Etat de l’art – Crise des Subprimes

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Etat de l'art Crise des Subprimes Master Trigger © Stéphane Lüthi – Florian Ciocca F i l i è r e E c o n o m i e Valentin Bernet – Liridon Azemi d ’ e n t r e p r i s e 2 0 / 1 1 / 2 0 1 1 501_2 Table des matières Introduction ......................................................................................................................... 2 Le "subprime" ................... 2 Partie I : Comment en est-on arrivé là ? ............................................................................ 3 La dérégulation .................................................. 3 Schéma de titrisation ......... 5 Partie II : La bulle [2001-2007] ............................................................................................ 6 L'excès du crédit aux USA ................................. 6 Principe de la titrisation ...................................................................... 7 L’effet de levier .................................................. 8 Credit default Swap (CDS) - AIG ........................................................ 9 Les agences de notation .................................................................... 9 Partie III: La crise ................................................10 Conséquences ..................................................................................11 Intervention de l’état..........12 Partie IV: Les responsabilités .........................................
Publié le : mardi 19 novembre 2013
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Etat de l'art
Crise des Subprimes
Master Trigger ©

Stéphane Lüthi – Florian Ciocca
F i l i è r e E c o n o m i e
Valentin Bernet – Liridon Azemi d ’ e n t r e p r i s e
2 0 / 1 1 / 2 0 1 1


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Table des matières

Introduction ......................................................................................................................... 2
Le "subprime" ................... 2
Partie I : Comment en est-on arrivé là ? ............................................................................ 3
La dérégulation .................................................. 3
Schéma de titrisation ......... 5
Partie II : La bulle [2001-2007] ............................................................................................ 6
L'excès du crédit aux USA ................................. 6
Principe de la titrisation ...................................................................... 7
L’effet de levier .................................................. 8
Credit default Swap (CDS) - AIG ........................................................ 9
Les agences de notation .................................................................... 9
Partie III: La crise ................................................10
Conséquences ..................................................................................11
Intervention de l’état..........12
Partie IV: Les responsabilités ............................................................................................14
Partie V : Conclusion .........................................15
Hypothèse de la recherche 16
Bibliographie ......................................................................................................................17
Annexes ..............................18
Fiche état de l'art: La Chute - Theorie de la crise Actuelle du capitalisme .........................18
Fiche état de l'art: Comprendre les crises financières .......................................................19
Fiche état de l'art: UBS, les dessous d'un scandale ..........................20
Fiche état de l'art: Repenser la planète financière .............................21
Fiche état de l'art: La crise du subprime ............................................................................22
Fiche état de l’art : La crise des subprimes .......23


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Introduction
Cette crise, qui a éclaté en automne 2008, a coûté 20'000 milliards de dollars et a privé
10 millions de personnes de leurs épargnes, leurs places de travail, leurs maisons et a dou-
blé la dette publique américaine. C’est l’une des plus grandes crises que le monde ai connu,
même plus forte que la grande dépression de 1929. Elle a pris source bien avant les pre-
miers signes clairs et trouve son origine dans la dérégulation financière survenue aux Etats-
Unis dans les années 80. Elle porte le nom de "Crise des subprimes". L'analyse suivante est
basée sur le documentaire « Inside Job » de Charles H. Ferguson sorti en 2010 à la suite de
la crise financière (Ferguson, 2010) et a pour but de montrer l'implication des banques
d'investissement dans cette crise.
Le "subprime"
Tel que mentionné dans l'ouvrage d'Olivier Lacoste (Lacoste, 2009 p. 49), le mot «prime» a
pour signification un emprunteur fiable. Le préfixe «sub» désigne logiquement le contraire, à
savoir un débiteur qui ne peut que difficilement rembourser ses dettes. Le subprime désigne
donc un prêt fait à un débiteur qui ne pourra, presque à coup sûr, rembourser sa dette.

Le terme de subprime ne se limite cependant pas à cette description. Il désigne, par exten-
sion, le fonctionnement de la mécanique complexe de ces produits financiers et leurs
impacts sur la finance américaine, puis mondiale. Patrick Castex, dans son livre sur la crise
du capitalisme, va même plus loin en parlant de « prêts aux pauvres» (Castex, 2008 p. 176).
Ceci illustre bien le fond du problème.

Toujours dans l'ouvrage d'Olivier Lacoste, nous pouvons lire que les subprimes peuvent être
décrits comme étant une bombe à étage multiples (Figure 1). Et telle une vraie bombe, elle
contient aussi plusieurs substances
explosives.

Les différents niveaux de cette «bombe» se
mettent en action les uns après les autres.
Le facteur déclencheur est le marché de
erl’immobilier américain, il constitue le 1 étage
de la fusée.
Les banques se séparent des crédits et ces
derniers sont transformés en titres (titrisation)
où le risque est impossible à évaluer
correctement de par la complexité de la nature
des subprimes. Figure 1: bombe a étages multiples des subprimes
Enfin vient le dernier étage de la bombe où les agences de notations ont joué un rôle majeur
dans le dispositif.
A noter que les différentes notions expliquées ici seront examinées plus en détail dans la
suite du travail.
Notion de la fusée : (Lacoste, 2009 p. 48)
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Partie I : Comment en est-on arrivé là ?
La dérégulation
Après la grande dépression, le secteur financier était très règlementé. La plupart des
banques étaient locales et avaient l'interdiction de spéculer avec l'épargne de leurs clients.
Les Etats-Unis ont vécu 40 années de croissance sans aucune récession. Samuel Hayes,
professeur en Investment Banking à la Harvard Business School nous dit que « l’entrée en
bourse se faisait seulement pour les sociétés en noms collectifs réunissant plusieurs asso-
ciés amenant eux-mêmes les liquidités ». Paul Volcker, ancien secrétaire au Trésor améri-
cain et dirigeant de la FED de 1979 à 1987 nous informe que son salaire durant toutes ces
années n’a été que de 45'000$ par an.
En 1981, lors de la nomination du CEO (Chief executive officer, en français : directeur géné-
ral) de la banque d'affaires Merrill Lynch, Donald Regan au poste de secrétaire au Trésor,
une période de dérégulation financière commença sous l'administration Reagan avec l'aide
d'économistes et de lobbyistes. A titre d’exemple, Merrill Lynch passa de 110 employés et
12 millions de fonds en 1972 à 50'000 employés et des centaines de milliards de fonds en
2008. L’administration du président Ronald Reagan démarra une période de 30 ans de
dérégulation financière sans frontières.
Certains experts (Patrick Artus, 2008) s’accordent à dire que le point de départ semble être
l’excès de liquidité au niveau mondial (paradoxalement, la crise actuelle se caractérise aussi
par un assèchement de la liquidité sur lequel nous reviendrons). Si l’on prend, par exemple,
le rapport entre la masse monétaire au sens strict et le PIB pour six grands pays ou zones
monétaires (États-Unis, zone Euro, Japon, Chine, Royaume-Uni et Canada), on constate
qu’il passe de 18 à 20 % en moyenne sur la période 1980-2000 à plus de 26 % à partir de
2002, pour atteindre près de 30 % en 2006-2007.
Les facteurs d’augmentation de la liquidité sont aussi bien exogènes qu’endogènes. Parmi
les facteurs exogènes, on peut citer au moins pour la période récente, la progression très
rapide des réserves de change des banques centrales des pays émergents (la Chine en
particulier) et des pays exportateurs de matières premières. Or cette augmentation des ré-
serves n’est que partiellement stérilisée. L’augmentation des réserves est due à d’importants
excédents commerciaux et à un fort taux d’épargne dans ces pays qui connaissent des taux
de croissance élevés depuis plusieurs années (ce rattrapage a par ailleurs contribué à limiter
le ralentissement de la croissance dans les pays de l’OCDE depuis 2000).
Parmi les facteurs endogènes, on trouve naturellement l’expansion du crédit (dont les
causes sont à rechercher dans la croissance, la baisse des taux d’intérêts réels, les innova-
tions financières) qui a nourri également la liquidité mondiale.
Quelles qu’en soient les raisons, cette liquidité abondante aurait pu susciter des risques in-
flationnistes, mais ils apparaissent sous contrôle en raison de la crédibilité acquise par les
banques centrales.
Les années suivantes, les caisses d'épargne et de crédit commencèrent à faire des place-
ments à risques avec l'argent de leurs épargnants. Et plusieurs faillites s’en sont suivies avec
la perte des épargnes de nombreux particuliers et des milliers de cadres de sociétés ont été
emprisonnés, dont un célèbre Charles Keating qui a été condamné pour fraude. Ce banquier
était très lié avec un économiste du nom d'Alan Greenspan qui louait les pratiques de spé-
culation de Keating auprès de régulateurs Américains.
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Après ces événements, Alan Greenspan fut nommé président de la banque nationale améri-
caine, la Réserve fédérale et le restera sous l'administration Clinton et Bush jusqu'en janvier
2006.
Selon Myret Zaki (Zaki, 2008 p. 33), ces dernières années de tous les excès aux Etats-Unis
sont dues à Alan Greenspan. Ce serait lui qui aurait semé de ses mains les germes de la
crise des hypothèques à risques en rendant le système financier chroniquement instable en
favorisant des pratiques prédatrices dans l'industrie du crédit, et des stratégies d'investisse-
ment à hauts risques, basées sur l'usage du levier financier.
Sous l'administration du président démocrate Clinton, la dérégulation continua avec la nomi-
nation de hauts cadres et directeurs de grandes banques d'affaires à des postes importants
dans le monde politique. A la fin des années 1990, le secteur financier était partagé entre
plusieurs grandes firmes financières. Cela empira en 1998 lors de la fusion entre Citicorp et
Travelers pour former le plus grand conglomérat financier du monde, Citigroup. Cette fusion
violait la loi Glass-Steagall qui a été instaurée en 1933 durant la grande dépression. Celle-ci
instaurait l'incompatibilité entre le métier de banque de dépôt et de banque d'investissement
mais créa aussi l'assurance des dépôts bancaires. Le directeur de la FED n'a rien fait pour
empêcher ce rachat et accorda une dérogation. Une année plus tard, le congrès américain
vota une loi qui abrogea cette première et permis à d'autres grands groupes financiers de
fusionner également.
Durant ces années, de nouveaux produits financiers complexes, les produits dérivés, virent
le jour, notamment grâce aux avancées technologiques. Qualifiés « d'armes de destructions
massives » par le célèbre investisseur Warren Buffet. Ces dérivés dont les économistes et
banquiers affirmaient qu'ils stabilisaient les marchés, ont eu un effet inverse et poussèrent au
risque. Plusieurs politiciens américains et personnes issues du droit, dont Brooksley Born,
ont tentés de réguler ce marché mais ont échoués après les recommandations négatives de
Greenspan et du secrétaire du Trésor ainsi que de la pression des banquiers et lobbyistes.
En l'an 2000, le congrès vota une loi contre les régularisations des produits dérivés. Durant
cette année, une bulle Internet se forma et fut aggravée par les banques d'affaires. Une an-
née plus tard, un crash suivit et causa 5 milliards de dollars de pertes. Cette même année,
plusieurs grands événements eurent lieu. Tout d'abord, l'entrée en fonction de
George W. Bush en tant que président des Etats-Unis d'Amérique. A ce moment-là, le sec-
teur financier n'a jamais été autant concentré qu'auparavant. Plusieurs soupçons planèrent
sur les banques d’affaires américaines, notamment pour évasion fiscale.
En 2001, cinq leaders américains se partagent le marché des banques d’affaires :
 Goldman Sachs
 Morgan Stanley
 Lehman Brothers
 Merrill Lynch
 Bear Sterns
Parmi ces cinq banques d’investissement américaines, il faut savoir que les trois dernières
ont disparus ou ont été rachetées avec l'aide de l'Etat américain.
Mais aussi deux conglomérats financiers :
 Citigroup
 JP Morgan

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Egalement trois compagnies d'assurance :
 AIG
 MBIA
 Ambac

Enfin trois agences de notation :
 Standard & Poor's
 Moody's
 Fitch
Banques d'affaire européennes:
 UBS
 Crédit Suisse
 Deutsche Bank
 PNB Paribas
 Fortis Banque
 Société Générale
Ces quatre secteurs sont tous liés dans la chaine de titrisations.

Chaine de titrisation

Chaine de titrisation



Banque Agences de
Prêteurs Investisseur Emprunteurs d'investissement Rating
Empruntent Achètent Prêtent Emettent Notent
/Paient /Reçoivent
Prêt hypothécaire
AAA

Prêt étudiant
CDO BBB Leasing

Carte de crédit BB


Intérêts hypothécaires

Figure 2: chaine de titrisation
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Partie II : La bulle [2001-2007]
L'excès du crédit aux USA
eDans les pratiques en vigueur jusqu’à la fin du 21 siècle, les emprunteurs s’acquittaient des
intérêts de leurs dettes hypothécaires directement auprès des prêteurs. C'était le principe de
prudence qui s’appliquait. Les crédits s’étalaient sur des décennies et les instituts financiers
prenaient le temps de choisir des personnes solvables.
Tout commença par le souhait d'Alan Greenspan de vouloir sortir l'économie américaine
d'une probable récession provoquée par l'éclatement de la bulle Internet en mars 2000.
Renforcée par les
attentats du 11
septembre 2001, il
abaissa onze fois le taux
d'intérêt directeur de la
FED durant la seule an-
née 2001 (Figure 3).
Dans le livre de Patrick
Castex traitant de la crise
du capitalisme nous pou-
vons lire : « Les bas taux
d'intérêt qui ont suivi la
crise boursière de 2000 à
2003 ont permis un boom
de l'immobilier, pas
seulement aux Etats-Unis
Figure 3: mouvements des taux d'intérêt de la Banque centrale américaine mais singulièrement dans
(Source: Wikipedia.org) ce pays. Ce bas niveau
des taux est soit la consé-
quence de la chute des taux de profit induite par la crise réeIle après 2000 (en fait une stag-
nation de l'activité plus qu'une récession), soit ceIle de la baisse des taux directeurs de la
FED pour lutter contre l'éclatement de la buIIe boursière, soit les deux à la fois.» Ceci nous
indique donc indirectement pourquoi les américains ont eu, à cette période, un accès si facile
à la propriété.
Avec un accès aussi facile au crédit, tout le monde peut acheter, et tout le monde achète.
S’ensuit donc naturellement une augmentation des prix de vente. Entre 2001 et 2007 le mar-
ché a ainsi explosé. Cette bulle des prix de l’immobilier allait de pair avec les profits à Wall
1Street. Des «profits fictifs et plutôt basé sur le modèle de la chaîne de Ponzi » selon les
termes de Martin Wolf, économiste au « Financial Times ».
George Soros (« La Vérité sur la crise financière », 2008) rapporte ainsi que certains prêts
sont dits « NINJA». Ce qui signifie en anglais « No Income No Job or Asset», traduit littéra-


1
Charles Ponzi a donné son nom à cette escroquerie célèbre qui a pour objectif d'attirer des investisseurs en
leur proposant un rendement supérieur au marché. Les revenus perçus par les investisseurs proviennent en
réalité des sommes d'argent versées par les nouveaux investisseurs. Les nouveaux financent les anciens.
L'exemple le plus frappant est celui de Bernard Madoff. Ce dernier a développé une chaîne de Ponzi sur près
de 50 années, de 1960 à la crise financière de 2008. (Edubourse.com, 2009)
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lement en français par sans revenus, sans travail et sans patrimoine. C'est-à-dire que ces
prêts sont accordés à des emprunteurs remplissant ses conditions. Selon Sylvie Taccola-
Lapierre (Taccola-Lapierre, 2007 p. 53), cela permet d’endetter un ménage sans
véritablement étudier sa situation financière. Ces crédits sont adressés essentiellement aux
minorités ethniques et aux couches les plus défavorisées de la population. Ils ont touché
plus particulièrement cinq Etats américains (Californie, Floride, Michigan, Ohio et Géorgie).
Les crédits furent très souvent octroyés, pour les deux premières années, à un taux d’appel
fixe maintenu bas (près de 1,5% dans certains cas) puis à un taux variable indexé notam-
ment sur le taux d’intérêt de la Réserve Fédérale pour la durée restant à courir (ibidem).
Le problème, c’est qu’en relevant ses taux d’intérêt, la FED a généré un retournement de
tendance. Quand les taux montent et que les crédits sont à taux variables, les populations
les plus fragiles ne peuvent plus assumer la charge de leur dette. Elles font défaut, leurs
biens sont vendus, accélérant encore la baisse des prix immobiliers.
Ces crédits hypothécaires, très risqués, se sont développés très rapidement pour atteindre
entre 500 et 600 milliards de dollars par an (ibidem).
De 2003 à 2005, le volume de la dette hypothécaire américaine a augmenté de 3700
milliards de dollars, soit l'équivalent de toutes les hypothèques existantes en 1990 (Zaki,
2008 p. 35). Comme le souligne très bien Olivier Lacoste dans son ouvrage, les signes
avant-coureurs devraient être repérés relativement facilement. En effet, on peut distinguer
deux évènements récurrents qui sont présents dans la quasi-totalité des crises. A savoir une
phase d'allégresse, d'euphorie et une phase ou le crédit est largement facilité (op. cit.).
Malheureusement, le prêt hypothécaire à risque peut paraitre très éloigné à la fois de l’intérêt
du client et de celui de la banque (Taccola-Lapierre, 2007 p. 53).
Principe de la titrisation
Dès 2002, dans les nouvelles pratiques qui découlent de la dérégulation, les banques et les
traders, afin d’augmenter leurs profits, mettent en place un système de titrisation, les sub-
primes, des crédits hypothécaires octroyés aux particuliers.
Dans sa définition de la titrisation, Olivier Lacoste (Lacoste, 2009 p. 49) nous relate ainsi que
des prêts de toutes natures sont ainsi regroupés et transformés en produits financiers négo-
ciables. Il s’agit donc de cette titrisation. D’autre part, les titres liquides vendus ne présentent
pas tous le même degré de risques°: cela dépend du crédit sous-jacent. Les titres sont
découpés en tranches différenciées selon leur exposition au risque. Ainsi, il y a non seule-
ment titrisation, mais aussi « structuration ». Du fait de la complexité des montages, on se
rend compte que certains titres sont construits sur d’autres titres eux-mêmes assis sur des
crédits.
Les banques et les traders créent des produits dérivés complexes en intégrants d’autres
crédits de toute nature : des leasings automobiles, des crédits étudiants ou encore des
dettes de carte de crédit. « Ainsi les banques, pour se refinancer, ne gardent pas leurs cré-
dits immobiliers: ils les titrisent, c'est-à-dire transforment les crédits bancaires non
négociables de leur actif en titres négociables sur les marchés, lesquels vont donc se pro-
mener partout.
Les banques «structurent» ces crédits en « véhicules de financement », en petits paquets de
titres obligataires offerts sur les marchés financiers. Le risque se dilue, et les banques se
refont donc en plus des liquidités leur permettant de continuer à prêter. » (Castex, 2008 p.
177)

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Ces produits dérivés sont réunis sous l’appellation de « Collateralized debt obligation » ou
CDO. « Un CDO, en français : « obligation adossée à des actifs », est une structure de titri-
sation d'actifs financiers de nature diverse. Il s'agit de titres représentatifs de portefeuilles de
créances bancaires ou d'instruments financiers de nature variée. Au même titre que la
titrisation et les dérivés de crédit, ces produits de finance structurés sont issus de montages
complexes, répondant à différents besoins tels que réduire les coûts de refinancement, ex-
ploiter des opportunités d'arbitrage et surtout se défaire du risque de crédit. » (Wikipedia.org)
Les produits d’investissements sont ensuite revendus par les banques d’affaires aux inves-
tisseurs. Ainsi, par ce phénomène, on rembourse son hypothèque et les intérêts de celle-ci à
des investisseurs inconnus qui n’ont comme but que le profit au détriment de leurs clients.
Les fonds propres demandés par les prêteurs aux acquéreurs sont minimes (0.7%) et de très
gros risques de défauts sont pris par les traders afin de maximiser leurs profits en prêtant
99.3% en dette hypothécaires à des taux variables.
A ce moment-là, selon les différentes explications de Myret Zaki (Zaki, 2008 p. 21), l'UBS,
qui est ce que Swissair était à l'industrie aérienne jusqu'en 2001, c'est-à-dire un symbole de
perfection dans leur domaine la gestion de fortune, voulait utiliser les subprimes comme
tremplin pour devenir la banque d'investissement numéro une aux Etats-Unis.
Tout d'abord, M. Ospel, alors PDG d'UBS, fut impressionné par les résultats stellaires que
généraient les traders réunis sous la direction de John Costas entre 2001 et 2005. Il créa
cette dernière année une unité spéciale en un fonds spéculatif nommé Dillon Read Capital
(DRCM). Celui-ci devait générer des profits pour le compte propre de la banque, puis pour
les clients externes à la banque. Au final, UBS possédait deux unités, leur banque d'investis-
sement et leur fond spéculatif. Ces dernières agissaient de la même manière, à savoir faire
le plus de profit sur la finance immobilière aux USA. (loc. cit)
Cette pratique a conduit à un afflux de capitaux dans les chaînes de titrisation. Par la même
occasion, les ventes de ces derniers augmentèrent et poussèrent vers le haut les prix de
l’immobilier. Ce qui créa inévitablement une bulle immobilière qui sera, par la suite, la plus
grande de l’histoire. Entre 1996 et 2006, le prix de l’immobilier doubla littéralement
(augmentation de 194%). Les subprimes prêtées passèrent de 60 milliards à 600 milliards
par an. Les profits des banquiers suivèrent la même courbe et Countrywide, pour 97 milliards
de subprimes prêtés, dégage 11 milliards de profits. A titre d’exemple, le CEO de Lehman
Brothers a touché près de 458 millions de dollars de bonus. En 2007, UBS était le troisième
émetteur de CDO, derrière Merrill Lynch et Citigroup et continuait à s'engager fortement sur
cette voix. Alors qu'il annonçait pour deuxième trimestre de 2007 selon un article de
swissinfo.ch (Swiss Info et Agences, 2007) un bénéfice record de 5.6 milliards qui a dépassé
largement les attentes des analystes.
Robert Gnaizda, président de Greelining, une association de consommateurs, s’entretient à
plusieurs reprises avec Alan Greenspan, le président de la FED. A sa surprise, ce dernier
reconnait que les produits dérivés sont extrêmement compliqués et que « même avec un
doctorat de mathématiques, il n’est pas aisé de définir quel produit est bon ou mauvais ».
L’effet de levier
Un autre élément de dérégulation précipite le monde financier dans la crise. Ce dernier
s’appelle « l’effet de levier ». « L'effet de levier étant l'effet sur la rentabilité financière d'un
recours plus ou moins important à l'endettement, à partir d'une rentabilité économique don-
née » (Wikipedia.org). Le ratio entre l’argent emprunté et les fonds propres des banques
passe de 3 :1 à 15 :1, le plafond, en très peu de temps. Les lobbyistes et les financiers
mettent la pression sur les politiques afin d’assouplir ce ratio. En 2004, cette tentative
réussie et la relation entre l’argent emprunté et les fonds propres passe à 33 :1. Dans cette
situation, une simple baisse de 3% des liquidités conduirait la banque à la faillite.
Par°exemple, les fonds propres de l'UBS ne représentaient que 1.6% du total des actifs.
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Cela signifie qu'elle avait investi soixante fois ses fonds propres, ce qui représentait l'effet de
levier le plus élevé du secteur bancaire. En comparaison avec tout d'abord sa concurrente
suisse (Crédit Suisse) qui avait des fonds propre qui pesaient 2.3% des actifs totaux alors
que la moyenne en Europe était de 2.2%. Cet effet de levier permet aux banques d'afficher
des rendements mirobolants comme UBS en 2006 qui était à plus de 25%.
Selon un analyste de Morgan Stanley " le levier explique à lui seul près de la moitié de la
croissance des rendements des fonds propres des banques d'affaires entre 2003 et 2007".
(Zaki, 2008 p. 73)
Selon la Réserve Fédérale, les banques commerciales américaines ont dégagé collective-
ment un bénéfice avant impôt de 189,3 milliards de dollars en 2006, contre 165,9 milliards en
2005 (+14,10%). Sur ce montant, plus d'un quart provient des commissions liées à la
titrisation des crédits hypothécaires (Taccola-Lapierre, 2007 p. 54).
Credit default Swap (CDS) - AIG
Un autre acteur, AIG, rentre en considération dans le monde complexe de la finance. Cette
entreprise est le plus grand assureur américain et met en place une couverture de défail-
lance sous forme de police d’assurance trimestrielle sur les produits dérivés grâce à
l'autorisation de juin 2005 de l'Association internationale des swaps et dérivés (ISDA). Ce
nouveau marché a donné un nouveau coup d'accélérateur à la spéculation sur le marché
immobilier (Zaki, 2008 p. 130). En règle générale, on ne peut assurer que ce que l’on pos-
sède. A contrario, dans les produits dérivés, il est possible de déroger à cette règle et
assurer quelque chose que l’on ne possède pas. En effet, les produits financiers assurés par
AIG envers les différentes banques (Goldman Sachs, Lehman Brothers, etc...) sont selon
Myret Zaki (ibidem) des contrats qui permettent à l'investisseur d'échanger son risque de
crédit contre un taux fixe.
En cas de défaut de paiement, AIG doit non seulement payer la somme promise aux
banques mais également aux investisseurs qui se sont greffés dans les produits montés par
l’assureur américain. Aucune provision n’est mise en place pour couvrir une éventuelle perte
et des sommes très conséquentes sont versées aux employés sitôt les contrats de vente des
produits AIG conclus. Ces papiers valeurs permettent à certaines banques de spéculer sur
un possible défaut d'une banque ou une chute des CDO. Plusieurs banques américaines
comme Goldman Sachs et Morgan Stanley ont pris une position sur une possible chute du
marché immobilier grâce à ces Credit Default Swap.
Les agences de notation
Les agences de notation citées plus haut tiennent un rôle important pour les CDO. Elles les
évaluent et les notent bien souvent en AAA, soit la meilleure note possible pour un place-
ment. Ceci assure la bonne notoriété des produits financiers et ces derniers sont donc parti-
culièrement prisés par les fonds de pension, car ils ne peuvent se permettre d’acheter que
des valeurs sûres. Un triple AAA est « sensé » refléter une sécurité pour l’investisseur. Par
ailleurs, il convient de rappeler que les agences de notation ne peuvent être en aucun cas
tenues pour responsables d’une fausse notation. D’après le président de Moody’s, ils ne font
qu’exprimer leur opinion sur un produit. Cependant, durant cette période charnière, les reve-
nus de Moody’s quadruplent. En effet, ces derniers reçoivent de fortes sommes afin de bien
noter des produits qui ne le sont pas forcément.
Les agences de notation, Standard & Poor's, Moody's et Fitch sont considérées coupables
par la rédactrice en chef du magazine Bilan (Zaki, 2008 p. 58) en mettant des notes at-
trayantes sur les titres subprimes.
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