Le tourisme dépendant de la desserte aérienne.

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La Réunion est accessible presque exclusivement par voie aérienne, le trafic de passagers par bateau étant minime. Depuis 2000, le tourisme est affaibli par les aléas de la desserte aérienne et l'augmentation du coût du transport aérien. La libéralisation du marché aérien des années quatre vingt dix avait entraîné un fort développement de l'activité touristique. Une desserte aérienne moins dense et plus chère représente un manque à gagner pour le tourisme réunionnais.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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dossier Quel tourisme ?
Le tourisme dépendant
a Réunion est accessible presque un doublement du nombre des arrivées
exclusivement par voie aérienne, de touristes (de 200 000 en 1990 àLle trafic de passagers par bateau 400 000 en 1998).
Peu de croisiéristes étant minime. Depuis 2000, le tou-
Entre 1998 et 2003 les prix sont repartis
risme est affaibli par les aléas de la
1 à la hausse. L’indice des prix des servi-Certains touristes arrivent à La Réunion desserte aérienne et l’augmentation du (1)
ces de transport qui reflète largementdans le cadre de croisières. Leur coût du transport aérien. La libérali-
nombre a augmenté régulièrement à la le prix du aérien a ainsi aug-
sation du marché aérien des années
fin des années quatre-vingt-dix jusqu’à menté de 30 % pendant cette période.
quatre vingt dix avait entraîné un fortatteindre presque 7 000 en 1998. Dans le même temps, le tourisme d’agré-
développement de l’activité touris-Depuis, la crainte du terrorisme et des ment n’a plus progressé. L’augmentationtique. Une desserte aérienne moinsconflits armés a fortement affecté cette
des prix a des causes multiples. Les dif-activité. Les arrivées ont été minimes dense et plus chère représente un
ficultés d’une compagnie en 2002, puisen 2001, puis ont de nouveau manque à gagner pour le tourisme
sa disparition en 2003 ont réduit tempo-augmenté. Au-delà des tensions réunionnais.
rairement l’offre. Les coûts fixes ontinternationales les garanties de sécurité
sur le plan local ont aussi leur Au début des années 1980, avant augmenté avec la multiplication par
2 importance, ainsi La Réunion a l’ouverture à la concurrence, La Réunion quatre des prix du kérosène en quatre
accueilli en 2003 un paquebot qui était une destination chère, le prix mini- ans, la hausse des tarifs d’assurances et
avait renoncé à faire escale à mum était de 12 000 francs pour un vol l’introduction d’une taxe de sûreté. Le
Mombassa.
aller-retour Paris-Réunion. Le monopole niveau élevé des redevances dans les
Les croisiéristes ne sont pas décomptés accordé à la compagnie nationale interdi- DOM et une diminution sensible du trafic
dans les effectifs de touristes de sait tout décollage d’autres compagnies aérien après les évènements du 11 sep-
l’enquête aux frontières. Leur sur le sol français. Ce monopole a com- tembre 2001 sont allés dans le même sens.
importance relative est très faible mencé à se fissurer à partir de 1983 et
puisqu’ils n’augmentent que de 1 à Le lien entre prix du transport aérien et
l’ouverture du marché du transport aérien2 % l’effectif total des touristes. La flux de touristes est évident lorsqu’ona débuté en 1986. Au gré des apparitions,situation de La Réunion est donc très procède à une analyse année après année.disparitions et fusions successives, ladifférente de celle des Antilles et3 Les trois années de plus forte augmenta-
situation n’a cessé d’évoluer.notamment de la Martinique où les
tion des prix dans le transport (1991,croisiéristes forment environ 30 % du
Avec l’arrivée de compagnies nouvelles,flux touristique.
le prix du billet Métropole-Réunion a (1) L’indice des prix des services de transport estDes développements restent possibles baissé à la fin des années 1980. Entre une mesure de l’évolution des prix dans le secteur
et les ports du sud-ouest de l’océan du transport de personnes. Il prend en compte le1990 et 1998, les prix des billets sont
Indien et de la côte Est de l’Afrique se aérien et terrestre à La Réunion. Lerestés stables, sauf durant l’année 1991.sont associés pour promouvoir cette transport intervient pour 70 % dans cet
Dans le même temps, La Réunion a connuzone dans les salons internationaux. A indice.
La Réunion la Chambre de commerce
et d’industrie a créé un “club croisière”.
Evolution du prix du transport et du nombre de touristes d’agrément
Depuis novembre 2004, une4 compagnie norvégienne organise
chaque semaine une croisière dans les
Mascareignes (Maurice, Réunion,
Saint-Brandon) sur un bateau pouvant
accueillir 118 passagers.
Passagers des bateaux de croisière
5
Source : INSEE, indice des prix et enquête fréquentation touristique.
En 2001 et 2002, les prix du transport augmentent fortement et le tourismeSource : DDE, service des ports et des bases
d’agrément diminue.aériennes.
12 économie 3e trimestre 2004
DE LAREUNIONdossier
de la desserte aérienne
2001 et 2002) coïncident avec de mau- moyenne de 13 % du tourisme d’agré- conjoncturelle du transport aérien,
vaises années pour le tourisme à La Réu- ment et de 9 % pour le tourisme affini- amorcée en 2001, a eu un impact négatif
nion. Inversement chaque fois que taire. A l’inverse, l’augmentation plus sur le tourisme d’agrément. Pour parer à
l’indice des prix des services de trans- forte du prix du transport entre 1998 et cette situation, les compagnies aérien-
ports a évolué de moins de 2,5 % (1992, 2003 (+ 5 % par an) s’est accompagné nes ont baissé les prix pendant les
1994, 1995, 1996, 1998) ce flux a pro- d’une baisse annuelle moyenne de 1,6 % périodes de basse saison. Cette poli- 1
gressé fortement, voir très fortement (de pour le tourisme d’agrément alors que le tique est destinée à rendre la destination
11 à 23 %). Le prix du billet d"avion ne tourisme affinitaire continuait à croître à plus attractive en périodes creuses. Mal-
peut cependant être le facteur explicatif un rythme de 6,3 % par an. gré tout, La Réunion reste moins compé-
exclusif de la santé du tourisme à La titive que d’autres îles comme la Répu-
Réunion. Nous manquons d’analyses sur blique Dominicaine ou Cuba.Forte saisonnalité des prix
l’impact d’autres composantes de l’offre
L’autre pan de la stratégie des compa-
(capacité d’hébergement, impact des pro- Suivant le mois de l’année, le nombre de gnies aériennes consiste à augmenter lesmotions, qualité des prestations…) Néan- passagers peut varier du simple au tarifs durant les vacances scolaires enmoins, le lien entre prix du billet et double. En période creuse, les liaisons s’appuyant sur une clientèle affinitaire,
volume de touristes semble déterminant. sont donc moins rentables pour les com- “captive” de la destination. Cette clien- 2
pagnies. Ce phénomène les pousse à éla-Tous les touristes ne réagissent pas de la tèle est prête à payer le prix fort et à
borer des stratégies tarifaires. La mise enmême manière aux augmentations de réserver longtemps à l’avance. Le
place des tarifs haute saison (Noël, juilletprix. Le prix du billet a plus d’incidence revers de cette politique est qu’elle ne
août, Pâques) et basse saison le reste desur les touristes d’agrément. Une aug- permet pas de développer la clientèle
l’année, a débuté dès la libéralisation dumentation importante du prix du billet d’agrément. Celle- ci voyage principale-
marché. Les écarts de prix entre haute etentraîne une plus faible augmentation, ment en période de vacances scolaires
basse saison ont progressé continuelle-voire une baisse, de leur nombre. La et recherche des tarifs attrayants. En
ment. Entre le mois le moins cher et lefaible augmentation du coût des trans- voulant partir à La Réunion en période
mois le plus cher, l’écart est passé deports entre 1992 et 1998 (+ 2 % par an) a de vacances scolaires, les touristes
13 % en 1991 à 26 % en 2003. La crisecoïncidé avec une croissance annuelle d’agrément se heurtent à des difficultés
3de réservation et à des tarifs dissuasifs.
Une desserte réduiteLes années de crise
Les compagnies aériennes qui desser-Depuis la mise en place de l’enquête sur touristes aient attendu l’exceptionnel an
vent La Réunion couvrent seulementles flux touristiques trois années seule- 2000 pour voyager (+ 12,7 % par rap-
sept destinations : la métropole, Maurice,
ment ont enregistré une diminution des port à 1999 et + 8,5 % par rapport à
Mayotte, Madagascar, l’Afrique du Sud,
arrivées, il s’agit de 1991, 1999 et 2001. 1998).
les Seychelles et les Comores. Devant
Ces baisses de fréquentation sont liées à
le manque de liaisons directes avecLa crise est revenue en 2001 et elle a
des évènements particuliers et aux aléas d’autres pays, les voyageurs qui viennentété plus marquée à La Réunion qu’au 4de la desserte aérienne. d’Europe ou d’ailleurs doivent passerniveau mondial. Les difficultés d’une
par Paris ou par Maurice pour se rendreEn 1991, année de la guerre du Golfe, le compagnie aérienne ont introduit des
dans notre île. Le prix du billet d’avionnombre de touristes a baissé de 7 %. incertitudes sur la fiabilité des réserva-
et la durée du transport s’en trouvent
Même si La Réunion n’était pas dans un tions. En fin d’année les attentats du 11
nécessairement augmentés. Au contraire
secteur à risque le trafic aérien a été per- septembre ont renforcé la méfiance vis
Maurice qui est le carrefour aéropor-
turbé. Le tourisme mondial a néanmoins à vis des voyages en avion.
tuaire de l’océan Indien couvre 19 desti-
progressé cette année là (+ 1 %). Les nations, sur quatre continents : L’Asie,En 2002, la croissance du tourisme a
troubles du Chaudron à Saint-Denis et l’Europe, l’Afrique et l’Océanie. L’ouver-repris mais elle a été plus faible à Ladans une moindre mesure ceux de ture d’une ligne ne crée cependant pasRéunion que dans le reste du monde.
Madagascar avaient aussi dissuadé de le trafic, comme le montre la ligne Réu- 5L’offre de transport aérien est encore
nombreux touristes de venir à La Réu- nion-Milan fermée quelques mois après
une fois en cause, avec les difficultésnion et amplifié cette crise. son ouverture.
des compagnies : d’une part l’offre de
En 1999 la fréquentation a diminué de sièges était réduite et d’autre part la Gaëlle DABET
3,7 % sans qu’on puisse invoquer d’autre concurrence entre compagnies était
raison que l’augmentation de4%du prix moindre. S’y est ajouté le cyclone “Dina”
du transport. A moins d’imaginer que les qui a frappé l’île en début d’année.
économie 133e trimestre 2004
DE LAREUNION

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