Radiographie d'un fait de société : la périurbanisation

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Dans les années soixante, la forte croissance démographique, l'immigration et l'exode rural bénéficiaient surtout aux pôles urbains. Mais un nouveau mode de croissance urbaine s'est manifesté aux confins de l'agglomération parisienne, avant de s'étendre à la plupart des villes françaises dans les années soixante-dix : la périurbanisation. Ce phénomène recouvre à la fois une concentration de l'emploi dans les pôles urbains, dont l'attractivité se trouve d'autant accrue, et un besoin d'espace plus impérieux de la part des familles qui quittent les centres urbains saturés et leurs banlieues pour s'installer en périphérie. En conséquence, les navettes quotidiennes domicile-travail s'intensifient. L'habitant périurbain type est un adulte jeune avec enfants, agent de maîtrise ou technicien travaillant dans le secteur des services ; il est propriétaire de sa maison et possède deux voitures.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 535 JUIN 1997
Radiographie d’un fait
de société : la périurbanisation
Thomas Le Jeannic, Division des statistiques et études régionales, Insee
tiers ont bénéficié aux communes périurbai ans les années soixante, la forte
nes de 1975 à 1982, un peu plus de la moitié
croissance démographique, l’im- de 1982 à 1990. Peu de balances migratoi D migration et l’exode rural bénéfi- res d’aires urbaines (ensemble des pôles ur
bains et de leur couronne périurbaine) ontciaient surtout aux pôles urbains. Mais un
été négatives, à l’exception de Paris et d’ai
nouveau mode de croissance urbaine res urbaines du Nord Est de la France tou
s’est manifesté aux confins de l’agglomé chées de plein fouet par la crise industrielle.
ration parisienne, avant de s’étendre à la
Années soixante : la ville se densifieplupart des villes françaises dans les an-
nées soixante-dix : la périurbanisation. Durant les années soixante, les pôles ur
bains (les villes centre et leur banlieue)Ce phénomène recouvre à la fois une
connaissaient une véritable explosion dé
concentration de l’emploi dans les pôles mographique. La population y augmentait
urbains, dont l’attractivité se trouve d’au-souvent à un rythme annuel supérieur à 2 %,
celle du pôle parisien un peu moins avectant accrue, et un besoin d’espace plus
+ 1,4 % par an en moyenne. A cette époque,
impérieux de la part des familles qui quit- la très forte croissance démographique de
tent les centres urbains saturés et leurs ces pôles urbains s’expliquait d’abord par
l’augmentation exceptionnelle de la popula banlieues pour s’installer en périphérie.
tion totale de la France métropolitaine. En
En conséquence, les navettes quotidien fants du baby boom, rapatriés d’Algérie,
nes domicile-travail s’intensifient. L’habi- travailleurs immigrés du Maghreb et de l’Eu
rope du Sud, et ruraux à la recherche d’untant périurbain type est un adulte jeune
emploi gonflaient la population des villes.
avec enfants, agent de maîtrise ou techni-Ces dernières, dans leur acception usuelle
cien travaillant dans lesect eur des servi- (agglomérations), étaient en pleine expan
sion, notamment leurs banlieues. Une cons ces ; il est propriétaire de sa maison et
truction intense, d’une qualité souvent
possède deux voitures. médiocre, tentait d’accueillir cet afflux de
nouveaux venus en territoire urbain.
“ La ville à la campagne ”, Alphonse Allais
Évolution de la population l’a rêvé, les Français l’ont fait ! Le nouveau
par catégorie de communezonage en aires urbaines (ZAU) (cf. Pour
comprendre ces résultats ) permet de mieux
appréhender le phénomène qui s’est déve
loppé ces trente dernières années, et
auquel on a donné le nom de “ périurbanisa
tion ”. Victimes de leur succès, les villes, en
gorgées, ont fini par déborder sur l’espace
rural qui les entourait bien au delà des tra
ditionnelles banlieues. S’est ainsi ajouté en
périphérie un nouveau cercle de peuple
ment constitué par l’ensemble des commu
nes périurbaines ( graphique 1).
Ce phénomène, local dans ses manifesta
tions, résulte d’une concentration humaine
à plus grande échelle. De 1975 à 1990, la
population de la France a augmenté d’envi
ron 250 000 à 300 000 âmes par an. 95 %
de cette croissance démographique a profi
té à l’espace à dominante urbaine : deux Source : Insee recensements de la population
?
INSEE
PREMIERECependant de nouveaux champs d’at Population active et emploi par catégorie de commune (définitions 1990) de
traction au bénéfice des communes de Espace
Communes France métropolitainela périphérie apparaissaient, surtout Année Pôles urbains (%) à dominante
périurbaines (%) (milliers)
rurale (%)autour de Paris : c’était la périurbani
sation. La population des communes Population Population Population Population
Emploi Emploi Emploi Emploi
active active active activeappartenant à l’actuelle couronne pé
riurbaine de l’agglomération pari 1962 59,1 62,0 11,7 9,5 29,2 28,5 19 134 18 904
1968 62,2 65,5 11,3 8,8 26,5 25,6 20 398 18 919sienne augmentait de plus de 2 % par
1975 65,2 69,6 11,7 8,2 23,0 22,1 21 728 20 804an entre 1962 et 1968, et cette crois
1982 62,9 70,1 14,0 8,4 23,1 21,4 23 551 21 367sance était davantage due aux migra
1990 62,4 71,5 15,7 8,8 21,9 19,7 25 055 22 070tions résidentielles qu’à l’excédent
Lecture : En 1962, les pôles urbains, dans leur définition de 1990, concentraient 59,1 % de la population active et 62 % dedes naissances.
l’emploi total.
Source : Insee recensements de la population (SAPHIR)
Années
avec leur future couronne périurbaine 1990, deux fois plus élevé. L’espace àsoixante-dix : la ville s’étale
était presque toujours en faveur des dominante rurale, quant à lui, perdit à
Ce nouveau phénomène, encore ti- premiers durant les années soixante ; la fois des actifs et des emplois : il ne
mide, prit de l’ampleur dans les an par la suite, la polarité s’inversa ( gra représente plus en 1990 que 22 % des
nées suivantes. Il s’intensifia autour phique 2 ). Ce déversement de popula actifs et 20 % des emplois, contre res
du pôle urbain de Paris, où les commu tion du centre vers sa périphérie se pectivement 29 % et 28,5 % en 1962.
nes périurbaines doublèrent leur taux conjuguait parfois avec un apport mi
de croissance sur la période suivante gratoire en provenance d’autres aires La mobilitéquot idienne
1968 1975, puis s’étendit à la plupart urbaines, en particulier dans les villes s’intensifie, surtout
des pôles urbains. Son intensité fut du Sud, telles que Marseille, Montpel de la périphérie vers le centre
d’autant plus forte qu’il s’agissait de lier et Toulouse.
pôles plus peuplés, autour des agglo Dans les années quatre vingt, la péri La concentration de la population ac
mérations de Lyon, Marseille, Mont- urbanisation fut moins intense, mais tive dans les aires urbaines, accompa
pellier, Rennes et Besançon. Le Nord elle resta forte, notamment dans les gnée d’une concentration de l’emploi
et l’Est restèrent à l’écart de ce mou très grandes agglomérations : autour dans le coeur de ces aires, les pôles
vement qui atteignit son apogée à la de Paris et des villes du Sud Est urbains, ont nécessairement conduit à
fin des années soixante dix. (Lyon, Marseille et les autres villes de un très fort développement des migra
Au cours de cette période, les villes se la côte méditerranéenne) et, dans une tions quotidiennes entre domicile et
vidèrent au profit non plus de leurs moindre mesure, autour de nombreu lieu de travail, particulièrement au dé
banlieues mais de leur couronne péri ses villes de la moitié ouest du pays. but des années soixante dix. Contrai
urbaine. Les flux y aboutissant et pre rement aux migrations résidentielles,
nant leur origine dans les villes centre celles ci sont des flux partant de la pé Les pôles urbains
doublèrent une première fois entre les riphérie en direction du centre.concentrent l’emploi
périodes 1962 1968 et 1968 1975, et L’emploi étant souvent concentré dans
une seconde fois entre 1968 1975 et Corollairement à cette délocalisation les villes centre, noyau du coeur, ces
1975 1982 (140 000 entrées annuel de la population, l’emploi se concentramouvements sont encore plus inten-
les durant cette dernière période). La dans les pôles urbains ( tableau). Entre ses si l’on distingue les banlieues au
balance migratoire des pôles urbains 1962 et 1975, leur part dans l’emploi sein des pôles urbains.
total de France métropolitaine passa
Migrations résidentielles annuelles Migrations quotidiennes domicile-
de 62 % à près de 70 %, et cette aug
au sein des aires urbaines travail au sein des aires urbainesmentation concerna aussi bien les vil
les-centre que les banlieues. Ce
mouvement se poursuivit à un rythme
plus modéré de 1975 à 1990, davan
tage au profit des banlieues.
Cette concentration de l’emploi dans
les pôles contribua à attirer de la po
pulation dans leur environnement im
médiat (et à pousser les habitants vers
la périphérie). Ainsi, la population ac
tive des communes périurbaines
(dans leurs limites de 1990) s’accrut
de 75 % de 1962 à 1990, alors que
dans le même temps, l’emploi n’aug
mentait que de 7 %. Supérieur de
20 % au nombre d’emplois sur place
en 1962, le nombre d’actifs est, en
Source : Insee recensements de population (SAPHIR)Source : Insee recensements de population (SAPHIR)
´`Quelques caractéristiques des ménages par catégorie de commune en 1990
Source : Insee recensement de population
Ainsi, le nombre d’actifs pénétrant dans le même temps (de 17 % à 31 %)sions intermédiaires et . les employés
quotidiennement dans l’enceinte des Ainsi, en 1990, sur l’ensemble des ai sont surreprésentés chez ceux qui
villes centre des pôles urbains n’a res urbaines françaises, 2,3 millions vont travailler en ville, aussi bien en
cessé de croître. Il a été multiplié par d’actifs vont de la banlieue vers le cen direction de la ville centre que vers sa
2,3 de 1962 à 1990, et même par 4,2 tre du pôle, contre 900 000 en sens inverse. banlieue. En sens inverse, c’est à dire
pour les actifs provenant de la seule Au total, en 1990, la moitié des actifs à destination des rares emplois des
couronne périurbaine (graphique 3). habitant les couronnes périurbaines couronnes périurbaines, les ouvriers
En 1990, 4,5 millions de personnes sevont travailler dans le pôle, dont un sont relativement nombreux, que ce
rendent chaque jour dans la ville cen tiers dans la ville centre. Cette der- soit depuis la ville centre ou depuis la
tre d’un pôle urbain pour travailler. Ils nière accueille également un actif des banlieue. Sans doute est ce lié en par
occupent près de la moitié des emploisbanlieues sur trois. Les emplois des tie à la construction immobilière dans
circonscrits à ce périmètre contre un villes centre des pôles urbains sont les zones en forte expansion, où le
quart en 1962. La forte hausse du occupés à 50 % par des actifs de la secteur du bâtiment crée de nombreux
nombre des emplois n’a pas suffi à ville centre, à 24 % par des actifs de la emplois. Ce secteur représente près
maintenir sur place les actifs résidant banlieue, à 10 % par des actifs de la cou de 12 % des emplois des couronnes
dans les villes centre. En 1962, 8 % ronne périurbaine, et à 16 % par des actifs périurbaines, contre 6,5 % dans les
d’entre eux gagnaient la banlieue ou venant d’ailleurs. Les emplois des ban pôles urbains et 7,4 % au niveau na
d’autres contrées extérieures pour tra lieues des pôles urbains sont occupés à tional. Les entreprises industrielles se
vailler. C’est le cas de 23 % (1,5 mil lion 67 % par des banlieusards, à 14 % par retrouvent d’abord dans les banlieues,
d’actifs) en 1990. Le chassé croisé s’estdes actifs de la ville centre, à 8 % par des alors que les services et tout particu
donc intensifié : 2,5 millions d’actifs eaientntr actifs de la couronne périurbaine, et à 10 % lièrement les services marchands sont
ou sortaient chaque jour de ces villes par des actifs venant d’ailleurs. une marque distinctive des villes cen
centre en 1962, ils sont 6 millions en 1990. tre des pôles urbains (36 % des emplois).
Les banlieues des pôles urbains, gran L’“ homo suburbanus ”
des pourvoyeuses d’actifs vers les vil ...il est venu s’installerest un employé travaillant
les-centre, sont devenues aussi de avec sa jeune famille...dans le secteur des services...
plus en plus attractives par leurs em
plois. Si la part des actifs résidant en La structure sociale de la population Les communes périurbaines se sont
banlieue de pôles urbains et travaillantrésidant dans les couronnes périurbai révélées attractives pour les familles
à l’extérieur est passée de 34 % à nes ne se démarque pas sensiblementavec enfants. Le pourcentage des jeu
41 % entre 1962 et 1990, celle des em de la structure moyenne nationale. nes de moins de 20 ans y est large
plois de ces banlieues occupés par Celle concernant les migrants journa ment supérieur à la moyenne nationale.
des actifs n’y résidant pas a doublé liers est plus significative. Les profes Les jeunes adultes se rencontrent plus
ˆfréquemment dans les pôles urbains. secondaires, ou faisant partie de lotis en compte leur influence forte sur la cam
Cette jeunesse relative du milieu péri sements nouvellement construits. Ils pagne environnante, en particulier en ter
urbain n’est pas due à une natalité sont par ailleurs plus spacieux : près mes d’emplois. Chacune est composée
plus élevée qu’ailleurs. Au contraire, de la moitié ont cinq pièces ou plus. Ild’un pôle urbain et d’une couronne périur
celle ci y est inférieure à la moyenne est vrai que le nombre moyen de per baine. Le pôle urbain est lui même générale
nationale et à celle des pôles urbains. sonnes par ménage dans les communesment constitué d’une ville centre et d’une
Les espaces périurbains sont plutôt unpériurbaines est plus important quilleurs :’a banlieue. Certaines communes, situées
lieu d’accueil pour les familles déjà 2,94 personnes par ménage contre 2,57 hors des aires urbaines, sont cependant sous
constituées, ce que confirme une part au niveau national en 1990. l’influence de plusieurs d’entre elles : ce sont
des naissances hors mariage nette Vivre au milieu de la campagne loin du les communes multipolarisées. Avec les
ment plus faible qu’ailleurs. Originai brouhaha urbain dans des maisons communes appartenant à la couronne d’un pôle,
res du pôle urbain, ces familles spacieuses avec véranda, donnant sur elles forment l’ensemble des communes péri
souhaitent s’agrandir. Dès lors se jardin, tout en conservant la source deurbaines. En résumé, le découpage est le
pose le problème de l’espace et du rémunération qu’est l’emploi en ville ; suivant :
coût de l’habitat : déménager au delà tel est sans nul doute l’objectif que se
de la banlieue s’offre comme une so sont fixé ces familles en s’installant
lution adaptée. En outre, cela permet dans ces communes périurbaines.
d’accéder plus facilement à la proprié Mais tout ceci a un coût, en temps de
té : plus des trois quarts des résidents y transport quotidien, et en achat de voi
sont propriétaires contre moins de la moi tures : 40 % des ménages périurbains
tié dans les pôles urbains ( graphiques 4). disposent d’au moins deux voitures,
contre 25 % de l’ensemble des ména Le territoire non pris en compte par ce zonage
ges vivant en France. l’es de l’espace à dominante urbain constitue ...il vit en maison individuelle
pace à dominante rurale . Pour plus de préci et possède deux voitures
Insee première n° 516Pour comprendre sions, se référer à l’
L’arrivée de ces nouvelles familles d’avril 1997 sur “ Le zonage en aires urbaines ”.ces résultats
dans les communes périurbaines a eu
pour conséquence de transformer des
résidences secondaires en résidences L’Insee a élaboré une nouvelle nomencla Pour en savoir plus
principales, alors que la tendance na ture spatiale, le zonage en aires urbaines ,
tionale est à la hausse de la part des destinée à donner une définition plus précise
Cet article est le résumé de l’article
résidences secondaires dans l’ensem des villes et de leur zone d’influence. C’est ce “ Trente ans de périurbanisation ”, Éco
nomie et statistique , à paraître auble des logements. découpage qui est utilisé ici, avec pour base
deuxième semestre 1997.
Les logements périurbains sont avant les délimitations au recensement de 1990. La
“ Le zonage en aires urbaines ”,
tout des maisons individuelles (85 %), définition des aires urbaines (au nombre de Thomas Le Jeannic et Joëlle Vidalenc,
Insee première, n° 516, avril 1997.qu’elles soient anciennes résidences 361) se limite aux villes importantes et prend
Direction Générale :
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