Mondialisation industrielle : le rôle des filiales de commerce de gros des groupes étrangers

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Le commerce international est de plus en plus structuré par l'existence de groupes multinationaux. Le tiers des exportations et des importations françaises de biens sont des échanges entre entreprises d'un même groupe. Les entreprises industrielles des groupes français et étrangers implantées en France sont à l'origine de la quasi-totalité de ces exportations. Elles se partagent à égalité les importations intra-groupe avec les filiales de commerce de gros des groupes étrangers. Celles-ci jouent un rôle important dans la conquête du marché national, notamment pour les véhicules automobiles et les biens d'équipement industriel ou à destination des ménages. Elles échangent surtout avec des entreprises de leur groupe situées sur le territoire de l'Union européenne.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 485 SEPT EMBRE 1996
PRIX : 14 F
MONDIALISATION INDUSTRIELLE
Le rôle des filiales de commerce de gros
des groupes étrangers
Florence Le Bris, Division Commerce, Insee
industrielles du groupe pour la mise sur lee commerce international est de
marché français de leurs produits. L’acqui
plus en plus structuré par l’exis sition d’une filiale de commerce de gros estL tence de groupes multinationaux. en effet un moyen privilégié, pour les indus
triels, de contrôler la distribution des pro Le tiers des exportations et des importa-
duits sur des marchés de plus en plus
tions françaises de biens sont des échan-internationaux (Cf. Pour comprendre ces ré
ges entre entreprises d’un même gouper . sultats). Les échanges des filiales françai
ses de commerce de gros de groupesLes entreprises ndusi trielles des groupes
français avec les entreprises étrangères du
français et étrangers implantées en groupe sont très faibles, ces échanges se
France sont à l’origine de la quasi-totalitéfaisant surtout avec des entreprises exté
rieures au groupe.de ces exportations. Elles se partagent à
égalité les importations intra-groupe avec Une large part des échanges
les filiales de commerce de gros des grou- internationaux de biens sont
pes étrangers. Celles-ci jouent un rôle internes aux groupes
important dans la conquête du marché Une grande partie des échanges internatio
national, notamment pour les véhicules naux de la France s’effectue à l’intérieur des
groupes : les échanges entre entreprisesautomobiles et les biens d’équipement
d’un même groupe représentent environ
industriel ou à destination des ménages. 34 % des exportations et également des im
Elles échangent surtout avec des entre portations françaises (tableau 1) . Les grou
pes étrangers implantés en France réalisentprises de leur g ouper situ ées sur le terri-
respectivement 84 % et 40 % des importa
toire de l’Union européenne. tions et exportations intra groupe, le com
plément relevant de groupes français ayant
Même si leur nom évoque une activité indus des implantations à l’étranger (tableau 2).
trielle, des entreprises comme Siemens Tandis que les importations réalisées par
France ou Fiat Auto France font essentielle les groupes étrangers excèdent de 137 mil
ment du commerce de gros. A la différenceliards de francs leurs exportations, au con
des grossistes traditionnels, elles s’approvi traire, les échanges internationaux de
sionnent surtout auprès des entreprises groupes français génèrent un excédent de
Part des échanges intra-groupe
dans le commerce extérieur français, selon l’opérateur, en 1993
En %
Echanges intra-groupe Importations Exportations
12,3 12,0Filiales i ndustrielles de groupes étrangers
5,0 20,0Filiales i ndustriellesoupes français
16,0 1,7Filiales commerciales de g oupesr étrangers
0,5 0,6Filiales commerciales de g oupesr français
33,8 34,3Total intra-groupe
100,0 100,0Total des échanges, hors énergie et armement
(en milliards) (1044) (1154)
Sources : Douanes, INSEE, SESSI et SCEES ( enquête Mondialisation)
Cet article paraît conjointement dans le "4 pages" du SESSI
˚
INSEE PREMIERE180 milliards. Ces échanges intra- remettre en question dans de brefs dé une réallocation des profits entre les
groupe sont davantage captifque less lais. Par ailleurs, ils sont parfois valo différentes entreprises du groupe (Cf.
autres flux car liés à des investisse- risés à des prix de transfert et non aux Pour comprendre ces résultats).
ments que le groupe peut difficilementprix du marché. Ils permettent ainsi La part des exportations et importa-
tions françaises correspondant à des
échanges internes aux groupes est
Répartition des échanges intra-groupe, selon la nationalité du groupe
très importante pour certains produits,
en 1993
notamment les véhicules et l’équipe
En %
ment automobiles (70 % à l’import
Echanges intra-groupe Importations Exportations
comme à l’export) (graphique 1). Quels
16 60Groupes français que soient les produits, les exporta
84 40Groupes étrangers
tions intra groupe sont massivement100 100Total intra-groupe
le fait des filiales industrielles des(en milliards de francs) 352)( (394,5)
groupes français et des groupes étran Sources : Douanes, INSEE, SESSI, SCEES ( enquête Mondialisation)
gers (93 % des exportations intra-
groupe) (tableau 3). En revanche, les
Répartition des échanges intra-groupe, selon l’activité de liliaa fle
importations intra groupe se répartis
En %
sent globalement, pour moitié, entre
Echanges intra-groupe Importations Exportations
ces filiales industrielles et les filiales
51 93Filiales* i ndustrielles
commerciales des seuls groupes49 7Filiales* commerciales
étrangers. Cependant, la part de ces100 100Total intra-groupe
filiales commerciales varie fortement,
* Groupe français ou étranger.
selon le type de produits : ainsi, la ma Sources : Douanes, INSEE, SESSI et SCEES ( enquête Mondialisation)
jeure partie des importations intra-
groupe de biens d’équipement duPart des importations et exportations françaises
foyer transitent par elles.réalisées par les entreprises de gros, en 1993
En %
Les filiales commerciales
Echanges des entreprises de commerce de gros Importations Exportations
françaises des groupes
Filiales commerciales de g oupesr étrangers 18,5 4,0
étrangers facilitent l’accès
Filiales commerciales de g oupesr français 3,5 4,5
au marché nationalAutres entreprises de gros et intermédiaires de commerce 15,0 7,5
Total entreprises de commerce de gros 37,0 16,0 La structure des échanges des filiales
Tous secteurs confondus, hors énergie et armement 100,0 100,0 de commerce de gros de groupes
(en milliards de francs) 1044)( (1154) étrangers s’explique par leur rôle au
Sources : Douanes, INSEE (enquête Mondialisation) sein du groupe : elles permettent
d’écouler sur le marché français les
produits du groupe fabriqués à l’étran
Part des importations et des exportations intra-groupe dans les échanges
ger. Ces filiales commerciales réali
de la France selon les produits sent 18,5 % des importations contre
seulement 4 % des exportations fran
çaises (tableau 4) . Elles importent large-
ment en provenance d’autres entreprises
du groupe : 167 milliards de francs soit
85 % de leurs importations. Ces im-
portations intra groupe sont principa
lement celles de groupes de l’Union
européenne (97 milliards dont 45 mil
liards pour les groupes allemands), de
groupes nord américains (36 milliards)
et japonais (28 milliards).
Les filiales commerciales de groupes
étrangers exportent également au sein
de leur groupe : les flux correspondant
s’élèvent à 20 milliards de francs, soit
40 % de leurs exportations totales.
Ces exportations résultent de l’implan
tation internationale de certains grou
1. En milliards de francs pes. Cette organisation nécessite le
Lecture : 70 % des importations françaises de véhicules et équipements automobiles sont des échanges intra groupe.
recours à des entreprises capables de
40 % des importations françaises de véhicules et équipements automobiles sont des échanges intra groupe réalisés par les
jouer le rôle d’intermédiaire et defiliales de commerce de gros.
faciliter les échanges entre les entre Sources : Douanes, Insee, SESSI (enquête Mondialisation)
¸??˝Les filiales de commerce de gros doeu gpers étrangers, selon la taille de l’entreprise,1993 en
Importations totales Exportations totales
Nombre d’entreprises Nombre de salariés
(en milliards) (en milliards)
dont dont dont dont
entreprises de Toutes entreprises de Toutes entreprises de Toutes entreprises de
Toutes tailles
20 salariés entreprises 20 salariés entreprises 20 salariés entreprises 20 salariés
et plus et plus et plus et plus
Filiales de g oupesr
étrangers 4 000 1 500 160 000 140 000 196 167,5 47 33,5
Ensemble du
commerce de gros 118 000 10 000 1 050 000 630 000 386 nd 185 nd
nd : non disponible
Sources : Douanes, INSEE (E nquête annuelle d’entreprises Enquête Mondialisation)
produits largement standardisés (ap prises du groupe, à l’échelle euro présence de grands constructeurs al
pareils ménagers, téléviseurs, hifi,péenne ou mondiale. Les filiales com- lemands (Volkswagen, Mercedes,
matériel photographique...), caracté merciales de groupes étrangers BMW), mais aussi celle de groupes
ristiques des marchés internationalisésassurent en outre un retour d’informa italiens (Fiat), américains (General .
tion auprès de l’industriel étranger sur Motors) et japonais (Nissan, Toyota, Les produits exportés en intra groupe
l’évolution du marché français permet Honda). Viennent ensuite les importa par les filiales commerciales françai
tant une meilleure adaptation du produittions intra groupe de biens intermé ses de groupes étrangers sont pour
et un service après vente proche de l’uti diaires comme les produits chimiques 37 % (soit 7 milliards de francs) des
lisateur. et le caoutchouc, alors que la France produits agricoles et alimentaires.
Les filiales commerciales de groupes est aussi un gros exportateur de pro L’implantation de groupes étrangers
étrangers sont environ 4 000 et emploient dans le secteur agricole (duits chimiques. Ceci traduit des diffé Cargill, Glen
près de 160 000 salariés rences de spécialisations. Enfin, les(tableau 5). Alors core) s’explique par l’importance de la
importations intra groupe de biensque dans le commerce de gros, seule production française de céréales. Les
d’équipement du foyer concernent desment 8 % des entreprises ont plus de 20 principaux autres produits exportés
salariés, cette proportion est de près de
40 % pour les entreprises détenues par Principaux produits importés en intra-groupe par leilias f les de commerce
un groupe étranger. Ces filiales réalisent de gros de groupes étrangers, en 1993
85 % des importations et près de 70 %
des exportations de l’ensemble des filia Part des importations
Importations
intra-groupe desles de commerce de gros de groupes françaises totales
filiales commerciales
(en milliardsétrangers. L’efficacité d’un réeau des de groupes étrangers
de francs)
en %distribution sur un territoire éloigné re
quiert le plus souvent un investissement Véhicules automobiles 40 108
Équipement du foyer 29 77suffisamment important pour assurer de
Biens d’équipement électrique et électronique 27 93nombreuses fonctions commerciales et
Biens d’équipement mécanique 18 89
logistiques (stockage, vente, mais aussi
Produits de l’édition, imprimerie, reproduction 17 13
publicité et service après vente). Chimie, caoutchouc, plastique 15 136
Biens agro alimentaires 12 100
Composants électriques et électroniques 12 51Automobiles et biens
Tous produits hors énergie et armement 16 1044
d’équipement en tête des
Sources : Douanes, INSEE (E nquête Mondialisation)
produits importés intra-groupe
par les filiales commerciales
Origine et destination des échanges intra-groupe de ilias f les de commercede groupes étrangers
de gros détenues par un groupe étranger, e1993n
Les principales importations intra-
groupe des filiales commerciales im
plantées en France concernent les
véhicules, les biens d’équipement au
tomobile et les biens d’équipement
mécanique, électrique et électronique
(ordinateurs et équipements informati
ques). Il s’agit de produits dont les
marchés sont largement internationa
lisés. Les importations intra groupe de
véhicules et d’équipements automobi
les représentent 40 % des importa
tions françaises de ces produits
(tableau 6). Ces échanges reflètent la Sources : Douanes, Insee (enquête Mondialisation)
`˛ˇauprès des filiales françaises de commerce deainsi sont les produits chimiques (4,4 groupes nord américains sont fabri-
gros. Les branches concernées par l’étude nemilliards), les composants électriques qués dans des pays de l’Union euro
comprennent ni l’énergie ni l’armement.et électroniques (2,2 milliards de péenne. De même, 20 % des produits
L’appartenance à un groupe
francs) et les biens d’équipement importés en France par les filiales
Le champ de l’enquête concerne les entreprises
électrique et électronique (2,9 mil- commerciales de groupe japonais ont
résidentes en France, qui sont contrôlées par un
liards de francs). pour origine le Royaume Uni et l’Allemagne.groupe (ensemble de sociétés dépendant d’un
La situation du textile et des articles même centre de décision) étranger ou français.
L’information sur l’appartenance à un groupe pro d’habillement est particulière. Alors Pour comprendre
vient de deux sources :que l’organisation de la production est ces résultats
l’Insee réalise une enquête sur les liaisons finan très internationalisée, les filiales in
cières entre entreprises pour connaître celles qui
dustrielles et commerciales réalisent
sont contrôlées par une tête de groupe françaisePrix de transfert. A la différence des prix depeu d’échanges intra groupe pour ces
ou étrangère. Cependant, le dispositif d’observa marché, les prix de transfert résultent de conven
produits. En effet, ce sont le plus sou tion mis en place ne permet pas de connaître toustions au sein des groupes. Lorsque le prix de
vent des contrats de sous traitance les groupes étrangers implantés en France.transfert est supérieur au prix de marché, il y a
la Direction du Trésor est informée des investis qui lient des entreprises françaises in réallocation de profits de l’entreprise acheteuse
sements directs étrangers en France. Il s’agit dedustrielles ou commerciales avec des vers l’entreprise vendeuse. Quand il est inférieur,
prises de participation par des non résidents dansil y a un transfert en sens inverse.fabricants étrangers.
le capital d’entreprises françaises. Ces prises deLa mondialisation industrielle
participation sont qualifiées d’investissement di La "mondialisation industrielle" présente deux as Des échanges avec d’autres
rect dès lors que des non résidents détiennentpects souvent associés :
entreprises du groupe plus de 20 % du capital d’une société française l’internationalisation du système productif par
(c’est le taux de détention à partir duquel onl’éclatement des fonctions de production entreprincipalement implantées
considère qu’il y a contrôle étranger) ; dans le casdifférents pays : les entreprises recherchent desen Europe
contraire, il s’agit d’un simple placement financierconditions de production avantageuses (coût et
que l’on appelle investissement de portefeuille.L’essentiel du commerce extérieur qualité de la main d’œuvre, environnement tech
Ces investissements sont réalisés par des per nologique...).des filiales de commerce de gros dé
sonnes morales ou physiques. Seules les prises l’internationalisation des marchés. La diffusiontenues par un groupe étranger
de participation de plus de 20 % provenant dede produits sur un marché étranger peut se faire
consiste en des échanges de "proximi sociétés ont été prises en compte.de différentes façons : implantation d’une unité de
té" avec les autres pays de l’Union eu Le rapprochement de ces deux fichiers permet deproduction ou seulement d’un réseau de distribu
ropéenne. Elles réalisent 72 % de distinguer les entreprises appartenant à untion, mais aussi recours à des importateurs ou
groupe français ou étranger, selon le degré deleurs importations intra groupe et 74 % cession de licence à des industriels locaux.
contrôle par des capitaux français ou étrangers.de leurs exportations avec les pays deCe processus de mondialisation favorise l’essor
des flux d’investissements directs à l’étranger.l’Union européenne. Le reste des im
Toutefois, ces implantations étrangères ne s’ac portations intra-groupe a principale
compagnent pas nécessairement de flux intra
ment pour origine le Japon (13 %) et
groupe. L’implantation d’un réseau commercial à POUR EN SAVOIR PLUS
l’Amérique du Nord (8 %) (graphique 2).
l’étranger favorise bien les exportations intra-
Il existe une prédominance des inves groupe à destination de ce réseau alors que l’in
"Les échanges internes aux groupes in tisseurs européens dans le commerce fluence de l’implantation d’une unité de
dustriels", 4 pages du SESSI n°49, juin
de gros : au 1er janvier 1990, 50 % production sur les échanges intra groupe est plus
1995.
difficile à déterminer.des implantations étrangères dans ce
L’enquête "mondialisation industrielle"secteur étaient le fait d’investisseurs "Les échanges intra groupe dans la
L’enquête "mondialisation industrielle" a pour ob
de l’Union européenne. Par ailleurs, mondialisation industrielle", SESSI col
jectif de mesurer la part du commerce extérieur
lection des Chiffres Clés Référence,pour des raisons d’ordre stratégique
français qui correspond à des échanges interna
avril 1996.(proximité et taille des marchés, main tionaux à l’intérieur d’un groupe industriel. On
d’œuvre qualifiée, ressources techno s’intéresse aux échanges de biens que les entre
"Les échanges intra entreprise", OCDE
logiques...), des groupes non euro prises résidentes sur le territoire français et déte
collection Problèmes de politique com
nues par un groupe industriel français oupéens implantent en Europe des merciale, 1993.
étranger, réalisent avec d’autres entreprises dufiliales industrielles qui approvision
groupe. L’enquête a été réalisée en 1994 par le
nent les filiales commerciales des "Le commerce de gros non alimentaire :
SESSI (ministère de l’Industrie) auprès des entre
ouverture internationale" Insee premièrepays voisins. C’est ainsi que 63 % des
prises industrielles françaises, le SCEES (minis
n°465, juin 1996.produits importés en intra groupe par tère de l’Agriculture) pour les entreprises
les filiales commerciales françaises de agricoles et de l’agro alimentaire, et par l’Insee
Direction Générale :
18, Bd Adolphe Pinard
75675 Paris cedex 14
Directeur de la publication :
Paul Champsaur
Rédacteur en chef :
Baudouin Seys
Rédacteurs : F. Magnien, C. Dulon,
S. Tagnani, V. Guihard,
Maquette : R. Burlando, S. Fosseries
ISSN 0997 3192
© INSEE 1996

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