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Psychologie sociale. - compte-rendu ; n°2 ; vol.54, pg 533-555

De
24 pages
L'année psychologique - Année 1954 - Volume 54 - Numéro 2 - Pages 533-555
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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G. Durandin
R. Pages
IV. Psychologie sociale.
In: L'année psychologique. 1954 vol. 54, n°2. pp. 533-555.
Citer ce document / Cite this document :
Durandin G., Pages R. IV. Psychologie sociale. In: L'année psychologique. 1954 vol. 54, n°2. pp. 533-555.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1954_num_54_2_8750— Psychologie sociale IV.
Méthodes de description et de mesure :
CASE (H. M). — Guttman scaling applied to Center's conservatism-
radicalism Battery (L'échelle de Guttman appliquée à la Batterie de
Conservatisme- Radicalisme de Centers). — Amer. J. Sociol., 1952-53,
68, 556-68. — SPIEGELMAN (M.), TERWILLIEGER (C),
FEARING (F.). — The reliability of agreement in content analysis
(La fidélité de V accord dans V analyse de contenu). — J. soc. Psychol.,
1953, 37, 175-87. — HORWITZ (M.), CARTWRIGHT (D.). — A
protective method for the diagnosis of group properties ( Une méthode
projective pour diagnostiquer les propriétés du groupe). — Hum. Rel.,
1953,6?, 397-410.
La technique de Guttman continue à trouver des applications désor
mais courantes. Un cas intéressant est le contrôle d'unidimensionnalité
après coup sur des instruments (questionnaires) déjà établis. On a ici
examiné l'échelle conservatisme-radicalisme de Centers (décrite notam
ment dans sa Psychology of Social Classes) et formée de 6 items. Le
__ . , , , ,.,.,.,, /. Nombre d'erreurs \ coefficient de reproductibihte 1 — = — = . . . , — 7 dans le
V Nombre total de réponses/
placement mutuel des items est de .884 seulement. Le seuil convenu étant
de .90, il s'agit ici seulement d'une « quasi-échelle ». Cette technique
d'analyse d'unidimensionnalité paraît avoir pour principal avantage
l'aptitude à traiter les intercorrélations en domaine qualitatif sans les
hypothèses de normalité requises en principe par une analyse factorielle.
C'est en somme une variété importante de l'ensemble des techniques sta
tistiques « non paramétriques » (sans hypothèses de normalité) qui sont en
cours de développement général (cf. Moses). Toutefois, elle a l'inconvé
nient, par rapport à une analyse multifactorielle, de fournir seulement
une façon d'éliminer toutes les dimensions sauf une. Il y aurait lieu de
comparer ici avec les analyses d'Eysenck sur le même domaine d'atti
tudes et avec sa discussion des problèmes d'échelles.
L'analyse de contenu a rarement été étudiée quant à sa fidélité. Théo
riquement, indiquent Spiegelmann et ses collaborateurs, les facteurs de la
fidélité définie par l'accord interjuges (R) sont définis par une équation
du type
R = / (S, C, J)
où S est le degré d'ambiguïté du matériel-stimulus, C le degré d'ambig
uïté des critères ou catégories d'analyse, J la variabilité relative aux
a. psychol. 54 34 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 534
cadres de référence et aux aptitudes des juges. L'ambiguïté élevée du
fait de S et (ou) C prête au jeu de J, et inversement. L'univocité de C est
pratiquement synonyme de la communicabilité des critères ou catégories.
Après un exposé critique des méthodes de Kaplan et Goldsen (in Lasswell
et Leites, Language of Politics), les AA. proposent un procédé pour étu
dier la fidélité avec n juges, jugeant N» items pour Nc catégories dans un
category-set. (Plutôt qu'un « ensemble » de catégories il conviendrait peut-
être de traduire « système » ou bloc de : il s'agit des catégories
formant par leur réunion un domaine de choix pour le juge : par exemple :
« marié, célibataire, veuf, divorcé » est un bloc de 4 catégories.) On peut
déterminer plusieurs sortes de fidélité : a) Individuelle : accord entre
juges, visant à déterminer quel juge dévie ; b) Fidélité par catégorie ;
c) Fidélité par bloc de catégories. Pour cette dernière et non sans quelques
hésitations, les AA. proposent une formule de calcul pour les degrés
d'accord de n juges : nombre d'accords possibles A = « ; si les
nombres de juges accordés sont mlf m2... m (nti^n), le nombre d'accords
réels am = %-~~ -. C'est am qui donne la fidélité et permet d'établir
des rangs, quel que soit n. D'après cette règle, pour 6 juges les combi-
3x2 naisons d'accord 3, 1, 1, 1 et 2, 2, 2 sont équivalentes car = 3 = "
(1 2 2\— ö + ô + x . Il est ainsi possible de tabuler les probabilités d'oc- (
currence de am, pour n juges, Ni items, Nc catégories. (Le symbolisme
des AA. a été quelque peu précisé, pour des raisons de clarté.)
Un essai d'étude de la fidélité en fonction de l'ambiguïté du stimulus
(rareté d'informations) montre que cette notion n'est pas encore élucidée.
D'autre part, la discussion préalable non dirigée n'améliore pas l'accord
des juges. Au cours de cette étude, sans que la raison (probablement
chronologique...) en soit donnée, les AA. n'utilisent pas la méthode mathé
matique ci-dessus, mais une approximation empirique.
Horwitz et Gartwright exposent une tentative d'appliquer une
méthode projective du type TAT au diagnostic des propriétés d'un groupe
à travers les histoires élaborées collectivement par ce groupe au cours
d'une discussion. Les attitudes et les positions des personnages des
groupes représentés par les images sont ambiguës et contradictoires. Les
récits sont analysés de façon à faire apparaître les éléments dimensionnels
usuels dans la « dynamique de groupe » du type Festinger. Les dimens
ions correspondantes sont mesurées indépendamment. Quoiqu'on n'ait
utilisé que 5 groupes et que les corrélations par rang soient donc cal
culées avec N = 5, le succès du test est fréquemment significatif, ce qui
suppose rho voisin de l'unité (rho = ± .80 pour le seuil de .07) : 1) Les
variables, « manque d'intérêt pour le groupe », « influence exercée par le
meneur », « hostilités interpersonnelles » sont signiflcativement mesurées ;
2) Les relations prévues par la théorie sont vérifiées
dans le test entre : a) L'orientation vers les aspects impersonnels des PSYCHOLOGIE SOCIALE 535
relations dans le groupe et la distractibilité par rapport au groupe
(rho < 0), d'une part ; b) Entre cette même orientation et la conscience
de la structure du groupe d'autre part ; c) Entre l'hostilité interper
sonnelle et la facilité de se référer au groupe (absence de « défensive »)
(rho < 0) ; d) Entre cette même hostilité interpersonnelle et l'intensité
des affects relatifs aux suggestions reçues (rho < 0) ; e) De plus la pro
ductivité effective des groupes d'expérience est en corrélation avec la
cohésion « projective » (groupe qui « marche bien », nouveaux venus, pas
d'énoncés relatifs à la désintégration du groupe ou au départ d'un
membre...).
Les seules mesures de validité par critère externe sont les trois pre
mières, et, en un sens, la corrélation 2) e). Les autres corrélations en 2) ne
confirment que la validité théorique intrinsèque de 1' « univers pro-
jectif » réalisé.
Tels quels ces résultats sont extrêmement suggestifs. La préoccupat
ion de l'indépendance des variables utilisées s'y marque également. Il
semble bien ici y avoir une convergence de ces auteurs lewiniens avec les
idées de Cattell sur la mesure et l'analyse des dimensions indépendantes
propres à la personnalité de groupe (« syntalité »). On notera que la
méthode projective paraît réussir au moins aussi bien qu'au niveau indi
viduel.
R. P.
Perception des situations sociales :
JORDAN (N.). — Behavioral forces that are a function of attitudes
and of cognitive organization (Les forces comportementales qui sont
fonction des attitudes et de l'organisation cognitive) . — Hum. Rel., 1953,
6, n» 3, 183-294.
Il s'agit ici non pas d'une expérimentation sociale proprement dite,
mais d'une expérimentation sur des expériences mentales relatives à des
situations sociales. On conçoit que la population n'a pu être formée que
d'étudiants (N = 288). L'idée fondamentale est empruntée à Heider
(Attitudes and cognitive organization, J. Psychol., 1946, 21, 107-12). Soit
une situation sociale généralisée dans laquelle il y a trois éléments
Moi (p), l'autre (o), une entité indéterminée (x) et une relation R très
générale entre ces éléments pris deux à deux. On a
(1) pRo ; pRx ; oRx
(Si cette situation sociale n'est qu'une expérience mentale il faut
ajouter en préfixe pour toute variante de (1) : p « pense » ou « se repré
sente »...)
Mettons que R puisse prendre deux valeurs opposées + R et — R.
Dans certaines conditions la situation définie par l'énoncé (1) sera dite
équilibrée, dans d'autres non : dans le cas où le « signe » de R entre p et o
sera positif, il y aura équilibre si les signes de R entre p et x et o et x res- 536 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
pectivement sont identiques, déséquilibre s'ils sont contraires. Dans le
cas p — Ho, il faut inverser tous les signes.
L'idée de Heider est que tout crée une tension psychique
orientée vers une équilibration de la situation chez p. L'A. ajoute une
condition supplémentaire : R peut prendre deux valeurs ou significations :
L (liking: attitude favorable ou défavorable), U (lien unificateur, simple
« rapport »). Il fait finalement l'hypothèse que :
a) + R est plus agréable que — R ;
b ) La valeur L prévaut sur la valeur U de R (prépondérance = potency) ;
c) De même si l'on écrit (1) sous la forme
pH1 o, /?R2 x, oR3 x
Rx prévaut sur R2 qui prévaut sur R3.
La prépondérance est en somme, une variable intensive qui pondère
les situations sans en changer le signe. Il est possible : 1) De former
8 x 8 — 64 situations suivant les deux variables d'équilibre et de pré
pondérance ; 2) De ranger hypothétiquement ces situations d'après leur
degré d'agrément. Naturellement, il est plus commode de faire coter ces
situations par expérience mentale que par expérience sociale réelle. On
demande donc aux 288 sujets de coter chacun 8 situations sur une
échelle continue dans l'ordre de préférence.
Les résultats ne vérifient pas l'ordre linéaire établi par l'A d'après
les deux variables. Notamment d'agrément décroissant
n'est à peu près confirmé que pour les premières situations (équilibrées
et prépondérantes). Pour les situations déséquilibrées, l'agrément a
plutôt tendance à rester constant dans des valeurs faibles ou négatives.
Mais ces valeurs positives faibles sont intéressantes et plus encore le fait
que, pour près de la moitié dés situations équilibrées, l'agrément est
négatif. Le désagrément maximum est même atteint pour une situation
équilibrée :( — L — L -f L = p — ho ; p — Lx ; o — Lr).
Donc, contrairement à l'idée de Heider, il n'y a pas de correspondance
entre équilibre et agrément. Les aspects « gestaltistes » sont invoqués par
l'A. pour expliquer que les situations équilibrées se conduisant comme de
bonnes formes dans lesquelles tout changement partiel affecte les pro
priétés globales du système ; tandis que dans les situations non équili
brées la faiblesse de la forme fait que le S s'attache à l'élément prépondé
rant de la situation à l'exclusion des autres (l'aspect — L, i — e. l'attitude
négative). Cette interprétation de la disparité des traitements paraît
féconde, mais l'A. n'est-il pas trop soucieux de préserver les hypothèses
de Heider par des amendements ? Alors, semble-t-il, que cette élégante
expérience, qui ne peut d'ailleurs que poser des problèmes au psycho
logue social, tend à souligner la disparité des préférences ou appréciations
hédoniques d'une part, et des phénomènes de déséquilibre tensionnel et
d'équilibration concernant la structure perçue des situations d'autre part. Il
se peut qu'on puisse utilement supposer des forces tendant à la « clôture »
(équilibre) dans chaque situation particulière. Mais il est probable que PSYCHOLOGIE SOCIALE 537
les préférences motivantes dépendent d'autres forces agissant conjoin
tement à. travers l'agrément ou le désagrément, truchements que cette
expérience ne paraît pas inviter à négliger, au contraire.
R. P.
La perception d'autrui et les relations psycho-sociales :
TAGIURI (R.). — Relational analysis : an extension of sociometric
method with emphasis upon social perception (V analyse relationnelle :
extension de la méthode sociométrique insistant sur la perception
sociale). — Sociometry, 1952, 15, 91-104. — TAGIURI (R.),
BLAKE (R. R.), BRUNER (J. S.). — Some determinants of the
perception of positive and negative feelings in others (Quelques déte
rminants et la perception de sentiments positifs ou négatifs chez autrui).
— J. abn. soc. Psychol., 1952, 48, 585-92. — PAGES (R.). —
Psychologie dite « projective » et aperception d'autrui. — Bull.
Psychol., 1953, 6.
Dans son article de 1952, Tagiuri indiquait comment développer des
intuitions de Moreno et des essais partiels de P. Maucorps en une « ana
lyse relationnelle ». Il s'agit d'adjoindre à une analyse sociométrique
classique une question : ce que chacun pense de l'attitude de chaque
autre à son égard. Tagiuri saisit l'intérêt de cette généralisation à travers
la théorie psychologique selon laquelle les conduites sont une réaction à
l'objet perçu. Il importe donc de savoir si telle vedette sociométrique qui,
par ailleurs, a fait très peu de choix n'est pas, en réalité, méfiante, incons
ciente de sa popularité... Bref, il s'agit ici d'une complication du modèle
sociométrique qui témoigne de sa fécondité persistante. Elle conduit
d'ailleurs à des développements techniques et théoriques nouveaux.
L'expérience exposée en 1953 dans ce cadre, part d'une comparaison
des conduites humaines avec un modèle probabiliste original (en cours
d'élaboration) et qui est celui du socius-robot, celui dont les choix et les
perceptions seraient aléatoires, avec les seules restrictions qui peuvent en
faire un modèle prédictif. Les AA. étudient essentiellement trois dimens
ions : 1) U exactitude perceptive : le degré d'écart des hommes par rapport
aux robots dans la reconnaissance des sentiments de leurs compagnons ;
2) La congruence perceptivo-affective : degré auquel le S perçoit les sent
iments d'un autre comme conformes aux siens à l'égard de cet autre ;
enfin, 3) La réciprocité.
L'expérience est appliquée à trois groupes de 10 membres (travailleurs
sociaux, pédagogues, etc.), avec 12 discussions de deux heures. L'exacti
tude se montre supérieure au hasard, mais pas en ce qui concerne le rejet
et l'indifférence. Les indices négatifs sont-ils mieux cachés, inaperçus
par mécanisme de défense, peu familiers ? C'est à voir. La congruence
ressort significativement, sauf le cas de l'indifférence. Réponse homogène
à autrui ou « projection complémentaire » à la Murray ? C'est encore à
voir. Quant à la réciprocité, elle n'excède pas l'hypothèse nulle personni- 538 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
fiée par le robot. La discussion des résultats fait apparaître un souci
remarquable d'économie dans les explications psychologiques : on tend
trop souvent à chercher plus d'explications que les « degrés de liberté » du
réel n'en requièrent. Ainsi, pour des raisons purement formelles évidentes,
si l'on a à la fois exactitude et convergence, on a nécessairement réciproc
ité. C'est l'inverse pour le cas de coïncidence de l'inexactitude et de la
congruence. Mettons, d'autre part, que réciprocité et congruence coïn
cident : l'exactitude est déterminée. Mais la est un effet for
tuit et la congruence autistique. Ce produit de l'autisme et du hasard
serait pourtant de nature à se renforcer cumulativement... Quant au
caractère fortuit de la réciprocité, comme elle s'élève à près de 50 % des
paires ou « dyades », avec le concours de la congruence, elle assure une
exactitude suffisante pour le fonctionnement du groupe.
Ces aspects autistiques ont été étudiés sous le nom d'égocentration
par le présent analyste. La perception des tailles a été utilisée à cause
du caractère métrique de l'objet physique en cause. Le ramenage de la
taille d'autrui vers la taille propre a été mis en évidence (assimilation
égocentrée) ainsi que, dans l'ensemble, la finesse plus grande de l'est
imation pour les tailles voisines de la taille propre (finesse égocentrée) et
la marge d'incertitude plus petite dans le même cas (certitude égocentrée).
L'A. escompte que de telles analyses de la perception d'autrui pourront
aider à la fois au développement des mesures des propriétés latentes des
sujets percevants et à l'étude des relations interindividuelles.
R. P.
Préjugés et stéréotypes :
CENTERS (R.). — An effective classroom demonstration of st
ereotypes (Une démonstration convaincante de V existence de
éréotypes). — J. soc. Psychol., 1951, 34, 41-46. — COOPER (J. B.),
MICHIELS (L. J.). — A study of attitudes as function of objective
knowledge (Étude de la relation entre les connaissances objectives et les
attitudes). — J. soc. Psychol., 1952, 36, 59-71.
L'article est fort intéressant pour montrer à quel point les stéréo
types sont répandus et persistants.
Centers voulait justement donner une démonstration à ses étudiants
de la réalité de ce phénomène qu'est le stéréotype. Il a utilisé pour cela le
travail effectué par Katz et Braly en 1932. Rappelions que Katz et
Braly avaient donné à des étudiants de Princeton une liste de 84 adject
ifs, parmi lesquels ils leur demandaient de choisir ceux qui caractéri
saient le mieux un groupe national donné. Dans la présente expérience,
Centers a lu à ses étudiants (de l'Université de Californie) 10 listes des
12 adjectifs les plus fréquents par lesquels les sujets de Katz et Braly
avaient caractérisé 10 groupes nationaux, et il les a priés de dire à quel
groupe correspondait chaque liste de 12 adjectifs au fur et à mesure qu'il
lisait les listes.
Il ne leur demandait d'ailleurs pas d'affirmer que telle liste caracté- PSYCHOLOGIE SOCIALE 539
risait de manière absolument exacte tel groupe, mais seulement de dire
à quel groupe elle leur paraissait s'appliquer le mieux. Résultat : il y a
une correspondance étroite entre les stéréotypes donnés par les étudiants
de Katz et Braly et les choix effectués par ceux de Centers. En d'autres
termes, les listes d'adjectifs ont été « correctement » identifiées dans une
très grande majorité de cas. Par exemple, sur les 132 sujets de Centers,
126 ont appliqué aux Anglais la liste d'adjectifs par lesquels les sujets de
Katz et Braly avaient décrit les Anglais. De même 125 sujets ont ident
ifié la description stéréotypée des Juifs. La liste qui a été le moins bien
identifiée est celle concernant les Japonais, et ceci s'explique par la
deuxième guerre mondiale qui a modifié les attitudes des Américains à
l'égard des Japonais ; mais dans ce cas même, l'accord reste assez élevé :
97 sujets ont identifié la liste.
L'auteur admet que cette expérience incitait, par sa nature même, les
sujets à penser de manière stéréotypée. Néanmoins, la « correction » des
choix effectués est surprenante, étant donné que les deux études ont été
faites à dix-huit ans d'intervalle et dans deux parties très éloignées de
l'Amérique.
Le but de l'étude de Cooper et Michiels est de rechercher dans quelle
mesure les préjugés se fondent sur une connaissance objective de la
matière sur laquelle ils portent.
Les auteurs ont comparé d'une part les connaissances, d'autre part
les attitudes manifestées à l'égard de deux sortes d'objets :
1) Des objets susceptibles de provoquer des attitudes passionnelles (ego
related subjects) ;
2) Des objets neutres (non-ego related subjects).
Nous indiquerons d'abord les résultats concernant la seconde caté
gorie d'objets.
Ils ont demandé à un groupe d'une centaine d'étudiants de ranger
une liste de sports (non ego related subjects) par ordre de préférence, puis
selon le degré de connaissances qu'ils estimaient en avoir. Ils leur ont fait
ensuite passer des tests de connaissances objectives. On observe que les
sujets estiment connaître le mieux et connaissent effectivement le mieux
les sports qu'ils préfèrent.
D'autre part, les auteurs ont soumis à un autre groupe de 100 étu
diants une liste de 30 nations (ego related subjects), en adoptant le même
processus expérimental. On ne retrouve pas ce parallélisme entre le degré
de préférence, le niveau de connaissance présumé par le sujet et le niveau
de connaissance objective : les sujets estiment connaître les nations aux
quelles ils sont hostiles presque aussi bien que les autres, et leur niveau
de réelle varie peu selon les nations qu'ils aiment ou
n'aiment pas. Contrairement à ce que l'on remarquait pour les préfé
rences à l'égard des sports, ce ne sont donc pas, ici, les connaissances 540 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
objectives qui conditionnent le rang de préférence, mais des réactions
affectives dont il faudrait tenir compte dans toute campagne menée
contre les préjugés.
Guy D,
Préjugés raciaux :
a) Vue d'ensemble :
On peut, d'une manière générale, classer les travaux relatifs aux pré
jugés raciaux en deux grands groupes : 1) Les de tendance
psychologique, dans lesquels on s'efforce surtout de découvrir les traits
dominants de la « personnalité préjudiciée » ; 2) Les travaux de
sociologique dans lesquels on attache une importance plus grande aux
actes qu'aux « attitudes » et où l'on s'intéresse principalement au pro
blème de l'efficacité des mesures législatives dans la réduction des conflits
interraciaux.
Il semble que la tendance sociologique l'ait emporté ces dernières
années, sur la tendance psychologique. Sans doute, les recherches pro
prement psychologiques continuent, et plusieurs chercheurs s'efforcent
de prouver l'existence d'un facteur psychologique général qui commande
selon eux, l'ensemble des attitudes de la personnalité préjudiciée, mais
trois ordres de faits viennent limiter l'importance des résultats qu'ils ont
obtenus, à savoir : a) Un certain nombre de travaux, eux-mêmes de
nature psychologique, tendent à mettre en doute l'existence de ce fac
teur général ; c'est le cas des articles de Goodstein et de Gorden que nous
analysons ci-dessous ;
b) Plusieurs articles consacrés à la méthodologie de l'étude des pré
jugés raciaux insistent sur les facteurs sociaux et sur la nécessité de
passer à l'action ;
c) Les sociologues citent des mesures législatives qui se sont révélées
efficaces pour réduire le nombre des conflits interraciaux, sinon les pré
jugés eux-mêmes. Mais ils donnent à penser que les préjugés perdront de
leur acuité lorsque les comportements auront changé.
Nous rendrons compte d'abord des articles qui mettent l'accent sur
les aspects psychologiques, puis de ceux qui mettent l'accent sur les
facteurs sociaux. Nous analyserons ensuite deux articles qui concernent,
non pas comme les précédents les attitudes de la majorité, mais les
attitudes des minorités.
b) Aspects psychologiques :
GOUGH (H. G.). — Studies of social intolerance (Études sur l'into
lérance dans les relations sociales). — J. soc. Psychol., 1951, 33,
237-70. — CAMPBELL (D. T.), MC CANDLESS (B. R.). — Ethno-
centrism, Xenophobia and Personality (Ethnocentrisme, xénophobie et
personnalité). — Human Relat., 1951, 4, 185-92. — FRENKEL-
BRUNSWIK (E.), HAVEL (J.). — Prejudice in the interviews of PSYCHOLOGIE SOCIALE 541
children. I. Attitudes toward minority groups {Les préjugés dans les
interviews d'enfants. I. Attitudes à V égard des minorités) . — J. genetic
Psychol., 1953, 82, 91-136. — SCODEL (A.), MÜSSEN (P.). — Social
perceptions of authoritarians and non-authoritarians (Les perceptions
sociales des sujets « autoritaires » et « non-autoritaires v>). — J. abn.
soc. Psychol., 1953, 48, 181-4. — GORDEN (R. L.). — The effect of
attitude toward Russia on logical reasoning ( Effet de l'attitude envers
la Russie sur le raisonnement logique). — J. soc. Psychol., 1953, 37,
103-111. — GOODSTEIN (L. D.). — Intellectual Rigidity and social
attitudes (Rigidité intellectuelle et attitudes sociales). — J. abn.
soc. Psychol., 1953, 48, 345-53.
Gough étudie, dans une série de 4 articles, les rapports entre l'ant
isémitisme et la personnalité. Il a administré à 271 étudiants les ques
tionnaires suivants :
a) L'échelle d'anti-sémitisme de Levinson et Sanford ;
b) Une échelle qu'il appelle EF, composée de 30 items tirés eux-mêmes
des échelles E (ethnocentrisme) et F (tendances antidémocrat
iques) du California questionnaire ;
c) Le M. M.P.I. ;
d) Diverses autres épreuves concernant la personnalité et l'intelligence ;
e) Enfin, il s'est renseigné sur les succès scolaires et les activités
scolaires des sujets.
Les deux principaux résultats nous paraissent être les suivants :
1) De l'ensemble des réponses faites par les sujets aux diverses
épreuves, l'auteur conclut que les sujets catégoriquement antisémites
présentent tout un ensemble de traits défavorables, à savoir : niveau
intellectuel et résultats scolaires plus bas, sociabilité moindre, plus
grande tendance à se plaindre d'ennuis personnels, étroitesse d'esprit
quant aux problèmes nationaux et internationaux, attitude de dépré
ciation à l'égard des idéaux sociaux ; nationalisme, conservatisme et
antagonisme généralisé à l'égard des out-groups, sentiments d'être
exploité et victime, et, enfin : niveau économique plus bas ;
2) Le second résultat a un intérêt principalement méthodologique :
L'auteur a comparé les réponses des sujets à l'échelle d'antisémitisme de
Levinson-Sanford et aux 55 items du M. M. P. I. et il a pu constater
ainsi qu'il y a 32 items du M. M. P. I. auxquels les sujets classés comme
antisémites par l'échelle Levinson-Sanford répondent de manière signifi-
cativement différente des autres sujets. L'auteur donne la liste de ces
32 items et il estime que cette liste peut être utilisée par elle-même comme
échelle d'attitudes « anti », bien qu'aucun de ces items ne mentionne
explicitement le problème des relations raciales ; il s'agit simplement
d'items qui dénotent une attitude pessimiste et méfiante, par exemple,
l'item 157 : « J'ai le sentiment que j'ai souvent été puni sans raison », ou
bien l'item 395 : « Le futur est trop incertain pour qu'on puisse bâtir des
plans », etc.

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