Formes de pauvreté en Bretagne (Octant n° 102)

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Au sein d'une population à bas revenus résidant majoritairement en milieu urbain, cinq catégories d'allocataires se dégagent, qu'ils exercent un emploi, qu'ils perçoivent un minimum social, qu'ils aient des enfants ou non : des familles à la frontière de la pauvreté, des familles en difficulté ou en très grande difficulté, des personnes seules avec ou sans minima.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Conditions de vie
Formes de pauvreté
en Bretagne
Au sein d’une population à bas revenus résidant
majoritairement en milieu urbain, cinq catégories
d’allocataires se dégagent, qu’ils exercent un emploi,
qu’ils perçoivent un minimum social, qu’ils aient des enfants
ou non : des familles à la frontière de la pauvreté,
des familles en difficulté ou en très grande difficulté,
des personnes seules avec ou sans minima.
armi les ménages allocataires des pauvreté est la plus marquée, avec 16 % vieillesse et du régime agricole, qui vi-Pcaisses d’allocations familiales d’habitants de moins de 65 ans concer- vent majoritairement dans l’espace à
(Caf) de Bretagne au 31 décembre nés. Les pôles accueillent ainsi plus de dominante rurale.
2002, certains connaissent de réelles la moitié des personnes à bas revenus,
difficultés monétaires. L’identification tandis que le périurbain en rassemble
d’une population à bas revenus (sources deux fois moins. Parmi les grandes villes
et concepts) permet de mesurer la pau- bretonnes, Saint-Brieuc et Lorient sont
Chiffres clésvreté dans la région. Elle montre égale- les plus touchées, avec des taux de pau-
ment que la pauvreté recouvre des si- vreté proches de 25 %.
tuations très diverses, en termes de
Seuil de bas revenus 2002
ressources mais aussi de dépendance Si l’espace urbain regroupe 75 % de la
(60 % du revenu médian)aux prestations, de structure familiale population à bas revenus, il existe aussi
ou de rapport à l’emploi. une pauvreté rurale, vécue par plus de 863 euros
180 000 personnes couvertes par les
Caf. Le constat se trouve renforcé si l’on
tient compte, au delà de l’approche mo-La pauvreté Population à bas revenus
nétaire, des allocataires du minimumest surtout urbaine (sous le seuil de 60 %)
320 000 personnes
1- La population couverte comprend l’allocataire maisEn Bretagne comme dans les autres ré-
aussi son conjoint, ses enfants ou les autres personnes
gions, c’est dans les pôles urbains que la à charge
Octant n° 102 - juillet 2005 21Conditions de vie
Deux allocataires
Pauvreté par commune en Bretagne (données lissées)
à bas revenus sur cinq
perçoivent un minimum social
Environ 53 000 allocataires à bas reve-
nus, soit 40 % de l’ensemble des alloca-
taires pauvres, perçoivent un minimum
social ; il s’agit le plus souvent du RMI
(revenu minimum d’insertion). Très peu
sont des couples avec enfants, la plupart
sont des personnes seules (65 %) ou des
parents isolés (23 %). Ces allocataires Part de bas revenus
sont très dépendants des prestations, dans la population
de moins de 65 ans (en %)qui constituent en moyenne 86 % de
leurs ressources. Cette forte dépen- 14,8
12,9dance est liée à la proportion impor-
11,6
tante de chômeurs et d’inactifs : seule- 9,9
©IGN - Insee 2004ment 15 % d’entre eux disposent de
Source : Caf 2002 - Inseerevenus d’activité. La dépendance aug-
mente lorsque s’ajoutent au minimum
social des aides familiales ou de loge-
ment. Cette situation est favorisée par la
présence d’enfants et est donc plus fré- 4 %). Viennent ensuite les familles mo- Population couvertequente chez les allocataires de l’API (al-
noparentales exerçant une profession et selon la prestation perçuelocation de parent isolé). les personnes isolées sans travail.
L’intensité de la pauvreté dépend du mi- La dépendance aux prestations des allo-
nimum social perçu : les bénéficiaires
cataires pauvres sans minima est sans Bas revenusdu RMI et de l’API font partie des alloca- sanssurprise moins marquée : les prestations API minimumtaires les plus en difficulté, tandis que
des Caf représentent en moyenne 32 % social
les bénéficiaires de l’AAH (allocation de leurs ressources. Leurs revenus sont
aux adultes handicapés) disposent de
aussi plus élevés que ceux des bénéfi- RMIressources comparables à l’ensemble ciaires de minima, et compris pour la
des allocataires à bas revenus.
plupart entre 40 % et 60 % du revenu
médian. Mais si leurs ressources dépas-
sent le plafond du RMI ou de l’API, ces AAH70 % des allocataires pauvres allocataires n’en sont pas moins en si-
sans minima travaillent tuation précaire. Leurs salaires sont trop
faibles pour leur permettre de dépasser
le seuil de bas revenus, leurs emplois
Source : Caf 2002Trois fois sur cinq, les allocataires à bas
souvent instables et parmi les 30 % d’al-
revenus ne perçoivent pas de minimum
locataires sans revenus d’activité, plus
social. Contrairement aux allocataires
de la moitié sont au chômage.
pauvres bénéficiant de minima sociaux,
ceux-là sont caractérisés par une forte pauvre) sont des couples avec enfants
activité : 70 % d’entre eux disposent de ou des familles monoparentales. Le
La moitié des ménagesrevenus du travail. Plus du tiers sont des phénomène de pauvreté concerne ainsi
couples ayant des enfants à charge, 141 000 enfants. Ces enfants vivent ma-pauvres ont des enfants
dont l’un au moins des deux conjoints joritairement dans des familles où au
travaille : la biactivité est alors plus fré- moins un des parents travaille, et qui ne
quente chez ceux qui ont moins de trois Plus de la moitié des allocataires à bas perçoivent pas de minimum social.
enfants que chez les autres (10 % contre revenus (les trois quarts de la population Néanmoins, 30 % d’entre eux vivent
Répartition par profil des allocataires à bas revenus
Poids dans la populationEssentiel du profil Nombre de personnes
à bas revenus (%)
Profil 1 Familles à la frontière de la pauvreté 95 000 29,8
Profil 2 Familles en difficulté 69 300 21,8
Profil 3 Personnes seules, sans minima 34 300 10,8
Profil 4 Personnes seules, avec AAH ou RMI 40 600 12,8
Profil 5 Familles en grande difficulté 79 000 24,9
Source : Caf 2002
22 Octant n° 102 - juillet 2005Conditions de vie
dans des familles sans revenu d’activi- La diversité des situations vécues par les Profil 1 : des familles
té : plus de sept fois sur dix, il s’agit alors allocataires à bas revenus incite à consi- à la frontière de la pauvreté
d’une famille monoparentale, bénéfi- dérer des formes de pauvreté plutôt
ciant du RMI ou de l’API. Les revenus qu’un type de pauvreté unique. Les mé-
dans ces familles sont faibles : le revenu thodes statistiques de classification (Mé- Regroupant près de 95 000 personnes,
médian par unité de consommation thodologie) permettent de dégager cinq le premier profil est composé quasi ex-
(UC) y est de 550 euros par mois (660 grands profils d’allocataires à bas clusivement de familles avec enfants.
euros pour l’ensemble des familles à bas revenus. Les deux tiers de ces familles sont des
revenus) et le quart de ces vit couples, les autres sont des parents iso-
avec moins de 460 euros par mois et par lés. La moitié des allocataires ont entre
UC. 35 et 44 ans.
Ce profil est caractérisé par un taux éle-
vé d’allocataires ayant un emploi : plus
de neuf familles sur dix disposent de re-
La Bretagne est moins touchée par la pauvreté venus du travail, alors que pour l’en-
semble des bas revenus la proportion
Peu d’allocataires de minima sociaux Le plus faible taux de pauvreté n’est que de 48 %. Les revenus d’activi-
en Bretagne régional té restent faibles puisqu’ils ne suffisent
pas à dépasser le seuil de bas revenus.
Alafin de l’année 2002, 126 000 allo- La mesure monétaire classique de la Néanmoins ils limitent l’intensité de la
cataires bretons perçoivent l’un des huit pauvreté dénombre 98 700 ménages al- pauvreté : tous les allocataires sont près
minima sociaux versés en France. La locataires dont les revenus par unité de
du seuil, avec des revenus compris
pauvretéétablie à partir de ces popula- consommation sont inférieurs au seuil
entre 50 % (720 euros) et 60 % (860 eu-
tions (pauvreté administrative) est moins de bas revenus français (50 % du revenu
ros) du revenu médian. Ils limitent aussiforte en Bretagne que sur l’ensemble du médian, soit 698 euros mensuels). Ces
la dépendance aux prestations : la per-territoire : elle concerne 5,7 % des plus ménages correspondent à une popula-
ception de minima sociaux est margi-de 20 ans, contre 6,7 % au niveau tion couverte de 210 000 personnes re-
nale, et les aides versées représententnational. présentant 8,7 % de la population bre-
23 % des ressources.tonne âgée de moins de 65 ans. Avec
Parmi ces allocataires, 75 000 ont moins 3,6 points de moins que la valeur métro-
Les allocataires de cette classe sont plusde 65 ans et bénéficient d’un minimum pole, la Bretagne affiche en 2002 le taux
versé par les Caf et MSA de la région : de pauvreté le plus faible de France. souvent propriétaires ou en voie d’ac-
40 000 perçoivent l’AAH, 30 000 le RMI cession à la propriété : parmi ceux qui
et 5 000 l’API. Bien qu’étant le plus éle- Beaucoup de Bretons bénéficient d’une allocation logement,
vé (2,4 % des 20-64 ans), le taux d’allo- sont à la limite de la pauvreté 31 % sont accédants à la propriété,part
cataires de l’AAH est proche de la deux fois plus élevée que la moyenne.
moyenne nationale. Les taux pour le La mesure de la pauvreté est trèssen- Plus de huit fois sur dix, ces futurs pro-
RMI (1,8 %) et l’API (0,3 %) sont en re- sible au seuil de bas revenus choisi. Si priétaires sont des couples.
vanche parmi les plus faibles de l’on porte le seuil au niveau communé-
métropole. ment utiliséà l’échelon européen (60 % En matière d’habitat, ce profil se dis-
du revenu médian 2001, soit 838 euros
tingue des autres : la moitié des famillesLe minimum vieillesse concerne quant à mensuels), 340 000 personnes se trou-
habitent une commune rurale ou pé-lui 33 000 personnes de 65 ans et plus, vent alors concernées. Le taux de pau-
riurbaine alors qu’en général les alloca-soit 6 % de cette tranche d‘âge, un peu vreté régional reste trèsinférieur à celui
taires pauvres résident dans les pôlesmoins qu’au niveau national. Si pour les de la métropole, mais cette sensibilité au
urbains.trois premiers minima le poids du ré- seuil est une spécificité bretonne : elle
gime agricole est faible, il représente ici est plus importante qu’ailleurs (le nom-
près de la moitié des allocataires. bre de personnes à bas revenus aug-
Profil 2 : des famillesmente de 62 %, contre 51 % au niveau
national) et concerne davantage des per- en difficulté
Taux de pauvreté au seuil de 50 % sonnes en emploi.
par région au 31 décembre 2002
Avec plus de 69 000 personnes, leDes particularités liées
à l’environnement régional deuxième groupe est également essen-
tiellement constitué de familles avec
Plusieurs indicateurs socio-économi- enfants. Les parents isolés sont ici aussi
ques témoignent d’un environnement nombreux, et un peu plus jeunes que les
régional favorable (forte activité, faible allocataires vivant en couple.
urbanisation, revenus homogènes) qui
limite le risque de pauvreté en Bretagne. Les familles de cette classe sont davan-
Cependant la région se caractérise aussi tage en difficulté que les précédentes :
par une part importante d’emplois peu
leurs revenus sont compris entre 40 %
qualifiés et peu rémunérateurs (agroali-
En ‰ (575 euros) et 50 % (720 euros) du reve-
mentaire, construction, services aux
plus de 17 nu médian. Si le taux d’emploi des allo-particuliers…). Cette spécificité peut ex-
cataires (70 %) reste supérieur à lade 12 à 14 pliquer qu’une forte proportion de per-
de 10 à 12 moyenne, il est moins élevé que dans lesonnes soient dans une situation pré-de 8 à 10
premier profil. Les familles où l’un au©IGN - Insee 2004 - CAF caire, à la limite de la pauvreté,endépit
Source : Caf 2002 - Insee, estimations de population 2002 moins des parents travaille perçoiventde leur travail.
rarement des minima sociaux, et les
Octant n° 102 - juillet 2005 23Conditions de vie
Distribution du revenu mensuel par unité de consommationPopulation à bas revenus
en Bretagne au 31 décembre 2002 dans la population à bas revenus selon le minimum social
(seuil à 60 %)
900
Part de population
à bas revenus* 800
(en %)
700Bretagne 13,2
Côtes-d’Armor 14,2 600
Finistère 13,1
Ille-et-Vilaine 12,1 500
Morbihan 13,9
400
Pôles urbains 16,0
Couronnes 3008,9périurbaines
Ensemble Sans minimum AAH RMI API
Communes
social11,5multipolarisées
erer eRural 12,8 e1 quartile1décile 9décileMédiane 3 quartile
Saint-Brieuc 25,5
Source : Caf 2002
Lorient 24,9
Saint-Malo 21,1 Lecture : au sein de la population à bas revenus, la moitié des personnes disposent de moins de 660
euros par mois et par UC (médiane) ; pour celles qui perçoivent le RMI, la moitié disposent deBrest 19,8
moins de 490 euros mensuels.Vannes 18,5
Quimper 17,7
Rennes 16,6
Répartition des allocataires à bas revenus par lieu de résidence (en %)
* Part de la population couverte dans la
population de moins de 65 ans estiméeau Pôles Couronnes Communes Rural01.01.2002 urbains périurbaines multipolarisées
Source : Caf 2002, Caf 2003 - Insee estima-
Profil 1 45,6 20,8 5,5 28,1tions de population 2002
Profil 2 53,1 17,0 4,5 25,4
Profil 3 70,2 10,2 2,9 16,7
Profil 4 57,6 13,0 4,3 25,1
Profil 5 59,0 13,6 4,3 23,1
prestations représentent 28 % de leurs
Source : Caf 2002ressources. Les revenus d’activité sont
en revanche plus faibles que dans la
première classe : moins de couples
biactifs ou des salaires moins rémunéra-
teurs. Les allocataires sans travail sont
Distribution du revenu mensuel par unité de consommationtrès majoritairement des parents isolés,
dans la population à bas revenus selon le profil de pauvretédont près de la moitié perçoivent l’API
ou le RMI. Parmi eux, 80 % bénéficient
950
d’au moins deux types de prestations,
ce qui les rend dépendants à plus de 850
60 % des aides versées. Même si ces fa-
750milles sont plus nombreuses à vivre en
milieu urbain que celles du profil 1, 650
l’habitat en milieu périurbain et rural
concerne 42 % d’entre elles, soit au 550
moins 4 points de plus que dans les trois
450classes suivantes.
350
250Profil 3 : des personnes seules
Ensemble Profil 1 Profil 2 Profil 3 Profil 4 Profil 5sans minima
erer ee1 quartile1décile 9décileMédiane 3 quartile
Les personnes seules et les couples sans
-enfants constituent l’essentiel de ce pro Source : Caf 2002
fil, rassemblant 34 000 personnes. Ces
caractéristiques ont des conséquences Lecture : dans les familles du profil 1, un quart des personnes disposent de moins de 750 euros men-
ersur l’âge des allocataires : les 15-25 ans suels par UC (1 quartile) ; dans celles du profil 5, un quart des personnes ont moins de 400 euros
environ par mois.et les plus de 55 ans sont surreprésentés.
24 Octant n° 102 - juillet 2005Conditions de vie
Les allocataires de cette classe ne per- Répartition des allocataires à bas revenus selon la durée de la pauvreté (en %)
çoivent ni minimum social, ni presta-
1 ou 2 3 ou 4tions familiales. Ils bénéficient donc Essentiel du profil 5 ansans ansuniquement d’une aide au logement,
dont le montant représente en moyenne
Profil 1 Familles à la frontière de la pauvreté 29 38 3327 % de leurs ressources.
Profil 2 Familles en difficulté 13 28 59
Une moitié de ces allocataires travaille, Profil 3 Personnes seules, sans minima 10 26 64
l’autre non : malgré cela ils ont des reve- Profil 4 Personnes seules, avec AAH ou RMI 5 15 80
nus comparables. Les actifs occupés
Profil 5 Familles en grande difficulté 11 16 73
sont des jeunes (l’âge médian est de 26
ans) dont les revenus du travail attei- Source : Caf 1999-2003
gnent en moyenne 475 euros par mois
et par unité de consommation. Ceux qui
ne travaillent pas sont plutôt âgés, et
disposent toujours de revenus de substi-
du minimum social versé. Les bénéfi- rentales et seulement 45 % disposent detution qui leur assurent environ 500 eu-
ciaires de l’AAH sont relativement revenus d’activité.ros mensuels. Qu’ils soient en emploi
moins touchés par la pauvreté, la moitiéou non, les allocataires présentent la
d’entre eux dispose de plus de 575 eu- Les emplois sont si faiblement rémuné-même distribution des revenus, voisine
ros par mois et par unité de consom- rés que l’activité ne protège pas de lade celle observéesur l’ensemble de la
mation. Les bénéficiaires du RMI sont pauvreté. Le revenu des familles avecpopulation à bas revenus. Les deux tiers
beaucoup plus en difficulté : seul un travail est même inférieur à celui des fa-des allocataires ont des revenus com-
quart dispose de plus de 575 euros milles sans travail : les premières per-pris entre 40 % et 60 % du revenu
mensuels. Parmi eux, près de la moitié çoivent en effet moins de prestationsmédian.
sont au chômage et ne sont plus indem- que les secondes, qui combinent sou-
nisés pour la perte de leur emploi. vent plusieurs types d’aides. Par consé-Dans ce groupe, 70 % des allocataires
quent, les revenus les plus faiblesrésident en milieu urbain et notamment
L’ensemble de ces allocataires n‘offrent concernent surtout des familles sans mi-dans un pôle. Cette proportion dépasse
pas de particularités quant à leur répar- nimum social, dont la moitié est pré-largement celles des autres classes. Les
tition sur le territoire. Les bénéficiaires sente sur le marché du travail.sept plus grandes villes bretonnes
du RMI sont cependant plus présents enconcentrent 48 % des allocataires de ce
milieu urbain et les bénéficiaires de Ces familles vivent plus fréquemmentgroupe, contre 36 % pour l’ensemble
l’AAH en milieu rural. en ville que les allocataires des deuxdes allocataires pauvres.
premiers profils. C’est dans les aires ur-
baines les plus touchées par la pauvreté
qu’elles sont alors surreprésentées.Profil 4 : des personnes seules Profil 5 : des familles
avec minima en grande difficulté
La durée de la pauvreté
Comme dans le profil précédent, les Comme dans les deux premiers cas, les est liée au profil
41 000 personnes de ce groupe sont très 79 000 personnes de ce profil sont sur-
majoritairement des personnes isolées tout des familles avec enfants, mais ici
Une analyse sur cinq ans confirme queou des couples sans enfants. Ces alloca- la pauvreté est beaucoup plus pro-
le type de pauvreté vécu détermine sataires sont plus âgés que la moyenne, et noncée. Alors que les familles des pro-
durabilité. Moins touchées par la pau-plus de six personnes seules sur dix sont fils 1 et 2 ont toutes des revenus supé-
vreté, les familles du premier profil sontdes hommes. rieurs à 40 % du revenu médian, celles
aussi celles qui en sortent le plus rapide-du profil 5 sont situées sous ce seuil :
ment : 29 % des allocataires ne restentLes allocataires de cette classe perçoi- 62 % disposent de revenus compris
pas plus de deux ans sous le seuil de basvent quasiment tous l’AAH ou le RMI. entre 30 % et 40 % du revenu médian,
revenus. Inversement, les familles enLe profil concentre d’ailleurs les trois et 36 % de revenus encore plus faibles.
grande difficulté du dernier profilquarts des bénéficiaires de ces deux mi-
connaissent une pauvreté durable :nima. Plus de neuf allocataires sur dix Contrairement aux deux autres profils,
73 % d’entre elles restent pauvres surn’ont pas d’emploi, et la dépendance la proportion de parents isolésdépasse
toute la période.aux prestations est la plus élevéedetou- ici celle des couples et la part d’alloca-
tes les classes : elle dépasse 89 %. Ici taires sans emploi celle des actifs occu-
l’intensité de la pauvreté dépend surtout pés : 55 % des familles sont monopa- Isabelle Le Boëtté
Principaux sigles Pour en savoir plus
RMI revenu minimum d’insertion La pauvreté en Bretagne / Isabelle
AAH allocation aux adultes handicapés Le Boëtté, Sylvain Dajoux, Agnès
Palaric ; Insee Bretagne - DossierAPI allocation de parent isolé
d’Octant n° 47 ; mai 2005.UC unité de consommation
RUC revenu par unité de consommation
25 Octant n° 102 - juillet 2005
uuuunuConditions de vie
Concepts
Revenu par unité de consommation (Ruc) Population à bas revenus
Le revenu pris en compte est le revenu mensuel disponible La population à bas revenus regroupe les personnes vivant
avant impôt, comprenant les ressources propres (revenus d’acti- dans des ménages où le Ruc est inférieur à un seuil statistique,
vité, allocations chômage, pensions, retraites, autres revenus appelé seuil de bas revenus.
imposables) et les prestations versées par les Caf.
Plusieurs seuils peuvent être envisagés. En France, le seuil
Pour pouvoir tenir compte des économies d’échelle, ce revenu usuellement utilisé pour calculer les indicateurs nationaux et
global mensuel est rapporté au nombre d’unités de consomma- régionaux de pauvreté correspond à la moitié du revenu mé-
tion (UC) du ménage, selon l’échelle d’équivalence ainsi dian (la médiane étant la valeur qui sépare les 50 % les plus
1définie : riches des 50 % les plus pauvres). Au niveau européen, le
seuil retenu pour les comparaisons est un seuil à 60 % du re-
l’allocataire compte pour 1 UC, venu médian.
les autres adultes et enfants à charge de 14 ans et plus
Le taux de pauvreté mesure l’importance de la pauvreté aucomptent pour 0,5 UC,
sein d’une zone géographique donnée(région, commune, les enfants à charge de moins de 14 ans comptent pour
quartier…) en rapportant le nombre de personnes à bas reve-0,3 UC,
nus à la population totale de moins de 65 ans. Sa valeur dé- ajout de 0,2 UC dans le cas d’une famille monoparentale.
pend évidemment du seuil de bas revenus choisi.
1- Cette échelle d’équivalence est une variante de l’échelle d’équivalence d’Eurostat, couramment utilisée dans les études de pauvreté.
Sources Méthodologie
Cet article fait suite au dossier “La pauvreté en Bretagne”,réa- Actualisation du revenu
liséà partir des fichiers d’allocataires des caisses d’allocations
familiales (Caf), des mutualités sociales agricoles (MSA) et de Excepté pour les bénéficiaires du RMI ou de l’API, le Ruc
la caisse régionale d’assurance maladie (Cram) de Bretagne (revenu par UC) ne représente pas la situation monétaire
au 31 décembre 2002. vécue par les allocataires et leurs familles à la fin de l’année
2002 : les ressources propres sont en effet évaluées un an
plus tôt (2001) que les prestations (2002). Ce décalage entreDans ce dossier, l’approche administrative de la pauvreté re-
1pose sur l’étude des bénéficiaires de minima sociaux versés l’actualité des ressources et la date d’observation biaise la
par ces trois organismes. mesure de la pauvreté, en particulier chez les jeunes.
L’approche monétaire aborde en revanche la pauvreté sous Afin de réduire ce biais, le revenu utilisé ici pour identifier et
l’angle des revenus et se restreint à la population allocataire décrire la population à bas revenus est un Ruc 2002
des Caf. Certaines catégories d’allocataires, dont les ressour- actualisé.
ces ne sont pas bien appréhendées, ont de surcroît été exclues
du champ. Il s’agit notamment des personnes rattachées à plu- Analyse multidimensionnelle de la pauvreté
sieurs régimes, des étudiants ne bénéficiant que de prestations
Les méthodes statistiques d’analyse des données permettentlogement et des personnes de 65 ans ou plus. Au final, l’ana-
lyse porte sur 385 000 allocataires des Caf, soit 1 163 000 per- de dégager, par delà la multiplicité des situations vécues, les
sonnes couvertes (44 % de la population bretonne de moins grandes tendances de la pauvreté. Une analyse des corres-
de 65 ans). pondances multiples utilisant plusieurs critères (type de fa-
mille, activité, prestations versées, intensité de la pauvreté)
ad’abord été réalisée. Une classification ascendante hiérar-
chique a ensuite regroupé l’ensemble des allocataires à bas
1- Allocation aux adultes handicapés (AAH), revenu minimum d’insertion revenus en 5 grandes classes. C’est la distance au profil
(RMI), allocation de parent isolé (API) versés par les Caf et les MSA pour les per-
moyen qui met en évidence les variables les plus caractéris-sonnes de moins de 65 ans ; allocation supplémentaire vieillesse (ASV) versée
tiques de chaque classe, et permet de définir des profils-par la Cram et les MSA pour les personnes de 65 ans et plus.
types de pauvreté.
Octant n° 102 - juillet 2005 26

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