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Réponse au Questionnaire de sociologie et d'ethnographie de la Société d'anthropologie, sur les Australiens de Herbert-River - article ; n°1 ; vol.11, pg 648-662

De
16 pages
Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1888 - Volume 11 - Numéro 1 - Pages 648-662
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Carl Lumholtz
Réponse au Questionnaire de sociologie et d'ethnographie de la
Société d'anthropologie, sur les Australiens de Herbert-River
In: Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, III° Série, tome 11, 1888. pp. 648-662.
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Lumholtz Carl. Réponse au Questionnaire de sociologie et d'ethnographie de la Société d'anthropologie, sur les Australiens de
Herbert-River. In: Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, III° Série, tome 11, 1888. pp. 648-662.
doi : 10.3406/bmsap.1888.5397
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0301-8644_1888_num_11_1_5397SÉANCE DU 29 NOVEMBRE 1888, 648
Réponse alinéa par alinéa* pour les Australiens de Herbert-
River* an Questionnaire de sociologie et d'ethnographie
de la Société s
PAR M. CARL IUMHOLTZ.
J'ai parcouru l'Australie, de 1880 à 1884, chargé d'une
mission scientifique par l'Université de Christiania (Norwège).
Après avoir visité le Queensland-Central, je fis un séjour
d'une année (1882-83). dans le Nord-Queensland. J'avais
établi mon quartier général à Herbert-River, par 18 degrés
de latitude sud, et je rayonnais de là vers l'ouest et le nord-
ouest, accompagné dans toutes mes expéditions par des sau
vages.
J'ai donc vécu bien des mois, seul Européen, au milieu de
nègres australiens, explorant des contrées où pas un blanc
n'avait encore pénétré, et c'est sur ces noirs des environs de
Herbert-River que j'ai l'honneur d'appeler l'intérêt de la So
ciété d'anthropologie.
Ces détails sommaires, réponse au Questionnaire de la
Société, trouveront leur complément dans la traduction de
mon livre sur l'Australie, que MM. Hachette et Cie comptent
faire paraître au commencement de l'année prochaine.
La Société d'anthropologie voudra bien, je l'espère, ac
cepter l'hommage d'un des premiers exemplaires qui seront
publiés.
Vie nutritive.
Alimentation. — 1 . Les aliments sont principalement végé
taux.
2. Les espèces végétales formant la base de l'alimentation
sont : le Cycas media et d'autres fruits vénéneux.
3. On mange toujours les aliments cuits.
4. Les aliments cuits sont toujours grillés, jamais bouillis.
Les fruits qu'ils mangent étant vénéneux, il faut d'abord les
griller sur les cendres, puis les écraser entre deux pierres et
les laisser ensuite tremper dans l'eau avant de pouvoir les LUMHOLTZ. — QUESTIONNAIRE DE SOCIOLOGIE. 649 CARL
manger. Les coléoptères et les poissons sont grillés dans la
cendre, enveloppés de feuilles. Les kangourous et phalang
istes sont jetés entiers sur le feu pour brûler les poils, puis
on les retire du brasier pour leur fendre le ventre et les
débarrasser des intestins. On place ensuite l'animal sur des
charbons ardents et, quand il est à moitié cuit, on le retire,
on le partage en autant de morceaux qu'il y a d'individus et
chacun fait griller sa tranche séparément. Leurs mets pré
férés : la chair humaine, le bœuf et le serpent sont cuits entre
deux lits de pierres rougies au feu ; la viande est enveloppée
de feuilles ou d'herbes et le tout recouvert de terre .
5. Les repas ne se font pas à heures régulières, ils mangent
quand ils ont faim.
6. Ils mangent beaucoup et gloutonnement.
7. Pour les repas, ce sont les femmes qui sont chargées de
la préparation des végétaux et les hommes de celle des an
imaux.
8. Les femmes et les enfants mangent avec les hommes.
9. Certains aliments animaux, tels que les grands lézards,
sont réservés aux hommes faits, un adolescent n'a pas le droit
d'en manger.
10. Ils ne font de provisions que pour un ou deux jours.
Pour la viande, ils la font cuire légèrement ou la conservent
dans l'eau.
H. Ils ne font pas usage de substances enivrantes ou stu
péfiantes, mais ils fument le tabac préparé d'avance que
leur procurent les blancs; ils ne le cultivent pas eux-mêmes.
Vie sensitive.
Sensibilité générale et spéciale.
\ . Ils sont peu sensibles aux blessures.
2. Ils supportent mal les maladies et se laissent facilement
abattre:
3, On ne craint pas la mort. SÉANCE DU 29 NOVEMBRE 1888. 650
A. Tact. — \.
. Jen'aipasfaitd'expériencesrelativesautact.
B. Sens du goût. — 1. Ils aiment le sucre et le miel. Ils
aiment le sel, mais n'en ont pas.
2. Je n'ai pas fait d'expériences spéciales relatives au goût.
G. Odorat. — 1. Pas fait d'expériences.
2. Toute odeur mauvaise leur est antipathique ; ils ne mang
ent rien de gâté.
3. Leur odorat est très fin; ils reconnaissent, à l'odeur de la
terre ou des feuilles, le passage d'un animal.
D. Sens de l'ouïe. — i. 2. 3. Leur sensibilité auditive est
remarquable.
E. Sens de la vue. — Leur vue est excellente. C'est celui de
leurs sens qui est le plus développé : ils peuvent découvrir
la petite abeille d'Australie dans son vol, à une hauteur.de
25 mètres.
2. Le rouge et le jaune sont leurs couleurs préférées.
3. Ils supportent la lumière solaire directe beaucoup mieux
que les Européens.
4. Les femmes n'ont pas la vue aussi bonne que les hommes.
Esthétique. — Parure. — Beaux-arts.
A. Parure. — 1. Ils se peignent le corps et la figure de
couleurs minérales rouges, jaunes et blanches. Ils s'endui
sent aussi d'un mélange de charbon pilé et de graisse.
2. Le tatouage par ulcération et par incision est usité. On
se tatoue la poitrine, le ventre, les bras et le dos. Les femmes
se tatouent peu.
3. Les hommes se parent le plus.
B. Déformations et mutilations ethniques, — 1. Les défor
mations crâniennes ne sont pas en usage.
2. On ne pratique ni l'avulsion de certaines dents, ni
l'amputation de certaines phalanges.
3. Ils perforent la cloison sous-nasale et y passent un bâ
tonnet jaune, long de 8 à 10 centimètres. LUMHOLTZ. — QUESTIONNAIRE DE SOCIOLOGIE. 65 1 CARL
4. On pratique l'hypospadie artificielle dans certaines con
trées de l'Australie, mais pas à Herbert-River.
G. Bijoux. — Ils portent des colliers de graminées coupées
en petits morceaux et reliées par un fil intérieur. Ce collier fait
jusqu'à 15 fois le tour du cou. Ils ont aussi des bandeaux en
filets pour le front. Ils portent quelquefois des coquilles de
moules dans la barbe et des plumes de talegalla qu'ils tien
nent avec les dents quand ils dansent pour se donner un air
sauvage.
D. Coiffure. — 1 . Ils s'enduisent les cheveux de cire d'abeilles
et y plantent des plumes jaunes et blanches de cacatois, mais
seulement pour les cérémonies. Il portent généralement les
cheveux courts et les brûlent quand ils deviennent trop longs.
E. Vêtements. — 1, Ils ne portent de vêtements ni l'été, ni
l'hiver. Les femmes seules jettent quelquefois sur leurs
épaules, lorsqu'il pleut, une petite pèlerine en tille du mela-
leuca leucodendron.
F. Danse. — 1. On danse, et l'homme plutôt que la femme.
Dans une fête, une seule femme est autorisée à danser avec
les hommes.
2. Ils ont des danses de chasse et d'amour. Les ornements
spéciaux pour la danse sont les plumes de talegalla qu'ils ont
à la bouche.
G. Musique. — 1. On chante beaucoup.
2. Le caractère de leur chant est mélancolique. La chasse
et l'amour sont les sujets ordinairement traités.
3. Ils s'accompagnent en frappant l'un contre l'autre, ou deux
morceaux de bois, ou ua boomerang et un nolla-nolla, pour
indiquer le rhythme. Leur seul instrument de musique est une
courte massue d'un bois dur et sonore qu'ils frappent en
cadence avec un autre morceau de bois léger. Ils n'ont pas de
gamme.
4. Le sexe mâle est le plus adonné à la musique. Ils ont
des chanteurs et des musiciens de profession.
H. Arts graphiques et plastiques. — 1. Il y a des dessins
rudimentaires au trait noir ou rouge. 652 SÉANCE DU 29 NOVEMBRE 1888.
2. Les objets sculptés sont en bois « Message sticks »,
courts bâtons runiques (?).
3. On dessine au trait. Les sujets de ces dessins sont
presque toujours des hommes, quelquefois pourtant des ani
maux.
4. On ne sait pas rendre les ombres.
5. Il n'y a pas de peinture.
7. Les hommes s'occupent de préférence des beaux-arts.
Vie affective.
Sensibilité morale. Sentiments affectifs.
A. Caractère. — Moralité. — 1. L'Australien est très gai, très
expansif et rit facilement.
2. Il pleure facilement, la femme surtout.
3. On est lâche.
4. Leur caractère est mobile.
5. Il n'y a pas de jeu de hasard.
6. On se met facilement en colère.
7. On approuve le mensonge et la ruse.
8. On estimé le courage. Au point de vue moral, ils ne
connaissent qu'une chose, le tien et le mien, car ils ont le
sentiment de la propriété. L'adultère même est considéré
comme vol.
9. On ne tient jamais ses engagements.
10. Le sentiment de l'amitié est connu, il est fort.
12. Ils ne se dévouent pas pour un ami.
13. Les pratiques habituelles de politesse sont de débar
rasser l'ami ou le parent des parasites qui hantent sa che
velure, de hurler à son arrivée et même de s'entailler la
chair et pleurer.
14. La compassion est connue.
15. On exerce un peu l'hospitalité. On offre la nourriture
et quelquefois le logement.
16. On secourt généralement les faibles, LUMHOLTZ. — QUESTIONNAIRE DE SOCIOLOGIE.1 653 CARL
17. Les malades sont très bien soignés ; on ne les aban
donne pas et on ne les met pas à mort.
18. En fait d'animaux domestiques, ils n'ont que le chien
dingo. Il est aussi bien traité que les enfants ; on ne le frappe
jamais. Le dingo n'est pas tout à fait apprivoisé, il s'enfuit
souvent, surtout à l'époque des accouplements et pour ne
plus revenir.
19. Les Australiens sont anthropophages ; ils mangent de
préférence les enfants, rarement les membres de la tribu,
mais les étrangers toujours.
B. Des enfants. — 1. Les parents aiment leurs enfants.
2. Us les caressent et jouent avec eux.
3. L'infanticide est pratiqué et approuvé ; celui des filles
est le plus fréquent.
4. On ne s'occupe pas de l'éducation des enfants. Il y a
initiation pour les adolescents. A huit ans, le jeune homme
est autorisé à aller à la chasse. Les cérémonies d'initiation
consistent en tatouages sousforme d'ulcérations surla poitrine.
Quand il est reconnu majeur, on lui fait, à la naissance des
.seins, deux incisions affectant la forme d'un croissant.
5. Les parents ne prennent soin des enfants que jusqu'à
huit ou neuf ans.
G. Des vieillards et des parents. — 1. Les enfants aiment
leurs parents.
2. Ils en sont fiers.
3. Ils aiment leur mère plus que leur père.
4. Les vieillards sont très bien traités et jamais mis à
mort.
D. Conditions des femmes. — 1. Les femmes sont de véri
tables esclaves. ,
°2. Elles sont généralement maltraitées et jamais respectées.
3.sont chargées d'aider à la construction des huttes,
de chercher et de préparer la nourriture végétale et de four
nir l'eau et le bois pour le ménage.
4. Les femmes peuvent être vendues.
E. Guerre. — 1 . On tue les prisonniers pour les manger. 654- séance du 29 novembre' 1888.
2. La guerre est une guerre d'embuscade. Ils n'ont ni stra
tégie, ni lieux fortifiés. Les armes offensives sont : la lance
et l'épée de bois, le nolla-nolla et le boomerang. Gomme arme
défensive, ils n'ont que le bouclier en bois.
3. On ne connaît pas d'institutions guerrières.
F. Rites funéraires. — 1. On n'abandonne pas les morts.
2. Ils sont inhumés.
\ 4. Ils n'ont ni cérémonies, ni monuments funéraires. '
Religion.— Vie future.
A. Vie future. — 1. On croit aux ombres des morts; on
les craint sans les vénérer et on ne leur rend pas de culte.
2. On ne croit pas à la vie future.
4. A leurs yeux, les ombres des morts sont matérielles.
5. On ne croit pas à la mort naturelle.
B. Religion. — 1. Pas de fétiches, ni d'idoles.
2. On croit à un esprit malfaisant.
3. On n'adore ni les objets, ni les phénomènes naturels.
4. Les sorciers jouent un grand rôle.
6. Point de génies. ,
8. Ils n'ont aucun dieu.
10. Il n'existe ni culte, ni temples.
12. Ils n'ont pas de religion.
13. Ils croient que le soleil, la lune et les étoiles ont été
créés par d'autres noirs. Toute cosmogonie leur est inconnue.
14. Ils n'ont aucune idée de l'éternité ni de l'infini.
15. On ne prie jamais.
Vie sociale.
A. Famille. — 1. La famille est constituée.
2. L'enfant appartient à la tribu du père.
3. La parenté suit la ligne masculine, celle du père.
4. Les degrés de parenté reconnue sont : Père, mère, frère
aîné, oncle et neveu.
5. La parenté est reconnue jusqu'au neveu. LUMHOLTZ. — QUESTIONNAIRE DE SOCIOLOGIE. 655 CARL
. 6. On ne connaît pas d'exemple d'adoption.
7. L'héritage passe aux parents.
B. Amour, mariage. — 4. Ces hommes ont quelquefois
l'amour en dehors de l'accouplement. Il existe des chants
d'amour.
2. Le baiser est inconnu .
3. La pudeur est inconnue.
4. Peut-être la masturbation existe-t-ellê, mais je n'en
connais pas d'exemple.
Ils ne sont pas pédérastes.
5. Le mariage a lieu sans contrat. Les femmes ne sont pas
communes à plusieurs.
6. La communauté n'intervient pas pour sanctionner le
mariage.
7. L'homme, dans le cas où il se procure une femme par
violence, la prend par la main et dit : Elle est à moi; dans
les autres cas, il n'y a aucune cérémonie.
8. Les Australiens sont polygames. •
9. Le mariage peut être exogamique ou endogamique.
10. Le a lieu fréquemment par capture.
11. La femme n'est pas consultée, mais achetée aux pa
rents.
12. Il n'y a pas de fiançailles.
13. On ne tient pas compte de la virginité.
!4. Les concubines sont autorisées.
15. Le divorce n'existe pas.
17. L'homme peut répudier sa femme et même la tuer.
18. Toute veuve devient la de son beau-frère.
Lorsque les femmes sont vieilles, on ne s'occupe plus d'elles.
19. La prostitution est en usage.
20. Il n'y a pas de prostituées proprement dites. La femme
qui se prostitue n'est pas déshonorée.
21. Le mari exige la fidélité de ses femmes, mais il a le
droit de les prêter ou de les louer.
22. La femme adultère est ou battue, ou frappée du toma
hawk ; l'amant reste impuni. SÉANCE DU 29 NOVEMBRE 1888. 656
23. Les femmes sont jalouses ; les maris adultères s'en t
irent par une scène de ménage.
C. Propriété. — 1. Ils ont le sentiment de la propriété in
dividuelle .
2. La propriété n'est pas commune.
3. On ne distingue pas la propriété mobilière et la propriété
immobilière.
4. Ils ne sont pas agriculteurs et ne cultivent rien.
5. Le domaine appartient à la tribu.
6. La propriété individuelle est héréditaire.
7. Le testament n'existe pas.
D. Gouvernement, constitution sociale. — 1. Il n'y a ni chef,
ni roi.
3. Il n'y a pas de castes. La tribu est formée de plusieurs
petites tribus composées de deux à quatre familles. Une tribu
compte deux cents individus environ, qui habitent une région
déterminée. La constitution sociale est essentiellement dé
mocratique, la liberté individuelle absolue. Dans les grandes
occasions seulement, on se réunit en conseil et la voix des
vieillards a plus de poids.
4. Les membres d'une tribu sont divisés en quatre classes
appelées otero, gorguero, gorilla, gorgorûla, pour les hommes;
et, pour les femmes, les mêmes appellations auxquelles on
ajoute tnngann; oterinngann, gorguerinngann, gorillinngann
et gorgorillinngann. Le but de ces divisions est d'éviter les
mariages entre proches parents.
5. Il n'y. a pas d'esclaves.
C. Il n'y a pas d'impôts.
7. Il n'y a pas de totem ou signe de reconnaissance.
E. Justice. — 1. Les différends se règlent individuellement
au borbobi, par des duels à l'épée de bois et au bouclier.
2. Il n'y a pas de code.
3. Les actes réputés criminels sont les vols (l'adultère est
condidéré comme vol). Le voleur est obligé de se battre avec
celui qu'il a lésé.
4. Le vol d'une femme est le délit le plus grave.

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