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Spécialisation hémisphérique et double traitement des dessins en mémoire - article ; n°2 ; vol.87, pg 169-183

De
17 pages
L'année psychologique - Année 1987 - Volume 87 - Numéro 2 - Pages 169-183
Résumé
Alors que la spécialisation hémisphérique est établie pour la mémoire des mots, il y a incertitude en ce qui concerne le traitement imagé. L'expérience présentée ici a pour objet de mettre en évidence une éventuelle spécialisation dans une tâche de double traitement en imposant la mémorisation de couples de dessins ou de mots présentés de telle sorte que chaque item d'un couple apparaisse dans un hémichamp visuel différent, pour être traité dans un hémisphère différent. En rappel comme en reconnaissance, les résultats indiquent une très grande différence hémisphérique dans le traitement des mots mais pas de différence pour les dessins. Cette asymétrie dans le traitement des dessins et des mots fournit une nouvelle hypothèse explicative de la supériorité des dessins sur les mots dans des tâches de mémoire. En effet, si l'on considère le résultat du point de vue de la performance en situation de double traitement cognitif, on constate que le rappel et la reconnaissance globale des dessins est nettement supérieure au rappel et à la reconnaissance des mots du fait du fonctionnement équivalent des deux hémisphères pour les dessins.
Mots clés : spécialisation hémisphérique, traitement imagé, mémoire.
Summary : Hemispheric specialization and dual-processing of pictures.
Although hemispheric specialization has been confirmee for memory for words, there remains some doubt with respect to image processing. The present experiment investigated a possible specialization in a dual-processing task by presenting pairs of pictures or words to be memorized such that each member of a pair appeared in a different visual hemifield to be processed in a different hemisphere. In recall and recognition, the results show a large hemispheric difference in the processing of the words but not for the pictures. This asymetry suggests a new hypothesis for explaining the superiority in memory for pictures compared to words. Indeed, the global performance (recall or recognition of the two items of the pair) is superior for the pictures because the pictures are processed in the left as well as the right hemisphere in this dualprocessing task, which is not the case for the words.
Key words : hemispheric specialization, image processing, memory.
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Alain Lieury
Nancy Le Nouveau
Spécialisation hémisphérique et double traitement des dessins
en mémoire
In: L'année psychologique. 1987 vol. 87, n°2. pp. 169-183.
Citer ce document / Cite this document :
Lieury Alain, Le Nouveau Nancy. Spécialisation hémisphérique et double traitement des dessins en mémoire. In: L'année
psychologique. 1987 vol. 87, n°2. pp. 169-183.
doi : 10.3406/psy.1987.29197
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1987_num_87_2_29197Résumé
Résumé
Alors que la spécialisation hémisphérique est établie pour la mémoire des mots, il y a incertitude en ce
qui concerne le traitement imagé. L'expérience présentée ici a pour objet de mettre en évidence une
éventuelle dans une tâche de double traitement en imposant la mémorisation de couples
de dessins ou de mots présentés de telle sorte que chaque item d'un couple apparaisse dans un
hémichamp visuel différent, pour être traité dans un hémisphère différent. En rappel comme en
reconnaissance, les résultats indiquent une très grande différence hémisphérique dans le traitement
des mots mais pas de différence pour les dessins. Cette asymétrie dans le traitement des dessins et
des mots fournit une nouvelle hypothèse explicative de la supériorité des dessins sur les mots dans des
tâches de mémoire. En effet, si l'on considère le résultat du point de vue de la performance en situation
de double traitement cognitif, on constate que le rappel et la reconnaissance globale des dessins est
nettement supérieure au rappel et à la reconnaissance des mots du fait du fonctionnement équivalent
des deux hémisphères pour les dessins.
Mots clés : spécialisation hémisphérique, traitement imagé, mémoire.
Abstract
Summary : Hemispheric specialization and dual-processing of pictures.
Although hemispheric specialization has been confirmee for memory for words, there remains some
doubt with respect to image processing. The present experiment investigated a possible specialization
in a dual-processing task by presenting pairs of pictures or words to be memorized such that each
member of a pair appeared in a different visual hemifield to be processed in a different hemisphere. In
recall and recognition, the results show a large hemispheric difference in the processing of the words
but not for the pictures. This asymetry suggests a new hypothesis for explaining the superiority in
memory for pictures compared to words. Indeed, the global performance (recall or recognition of the two
items of the pair) is superior for the pictures because the pictures are processed in the left as well as the
right hemisphere in this dualprocessing task, which is not the case for the words.
Key words : hemispheric specialization, image processing, memory.L'Année Psychologique, 1987, S7, 169-183
MÉMOIRES ORIGINAUX
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université Rennes 2 Haute-Bretagne1
SPÉCIALISATION HÉMISPHÉRIQUE
ET DOUBLE TRAITEMENT DES DESSINS EN MÉMOIRE
par Alain Lieury et Nancy Le Nouveau*
SUMMAR Y : Hemispheric specialization and dual-processing of pictures.
Although hemispheric has been confirmed for memory
for words, there remains some doubt with respect to image processing.
The present experiment investigated a possible specialization in a dual-
processing task by presenting pairs of pictures or words to be memorized
such that each member of a pair appeared in a different visual hemifield
to be processed in a different hemisphere. In recall and recognition, the
results show a large hemispheric difference in the processing of the words
but not for the pictures. This asymetry suggests a new hypothesis for
explaining the superiority in memory for pictures compared to words.
Indeed, the global performance (recall or recognition of the two items of
the pair) is superior for the pictures because the pictures are processed
in the left as well as the right hemisphere in this dual processing task, which
is not the case for the words.
Key words : hemispheric specialization, image processing, memory.
La spécialisation hémisphérique chez l'homme a suscité
un très grand nombre de recherches. Le résultat le plus stable
dans ce domaine est la dominance de l'hémisphère gauche, chez
1. 6, avenue Gaston-Berger, 35043 Rennes Cedex.
2. Cette recherche a été réalisée avec l'aide de Jacky Floch pour Ie9
enregistrements vidéo et de Jacques Degouys pour les traitements statis
tiques. Nous remercions Raymond Bruyer, de l'Université de Louvain, dont
les commentaires nous ont permis de préciser certaines alternatives
théoriques. 170 Alain Lieury el Nancy Le Nouveau
les sujets droitiers, pour le traitement du langage articulé,
résultat souvent démontré depuis la célèbre observation de Broca
(1865, cité par Juan de Mendoza et Grosso, 1980 ; Penfîeld et
Roberts, 1959 ; Greenberg et Graham, 1970). Il faut cependant
noter que la dominance hémisphérique ne concerne vraiment que
la production du langage et même du langage écrit (Young et
Ellis, 1985) et que les recherches sur les patients au cerveau
dédoublé, par une section ou une atteinte pathologique des
commissures interhémisphériques, sont capables de compréhens
ion à la fois au niveau de l'hémisphère gauche et de l'hémisphère
droit (Gazzaniga, 1970). Les recherches au niveau cognitif sur
des sujets normaux dépendent plus d'options théoriques ou
d'hypothèses de travail puisqu'on ne mesure que des différences
de latéralité entre les hémichamps visuels (il existe également
des effets de latéralité auditive). Le fait que les voies nerveuses
contralaterales paraissent dominer les voies ipsilatérales (Sergent,
1983) permet d'interpréter les effets de latéralité visuelle comme
liés, au moins pour une part très importante, à la spécialisation
hémisphérique. Des faits de plus en plus nombreux montrent
que les habitudes de lecture (anticipation vers l'hémichamp
visuel droit, Harcum et Jones, 1962) ne sont pas un facteur
prédominant. Overton et Wiener (1966) montrent par exemple
que l'effet de latéralité dans leur expérience n'est dû qu'à la
chute de la performance entre l'excentricité de 1,3° et celle
de 2,6° de la même hémirétine droite de l'œil gauche. Les effets de
latéralité visuelle n'apparaissent pas chez les sujets gauchers,
peut-être à cause d'une variabilité interindividuelle très forte
(Bryden, 1965). Dans des expériences contrôlant la nature du
matériel verbal, on trouve généralement que la différence de
performance (reconnaissance ou temps de réaction) est plus
grande entre les mots concrets et les mots abstraits dans l'hém
ichamp gauche que dans l'hémichamp droit (Day, 1977, 1979 ;
Ellis et Shepherd, 1974 ; Hines, 1976). Les habitudes de lecture
étant constantes (pour des sujets de même langue), on ne peut
pas expliquer par ce facteur des différences de latéralité qui sont
fonction de l'excentricité rétinienne, de la des sujets
ou de la nature de l'information verbale. Une critique très
sérieuse de l'interprétation en fonction de la spécialisation en
terme hémisphérique a été récemment faite par Kirsner et
Schwartz (1986) sur la base de la diminution très rapide de
l'acuité visuelle en fonction de l'excentricité de l'information. hémisphérique 171 Spécialisation
Pour le mot présenté à droite du point de fixation, le début du
mot sera plus probablement traité tandis que pour le mot pré
senté à gauche, c'est la fin du mot qui sera mieux traité car
moins excentrée. Comme le début du mot est plus informatif
que la fin dans l'accès lexical, l'hémichamp droit est favorisé
sans qu'une hypothèse en termes hémisphériques soit nécessaire.
Ce mécanisme cependant est lié à la longueur du mot et ne devrait
pas jouer pour les mots courts ni pour les dessins (tout au moins
pas de la même manière), mais nul doute que cette critique devra
être prise en compte dans les recherches ultérieures. L'option
théorique prise dans cet article comme hypothèse de travail
sera donc que les différences de latéralité visuelle sont déter
minées de manière prédominante par la spécialisation hémis
phérique.
Le langage, au moins articulé, étant préférentiellement traité
par l'hémisphère gauche, d'autres études ont été entreprises
pour rechercher si le déficit de l'hémisphère droit n'était pas
compensé par une autre spécialisation. Différentes recherches
ont en effet indiqué que l'hémisphère droit paraissait dominant
pour certains traitements, en particulier de matériels non
verbaux, la perception des visages (Hines, 1978 ; Bruyer, 1980 a,
1980 b, etc.), la reconnaissance des expressions émotives (Safer,
1981 ; Gage et Safer, 1985) et la perception des stimuli musicaux
(Peretz, 1985 a, 1985 b). Cependant, il faut insister sur le fait
que la dominance droite ne correspond pas à un déficit de l'autre
hémisphère, il ne s'agit que d'une supériorité de traitement d'un
hémisphère sur l'autre ; par exemple pour les visages, chez Hines,
le pourcentage de reconnaissance par l'hémisphère droit (hémi
champ visuel gauche) est de 76,8 % contre 70,8 % pour l'hémi
sphère gauche (hémichamp droit) ; chez Bruyer, le pourcentage
de reconnaissance est de 88,8 % pour l'hémisphère droit (lésions
gauches), contre 69,56 % (lésions droites) lorsque les visages
sont nets ; cette dominance diminue avec la diminution de la
netteté des photographies de visages.
Le traitement imagé, si l'on excepte les visages, paraît
moins ou non spécialisé sur le plan hémisphérique. Ainsi la
reconnaissance de formes (aléatoires : Hines, 1978 ; polygones,
Heilige, Cox et Litvac, 1979) ne présente pas de différences
hémisphériques. Pour la reconnaissance de matrices, Gross (1972)
trouve un avantage de l'hémisphère droit mais il repose sur des
différences très faibles (différence de temps de réaction moteurs 172 Alain Lieury et Nancy Le Nouveau
de 11,5 ms pour les jugements « identiques »). Le contrôle de la
valeur d'imagerie des mots dans les tâches de décision lexicale
indique dans l'ensemble que des mots abstraits ou de faible
imagerie produisent un avantage de l'hémichamp droit plus
important que des mots de forte imagerie, ce qui laisse penser
que l'imagerie peut être traitée avec peu de différences par les
deux hémisphères (Young et Ellis, 1985). Par exemple, dans une
tâche de décision lexicale, Day (1979) ne trouve un avantage
général (noms, adjectifs, verbes) de l'hémichamp visuel droit
que pour les mots de faible imagerie ; pour les mots de forte
imagerie, il y a équivalence des deux hémichamps pour les noms
et les adjectifs et seulement un avantage de l'hémichamp droit
pour les verbes.
L'équivalence hémisphérique apparaît de façon spectaculaire
dans certains cas neurologiques. Bisiach et Luzzatti (1978) ont
décrit deux patients dont l'hémianopsie gauche entraîne une
lacune des représentations de mémoire dans la portion gauche de
l'espace à décrire. Cependant, si le patient a pour consigne de
décrire le même espace en imaginant qu'il opère une rotation de
180°, on constate qu'il peut décrire la portion qu'il oubliait
dans la position initiale. Le sujet I. G., par exemple, imaginant
qu'il est face à la cathédrale de Milan, va décrire cinq emplace
ments (Palais Royal, Palais de l'archevêché...) qui se trouvent
uniquement dans la portion droite de l'espace ; aucun lieu de
gauche n'est évoqué. A l'inverse, si le sujet doit s'imaginer
le dos aux portes de la cathédrale, il est alors capable de décrire
des lieux de la partie opposée (les arcades, les boutiques...)
qu'on aurait pu croire oubliés si les expérimentateurs ne lui
avaient pas fait changer de perspective. Les auteurs interprètent
ces observations par une hypothèse du stockage de la moitié
du champ visuo-spatial par chaque hémisphère : si c'est le cas,
on ne doit pas s'attendre à une différence hémisphérique (ou
très faible) dans le traitement des informations visuelles ou
imagées.
Dans une revue des recherches comportementales et neuro-
psychologiques sur l'imagerie mentale, Ehrlichman et Barrett
(1983) concluent à « une base empirique insuffisante pour consi
dérer que l'imagerie est une fonction hémisphérique droite »,
ce qui n'est d'ailleurs pas incompatible avec la possibilité d'un
traitement hémisphérique différent, par exemple dans l'hémi
sphère gauche du fait des capacités verbales. Spécialisation hémisphérique 173
Ces résultats qui peuvent paraître négatifs en ce qui concerne
la recherche d'une dominance hémisphérique de l'imagerie, ont
en revanche une conséquence théorique très importante si l'on
considère cette fois le problème de la supériorité des dessins sur
les mots observée en mémoire. Car s'il n'y a pas de préférence
hémisphérique pour le traitement imagé, cela signifie que les
dessins peuvent être traités dans chaque hémisphère contrair
ement aux mots. Ce double traitement des dessins pourrait donc
être une cause de la supériorité des dessins sur les mots dans
certaines situations. L'expérience présentée ici a pour objet de
mettre en évidence la possibilité d'un tel double traitement en
imposant la mémorisation de couples de dessins ou de mots
présentés de telle sorte que chaque item d'un couple apparaisse
dans un hémichamp visuel différent, pour être traité dans un
hémisphère différent (Gazzaniga, 1970 ; Heilige et a/., 1979).
EXPÉRIENCE
SUJETS ET MÉTHODE
Afin de permettre l'interprétation des résultats en terme de spécia
lisation hémisphérique en fonction des hémichamps visuels, seuls des
sujets droitiers, manuels et oculaires, ont été retenus ; ainsi, étant
donné l'inversion entre les hémichamps et les hémisphères (Gazzaniga,
1970), une supériorité d'items présentés dans l'hémichamp visuel droit
pourra être interprétée comme une supériorité de l'hémisphère gauche,
dominant pour le langage articulé.
La dextralité oculaire était vérifiée au moyen d'une visée avec un
crayon : le sujet aligne un crayon sur un point précis avec les deux yeux
et ferme alternativement chaque œil ; l'alignement est conservé lorsque
la visée se fait avec l'œil dominant et le sujet observe un déplacement
du crayon lorsque la visée se fait avec l'œil non dominant ; pour les
« vrais » droitiers l'œil droit est dominant.
La dextralité manuelle est contrôlée au moyen des questions sui
vantes :
1. Avec quelle main lances-tu une fléchette ?
2.te brosses-tu les dents ?
3. Avec quelle main écris-tu ?
40 sujets se déclarant droitiers aux trois questions ont finalement
été retenus, 20 de sexe féminin et 20 de sexe masculin, tous étudiants,
de 17 à 30 ans. 174 Alain Lieury et Nancy Le Nouveau
MATÉRIEL
La liste à mémoriser est composée de 18 couples d'items mots pour
la moitié des sujets, et dessins pour l'autre moitié.
Les items ont été choisis en tenant compte de plusieurs critères (ve
rbaux ou figuratifs). Le nombre de syllabes ne dépasse pas trois et,
dans ce cas, la dernière syllabe est muette le plus souvent. La fréquence
d'usage dans la langue écrite (Le trésor de la langue française) varie
de 22 à 5 413 et on apparie les deux mots de chaque couple de façon
à ce qu'ils aient une fréquence aussi voisine que possible. Les items sont
également choisis de sorte que les dessins correspondants soient appariés
par la grandeur (ex. : louche et poireau, verre et botte...) ; les dessins
sont réalistes, colorés et non ambigus {Imagier du Père Castor,
Ed. Flammarion).
On affecte arbitrairement un nombre de deux chiffres à chaque
couple d'items pour déterminer un point de fixation central (voir mode
de présentation), et pour les contrebalancements ; les triplets ainsi
obtenus sont groupés en trois blocs de six :
poulet-51-ballon verre-66-plume casque- 80-seau
chat-79-banc tortue-24-citron louche-15-poireau
vase-12-botte quille-57-briquet poire-29-cube
fraise-64-crabe pomme-93-réveil rose-36-chien
bol-90-noix gourde-45-tomate tasse-42-gant
loupe-48-pneu bonnet-31-singe valise-73-orange
Pour l'épreuve de reconnaissance, 72 mots et dessins ont été sélec
tionnés pour être mélangés aux 36 items cibles.
ENREGISTREMENT VIDÉO ET MODE DE PRÉSENTATION
Les couples sont présentés au moyen d'un dispositif vidéo Umatic.
Les items de chaque couple sont préparés sur une planche de part et
d'autre d'un nombre de deux chiffres. Le nombre constitue par la
consigne le point de fixation centrale et sa lecture correcte permet de
considérer que chaque item est présenté dans un hémichamp visuel ;
la liste des nombres est obtenue par ordinateur au moyen d'un pr
ogramme de tirage aléatoire dans une suite de nombre. Les mots et les
nombres sont écrits en lettraset folio médium minuscules (réf. n° 439),
hauteur 7,5 mm, en noir sur fond blanc. Les dessins sont colorés sur
fond blanc.
Afin de contrôler l'effet de la grandeur de l'angle visuel sous lequel
les items sont perçus (latéralement), trois écartements (mesurés de
centre à centre) entre les items de chaque couple ont été construits,
4, 4,5 et 5 cm. Pour standardiser cet écartement, des cadres en bristol Spécialisation hémisphérique 175
ont été construits, avec des fenêtres de taille adaptée aux dessins, et
une fenêtre centrale pour le nombre.
Enfin, pour éviter des associations ou des similitudes catégorielles,
phonétiques, figuratives, intracouples ou entre couples consécutifs, la
liste globale a été subdivisée en trois blocs de six couples. L'ordre de
présentation des blocs a été contrebalancé par carré latin. A l'intérieur
de chaque bloc, l'ordre des paires est contrebalancé par moitié afin
d'éviter que les positions sérielles privilégiées soient toujours occupées
par les mêmes items.
La localisation droite et gauche des items a été contrebalancée de
sorte que chaque mot, ou dessin, apparaisse à droite pour la moitié des
sujets et à gauche pour l'autre moitié. Chaque couple est également
enregistré dans les trois écartements possibles.
PROCÉDURE EXPÉRIMENTALE
La liste est projetée au moyen d'un magnétoscope Umatic et d'un
moniteur couleur (diagonale = 51 cm). Chaque planche (les deux items
latéraux et le nombre en position centrale) a un temps d'apparition
de 40 ms, c'est-à-dire une trame vidéo (en technique vidéo Umatic,
la bande peut être divisée en 25 trames par seconde), et chaque planche
est suivie d'un blanc de 2 000 ms. Cette procédure est destinée à empêcher
que différents points de fixation soient pris à la suite de la lecture du
nombre grâce à des mouvements oculaires rapides ; en revanche, le blanc
de 2 000 ms permet les opérations de mise en mémoire (Potter, 1976).
Une gamme variée d'angles visuels sous-tendant la vision des items
a été prise afin de maximiser les chances d'obtenir un traitement
hémisphérique au moins pour certains angles. A cette fin, on place les
sujets à trois distances possibles de l'écran : 2 m, 1,6 m et 1,2 m ; en
croisant ces avec les écartements, nous obtenons 9 angles
visuels, d'environ 3 à 6° :
Distances
1,6 m 1 Ecartements 2 m ,2 m
,06o 3,83° ,09° 40 mm CO 5
4,29° ,43° ,71° 45 5 CO
4,75° 50 mm CO
présentation comporte trois cycles présentation-rappel. A chaque La
cycle, un bloc de six couples est présenté pour la mémorisation et on
procède à la fin du bloc à un rappel verbal libre puis à une épreuve de
reconnaissance. La fixation centrale est contrôlée par la lecture à voix
haute du nombre et à chaque bloc, on place le sujet aux trois distances
par rapport à l'écran (du plus loin au plus près). L'écartement des items
est intrabloc. 176 Alain Lieury el Nancy Le Nouveau
Pour le rappel, le sujet écrit les réponses sur les pages d'un carnet
tandis que, pour la reconnaissance, il doit choisir dans un paquet de
cartons (avec les mots ou les dessins) les items cibles ; au cas où le choix
de la main, gauche ou droite, aurait une influence sur la reconnaissance,
la moitié des sujets doit se servir de la main droite et l'autre moitié de
la main gauche pour trier les items pendant la reconnaissance.
Une liste de familiarisation de trois couples d'items est présentée.
Le matériel, mots ou dessins, et le sexe sont des facteurs inte
rgroupes tandis que les hémichamps, l'angle visuel (écartement * dis
tance) et le mode de récupération, rappel ou reconnaissance, sont intra-
groupes. En reconnaissance, le facteur de latéralité de la main utilisée
pour trier les items, est un facteur intergroupe. Chaque sous-groupe de
sujets comporte autant de femmes que d'hommes.
RÉSULTATS
Les résultats sont analysés séparément (y compris au niveau
de l'analyse de variance) en fonction du mode de récupération.
1. Rappel
Le nombre d'intrusions est important (28,17 %), ce qui
indique la difficulté de cette tâche de double traitement cognitif ;
le nombre d'items, dessins ou mots, rappelés est cependant
suffisamment important, 255 réponses exactes, pour effectuer
une analyse de variance.
Les dessins sont nettement mieux rappelés que les mots
(tableau 1), F(l/36) = 15,72, p < .0005. Ce qui est perçu par
l'hémichamp droit, donc traité par l'hémisphère gauche, est
globalement mieux rappelé, F(l/36) = 10,17, p < .005. Enfin,
l'interaction entre les hémichamps et le matériel (cf. tableau 1)
Tableau 1. — Pourcentage de rappel verbal des mots et
des dessins en fonction des hémichamps visuels de pré
sentation.
Percent verbal recall of pictures and words
for each visual hemifield presentation.
Hémichamp gauche Hémichamp droit
Mots 2,22 % 23,33 %
Dessins 25,28 % 20,00 %