Forte extension des navettes domicile-travail

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Les actifs de Rhône-Alpes sont toujours plus nombreux à travailler hors de leur commune de résidence, tandis que les distances s'allongent. Les «navetteurs» sont de plus en plus des habitants de zones périurbaines qui travaillent dans les agglomérations. Ce sont en majorité des hommes et des jeunes.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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L A L E T T R E
I N S E E
RHÔNE
ALPES
Les actifs Territoires
de Rhône-Alpes
sont toujours
plus nombreux Forte extension des
à travailler hors de leur
commune de navettes domicile-travail
résidence, tandis que
les distances es résultats du dernier recense- automobile, déclin de l'agriculture
s’allongent. Lment de la population montrent pour laquelle il y a souvent identité
une forte augmentation des déplace- entre le domicile et le siège deLes “navetteurs”
ments domicile-travail. Cela confirme l'exploitation...
sont de plus en plus les tendances observées depuis plu- Au cours des dix dernières années,
sieurs années. En 1999, 63 % des actifs lacroissance du chômage et de lades habitants de zones
de Rhône-Alpes travaillent hors de flexibilité de l'emploi ont sans
périurbaines leur commune de résidence. Ils doute contribué à l'augmentation des
n'étaient que 55 % en 1990 et navettes, les actifs hésitant moins àqui travaillent dans
seulement 40 % en 1975. Cette disso- occuper un emploi plus éloigné de
les agglomérations. ciation croissante entre le lieu de rési- leur lieu de résidence. Le développe-
dence et le lieu de travail s'explique ment de l'activité féminine a pu jouerCe sont en majorité des
par plusieurs facteurs : desserrement lui aussi.
hommes et de l'habitat vers les zones L'extension des navettes domicile-
périurbaines, concentration des acti- travail a des conséquences à différentsdes jeunes.
vités économiques à l'intérieur des niveaux. Elle induit tout d'abord une
agglomérations, amélioration des modification du mode de vie des
réseaux de transports et augmenta- habitants. Elle interpelle les pouvoirsRobert Reynard
tion de l'équipement des ménages en publics sur les politiques de transports
De moins en moins de Rhônalpins travaillent dans leur commune
1990 1999
Nombre % Nombre %
Actifs de Rhône-Alpes travaillant...
- dans leur commune 993 928 45,0 855 325 37,1
- dans leur département 1 979 007 89,6 2 017 336 87,4
- dans la région 2 122 379 96,1 2 212 889 95,9
- dans une autre région 32 086 1,5 39 169 1,7
- à l’étranger 53 492 2,4 56 378 2,4
Ensemble des actifs occupés 2 207 957 100,0 2 308 436 100,0
Source : INSEE - Recensement de la Population 1999
Numéro 70
Novembre 2000et d'infrastructures pour faire face à distance est stable : pour seulement
2 %, le trajet domicile-travail est su-la saturation dans les grandes
périeur à 100 kilomètres. Cesagglomérations. Les déplacementsLes trajets compris
domicile-travail tissent également navettes de longue distance ne sont
entre 10 km et 50 km pas nécessairement quotidiennes etdes liens de dépendance entre des
peuvent même être hebdomadaires.pôles d'emploi où sont localisés lesreprésentent
Les navettes entre Rhône-Alpes etactivités économiques et des
38 % des navettes l'Ile-de-France tendent à secommunes dortoirs où vivent les
rééquilibrer : le nombre d'actifs dehabitants. Les aires de déplacementscontre 32 % en 1990.
Rhône-Alpes travaillant en Ile-de-domicile-travail dessinent ainsi les
France (8 000) est deux fois plus im-contours de l'influence des villes sur
portant que les flux en sens inverse,les espaces ruraux environnants et
mais l'écart se réduit. Du fait de lales agglomérations voisines.
mise en service du TGV, le nombre
de Rhônalpins travaillant dans laL'augmentation du nombre d'actifs
région parisienne avait fortementtravaillant hors de leur commune
augmenté au cours des années 80. Ils'accompagne d'un allongement des
a diminué depuis 1990 d'environdistances moyennes entre le
1 000 personnes. En revanche, ledomicile et le lieu de travail. Entre
nombre de Franciliens venant tra-1990 et 1999, la distance "à vol
vailler en Rhône-Alpes continue àd'oiseau" parcourue par les actifs qui
augmenter. C'est peut-être le signerésident et travaillent en Rhône-Al-
d'une moindre dépendance de lapes dans deux communes différen-
région Rhône-Alpes vis-à-vis de lates est passée de 11,7 à
capitale.12,9 kilomètres, soit une augmenta-
Après une forte augmentation aution de 10 %. Sachant que le nombre
cours des années 80, le nombre desd'actifs concernés par ces navettes est
frontaliers travaillant en Suisse s'estde 1,4 million en Rhône-Alpes, on
stabilisé autour de 52 000. Par contre,peut estimer la distance totale par-
les échanges de Rhône-Alpes avecL A L E T T R E courue chaque année à 8 milliards de
les régions limitrophes sont pluskilomètres. Ce chiffre astronomique
nombreux. Ainsi, près de 10 000ne prend en compte ni les déplace-
Rhônalpins travaillent enments hors région, qui ne se font pasINSEE
Bourgogne. Il s'agit pour la plu-
Rhône toujours quotidiennement, ni les dé-
part d'actifs résidant dans l'Ain et
Alpes placements des actifs à l'intérieur
travaillant dans l'agglomération de
d'une même commune. Il faut bien Mâcon. Le nombre d'Auvergnats
sûr garder à l'esprit qu'en terme de travaillant en Rhône-Alpes est de
durée de trajet, l'allongement des dis- 10 500. Cela traduit l'extension de
tances parcourues est en partie com- l'attraction de l'agglomération de
pensé par l'amélioration des réseaux Saint-Etienne sur la Haute-Loire.
de transports. L'augmentation de la distance
moyenne parcourue par les actifs
L'allongement de la distance provient du fait que la part des tra-
moyenne ne provient pas d'une jets inférieurs à 10 kilomètres dimi-
augmentation de la part des actifs nue au profit des trajets compris en-
pratiquant des déplacements de très tre 10 et 50 kilomètres. Ces derniers
longue distance. En effet, la part des représentent désormais
Rhônalpins travaillant hors de la région 38 % des navettes, contre 32 % en
reste faible : environ 4 %, comme en 1990, 1990. Dans la région, ces trajets con-
la plupart exerçant dans un département cernent le plus souvent des actifs
limitrophe. Parmi les actifs qui changent résidant dans les communes rura-
de commune, la part de ceux qui prati- les ou périurbaines situées autour
quent des déplacements de longue
des grandes agglomérations.
L'essor des navettes domicile-Les principaux échanges avec les autres régions
travail peut s'expliquer par le dé-
séquilibre croissant entre la loca-Actifs résidant en Rhône-Alpes et Actifs travaillant en Rhône-Alpes et
lisation de l'habitat et celle de l'em-travaillant en... résidant en...
ploi. Le regain de population de cer-
Région ou Variation VariationFlux en 1999 Région de résidence Flux en 1999 taines villes centres, telles que Lyonpays de travail 1990-1999 1990-1999
ou Grenoble, ne doit pas masquer
Bourgogne 10 131 2 573 Bourgogne 9 507 1 621 que c'est dans les zones périurbaines
Ile-de-France 8 364 -1 011 Ile-de-France 3 726 371
que les augmentations de popula-
PACA 6 871 1 265 PACA 7 910 202
tion ont été les plus fortes. L'activitéAuvergne 4 477 1 716 Auvergne 10 518 2 255
économique restant en majoritéLanguedoc-Roussillon 2 440 846 Languedoc-Roussillon 3 621 177
concentrée à l'intérieur desFranche-Comté 1 565 594 Franche-Comté 3 625 391
Suisse 51 775 -797 agglomérations, les communes
périurbaines présentent un déficit
Source : INSEE - Recensement de la Population 1999Les villes étendent leur influence
Communes dont au moins 20 % des actifs travaillent dans l'agglomération
Haute-Savoie
Ain
Rhône
Annecy
Loire
Lyon
L'Isle-d'Abeau
Chambéry
Savoie
Isère
Saint-Etienne
Grenoble
Haute-Loire
Agglomération
Valence
en 1975
Ardèche depuis 1982
Drôme
Hautes-Alpes
depuis 1990
depuis 1999
Source : INSEE - Recensement de la Population 1999
d'emplois par rapport aux actifs
L'Isle d'Abeau : plus d'emplois, plus de "navetteurs"qui y résident. Les aggloméra-
tions de plus de 20 000 habitants
de Rhône-Alpes concentrent
Sur les cinq communes composant le Syndicat tion globale des navettes, sans même compter lesainsi 70 % des emplois de la
d'Agglomération Nouvelle, le nombre d'actifs flux internes entre les cinq communes de la zone.région, mais seulement 60 % des
résidents est passé de 12 200 à 16 300 entre 1990 Pour une augmentation du nombre d'actifs de
actifs. L'ajustement ne peut se et 1999. Le nombre d'emplois sur place a connu 4 100 et du nombre d'emplois de 8 800, le nombre
faire que par un déplacement en une croissance encore plus forte, passant de 9 800 total de "navetteurs" s'est accru de 8 400.
direction des communes présen- à 18 600. La Ville Nouvelle est ainsi devenue Cet exemple tend à montrer que les tentatives de
tant un excédent d'emplois. Cel- " excédentaire " en emplois par rapport aux actifs stabilisation ou de réduction des déplacements
qui y résident, alors qu'elle était auparavant domicile-travail par une politique volontaristeles qui ont connu ces dernières
" déficitaire " : le nombre d'emplois pour 100 d'implantation équilibrée de population et d'ac-années une forte croissance dé-
actifs est passé de 80 à 114. Cependant, si la part tivités n'ont pas totalement donné les résultatsmographique, situées dans la
des actifs travaillant hors de la Ville Nouvelle a escomptés.deuxième, voire troisième
légèrement diminué, passant de 61 % à 57 %, elle Cependant, des évolutions à la périphérie de
couronne des grandes agglomé- est toujours largement majoritaire. Lyon montrent que la croissance simultanée de
rations, sont d'ailleurs les L'attraction de l'agglomération lyonnaise reste la population et de l'emploi a généré un nombre
communes où la part des actifs forte : 34 % des actifs de la Ville Nouvelle tra- de déplacements encore plus important qu'à la
vaillent dans le département du Rhône, contre Ville Nouvelle (si on le rapporte au nombretravaillant hors des limites com-
37 % en 1990. De plus, la part des emplois de la d'emplois créés et d'habitants accueillis). C'estmunales a le plus augmenté.
Ville Nouvelle occupés par des personnes qui n'y notamment le cas pour les communes de la Cô-Ce développement simultané de
résident pas a sensiblement augmenté, passant tière de la Dombes. On peut donc penser que le
la périurbanisation et des de 52 % à 63 %. Parmi celles-ci, 3 200 résident développement de la Ville Nouvelle a permis de
navettes domicile-travail con- dans le Rhône : ils ont vu leur nombre doubler en fixer sur place une population et des emplois
cerne toutes les grandes aires ur- neuf ans. dont l'implantation aurait pu se faire de façon
Il en résulte, dans les échanges entre la Villebaines de la région. Depuis 1990, moins organisée, ce qui aurait probablement
Nouvelle et le reste du territoire, une augmenta- renforcé la croissance des déplacements.l'extension de l'espace polarisé
par Lyon est particulièrement
nette sur le département de l'Ainet sur le Nord-Isère, mais également pleur des navettes domicile-travail.
au sein du département du Rhône, Le cas de la Ville-Nouvelle de l'Isle-
sur des communes du Beaujolais etLes navettes d'Abeau invite à moduler cette ana-
des Monts du Lyonnais. La zone lyse (voir encadré).entre les villes d'influence de Grenoble couvre un
du Sillon Alpin périmètre moins vaste, mais a connu L'essor des navettes domicile-travail
elle aussi une extension importante concerne aussi les déplacements en-restent à un niveau très
dans toutes les directions, et con- tre agglomérations. Celle de Lyon
faible. cerne même des communes de mon- attire quotidiennement de plus en
tagne dans la Chartreuse et l'Oisans. plus d'actifs en provenance des
Seul le Vercors semble rester, pour agglomérations voisines :Villefran-
l'instant, à l'écart de l'influence che-sur-Saône, Vienne, Saint-
grenobloise. Chamond ,Saint-Etienne...
Malgré la diminution du nombre L'amélioration des réseaux interur-
d'emplois dans l'agglomération bains de transports y contribue
stéphanoise, celle-ci étend son péri- certainement. Par contre, entre les vil-
mètre d'influence sur une vingtaine les du Sillon Alpin, les échanges res-
de communes supplémentaires vers tent à un niveau très faible. Seulement
la Haute-Loire, la Plaine du Forez 0,3 % des actifs de l'agglomération
ou en direction de la Vallée du Gier grenobloise (soit moins de 500 per-
et des Côteaux du Jarez où les in- sonnes) travaillent dans celle de
fluences stéphanoise et lyonnaise Chambéry. Les flux en sens inverse
s'équilibrent. Des phénomènes sont encore plus faibles et les échan-
similaires se produisent ailleurs, de ges entre Chambéry et Annecy sont
manière très nette autour de du même ordre.
Chambéry ou de façon plus limitée
autour de Valence et d'Annecy. La part des "navetteurs" est toujours
plus élevée chez les hommes que
Ce tour d'horizon montre que le chez les femmes, elle tend à
L A L E T T R E développement des navettes diminuer avec l'âge. Cette baisse est
domicile-travail concerne aussi plus forte chez les femmes que chez
bien des espaces en forte crois- les hommes. Les navettes plus cour-
sance économique que des zones tes des femmes peuvent s'expliquerINSEE
où l'emploi stagne ou diminue. Le par le fait qu'elles doivent souventRhône
mécanisme à l'origine de la crois- concilier des tâches familiales avecAlpes
sance des déplacements obéirait leur activité professionnelle.
ainsi d'abord à une logique de des-
serrement résidentiel, indépendante
des évolutions économiques.
Si le desserrement de la population
date des années 60, on assiste égale-
ment en Rhône-Alpes, depuis quel-
ques années, à un certain
Pour en savoir plusdesserrement de l'emploi, particu-
lièrement visible autour des grandes
Brigitte Baccaïni : Les navettes des péri-agglomérations. Le nombre d'em-
urbains d’Ile-de-France (Population n°2 - 1997)plois diminue dans les villes centres
et augmente dans les communes de
banlieue et dans de nouveaux pôles
d'emploi implantés à la périphérieLa voiture, largement majoritaire INSEE Rhône-Alpes - 165 rue Garibaldi
des agglomérations. Ainsi, entre
69401 Lyon cedex 03
1990 et 1999, les plus fortes diminu-
Tél : 04.78.63.28.15 - Fax : 04.78.63.25.25Les moyens de transport utilisés par les actifs tions du nombre d'emplois se situent
Directeur de la publication : Etienne Traynarddépendent de la localisation respective de leur
à Lyon (-10 500), Saint-Etiennelieu de résidence et de leur lieu de travail. Rédacteur en chef : Yvon Rendu
(-7 000), Annecy (-4 500) et GrenobleEnviron 5 % des actifs travaillent à domicile et Tarifs :
(-3 800). A l'inverse, les communesn'utilisent donc aucun moyen de transport pour -15 F le numéro (2,29 ).
se rendre sur leur lieu de travail. C'est le cas qui enregistrent les gains les plus
- Abonnement 10 numéros par an minimum
notamment de la plupart des agriculteurs et de importants sont celles de Saint-
(plus le bilan de l’année économique) :bon nombre d'artisans et de commerçants. Parmi Quentin-Fallavier (+5 400), Annecy-
France : 140 francs (21,34 )les autres actifs travaillant dans leur commune le-Vieux (+4 200), Bron (+3 900) et
Europe : 175 francs (26,79 )de résidence, la voiture est le mode le plus
Crolles (+2 600). Dans desfréquent (55 %), la marche à pied représentant Reste du monde : 189 francs (28,81 ).
proportions moindres, beaucoup demoins du quart des déplacements et les trans- - Abonnement incluant INSEE Rhône-Alpes
ports en commun 8 % seulement. Pour les actifs communes rurales ont également bé-
Résultats :
qui travaillent et résident dans deux commu- néficié du desserrement de l'emploi
France : 210 francs (32,01 )
nes différentes, la part des déplacements en lorsqu'elles ont su tirer profit de
Europe : 262 francs (39,94 )voiture particulière est encore plus élevée (85 %), leur localisation le long de grands
Reste du monde : 283 francs (43,14 ).la part des transports en commun est encore
axes de communication. On pourrait Dépôt légal n°1004, mai 1993plus faible (6 %) et la marche à pied devient très
penser dès lors que le rééquilibragemarginale. © INSEE 2000 - ISSN 1165-5534
de l'implantation de l'emploi sur
Imprimerie Fayolle
le territoire contribue à réduire l'am-

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