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Un regard nouveau sur l'analyse des problèmes de balance des paiements des pays en voie de développement - article ; n°6 ; vol.29, pg 1131-1140

De
12 pages
Revue économique - Année 1978 - Volume 29 - Numéro 6 - Pages 1131-1140
l'endettement des pays en voie de développement (PVD), il trouvait la situation des pays les « moins pauvres » d'entre eux de plus en plus différente de celle des autres PVD. Même lors des « événements » des années 1973-1974, cette différence était évidente. Mais les préoccupations nées de ces mêmes événements amenaient beaucoup d'instances nationales et internationales à appréhender le problème de façon globale. En conséquence, les diagnostics et les remèdes avaient aussi un caractère global pour la totalité des PVD non producteurs de pétrole. Le redres­sement en 1976 et 1977 d'une situation financière apparemment catastrophique en 1975 était surprenant, surtout si l'on se basait sur un point de vue d'ensemble. L'auteur, en raison de l'inquiétude générale sur la situation financière et l'endet­tement global des PVD, éprouvait le besoin de se faire une opinion et a été amené à choisir un échantillon de ces pays plutôt que de raisonner sur des chiffres glo­baux. Le choix de cet échantillon est basé sur les montants des fonds empruntés au secteur privé au cours des années 1972-1976. Bien que le nombre des pays choisis paraisse faible, ceux étudiés comptent pour une très forte proportion dans tous les résultats globaux. A l'exception de certaines années dans quelques pays, les onze principaux pays emprunteurs ont d'autres caractéristiques en com­mun. D'une manière générale, il s'agit des moins pauvres, des plus industrialisés et de ceux dont le taux de croissance est relativement élevé depuis de nombreuses années. L'évolution des finances extérieures de chacun de ces pays au cours des années 1967-1977 a ensuite été étudiée de façon plus détaillée. Dans les résultats qui sont exposés ci-après, on ne trouvera ni conclusion catégo­rique d'ordre général, ni innovation d'ordre théorique. En revanche, l'examen, pays par pays et année par année, pose un certain nombre de questions qu'il faudra approfondir au cours de travaux ultérieurs. On remarque en particulier l'importance des phénomènes monétaires quelque peu négligés ces derniers temps par les spécialistes des problèmes du développement, alors qu'il est déjà permis d'entrevoir leur rapport étroit avec l'endettement.
The author, because of wide-spread concern about the financial situation and total indebtedness of the developing countries, attempted to devise a sample of them rather than to analyze their global situation. The sample was based on the amounts borrowed by individual countries from private lenders during the years 1972-1976. Despite the fact that the number of countries in the sample was small, those examined in detail accounted, taken together, for a very large percentage in all of the aggregate statistics. The eleven countries which had borrowsd the most, with a few exceptions for some countries in some years, had other characteristics in common.
Broadly, these were the least poor countries, the more industrialized, and those which were growing at the fastest rates over a decade or more. The development of their external financial position during the period 1967-1977 was then examined in considerable detail, country by country. The results of this examination are set forth below. Note that there is no categorical general conclusion nor any new theoretical insight.
On the other hand, this examination, country by country and year by year, raised a number of questions which must be examined much more closely in the course of further work. In particular, the importance of monetary phenomena of one kind or another, phenomena which have been somewhat neglected in the work on development economics in recent years, is clearly important and is closely related to problems of external debt.
10 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Monsieur Jo Saxe
Un regard nouveau sur l'analyse des problèmes de balance des
paiements des pays en voie de développement
In: Revue économique. Volume 29, n°6, 1978. pp. 1131-1140.
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Saxe Jo. Un regard nouveau sur l'analyse des problèmes de balance des paiements des pays en voie de développement. In:
Revue économique. Volume 29, n°6, 1978. pp. 1131-1140.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/reco_0035-2764_1978_num_29_6_408439Résumé
l'endettement des pays en voie de développement (PVD), il trouvait la situation des pays les « moins
pauvres » d'entre eux de plus en plus différente de celle des autres PVD. Même lors des « événements
» des années 1973-1974, cette différence était évidente. Mais les préoccupations nées de ces mêmes
événements amenaient beaucoup d'instances nationales et internationales à appréhender le problème
de façon globale. En conséquence, les diagnostics et les remèdes avaient aussi un caractère global
pour la totalité des PVD non producteurs de pétrole. Le redres-sement en 1976 et 1977 d'une situation
financière apparemment catastrophique en 1975 était surprenant, surtout si l'on se basait sur un point
de vue d'ensemble. L'auteur, en raison de l'inquiétude générale sur la situation financière et
l'endet-tement global des PVD, éprouvait le besoin de se faire une opinion et a été amené à choisir un
échantillon de ces pays plutôt que de raisonner sur des chiffres glo-baux. Le choix de cet échantillon est
basé sur les montants des fonds empruntés au secteur privé au cours des années 1972-1976. Bien que
le nombre des pays choisis paraisse faible, ceux étudiés comptent pour une très forte proportion dans
tous les résultats globaux. A l'exception de certaines années dans quelques pays, les onze principaux
pays emprunteurs ont d'autres caractéristiques en com-mun. D'une manière générale, il s'agit des
moins pauvres, des plus industrialisés et de ceux dont le taux de croissance est relativement élevé
depuis de nombreuses années. L'évolution des finances extérieures de chacun de ces pays au cours
des années 1967-1977 a ensuite été étudiée de façon plus détaillée. Dans les résultats qui sont
exposés ci-après, on ne trouvera ni conclusion catégo-rique d'ordre général, ni innovation d'ordre
théorique. En revanche, l'examen, pays par pays et année par année, pose un certain nombre de
questions qu'il faudra approfondir au cours de travaux ultérieurs. On remarque en particulier
l'importance des phénomènes monétaires quelque peu négligés ces derniers temps par les spécialistes
des problèmes du développement, alors qu'il est déjà permis d'entrevoir leur rapport étroit avec
l'endettement.
Abstract
The author, because of wide-spread concern about the financial situation and total indebtedness of the
developing countries, attempted to devise a sample of them rather than to analyze their global situation.
The sample was based on the amounts borrowed by individual countries from private lenders during the
years 1972-1976. Despite the fact that the number of in the sample was small, those
examined in detail accounted, taken together, for a very large percentage in all of the aggregate
statistics. The eleven countries which had borrowsd the most, with a few exceptions for some countries
in some years, had other characteristics in common.
Broadly, these were the least poor countries, the more industrialized, and those which were growing at
the fastest rates over a decade or more. The development of their external financial position during the
period 1967-1977 was then examined in considerable detail, country by country. The results of this
examination are set forth below. Note that there is no categorical general conclusion nor any new
theoretical insight.
On the other hand, this examination, country by country and year by year, raised a number of questions
which must be examined much more closely in the course of further work. In particular, the importance
of monetary phenomena of one kind or another, phenomena which have been somewhat neglected in
the work on development economics in recent years, is clearly important and is closely related to
problems of external debt.UN REGARD NOUVEAU
SUR L'ANALYSE DES PROBLÈMES
DE BALANCE DES PAIEMENTS
DES PAYS EN VOIE DE DÉVELOPPEMENT
Au cours des dernières années, on a beaucoup parlé des problè
mes du déficit de la balance de paiements des pays en voie
de développement. Depuis une douzaine d'années, on a pris
l'habitude d'additionner les déficits de compte courant des nombreux
pays dits « en voie de développement » et de chercher les moyens de
financer ce déficit (au singulier). Depuis la hausse du prix du pétrole,
vers la fin de 1973, ce déficit est devenu une préoccupation pour les
organisations internationales ainsi que pour les milieux gouvernement
aux, financiers et bancaires des pays de l'OCDE « Nord ». On en
voyait la contrepartie dans l'excédent en compte courant de la balance
des paiements des pays producteurs de pétrole, tout en parlant de cet
excédent également au singulier. Quatre ans après, on observe des
situations très différentes dans ces mêmes pays. Et bien que l'on con
tinue de chiffrer « le » déficit, on observe que la balance des paiements
de certains de ces pays est excédentaire en 1976 et en 1977. Ainsi, le
déficit n'est plus la somme des déficits de chaque pays, comme il
l'était en 1975, mais la somme des déficits de certains d'entre eux
moins les excédents des autres. Ainsi, la durée du déficit « universel »
aura été brève, le redressement relativement rapide. Car le solde des
comptes courants était bien déficitaire en 1976 et en 1977, mais « le »
déficit était bien moindre qu'en 1974 et 1975.
Ces phénomènes sont à l'origine de ce « regard nouveau » dont
je voudrais vous faire l'exposé.
Commençons par définir les termes. Si je parlais tout à l'heure de
la balance des paiements en compte courant, je voudrais parler main
tenant de la balance dite globale, c'est-à-dire la balance des paie
ments courants plus les mouvements de capitaux. Celle-ci, donc, est
1131
Revue économique — N° 6, novembre 1978. Revue économique
composée de la balance du compte courant plus la balance du compte
de capital (y compris le poste « erreurs et omissions »). La balance
globale est égale au solde des variations des avoirs de réserves et des
comptes apparentés, mais ce solde porte le signe inverse, c'est-à-dire
que si la balance globale est positive, l'accroissement des réserves et
des comptes apparentés est signalé par un signe négatif. Rappelons
que l'analyse usuelle de la situation, des pays en voie de développe
ment porte beaucoup plus souvent sur la balance des paiements au
compte courant que sur la balance globale. Ceci, parce que cette
balance « normalement » en déficit, est supposée représenter le mont
ant des ressources externes dites « nécessaires ». Dans l'analyse
usuelle, le compte de capital est rigoureusement déterminé par le
définit de la balance en compte courant. Mais j'ai des raisons de
penser que l'analyse usuelle est insuffisante ; non pas erronée, mais
insuffisante.
Je me propose donc de passer en revue l'évolution, au cours des
onze dernières années, des trois balances et de certains de leurs él
éments principaux. Pourquoi onze années ? Parce que l'on a beaucoup
parlé de l'ajustement qui a eu lieu en 1976 et 1977 et je me suis
demandé si l'évolution au cours des années antérieures à 1973 ou 1974
pouvait servir à éclaircir l'évolution actuelle. Et aussi pour une rai
son pratique, c'est que les données statistiques des années 1976 à
1977 sont disponibles. J'ai donc choisi un échantillon de pays au
moyen d'un critère de sélection très simple. Ces pays, selon les don
nées recueillies par la Banque Mondiale, ont contracté une proportion
importante des emprunts effectués par l'ensemble des pays en voie
de développement sur l'euromarché au cours des cinq dernières an
nées 1. J'ai découvert par la suite que les pays choisis selon ce critère
comprenaient l'essentiel du PNB, du commerce international et des
mouvements des capitaux des pays « plus avancés » et non product
eurs de pétrole parmi les pays en voie de développement2. Il n'est
pas question à ce stade de défendre ce critère d'une façon catégo
rique. On aurait bien pu ajouter tel pays à la liste ou en soustraire tel
autre. Cet échantillon n'est que le point de départ d'une étude qui
n'est elle-même qu'un préliminaire.
Mais je dois expliquer un peu plus en détail pourquoi j'ai écarté
les pays autres que les moins pauvres, c'est-à-dire les pays très pau-
1. Ces statistiques se trouvent dans le rapport trimestriel de la Banque Mond
iale, Borrowing in International Capital Markets.
2. Selon les catégories établies par le FMI. Les détails de ceux-ci se trouvent
en annexe : tableaux 1 et 2.
1132 Jo Saxe
vres. La raison essentielle est que les pays très pauvres n'ont eu que
peu d'accès aux marchés internationaux des capitaux. Par contre, les
capitaux en provenance de l'extérieur leur sont versés sous forme
d'Aide publique au développement (APD) par les institutions officielles,
bilatérales ou multilatérales. Bien que la règle ne soit plus absolue,
les pays moins pauvres reçoivent de moins en moins d'APD et emprunt
ent de plus en plus sur les marchés sous forme de prêts bancaires.
J'ai aussi exclu certains pays exceptionnels.
Sous la rubrique « exception » sont groupés les pays en conflit ou
en état de guerre larvée, qui reçoivent des subventions de caractère
politique et certains autres pays et territoires.
J'ai donc divisé le Tiers-Monde en deux. J'ai placé les pays qui
reçoivent l'essentiel de leurs apports extérieurs de sources officielles
(pays très pauvres, et pays avec des liens politiques et aussi certains
autres pays dont la situation particulière ne permet pas l'analyse
économique usuelle) dans une catégorie, et tous les autres pays dans
une seconde. Cette seconde catégorie comprend 42 pays sur 95 en
voie de développement non producteurs de pétrole. Appelons-les
« pays moins pauvres » ou « pays plus avancés ». Ces 42 pays représen
tent environ 64 % du PNB de l'ensemble des 95 pays. Mon échantillon
comprend 11 pays qui détiennent 56 % de ces 64 % du PNB de l'e
nsemble. Ces quelques chiffres éclairent un élément fondamental du
sujet. Il me semble en effet que l'on doit pouvoir tirer des conclu
sions de portée générale en procédant à l'analyse d'un nombre très
limité de pays. Ceci suggère qu'une analyse plus ou moins détaillée
portant sur une période de plusieurs années serait au moins aussi
valable qu'une analyse agrégative ou globale. Je vous soumets les
premiers résultats de cette analyse.
Avant de regarder de près l'évolution de ces balances, il faut se
demander s'il n'y a pas des divergences trop marquées de pays à pays.
On constate finalement que la situation est assez semblable pour la
plupart des pays au cours de la plupart des années. Tout d'abord, les
balances en compte courant sont généralement déficitaires. C'est ce
qui ressort des résultats pour onze pays de notre échantillon pendant
les onze années de notre analyse. La balance des paiements courants
se trouve déficitaire 96 fois sur 121. Par contre, la balance globale se
trouve excédentaire 86 fois sur 121 3. Cela signifie qu'au cours de
ces onze années, la plupart des pays ont augmenté leurs réserves
internationales pendant la plupart des années. Si l'on fait abstraction
3. Voir tableau 3 en annexe.
1133 Revue économique
de la « crise » pétrolière, dont les incidences ont été ressenties dès
1974 pour certains pays mais ont surtout été sensibles en 1975, les
excédents de la balance globale sont encore plus frappants. Leur
montant net est de 22 milliards de dollars entre 1967 et 1977. Ces
22 milliards représentant 30 % du déficit des paiements courants. (Ab
straction faite de 1975, les excédents s'élèvent à 24 milliards, soit 43 %
du déficit des paiements courants). Ce rapport n'était pas stable. Mais
on remarque qu'en 1972 et 1973, la balance globale excède la balance
courante, et après un excédent global très réduit en 1974, puis un
déficit global en 1975, la balance remonte à plus de 40 % en 1976 et
à 70 % en 1977. La comparaison avec la balance courante se justifie
parce que celle-ci est égale, dans la comptabilité nationale, à l'épargne
nette apportée de l'étranger à ces pays. On peut exprimer ce rapport
autrement. Ces pourcentages donnent l'ordre de grandeur des besoins
en avoirs à l'étranger par rapport aux investissements et prêts reçus
de l'étranger.
L'analyse de ces chiffres n'est pas facilitée par les changements
intervenus au cours des années, en particulier la croissance économique
relativement rapide de ces pays au cours d'une décennie, les pertur
bations de 1973-1975 et aussi la hausse des prix du commerce mondial
au cours des années 1972-1977. On peut rendre la situation plus claire
en exprimant les balances en prix constants. Je me suis servi de la
méthode du FMI pour recalculer ces balances aux prix de 1977. Il en
résulte les chiffres suivants en moyenne annuelle des années 1967-
1972, des années 1973 à 1975 et en des années 1976-1977.
Balance des paiements, 11 pays
(Milliards de dollars EU en prix constants)
« courants » « globale »
1967-1972 10,8 3,7
1973 5,1 10,5
1974 21,1 1,1
1975 23,6 — 2,5
1976-1977 11,3 5,9
Ce calcul montre clairement comment, après le rétablissement de
l'équilibre en 1976, la balance globale est redevenue assez impor
tante par rapport à la courante.
1134 Jo Saxe
II y a peu de raison de procéder avec plus de détail à des calculs
à prix constants. On remarque clairement en 1976 et 1977 un retour
vers l'équilibre préexistant plutôt que des phénomènes entièrement
nouveaux. On voit aussi que les montants des balances, corrigés de
la hausse des prix, sont semblables à ceux des années 1967-1972.
Mais d'autres aspects de l'évolution des balances ont un certain
intérêt. D'abord, les opérations enregistrées dans la balance des compt
es en capital sont composées pour plus de 90 % par les prêts et des
investissements directs à long terme. Les apports de capitaux surpas
sent de beaucoup les capitaux qui sont sortis. Les déficits en capital
à long terme n'apparaissent que dans les comptes en capital de deux
pays (Argentine, cinq années sur onze ; Chine, deux années sur onze)
et le total de ces déficits est nettement inférieur au total des excé
dents de ces deux pays. On peut dire qu'en général, les onze pays
sont importateurs de capitaux mais qu'ils ne s'en servent pas seulement
pour investir chez eux. Une partie non négligeable des apports en
capital a été utilisée pour constituer et, surtout après les difficultés
de 1975, pour reconstituer leurs avoirs à l'extérieur.
Un autre aspect de cette évolution des avoirs à l'extérieur est
révélé par les statistiques de la situation monétaire de certains de
ces pays. Actuellement, des statistiques détaillées ne sont disponibles
que pour cinq de ces onze pays. Néanmoins, je m'en suis servi à titre
indicatif, car ces cinq pays sont parmi les plus importants des onze
de notre échantillon initial. Les statistiques monétaires nous permett
ent en effet d'ajouter aux réserves officielles d'autres éléments de
l'actif en devises de ces pays. Fin 1967, les banques commerciales de
ces cinq pays détenaient pour environ 0,7 milliard de dollars d'avoirs
extérieurs. A la fin de 1972, ils en avaient pour 1,5 milliard de dollars
et, fin 1977, ces avoirs atteignaient 8,1 milliards de dollars. Une partie
de cette augmentation est due à l'inflation entre 1972 et 1976 ; néan
moins, exprimés aux prix de 1977, ces avoirs sont passés de 3,1 mil
liards de dollars fin 1967 à 4 milliards de dollars fin 1972 (et, bien
entendu, 8,1 milliards de dollars à la fin de 1977). Pour situer ces
montants, on peut les comparer aux réserves de changes détenues
aux mêmes dates par nos cinq pays. A la fin de 1967, leurs réserves
internationales étaient équivalentes à 1,6 milliard de dollars. A la fin
de 1972, elles atteignaient 7,5 milliards de dollars et 17,4 milliards de
dollars à la fin de 1977. Entre 1972 et 1977, et cela malgré le recul
de 1975, les avoirs des banques et les réserves de change se sont accrus
très rapidement. Le taux annuel moyen de cette croissance, depuis
l'année 1972, se situait à 18,4 % pour les réserves internationales,
1135 Revue économique
et à 36,7 % pour les avoirs des banques à l'extérieur. Depuis 1967, ces
taux annuels étaient respectivement de 26,9 % et de 26,1 %. On cons
tate la rapidité de cette croissance en la comparant aux autres él
éments de la balance des paiements. Le taux de croissance des import
ations n'était, entre 1967 et 1977, que de 21,8 % et celui des expor
tations de 24,2 %. Vus sous un autre angle, les avoirs des banques à
l'extérieur plus les réserves internationales étaient, à la fin de 1967,
équivalents à 40 % des importations de cette année-là, A. la fin de 1977,
ils atteignaient environ 60 %4.
J'attire l'attention sur ce phénomène non seulement en raison, de
son importance intrinsèque mais parce qu'il pose une importante ques
tion de méthode. J'ai dit qu'on devrait raisonner sur plusieurs balan
ces des paiements et pas seulement sur le déficit en compte courant.
De même, on raisonne souvent sur certains éléments du bilan des
finances extérieures, c'est-à-dire sur la dette ou les dettes dues aux
non résidents, et quelquefois on raisonne sur l'un des éléments de
l'actif, c'est-à-dire les réserves de change. On trouve beaucoup moins
souvent des renseignements sur l'ensemble du bilan y compris les
autres éléments de l'actif et l'analyse du bilan.
Il y a sans doute trois raisons à cette lacune. D'abord, si l'on
n'entre pas dans le détail, on ne voit que les mouvements nets de
capitaux. C'est-à-dire que les prêts apparaissent nets de rembourse
ment et que le mouvement de l'actif apparaît net du mouvement du
passif. Deuxièmement, les mouvements des capitaux à court terme
sont souvent groupés avec le poste « erreurs et omissions ». Ceci ne
permet pas de distinguer les dans les deux sens des capi
taux à court terme. On a des raisons de penser que ces mouvements
ont une certaine importance. La troisième raison, moins précise que
les autres, est qu'on ne s'attend pas à voir une augmentation conti
nue des avoirs des pays supposés être en déficit chronique. La con
clusion qu'on en a tirée n'est pas très compliquée. Pour l'analyse de
la balance des paiements des pays que j'appelle « plus avancés », il
faudrait une analyse beaucoup plus étendue que celle faite habituelle
ment. En ce qui concerne la balance elle-même, il faudrait en parti
culier ne pas négliger l'analyse des mouvements de capitaux à l'actif
de ces pays ; c'est-à-dire les réserves internationales et les autres él
éments de l'actif. Il faudrait aussi faire l'analyse du bilan lui-même.
Bien entendu, les données statistiques ne sont pas toujours complè-
4. Ce compte rendu de la situation monétaire est très loin d'être définitif.
D'autres travaux sont en cours dans ce domaine.
1136 Jo Saxe
tes. Ainsi on se trouve obligé de se servir des statistiques monétaires,
bancaires ou autres. On peut dire ceci autrement. Il est évident qu'au
cours des dernières années, le côté financier des rapports avec le reste
du monde des pays «plus avancés» a beaucoup évolué. On a vu
que ces pays ont emprunté à l'extérieur pour augmenter leurs réser
ves internationales. Ils ont aussi emprunté à long terme pour conso
lider leurs dettes à court terme. Tout dernièrement, ils ont emprunté
à long terme pour refinancer les emprunts de 1975 et 1976 qui
étaient à des conditions moins avantageuses. Quand on, entre dans
le détail, pays par pays, on trouve que certains ont emprunté à l'étran
ger pour financer leurs propres exportations surtout pour l'exportation
des biens manufacturés. Quand il s'agit de ce qu'on pourrait appeler
les transformations de portefeuille (c'est-à-dire le changement des
échéances des créances, etc.) on est obligé de chercher un appareil
théorique approprié. Dans le cas présent, je ne crois pas qu'une seule
théorie existe qui puisse suffire.
Ceci dit, on a vu l'importance des mouvements monétaires au cours
des années récentes et, en particulier, la croissance des éléments de
l'actif de ces pays. L'exposé de ces phénomènes se retrouve dans les
travaux du FMI sur l'élaboration de l'approche monétaire de la balan
ce des paiements 5. Sans aller plus loin dans le domaine de la théorie,
on pourrait constater l'importance de cette approche pour une meil
leure compréhension des développements que l'on a passés en revue.
Je suis convaincu par les arguments de M. Blackwell, du FMI, qu'il
faudrait une approche éclectique, comme il l'a dit dans une étude
dont on trouve l'essentiel dans le Bulletin du FMI (numéros du 27
février et du 13 mars 1978) : « II n'est ni nécessaire ni souhaitable de
rejeter les principes de " l'élasticité " et de " l'absorption " sur lesquels
se fondent les méthodes d'analyse de la balance des paiements ».
Ainsi, ajoute-t-il, « la théorie monétaire... n'est pas une variante que
l'on oppose mais un complément essentiel ». Ces remarques suggèrent
quelques sujets auxquels des travaux ultérieurs pourrait être consac
rés 6.
5. Voir, par exemple, The Monetary Approach to the Balance of Payments,
recueil publié par le FMI en 1977.
6. Pour un compte rendu des travaux récents dans ce domaine, voir
Glaassen E., Salin P., Recent Issues in International Monetary Economies, The
Third Paris-Dauphine Conference on Money and International Monetary Pro
blems, March 28-30, 1974, Amsterdam, New York, Oxford, North Holland
Publishing Company, 1976.
1137 Revue économique
NOTE SUR «L'ANALYSE DETAILLEE»
Que faut-il entendre par une analyse détaillée ? Je dois répondre,
d'abord, une analyse encore plus détaillée que celle dont je viens
d'exposer l'essentiel. L'exposé que vous venez d'entendre portait sur
trois soldes principaux ; le solde du compte courant, celui du compte
en capital et la balance globale. On n'a fait qu'esquisser les dévelop
pements au cours des années 1967 à 1977 dans onze pays. Cette
esquisse porte déjà sur onze pays multipliés par onze années et mult
ipliés par trois soldes, c'est-à-dire qu'elle comprend 363 observations.
Mais, et on le sait déjà, ces 363 observations sont insuffisantes en
nombre. Il faudrait distinguer parmi les mouvements à long terme
les investissements directs des prêts consentis à l'étranger. Aussi, fau
drait-il distinguer les mouvements monétaires des autres mouvements
de capitaux. J'ajouterai que cette distinction devient de plus en plus
difficile à faire, surtout à cause des opérations du secteur bancaire.
Dans ce secteur, de très grandes banques ont des établissements dans
plusieurs pays. Souvent, les créances de ce secteur sur tels pays sont
équilibrées par ses dettes envers ces pays, dettes qui sont comptabil
isées comme réserves internationales par le pays qui est à la fois
créditeur et débiteur envers la même banque. On pourrait ajouter
quatre ou cinq rubriques à celles qu'il faudrait analyser et chaque
rubrique aurait les mouvements d'actif et de passif. Ce faisant, on
arriverait à dix fois 363 observations, au lieu des 363 actuelles.
Jo SAXE
Chef de la division
« Financements Internationaux »
Banque Mondiale
4UÎ

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