Les pertes d'usage récréatif du patrimoine forestier après les tempêtes de 1999 : le cas de la forêt de Fontainebleau

De
Publié par

Jamais les forêts françaises n'avaient subi autant de destructions que celles provoquées par les tempêtes Lothar et Martin de décembre 1999 : les trois quarts des départements ont été touchés, 500 000 hectares de forêt ont été dévastés et le volume des bois abattus a été 12 fois plus important qu'après la tempête de 1982, où 31 départements avaient été sinistrés. À côté des atteintes biologiques et des dommages marchands, les tempêtes de 1999 ont également eu des conséquences sur la fréquentation des forêts. Il est possible de mesurer, en termes monétaires, les pertes d'usage récréatif du patrimoine forestier consécutives à ces tempêtes grâce à la mise en oeuvre de méthodes permettant d'apprécier la valeur d'un bien environnemental, l'amélioration de sa qualité par la mise en place de mesures de restauration ou de préservation, ou sa dégradation à la suite d'un dommage (pollution ou événement climatique). Parmi elles, la méthode d'évaluation contingente (MEC) passe par la réalisation d'enquêtes de terrain pour évaluer la valeur que les visiteurs et les riverains accordent à un site ou à la variation de sa qualité. En choisissant pour exemple le massif forestier de Fontainebleau, les pertes d'usage du patrimoine forestier ont été mesurées à partir du prix que les usagers seraient prêts à payer (le consentement à payer) pour contribuer à la remise en état de la forêt. La perte d'usage récréatif du patrimoine forestier liée aux dommages causés par les tempêtes de décembre 1999 a ainsi été évaluée aux alentours de 200-240 francs (30,50-36,60 euros)par personne et par an. Par visite, elle s'inscrirait dans une fourchette allant de 13 à 18 francs (2-2,75 euros).
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
Lecture(s) : 26
Nombre de pages : 20
Voir plus Voir moins

ENVIRONNEMENT
Les pertes d’usage récréatif
du patrimoine forestier
après les tempêtes de 1999 :
le cas de la forêt de Fontainebleau
Sylvie Scherrer*
Jamais les forêts françaises n’avaient subi autant de destructions que celles provoquées
par les tempêtes Lothar et Martin de décembre 1999 : les trois quarts des départements
ont été touchés, 500 000 hectares de forêt ont été dévastés et le volume des bois abattus
a été 12 fois plus important qu’après la tempête de 1982, où 31 départements avaient été
sinistrés. À côté des atteintes biologiques et des dommages marchands, les tempêtes de
1999 ont également eu des conséquences sur la fréquentation des forêts.
Il est possible de mesurer, en termes monétaires, les pertes d’usage récréatif du patrimoine
forestier consécutives à ces tempêtes grâce à la mise en œuvre de méthodes permettant
d’apprécier la valeur d’un bien environnemental, l’amélioration de sa qualité par la mise
en place de mesures de restauration ou de préservation, ou sa dégradation à la suite d’un
dommage (pollution ou événement climatique). Parmi elles, la méthode d’évaluation
contingente (MEC) passe par la réalisation d’enquêtes de terrain pour évaluer la valeur
que les visiteurs et les riverains accordent à un site ou à la variation de sa qualité.
En choisissant pour exemple le massif forestier de Fontainebleau, les pertes d’usage du
patrimoine forestier ont été mesurées à partir du prix que les usagers seraient prêts à
payer (le consentement à payer) pour contribuer à la remise en état de la forêt. La perte
d’usage récréatif du patrimoine forestier liée aux dommages causés par les tempêtes de
décembre 1999 a ainsi été évaluée aux alentours de 200-240 francs (30,50-36,60 euros)
par personne et par an. Par visite, elle s’inscrirait dans une fourchette allant de 13 à
18 francs (2-2,75 euros).
* Sylvie Scherrer appartient à la Direction des études économiques et de l’évaluation environnementale (D4E) du Ministère de l’écologie
et du développement durable (MEDD).
Les noms et dates entre parenthèses renvoient à la bibliographie en fin d’article.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 357-358, 2002 153es préoccupations environnementales et le Les méthodes utilisées ont pour but d’inciter les
développement d’une société de loisirs ont agents à révéler leurs préférences. Leur mise enL
conduit à une diversification des fonctions œuvre repose sur la mesure de la variation du
attendues de la forêt. À côté des fonctions mar- surplus économique qui résulterait pour un indi-
chandes, se développent ainsi des fonctions non vidu de la modification de la qualité des services
marchandes parmi lesquelles la protection des rendus par cet actif.
eaux et des sols, la préservation de la biodiver-
sité et l’accueil du public (MEDD/D4E-IFEN, Trois grandes méthodes de valorisation des
2002). Ce dernier aspect, qui renvoie à la fonc- biens environnementaux ont été développées,
tion récréative de la forêt, regroupe des activités qui reposent ainsi sur l’observation des services
allant de la promenade à la découverte de la qu’ils rendent (Desaigues et Point, 1993 ;
nature, en passant par la pratique de nombreux Scherrer, 2001). La méthode des « coûts de
sports : randonnées pédestres, équestres ou à déplacement » repose sur l’idée que les dépen-
vélo, jogging, escalade, etc. Il revêt toute son ses de transport engagées par les individus pour
importance quand on sait que les forêts françai- se rendre dans un site constituent leur consente-
ses reçoivent plus de 200 millions de visiteurs ment à payer pour visiter ce site. La méthode des
par an, ce qui les place au premier rang des lieux « prix hédoniques » part du constat que les dif-
de détente et de loisirs des Français. férences de prix observées entre des logements
identiques, mais situés dans des environnements
Lorsqu’un dommage est causé à la forêt, comme différents, fournissent une valorisation implicite
ce fut le cas lors des tempêtes Lothar et Martin de cet environnement. La méthode « d’évalua-
de décembre 1999, cela porte atteinte à la fonc- tion contingente » passe par la réalisation
tion récréative de la forêt : baisse de la fréquen- d’enquêtes destinées à faire révéler aux person-
nes interrogées la valeur qu’elles-mêmes attri-tation et/ou diminution du bien-être procuré aux
buent aux services, ou à la variation de services,visiteurs. Dans un contexte global d’évaluation
rendus par un actif naturel. des dommages naturels, il est donc indispensa-
ble, à côté des pertes directement marchandes
comme celles de la filière bois et des atteintes à
Une approche par la méthode d’évaluation la fonction biologique, de prendre également en
contingentecompte les pertes d’usage récréatif en matière
de loisirs en forêt.
Cette dernière méthode a été appliquée pour
évaluer les pertes d’usage du patrimoine fores-
tier à partir du prix que les gens seraient prêts àMesurer la perte d’usage récréatif
payer, c’est-à-dire leur consentement à payerdu patrimoine forestier
(CAP), pour que la forêt retrouve son état
d’avant les tempêtes (1). Au cours d’enquêtesLa mesure des bénéfices récréatifs procurés par
de terrain, sur un site donné, un échantillonun bien naturel n’est pas aisée. Comme ces
d’individus s’est ainsi vu proposer des scénarios
bénéfices concernent un bien qui ne fait pas
fictifs (contingents), destinés à les aider à for-
l’objet d’échanges sur le marché, aucun indica-
muler ce prix.
teur direct de valeur ne leur est associé. La dif-
ficulté réside aussi dans le fait que la forêt publi-
Le choix du site d’enquête s’est porté sur leque est considérée comme un bien collectif,
massif forestier de Fontainebleau. Deux enquê-sans coût direct de production. Ce bien a pour
tes ont été réalisées à l’automne 2001 auprès decaractéristique d’être indivisible (on ne peut pas
personnes âgées de 18 ans et plus (2). Une
se l’approprier individuellement) et de qualité
enquête téléphonique auprès d’environ 2 000
imposée (on ne peut choisir sa qualité indivi-
duellement). De plus, l’usage des uns influence
la qualité des usages des autres (Desaigues et 1. Wibe (1994) a répertorié environ 200 études réalisées à cette
date sur le thème de l’évaluation des usages récréatifs des forêts.Point, 1993 ; Point, 1998). Un agent individuel
Bishop (1999) présente l’ensemble des méthodes utilisées pourest donc généralement peu incité à révéler la valoriser la forêt, au travers des différents services qu’elle fournit,
qu’ils soient marchands ou non marchands. Les bénéficesvaleur qu’il attribue au service récréatif procuré
récréatifs y sont notamment traités, illustrés par quelques réfé-par un bien environnemental, à l’amélioration rences récentes sur le sujet. Les résultats de ces études ne sont
toutefois pas toujours comparables à ceux présentés ici puisquede sa qualité à la suite de l’application d’une
le but est de valoriser une perte d’usage et non un usage en tantmesure de restauration ou de protection, ou à sa
que tel.
diminution après un dommage (pollution, évé- 2. Les enquêtes ont été effectuées par l’IFOP et l’exploitation
des données par le ministère de l’écologie et du développementnement climatique, etc.).
durable (MEDD).
154 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 357-358, 2002
personnes habitant dans les communes à proxi- construction, seules les opinions des personnes
se rendant effectivement à Fontainebleau ont étémité de la forêt, a permis de caractériser les loi-
recueillies, permettant de cerner les valeurssirs de proximité offerts par le massif. Les per-
d’usage, à l’exclusion des valeurs d’existence. sonnes ne se rendant jamais ou rarement en forêt
de Fontainebleau ont ainsi également pu être
interrogées sur la valeur d’existence qu’elles lui Dans les deux cas, les personnes ont été inter-
accordent. Une enquête sur place auprès de 415 rogées sur leurs habitudes de fréquentation de
personnes a permis de recueillir, non seulement la forêt de Fontainebleau, leurs éventuelles
les avis des résidents à proximité de la forêt, modifications de comportement après les tem-
mais également ceux des personnes habitant pêtes, et leur éventuel consentement à payer
dans des communes plus éloignées, voire de pour que la forêt retrouve son état initial
touristes. Dans cette deuxième enquête, par (cf. encadré 1).
Encadré 1
QUESTIONNAIRE UTILISÉ LORS DE L’ENQUÊTE « SUR PLACE »*
Q1/ Vous arrive-t-il d’aller dans la forêt de Q14/ Pour vous, les dégâts dans la forêt de Fontaine-
Fontainebleau ? (très souvent, assez souvent, rare- bleau dus à la tempête de décembre 1999 ont-ils été :
ment, c’est la première fois → STOP INTERVIEW) très importants / assez importants / peu importants /
pas du tout importants ?
Q2/ Combien de fois êtes-vous allé dans la forêt de
Fontainebleau au cours des douze derniers mois ? Q15/ Avant la tempête de décembre 1999, combien de
fois alliez-vous par an dans la forêt de Fontainebleau ?
Q3/ Par quel moyen de transport vous êtes-vous rendu (autant → Q19 ; plus souvent → Q17 ; moins
aujourd’hui dans la forêt de Fontainebleau ? (en souvent → Q18)
voiture → Q4 et Q5 ; à pied → Q6 ; en vélo → Q6 ;
en moto/scooter → Q6 ; en transport en commun → Q17/ et Q18/ Pour quelle raison ?
Q6)
Q19/ Pouvez-vous m’indiquer la ville dans laquelle
Q4/ Combien de personnes ont fait le trajet avec vous habitez ?
vous aujourd’hui en voiture ?
Q20/ Pouvez-vous m’indiquer le numéro du départe-
Q5/ Quel est le nombre de chevaux fiscaux de cette ment dans lequel vous habitez ?
voiture ?
Q21/ Dans le cadre d’un programme de remise en état
Q6/ Aujourd’hui, vous êtes venu dans la forêt de de la forêt de Fontainebleau qui implique des coûts, on
Fontainebleau : seul → Q9 ; en couple → Q9 ; en pourrait envisager que les habitants de la région y par-
famille → Q7 ; entre amis → Q8 ; avec un club → Q9 ticipent financièrement en payant un supplément
d’impôts locaux pendant quelques années. Seriez-
Q7/ et Q8/ Pouvez-vous me préciser le nombre d’adul-
vous prêt à payer un supplément d’impôts pour remet-
tes et le nombre d’enfants ?
tre en état ce site ? (oui, tout à fait → Q22 puis Q24 ;
oui, plutôt → Q22 puis Q24 ; non, plutôt pas →Q9/ Quel a été votre temps de trajet aujourd’hui en
Q23 ; non, pas du tout → Q23)minutes de votre point de départ à la forêt de
Fontainebleau ?
Q22/ Et combien seriez-vous prêt à payer au maxi-
mum par an pour contribuer à la remise en état de laQ11/ Pour quelle raison principale êtes-vous venu
forêt de Fontainebleau ? → Q24aujourd’hui dans la forêt de Fontainebleau ? (le calme,
le silence / la nature / la proximité, la facilité d’accessi-
Q23/ Pour quelle raison ? (Ce n’est pas à vous debilité / le bien-être / le dépaysement / pratiquer des
payer ; Il n’est pas nécessaire de remettre la forêt enactivités sportives ou faire de l’exercice / autres)
état ; Vos moyens financiers ne vous le permettent
pas ; Vous n’avez pas assez d’informations pour vousQ12/ Aujourd’hui, combien d’heures allez-vous/êtes-
décider ; Vous avez peur de payer pour les autres ;vous rester (é) dans la forêt de Fontainebleau ?
Autres raisons)
Q13A/ Quelle activité avez-vous/allez-vous prati-
Q24/ Toujours dans le cadre de ce programme dequé(er) principalement aujourd’hui en forêt ? (balade,
remise en état de la forêt de Fontainebleau, on pourraitpromenade / randonnée / vélo, VTT / jogging / esca-
envisager également que les habitants de la région ylade / pique-nique / cueillette / observation de la faune,
de la flore / parcours santé / équitation / autres)
Q13B/ Et quelles sont les autres activités que vous
avez/allez pratiqué(er) aujourd’hui en forêt ? (idem à * Le questionnaire posé lors de l’enquête téléphonique est très pro-
Q13A) che de celui-ci.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 357-358, 2002 155
l’ensemble des forêts françaises et réalisée enDes dégâts importants, mais sans grande
1996 (Dufour et Loisel, 1996). Parmi les person-influence sur la fréquentation de la forêt
nes sur place, 34 % viennent « très souvent » en
forêt de Fontainebleau, et 36 % « assez souvent ». Plus de la moitié des résidents à proximité interro-
gés par téléphone ne se rendent jamais ou rare-
ment en forêt de Fontainebleau, tandis que 17 % Pour aller au-delà de cette perception subjective
d’entre eux y vont « très souvent » et 29 % de leur fréquentation de la forêt de Fontaine-
« assez souvent » (cf. tableau 1). En dépit bleau, les visiteurs ont été invités à quantifier le
d’importantes différences méthodologiques, ce nombre de leurs visites au cours des 12 mois pré-
résultat est très proche de celui obtenu par le cédents. Près d’un quart des personnes interro-
CREDOC dans son enquête sur la fréquentation gées par téléphone et déclarant se rendre à Fon-
des forêts publiques en Île de France réalisée en tainebleau évaluent ainsi leur nombre de visites
1998-1999 juste avant les dernières tempêtes à seulement une ou deux au cours des
(Maresca, 2001), et guère éloigné de celui fourni 12 derniers mois tandis que 22 % s’y sont rendus
par l’enquête IFEN/CREDOC portant sur entre 3 et 8 fois et 17 % environ une douzaine de
Encadré 1 (suite)
participent de façon volontaire en versant de l’argent à Q29/ Pour quelle raison ? (idem à Q23)
un fonds spécifique destiné à la forêt de Fontaine-
bleau. Seriez-vous prêt à verser volontairement une Q30/ De ces 3 hypothèses de participation financière
certaine somme d’argent pour remettre en état ce pour la remise en état de la forêt de Fontainebleau
site ? (oui, tout à fait → Q25 puis Q27 ; oui, plutôt → (supplément d’impôts locaux, dons à un fonds spécifi-
Q25 puis Q27 ; non, plutôt pas → Q26 ; non, pas du que, droit d’entrée), laquelle préférez-vous ?
tout → Q26)
Q31/ Vous êtes déjà sollicité pour beaucoup d’autres
Q25/ Et combien seriez-vous prêt à payer au maxi- causes, comme les actions humanitaires ou la recher-
mum par an pour contribuer à la remise en état de la che médicale. Avez-vous fait des dons l’an passé pour
forêt de Fontainebleau ? → Q27 ce type d’actions ?
Q26/ Pour quelle raison ? (idem à Q23)
Q32/ Si oui, quel montant total avez-vous versé l’an
dernier ?Q27/ Toujours dans le cadre de ce programme de
remise en état de la forêt de Fontainebleau, on pourrait
Q33/ Le montant que vous avez annoncé pour contri-envisager également l’hypothèse d’un droit d’entrée
buer à la remise en état de la forêt de Fontainebleaumomentanément payant pour accéder à la forêt de
remplacerait-il une partie ou la totalité des dons queFontainebleau. Seriez-vous prêt à payer ? (oui, tout à
vous faisiez pour d’autres causes ?fait → Q28 puis Q30 ; oui, plutôt → Q28 puis Q30 ;
non, plutôt pas → Q29 ; non, pas du tout → Q29)
Signalétique : profession de la personne interrogée ;
Q28/ Et combien seriez-vous prêt à payer au maxi- profession du chef de famille ; nombre de personnes
mum par personne pour avoir accès à la forêt de Fon- vivant dans le foyer ; nombre d’enfants de moins de
15 ans vivant dans le foyer ; revenus familiaux ; annéetainebleau, tout en continuant à y aller aussi souvent
de naissance ; sexe.que maintenant ? → Q30
Tableau 1
Répartition des personnes interrogées selon la fréquence de leurs visites
En %
MEDD-2001 MEDD-2001 CREDOC IFEN/CREDOC
téléphone (1) sur place (1) 1998/1999 (2) 1996 (3)
Très souvent 17,2 34,0 14,8 22,3
Assez souvent 28,9 35,9 32,0 32,9
Rarement 28,0 30,1 27,9 25,8
Jamais 25,9 - 25,3 19,0
Total 100,0 100,0 100,0 100,0
1. « Vous arrive-t-il d’aller dans la forêt de Fontainebleau… ? »
2. « Depuis septembre 1997 (jusqu’à juillet 1998) êtes-vous allé en forêt… ? »
3. « Au cours des douze derniers mois, êtes-vous allé en forêt… ? »
Sources : MEDD/D4E-IFOP, enquête « Pertes d’usage récréatif suite aux tempêtes de 1999, Fontainebleau » ; CREDOC, enquête » La
fréquentation des forêts publiques d’Île-de-France » (Maresca, 2001) ; IFEN-CREDOC, enquête » Les opinions des Français sur l’envi-
ronnement et sur la forêt » (Dufour et Loisiel, 1996).
156 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 357-358, 2002fois. À l’opposé, presque un quart d’entre elles modifications majeures dans les habitudes de
ont un rythme de visites au moins hebdomadaire. fréquentation de la forêt de Fontainebleau, seule
Des résultats remarquablement proches ont été la variation de bien-être peut ici être mesurée.
obtenus lors de l’enquête sur place. Pour cela, l’étude a évalué la somme que les
individus seraient prêts à verser pour que la
forêt retrouve son aspect initial, ce qui revient àInterrogées sur la raison principale motivant
déterminer ce à quoi les individus accepteraientleur venue à Fontainebleau, 36 % des personnes
de renoncer pour retrouver le niveau de satisfac-contactées au téléphone et déclarant s’y rendre
tion qu’ils retiraient de leurs visites avant lesévoquent d’abord la nature, 20 % le calme et le
tempêtes (3). L’idée sous-jacente est que lasilence, 17 % la possibilité de pratiquer des acti-
valeur attribuée par un individu à un bien envi-vités sportives ou de faire de l’exercice. Pour
ronnemental ou au service qu’il rend est égalel’enquête sur place, on retrouve ces trois motifs
au prix maximum qu’il est prêt à payer pouraux trois premières positions, même si l’ordre
bénéficier d’une quantité ou d’une qualité don-est différent. C’est d’abord en famille que les
née de ce bien.personnes résidant à proximité de la forêt effec-
tuent leurs visites (c’est vrai dans un cas sur
deux) ; 22 % d’entre elles s’y rendent en couple La méthode d’évaluation contingente consiste
et 17 % entre amis ; 11 % sont généralement alors à placer les personnes interrogées face à un
seules. Parmi les visiteurs sur place, la propor- scénario hypothétique, décrivant une situation
tion de personnes venues entre amis est plus éle- de consommation fictive – ou contingente –,
vée (29 %), au détriment des familles (34 %). destiné à leur faire révéler leurs préférences :
Les visites des résidents à proximité durent ici, leur consentement à payer pour bénéficier
environ deux heures dans 4 cas sur 10. Dans 2 de la remise en état de la forêt de Fontainebleau.
cas sur 10, le temps de la visite n’est générale- Il s’agit de mettre les individus dans les meilleu-
ment que d’une heure, tandis qu’il est de trois res conditions possibles pour qu’ils parviennent
heures dans 2 cas sur 10 et de 4 heures dans 1 à estimer la vraie valeur qu’ils accordent à un
cas sur 10. La même question posée sur place site naturel ou à une mesure concernant sa pré-
aux visiteurs a amené des estimations moyennes servation ou sa restauration. Par souci de com-
nettement supérieures : la proportion des per- paraison, trois scénarios hypothétiques ont été
sonnes qui déclarent rester 4 et 5 heures y est construits, proposant trois supports de paiement
deux fois plus élevée. différents : supplément d’impôts locaux, don à
un fonds spécifique, instauration d’un droit
La quasi-totalité des résidents à proximité de la d’entrée (4). Pour chaque scénario, les person-
forêt de Fontainebleau considère que les tempê- nes se sont vues demander si elles accepteraient
tes de décembre 1999 ont causé des dégâts très de payer, et si oui, combien (cf. encadré 1).
(47 %) ou assez (44 %) importants à la forêt. Le
jugement porté par les personnes interrogées sur
L’importance des refus de payer varie place est un peu moins pessimiste dans la
selon le mode de paiement proposémesure où 29 % d’entre eux jugent ces dégâts
très importants et 37 % assez importants. Les
tempêtes n’ont toutefois pas entraîné de modifi- En dépit de leurs caractéristiques différentes, la
cations majeures dans les habitudes de fréquen- répartition des réponses fournies aux deux
tation de la forêt : seulement 6 % des personnes enquêtes par les deux populations interrogées
résidant à proximité déclarent se rendre moins aux questions « Seriez-vous prêtes à
souvent à Fontainebleau à cause des dégâts dus payer… ? » est très proche pour chaque scéna-
aux tempêtes ; pour les visiteurs enquêtés sur rio (cf. tableau 2). Si les différences dans les
place, ce motif est encore plus secondaire. populations interrogées et le mode d’interroga-
tion n’ont pas d’influence majeure sur la pro-
pension à accepter de payer, en revanche, sui-
Le consentement à payer vant le support de paiement proposé, les
pour la restauration de la forêt réponses obtenues seront différentes. Ainsi, le
support de paiement qui suscite le plus de
Les pertes d’usage récréatif regroupent à la fois réponses positives (près de la moitié) est celui
les éventuelles baisses de fréquentation, qu’il
s’agisse du nombre de visites ou de leur durée,
et les diminutions du bien-être que les visiteurs 3. Sur le choix du scénario hypothétique pertinent, voir la syn-
thèse des réflexions réalisée par Chanel et al. (2001).retirent de ces visites. Dans la mesure où les
4. Pour une discussion sur les biais dus au choix du véhicule de
tempêtes n’ont pas, selon l’enquête, entraîné de paiement, voir Morisson et al. (2000).
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 357-358, 2002 157du versement d’un don à un fonds spécifique. moyens financiers est évoquée dans 25 % des
Le caractère volontaire de cette contribution refus de payer pour le scénario « impôts
exerce certainement un effet favorable sur la locaux » et 30 % pour le scénario « dons à un
propension à payer. Et de fait, lorsque le support fonds spécifique ». Pour le droit d’entrée, cette
de paiement proposé revêt un caractère plus proportion tombe à 14 %. Dans l’enquête sur
« obligatoire » comme un supplément d’impôts place, ce motif est marginal pour tous les scéna-
locaux, la proportion de personnes déclarant rios. La non-nécessité de remettre en état la forêt
être prêtes à contribuer par ce biais à la remise est, quant à elle, toujours marginale puisque ce
en état de la forêt de Fontainebleau est motif ne justifie le refus de payer que dans une
inférieure : 32,5 % pour l’enquête téléphonique fourchette allant de 1,3 % à 7,7 % des cas
et 35,7 % pour l’enquête sur place. Mais c’est le (cf. tableau 3).
scénario envisageant l’instauration d’un droit
d’entrée qui a suscité le plus de refus de payer, Les autres motifs de refus, largement majoritai-
seulement un quart des personnes interrogées se res, correspondent davantage à un rejet du scé-
disant d’accord avec ce principe. nario ou du mode de paiement proposé : on les
appelle des « faux zéros » (5). Ainsi, lors de
l’évocation de l’instauration d’un droit d’entréeL’analyse des motifs justifiant les refus de con-
fictif, par exemple, la moitié des refus de paie-tribuer montre que peu d’entre eux correspon-
ment exprimés sur place reposent sur l’idée quedent vraiment à des consentements à payer nuls
la forêt appartient à tout le monde et qu’il est(Desaigues et Point, 1993). Seuls sont dans ce
inconcevable de payer pour la nature. C’est lors-cas les refus motivés par des moyens financiers
que le support de paiement proposé est le droitinsuffisants ou par l’idée qu’il n’est pas néces-
saire de remettre la forêt de Fontainebleau en
état : on parle alors de « vrais zéros ». Dans
5. Pour une discussion sur les réponses de protestation dans les
l’enquête téléphonique, l’insuffisance des études contingentes, voir Jorgensen et al. (1998).
Tableau 2
Répartition des réponses à la question « Seriez-vous prêt à payer ? »
En %
Enquête téléphonique Enquête sur place
Impôts Dons à un fonds Droit Impôts Dons à un fonds Droit
locaux spécifique d'entrée locaux spécifique d'entrée
Oui, tout à fait 8,0 11,4 10,1 9,1 15,4 8,7
Oui, plutôt 24,5 32,0 15,6 26,6 31,9 14,2
Non, plutôt pas 20,1 20,8 14,5 16,7 17,5 9,9
Non, pas du tout 47,4 34,4 58,4 47,6 35,2 66,3
Source : MEDD/D4E-IFOP, enquête « Pertes d’usage récréatif suite aux tempêtes de 1999, Fontainebleau ».
Tableau 3
Répartition des motifs justifiant le refus de payer
En %
Enquête téléphonique Enquête sur place
Impôts Dons à un fonds Droit Impôts Dons à un fonds Droit
locaux spécifique d'entrée locaux spécifique d'entrée
Ce n'est pas à vous de payer 33,5 36,7 31,9 55,1 48,0 30,0
Vos moyens financiers ne vous le permet-
tent pas 25,1 29,5 14,3 3,9 6,7 1,3
Vous avez peur de payer pour les autres
11,6 7,7 - 3,5 2,9 -
Vous n'avez pas assez d'informations pour
vous décider 11,2 14,5 8,4 9,4 12,5 5,7
Impôts locaux trop chers 10,8 - - 11,4 - -
Il n'est pas nécessaire de remettre la forêt
en état 2,4 2,4 1,3 7,5 7,7 4,4
On ne paye pas pour la nature, la forêt est à
tout le monde - - 29,9 - - 50,3
Autres 5,4 9,2 4,3 9,2 22,2 8,3
Source : MEDD/D4E-IFOP, enquête « Pertes d’usage récréatif suite aux tempêtes de 1999, Fontainebleau ».
158 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 357-358, 2002d’entrée que les « faux zéros » sont les plus d’un scénario donné ont été interrogées sur le
nombreux, et dans le cas du don qu’ils sont les montant qu’elles seraient prêtes à payer par
moins fréquents. l’intermédiaire du support fictif proposé (6). Le
choix d’une question ouverte a été fait, même si
Suivant le support de paiement proposé, la pro- le taux de non-réponse est alors généralement
portion de refus de payer est donc différente, plus élevé, afin de ne pas influencer les répon-
ainsi que les importances relatives des motifs dants (Desaigues et Point, 1993).
justifiant ces refus. Le choix du support de paie-
Les consentements à payer (CAP) formulés lorsment n’est donc pas neutre dans les évaluations
de l’enquête téléphonique varient de 1 àcontingentes. Ici, les écarts dus au support de
10 000 francs pour les scénarios « impôts » etpaiement sont même nettement plus importants
« dons » (cf. graphique). Pour l’enquête surque ceux liés au mode d’interrogation (télé-
place, les réponses s’échelonnent entre 3 etphone ou sur place) ou à la population enquêtée.
2 000 francs pour le scénario « impôts », entre
1 et 5 000 dons ». Pour
Un fort consentement à payer pour
restaurer la forêt
6. Les enquêtes ayant été effectuées en septembre-octobre
2001, les montants des CAP ont été collectés en francs. CompteSeules les personnes s’étant déclarées disposées tenu des effets d’ancrage sur les valeurs rondes, le choix a été fait
à apporter leur soutien financier dans le cadre de ne pas convertir en euros les valeurs obtenues.
Graphique
Répartition des consentements à payer
A - Scénario « impôts locaux »
Enquête téléphonique Enquête sur place
30
180
160 25
140
20
120
100 15
80
10
60
40 5
20
0
0
B - Scénario « don »
Enquête téléphonique Enquête sur place
250 50
45
200 40
35
150
50
25
100
20
1550
10
0 5
0
C - Scénario « droit d’entrée »
Enquête téléphonique Enquête sur place
140
35
120
30
100 25
80 20
60 15
40 10
20 5
00
Lecture : NSP = Ne sait pas.
Source : D4E-IFOP, enquête « Pertes d’usage récréatif suite aux tempêtes de 1999, Fontainebleau ».
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 357-358, 2002 159
1 1
1
10
5
2
11
10
5
20
30
6
22
50
30
7
70
50
10
75
60
11
75 100
12 100 150
150
15 200
200
250
20
250
300
23
300
350
25
350
400
400
30
450
450
35
500
500
40
550 600
50 600
700
700
60 750
750
1000
100
800
1200
122
1000
1500
1200
13
2000
1500
150
3000
2000
200
3000 4000
203
5000
5000
500 5200
10000
10000
NSP NSP
NSP
1
3
4
10
10
5 20
25 12
10
30
15
50
15
100 50
150
20
100
200
25 200
250
300
250
30
400
300
500
35
750
400
40
1000
500
2000
50
2500 1000
3000
250
2000
5000
NSP NSP
NSPle droit d’entrée, les individus interrogés par d’ancrage, même si les questions ont été posées
téléphone se sont déclarés prêts à verser entre de façon ouverte. Les autres valeurs sont toute-
1 et 500 francs pour une visite tandis que sur fois suffisamment représentées pour que les
place, les montants exprimés vont de 4 à estimations économétriques ne soient pas per-
250 francs. turbées.
Les modalités très élevées à faible fréquence Le CAP moyen calculé est dépendant de l’hypo-
peuvent, certes, correspondre à de vraies valeurs thèse retenue quant au traitement des « faux
attribuées à l’actif ou à la mesure proposée. zéros » (cf. tableau 4). Supposons tout d’abord
Mais elles peuvent également relever d’une que l’on ne tienne pas compte des valeurs nulles
mauvaise compréhension de la question ou d’un déclarées pour ne retenir que les valeurs stricte-
comportement de protestation. Compte tenu de ment positives (hypothèse 1). Le supplément
l’écart relativement important existant, en géné- d’impôts locaux que les personnes accepteraient
ral, entre les dernière et avant-dernière modali- de verser pour remettre en état la forêt de Fon-
tés, du poids de ces valeurs très élevées dans le tainebleau s’élèverait alors en moyenne à
calcul du CAP moyen, et de la règle de prudence 400 francs pour l’enquête téléphonique et
généralement appliquée dans ce genre de 300 francs pour l’enquête sur place. S’il s’agis-
méthode, la modalité supérieure a été ramenée sait d’effectuer un don, son montant moyen
au niveau de l’avant-dernière modalité. s’établirait à 350 ou 370 francs. Dans le cas d’un
droit d’entrée, la moyenne des montants décla-
À l’inverse, des CAP particulièrement bas ont rés est de 24 francs pour l’enquête téléphonique
aussi été exprimés. Même si cela a un impact et 20 francs dans l’enquête sur place (les mon-
négligeable sur le calcul du CAP moyen, il est tants exprimés pour estimer le droit d’entrée ne
préférable de les assimiler à des valeurs nulles sont pas directement comparables aux sommes
dans les analyses économétriques expliquant la citées dans les deux autres scénarios : paiement
formation du CAP dans la mesure où elles sont relatif à une entrée versus paiement annuel rela-
formulées par des personnes dont le comporte- tifs à plusieurs entrées).
ment est certainement plus proche de celles qui
déclarent un CAP nul. Les valeurs inférieures Qu’il s’agisse du scénario « impôts locaux » ou
ou égales à 10 francs dans les scénarios « impôts « don à un fonds », la médiane des montants
locaux » et « dons », inférieures ou égales à non nuls est toujours d’environ 200 francs,
2 francs dans le scénario « droit d’entrée », ont quelle que soit l’enquête. En revanche, la
ainsi été assimilées à des CAP nuls. médiane du droit d’entrée que les visiteurs
seraient prêts à supporter est supérieure lors de
De façon classique, les annonces se concentrent l’enquête téléphonique : 23-25 francs, contre
sur quelques valeurs « rondes », avec une forte 15 francs lors de l’enquête sur place.
fréquence des valeurs 100, 200, 500 et, dans une
moindre mesure, 1 000 pour les impôts et les Ces montants, calculés à partir des seules
dons. Pour le droit d’entrée, les valeurs les plus valeurs déclarées strictement positives, consti-
fréquemment citées sont, par ordre tuent des bornes supérieures. À l’inverse, les
d’importance, 10, 20, 30 et 50 pour l’enquête CAP moyens calculés en considérant tous les
téléphonique, 10, 20, 5 et 15 pour l’enquête sur refus de payer comme de vraies valeurs nulles
place. Ce résultat traduit un phénomène attribuées à la remise en état de la forêt de
Tableau 4
Montants moyens et médians des consentements à payer (en francs)
Enquête téléphonique Enquête sur place
Impôts Dons à un fonds Droit Impôts Dons à un fonds Droit
locaux spécifique d'entrée locaux spécifique d'entrée
Moyenne
Hypothèse 1 399 349 23,6 303 369 19,9
Hypothèse 2 106 132 6,4 92 161 4,4
Hypothèse 3 204 219 17,1 231 309 13,2
Médiane (1) entre 200 et 250 environ 200 entre 23 et 25 environ 200 environ 200 environ 15
1. La valeur de la médiane n’a été calculée que pour les montants déclarés strictement positifs. Dans le cas présent, elle est donc direc-
tement comparable uniquement avec la moyenne calculée dans l’hypothèse 1.
Source : MEDD/D4E-IFOP, enquête « Pertes d’usage récréatif suite aux tempêtes de 1999, Fontainebleau ».
160 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 357-358, 2002Fontainebleau peuvent être considérées comme ves, mais d’être nul pour un nombre important
des bornes inférieures (hypothèse 2). Pour un d’observations. Il convient donc d’utiliser une
scénario et une enquête donnés, les estimations méthode économétrique traitant correctement
sont alors trois fois inférieures aux précédentes. ce type d’observations. Le choix a été fait d’uti-
La contribution proposée via un supplément liser une modélisation de type Tobit, et plus pré-
d’impôts locaux s’établit ainsi en moyenne à cisément la méthode d’Heckmann (Heckmann,
106 francs pour l’enquête téléphonique et 1979), dont la mise en œuvre se fait en deux
92 francs pour l’enquête sur place. Lorsque le temps (cf. encadré 2).
support de paiement prend la forme d’un don, ce
dernier est estimé à 132 francs en moyenne par La première partie du modèle Tobit consiste à
les personnes interrogées au téléphone, et estimer une équation expliquant la probabilité
161 francs par les visiteurs sur place. Le mon- d’accepter de contribuer financièrement à la
tant du droit d’entrée moyen s’établirait, quant à remise en état de la forêt de Fontainebleau
lui, à 6,40 francs ou 4,40 francs suivant le mode (modèle Probit). Elle permet d’identifier les fac-
d’interrogation. teurs explicatifs de cette décision en gommant
les effets de structure, et donc en isolant les
effets propres de chacun d’eux (Lollivier et al.,Lorsque les refus de payer motivés par un rejet
1996). du scénario ou du mode de paiement proposé
(les « faux zéros ») sont exclus du calcul, les
Lorsqu’il est proposé aux personnes interrogéesCAP moyens se situent à un niveau intermé-
de contribuer à la remise en état de la forêt dediaire entre ces deux bornes extrêmes : entre
Fontainebleau par l’intermédiaire d’un supplé-200 et 240 francs pour les impôts locaux, entre
ment d’impôts locaux ou en faisant un don à un220 et 230 francs pour le don, entre 13 et
fonds spécifique, la probabilité d’obtenir une18 francs pour le droit d’entrée (hypothèse 3).
réponse favorable diminue avec l’âge ; dans leCe choix revient implicitement à affecter aux
cas du droit d’entrée, c’est en revanche une« faux zéros » la moyenne des autres observa-
influence positive qui semble se dégagertions (valeurs strictement positives et vrais refus
(cf. tableaux en annexe). Le revenu de la famillede payer). Cette dernière hypothèse conduit cer-
est également un élément qui compte dans cettetainement, à ce stade, à l’estimation la plus per-
décision : son influence positive est apparentetinente de la valeur que les individus accordent
dans tous les cas, hormis le scénario droità la remise en état de la forêt. Même dans les cas
d’entrée proposé lors de l’enquête téléphonique ;où les impacts sur la fréquentation ont été limi-
parfois, elle se manifeste seulement à partir d’untés, comme c’est le cas pour la forêt de Fontai-
niveau de revenu assez haut, témoignant alorsnebleau, la population accorde ainsi une valeur
d’un effet de seuil. Dans le peu de cas où une dis-élevée à la remise en état de la forêt. Compte
tinction peut être faite, les hommes apparaissenttenu de l’importance de la fonction récréative
moins généreux que les femmes. La professiondes forêts, dont témoigne le nombre élevé de
est peu discriminante : on distingue seulement,visiteurs qu’elles reçoivent, ces valeurs contri-
pour les retraités et les ouvriers, une tendance àbuent donc pleinement à justifier l’effort engagé
être moins favorables au principe d’une partici-pour les remettre en état. Elles viennent s’ajou-
pation lorsque celle-ci prend la forme d’un sup-ter aux autres intérêts liés à la remise en état que
plément d’impôts ou d’un don. sont notamment les aspects biologiques et
l’ensemble des aspects marchands.
Plus les gens se rendent souvent en forêt de
Fontainebleau, plus ils sont favorables au paie-
Une méthode économétrique pour ment d’un supplément d’impôts ou d’un don
expliquer le consentement à payer pour aider à la remise en état de la forêt ; en
revanche, une fréquence de visites élevée est
La modélisation économétrique du consente- davantage associée à un rejet du scénario propo-
ment à payer, et plus précisément la recherche sant l’instauration d’un droit d’entrée. Les per-
des déterminants de l’acceptation ou non de sonnes qui supportent un temps de trajet assez
payer et du niveau de consentement à payer long et donc des coûts de transport élevés sont
exprimé, permet de mieux cerner l’influence du aussi celles qui acceptent le plus souvent de
scénario proposé, du type d’enquête mis en payer. L’effet du temps passé sur place n’appa-
œuvre et de la population interrogée. raît, quant à lui, pas très stable, même si les visi-
teurs qui déclarent rester très longtemps sem-
Le consentement à payer présente la particula- blent avoir plus tendance à accepter le principe
rité de pouvoir prendre toutes les valeurs positi- du paiement.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 357-358, 2002 161Les personnes interrogées au téléphone qui tes suivant le support de paiement proposé. Si
déclarent avoir fait des dons l’année passée sont les déterminants de la décision d’accepter de
davantage favorables au paiement, mais seule- payer via un supplément d’impôts locaux ou un
ment lorsque le support est le don à un fonds don présentent des similitudes importantes (âge,
(cf. tableaux en annexe). Le seul autre effet revenu, profession, fréquence des visites),
positif du comportement de don concerne le lorsqu’il s’agit de contribuer via l’instauration
scénario « supplément d’impôts » proposé aux d’un droit d’entrée, un même facteur explicatif
visiteurs sur place lorsque les faux zéros sont peut exercer une influence de sens inverse : c’est
conservés. en particulier vrai pour l’âge, la fréquence des
visites et parmi les professions, le fait d’être
Pour un type d’enquête donné (sur place ou par ouvrier. Les différences dues au support de paie-
téléphone), la probabilité d’accepter de payer ment proposé sont d’ailleurs plus grandes que
répond à des logiques qui peuvent être différen- celles dues au type d’enquête mise en œuvre.
Encadré 2
UNE MODÉLISATION DE TYPE TOBIT : LA MÉTHODE D’HECKMANN
Dans un premier temps, on modélise, grâce à un une vraie valeur attribuée à la mesure proposée, de
modèle Probit, la probabilité de fournir une réponse celles dont l’acceptation relève plus généralement
positive à la question « Seriez-vous prêt à payer … ? ». d’un comportement favorable au don.
Puis, on modélise le montant du consentement à payer
en tenant compte du fait que cette information est dis- Dans le modèle Probit, toutes les variables ont été
ponible uniquement pour les personnes qui se sont introduites sous forme qualitative dichotomique, la
effectivement déclarées prêtes à payer. Pour cela, on variable expliquée étant elle-même de cette forme
applique les MCO sur une équation expliquant le (probabilité d’accepter de contribuer). Dans la
niveau du consentement à payer à l’aide de variables seconde partie du modèle, qui explique une variable
explicatives qui peuvent être les mêmes, mais non quantitative (le montant du consentement à payer), les
nécessairement, que dans l’étape qualitative. Inter- variables disponibles sous forme quantitative n’ont
vient, en outre, comme variable explicative, la variable pas été transformées. La variable « revenu », disponi-
ˆλ (inverse du ratio de Mills) qui permet de corriger le ble uniquement par tranche, a été transformée en
biais de sélection (Gouriéroux, 1989). variable qualitative en affectant à chaque observation
le milieu de sa tranche. Le grand nombre de tranches
Dans la deuxième partie de la modélisation, deux constituées a rendu possible une telle opération, sans
modèles ont été estimés : un modèle linéaire où le perturber l’estimation par l’introduction d’une variable
consentement à payer et les variables explicatives à faible modalité. Cette transformation permet de résu-
apparaissent en niveau ; et un modèle non linéaire, où mer l’information en une seule variable, réduisant ainsi
la variable expliquée est le logarithme du consente- le nombre de variables explicatives. (1)
ment à payer. Il s’agit là de deux cas particuliers d’un
modèle plus général dérivé de celui proposé par Mac Pour l’enquête téléphonique, un premier ensemble de
Fadden et Léonard (1993), dans lequel la variable modèles a été testé pour l’ensemble des personnes
dépendante a subi une transformation de type Box- interrogées, qu’elles se rendent ou pas en forêt de
Cox (Chanel et al., 2002) (1). Fontainebleau ; dans ce cas, les seules variables expli-
catives testées étaient les variables socio-économi-
Le pouvoir explicatif de trois catégories de variables ques et les variables caractérisant le comportement de
explicatives a été analysé : don. Puis, les mêmes estimations ont été effectuées
pour les seules personnes qui se rendent à Fontaine-- les variables socio-économiques : l’âge, le sexe, la
bleau, à qui ont été posées les questions sur les carac-profession, le nombre d’enfants, le revenu familial et le
téristiques de leurs visites. Ces dernières modélisa-jugement (qualitatif) sur la fréquence des visites ;
tions, qui intègrent des variables relatives aux
- les variables caractérisant les visites effectuées caractéristiques des visites, fournissent des résultats
(sauf pour les interviewés au téléphone qui déclarent directement comparables à ceux de l’enquête sur
ne jamais se rendre à Fontainebleau) : la distance de la place. Dans un premier temps, les modèles ont
forêt à leur domicile, le temps de trajet, le nombre d’abord été estimés en considérant toutes les valeurs
d’heures passées sur place, l’activité principale prati- nulles comme de « vrais zéros ». Puis, seuls les » vrais
quée et la fréquence des visites (quantitatif) ; zéros » ont été retenus comme valeurs nulles, les
autres étant exclus de l’estimation. - des variables représentatives du comportement de
don : les personnes interrogées ont-elles fait des dons
au cours des douze derniers mois, et si oui, de quel
montant total. La présence des variables relatives au
comportement de don a pour objectif de distinguer les
personnes dont l’acceptation de payer est motivée par 1. λ = 0 et λ = 1.
162 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 357-358, 2002

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.