Perspectives industrielles

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Présentation détaillée de l'industrie en Aquitaine. Cet ouvrage se compose de quatre grandes parties. La première présente les caractéristiques de la population et les infrastructures de l'espace aquitain dans lequel se situe l'industrie. La seconde traite de son environnement ; des thèmes aussi divers que le financement des entreprises, les services à l'industrie, les nouvelles technologies ou la logistique et la maintenance y sont abordés. Les deux dernières parties présentent l'industrie par grands secteurs et par zone d'emploi. Pour chaque secteur et ses composantes, et en partie pour chaque territoire, il y a des données sur l'emploi salarié et son évolution, les qualifications, les principales activités, des indicateurs de concentration, des éléments d'analyse économique ainsi qu'une liste de principaux établissements. Tableaux, graphiques, cartes. Annexes : méthodologie, sources statistiques et définitions, nomenclature.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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LE DOSSIER
INSEE AQUITAINE
PERSPECTIVES INDUSTRIELLES
D R I R E 2001
A VEC LA P A R TICIP A TION DE
INSEE
AQUITAINE
INSTITUT NATIONAL
DE LA STATISTIQUE
ET DES ÉTUDES
COMMISSION EUROPEENNEÉCONOMIQUES
N°39
DÉCEMBRE 2001Ce dossier a été réalisé dans le cadre d’un partenariat associant
la Banque de France, la DRIRE Aquitaine et l’INSEE Aquitaine
Contribution de la Banque de France de Bordeaux
Jean-Jacques Joantéguy, secrétaire régional
Contribution de la DRIRE Aquitaine
sous la direction de François Goulet, directeur
Coordination : Damien Caby, adjoint au directeur, puis Alexandre Moulin
Rédaction : Constance Blaise, Corine Martinez, Paul Laffont, Jean-Luc Rousseau, Jacques Vanhove
et Jean-Claude Wicker avec l’appui de Tristant Voizard,
stagiaire de l’Institut d’études politiques de Bordeaux
Contribution de l’INSEE Aquitaine
sous la direction de Michel Schrantz, directeur
Coordination : Paul Ahmed Michaux, chef du service des Études et de la Diffusion
et Catherine Meunier, adjointe
Rédaction : Catherine Meunier, Jacques Texsier et Paul Ahmed Michaux
Cartographie : Nadine Gonzalez, Éric Amrane, Guy Richard et Daniel Lepphaille
Relecture et vérification : Mireille Dalla-Longa
Montage : Danielle Richard
Crédit photos couverture : DRIRE AquitaineÉditorial
Sud-Ouest rime avec Industrie
L’histoire de l’économie d’Aquitaine est, on l’ignore souvent, celle d’occasions saisies par des entrepreneurs au-
dacieux - parfois téméraires -, nés ici ou venus d’ailleurs, qui ont su tirer le meilleur parti d’une main-d’œuvre de
qualité, de cadres bien formés et d’un environnement économique performant.
Hier, au terme d’une aventure technique et industrielle sans précédent, on mettait au point dans la vallée de
l’Adour les procédés d’exploitation d’un gaz hautement toxique et corrosif qui allait contribuer à l’indépendance
énergétique de la France ; deux siècles plus tôt, les Périgourdins avaient mis au point les premières usines au fil de
l’eau. Hier encore, l’exploitation de la résine et des ressources minières impulsait la création des unités chimi-
ques landaises et l’agriculture du bassin de la Garonne inventait la filière qualité. Un peu plus tard, l’aggloméra-
tion bordelaise accueillait la production des missiles stratégiques français.
Aujourd’hui, les sous-traitants de l’aéronautique des Pyrénées s’organisent pour prendre en charge des sous-en-
sembles de l’Airbus A380 ; les transformateurs de matière plastique de Dordogne saisissent les opportunités d’un
marché en croissance et acquièrent des compétences indispensables d’ingénierie et de conception ; les indus-
tries landaises de la seconde transformation du pin maritime, du panneau de particules au parquet lambris, du
meuble aux futurs matériaux de process, font d’une ressource naturelle hétérogène un matériau technique à part
entière. En même temps, l’industrie agroalimentaire de la région d’Agen développe de nouveaux procédés de
conservation et de traçabilité et les laboratoires de recherche de l’université et du CNRS s’engagent à Bordeaux
dans des partenariats structurants avec l’industrie de transformation des matériaux.
Perspectives Industrielles dresse un tableau précis et actuel de l’industrie de la région, fondé sur les derniers chif-
fres et études produits par l’INSEE. Les analyses de la DRIRE et de la Banque de France décrivent un tissu industriel
certes confronté aux difficultés sectorielles des industries de la défense et de la chaussure, à la fragilité de l’organi-
sation productive de nombreuses PME dans le domaine du bois et de la mécanique, mais dynamique et résolu-
ment tourné vers les activités et les technologies d’avenir. Par de nombreux exemples, elles montrent comment la
mobilisation individuelle et collective des entreprises a été au cours des dernières années, et peut être à l’avenir,
le moteur d’un développement économique reposant sur les forces propres de la région. Elles mettent en valeur
son environnement économique remarquable, tant dans le domaine scientifique et technique que dans celui des
services à l’industrie et de la logistique, du conseil et du financement de l’économie.
Alors que les services de l’État engagent avec les collectivités territoriales la mise en œuvre du contrat de plan
2000-2006, les pistes de développement économique ébauchées dans cet ouvrage illustrent ce que pourront être
les modalités de l’action concertée du monde industriel et des pouvoirs publics pendant cette période. Il s’agira
de renforcer la compétitivité de l’espace industriel aquitain -en termes d’inventivité des laboratoires, de qualité
de l’appareil de formation et de densité des infrastructures- et de dynamiser des secteurs industriels majeurs de la
région, ce qui suppose regroupements d’entreprises et alliances, plates-formes technologiques adaptées ou ac-
tions d’accompagnement spécifiques.
Enfin, les récents événements tragiques de Toulouse confirment une fois de plus que le monde industriel et les
pouvoirs publics sont appelés à travailler main dans la main pour conjuguer leurs efforts dans la réflexion en-
gagée sur le risque industriel.
La recherche de la sécurité n’est pas là pour freiner le développement industriel, bien au contraire, elle contribue
à pérenniser l’essor de l’entreprise.
C’est dans cette perspective que l’État et les industriels favoriseront par leurs actions conjointes, une dynamique
régionale soucieuse de “compétitivité sécurisée”.
PERSPECTIVES INDUSTRIELLES 3 DRIRE - INSEE AQUITAINESommaire
INTRODUCTION
L’ESPACE AQUITAIN
Démographie................................................................ 13
Population active ............................................................. 16
Emploi..................................................................... 17
Flux quotidiens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
Infrastructures de communication . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Fonds structurels européens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
L’ENVIRONNEMENT DE L’INDUSTRIE
Produit intérieur brut et valeur ajoutée.............................................. 25
Structure financière des entreprises . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
Financement des entreprises 27
Commerce extérieur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
Services à l’industrie 30
Recherche et transfert de technologie .............................................. 32
Technologies de l’information.................................................... 35
Logistique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
Maintenance. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
Développement durable. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
LES GRANDS SECTEURS INDUSTRIELS
Industries agroalimentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
Construction aéronautique et spatiale, automobile et navale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
Équipements mécaniques ....................................................... 50
Construction électrique et électronique ............................................. 54
Métallurgie et travail des métaux.................................................. 58
Chimie et pharmacie-parfumerie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
Bois et meubles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
Textile, habillement et cuir-chaussure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
Industries extractives et matériaux de construction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Caoutchouc et transformation des matières plastiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
Papier-carton et articles en papier-carton . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
Énergie..................................................................... 86
Tableau synthétique des secteurs industriels.......................................... 91
DRIRE - INSEE AQUITAINE 4 PERSPECTIVES INDUSTRIELLESL’INDUSTRIE ET LES TERRITOIRES
Bergerac ....................................................... 95
Nord-Est de la Dordogne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
Périgueux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
Sarlat-la-Canéda . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
Terrasson 99
Bordeaux-Arcachonnais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
Bordeaux-Cubzacais .............................................. 101
Bordeaux-Entre-deux-Mers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
Bordeaux-Médoc. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
Bordeaux-Zone centrale............................................ 104
Langon-Bazas-La Réole 105
Libourne-Montpon-Ste-Foy-la-Grande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
Dax . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
Mont-de-Marsan-Est des Landes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
Mont-de-Marsan-Haute-Lande ....................................... 109
Sud des Landes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
Agen . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
Marmande-Casteljaloux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
Villeneuve-sur-Lot-Fumel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
Bayonne-Pyrénées................................................ 114
Lacq-Orthez . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
Oloron-Mauléon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
Pau........................................................... 117
Aquitaine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
ANNEXES
Méthodologie, sources statistiques et définitions .......................... 121
Nomenclature . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
PERSPECTIVES INDUSTRIELLES 5 DRIRE - INSEE AQUITAINEIntroduction
Aquitaine, terre d’industries
L’image de l’industrie aquitaine résulte d’une succession de méconnaissances et d’amalgames. Renvoyée à la métaphore du “dé-
sert industriel” pour son passé le plus reculé, l’Aquitaine passerait de nos jours, sans transition, du statut de région “sous-industria-
lisée” à celui de région “post-industrielle”. En outre, l’inclusion de l’industrie aquitaine dans les mouvements français
d’industrialisation aurait contribué à renforcer les traits d’une industrie “généraliste”, donc ayant des spécialisations peu affirmées.
Certes, les interactions qui se sont produites avec l’entité nationale ont modelé les orientations régionales, mais les particularités
aquitaines n’en sont pas moins avérées.
L’Aquitaine entraînée par les deux premières révolutions industrielles
On a souvent stigmatisé simultanément l’inexistence d’une conscience régionale et le déficit industriel aquitain. Cette faiblesse
constitutive du “fait régional” était mise en relation avec la persistance de rivalités locales -telle celle qui opposait Bordeaux et Pau-
et l’habitude de se tourner vers Paris, les témoignages du poids écrasant de la centralisation renforçant l’image d’un espace écono-
mique peu dynamique. Notamment, cette région à dominante rurale se serait tenue à l’écart des grandes révolutions technologi-
ques, la prévalence de l’esprit de négoce sur l’esprit d’entreprise expliquant la faiblesse de l’atmosphère industrielle.
Il n’est donc pas inutile de rappeler que l’Aquitaine a participé activement à la première révolution industrielle. Ainsi, en dépit de
e
l’absence de ressources minières, de nombreux foyers industriels émergent dès le début du 19 siècle en raison des dotations parti-
culières que recèlent tel ou tel territoire, notamment des forges qui se localisent sur les multiples lieux d’affleurement du minerai et
des industries portuaires telles que l’agroalimentaire, lié à la transformation de produits tropicaux.
Par la suite, l’Aquitaine, qui n’a pas su bénéficier pleinement des retombées de ce premier mouvement, se coule dans les traces de
la seconde révolution industrielle. Ce qui permet de consolider les spécialisations préexistantes, notamment les industries agroali-
mentaires portuaires de Bordeaux et de Bayonne, mais aussi de générer des activités nouvelles : industries métallurgiques (fonde-
ries de Fumel, du Boucau, ateliers de Bordeaux etc.) ; production d’électricité hydraulique ; industrie chimique (exploitation de la
gemme dans les Landes et usines d’engrais à Bordeaux) et industries de biens de consommation (chaussures, habillement, ameu-
blement). On notera que la Première Guerre mondiale donne une impulsion forte à certaines industries régionales, fournisseuses
de biens d’équipement (chantiers navals ou premiers ateliers d’aéronautique) ou de biens intermédiaires (poudrerie et pétrochimie
bordelaises), en raison de leur éloignement géographique du conflit armé.
L’entre-deux-guerres verra le développement et l’amplification des foyers d’industrialisation précédents, notamment ceux de la fi-
lière agroalimentaire (huileries, farines, traitement de la morue, raffineries de sucre) et de la filière bois (première et deuxième trans-
formations du bois, industrie papetière et industries utilisatrices de produits connexes comme la chimie), en dépit du coup d’arrêt
brutal apporté par la crise de 1929. Par la suite, l’éloignement géographique du second conflit mondial produira des effets de re-
lance similaires à ceux du premier conflit, mais le bénéfice sera de courte durée.
Les Trente Glorieuses : rattrapages et recompositions
- Le triple rattrapage des décennies soixante et soixante-dix
Au cours des années cinquante, l’industrie aquitaine marque le pas et donne l’impression de chercher un souffle nouveau. Au sein
de l’Europe, elle fait figure d’une zone d’industrialisation périphérique, notamment parce que ses spécialisations sont pour la plu-
part liées à des ressources localisées.
Des perspectives inattendues sont tout d’abord ouvertes par la découverte du gisement d’hydrocarbures de Lacq dont l’exploitation
donne lieu à l’édification progressive d’un grand complexe pétrochimique dans la proximité immédiate des lieux d’extraction. Du
même coup, on conforte les installations de l’agglomération de Bordeaux, notamment par la construction d’une troisième raffinerie
sur la presqu’île d’Ambès. Dès lors, les ingrédients d’une construction industrielle polarisée sont en place, les effets externes dits
“d’agglomération” étant favorisés par l’extension conjointe des marchés et des relations verticales entre entreprises. L’aggloméra-
tion de Bordeaux voit ainsi éclore des implantations nouvelles dans les domaines de la chimie, des engrais et des caoutchoucs,
celle de Pau bénéficiant des retombées de l’exploitation des produits connexes dans les domaines de la chimie, de la production
d’énergie et de la fabrication d’aluminium, tandis que Bayonne devient le port exclusif d’expédition du soufre de Lacq.
PERSPECTIVES INDUSTRIELLES 7 DRIRE - INSEE AQUITAINE
nnLe second facteur de rattrapage est lié à la mise en place d’un complexe aéronautique-spatial-défense. Dès l’après-guerre, les sites
de Dassault à Mérignac, en Gironde, et de Turboméca aux environs de Pau confortent les installations antérieures, la localisation
en Aquitaine obéissant toujours essentiellement à des motifs stratégiques. Cependant, c’est surtout au cours de la décennie
soixante que sera donnée l’impulsion décisive. À l’issue de ce processus, la configuration bordelaise est structurée autour de Das-
sault, Aérospatiale, SNPE, SEP, Sogerma ; tandis que la configuration paloise gravite essentiellement autour de Turboméca et Mes-
sier-Dowty.
Le troisième facteur impulsant est lié, enfin, à l’implantation en région de firmes multinationales (Siemens, Ford, Thomson CSF,
IBM, Sanofi etc.), l’élargissement de leur espace productif étant motivé par l’optimisation des opportunités de substitution entre
technologies et travail. De ce point de vue, l’Aquitaine apparaît comme un réservoir de main-d’œuvre qualifiée à coût relatif infé-
rieur à celui d’autres espaces régionaux.
Le rattrapage industriel aquitain, appréhendé en considérant l’évolution du poids relatif des effectifs salariés industriels dans la po-
pulation active en Aquitaine et en France, est incontestable. Ainsi, l’écart Aquitaine - France, qui était de 16% en 1954, passe à
6,9% en 1975, au terme d’un double processus d’affaiblissement national et de renforcement aquitain. Toutefois, le mouvement
aquitain est loin d’être uniforme puisque la région apparaît aussi comme un espace dont les disparités interindustrielles s’accrois-
sent. Dès lors, l’Aquitaine offre l’image d’une région contrastée dont le tissu industriel concerne une gamme très étendue d’activités
diversifiées, les strates d’industries nouvelles se superposant aux strates plus anciennes sans réussir à les entraîner complètement
dans leur sillage.
- La baisse de l’emploi industriel
La crise qui survient au milieu de la décennie soixante-dix inaugure une période de contraction généralisée de l’emploi industriel
qui va s’étendre en moyenne jusqu’au milieu des années quatre-vingt-dix, les dernières années du siècle enregistrant plutôt un tas-
sement du mouvement de décrue. Ce constat appelle plusieurs remarques.
En premier lieu, la phase initiale de déprise industrielle ne se manifeste pas avec la même ampleur que dans le reste de la France,
tout en atteignant diversement les secteurs d’activités. Toutefois, la résistance aquitaine à la dynamique d’ensemble finit par s’épui-
ser, le mouvement d’homogénéisation atteignant, à travers le déclin de certaines industries, des traditions ou des savoir-faire lo-
caux. Il n’y a pas pour autant disparition pure et simple de ces savoir-faire, parce qu’ils trouvent parfois à s’hybrider, et donc à se
renouveler, avec les influences perturbatrices.
En second lieu, on note que la décrue a surtout atteint les établissements de grande taille, leur part dans l’emploi industriel global
régressant, ce qui est semblable aux évolutions constatées en France au cours de la même période. Il faut interpréter ce phénomène
dans le contexte de la tendance à la baisse de la taille de l’ensemble des établissements. Ce qui signifie que l’on ne peut déduire de
l’augmentation relative de la part des “petits” établissements, de taille inférieure à 50 salariés, leur meilleure résistance à la crise,
comme cela a parfois été proposé. Cette interprétation n’est pas recevable puisque la nouvelle composition entre “grands”,
“moyens” et “petits établissements a résulté du jeu mécanique des effets de seuil entre types d’entreprises.
Enfin, on doit également tempérer ces observations par le constat du fort mouvement d’externalisation des activités industrielles au
profit d’activités de services, notamment des services aux entreprises (postes et télécommunications, conseils et assistance, servi-
ces opérationnels et recherche et développement) dont les effectifs n’ont cessé d’augmenter au cours de la même période.
- Des recompositions aux spécialisations stratégiques
À la fin de la décennie quatre-vingt-dix, six secteurs composent le groupe des industries à forte capacité d’emploi, dont les effectifs
varient de 27 000 à 11 000. Ce sont dans l’ordre : les industries agroalimentaires, celles du bois-papier, la construction navale-aéro-
nautique-ferroviaire, l’industrie des équipements mécaniques, la métallurgie-transformation des métaux, la chimie-caout-
chouc-matières plastiques. La hiérarchie implicite que dessinent ces emplois est sous-tendue par une recomposition profonde
vis-à-vis de celle qui prévalait en 1975, dernière année observée avant la crise. Au mouvement généralisé de retrait, qui n’épargne
que les industries agroalimentaires, la construction navale-aéronautique-ferroviaire et l’industrie des équipements mécaniques, se
superposent en effet le repli plus marqué des industries du bois-papier et, surtout, l’effondrement - déjà amorcé avant 1975 - des
secteurs tels que le textile-habillement et les de la chaussure, qui étaient les premiers secteurs d’emploi industriel de
l’Aquitaine jusqu’en 1968.
À partir de ces volumes d’emploi, on obtient les spécialisations industrielles régionales. Elles résultent de coefficients de localisa-
tion, mesurés par le rapport du poids relatif des emplois d’un secteur d’activité dans la région au poids relatif correspondant au ni-
veau national. Une valeur supérieure ou égale à 1 indique une surreprésentation, donc un secteur stratégique ou porteur ; en 1999,
on y trouvait : la construction navale-aéronautique-ferroviaire (coefficient de 2,5) ; les industries du bois-papier (2,3) ; les industries
agroalimentaires (1,3) ; l’eau-gaz-électricité (1,3) ; les combustibles et carburants (1,1) ; les produits minéraux et la construction
(1,02). Une valeur inférieure à 1 indique une sous-représentation, donc un secteur peu significatif, fragile ou émergent lorsque les
valeurs sont proches de zéro. Des valeurs inférieures à 1, mais proches de 1, indiquent des secteurs qui peuvent être des points
DRIRE - INSEE AQUITAINE 8 PERSPECTIVES INDUSTRIELLESd’appui mais qui doivent être confortés, tels essentiellement en 1999 : la pharmacie-parfumerie, les équipements électriques et
électroniques et la chimie-caoutchouc-plastiques (0,9) ; les équipements mécaniques et l’édition-reproduction (0,8).
Les recompositions spatiales
On assiste à une évolution des implantations spatiales qui s’oppose au mouvement qui avait prévalu jusqu’en 1975. De 1954 à
1975, en effet, ilyaeuune forte concentration géographique dans le secteur de la métallurgie et la chimie, les activités “tradition-
nelles” (industries des biens de consommation) relevant plutôt d’un modèle de dispersion spatiale. En effet, les zones rurales dans
lesquelles ces dernières ont été implantées bénéficient d’un effet de substitution de l’emploi industriel vis-à-vis de l’exode rural, ce-
lui-ci ne compensant pas toutefois totalement les déperditions de la population active qui s’y produisent.
A partir de 1975, les disparités spatiales s’accentuent dans un contexte national de désindustrialisation. D’une part, du fait de la
perte des emplois industriels dans les zones rurales à la suite de la dégringolade des industries traditionnelles. D’autre part, du fait
des localisations préférentielles des implantations les plus récentes dans les agglomérations urbaines, sachant que ces dernières ont
tendance à perdre des emplois industriels. Ainsi, le bassin d’emploi de Bordeaux concentre-t-il actuellement encore plus du tiers
des effectifs salariés industriels de la région, le bassin d’emploi de Pau-Lacq-Orthez en comptant encore environ 20% et le bassin
Bayonne-Sud des Landes environ 10%. Notons que ces évolutions régionales sont compatibles avec le constat d’une baisse de la
part de l’industrie girondine dans celle de la région, et, à un échelon plus restreint, de l’agglomération bordelaise au sein de la Gi-
ronde.
e
Le moteur de l’industrie du 21 siècle sera l’immatériel
Pendant longtemps l’exemple aquitain a été, à juste titre, considéré comme un révélateur des limites de la régionalisation. La dé-
centralisation a même pu être considérée comme la “ruse suprême de la centralisation”, fournissant à l’administration publique
l’occasion du redéploiement local de l’appareil d’État. À l’issue de 20 ans d’expérience, l’affirmation progressive du fait régional
par les institutions a finalement porté ses fruits et donne donc une pertinence économique forte à l’échelon régional dorénavant in-
tégré dans l’espace européen. L’élargissement des espaces constituant l’environnement des activités régionales pèse donc incon-
testablement sur leurs destinées. Désormais immergée dans les flux d’échanges internationaux, l’Aquitaine comme ses consœurs
doit faire face à la compétition croissante accompagnant l’émergence d’un nouveau paradigme économique. Ce dernier est tantôt
présenté sous les traits d’une “économie planétaire” tantôt sous ceux d’une “économie fondée sur le savoir”. Ces appellations diffé-
rentes mettent en exergue les enjeux dominants auxquels l’Aquitaine ne saurait se soustraire dans le futur.
- Maîtriser les décisions en région
Il n’est pas nouveau de constater que l’Aquitaine figure parmi les régions françaises dont les centres de décision sont situés en de-
hors du territoire régional. Ce phénomène dérive de la localisation prépondérante de grands établissements délocalisés de groupes
nationaux ou internationaux. La proportion de sites dépendant de sièges sociaux extra-aquitains met à la fois en évidence le
manque d’autonomie décisionnelle de l’industrie aquitaine et son éloignement des centres névralgiques mondiaux. Plusieurs évo-
lutions ont renforcé récemment cette spécificité quasi structurelle, dont on a souvent dramatisé les nuisances sans en mesurer les
avantages en termes d’attractivité et de dynamisme territoriaux. Ainsi, l’accélération des fusions-acquisitions entre groupes mon-
diaux, la réduction des budgets d’armement et la montée des régulations européennes au détriment des logiques nationales contri-
buent-elles à réduire l’emprise des industries aquitaines sur leurs destinées. Cette difficulté doit sans doute encourager la mise en
œuvre de deux stratégies complémentaires : le marketing territorial, dont l’objectif est de renforcer l’attractivité de l’Aquitaine
vis-à-vis des investisseurs étrangers d’une part ; le renforcement des coopérations interrégionales, qui visent à la constitution d’enti-
tés industrielles plus vastes et, donc, plus influentes d’autre part. C’est dans le prolongement d’une telle argumentation que s’inscri-
vent les projets de coopération entre Aquitaine et Midi-Pyrénées dans le domaine aéronautique et spatial.
- Organiser les réseaux d’innovation
Le développement d’une “économie fondée sur la connaissance”, -c’est-à-dire affectant des ressources croissantes à l’éducation, à
la formation et à la recherche et développement-, et la survenance conjointe de la révolution informationnelle représentent certes
un défi mais aussi une opportunité pour le territoire aquitain. Les technologies de l’information et de la communication, en favori-
sant la mise en réseau des acteurs et démultipliant les opportunités de coopération à distance, peuvent également permettre de dis-
poser d’outils permettant de mieux produire et capter les connaissances nouvelles. Dans ce contexte, l’Aquitaine doit participer
aux projets nationaux et européens de constitution d’infrastructures assurant la mise en compatibilité des flux d’information et la
sécurisation de leur acheminement. Enfin, il convient d’optimiser les réseaux localisés de la connaissance qui soutiennent directe-
ment la dynamique de l’innovation en région, l’utilisation des infrastructures informationnelles leur fournissant un point d’appui
technologique. Il convient donc de favoriser les synergies entre entreprises ou entre entreprises et centres de recherche publique,
en ayant le souci d’ancrer localement les projets tout en incitant les acteurs locaux à s’ouvrir sur d’autres territoires afin de rapatrier
les connaissances allogènes.
PERSPECTIVES INDUSTRIELLES 9 DRIRE - INSEE AQUITAINE
nL’ESPACE AQUITAIN
Démographie
Population active
Emploi
Flux quotidiens
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PERSPECTIVES INDUSTRIELLES 11 DRIRE - INSEE AQUITAINEDémographie
Au recensement de 1999, l’Aquitaine compte 2,909 millions certes de la diminution régulière de l’excédent naturel (nais-
ed’habitants et se situe au 6 rang des régions françaises, bien sances – décès), mais surtout de l’affaiblissement du solde mi-
après les Pays de Loire (3,222 millions) et juste avant la Bre- gratoire apparent. En effet, bien que l’Aquitaine reste parmi
tagne (2,906 millions). Avec un taux d’accroissement inter- les régions les plus attractives, avec en moyenne 42 770 nou-
censitaire de 4%, l’Aquitaine fait partie de régions les plus veaux arrivants par an de 1990 à 1999, chiffre en progression
dynamiques sur le plan démographique, pourtant son rythme par rapport à la période intercensitaire précédente, le nombre
de croissance annuelle a légèrement fléchi : 0,44% de 1990 à des départs de la région s’est élevé de quelque 5 000 unités
1999, contre 0,64% de 1982 à 1990. Ce fléchissement résulte par an sur la même période.
1Population aux recensements
Dordogne Gironde Landes Lot-et- Pyrénées- Aquitaine France
Garonne Atlantiques métro.
1962 . . . . . . . . . . . 375 455 935 448 260 497 275 028 466 036 2 312 464 46 425 394
1968 374 073 1 009 390 277 381 290 592 508 734 2 460 170 49 711 853
1975 . . . . . . . . . . . 373 179 1 061 480 288 323 292 616 534 748 2 550 346 52 591 584
1982 377 356 1 127 546 297 424 298 522 555 696 2 656 544 54 334 871
1990 . . . . . . . . . . . 386 365 1 213 499 311 461 305 989 578 516 2 795 830 56 615 155
1999 388 293 1 287 334 327 334 305 380 600 018 2 908 359 58 518 395
1Source : Insee - Recensements de la population de 1962 à 1999 Il s’agit de la population sans doubles comptes
Évolution de la population
par canton de 1968 à 1999Nontron
Lesparre-
Médoc
Périgueux
Blaye
Sarlat-Libourne
la-Canéda
Bordeaux
Bergerac
Limite de canton
Limite de département
Langon Marmande
Aires de diffusion
Villeneuve- des principales villes
sur-Lot
de la région
Agen
Nérac
Mont-
de-Marsan
Évolution de la population entre deux recensements
Dax
© INSEE-IGN 2001
1968-1975 1975-1982 1982-1990 1990-1999
Croissance+ + + + continue
- + + + DécroissanceBayonne
- - puis+ +
cr
- - - +
Pau + + + - Croissance
Oloron- - - puis+ +
Ste-Marie décr- - -+
Décroissance- - - - continue
+/- +/- +/- +/- Autres
030 60
km Source : Insee - Recensements de la population de 1968 à 1999
PERSPECTIVES INDUSTRIELLES 13 DRIRE - INSEE AQUITAINE

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