Les migrations des jeunes diplômés : mythes ou réalités régionales

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Des idées largement répandues diffusent une image caricaturale du phénomène migratoire régional : le Nord-Pas-de-Calais connaît une émigration massive, les jeunes actifs partent occuper un emploi situé ailleurs ou encore la région ne parvient pas à retenir les nombreux étudiants qu'elle forme dans ses universités et ses écoles. La réalité est plus complexe. La région parvient-elle à retenir ses jeunes, particulièrement les plus diplômés ? Cette question appelle une réponse centrée sur les sorties du territoire régional mais conduit aussi à s'interroger sur les entrées, autre composante du solde migratoire. Également importante, l'analyse comparative relativise la situation du Nord-Pas-de-Calais par rapport aux autres régions françaises.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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NORD-PAS-DE-CALAIS
N°3 - MAI 20032,2 €
Les migrations
des jeunes diplômés :
mythes ou réalités régionales
De 1990 à 1999, 8 115 individus de la géné-
ration 1968 ont quitté le territoire régional,
ce qui correspond à un taux annuel de
sortie de 22,9‰. Le diplôme est un déter-
minant de la mobilité. En effet, le taux de
Des idées largement répandues diffusent sortie augmente avec l’élévation du niveau
de diplôme. Il atteint un maximum pour les
une image caricaturale du phénomène migratoire diplômés de niveau bac + 4 et plus : 62‰.
La profession exercée par les diplômés
régional : le Nord-Pas-de-Calais connaît nuance cette relation. Les diplômés occupant
un emploi de cadre ont une propension
une émigration massive, les jeunes actifs partent plus forte à quitter le territoire que les
diplômés occupant un emploi dépendantoccuper un emploi situé ailleurs ou encore de la catégorie “professions intermédiaires“.
la région ne parvient pas à retenir les nombreux
LE NORD-PAS-DE-CALAIS
étudiants qu’elle forme dans ses universités RETIENT MIEUX SES JEUNES QUE
LES AUTRES RÉGIONS FRANÇAISESet ses écoles. La réalité est plus complexe.
Par rapport aux autres régions françaises,La région parvient-elle à retenir ses jeunes,
le Nord-Pas-de-Calais n’est pas sujet à une
fuite massive de ses jeunes. Le Nord-Pas-de-particulièrement les plus diplômés ?
Calais affiche le plus faible taux de sortie de
toutes les régions françaises. Ce rang illustreCette question appelle une réponse centrée
l’ancrage, souvent évoqué, de la population
à son territoire. Des régions telles Midi-sur les sorties du territoire régional mais conduit
Pyrénées, Aquitaine, Languedoc-Roussillon,
dont la réputation est d'être des régionsaussi à s’interroger sur les entrées, autre composante
attractives d’où l’on part peu, présentent
un taux de sortie plus élevé. L’analyse pardu solde migratoire. Également importante, l’analyse
niveau de diplôme apporte quelques
nuances à ce constat. Le Nord-Pas-de-Calaiscomparative relativise la situation
se maintient au dernier rang des régions
françaises pour le taux de sortie de la popu-du Nord-Pas-de-Calais par rapport aux autres
lation faiblement diplômée (niveau inférieur
au baccalauréat). La situation est un peurégions françaises.
différente pour les plus diplômés (bac + 4 et
plus). La dernière place est occupée par l’Île-Chantal Dutilleul - Vincent Houillon
de-France dont le taux de sortie devient
SER VICE ÉTUDES DIFFUSION
inférieur à celui du Nord-Pas-de-Calais.
INSEE NORD-PAS-DE-CALAIS - 130, AVENUE DU PRÉSIDENT J.F. KENNEDY - 59034 LILLE CÉDEX - TÉL. : 03 20 62 86 29 - TÉLÉCOPIE : 03 20 62 86 00N°3
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Plusieurs régions à fort potentiel écono- DES ENTRÉES DES DIPLÔMÉS PEU NOMBREUSES DANS LE NORD-PAS-DE-CALAIS
mique (Rhône-Alpes, Bretagne, Provence-
Taux d’entrée annuel des diplômés bac + 4 et plus
Alpes-Côte d’Azur), éloignées de Paris,
retiennent relativement bien leurs diplômés.
Par contre, les régions proches de l’Île-de-
France (Centre, Bourgogne, Picardie) ou
celles dont le réseau urbain n'est pas dominé
par une grande capitale régionale
(Limousin, Auvergne, Poitou-Charentes)
sont davantage touchées par les effets de
la “fuite de cerveaux”.
L’ÎLE-DE-FRANCE, DE LOIN
LA PREMIÈRE DESTINATION
DES JEUNES NORDISTES
L’Île-de-France se place de loin au premier
rang des destinations des jeunes Nordistes
qui ont quitté la région Nord-Pas-de-Calais
entre 1990 et 1999. Un tiers d’entre eux
s’y sont installés. Le poids de la destination
francilienne dans les départs varie cependant
selon le niveau de diplôme et la profession © IGN - Insee 2003
Source : Insee - Recensement de la population 1999exercée. Il est de 25% seulement pour les
Champ : génération 1968, bac + 4 et plus en 1999
jeunes qui possèdent un niveau de diplôme
inférieur au bac mais de plus de 40% pour LE NORD-PAS-DE-CALAIS RETIENT RELATIVEMENT BIEN SES JEUNES DIPLÔMÉS
les diplômés bac + 4 et plus occupant un Taux de sortie annuel des diplômés bac + 4 et plus
emploi de cadre en 1999.
Loin derrière l’Île-de-France, les régions
Picardie, Rhône-Alpes et Provence-Alpes-
Côte d’Azur accueillent chacune environ
10% des émigrants nordistes de la géné-
ration 1968. Elles devancent largement les
autres régions françaises. L'analyse selon le
niveau de diplôme ou selon le type d’emploi
exercé ne modifie pas significativement ce
classement.
EN REVANCHE,
LE NORD-PAS-DE-CALAIS ATTIRE
TRÈS PEU LES JEUNES DE L’EXTÉRIEUR
Le Nord-Pas-de-Calais a peu attiré les jeunes
des autres régions françaises, 4 178 jeunes
de la génération 1968 sont venus s’y installer,
soit 4 000 de moins que l’effectif de ceux qui
© IGN - Insee 2003
l’ont quitté. Pour l’ensemble de cette géné- Source : Insee - Recensement de la population 1999
Champ : génération 1968, bac + 4 et plus en 1999ration, le taux d’entrée s’élève à 15,4‰.
LA MOBILITÉ AUGMENTE AVEC LE NIVEAU DE DIPLÔME
Taux d’entrée et de sortie de la génération 1968 selon le niveau de diplôme
%
70
Taux annuel d'entrée
60
Taux annuel de sortie
50
40
30
20
10
0
Ensemble Diplômés Diplômés Diplômés Diplômés
< bac bac bac + 2 bac + 4 et plus
Source : Insee - Recensement de la population 1999N°3
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Comme pour les sorties, la propension à UNE ATTRACTIVITÉ FAIBLE DU NORD-PAS-DE-CALAIS
entrer dans le territoire régional s’élève
Migrations résidentielles de l’ensemble de la population (1990-1999)
avec le niveau de diplôme.

Pour chaque niveau de diplôme, le Nord- 30
Pas-de-Calais se place en queue de classe-
ment. Pour les diplômés d’un niveau
inférieur au baccalauréat, le taux d’entrée 25
CENTREest très faible (9‰), très éloigné de celui
LANGUEDOC-ROUSSILLONdes autres régions françaises dont la valeur
PICARDIEÎLE-DE-FRANCE
LIMOUSINse situe entre 15‰ pour la Lorraine et BOURGOGNE
POITEAU-CHARENTES
20 CHAMPAGNE-ARDENNE BASSE-NORMANDIE CORSE36‰ pour le Languedoc-Roussillon. Un
PROVENCE-ALPES-CÔTE D'AZURHAUTE-NORMANDIEécart important est constaté également AUVERGNE MIDI-PYRÉNÉESPAYS DE LA LOIREpour les diplômés bac + 4 et plus. Le taux AQUITAINEFRANCHE-COMTÉ
BRETAGNE
régional de 48‰ se situe en net retrait par 15 LORRAINE
RHÔNE-ALPESrapport autres régions, même par rapport
ALSACEà la Lorraine qui occupe l’avant-dernière
place du classement avec un taux d’entrée NORD-PAS-DE-CALAIS
10de 56‰.
À quelques nuances près, l’origine géo-
graphique des entrants est proche de celle 5
des sortants. La différence principale réside 510 15 20 25 30 ‰
dans le rôle des deux régions les plus liées
Taux annuel d'entrée
au Nord-Pas-de-Calais. Ainsi, par rapport à
la répartition des sorties, la contribution de Migrations résidentielles des diplômés bac + 4 et plus, tous âges confondus (1990-1999)
l’Île-de-France dans les entrées est-elle
‰moindre (26%) alors que celle de la Picardie
apparaît plus importante (15,3%). Alors 65
PICARDIEque le rôle de l’Île-de-France s’affirmait CENTRECHAMPAGNE-ARDENNE
dans les sorties de diplômés de niveau bac 60
POITOU-CHARENTES+ 4 et plus, son rôle s’affaiblit au contraire BOURGOGNE
LIMOUSINdans les entrées de cette catégorie de BASSE-NORMANDIE
55 HAUTE-NORMANDIEpopulation (23%).
PAYS DE LA LOIRE
FRANCHE-COMTÉ
50 AUVERGNEUNDÉFICIT MIGRATOIRE
BRETAGNE
LANGUEDOC-ROUSSILLON
QUI S’ACCENTUE AVEC LE NIVEAU AQUITAINE45
LORRAINE MIDI-PYRÉNÉESDE DIPLÔME
ALSACE40
La faiblesse des entrées se révèle détermi- RHÔNE-ALPES CORSE
nante dans le déficit migratoire. Entre 1990 NORD-PAS-DE-CALAIS PROVENCE-ALPES-CÔTE D'AZUR
et 1999, le solde migratoire de la génération 35
1968 a été déficitaire de 3 937 individus,
ce qui correspond à un taux de migration 30
ÎLE-DE-FRANCEnette annuel de -7,6‰, valeur qui place le
Nord-Pas-de-Calais en bas du classement
25
des régions françaises. Plusieurs régions se
25 30 35 40 45 50 55 60 65 ‰
trouvent dans une situation proche de celle
Taux annuel d'entréedu Nord-Pas-de-Calais, les jeunes étant plus
nombreux à quitter leur région de résidence Source : Insee - Recensement de la population 1999
DES SORTIES PLUS NOMBREUSES QUE LES ENTRÉES
Entrées et sorties (1990-1999) selon le sexe et le niveau de diplôme - Génération 1968
Hommes Femmes
Diplômés
bac + 4 et plus
Diplômés bac + 2
Sorties
Diplômés bac Entrées
Diplômés < bac
1 500 1 000 500 500 1 000 1 5000
Source : Insee - Recensement de la population 1999
INSEE NORD-PAS-DE-CALAIS - 130, AVENUE DU PRÉSIDENT J.F. KENNEDY - 59034 LILLE CEDEX - TÉL. : 03 20 62 86 29 - TÉLÉCOPIE : 03 20 62 86 00
Taux annuel de sortie
Taux annuel de sortieN°3
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que ceux qui, en quelque sorte, viennent une capacité bien inférieure à retenir uniquement les jeunes, diplômés ou non,
les remplacer. L’Île-de-France et la région leurs diplômés. Par contre, l’excédent mais l’ensemble de la population régionale.
Provence-Alpes-Côte d’Azur sont les deux migratoire de l’Île-de-France en jeunes Relativement à l’effectif de sa population rési-
régions qui bénéficient le plus des diplômés est considérable. L’échange est dente, le Nord-Pas-de-Calais est une région
échanges migratoires interrégionaux de la également positif pour deux régions limi- que l’on quitte peu et où l’on s’installe peu.
génération 1968. trophes de l’Île-de-France, la Haute- Mais l’élévation du niveau de diplôme
Normandie et la Picardie, phénomène qu’il entraîne une augmentation relative du
Exprimé en valeur relative, le déficit migra- faut mettre en relation avec l’intensification déficit migratoire. Les jeunes diplômés sont
toire s’accentue avec l’élévation du diplôme. des navettes de diplômés résidant dans ces plus mobiles et le “marché” des diplômés
Qu’ils soient cadres ou exerçant une pro- régions mais travaillant dans les pôles a une dimension nationale. Les courants
fession intermédiaire, le type d’emploi d’emplois situés en Île-de-France. migratoires sont cependant limités à
occupé par les plus diplômés de cette géné- quelques grandes directions. La région
ration ne modifie pas la relation. Le taux de L’”exode des cerveaux” est une expression Île-de-France en est la principale bénéficiaire.
migration nette du Nord-Pas-de-Calais bien exagérée pour qualifier la situation
atteint -14,1‰ pour les diplômés de niveau migratoire régionale. Le Nord-Pas-de-Calais Ces constats soulèvent la question de
bac + 4 et plus. Le Nord-Pas-de-Calais n’est parvient à mieux retenir ses jeunes que les l’offre régionale en emplois qualifiés car
cependant pas dans la situation la plus autres régions françaises. Son manque le déséquilibre du marché du travail et
défavorable, plusieurs régions (Lorraine, d’attractivité constitue sa principale faiblesse. l’insuffisance de l’offre se traduisent en
Auvergne, Bretagne, Aquitaine) ayant Ces caractéristiques ne concernent pas partie par la migration.
POUR COMPRENDRE CES RÉSULTATS
À l’aide d’une méthode spécifique suivant une génération de jeunes Indicateurs utilisés
adultes au cours de la dernière période intercensitaire, les caractéristiques soit : - Im = entrants dans la zone (population résidant dans la zone
migratoires du Nord-Pas-de-Calais sont analysées, particulièrement celles d’étude en 1999 et hors de la zone, en métropole, en 1990) ;
des jeunes actifs et des diplômés. - Em = sortants de la zone (population ré
d’étude en 1990 et hors de la zone, en métropole, en 1999) ;
- S = stables de la zone (population résidant dans la zone en 1990Les migrations résidentielles sont déterminées à partir des données du
et 1999) ;recensement de la population de 1999. La réponse à la question “où
er - P = population moyenne de la zone = S + (IM+Em)/2 ;habitiez-vous au 1 janvier 1990 ?” permet d’étudier les déplacements
- t = durée de la période (9,184 pour 1990-1999).de la population entre les deux derniers recensements. Les habitants
- solde migratoire : c’est la différence entre les entrées et les sortiesayant quitté la France sont exclus. Les déplacements multiples et les
de la zone.retours ne sont pas mesurés. Le nombre d’informations sur les migrants
- taux annuel de migration nette (en ‰) : c’est le rapport duest donc inférieur au nombre réel de migrations. Pour estimer les taux
solde annuel moyen à la population moyenne de la zone. annuels d’entrée et de sortie permettant de comparer des zones entre
txnet=(((Im - Em) /t) / P) * 1 000elles, un modèle de comportement est utilisé. À l’aide de quelques para-
- taux annuel d’entrée ou de sortie dans la zone (en ‰) : c’estmètres, il permet de passer d’un nombre de migrants sur une période à
le nombre d’entrants ou de sortants de la zone, annualisé à l’aide d’unun nombre de migrations réellement effectuées.
modèle de comportement afin de tenir compte des migrations multiples
et des retours et rapporté à la population moyenne de la zoneLes caractéristiques individuelles du migrant (âge, catégorie socio-
txim=(Im-(Im-Em)*X1) / Y) / P) *1 000professionnelle, type d’activité, etc.) ne sont connues qu’à la date du
txem=(Em+(Im-Em)*X2) / Y) / P) *1 000recensement de la population de 1999. Il est donc nécessaire de faire
avec X1, X2, Y paramètres estimés pour la période 1990/1999.des hypothèses sur la situation individuelle en 1990 pour interpréter
les parcours migratoires des jeunes diplômés. L’hypothèse vraisem- La nomenclature des PCS
blable, faite dans cette analyse, est que, en 1999, les personnes de la Le niveau le plus abrégé de la nomenclature des professions et
génération 1968 ayant un diplôme de niveau bac + 4 et plus et ayant catégories socioprofessionnelles (PCS) comporte 8 postes dont 6 d’actifs.
donc 22 ans en 1990, faisaient des études supérieures dans la région La catégorie “Professions intermédiaires” comprend les professions
Nord-Pas-de-Calais à cette date puisqu’elles ont déclaré y résider. intermédiaires de l’enseignement, de la santé, de la fonction publique,
Les mêmes techniques appliquées aux générations 1967 et 1969 les professions intermédiaires administratives et commerciales des entre-
donnent des résultats similaires. prises, les techniciens et les contremaîtres.
Pour en savoir plus
• Les migrations internes - Insee - Économie et Statistique n° 344 - 2001 - 4.
• Population, emploi, migrations - Insee - Les Dossiers de Profils, n° 65, décembre 2001.
• Les migrations en France entre 1990 et 1999 - Insee - Insee Première n° 758, février 2001.
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