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Spécialisation hémisphérique et mémoire verbale : effet des variations d'indices entre l'encodage et la restitution - article ; n°2 ; vol.88, pg 169-178

De
12 pages
L'année psychologique - Année 1988 - Volume 88 - Numéro 2 - Pages 169-178
Sujmmary : Hemispheric specialization and verbal memory : effect of varying cues between encoding and retrieval.
The performances of four groups of right-handed adult subjects were compared in a visual hemifield tachistoscopic study involving memorization of a list of three-letter substantives. The four groups varied by the type of retention test : Free recall for the group 1, auditive recognition for the second group, visual recognition using a set of words typographically different of those tachistoscopically presented for the group 3, and visual recognition with the same typography for the fourth group.
The results show the classical superiority of right visual hemifield, and a significant increasing of performance from group 1 to group 4. But this latter effect appears only in the left visual field, while the right visual field remains unsensitive to the variation of cues between encoding and retrieval.
These results are discussed and interpreted in terms of different processes involved in the two cerebral hemispheres during the memorization of words : the left hemisphere would use preferentially a « semantic » mode of encoding, while the right one would also encode the « graphemic » properties of the stimulus. Another explicative model is proposed in terms of encoding specificity and hemispheric specialization ; The left hemisphere would process focal information, and the right hemisphere contextual information.
Key words : hemispheric specialization, verbal memory, encoding/ retrieval.
Résumé
Quatre groupes de sujets adultes droitiers manuels et oculaires ont été soumis à la même tâche de mémorisation d'une liste de substantifs concrets de trois lettres présentés selon la méthode tachistoscopique avec point de fixation central. Seul variait le mode d'examen de la rétention : rappel libre pour le groupe 1, reconnaissance auditive pour le groupe 2, reconnaissance visuelle dans une typographie différente de celle des mots à mémoriser et reconnaissance visuelle dans une typographie identique, respectivement pour les groupes 3 et 4.
Les résultats obtenus font apparaître, outre la classique supériorité globale du champ visuel droit, un effet du mode d'examen de la rétention dans le sens d'un accroissement significatif de la performance dans l'ordre groupe 1 à groupe 4.
Mais cet effet ne se manifeste que dans l'hémichamp gauche, l'hémichamp droit se montrant insensible à la variation d'indices entre l'encodage et la restitution.
Ces résultats sont interprétés à la lumière d'un modèle de double traitement des données à mémoriser, selon lequel l'hémisphère gauche traiterait essentiellement la dimension sémantique de l'information alors que l'hémisphère droit pourrait parallèlement opérer un traitement de type « graphémique » lié aux propriétés formelles des stimulus.
Un autre modèle explicatif est proposé en faisant appel au principe d'encodage spécifique et à la distinction entre un traitement focalisé, qui serait réalisé préférentiellement par l'hémisphère gauche, et un traitement contextuel pour lequel l'hémisphère droit serait plus compétent.
Mots clés : spécialisation hémisphérique, mémoire verbale, encodage-restitution.
10 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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J.-L. Juan de Mendoza
Spécialisation hémisphérique et mémoire verbale : effet des
variations d'indices entre l'encodage et la restitution
In: L'année psychologique. 1988 vol. 88, n°2. pp. 169-178.
Citer ce document / Cite this document :
Juan de Mendoza J.-L. Spécialisation hémisphérique et mémoire verbale : effet des variations d'indices entre l'encodage et la
restitution. In: L'année psychologique. 1988 vol. 88, n°2. pp. 169-178.
doi : 10.3406/psy.1988.29263
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1988_num_88_2_29263Abstract
Sujmmary : Hemispheric specialization and verbal memory : effect of varying cues between encoding
and retrieval.
The performances of four groups of right-handed adult subjects were compared in a visual hemifield
tachistoscopic study involving memorization of a list of three-letter substantives. The four groups varied
by the type of retention test : Free recall for the group 1, auditive recognition for the second group,
visual recognition using a set of words typographically different of those tachistoscopically presented for
the group 3, and visual recognition with the same typography for the fourth group.
The results show the classical superiority of right visual hemifield, and a significant increasing of
performance from group 1 to group 4. But this latter effect appears only in the left visual field, while the
right visual field remains unsensitive to the variation of cues between encoding and retrieval.
These results are discussed and interpreted in terms of different processes involved in the two cerebral
hemispheres during the memorization of words : the left hemisphere would use preferentially a «
semantic » mode of encoding, while the right one would also encode the « graphemic » properties of
the stimulus. Another explicative model is proposed in terms of encoding specificity and hemispheric
specialization ; The left hemisphere would process focal information, and the right hemisphere
contextual information.
Key words : hemispheric specialization, verbal memory, encoding/ retrieval.
Résumé
Résumé
Quatre groupes de sujets adultes droitiers manuels et oculaires ont été soumis à la même tâche de
mémorisation d'une liste de substantifs concrets de trois lettres présentés selon la méthode
tachistoscopique avec point de fixation central. Seul variait le mode d'examen de la rétention : rappel
libre pour le groupe 1, reconnaissance auditive pour le groupe 2, reconnaissance visuelle dans une
typographie différente de celle des mots à mémoriser et reconnaissance visuelle dans une typographie
identique, respectivement pour les groupes 3 et 4.
Les résultats obtenus font apparaître, outre la classique supériorité globale du champ visuel droit, un
effet du mode d'examen de la rétention dans le sens d'un accroissement significatif de la performance
dans l'ordre groupe 1 à groupe 4.
Mais cet effet ne se manifeste que dans l'hémichamp gauche, l'hémichamp droit se montrant insensible
à la variation d'indices entre l'encodage et la restitution.
Ces résultats sont interprétés à la lumière d'un modèle de double traitement des données à mémoriser,
selon lequel l'hémisphère gauche traiterait essentiellement la dimension sémantique de l'information
alors que droit pourrait parallèlement opérer un traitement de type « graphémique » lié aux
propriétés formelles des stimulus.
Un autre modèle explicatif est proposé en faisant appel au principe d'encodage spécifique et à la
distinction entre un traitement focalisé, qui serait réalisé préférentiellement par l'hémisphère gauche, et
un traitement contextuel pour lequel l'hémisphère droit serait plus compétent.
Mots clés : spécialisation hémisphérique, mémoire verbale, encodage-restitution.L'Année Psychologique, 1988, 88, 169-178
MÉMOIRES ORIGINAUX
Laboraloire de Psychologie expérimentale
et comparée
Université de Nice1
SPÉCIALISATION HÉMISPHÉRIQUE
ET MÉMOIRE VERBALE : EFFET
DES VARIATIONS D'INDICES
ENTRE L'ENCODAGE ET LA RESTITUTION
par Jean-Louis Juan de Mendoza
SUMMARY : Hemispheric specialization and verbal memory : effect
of varying cues between encoding and retrieval.
The performances of four groups of right-handed adult subjects were
compared in a visual hemifield tachistoscopic study involving memoriz
ation of a list of three-letter substantives. The four groups varied by the
type of retention test : Free recall for the group 1, auditive recognition for
the second group, visual recognition using a set of words typographically
different of those tachistoscopically presented for the group 3, and visual
recognition with the same typography for the fourth group.
The results show the classical superiority of right visual hemifield,
and a significant increasing of performance from group 1 to group 4.
But this latter effect appears only in the left visual field, while the right
visual field remains unsensitive to the variation of cues between encoding
and retrieval.
These results are discussed and interpreted in terms of different pro
cesses involved in the two cerebral hemispheres during the memorization
of words : the left hemisphere would use preferentially a « semantic » mode
of encoding, while the right one would also encode the « graphemic »
properties of the stimulus.
1. 98, boulevard Herriot, bp 369, 06007 Nice Cedex. 170 Jean-Louis Juan De Mendoza
Another explicative model is proposed in terms of encoding specificity
and hemispheric specialization ; The left hemisphere would process focal
information, and the right hemisphere contextual information.
Key words : hemispheric specialization, verbal memory, encoding/
retrieval.
De nombreux travaux expérimentaux tendent à accréditer
la conception selon laquelle les deux hémisphères cérébraux
mettraient en œuvre des processus différents dans le traitement
des informations, et nombreuses sont les dichotomies proposées
pour tenter de rendre compte de cette disparité fonctionnelle
hémisphérique (pour une revue, voir notamment Springer et
Deutsch 1981 ; Bogen et Bogen 1983). Dans ce cadre théorique,
il apparaît intéressant de tenter de mettre en évidence, et si
possible de caractériser, une éventuelle spécialisation fonction
nelle des hémisphères cérébraux dans des activités cognitives
complexes telles qu'on peut en rencontrer dans les processus
perceptifs ou mnésiques. A cette fin, la technique de présentation
tachistoscopique avec point de fixation central mise au point
par Mishkin et Forgays (1952) a été utilisée dans un grand
nombre de recherches. Elle permet de mettre en évidence des
« effets de latéralité » sous la forme de différences de performances
dans les deux hémichamps visuels interprétables, sous certaines
conditions, en termes de spécialisation hémisphérique (Bradshaw,
Nettleton et Taylor, 1981). Mais la grande majorité des travaux
faisant appel à cette technique sont consacrés à l'étude des effets
de latéralité dans des tâches perceptives et on dénombre peu de
recherches systématiques ayant pour but la mise en évidence de
relations éventuelles entre spécialisation hémisphérique et pro
cessus mnésiques bien que, comme le souligne Moscovitch (1979),
les asymétries latérales soient généralement plus marquées
lorsque des activités mnésiques sont mises en jeu. La procédure
la plus couramment utilisée consiste à faire varier le délai tem
porel entre la fin de la présentation d'une cible et la réponse
du sujet dans une tâche de discrimination ou de reconnaissance.
De plus, concernant la mémoire verbale, le matériel à mémor
iser est composé le plus souvent de lettres (Hines, Satz et
Clementino, 1973; Wilkins et Stewart, 1974; Hatta, 1976;
Kirsner et Brown, 1981), de syllabes (Hannay et Malone, 1976),
ou de digrammes de consonnes (Berrini, Delia Sala, Spinnler, Sterzi
et Vallar, 1982), mais, curieusement, on dénombre relativement Spécialisation hémisphérique et mémoire 171
peu de travaux portant sur la mémoire des mots (Hellige et
Cox, 1976 ; Hardick, Tzeng et Wang, 1977 ; Zenhausern et
Gebhardt, 1979). Pour notre part, utilisant un paradigme clas
sique de mémorisation d'une liste de substantifs de trois lettres
identifiés de façon équivalente dans les deux hémichamps
visuels, nous avions mis en évidence dans un travail précédent
un effet de latéralité qui se manifestait par une supériorité de la
performance mnésique en faveur du champ visuel droit lorsque
la rétention était examinée en situation de rappel libre, mais
pas en reconnaissance (Juan de Mendoza et Grosso, 1980). Ces
résultats étaient interprétés à la lumière d'un modèle de double
codage : un mot écrit constitue à la fois une unité signifiante
et une unité graphique, et serait susceptible d'un double trait
ement, l'hémisphère gauche traitant préférentiellement les don
nées verbales à mémoriser selon un mode « linguistique » (sémant
ique en particulier), alors que l'hémisphère droit pourrait opérer
parallèlement un traitement de type « graphique », lié aux pro
priétés formelles des mots écrits. Cette hypothèse permettait
de rendre compte des différences observées au niveau des effets
de latéralité entre rappel et reconnaissance. Cette conception
s'est trouvée confortée par un travail ultérieur montrant que
l'introduction d'une tâche interférente verbale au cours de la
mémorisation était plus perturbante pour le champ visuel droit
(hémisphère gauche) que pour le champ gauche lorsque la réten
tion était examinée en rappel libre (Juan de Mendoza et Grosso,
1984). Mais une tâche interférente visuo-spatiale produit les
mêmes effets, ce qui amène à poser le problème de l'existence de
tâches purement « visuo-spatiales », non susceptibles de s'accom
pagner d'une activité verbalisante concomitante de la part du
sujet (Juan de Mendoza, 1986).
Ainsi, pour tester l'hypothèse selon laquelle l'hémisphère
cérébral droit utiliserait, dans une tâche de reconnaissance, des
indices perceptifs de type graphique que n'utiliserait pas l'hémi
sphère gauche, il convenait d'envisager une autre voie d'ap
proche, que nous proposons dans cette expérience. Celle-ci
consiste à faire varier la qualité des indices fournis au sujet
lors de la récupération du matériel mémorisé, en imaginant des
situations dans lesquelles ces indices seraient réduits au minimum
(rappel libre) ou seraient peu utilisables par l'hémisphère droit
(reconnaissance auditive de mots présentés visuellement à l'enco
dage), alors que d'autres situations devraient plus ou moins Jean-Louis Juan De Mendoza 172
favoriser une activité hémisphérique droite (reconnaissance
visuelle avec typographie variable). Dans ces conditions, on
devrait s'attendre à une relative indifférence du champ visuel
droit (hémisphère gauche) à la manipulation de ces indices,
alors que le champ gauche (hémisphère droit) devrait y être
plus sensible.
MÉTHODE
MATÉRIEL
La liste de mots à apprendre était constituée des 14 substantifs
de 3 lettres identifiés de façon équiprobable dans les deux hémichamps
visuels, utilisés dans nos expériences précédentes : blé, eau, air, dur,
gel, épi, roc, but, vin, âge, nef, sol, riz, ver.
Ces stimulus, écrits en caractères Folio minuscule de 7,5 mm (Réf. :
Letraset 426 ; 24 points), étaient présentés à l'aide d'un tachistoscope
à deux canaux (EAP-TCT) pendant une durée d'exposition fixée
à 150 ms, au rythme d'un mot toutes les 8 s. Chaque mot mesurait
15 ± 1 mm, et son centre était décalé de 6,5° d'angle visuel à droite
ou à gauche d'un point de fixation oculaire situé au milieu du champ
tachistoscopique .
SUJETS
80 sujets (40 hommes, 40 femmes) droitiers manuels et oculaires,
âgés de 19 à 29 ans, étudiants de l'Université de Nice, de langue mater
nelle française, ont participé à cette expérience. Leur dextralité manuelle
était attestée par la main utilisée pour l'écriture, et leur dextralité
oculaire était déterminée à l'aide de deux épreuves de visée : visée sur
un doigt et visée dans une lunette.
Ces sujets étaient répartis dans quatre groupes expérimentaux
homogènes constitués chacun de 20 individus (10 hommes, 10 femmes).
Tous étaient soumis à la même épreuve de mémorisation, dans des
conditions strictement identiques, les quatre groupes ne se différenciant
que par le mode d'examen de la rétention.
Ils n'étaient pas informés par avance du mode d'examen auquel ils
seraient soumis.
PROCÉDURE
Après familiarisation avec la situation expérimentale grâce à une
série d'entraînement de 6 stimulus qu'il devait lire à voix haute pour Spécialisation hémisphérique et mémoire 173
contrôle de ses capacités perceptives, chaque sujet était soumis à
l'épreuve de mémorisation proprement dite des 14 substantifs qu'il lui
était demandé de ne plus prononcer à haute voix. Pendant toute la
manipulation, il devait impérativement garder le regard fixé sur un
point rouge matérialisant le centre du champ, et cette obligation lui
était rappelée par l'expérimentateur avant chaque présentation d'un
stimulus. Ces derniers apparaissaient à droite ou à gauche du point de
fixation oculaire selon un ordre imprévisible par le sujet. Pour chaque
groupe expérimental, les stimulus présentés dans le champ visuel
droit (GVD) pour la moitié des sujets apparaissaient dans le champ
visuel gauche (CVG) pour l'autre moitié. De plus, l'ordre de présentation
des stimulus variait d'un sujet à l'autre. 30 s après la du
dernier mot de la liste à mémoriser, les sujets étaient soumis à un test
d'examen de la rétention différant selon le groupe expérimental auquel
ils appartenaient :
Groupe 1. rappel libre. Les sujets étaient invités à écrire, en temps
libre et dans l'ordre qu'ils désiraient, la totalité des mots dont ils se
souvenaient, sans autre indication.
Groupe 2. reconnaissance auditive. Les sujets devaient indiquer
à l'expérimentateur tous les mots qu'ils reconnaissaient parmi 96 st
imulus préalablement enregistrés sur bande magnétique, et présentés
une seule fois au rythme d'un toutes les 3 s.
Groupe 3. reconnaissance visuelle/majuscule. Dans cette
condition, les sujets devaient souligner les mots qu'ils reconnaissaient
parmi 96 tirés des manuels de vocabulaire d'usage courant à l'école
élémentaire, dactylographiés sur 6 colonnes, en caractères majuscule
d'imprimerie. Dans cet ensemble, les 14 cibles étaient disposées de
façon aléatoire.
Groupe 4. reconnaissance visuelle/identique. Dans ce groupe,
l'organisation des 96 mots constituant la liste de reconnaissance était
en tous points semblable à celle retenue pour le groupe 3. Seule variait
la typographie, qui était identique à celle des stimulus présentés au
tachistoscope.
RÉSULTATS
La variable dépendante retenue pour évaluer la performance
des sujets est le nombre de mots correctement restitués.
Deux facteurs expérimentaux ont été mis en jeu dans un
plan quasi complet de la forme
S 20 [test 4] * Champ visuel 2 Jean-Louis Juan De Mendoza 174
La figure 1 représente le nombre moyen de mots correctement
restitués selon leur position dans le champ visuel et le mode
d'examen de la rétention.
g a 6
15"
R.L R.A R.V/H R.V/l
Fig. 1. — Nombre moyen de mots correctement restitués
en fonction de l'hémichamp visuel de présentation
et du mode d'examen de la rétention
(CVG = Champ visuel gauche ; CVD = Champ visuel droit ; R.L.
= Rappel libre ; R.A. = Reconnaissance auditive ; R.V./M = Reconnais
sance visuelle avec typographie majuscule ; R.V./I = Reconnaissance
visuelle avec typographie identique.)
Mean number of correctly remembered words as a function
of visual hemifleld and retention test
(CVG = Left visual hemifleld; CVD = Right visual hemifleld; R.L
= Free recall; R.A = Auditive recognition ; R.V/M = Visual recognition
with upper case typography; R.V/I = Visual recognition with identical
typography.)
Une analyse de variance effectuée sur les résultats obtenus
fait apparaître les effets suivants :
— la performance globale varie selon le mode d'examen de la
rétention [F(3,76) = 7,91 ; P < 0,001] ;
— les mots apparus dans le CVD sont globalement mieux
reconnus que ceux présentés dans le CVG [F(l,76) = 10,45 ;
P < 0,01] ;
— mais surtout, il existe une interaction significative entre
hémichamp visuel de présentation et mode d'examen de la
rétention [F(3,76) = 4,89 ; P < 0,01].
Cette interaction apparaît très nettement sur la figure 1. Spécialisation hémisphérique et mémoire 175
Une anova de contrôle prenant pour variable dépendante le
nombre de fausses alarmes ne fait pas apparaître d'effet signi
ficatif du mode d'examen [F(3,36) = 0,34 ; NS], ni de l'hémi-
champ de présentation [F(l,36) = 0,42 ; NS].
Des analyses locales confirment que l'effet du mode d'examen
est très significatif pour le CVG [F(3,76) = 12,92 ; P < 0,001],
mais pas pour le CVD [F(3,76) = 0,50 ; NS].
Les comparaisons des moyennes obtenues prises deux à deux
confirment l'absence de différence significative des performances
dans le CVD, quelles que soient les moyennes comparées. De
plus, on note que, dans le CVG, la différence de
n'est pas significative entre les conditions de rappel libre et de
reconnaissance auditive (t = 1,83 ; DL = 38 ; NS), ni entre et reconnaissance visuelle avec typo
graphie majuscule (/ = 1,87 ; DL = 38 ; NS). Dans cet hémi
champ, la différence devient significative entre reconnaissance
visuelle/majuscule et rappel libre (t = 3,66 ; DL = 38 ; P < 0,01),
mais surtout, les performances diffèrent significativement pour
toutes les comparaisons deux à deux faisant intervenir la condi
tion de reconnaissance visuelle avec typographie identique y
compris lorsque celle-ci est comparée avec l'autre condition
de visuelle, mais avec majuscule
(* = 2,23 ; DL = 38 ; P < 0,05).
D'autre part, on constate une asymétrie significative en faveur
du CVD en rappel libre (t = 3,62 ; DL = 19 ; P < 0,005) et
en reconnaissance auditive (t = 2,71 ; DL = 19 ; P < 0,02), mais
cette asymétrie disparaît dans les conditions de reconnaissance
visuelle/majuscule (t = 0,64 ; DL = 19 ; NS) et
visuelle/minuscule (t = 0,88 ; DL = 19 ; NS).
DISCUSSION ET CONCLUSION
Les résultats obtenus dans cette expérience tendent à con
firmer l'hypothèse selon laquelle les deux hémisphères cérébraux
mettraient en œuvre des modes de traitement différents des
informations verbales présentées visuellement en vue de leur
mémorisation, et permettent de préciser, au moins en partie,
la nature de cette spécialisation. Le fait que la mémorisation des
stimulus présentés dans le champ visuel droit, donc traités en
priorité par l'hémisphère gauche, ne soit pas sensible aux mani- 176 Jean-Louis Juan De Mendoza
pulations d'indices fournis lors de la récupération milite en
faveur d'un traitement de type « sémantique » de la part de cette
structure cérébrale. Par contraste, la sensibilité du champ visuel
gauche à de tels indices, et particulièrement aux indices typo
graphiques fournit un argument supplémentaire à l'hypothèse
d'un codage graphique du mot écrit par l'hémisphère cérébral
droit. Cette observation tend ainsi à confirmer notre interpré
tation de l'absence de difference observée entre les deux hémi
champs dans une tâche de reconnaissance, alors qu'un effet de
latéralité en faveur de l'hémichamp droit se manifeste lorsque la
rétention est examinée à l'aide d'une épreuve de rappel libre.
Cependant, une autre hypothèse peut être avancée pour tenter
de rendre compte des résultats obtenus dans cette expérience,
en faisant appel à un modèle suggéré par Tiberghien (in Amy
et Tiberghien, 1986) de partage des compétences entre les deux
hémisphères cérébraux en termes de plus grande efficacité de
l'hémisphère gauche dans le traitement de l'information focalisée,
alors que le traitement de l'information contextuelle serait,
quant à lui, dévolu plus particulièrement à l'hémisphère droit.
Ce modèle peut être associé au principe d'encodage spécifique
énoncé par Tulving et Thomson (1973) selon lequel toute info
rmation à mémoriser serait encodée dans un certain contexte,
et les capacités de récupération de cette information varieraient
en fonction du plus ou moins grand degré de compatibilité ou
de similitude entre les contextes d'encodage et de récupération.
Si l'on considère la typographie des mots écrits comme un élément
de contexte intrinsèque, au sens où l'entend Hewitt (in Godden
et Baddeley, 1980), c'est-à-dire comme une caractéristique secon
daire d'un stimulus nécessairement encodée en même temps que
lui, on doit s'attendre, dans cette perspective, à observer une
plus grande sensibilité de l'hémisphère droit, et une relative
indifférence de l'hémisphère gauche aux variations contextuelles
entre l'encodage et la restitution, comme c'est le cas dans l'expé
rience présentée ici.
RÉSUMÉ
Quatre groupes de sujets adultes droitiers manuels et oculaires ont été
soumis à la même tâche de mémorisation d'une liste de substantifs concrets
de trois lettres présentés selon la méthode tachistoscopique avec point de
fixation central. Seul variait le mode d'examen de la rétention : rappel