Flexibilité des horaires de travail et inégalités sociales

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La journée de travail classique (9 h-17 h) ne représente en 1999 qu'une petite majorité des journées travaillées. Depuis 15 ans, trois autres formes d'horaires se développent : les horaires décalés, les longues journées de travail et les horaires émiettés. Ces horaires atypiques vont souvent de pair avec une situation sociale désavantagée. Les salariés qui disposent d'une marge de liberté préfèrent nettement les horaires standard : les horaires atypiques sont par conséquent le plus souvent subis.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Conditions de travail et relations professionnelles 4
Flexibilité des horaires de travail
et inégalités sociales
Laurent Lesnard*
La journée de travail classique (9 h-17 h) ne représente en 1999 qu’une
petite majorité des journées travaillées. Depuis 15 ans, trois autres formes
d’horaires se développent : les horaires décalés, les longues journées de
travail et les horaires émiettés. Ces horaires atypiques vont souvent de pair
avec une situation sociale désavantagée. Les salariés qui disposent d’une
marge de liberté préfèrent nettement les horaires standard : les horaires
atypiques sont par conséquent le plus souvent subis.
enombred’heuresde trente-cinq heures semblerait nature du nouveau rythme ins-
travail et leur répartition avoir accru la variabilité de la ré- tauré, varient selon la positionL dans la journée décrivent partition du travail dans la se- hiérarchique du salarié, son sec-
la dimension temporelle du tra- maineetlemois, selonAfsaet teur d’activité et la taille de son
vail. Jusqu’à présent, ces deux Biscourp (2005) : « Environ 5 % entreprise ».
critères étaient considérés séparé- des salariés des entreprises [du
ment. Depuis les années soixante, secteur privé] qui auparavant tra- Les enquêtes sur l’emploi du
la durée du travail a diminué vaillaient le même nombre de temps, menées en 1985/1986 puis
pour les ouvriers et les employés, jours par semaine avec les mêmes en 1998/1999 par l’Insee permet-
alors qu’elle a augmenté pour les horaires,sontpassésàdesryth- tent de collecter des récits de vie
cadres (Gershuny, 2000 ; Chenu, mes réguliers organisés sur des quotidienne grâce aux carnets
2001). En vingt ans, la flexibilité périodes plus longues que la se- d’emploi du temps (encadré 1). Il
des horaires s’est accrue ainsi que maine, ou ont vu leurs jours ou devient alors possible d’examiner
la fréquence des horaires de tra- leurs horaires de travail varier de l’évolution conjointe de la durée
vail atypiques (Bué et al., 2002). façon erratique […] De plus, l’am- et de la répartition du travail
Plus récemment, le passage aux pleur de cet impact, tout comme la dans la journée.
* Laurent Lesnard fait partie de l’Observatoire sociologique du changement (Sciences-Po, Cnrs) et du Laboratoire de sociologie
quantitative (Crest, Insee).
Données sociales - La société française 371 édition 2006
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4 Conditions de travail et relations professionnelles
Horaires de travail Encadré 1
standard et horaires
Les enquêtes emploi du temps
atypiques
Les enquêtes emploi du temps,me- à telle ou telle activité, le carnet
nées par l’Insee, permettent de re- propose la reconstitution d’une
cueillir les activités et interactions journée (fixée par les enquêteurs).La prise en compte conjointe de
des personnes interrogées pendant Bien que leur précision soit diffé-la durée moyenne du travail et
une journée, grâce au carnet d’em- rente entre les deux enquêtes, les
de sa répartition dans la journée ploi du temps qu’elles remplissent. carnets sont tout à fait compa-
amène à construire quatre gran- rables, du fait des déclarations
Dans l’enquête de 1985-1986, les d’horaires arrondis. Ces reconstitu-descatégoriesd’horaires:lesho-
carnets ont été remplis par une tions fournissent une descriptionraires standard, les horaires
personne de 15 ans ou plus et de simplifiée des structures tempo-
décalés, les horaires extensifs et
son éventuel conjoint par ménage relles de la société française : elles
enfin les horaires irréguliers tiré au sort, entre septembre 1985 permettent d’identifier les activi-
(encadré 2). Cescatégoriespeu- et septembre 1986, et collectés sur tés les plus importantes, de repé-
l’ensemble de la France. La der- rer leurs enchaînements, leursvent elles-mêmes être affinées
nière enquête disponible à ce jour inscriptions dans les contextes fa-pour aboutir à une description
s’est déroulée entre février 1998 et miliaux et plus largement dans les
encore plus précise de la journée février 1999. Cette fois-ci, toutes rythmes sociaux. Les carnets
de travail (figure 1). les personnes de 15 ans ou plus d’emploi du temps ne sont donc
ont été interrogées. pas des décalques de la vie quoti-
dienne mais au contraire de véri-Les horaires standard se carac-
Au lieu de demander directement tables récits de vie quotidienne
térisent par une durée moyenne
des autoestimations de durées, exprimés par les enquêtés dans
proche de 8 heures et par une toujours approximatives, consacrées leurs propres mots.
journée de travail centrée sur
13 heures. Ils sont souvent perçus
comme la référence. Les horaires
atypiques s’éloignent de cette
norme. Par exemple, les journées Encadré 2
de travail décalées ont une durée
La construction
moyenne moindre mais les horai-
d’une typologie d’emplois du temps
res se trouvent déplacés le matin,
Toutes les journées avec au moins semblance des séquences. Ensuite,l’après-midi, le soir ou bien la
un épisode de dix minutes de tra- un algorithme spécifique de classi-nuit. Les journées de travail ex-
vail professionnel ont été considé- fication ascendante hiérarchique
tensives s’étalent sur 11 heures rées comme travaillées. Au lieu de permet de regrouper les horaires
mais sont en revanche plus régu- réduire les horaires de travail à de de travail proches et ainsi d’élabo-
simples durées (budgets-temps), rer une typologie. Pour plus de dé-lières que les journées décalées.
une méthode de comparaison de tails sur cette méthodeEnfin, les journées de travail ir-
séquences permet de construire en d’appariement, voir Lesnard
régulières cumulent souvent ho-
deux étapes une typologie de jour- (2004) et Lesnard et Saint Pol
raires réduits et fragmentés (fi- nées de travail prenant en compte (2004).
gure 1). le nombre d’heures travaillées, ain-
si que leur répartition dans la Deux indicateurs permettent de
journée. décrire une telle typologie : outre
la durée travaillée, la mi-journée
Une journée travaillée La technique utilisée ici est un cas de travail – soit l’heure de la
particulier des Méthodes d’Appa- journéetellequelamoitiédelasur deux avec des
riement Optimal (Optimal Mat- journée de travail a été effectuée –
horaires atypiques ching Analysis) qui permettent permet de repérer les éventuels dé-
d’évaluer le degré de ressemblan- calages avec la mi-journée solaire.
ces de séquences (ici la place du Par exemple, cet indicateur permet
Associé à un tiers des journées travail dans la journée). L’hypo- de voir que la de travail
travaillées en 1999, le « 9 à 5 » thèse principale est qu’il est pos- de « 9 à 5 » est très proche de la
sibledequantifier cette mi-journée solaire. La mi-journéeest l’horaire le plus courant. Cen-
ressemblance par le nombre de de travail ne peut être calculéetré sur 13 heures, il correspond
transformations nécessaires pour pour le travail de nuit puisque la
bien à la journée normale de tra- rendre identique chaque couple de fenêtre d’observation (0 h-24 h)
vail du sens commun (figure 1). séquences. Chaque transformation par définition ne permet d’obser-
a un coût et c’est le coût total mini- ver au mieux qu’une partie du tra-La journée « 8 à 4 », qui corres-
mum qui sert de mesure de la res- vail de nuit.pond à un léger décalage le ma-
tin de cette journée de travail,
Données sociales - La société française 372 édition 2006
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Conditions de travail et relations professionnelles 4
représente 7 % des journées tra- tamment l’accès aux services pu- Centrée autour de 15 heures 30
vaillées en 1999. Enfin, la der- blics et aux commerces. et d’une durée moyenne proche
nièrevariantedelajournée de de 7 heures, cette journée de tra-
travail standard, le « 10 à 7 », est Les journées avec des horaires de vail se déplace le plus souvent
non seulement décalée dans l’a- travail standard représentent vers l’après-midi. Cet horaire cor-
près-midi mais dure 1 heure de 55 % des journées travaillées à la respond à un nombre consé-
plus (14 % des journées travail- fin des années quatre-vingt-dix quent d’emplois à temps partiel
lées en 1999). (figure 1). occupés par des femmes, souvent
peu qualifiés. Le travail de nuit
Cestrois typesdejournées de tra- En revanche, près d’une journée apparaît assez marginal en com-
vail ont en commun une durée de travail sur deux s’éloigne de paraison. Autre forme d’horaires
proche de 8 heures et des horai- cette référence. Une journée de atypiques, les journées extensives
res centrés sur la mi-journée so- travail sur six est en horaires dé- de travail durent 11 heures et re-
laire. Les différences qui les calés : elle se situe en effet le présentent une journée sur neuf
séparent sont toutefois réelles : plus souvent aux marges de la en 1999. Le plus souvent, cette
un décalage d’une heure à l’é- journée de travail normale, l’a- journée commence tard le matin
chelle d’une journée modifie no- près-midi ou encore le matin. et se prolonge le soir : il s’agit en
Figure 1 - Typologie des horaires de travail
1985-1986 1998-1999
Type d'horaire de travail Mi-journée Durée de la Mi-journée Durée de la
Effectifs Effectifs
de travail journée de travail de travail journée de travail
(en %) (en %)
(en heure) (en heures) (en heure) (en heures)
Horaire standard
Standard moyenne 56,5 12 h 59 8 h 26 54,7 13 h 06 8 h 43
1 Journée 8 à 4 7,6 12 h 00 8 h 14 6,8 11 h 53 8 h 22
2 Journée 9 à 5 38,2 12 h 53 8 h 17 33,9 12 h 57 8 h 23
3 Journée 10 à 7 10,7 14 h 01 9 h 09 14,0 14 h 03 9 h 39
Horaire atypique
Décalé 14,4 /// 7h16 16,6 /// 7h16
4 Matin 5,3 9h44 7h39 6,1 9h45 7h44
5 Après-midi 5,4 15 h 32 6 h 46 6,4 15 h 24 6 h 43
6 Soir 2,1 17 h02 7h20 2,5 17 h20 7h04
7 Nuit 1,7 /// 7 h 38 1,6 /// 7 h 56
Extensif 9,1 13 h 57 10 h 29 11,6 14 h 06 11 h 02
8 Matin et après-midi 3,5 12 h 54 10 h 47 4,1 12 h 53 11 h 08
9 Soir 5,6 14 h 38 10 h 18 7,5 14 h 46 10 h 58
Irrégulier 20,0 12 h 50 3 h 45 17,1 13 h 11 4 h 13
10 Fragmenté temps réduit 3,2 13 h 21 3 h 50 2,4 13 h 28 5 h 33
11 temps plein 3,5 12 h 15 8 h 06 4,2 12 h 11 7 h 20
12 Très faible durée 13,3 12 h 52 2 h 14 10,5 13 h 31 2 h 41
Total 100,0 7 h 32 100,0 7 h 58
Champ : actifs occupés avec au moins un épisode de travail de dix minutes.
Lecture : en 1986 les journées de travail de type 2 représentaient 38,2 % des journées travaillées et se caractérisaient par une journée de travail centrée à 12 h 53
et d'une durée de 8 h 17.
Sources : Insee, enquêtes sur l'emploi du temps 1985-1986 et 1998-1999 (calculs de l'auteur).
Données sociales - La société française 373 édition 2006
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4 Conditions de travail et relations professionnelles
fait d’une version « longue » de la standard ont donc tendance à ment des formes standard
journée standard. s’allonger. d’horaires de travail.
En 1999, un salarié sur cinq a Avec 28 % des journées travail- Depuis 1986, les horaires des
deshorairesirréguliersetunsur lées en 1999 contre 23 % en journées atypiques s’éloignent de
dix travaille moins de 3 heures 1986, les horaires décalés et ex- plus en plus des horaires stan-
par jour. Cependant, certains ho- tensifs ont nettement progressé. dard. Une demi-heure de travail
raires de travail plus longs sont Leshorairesdécaléslematinet supplémentaire s’est ainsi ajoutée
émiettés dans la journée, scin- l’après-midi, ainsi que les horai- aux journées les plus longues.
dant le plus souvent la journée res extensifs débordant sur le Depuis les années quatre-vingt,
de travail en deux périodes de soir, ont le plus augmenté. La une remise en cause croissante
travail éloignées le matin et l’a- progression des journées de tra- des deux dimensions normales
près-midi. Pour certains, la durée vail fragmentées, étalées, déca- du temps de travail s’opère.
est proche d’un temps complet lées le matin et l’après-midi est D’une part, les journées de travail
(figure 1). dueenpartieàl’accroissement décalées remettent en cause la
du travail à temps partiel fémi- régularité et dans une moindre
nin qui atteint 29 % en 1996 mesure la durée des horaires
contre 20 % en 1983 (Eurostat). standard. D’autre part, les jour-Une journée de travail
Les emplois à temps partiel qui nées extensives ébranlent quant àqui s’étend et devient
sont apparus au cours de cette elles la durée, mais aussi la régu-
de plus en plus atypique
périodesecaractérisent pardes larité des journées standard. Les
horaires de travail atypiques. Le situations face au temps de tra-
Deux phénomènes remettent en travail de nuit reste stable, alors vail se sont ainsi diversifiées au
cause la prépondérance des ho- que le travail décalé le soir pro- cours des vingt dernières années
raires de bureau : la progression gresse lui aussi. En fin de en France. La norme de la
des horaires flexibles d’une part compte, le travail aux marges de journéedetravail du «9à5»
– h décalés, irréguliers et la journée de travail normale fait place soit à des horaires
réduits –, et l’accélération du s’est accentué entre le milieu des courts mais irréguliers, soit à des
surtravail d’autre part, avec des années quatre-vingt et la fin des horaires plus longs mais dans
journées de plus de 10 heures quatre-vingt-dix, au détri- l’ensemble plus réguliers.
par jour. Ces situations concer-
nent près d’une journée travaillée
sur deux à la fin des années
quatre-vingt-dix. Cette remise en
Encadré 3causedelajournée de travail
L’analyse factorielle du lien entre horaires de travailstandard traduit de profondes
et catégorie socioprofessionnelledifférences sociales. Les horaires
flexibles sont ainsi majoritaire-
La technique de l’analyse facto- représentée horizontalement,
ment réservés aux ouvriers et rielle des correspondances permet permet de préciser le rôle de la po-
aux employés de commerce et de résumer graphiquement les cor- sition dans la hiérarchie sociale
rélations entre position sociale, ap- dans ces différents mondes so-des services, alors que les horai-
prochée par la nomenclature des cioéconomiques. Les meilleuresres lourds mais relativement ré-
professions et catégories sociopro- positions assurent ainsi des horai-
guliers sont surreprésentés chez fessionnelles en 24 postes, et horai- res standard, dont la durée
lescadresetlesprofessionslibé- res de travail. Elle permet ainsi de moyenne s’accroît cependant pour
dresser une sorte de carte des iné- les professions libérales et les ca-rales.
galités temporelles. La première dres. Les horaires décalés, frag-
dimension structurante de cet es- mentés et de faible durée
Entre 1986 et 1999, la journée de
pace, représentée verticalement (fi- prédominent dans le bas de l’é-
travail de « 10 à 7 » s’est déve- gure 3), oppose les travailleurs chelle sociale, mais la forme exacte
loppée au détriment du « 8 à 4 » indépendants et les salariés des de ces journées de travail non stan-
services – où émergent les nouvel- dard dépend de la nature du tra-et surtoutdu«9à 5»,la
les normes d’horaires de travail – vail : horaires « 3×8 » pour lesjournée de travail la plus cou-
aux salariés qui ont des journées ouvriers de l’industrie, horaires dé-
rante. Le«9à5»représenteen de travail calquées sur l’organisa- calés l’après-midi et le soir, frag-
1999 le tiers des journées tra- tion économique industrielle (Che- mentés et réduits pour les ouvriers
nu, 1994). La deuxième dimension, du tertiaire.vaillées, contre 38 % treize ans
plus tôt. Les journées de travail
Données sociales - La société française 374 édition 2006
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Conditions de travail et relations professionnelles 4
rale, les horaires standard sont veloppement du travail auxDes inégalités sociales
donc majoritaires dans le haut marges de la journée de travailmarquées en matière
de l’espace social. normale pour les « ouvriers du
d’horaires de travail
tertiaire ».
En revanche, le monde des ou-
Le type d’horaires de la journée vriers de l’industrie est dominé Leshorairesdécalésetfragmen-
travaillée est étroitement lié à la par les « 3×8 » (horaires décalés tés échoient globalement aux po-
position occupée dans la hié- la nuitetlematin);de même, sitionssocialeslesmoinsbien
rarchie sociale. Il dépend égale- leshorairesdécalésl’après-midi, situées. Dès lors, en considérant
ment de la nature concrète de le soir ou bien encore les les journées de travail standard
l’activité exercée (encadré 3). Les journées de travail fragmentées comme la norme sociale du
horaires «9à5»sonttypiques prévalent pour les salariés d’exé- temps de travail, les différences
desemployésdebureau.Lesca- cution des services (figure 2). Les d’horaires de travail peuvent
dres, qu’ils exercent dans le privé horaires de ces catégories de sa- alors être interprétées comme
ou dans le public, cumulent jour- lariés sont déterminés en fonc- des inégalités sociales.
nées standard«9à5»et tion des exigences économiques
«10à 7» (figure 2). Les profes- de leur secteur d’activité : durée Ainsi, pour rendre identiques les
sions libérales et les chefs d’en- d’utilisation des machines dans journées de travail des ouvriers
treprise partagent avec les cadres le monde industriel, extension qualifiés de l’industrie et des chefs
ces horaires mais travaillent aus- des heures d’ouvertures pour les d’entreprise, il serait nécessaire de
si davantage le soir, en horaires services et les commerces. La ter- changer les horaires de travail de
extensifs. D’une manière géné- tiarisation s’accompagne d’un dé- deux ouvriers sur trois. Pour
avoir les mêmes journées de tra-
vail que les salariés des profes-
sions de l’information, il faudrait
Figure 2 - Carte des inégalités sociales en matière de temps de modifier les horaires de trois ou-
travail
vriers qualifiés de l’industrie sur
quatre. Au contraire, les ouvriers
de l’industrie ont des horaires très
proches puisque seulement les
horaires d’un d’entre eux sur dix
devraient être révisés.
Une ségrégation
temporelle croissante
entre salariés
Près de deux salariés sur trois
ont des horaires fixés par l’entre-
prise à l’embauche sans possibili-
té de modification ultérieure
(figure 3). Un quart des salariés
bénéficient d’une certaine marge
de manœuvre dans l’organisation
de leurs journées de travail. Un
salarié sur six se sent libre de
sonemploidutemps :ils’agit
pour l’essentiel de cadres supé-
rieurs, dont le rapport au temps
de travail est plus proche des in-
dépendants que des autres sala-
riés, et la durée de travail plus
longue.
Données sociales - La société française 375 édition 2006
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4 Conditions de travail et relations professionnelles
9 % seulement des salariés dis-Figure 3 - Déterminationdeshorairesdetravail dessalariésen
1998-1999 posent d’une souplesse de leurs
en % horaires de travail. Ces salariés
choisissent pour la plupart
Horaires
(80 %) des horaires standard (fi-
gure 4) et évitent presque tou-Fixés par l'employeur 61
jours les horaires décalés – àChoix parmi des horaires proposés par l'employeur 7
l’exception de quelques mi-temps
Adaptables d'une journée sur l'autre 9
l’après-midi – et plus encore les
Décidés par les salariés 16 horaires fragmentés ou les lon-
Autre 7 gues journées de travail. À l’in-
verse, c’est parmi les salariés
Total 100
dont leshorairesont étéimposés
Champ : actifs occupés avec au moins un épisode de travail de dix minutes. quesetrouventleplusd’horaires
Lecture : 61 % des salariés n'ont pas choisi leurs horaires de travail en 1998-1999. décalés et fragmentés. Sans sur-
Source : Insee, enquête sur l'emploi du temps 1998-1999.
prise, les salariés disposant d’une
Figure4- Détermination des horaires de travail des salariés en 1998-1999 et horaires de travail observés
en %
Détermination des horaires de travail des salariés
Choix parmi
Type d'horaire de travail TotalFixé Adaptable Décidé
horaires
par d'une journée par les Autre
proposés
l'employeur sur l'autre salariés
par l'employeur
Horaire standard
Standard moyen 54,8 58,7 80,0 62,5 42,3 56,5
1 Journée 8 à 4 9,0 8,3 13,0 3,1 3,3 7,6
2 Journée 9 à 5 37,4 39,3 56,3 34,2 25,6 38,2
3Journée10à7 8,411,210,725,213,510,7
Horaire atypique
Décalé 22,5 18,9 6,7 6,7 18,2 14,4
4 Matin 9,8 7,3 1,9 0,4 3,3 5,3
5 Après-midi 7,0 7,3 4,1 4,4 9,8 5,4
6 Soir 2,9 3,9 0,7 1,3 3,7 2,1
7 Nuit 2,7 0,5 0,0 0,6 1,4 1,7
Extensif 7,6 5,8 4,4 12,9 17,2 9,1
8 Matin et après-midi 2,5 0,5 1,1 4,0 4,7 3,5
9 Soir 5,1 5,3 3,3 9,0 12,6 5,6
Irrégulier 15,2 16,5 8,9 17,9 22,3 20,0
10 Fragmenté temps réduit 1,7 1,9 4,1 3,3 2,8 3,2
11 temps plein 3,5 1,9 1,5 2,9 4,7 3,5
12 Très faible durée 9,9 12,6 3,3 11,7 14,9 13,3
Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
Champ : actifs occupés avec au moins un épisode de travail de dix minutes.
Lecture : en 1998-1999, 80,0 % des salariés qui peuvent changer leurs horaires de travail d'une journée sur l'autre ont travaillé une journée standard.
Source : Insee, enquête sur l'emploi du temps 1998-1999.
Données sociales - La société française 376 édition 2006
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totale maîtrise de l’aménagement Figure 5 - Origine du temps partiel féminin en 1998-1999
en %de leur emploi du temps ont plus
fréquemment des journées de plus Raison du temps partiel Salariés à temps partiel
de 10 heures. Ces salariés ne choi-
Imposé à l'embauche 45sissent toutefois presque jamais de
Passage à temps partiel imposé 2décaler leur journée de travail.
Décision pour s'occuper des enfants 35 pour d'autres raisons 16Le travail à temps partiel relève
Ne sait pas 2de la même logique. Il est impo-
sé une fois sur deux à l’em- Total 100
bauche (figure 5). Une fois sur
Note : contrairement à la notion de temps partiel subi qui est mesuré dans les enquêtes sur l'emploi au
trois, le choix du temps partiel travers de la proportion des salariés à temps partiel qui souhaiteraient travailler davantage, les questions
estlié àlachargeparentale. posées dans l'enquête sur l'emploi du temps de 1998-1999 se concentrent sur l'origine de la durée de
travail figurant dans le contrat, indépendamment du degré de satisfaction qui peut en être retiré par cesLorsqueletemps partielaété
salariés au moment de l'enquête. La grande variabilité du concept de temps partiel subi a été mise enimposé à l’embauche – générale-
évidence par la comparaison des réponses à la même question posée dans l'enquête sur l'emploi de mars
ment des emplois précaires et
1994 et dans le panel européen des ménages (automne 1994) : dans la première, le taux de temps
peu qualifiés occupés par des partiel subi est de 37,1 %, contre 42,3 % dans la seconde (Bourreau-Dubois et al., 2001).
femmes jeunes (Bué, 2002) –, les Champ : actifs occupés avec au moins un épisode de travail de dix minutes.
Lecture : en 1998-1999, 45 % des salariés à temps partiel se sont vu imposé ce type de contrat à l'embauche.horaires sont le plus souvent dé-
Source : Insee, enquête sur l'emploi du temps 1998-1999.calés ou fragmentés (figure 6).Il
Figure 6 - Raisons du temps partiel et type d'horaires de travail
en %
Raisons du temps partiel
Total temps
Type d'horaire de travail Passage à Décision pour Décision pour Temps plein
Imposé à partiel
temps partiel s'occuper des d'autres Ne sait pas
l'embauche
imposé enfants raisons
Horaire standard
Standard moyen 30,5 55,6 55,6 33,3 71,4 40,8 61,3
1 Journée 8 à 4 7,1 22,2 9,9 4,0 0,0 7,8 8,0
2 Journée 9 à 5 16,2 22,2 40,7 26,7 42,9 27,0 40,1
3 Journée 10 à 7 7,1 11,1 4,9 2,7 28,6 6,0 13,2
Horaire atypique
Décalé 20,5 33,3 9,9 16,0 0,0 16,0 18,2
4 Matin 2,9 11,1 2,5 5,3 0,0 3,2 7,7
5 Après-midi 15,2 22,2 6,8 8,0 0,0 11,0 5,6
6 Soir 1,4 0,0 0,6 2,7 0,0 1,3 2,7
7 Nuit 1,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,4 2,2
Extensif 7,1 0,0 1,9 8,0 14,3 5,4 9,4
8 Matin et après-midi 2,9 0,0 0,6 0,0 0,0 1,5 2,8
9 Soir 4,3 0,0 1,2 8,0 14,3 3,9 6,6
Irrégulier 41,9 11,1 32,7 42,7 14,3 37,8 11,1
10 Fragmenté temps réduit 4,3 0,0 6,8 2,7 0,0 4,8 1,8
11 temps plein 11,0 0,0 2,5 9,3 0,0 7,3 2,5
12 Très faible durée 26,7 11,1 23,5 30,7 14,3 25,7 6,9
Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
Champ : actifs occupés avec au moins un épisode de travail de dix minutes.
Lecture : en 1998-1999, 20,5 % des salariés dont le temps partiel a été imposé à l'embauche avaient des horaires décalés.
Source : Insee, enquête sur l'emploi du temps 1998-1999.
Données sociales - La société française 377 édition 2006
002imp.ps
N:\H256\STE\Gprnqg\DS2006\002\002 partie 2.vp
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Composite 150 lpp 45 degrØs
4 Conditions de travail et relations professionnelles
permet alors aux entreprises de journées de travail standard et porelle croissante entre les sala-
d’ajuster instantanément la de journées partiellement travail- riés. Ceux bien situés socialement
main-d’œuvre à la demande. Ce- lées (figure 6). bénéficient ainsi de journées de
la est particulièrement le cas travail standard, alors que les sa-
dans les hypermarchés, où l’in- Ce sont les entreprises qui déter- lariés situés en bas de l’espace so-
formatique et la statistique per- minent les horaires de travail de cial sont de plus en plus
mettent de prévoir avec une la plupart des salariés et qui se confrontés aux horaires flexibles
extrême précision le nombre de trouvent à l’origine des horaires et décalés. Certains travaux sug-
caissières nécessaires à chaque décalés, fragmentés et réduits : gèrent déjà l’accentuation de ces
moment de la journée (Pru- l’augmentation des emplois dans phénomènes (Estrade et Ulrich,
nier-Poulmaire, 2000) : le temps le commerce et dans les services 2002). La prochaine enquête em-
partiel permet alors d’ajuster la aux particuliers s’accompagne en ploi du temps en 2009 permettra
présence des salariés au nombre effet du développement du travail de mesurer l’évolution de ces ten-
de clients, multipliant les horai- aux marges de la journée nor- dances, et de prendre en compte
res de travail courts et fragmen- male puisque ce sont les loisirs leseffetsdel’instaurationdes
tés. des uns qui deviennent le travail trente-cinq heures. Elle permettra
des autres. Toutefois, comme ce de déterminer si celle-ci a accru
En revanche, les temps partiels besoin de main-d’œuvre touche non seulement la variabilité de la
motivés par la garde des enfants, principalement certaines strates répartition du travail dans la se-
le plus souvent liés à des em- sociales, la flexibilité des horaires maine (Afsa et Biscourp, 2005)
plois stables et qualifiés (Bué, de travail qui se développe dans mais aussi les inégalités face à la
2002), se traduisent générale- les entreprises dessine les répartition du travail dans la
ment par l’alternance, attendue, contours d’une ségrégation tem- journée.
Pour en savoir plus
Afsa,C.etBiscourpP., « L’évo- Économie et Statistique, p. 151-167, work arrangements of French
lution des rythmes de travail entre 2002. dual-earner couples », Electronic
1995 et 2001 : quel impact des 35 International Journal of Time Use
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tique, n° 376-377, p. 173-198, découverte, 1994. Disponible sur l’internet :
2005. http://www.eijtur.org
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Bué J., Guignon N., Hamon-Cho- and Leisure in Postindustrial Society, Lesnard L. et Saint Pol T. de,
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Données sociales - La société française 378 édition 2006
002imp.ps
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