme comme possesseur de certaines capacités profes
sionnelles et le travail situation où s'exercent ses », mais
« le rapport de deux totalités : d'une part le travail dans son unité, qui
est sociale, d'autre part, l'ouvrier considéré dans l'ensemble de ses
rôles sociaux et de sa personnalité ». La psychotechnique devrait donc
remettre en cause « beaucoup de ses principes et de ses méthodes... au
nom de la relativité des réalités professionnelles par rapport aux condi
tions sociales... ».
La formation professionnelle devrait aussi être adaptée à ces
faits nouveaux. Friedmann, songeant à « l'importante proportion de
jeunes qui, en fait, dans l'industrie techniquement évoluée, seront
employés comme O. S. », envisage une formation professionnelle conçue
« en fonction de la plasticité et de l'extension d'activités de base, éclai
rées par de bons éléments de technologie générale ».
L'élargissement de la formation professionnelle est aussi réclamée par
Touraine, mais, devant « la réalité brutale des millions d'emplois non
qualifiés ou semi-qualifiés », il considère que la formation reçue au cours
d'une scolarité prolongée doit être complétée pour tous par une « format
ion sociale ». Celle-ci ne prend tout son sens que si elle est liée à une
organisation nouvelle de l'entreprise favorisant entre tous les niveaux
un « climat social de collaboration », rarement réalisé dans l'industrie
contemporaine qui laisse le plus souvent l'ouvrier isolé à son poste de
travail. Nous abordons là des problèmes essentiels, mais qui dépassent le
cadre de cette analyse et qui relèvent d'une « politique du personnel de
l'entreprise et plus largement (de la) politique sociale de la nation
considérée ».
J. G.
HERON (A.). — The objective assessment of personality among fac
tory workers (Étude de la personnalité chez des ouvriers). —
J. soc. Psychol., 1954, 39, 161-185. — The objective assessment of
personality among female unskilled workers (Étude objective de la
personnalité chez des ouvrières non qualifiées). — Educ. Psychol.
Measur., 1955, 15, 117-126.
Il existe maintenant un assez grand nombre d'épreuves objectives
de personnalité, mais leur validation a presque toujours été faite sur des
populations limitées ou particulières : étudiants, malades, recrues...
Si ces épreuves ont été suffisamment étudiées pour être utilisables sur des en question, il ne s'ensuit pas qu'elles puissent l'être sur
d'autres : on ignore en effet leur signification exacte, ce qu'elles mesurent,
dans d'autres groupes.
Dans les deux études parallèles présentées ici, l'auteur a voulu
analyser une batterie d'épreuves objectives de personnalité appliquées à
des ouvriers, hommes et femmes. 22 épreuves ont été aux
hommes, 19 aux femmes ; 11 étaient communes aux deux groupes ; les
A. PSYCHOL. 56 20 306 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
autres, d'après ce qu'on en savait par ailleurs, semblaient devoir mesurer
les mêmes dimensions de la personnalité. Des tests d'intelligence étaient
inclus dans la batterie.
80 ouvriers de 22 à 64 ans et 124 ouvrières de 16 à 57 ans ont servi de
sujets. Les modalités d'application ont été très étudiées, l'adhésion des
sujets et de la direction obtenues, si bien que l'expérience a été faite
dans des conditions très favorables.
Une analyse factorielle des corrélations entre épreuves a été faite pour
chacun des deux groupes, après élimination statistique de l'influence de
l'âge. Des rotations orthogonales ont été effectuées. Les quatre facteurs
trouvés sont très semblables dans les deux groupes. Le premier est un
facteur d'aptitude mentale générale ; le deuxième n'est pas interprété ; le
troisième et le quatrième constituent des dimensions de la personnalité
que l'on pourrait rapprocher de la tendance névrotique et de l'intro-
version-extraversion.
Dans une analyse plus détaillée de ces deux derniers facteurs, l'auteur
met en lumière l'ambiguïté de certaines mesures de la tendance névro
tique qui, au moins dans une population normale et non sélectionnée,
sont liées au manque d'intelligence ou au tempérament.
En conclusion, il estime que cette dimension présente un intérêt dans
des populations normales, mais exige des instruments mieux adaptés.
Une nouvelle épreuve est présentée par l'auteur pour répondre à ce
besoin.
F. Ba.
HORST (P.). — A technique for the development of a multiple
absolute prediction battery (Méthode de construction d'une batterie
de prédiction multiple absolue) . — Psychol. Monog., 1955, 69, n° 5, 22 p.
Dans cet article, faisant suite à celui sur la des batteries
différentielles1, l'auteur aborde le problème de la prédiction multiple
absolue. Alors que, dans le premier cas, il s'agissait de différencier des
critères à l'aide d'une batterie de tests, on cherche ici à choisir une
batterie ayant, pour les variables à prédire, un pouvoir prédictif aussi
élevé que possible, mais ne les différenciant pas forcément.
On pourra prendre comme indice de l'efficacité de la prédiction
absolue la somme des variances des critères prédits, sans tenir compte de
leurs covariances moyennes.
Comme dans le cas de la prédiction différentielle, on aboutit à une
série de prédictions des divers critères. Dans les deux cas, la pondération
est faite à l'aide des coefficients de régression déterminés par la méthode
des moindres carrés mais, en général, ce ne sont pas les mêmes tests qui
sont choisis comme prédicteurs.
Une méthode itérative permet de choisir, à chaque étape, le test qui,
ajouté aux précédents, donnera l'indice d'efficacité le plus fort.
F. Ba.
1. Déjà analysé dans L'Année Psychol., 1955, 55, fasc. 2, 496-497. Psychologie appliquée 307
KELLY (M. L). — A study of industrial inspection by the method
of paired comparisons (Étude de l'inspection industrielle par la méthode
des comparaisons par paires). — * Psychol. Monog., 1955, 69, n° 9,
16 p.
Une fonction essentielle dans l'industrie est celle d'inspection de la
qualité des produits. Pourtant, elle a été peu étudiée jusqu'à présent. Les
quelques psychologues qui s'y sont intéressés ont cherché quelles étaient
les aptitudes nécessaires (vision, dextérité...) pour améliorer la sélection.
Mais ils n'ont guère étudié la technique de travail elle-même. Or, l'in
specteur est appelé à prononcer un jugement sur la qualité des produits
qui seront acceptés ou mis au rebut. Le travail de l'inspecteur est peu
contrôlé en général, sa formation est très empirique. On lui demande un
jugement sur les pièces qu'il examine, par référence à des spécifications
qui ont pu être établies avec précision mais qu'il lui est difficile de
consulter : il se fie donc à sa mémoire, mais son jugement est influencé
par la qualité moyenne de l'échantillon qu'il examine.
L'auteur a pensé qu'il y aurait lieu d'appliquer des méthodes plus
précises, inspirées de celles qui sont courantes en psychologie. Il s'est
arrêté à la méthode des comparaisons par paires. Une première étude en
laboratoire, avec des juges non expérimentés, a été suivie d'une étude
dans une usine où l'on fabriquait des écrans de télévision ; les inspecteurs
de l'usine ont procédé aux comparaisons. Dans les deux cas, on a trouvé
que les jugements ainsi effectués étaient cohérents (les pièces pouvaient
être classées de la meilleure à la moins bonne), fidèles (.90) lorsque
l'expérience était répétée, et que les juges arrivaient à un accord satis
faisant. Dans l'expérience à l'usine, on a pu prendre comme critère le
jugement de l'inspecteur-chef de qui dépendait toujours la décision
finale en cas de réclamation des clients. On s'est aperçu que la méthode
de comparaison était plus valide que l'ancienne méthode de jugement.
Une méthode plus rapide, basée sur la comparaison des pièces à un
étalon réalisant les exigences minimum de la production, a donné aussi
de bons résultats et a été finalement adoptée.
F. Ba.
FEINTUGH (A.). — Improving the employability and attitudes of
« difficult-to-place » persons (L'amélioration des possibilités de recla
ssement et des attitudes des personnes « difficiles à placer r>). — Psychol.
Monog., 1955, 69, n° 7, 20 p.
Devant la constatation que les personnes handicapées (soit physi
quement, soit psychologiquement) n'arrivent pas toujours à conserver
l'emploi que les services de reclassement ont réussi à leur procurer,
l'auteur rapporte une expérience dans laquelle on a tenté de remédier
à cet état de fait en procurant aux sujets, non seulement des conseils et
une aide financière, mais un stage rémunéré dans un atelier « protégé »
créé pour eux.
Cinquante-deux sujets ont participé à ce stage. Pour l'ensemble du 308 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
groupe, il a été utile, puisque la durée moyenne de l'emploi pendant
l'année précédant le stage était de 26,76 jours alors que pendant l'année
qui Fa suivi elle a été de 116,04 jours, et que la durée moyenne dans un
même emploi est passée de 17,27 à 69,52 jours, pour les mêmes périodes.
Cette amélioration est attribuée à l'influence du stage sur le moral des
sujets : il semble qu'en leur redonnant des habitudes de travail et une
attitude de travailleur responsable, on favorise la réadaptation à l'em
ploi ; cependant, tous les sujets n'ont pas profité également de cette
expérience. C'est du côté des attitudes par rapport au travail que l'auteur
a cherché l'explication de ces différences. Quatorze attitudes ont été
notées par trois juges, entraînés jusqu'à ce que leur accord soit suff
isant (.82 en moyenne). Une comparaison des 16 sujets les plus employés
et des 16 sujets les moins employés pendant l'année qui a suivi le stage
a montré des différences entre ces deux groupes pour 7 attitudes : le
premier groupe avait des attitudes plus réalistes, se montrait moins
difficile dans ses exigences et plus optimiste sur la possibilité de trouver
du travail.
Le petit nombre de sujets, et l'hétérogénéité du groupe, en particulier
en ce qui concerne la gravité des déficiences présentées par les sujets,
restreignent quelque peu la portée de ces résultats qui auraient besoin
d'être confirmés par d'autres.
F. Ba.
SEYMOUR (W. D.). — Experiments on the acquisition of industrial
skills. II (Expériences sur V acquisition de Uhabileté professionnelle,
2e Partie^. — Occupât. Psychol., 1955, 29, 82-98.
Dans un premier article (se reporter à l'analyse parue dans l'Année
psychol., 1955, fasc. 1, p. 261), Seymour compare les résultats obtenus
par l'application de deux méthodes d'apprentissage de certaines opéra
tions au tour-révolver : une méthode globale et une méthode d'intégration
progressive des différentes parties enseignées séparément. Les critères
utilisés sont, d'une part, le nombre de cycles opératoires correctement
exécutés, d'autre part, le nombre d'erreurs commises lors du déplacement
du chariot et lors de la manœuvre de la tourelle porte-outils.
Dans sa seconde publication, l'auteur procède à une analyse plus fine
des résultats en s'appuyant sur les enregistrements graphiques des temps
partiels mis pour exécuter les différentes phases du cycle.
L'auteur compare d'abord les résultats obtenus dans une tâche ne
comportant pas d'exigences perceptives. Si, dans l'exécution de cette
tâche, les deux méthodes ne donnent pas de résultats significativement
différents lorsqu'on utilise les premiers critères, elles se distinguent par
contre nettement lorsqu'on utilise le critère temps. Il apparaît en effet
que le nombre de répétitions nécessaires pour atteindre une certaine
vitesse dans l'exécution d'un élément de la tâche est plus grand dans le
cadre de la méthode globale que dans celui de la méthode d'intégration
progressive. PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE 309
Seymour compare ensuite les résultats obtenus dans une tâche com
portant des exigences perceptives. La méthode d'intégration progressive
se révèle supérieure, non seulement en fonction des premiers critères, mais
aussi lorsqu'on prend pour terme de comparaison le temps moyen néces
saire à l'exécution d'un cycle.
L'auteur explique la supériorité de la méthode d'intégration pro
gressive en invoquant le fait que, dans cette méthode, le nombre de
répétitions est nécessairement dosé suivant la difficulté de l'élément à
apprendre. Il en résulte donc une économie de répétitions.
L'auteur se propose de comparer ultérieurement une méthode par
cellaire aux deux méthodes qui viennent d'être examinées. De plus, il
souligne la nécessité d'étudier les problèmes de l'acquisition des capacités
professionnelles à la lumière des enseignements tirés des travaux
consacrés à la perception.
A. L.
PACAUD (S.). — Essai de critère objectif d'un trait caractériel. Test
du respect de la consigne. — Trav. Hum., 1955, 18, 64-82.
L'étude des traits de caractère qui sont plus ou moins sous un
contrôle conscient et volontaire est beaucoup plus difficile que celle des
traits qui se traduisent par des manifestations endocriniennes ou neuro
végétatives. Les difficultés augmentent encore lorsqu'il s'agit de traits à
forte composante sociale, comme celui que l'auteur s'est proposé d'étu
dier ici, le respect de la consigne.
L'épreuve utilisée a été conçue de manière à fournir des éléments de
réponse à la question suivante : « Dans quelle mesure le sujet respecte-t-il
une consigne imposée par un règlement au cours d'un travail dont la
nature crée un état pénible de lassitude, d'ennui, de nervosité et fait
naître ainsi, à certain un moment, la tentation d'enfreindre cette
consigne. » Le travail proposé au sujet consiste à faire vingt fois de suite
une addition de vingt-huit nombres de trois ou cinq chiffres, suivant le
niveau scolaire de l'intéressé. L'opérateur, à l'insu du sujet, chronomét
rait la durée de chacune des vingt opérations et notait les infractions
évidentes de la consigne : report de résultats (partiel ou total) de l'addi
tion précédente, sans vérification nouvelle. Gomme ce type d'observat
ions n'est pas complètement satisfaisant, il peut laisser échapper des
fraudes habilement dissimulées, l'auteur s'est proposé de mettre au
point un critère objectif, indépendant de l'observation directe, tiré de
l'étude de l'homogénéité des durées des opérations de vérification.
Deux procédés ont été utilisés pour détecter cette homogénéité :
— la méthode des limites, qui consiste à comparer la durée d'une
opération, soit à une valeur considérée comme limite humaine
(temps réalisé par une personne entraînée), soit à une valeur
limite déterminée à partir des performances individuelles ; dans
ce dernier cas, on calculera pour chaque addition, son écart
relatif, par rapport à la moyenne des vingt additions ;