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Théories quantiques de la vision - article ; n°1 ; vol.49, pg 393-404

De
13 pages
L'année psychologique - Année 1948 - Volume 49 - Numéro 1 - Pages 393-404
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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E. Baumgardt
IV. Théories quantiques de la vision
In: L'année psychologique. 1948 vol. 49. pp. 393-404.
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Baumgardt E. IV. Théories quantiques de la vision. In: L'année psychologique. 1948 vol. 49. pp. 393-404.
doi : 10.3406/psy.1948.8370
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1948_num_49_1_8370IV
THÉORIES QUANTIQUES DE LA VISION
par E. Baumgardt
Depuis la publication en 1941 d'un mémoire de Hecht, Shlaer et
Pirenne, expliquant de manière irréfutable par le caractère quantique
et aléatoire de la lumière la fluctuation rapide du seuil visuel absolu,
il a paru nécessaire de réviser sérieusement les théories photochi-
miques de la vision du type de celle de Hecht.
En effet, si un très petit nombre (5 à 7 selon ces auteurs) de
quanta lumineux absorbés dans autant de bâtonnets suffit pour
provoquer la sensation liminaire, il en résulte qu'au seuil dans
chacun des 5 à 7 bâtonnets intéressés un seul photon décompose une
seule molécule de pourpre rétinien. Or, les théories photochimiques
reposent sans exception sur l'hypothèse qu'une certaine concentra
tion liminaire d'un produit de décomposition du pourpre visuel
doit être réalisée pour qu'un influx nerveux puisse être engendré,
et la mise en équation de ce postulat exige l'utilisation de la loi
d'action des masses.
Baumgardt (1,2) a montré qu'une application des théories photo
chimiques courantes à la vision scotopique amène à des contradic
tions insurmontables. (Un calcul élémentaire montre que l'absorp
tion de tout au plus quelques centaines de quanta par bâtonnet
et seconde correspondant à une brillance de l'ordre de quelques
dixièmes d'apostilb (anciennement « lux équivalent »), serait respon
sable d'une raréfaction du pourpre rétinien ayant comme consé
quence une diminution de sensibilité (1/AI) par un facteur de l'ordre
de 100). On serait ainsi amené à évaluer à quelques centaines ou
milliers le nombre de molécules de pourpre par bâtonnet, tandis que
les évaluations des biochimistes se situent plutôt vers les centaines
de millions.
L'auteur constate que n, le nombre de photons devant néces
sairement être absorbés dans les récepteurs rétiniens pour donner
lieu à une sensation, varie d'un sujet à l'autre et — pour un même
sujet — d'un jour à l'autre. Mais, toujours, n demeure petit (4 à 10). 394 REVUES DE QUESTIONS
II n'y a là pas de contradiction. L'excitation rétinienne due à l'a
bsorption efficace, dans une aire rétinienne de diamètre maximum D
et pendant un temps maximum t, de deux quanta, ne provoque pas
nécessairement une sensation équivalente; l'état physique et psy
chique du sujet variant, le nombre d'influx nécessaires pour éveiller
une sensation peut fort bien varier ce qui expliquerait le fait que
la théorie des deux quanta se trouve toujours vérifiée par les expé
riences portant sur la dépendance, avec le temps d'application et
l'angle visuel, du stimulus.
Baumgardt développe le côté théorique de la question, aussi bien
pour la région extra-fovéale, où en vision liminaire les seuls bâton
nets identiques entre eux sont en jeu, qu'en vision fovéale, où il
n'y a pas de bâtonnets, mais des cônes de diamètre croissant du centre
à la périphérie.
Dans ce calcul entre la seule hypothèse suivante :
Deux photons doivent être absorbés dans une « unité quasi indé
pendante » pendant un temps critique T, pour qu'il y ait excitation
rétinienne.
L'auteur appelle unité quasi indépendante l'étendue rétinienne
' X s = Const.). à l'intérieur de laquelle la loi de Ricco est valable (i
Sans faire la moindre hypothèse quant à la valeur de la cons
tante t et du diamètre D de l'unité quasi indépendante, un calcul
de probabilité d'absorption des quanta incidents par la mosaïque
que forment les récepteurs rétiniens (milieu discontinu aussi bien
que les quanta qu'ils absorbent) permet de prévoir que dans tout
territoire rétinien de diamètre sensiblement supérieur à D la loi de
Ricco fait place à celle de Piper (i X So>5 ■= Const). De même, on
peut calculer la valeur de i X t en fonction de t quand t > t.
Ce calcul aboutit d'ailleurs pour la vision fovéale à une for
mule erronée et rectifiée par l'auteur ultérieurement. Au lieu de
i x S°'37 = Const. Il faut lire : i X x 5°»63 = Const.
Quant à la vision extra-fovéale à 15° de la fovéa, Baumgardt
l'étudié en lumière bleue de 480 m [X et en lumière rouge extrême
de 700 mjj, exempte de lumière à longueurs d'ondes plus courtes
que 675 mjji. De cette manière, il réussit à séparer entièrement
l'activité des cônes de celle des bâtonnets et obtient, en effet,
deux courbes d'un type très différent.
Entre 2'12" et 31 '36" — son dispositif ne lui permit pas alors
de pousser plus loin l'étude, mais une publication ultérieure fixe
la limite supérieure aux environs de 45'— la loi de Ricco s'applique
strictement. Cette étendue constitue donc le diamètre minimum de
l'unité quasi indépendante en vision par les bâtonnets, à 15° de la
fovéa.
Par contre, en lumière rouge extrême, entre 12'30" et 31'36",
la loi de Piper s'applique très strictement (plus tard, la limite
inférieure a été trouvée comme étant de 7' et Baumgardt a pu THEORIES QUANTIQUES DE LA VISION 395 BAUMGARDT.
montrer qu'avec une pupille artificielle plus petite, chose difficile
à réaliser en vision extra-fovéale, elle pourrait fort bien tendre vers
le diamètre du disque de diffusion rétinienne).
Ceci veut dire que dans la région étudiée les bâtonnets, au nombre
de 18.000 environ, groupés au-dessus des ramifications d'une
cellule ganglionnaire géante, forment une unité quasi indépendante
répondant à l'absorption de deux photons par deux quelconques de
bâtonnets.
Par contre, les deux photons « rouges » provoquant une excitation
rétinienne semblent bien devoir être absorbés soit dans un seul
cône, soit à l'intérieur d'une grappe (de 3,5' de diamètre dans
cette région rétinienne).
Ce qui parle en faveur de l'une et de l'autre des deux hypot
hèses est le fait que le Tb correspondant aux stimuli de petit angle
visuel (jusqu'à 4') des bâtonnets, soit 100 ms., est également le
To relatif à l'excitation des cônes. Mais tandis que Tb diminue et
tend vers 4 ms. quand l'angle visuel approche 1°, tc est indépendant
de l'angle visuel. On peut donc admettre que Tc représente la cons
tante de temps du système grappe qui est celui qui groupe le plus
petit nombre de bâtonnets ( v/> 100) et de cônes (2 à 3) selon Oster-
berg.
L'auteur ébauche une explication des écarts constatés entre la
variation avec la durée de stimulation du seuil mesurée et la varia
tion calculée. En effet, dans des courbes obtenues par Piéron (1920)
et par Graham et Margaria (1935), on constate l'apparition d'ondul
ations tout à fait caractéristiques, indiquant l'intervention d'un
mécanisme physiologique encore inconnu. On pense qu'une sorte
d'adaptation instantanée d'éléments nerveux (ganglionnaires ou
bipolaires?) agissant comme frein et provoquant l'accroissement
relativement si lent du niveau de sensation expliquerait bien l'effet
observé.
Dans un autre mémoire (3) Baumgardt insiste particulièrement
sur la signification de la constante t. Deux photons absorbés chacun
par un bâtonnet distinct (l'absorption des deux photons par un seul
bâtonnet est un événement rare dans les conditions d'expérience
de Hecht et collaborateurs, de van der Velden et de Baumgardt)
donnent lieu à un influx propagé, ou une volée partant, au plus loin,
de la cellule ganglionnaire dont les ramifications couvrent le domaine
rétinien contenant les deux bâtonnets. L'absorption de chacun des
deux photons donne donc lieu à deux phénomènes indépendants pro
pagés jusqu'à la bipolaire ou, peut-être, à la ganglionnaire. Les dis
tances en jeu ne dépassent pas 0,3 mm. et des potentiels locaux,
réponses à des stimulations infra-liminaires, ont été mesurés par
Hodgkin, Katz et autres à plus de 1 millimètre du lieu de stimul
ation. Le premier potentiel local, véritable « influx non-propagé »
provoquerait un état d'excitation dans le neurone excité (ganglion- .
REVUES DE QUESTIONS 396
naire ou bipolaire), qui atteindrait sa variation de potentiel max
f' ne devant imum après un temps t', caractéristique de cette cellule,
pas être nécessairement une constante mais pouvant fort bien être
fonction de l'état dans lequel se trouvait la cellule au moment de sa
stimulation par le premier potentiel local. On conçoit que le second
potentiel local, provenant du second bâtonnet, doive se produire
pendant un intervalle T = t' (en analogie avec les faits observés en
électrophysiologie), pour que la cellule puisse produire un influx
propagé. C'est cette constante T qu'on trouve par l'expérience
consistant dans la recherche du temps t „^ pour lequel la loi de
Ricco tient encore.
On montre que les écarts entre les valeurs théoriques et les
valeurs observées de it proviennent probablement de l'action
inhibitrice qu'exercent des photons absorbés à des intervalles trop
grands pour donner lieu à un influx propagé, mais occasionnant
des périodes réfractaires relatives de l'élément neuronique touché.
Un calcul encore rudimentaire montre qu'en admettant un tel
mécanisme auquel Baumgardt avait déjà fait allusion précédem
ment (1), on retrouve avec une bonne approximation les valeurs
expérimentales.
Dans une autre publication, l'auteur montre pourquoi les théories
photochimiques du type de celle de Hecht ne peuvent pas expliquer
l'allure du seuil différentiel aux basses intensités de brillance, où
la raréfaction du pourpre, qu'elles invoquent, n'existe point. Il va
même beaucoup plus loin, en montrant qu'un très grand nombre
de « lois » de formes toutes autres que celle de Hecht traduisent
aussi bien et souvent mieux les faits, c'est-à-dire, permettent encore
mieux de choisir des paramètres tels que théorie et expérience
fournissent des courbes à peu près superposables. Il veut ainsi
démasquer le caractère artificiel de cet édifice et propose d'aban
donner la recherche d'une formule photochimique généralisée même
meilleure que celle de Hecht et comportant nécessairement plusieurs
paramètres arbitraires. On sait trop bien combien de facteurs
purement nerveux, facilitant parfois et plus souvent inhibant,
influent sur cette relation, pour qu'il soit logique de continuer à
essayer de représenter par une formule du type panacée ce qui
résulte du fonctionnement d'un mécanisme extrêmement complexe
mettant en jeu plusieurs niveaux.
On insiste sur la forme parabolique de toutes les courbes tra
duisant la variation d'un seuil sensoriel avec la durée de la stimul
ation; on explique pourquoi la multitude de ces observations suggère
l'idée que l'excitation d'un récepteur sensoriel est, d'une façon
générale, le fait de deux événements aléatoires et indépendants,
survenant à l'intérieur d'un intervalle de temps spécifique de l'él
ément sensoriel en question.
Il aurait été plus prudent d'écrire peu d'événements au lieu de THEORIES QTJANTIQUES DE LA VISION 397 BAUMGARDT.
deux événements; en effet, le caractère parabolique tout court de
ces courbes ne permet pas à lui seul, de présager du nombre de
quanta mis en jeu.
Dans une note (4), Baumgardt expose les résultats de ses recherches
sur la loi spatiale du seuil en vision fovéale. Il opère en lumière
rouge extrême de 700 mjx environ, avec une faible contenance en
longueurs d'onde plus courtes, devenant tout à fait négligeable
pour X < 676 mtx. D'autres séries sont faites avec de la lumière
de 555 m^x. L'application du stimulus est toujours très brève.
On ne trouve aucune différence significative entre les courbes
obtenues dans ces deux conditions. Par contre, l'influence du dia
mètre de la pupille artificielle joue de façon inattendue.
Pour les angles allant de 1,12' à 1,79', la loi de Ricco s'applique
quelle que soit l'ouverture pupillaire; le disque de diffusion rét
inienne pourrait bien en être responsable.
Sans pupille artificielle, la loi de Ricco tient assez bien jusqu'à
6,72'. On trouve alors :
i x S°>95 = Const.
Avec une pupille de 3,14 mm2 de surface on trouve :
i x S0'83 = Const.
Et avec une pupille de 0,79 mm2 :
i x S°>6? = Const.
Entre 6,72' et 33,6', cette relation ne dépend plus de l'ouverture
pupillaire et se traduit le mieux par la relation :
\ x S°.4* = Const.
Jusqu'aux angles de l'ordre de 6', le résultat s'explique par les
défauts de l'œil et concorde avec des observations antérieures faites
par Eisberg et Spotnitz et par Piéron.
Mais au-delà de cette limite, la relation trouvée par Baumgardt
diffère sensiblement de celle qu'ont trouvée les chercheurs précités
qui, il est vrai, ont opéré dans des conditions moins bien définies
et surtout en vision durable ce qui peut fort bien avoir une influence
tout autre sur la stimulation d'une aire rétinienne de faible diamètre
que sur celle d'un diamètre sensiblement plus élevé.
L'auteur ne discute pas l'allure de i en fonction de t pour les
angles visuels supérieurs à 6,72', cette discussion étant réservée à
une publication ultérieure.
Bouman et van der Velden (1) rappellent la théorie quantique
de van der Veldén qui avait interprété ses expériences sur la varia
tion avec la surface et la durée du seuil visuel dans la proche péri
phérie (à 7° du centre fovéal) comme la preuve de ce que la sensation
liminaire est due à l'absorption efficace par le pourpre rétinien,
dans deux bâtonnets, de deux quanta lumineux, à l'intérieur d'un 398 REVUES DE QUESTIONS
intervalle de temps t et d'un angle visuel D. Les constantes t et D
avaient été trouvées comme étant respectivement de 0,03 s et de
12' pour des stimuli de 510 m[i de longueur d'onde. On était arrivé
à la conclusion que l'acuité visuelle devrait demeurer inversement
proportionnelle à la brillance, aussi longtemps que les détails,
devant être reconnus, présenteraient un diamètre supérieur à D.
Cette loi avait été vérifiée dans le domaine des très faibles brillances
seulement (1947).
Dans leur présente étude, les auteurs reprennent leurs anciennes
expériences en fonction de la longueur d'onde de la lumière stimu
lante. On opère avec un monochromateur dont la bande passante ne
dépasse pas 15 mjx; un seul sujet — M. A. Bouman — est utilisé.
La fixation est assurée par un petit point rouge observé par l'œil non
testé, quand on opère en vision extrafovéale. En vision fovéale, on
utilise un anneau éclairé en lumière blanche légèrement supralimi-
naire, au centre duquel le stimulus doit apparaître. Deux flèches
■ — également éclairées — aident à la fixation. L'énergie des éclats
test est mesurée objectivement à l'aide d'une thermo-pile. Dans tous
les cas, le sujet est complètement adapté à l'obscurité avant le
début des expériences.
Entre le rouge et le bleu extrêmes, on passe en vision extrafovéale
de la vision par les cônes à la vision par les bâtonnets, mais il y aura
nécessairement une région intermédiaire, où les deux systèmes fonc
tionneront simultanément. En dehors de cette région, la pente de la
courbe représentant le pourcentage des réponses affirmatives en
fonction de l'intensité du stimulus indique la limite supérieure du
nombre n des photons devant être absorbés^dans les récepteurs pour
qu'une sensation liminaire puisse résulter. Les auteurs montrent
que cette pente peut ne pas être exactement la même dans les cas
extrêmes de vision par les bâtonnets seuls ou par les cônes seuls,
. même si les deux n sont bien identiques.
Est-ce que les deux systèmes réagissent indépendamment l'un
de l'autre, autrement dit, l'absorption, de n-^ quanta par le système
des bâtonnets et de n2 quanta par celui des cônes, aura-t-elle comme
résultat une sensation, même quand nx et n2 seront, chacun, inférieur
h n (et puisque n = 2, /ij == n2 — 1)?
Dans la région du spectre où les deux systèmes présentent des
sensibilités apparentes du même ordre de grandeur (et cela dépend
de la surface stimulée et de la durée d'observation) la pente de la
courbe de réponse doit dépendre de celles des courbes de réponse
correspondant aux deux systèmes de récepteurs stimulés isolément.
Dans le cas d'une indépendance complète entre les deux systèmes,
la pente de la courbe de probabilité observée doit être plus grande que
celle des deux autres courbes précitées. Dans le cas d'une coopéra
tion complète, cette pente, au contraire doit se placer entre les
pentes de ces deux courbes. THEORIES QUANTIQUES BE LA VISION 399 BAUMGARDT.
On présente 20 courbes définies chacune par 3 ou 4 points de
mesure et couvrant entre 30 % et 85 % de réponses affirmatives.
Il aurait été préférable de définir chaque courbe par 6 points au
moins. Ceci, quoique impliquant, pour le sujet, une tâche plus diffi
cile à résoudre, demeure encore réalisable. Tracer une droite à tra
vers 3 ou 4 points dont le plus haut situé se trouve à coup sûr déjà
en dehors de la tangente à la courbe des réponses cherchée, paraît
quelque peu hasardeux.
Il est cependant indiscutable que la pente des courbes relatives à
l'extrémité rouge du spectre est plus grande que celle correspondant
aux radiations bleues. La cause ne réside-t-elle pas dans le fait que
D ne présente pas, nécessairement, la même valeur pour la vision
par les cônes que pour la vision par les bâtonnets? En effet, la diff
érence de pente invoquée par les auteurs est d'autant plus importante
que le diamètre angulaire du stimulus est plus grand. Or, les auteurs
avaient trouvé que l'unité quasi indépendante en vision extrafo-
véale par les cônes présente un diamètre de 3' à 4'.
En considérant la différence de pente entre les droites correspon
dant à une surface de stimulation de 4' de diamètre et à des longueurs
d'onde de 700 et de 510 m[X respectivement, on constate qu'elle est
déjà très faible, surtout quand on corrige une interprétation parfois
légèrement tendancieuse des rares points de mesure.
Les auteurs avancent une interprétation toute autre. Ils supposent
qu'à 600 mfA les cônes et les bâtonnets présentent à peu près la
même sensibilité (?). Donc, disent-ils, si les cônes et bâtonnets fonc
tionnaient de façon indépendante, les courbes relatives à 600 mfj,
devraient être plus raides que celles correspondant à 510 et à 700 m\i.
Or, la pente des courbes pour 600 et 700 mfx est la même. On en
tire la conclusion que les deux systèmes ne sont pas indépendants.
Cette paraît discutable, car D présente une valeur aussi
faible pour 600 mjx que pour 700 m[i (3' à 4') d'où on pourrait con
clure que la vision par les cônes l'emporte encore largement à 600 m[x,
4' de dans les conditions adoptées par les auteurs (7° extrafovéal,
diamètre de la surface stimulée, 0,025s de durée de stimulation).
Ceci est d'autant plus probable qu'un disque de 4' de diamètre ne
contient dans cette région que 16 bâtonnets contre 3 à 4 cônes de
bien plus grande section que les (Osterberg).
Même si un cône doit absorber, pour répondre, deux quanta,
tandis que parmi les 16 bâtonnets deux quelconques peuvent col
laborer, la probabilité d'absorption de deux quanta dans un cône
paraît bien plus grande, ainsi qu'on le calcule en tenant compte des
surfaces et des courbes C. I. E. de vision scotopique et photopique.
Les auteurs déterminent ensuite à l'aide de la méthode de varia
tion du temps d'exposition, déjà précédemment employée par eux,
le nombre n pour différentes longueurs d'ondes, en vision extra-
fovéale à 7° de la fovéa et avec une aire de stimulation de 4' de dia- 400 REVUES DE QUESTIONS
mètre. Ainsi qu'il fallait s'y attendre la valeur de ri est indiscuta
blement égale à 2. Puisque les A employées vont de 420 à 700 mu,, ceci
est vrai pour la vision par les bâtonnets aussi bien que pour la
vision par les cônes. On arrive au même résultat en adoptant une
durée de stimulation fixe (0,025 s) et en faisant varier le diamètre de
l'aire rétinienne stimulée de 2' à 90'.
Les auteurs constatent que l'intervalle photochromatique est
nul dans le rouge ainsi que l'avait signalé Baumgardt; ce phénomène
s'observerait même à partir de 600 mfx.
Quand ils interprètent leurs courbes de manière à en tirer la con
clusion que t prend la même valeur pour toutes les longueurs d'onde
et donc pour les cônes aussi bien que pour les bâtonnets (0,04 s), on
ne peut plus les suivre; on lit sur leurs courbes, sans aucun doute,
que cette valeur est bien 0,1 s pour les radiations de 600 et de 700 mu,,
ce qui veut dire que Tc — 0,1 s. Ceci s'accorde d'ailleurs avec les
expériences de Baumgardt (1).
Il paraît assez probable aux auteurs que la vision par les cônes
nécessite l'absorption par un seul cône de deux quanta; de toute
façon, il ressort de leurs expériences que dans la région explorée
plus de deux cônes ne peuvent pas coopérer (p. 575); ceci est un
résultat important qui s'accorde bien avec les faits connus en cette
matière (1).
Les mesures fovéales ne laissant pas apparaître l'existence de
deux systèmes différents de récepteurs. D se situe entre 2' et 4' et
T est égal à 0,04 s, en excellent accord avec des mesures de Baumg
ardt (4). Ici également, les auteurs sont amenés à admettre que les
deux quanta nécessaires à l'excitation doivent probablement être
absorbés dans un seul cône, où ils donneraient lieu à deux influx.
Nous arrivons au problème central du présent travail :
Comment mettre directement en évidence la dépendance mutuelle des
différents systèmes de récepteurs?
On emploie une méthode statistique empruntée à Pirenne (1943)
et basée sur le fait qu'en ajoutant à un stimulus provoquant' tant
pour cent de réponses affirmatives un autre stimulus fournissant
un autre pourcentage, également connu, de réponses affirmatives,
on peut calculer d'avance le pourcentage de « oui » quand
on connaît le nombre n de quanta nécessaires pour engendrer une
sensation. Quand on utilise des X tels que chaque stimulus ne peut
exciter soit l'un soit l'autre des systèmes « bâtonnets » et « cônes »,
il faut encore admettre que les deux systèmes de récepteurs étu
diés (cônes et bâtonnets ou, peut-être, cônes de propriétés différentes)
fonctionnent soit de façon indépendante, soit en intégrant total
ement leurs effets.
En ce qui concerne le nombre n', on est fixé : n = 2, ainsi qu'il a
été assez souvent prouvé pour la fovéa aussi bien que pour la péri
phérie; ainsi la statistique des réponses permet de voir si une inté- — - THÉORIES QUANTIQUES D,E. LA, VISION 401 BAUMGARDT.
gration totale ou partielle des effets dus au fonctionnement des
deux systèmes de récepteurs rétiniens a lieu ou non.
On comprend que de telles mesures sont très délicates, car il
faut assurer une stimulation simultanée par une lumière rouge
extrême n'agissant pas sur les bâtonnets et par une de
courte longueur d'onde. Il faut donc utiliser deux sources et super
poser sur la rétine les deux images. Ceci oblige à employer des st
imuli d'un angle visuel de 25'.
Le résultat obtenu par les auteurs est surprenant : les systèmes
« cônes » et « bâtonnets » semblent collaborer à plus de cent pour
cent, c'est-à-dire — pour donner un exemple concret — si un st
imulus à X = 690 m[j. donnant 27 % de réponses « oui » est superposé
à un stimulus à X = 390 m[x donnant 30 % de réponses « oui », les
deux stimuli agissant simultanément devraient donner 62 % de
réponses « oui », si un quantum « rouge » absorbé par un cône et un
quantum « violet » absorbé par un bâtonnet pouvaient donner lieu
à une sensation lumineuse; or, on constate qu'il y a 77 % de réponses
affirmatives.
Les auteurs ne disent pas, si ces stimuli provoquent une sensa
tion de couleur, ce qui semble évidemment peu probable. Ils essaient
d'expliquer ce rendement plus que maximum par le fait que les
courbes de fréquence expérimentales présentent toujours une pente
supérieure à celle qu'on calcule à partir de l'hypothèse n = 2, dès
que la surface stimulée dépasse D, c'est-à-dire — pour les cônes —
3' à 4', ce qui est le cas dans l'expérience visée, où l'angle visuel
est de 25'.
Cette explication ne semble pas pouvoir résister à un examen
numérique, car pour expliquer les écarts entre théorie et expérience,
il faudrait admettre des pentes de loin plus raides — c'est-à-dire
des n apparents beaucoup plus élevés — que les auteurs n'ont
jamais observés. (
Dans la fovéa le résultat est identique : sur-intégration de deux
stimuli de longueur d'onde différente.
Comment interpréter ces données?
Il est certain que l'hypothèse des deux quanta sort très solid
ement établie de l'ensemble de l'étude. Quant à la question si respec
tivement cônes et bâtonnets et récepteurs fovpaux de propriétés
différentes peuvent collaborer au seuil, il semble qu'on devrait
également répondre par « oui » tout en espérant que des recherches
ultérieures, recherches de contrôle, permettront par la suite d'écarter
le doute qui plane comme suite de l'apparence d'une collaboration
par trop parfaite des deux systèmes de récepteurs rétiniens.
L'explication du phénomène que fournit Baumgardt dans une
publication plus récente (1949), à savoir que n doit nécessair
ement être égal à 2 pour qu'on puisse expliquer les lois de Ricco
et Piper, tandis que le seuil absolu varie d'un sujet à l'autre et, pour
L'ANNÉE PSYCHOTONIQUE. XI IX 26

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