Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Typologie chronologique de quelques Boutons de Bronze du Midi de la France - article ; n°5 ; vol.60, pg 372-384

De
14 pages
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1963 - Volume 60 - Numéro 5 - Pages 372-384
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Voir plus Voir moins

André Soutou
Typologie chronologique de quelques Boutons de Bronze du
Midi de la France
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1963, tome 60, N. 5-6. pp. 372-384.
Citer ce document / Cite this document :
Soutou André. Typologie chronologique de quelques Boutons de Bronze du Midi de la France. In: Bulletin de la Société
préhistorique française. 1963, tome 60, N. 5-6. pp. 372-384.
doi : 10.3406/bspf.1963.3915
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1963_num_60_5_3915Typologie chronologique
de quelques Boutons de Bronze
du Midi de la France
PAR
André SOUTOU
Les boutons de bronze n'ont pas fait, jusqu'à présent, en France
tout au moins, l'objet d'études approfondies : mis à part les quelques
paragraphes que J. Déchelette leur a consacrés dans son Manuel (1),
aucun travail d'ensemble n'est venu compléter les indications que le
Maître de la Protohistoire Française a données sur cette catégorie par
ticulière de mobilier métallique que l'on rencontre pourtant dans beau
coup de gisements de l'Age du Bronze et de l'Age du Fer. C'est pourquoi
nous avons pensé qu'il n'était pas inutile, en nous appuyant sur quel
ques exemples précis, d'esquisser, pour le Midi de la France, un class
ement typologique et chronologique de ces nombreux objets de parure.
Sans prétendre dresser un inventaire complet des différentes espèces
de boutons de bronze, nous distinguerons provisoirement quatre types
bien définis qui se succèdent dans le temps — ainsi que nous essayerons
de l'établir par la suite — dans l'ordre suivant :
I) BOUTONS EN TOLE DE BRONZE. — De profil conique ou hémis
phérique, avec quelquefois un renflement au centre, ils présentent en
plan un contour circulaire, ovale, carré ou rectangulaire et ils sont ord
inairement percés de 2 ou de 4 trous; souvent ils sont ornés d'une cou
ronne de points en relief obtenus au repoussé (Fig. 1, 3 et 5; Fig. 2, 1, 3;
Fig. 3, 1, 5).
II) BOUTONS A BELIERE SIMPLE. — De contour généralement cir
culaire et de profil conique ou hémisphérique, plus ou moins aplati,
ils portent sur leur face inférieure une bélière arrondie ou rectiligne
(Fig. 3, 6-9, 11).
III) BOUTONS A BELIERE EN CROIX. — De forme nettement hémis
phérique, ils se distinguent des précédents par le fait que la bélière est
constituée par deux tiges horizontales qui se croisent en angle droit
(Fig. 3, 10, 12, 13).
ils IV)présentent BOUTONS sur A leur GRIFFES. pourtour — des De pointes profil hémisphérique susceptibles d'être ou très rabattues aplati,
vers l'intérieur (Fig. 3, 14).
Comme nous l'avons indiqué plus haut, les quatre catégories que nous
venons d'énumérer sont loin d'embrasser la totalité des variétés de bou
tons de bronze. Il n'est pas question non plus de donner ici le catalogue
(*) Reçu 18.6.62 _ Séance de septembre 1963.
(1) II, pp. 337-338 et III, pp. 348-350. 25cm
Fig. Comprégnac, 1. — 1-4, dépôt Aveyron); d'Arnave 6, jarre (Ariège) de La ; 5, Bastide-Pradines grotte Unal à Pevrc (Aveyron). (com. de 374 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
des exemplaires du Midi, de la France entrant dans les quatre séries que
nous allons passer en revue. Il s'agit simplement, en examinant quelques
exemples aussi clairs que possible, de jeter quelques jalons chronolo
giques susceptibles de servir de point de départ pour des recherches
plus détaillées.
I) BOUTONS EN TOLE DE BRONZE. — 36 exemplaires de ce type
ont été rencontrés dans le dépôt d'Arnave (Ariège) en association avec
divers objets de bronze parmi lesquels nous noterons en particulier
quatre haches à bords droits élevés (2) (Fig. 1, 1). Comme l'ensemble
du dépôt est très homogène, il est certain que les boutons en tôle de
bronze (Fig. 1, 3) doivent être classés, tout comme les pointes de lance,
les tubes en feuille de bronze (Fig. 1, 4), la pendeloque en forme de ca
nine d'animal, le bandeau, les poignards à rivets (Fig. 1, 2) — et aussi
les haches de pierre polie qu'enfermait ce gisement — à la période du
Bronze III de Déchelette.
Cette datation est confirmée par les récentes trouvailles que M. Ray
mond Rouquet, de Millau, vient de faire dans la grotte Unal, à Peyre
(com. de Comprégnac, Aveyron). Cette grotte avait été fouillée en part
ie en 1955 par M. Jean Gouzes, membre du Spéléo-Club de Saint-Af-
frique, qui avait trouvé, au-dessous d'une couche superficielle enfermant
des « tessons de poteries rouges et fines » ainsi que des « clous de fer »,
un très important mobilier, comprenant, d'après ses indications (3) :
« — 14 plaques de bronze, rondes et carrées, de 1 à 5 cm de diamètre,
incurvées et percées de 2 ou 4 trous;
- — 4 bagues faites d'un fil de bronze dont les extrémités amincies se
chevauchent;
— une hache de bronze (longueur totale : 17,5 cm; largeur de tran
chant : 7 cm; largeur de la tige : 3 cm; tige en double T) ;
- —— une un hameçon pointe de en flèche bronze en : bronze hauteur : 4,5 4 cm;
— des fragments d'une plaque roulée, peut-être un tube en bronze;
—tessons de poteries et des ossements humains. »
En plus, furent recueillis, en d'autres endroits, divers objets parmi
lesquels nous citerons, toujours d'après la relation de M. Jean Gouzes :
■ — « — 6 plaques 2 bracelets en bronze formés identiques de quatre à spires celles de que bronze; nous connaissons;
— 2 anneaux ouverts fusif ormes de diamètre 5 cm;
— 4 bagues en bronze à celles déjà ramenées. »
Dans la même grotte, M. Raymond Rouquet vient de trouver de nou
veaux objets de bronze et de nouveaux fragments de poterie (Fig. 2), qui
permettent, comme on le verra, de préciser la nature et la datation du
mobilier déjà recueilli par M. Jean Gouzes.
Les objets de bronze sont les suivants :
a) un bouton en tôle de bronze percé de quatre trous; diamètre : 4 à
4,4 cm; hauteur : 1 cm (Fig. 2, 1);
(2) E. Cartailhac. — Bronzes inédits du Midi de la France, L'Anthropolog
ie, 1898, pp. 666 sq. Le métal de l'un des boutons en tôle de bronze d'Arnave
vient d'être analysé au laboratoire du Landesmuseum de Stuttgart : il con
tient 10 % d'étain.
(3) J. Gouzes. — Exploration et Fouilles : grotte Unal à Peyre, Bulletin
du Spéléo-Club Saint- Affricain, Saint-Affrique (Aveyron), juin 1957, n° 3-4,
sans pagination. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 375
b) fragments d'un deuxième bouton de même type, mais plus petit;
diamètre : 3 cm environ (Fig. 2, 2).
c)d'un troisième bouton de même type, mais encore plus
petit; diamètre : 2,5 cm (Fig. 3);
d) fagment de feuille de bronze présentant un angle droit et ornée
sur les bords de cet angle de petites bossettes au repoussé; diamètre
de ces bossettes : 1,5 mm;; longueur conservée des côtés de l'angle
droit formant le bord extérieur de la feuille de bronze : 1 et 2 cm
(Fig. 1, 5 et 2, 4);
e) bague en tôle de bronze dont les extrémités effilées se recouvrent en
partie; largeur maximum : 0,8 cm (Fig. 2, 5) ;
/) extrémité d'un poinçon ou d'une épingle en bronze de section rec
tangulaire (1,5 X 3 mm) : longueur actuelle : 3,2 cm (Fig. 2, 6);
g) deux perles annulaires en cuivre ou bronze soudée l'une à l'autre :
diamètres : 0,8 et 0,7 cm (Fig. 2, 7);
h) fragment de hache de bronze à tranchant évasé; largeur au tran
chant : 5,7 cm; largeur de la partie supérieure 4 cm; épaisseur max
imum 0,8; longueur actuelle : 5 cm (Fig. 2, 8).
La céramique ramassée par M. R. Rouquet comprend deux lots bien
distincts :
a) d'une part, des poteries gallo-romaines :
I) 3 fragments de bols en terre sigillée de La Graufesenque;
II) 2 tessons provenant de 2 vases différents en pâte gris-noire, à
surface irrégulière présentant tout deux une lèvre droite rejetée
vers l'extérieur, forme caractéristique que l'on rencontre dans
cette région après le ne siècle après J.-C. (Fig. 15-16).
b) d'autre part, des poteries beaucoup plus anciennes parmi lesquelles
nous pouvons noter les catégories suivantes :
I) fragments ornés d'un cordon à impressions placé à 0,5 ou 1 cm
du bord supérieur (Fig. 2, 9) ;
II) un fragment orné à la fois d'incisions sur la tranche supérieure
du bord et d'un cordon à impressions placé à 2 cm au-dessous
de ce bord (Fig. 1, 10);
III) un fragment de bol caréné dont le bord, légèrement évasé, pré
sente des impressions sur la tranche supérieure (Fig. 2, 11);
IV) un de bol dont le bord équarri est plus épais que le reste
de la panse (Fig. 2, 12);
V) un fragment de vase dont la panse présente une rangée hori
zontale d'impressions faites par un bâtonnet à pointe mousse
(Fig. 2, 13) ;
VI) un fragment de vase orné de deux cordons à impressions se re
joignant perpendiculairement l'un à l'autre (Fig. 2, 14).
L'analyse du matériel rassemblé par MM. Jean Gouzes et Raymond
Rouquet montre que la grotte Unal enfermait des sépultures à inhumat
ion de l'Age du Bronze surmontées par un niveau gallo-romain, à l'e
xclusion de toute période intermédiaire. Le mobilier, tant métallique que
céramique, présente une homogénéité remarquable et peut être classé
sans difficulté au Bronze Moyen (Période III de Déchelette) ainsi qu'en
témoigne principalement la hache à bords droits de M. J. Gouzes (4).
Quand à la hache de M. R. Rouquet. il est difficile de savoir s'il s'agit
d'une hache du même type, dont les bords droits prendraient naissance
à une assez grande distance du tranchant — comme c'est le cas pour la
hache n° 5 d'Arnave — ou une hache plate de type évolué (tranchant
(4) Le croquis qu'en donne l'auteur indique qu'il s'agit d'une hache à
bords droits élevés, sommet rectiligne, fût étroit et tranchant très évasé. 376 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
évasé). A en juger par le croquis que M. J. Gouzes donne de sa hache,
les bords droits de ce dernier exemplaire ne commencent qu'à 5 cm
du tranchant : il est donc possible que le fragment de M. R. Rouquet
provienne d'une hache de même forme (5).
Sans insister sur l'intérêt qu'il y aurait de publier en détail l'ensemble
du matériel provenant de la grotte Unal et d'observer par de nouvelles
fouilles la disposition de ces très intéressantes inhumations de l'Age
du Bronze, contentons-nous pour le moment de constater, en comparant
les trouvailles de M. R. Rouquet avec les descriptions de M. J. Gouzes,
que la grotte Unal a livré jusqu'à présent 23 exemplaires de boutons de
bronze qui sont datés par leur contexte de la même période que le dépôt
d'Arnave. Remarquons également que dans les environs immédiats de
la grotte Unal un bouton de même type à quatre perforations, orné d'une
couronne de points au repoussé (Fig. 2, 1) a été trouvé dans le dolmen
de Navas, com. de Castelnau-Pégayrols, Aveyron (6). M. R. Rouquet,
en retamisant les déblais des fouilles antérieures, a recueilli, en plus
de quelques perles annulaires en steatite (Fig. 2, 3) et en calcaire (Fig.
2, 4), un fragment de poterie dont le bord est orné d'impressions sur
la tranche supérieure, exactement comme un des tessons de la grotte
Unal (Fig. 2). Dans le même département de l'Aveyron, l'avenc terminal
de la grotte des Fées, à Roquefort-sur-Soulzon, a fourni à M. L. Balsan (7)
vingi-et-un boutons analogues — dont quelques exemplaires sont ornés
de points au repoussé — associés à un intéressant mobilier métallique (8)
comprenant notamment une hache à bords droits. Malheureusement
aucun tesson de poterie n'accompagnait cet ensemble clos. D'autres
boutons en tôle de bronze ont été trouvés en d'autres points du Midi de
la France, notamment dans l'Hérault (« tholos » de Brissac) où l'un des
deux exemplaires rencontrés dans cette tombe est identique à celui de
Navas (9).
L'origine de ce type de bouton ne semble pas douteuse : comme l'a
bien montré M. H. J. Hundt, les boutons en tôle de bronze, tout comme
les feuilles de bronze rectangulaires ornées de points au repoussé — ana
logues à celle dont nous avons signalé un fragment parmi les trouvailles
de M. R. Rouquet (Fig. 1, 5 et Fig. 2, 4) — proviennent d'un centre de
diffusion situé dans la moyenne vallée du Danube et se sont répandues
pendant la période du Bronze Ancien dans tout le Sud-Ouest de l'All
emagne (10). Il est probable que c'est à la fin de cette période ou au début
(5) II s'agirait dans cette hypothèse d'une hache analogue à celle de Vau-
vert (Gard) : sur cet exemplaire conservé au Musée Saint-Raymond à Tou
louse (n° 30 089), les bords droits ne commencent qu'à 6 cm du tranchant.
(6) Collection des frères Génies à Millau (Aveyron).
(7) Compte rendu provisoire dans Procès-Verbaux des séances de la Sociét
é des Lettres de VAveymn, XXXII, 1931-1934, pp. 92-93.
(8) Reproduit en partie par J. Audibert dans la Revue Archéologique de
l'Est, 1959, p. 11, fig. 2.
(9) J. Audibert et J. Bousquet. — Essai chronologique sur l'Age du Bronze
n° Bas-Languedocien, 4, 1957, p. 252, Bull, fig. 1. du D'autres Musée d'Anthropologie exemplaires provenant Préhistorique du Gard de sont Monaco, in
diqués par J. Audibert (RAE, 1959, p. 10 note 4) : grotte de Pâques, à Col-
lias et grotte de Seynes. Pour le département de l'Hérault, J. Arnal me s
ignale qu'il a trouvé deux exemplaires de ces boutons, l'un dans la grotte de
la Madeleine (commune de Villeneuve-lès-Maguelonne), l'autre dans le do
lmen de Fournes de Siran). La tombe ovale du Truc de Combe-
plaine (com. d'Argelliers, Hérault), fouillée par le Groupe des Chênes Verts,
a donné un bouton à quatre perforations orné de points au repoussé : si le
mobilier de cette tombe est homogène, l'association de cet exemplaire avec
un scalptorium indiquerait que l'usage des boutons en tôle de bronze s'est
maintenu, par endroits, jusqu'à l'Age du Fer.
(10) H. J. Hundt. — Beziehungen der « Straubinger » Kultur zu den Friih-
bronzezeitkulturen der ôstlich benachbarten Râume, Kommission fur das Ae-
neolithikun und die altère Bronzezeit, Nitra, 1958, pp. 154-156 : sur la fig. 2 Fig. 2. — Grotte Unal à Peyre (com. de Comprégnac, Aveyron).
Echelles en centimètres. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 378
de la période suivante que ces boutons ont atteint le Midi de la France.
A en juger par certaines catégories de céramique (vases ornés de cor
dons croisés, comme le fragment de la Fig. 2, 14 — qui correspond à
une jarre analogue à celle de La Bastide-Pradines, Aveyron, dont nous
donnons la photographie (11) — , c'est dans le cadre de la civilisation
du Rhône (12) que sont parvenus jusqu'aux Pyrénées ces objets de
bronze, qui remplacent désormais les boutons à perforation en V de
l'époque précédente.
II) BOUTONS A BEL1ERE SIMPLE. — Les boutons à bélière simple
sont toujours obtenus par moulage : grâce à ce nouveau procédé, le sys
tème d'attache des boutons à perforation en V — dont la double perfora
tion convergente pratiquée dans l'os, l'ambre ou la pierre, détermine
une bélière — a pu être adapté à un nouveau matériau, le métal. Notons
qu'à côté des boutons à perforation en V, à bélière rudimentaire, exis
taient déjà des boutons à bélière développée qui n'ont rien à envier,
quant à la perfection de leur forme, aux exemplaires métalliques plus
tardifs. Citons le bouton plat, en os, à bélière demi-circulaire de la
tombe de l'Hôpitât (Rumigny, Ardennes) recueilli dans une sépulture
collective à inhumation où il était associé à des haches polies en si
lex (13), ou encore les deux boutons coniques, en os, à bélière circulaire
de la grotte des Morts (Durfort, Gard), qui furent trouvés à côté de
«boutons de Durfort» proprement dits (14). Si les boutons à bélière
véritable sont moins nombreux que les boutons à perforation en V, c'est
probablement parce que leur bélière développée était non seulement
plus difficile à fabriquer mais aussi plus fragile. Il faudra attendre l'i
nvention du moule à deux valves pour que ce type très ancien se général
ise à nouveau.
Les boutons métalliques à bélière simple semblent n'avoir été em
ployés qu'à partir du Bronze Final (15). On les rencontre en effet, pour
(p. 154) sont représentés le bouton en tôle de bronze, que les auteurs all
emands appellent Blechtutulus par comparaison avec le bonnet conique des
flammes — tutulus — , avec ou sans bordure de points en relief exécutés au
repoussé (n° 4) et le Blechstreifen (lamelle de bronze rectangulaire) avec ou
sans ornementation au repoussé (n° 22) qui servait de parure portée sur la
tête.
(11) Sondage inédit pratiqué dans un gisement du Bronze Moyen déjà bou
leversé. La restauration du vase a été effectuée par M. Jules Boudou.
(12) Nous reviendrons dans un travail ultérieur sur cette civilisation fon
damentale dont l'importance dans le Midi de la France a été jusqu'à présent
sous-estimée, sinon ignorée. Comparer, à titre d'exemple, la jarre de La Bastide-
Pradines avec celle de Degernau, près de Waldshut (Allemagne) reproduite
dans l'ouvrage de W. Kimmig. — H. Hell, Vorzeit an Rhein und Donau, 1958
Lindau-Constance, p. 42 ou encore avec celle du Lac de Chalain (Jura), publiée
par N. K. Sandars (Bronze Age Cultures in France, Cambridge, 1957, p. 22,
fig. 4, 3). Des tessons de céramique ornés de cordons à impressions disposés
soit obliquement soit perpendiculairement les uns aux autres ont été recueillis
également dans l'Ariège, notamment dans la fortification du Peyré, com. de
Sabarat (collection de M. Jean Vézian) et dans la grotte de la Payroulette, à
Larnat (fouilles de M. Clastres). Pour la répartition de la céramique de la
civilisation du Rhône cf. la carte établie par N. К Sandars (op. cit., p. 355 et
liste justificative, p. 356). La que nous publions (fig. 4) fait abstraction
vers le Sud-Ouest des gisements espagnols de la région de Bilbao (cavernes de
Lumentxa et de Santimanine).
(13) E. Piette et de Ferry. — Sépulture polyandrique de l'Hôpitât près
Rumigny (Ardennes), Matériaux, 1870, p. 187 sq : et pi. VII, 2.
(14) P. Cazalis de Fondouce et J. Ollier de Marichard. — La grotte des
morts, près Durfort (Gard), Matériaux. 1869, pp. 249 sq et pi. 13, 11-12.
(15) M. le Docteur Brunel a recueilli dans la Grotte des Fées à Lunas (Hé
rault) «, un bouton à bélière en cuivre, à tête plate, orné d'un semis de petites
bossettes en relief de 27 mm de diamètre » (La Grotte des Fées — Baoumo de
las Fados — corn, de Lunas, Hérault, Bull, de la Société Archéologique de ■
SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 379
la première fois, dans quelques grands dépôts de cette époque, notam
ment :
1. — à Notre-Dame d'Or (Vienne) où des exemplaires à bélière de
forme circulaire, à renflement central conique et à bord dentelé (Fig. 3,
6) voisinent encore avec des exemplaires du type précédent en tôle de
bronze (Fig% 3, 5) ; ce détail important souligne l'ancienneté relative de
ce dépôt (16).
2. — à Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire) où sont signalés une dou
zaine d'exemplaires à bélière semi-circulaire ou rectiligne; deux spéci
mens, ornés, d'un décor pointillé (Fig. 3, 7) rappellent également les
bordures de points au repoussé de la série antérieure (17).
3. — à Vénal (Charente), où des exemplaires à bélière simple, de
forme conique (Fig. 3, 8) ou hémisphérique (Fig. 3, 9) quelquefois pour
vus de côtes saillantes concentriques, sont associés avec un exemplaire
particulièrement intéressant, puisqu'il appartient à la série hallstattienne
que nous allons examiner ensuite. Cet exemplaire unique, à bélière en
forme de croix (Fig. 3, 10) confirme bien que le dépôt de Vénat qui en
ferme, comme on le sait, quelques fragments de fer, est nettement plus
récent que les deux dépôts précédents (18). Les boutons à bélière
simple, qui sont présents dans tous les grands dépôts du Bronze Final,
par exemple à Huelva (19), ou, plus près de nous, à Saint-Chely-du-Tarn
(Lozère) (20), continuent à être fabriqués tout au long de l'Age du Fer,
puisqu'on les rencontre par exemple, dans le dépôt de Launac (Fig. 3,
11). Il s'agit d'un type élémentaire, parfaitement fonctionnel, qui, une
fois réalisé par moulage, a duré jusqu'à nos jours. Il n'est pas imposs
ible toutefois qu'une étude attentive des différentes formes que pré
sente la calotte ne permette à l'avenir de distinguer des espèces géogra-
phiquement et chronologiquement différenciées.
III) BOUTONS A BELIERE EN CROIX. — Ce type caractéristique,
qui apparaît pour la première fois, ainsi que nous l'avons noté, dans le
dépôt de Vénat (Fig. 3, 10), se retrouve dans deux grands ensembles du
Sud-Ouest de la France :
Béziers 1942, p. 96). Ce bouton aurait été trouvé sous un plancher stalagmi-
tique de 20 à 35 cm d'épaisseur dans une couche de terre noire contenant deux
poignards de bronze à languette, sans rivets et de la céramique bien anté
rieure au Bronze Final (boutons au repoussé, vase à fond rond pourvu de
quatre anses rubanées s'appuyant en haut et en bas sur des cordons lisses
horizontaux. D'après le contexte, nous aurions affaire au plus ancien bouton
métallique à bélière connu jusqu'à ce jour. Toutefois, comme la publication
ne donne que très peu de précisions sur la position respective des divers ob
jets constituant le mobilier de cette grotte, nous pensons, jusqu'à plus ample
informé, que la galerie sépulcrale fouillée par M. le Docteur Brunei a été uti
lisée pendant plusieurs périodes de l'Age du Bronze.
(16) J. Millotte et B. Biquet. — La cachette de bronze(s) de Notre-Dame
d'Or (Vienne), Gallia, 1959, pp. 71 sq.
(17) G. Cordier, J. Millotte et R. Riquet. — La cachette de bronze(s) d'A-
zay-le-Rideau (Indre-et-Loire), Gallia, 1959, pp. 57 sq.
(18) G. Chauvet. — Une cachette d'objets en bronze trouvée à Venat, com. de
Saint-Yrieix près d'Angoulême, Bull, de la Soc. Arch, de la Charente, 1894;
■pi. XX, n° 235. Ce bouton est ainsi décrit (p. 233) : « Bouton hémisphérique
muni, comme bélière d'attache, de deux barres transversales en croix. Je n'en
connais pas de semblables ». Pour les boutons à bélière simple, cf. pp. 216 sq.
et pi. XV.
(19) M. Almagno. — Deposito de la Ria de Huelva, Inventaria Archaeologica,
E. 1, Madrid, 1958, p. 35.
(20) F. André. — Découverte d'objets en bronze sur le Causse Méjean, com.
de Saint-Chély-du-Tarn, Matériaux, 1875, p. 365, fig. 121. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 380
1. — D'une part, dans le dépôt de Launac (coin, de Fabrègues, Hér
ault), où il accompagne des boutons du type précédent à bélière simple :
« deux boutons hémisphériques, avec bélière en croix dans le plan equat
orial » (Fig. 3, 12) (21).
; 2. -— D'autre part, dans la nécropole de tumulus à incinération d'A-
vezac-Prat (Hautes-Pyrénées), où un exemplaire de ce type a été signalé,
malheureusement en dehors de tout contexte (Fig. 3, 13) (22). Comme
nous l'avons déjà remarqué par ailleurs (23), nous pensons que le bou
ton à bélière en croix, dont l'invention semble se placer à la fin du
Bronze Final (dépôt de Vénat), appartient à la première phase de cette
nécropole : il doit être contemporain des épées à antennes droites et
des fibules en arbalète à pied relevé en angle droit et à faux ressort
profilé en disques parallèles.
La présence de ce type de bouton dans le dépôt de Launac qui, à en
juger par la boucle d'oreille rubanée, n'est pas antérieur au Hallstatt II,
semble confirmer cette datation. De toute manière, le bouton à bé
lière en croix peut être classé grosso modo à la période Hallstattienne.
Il y a donc Heu dans ces conditions, de corriger l'affirmation trop ab
solue de J. Déchelette : « Le modèle à bélière ne se rencontre plus à
l'âge du fer (24) ».
IV) BOUTONS OU APPLIQUES A GRIFFES. — Si les trois types pré
cédents entrent bien dans la catégorie des boutons, puisqu'ils peuvent
être maintenus à l'aide de fils à une certaine distance de l'étoffe ou du
cuir sur lesquels ils étaient attachés et étaient susceptibles par consé
quent d'entrer dans une boutonnière ou dans une ganse, par contre les
exemplaires pourvus de griffes disposées sur le pourtour de leur calotte,
ne sauraient servir de moyen d'attache : ce sont plutôt des appliques
que des boutons. Si nous les examinons dans le cadre de cette étude,
c'est simplement qu'il est difficile de faire le départ entre ces deux ca
tégories d'objets : les boutons on tôle de bronze, les boutons à bélière
simple ou à bélière en forme de croix ont pu être tout aussi bien utili
sés comme appliques : il suffisait dans ce cas de les plaquer contre l'é
toffe ou le cuir qu'ils servaient alors à orner et non plus à fixer.
Quoi qu'il en soit, les appliques à griffes se rencontrent dès le Bronze
Final, par exemple dans le dépôt de Vénat (25), et, comme Га montré
Déchelette, durent tout au long de la période Hallstattienne jusqu'au
début de La Tène (tumulus hallstattien de Panges, Côte d'Or et sépul
tures à inhumation des Hautes-Alpes (26)). Ces appliques, dont la tête est
tantôt aplatie et pourvue de côtes concentriques, comme c'est le cas pour
les exemplaires de Vénat, tantôt hémisphérique et de dimensions ré
duites (Fief. 3, 14), comme c'est le cas pour les exemplaires de Guillestre,
ont pour caractère commun de présenter en général sur leur circonfé
rence deux languettes pointues, diamétralement opposées, qui peuvent
être rabattues vers l'intérieur. Comme nous l'avons remarqué pour le
type à bélière simple, le type à griffes doit pouvoir être subdivisé en
plusieurs espèces chronologiquement et géographiquement différenciées.
Après avoir ainsi passé en revue les quatre types de boutons — ou
appliques — de bronze, nous pouvons dresser le tableau synoptique sui
vant qui, nous le répétons, ne constitue qu'un cadre provisoire pour une
enquête plus complète et plus étoffée.
(21) P. CXzALis de Fondouce. — La cachette de fondeur de Launac, Montp
ellier. 1900, p. 31 et pi. X, 9 : deux exemplaires.
(22) Ed. Piette et J. Sacaze. — Les tertres funéraires d'Avezac-Prat (Hautes-
Pyrénées), Paris, 1899, p. XIII, 2, 2 a.
(23) P. Laverdure et A. Soutou. — Vestiges d'un tumulus hallstattien de
Campistrous (Hautes- Pyrénées), Ogam, 1961, p. 386, note 19.
(24) Manuel III, p. 350.
(25) G. Chauvet. — Op. cit., p. 221 (n° 186- 187).
(26)III, pp. 348-349.