L'activité des femmes : une priorité pour l'économie lorraine

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Facteur-clé de la dynamique d'emploi d'une région, le taux d'activité féminin demeure moins élevé en Lorraine qu'en France. Le niveau de diplôme est l'élément déterminant de la présence des Lorraines sur un marché du travail qui reste néanmoins encore trop peu attractif pour les plus diplômées (bac+5). L'environnement familial n'intervient qu'ensuite, surtout à travers l'âge du plus jeune enfant. L'activité professionnelle préserve les femmes d'une précarité à laquelle elles sont davantages exposées, mais leur taux d'activité est très sensible au contexte économique. La tertiarisation de l'emploi lorrain a profité au travail féminin qui est encore tenu à distance des hauts statuts et de la création d'entreprise. Dans le Nord de la région, le travail frontalier au Luxembourg attire de plus en plus de Lorraines plus jeunes, plus diplômées.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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45N L’activité des femmes :
Facteur-clé de la dynamique d’emploi d’une région, le taux d’activité
féminin demeure moins élevé en Lorraine qu’en France.
Le niveau de diplôme est l’élément déterminant de la présence
des Lorraines sur un marché du travail qui reste néanmoins encore
trop peu attractif pour les plus diplômées (bac+5).
L’environnement familial n’intervient qu’ensuite, surtout à travers l’âge
du plus jeune enfant.
L’activité professionnelle préserve les femmes d’une précarité à laquelle
elles sont davantage exposées, mais leur taux d’activité est très sensible
au contexte économique.
La tertiarisation de l’emploi lorrain a profité au travail féminin qui est
encore tenu à distance des hauts statuts et de la création d’entreprise.
Dans le Nord de la région, le travail frontalier au Luxembourg attire
de plus en plus de Lorraines plus jeunes, plus diplômées.
La progression du nombre de femmes vis-à-visdelaproblématiquederenouvelle-
actives (ayantunemploiouàlarecherched’unem- ment d’une population active qui vieillit.
ploi) est une des mutations qui a probablement
le plus influencé les modes de vie depuis plu-
Ensuite, le développement de l’activité des
sieurs décennies. Ce phénomène est irréver-
femmes contribue au constat actuel que le
sible et provient de multiples facteurs (hausse
nombre de couples bi-actifs est devenu majori-
des niveaux de formation, maîtrise de la fécondité,
taire, l’homme et la femme poursuivant leur
évolution des comportements familiaux, nature des
activité professionnelle tout en cherchant à
activités exercées...). Il concerne toutes les clas-
bénéficier d’une large gamme de services de
ses d’âge et toutes les catégories socioprofes-
proximité pour mieux concilier leurs tâches fa-
sionnelles. La progression de l’activité des
miliales et professionnelles. Le développement
femmes ayant de jeunes enfants est forte et l’i-
de ces services doit donc aussi être posé
mage de la «femme-mère au travail» est désor-
comme enjeu d’attractivité des territoires avec
mais une réalité. L’activité des femmes
l’objectif d’offrir aux jeunes ménages des
apparaît effectivement comme un levier majeur
conditions plus favorables de conciliation vie
pour l’économie et la société lorraines, ceci à
professionnelle-vie familiale.
plusieurs égards.
Dans cette même logique, et selon les cons-
Un enjeu central pour la région
tats réalisés dans les pays de l’OCDE, il ap-
Tout d’abord, le développement du taux d’ac- paraît que plus le taux d’activité des femmes
tivité des femmes, encore en retrait dans est important, plus la dynamique d’emploi
notre région, constitue un atout potentiel est forte dans une région.
VIl existe enfin un enjeu social : l’activi-
té professionnelle des femmes est
Les modalités de l’activité féminineun facteur qui limite les risques de
(carrières continues / discontinues)pauvreté affectant souvent les fem-
messeulesavecousansenfants.
Davantage encore que les taux d’activité et les taux de salarisation, les
courbes d’activité des femmes apportent des renseignements plus précis
Un taux d’activité sur les modalités de la mutation en cours. Traditionnellement, on dis-
tingue 3 types de courbes d’activité :moins élevé en Lorraine
1. La courbe à une seule crête : cette courbe renvoie à un modèle de l’i-Entre 1990 et 1999, le taux
nactivité dominante. Ici, seules les femmes âgées de 20 à 25 ans, céliba-
d’activité des Lorraines a gagné 7
taires et/ou sans enfants pour la plupart, se trouvent en grand nombre
points, passant de 51% à 58%, il sur le marché de l’emploi. Après le mariage ou la première maternité, les
est estimé en 2002 à 59%. Il a femmes cessent définitivement leur activité professionnelle et les taux
d’activité entre 26 et 60 ans sont relativement bas.été soutenu par la croissance des
emplois tertiaires, très féminisés, 2. La courbe « bi-modale » : cette courbe correspond à un modèle de l’acti-
phénomène qui coïncide inverse- vité discontinue. Dans ce cas, la majorité des femmes exercent une activi-
té professionnelle à la sortie du système scolaire, mais se retirent dument avec la chute des effectifs
marché de l’emploi entre 25 et 40 ans, quand leurs enfants sont en basindustriels, à forte dominante
ème
âge. Le 2 pic de cette courbe correspond à la reprise d’une activité pro-
masculine. L’emploi salarié lorrain
fessionnelle quand les enfants sont plus grands.
compte pour la période
3. La courbe en « U-renversé » : cette courbe caractérise un modèle do-
1999-2003 21 000 femmes de miné par l’activité continue. C’est la courbe d’activité habituelle des hom-
plus. La part des dans mes. Elle correspond à une situation où les femmes n’arrêtent pas de
travailler quand elles ont des enfants, même en bas âge. Elles cumulentl’emploi salarié est ainsi passé de
activité professionnelle et responsabilités familiales. Cette courbe traduit40% à 46%.
donc un rapprochement et une homogénéisation des comportements
Néanmoins, malgré cette progres- d’activité féminine et masculine (Maruani).
sion de l’activité féminine, ce taux Au début des années 60, la courbe d’activité féminine en France se pré-
reste relativement faible en compa- sentait selon le modèle « bi-modal », avec une chute des taux d’activité des
femmes âgées de 25 à 49 ans. Quarante ans plus tard, la France ne pré-raison avec d’autres régions fran-
ème sente plus les mêmes évolutions. Sa courbe prend désormais la formeçaises. Il place la Lorraine au 20
d’un U renversé, passant ainsi à un modèle dominant d’activité continue, le
rang des régions françaises juste
décollage s’est produit brutalement après 1968. Les taux d’activité des
devant le Nord-Pas-de-Calais et la 25-49 ans ne cessent d’augmenter, de façon significative, régulière et
Corsealors quel’Alsacesesitue systématique, dans ces classes d’âge qui, autrefois, constituaient les clas-
ème ses creuses de l’activité féminine.en 3 position.LaLorraine«se
console» en apparaissant parmi les
meilleures de la Grande Région de-
vant la Sarre, la Wallonie, et juste
derrière la Rhénanie-Palatinat.
En Lorraine : une activité féminine en retrait
Le diplôme, garant
de l’activité féminine
Sur le plan théorique, les femmes
allouent leur temps disponible entre
sphère professionnelle et sphère
privée. L’analyse porte ici sur la fa-
çon dont les deux décisions intera-
gissent l’une sur l’autre, selon trois
niveaux d’influence ou familles de
facteurs explicatifs : les caractéristi-
ques individuelles propres (diplôme,
âge...), lescritèresrelatifsà la fa-
mille (structure familiale, enfants, Taux d'activité féminine
en 2002 (en %)conjoint) et enfin les déterminants
plus de 69liés au contexte économique plus ou
de 64 à 69
moins favorable à l’activité féminine.
de 63 à 64
de 59 à 63Quelle que soit la zone étudiée, il
moins de 59
s’avèreque lesfemmestrèsqua-
lifiées sont mieux intégrées dans
le marché de l’emploi que celles à
plus faible niveau d’instruction. En 2002, le taux d'activité féminine est de : 59% en Lorraine, 62% en province
et 63% en France métropolitaine.Pour comparaison internationale,
Source : Insee, Estimations d’emploi total
il existe une convergence forte
2
© IGN - Insee 2006des taux d’activité des femmes teindre des études supérieures partie desfemmesseprésentant
très diplômées dans les différents quedanslereste du pays (24%). sur le marché du travail échouent
pays de l’UE, alors que les taux En Lorraine, 70% des femmes à trouver un emploi. Là encore, le
d’activité des femmes peu diplô- ont un niveau inférieur au bac ou diplôme intervient comme élé-
mées se caractérisent par une n’ont aucun diplôme. Sans di- ment déterminant : plus il est éle-
plus grande diversité entre pays. plôme, seules 50% sont sur le vé, plus la femme se trouve
Dans le même temps, la diver- marché du travail. L’obtention du protégée du chômage. Ainsi une
gence des taux d’activité entre les baccalauréat général n’est pas femme sans diplôme est au chô-
femmes très diplômées et les suffisante pour garantir l’activité mage dans presque 1 cas sur 3, peu diplômées est plus féminine, car 54% seulement des alors qu’une diplômée du supé-
prononcée dans certains pays femmes diplômées de ce niveau rieur ne connaît cette situation
que dans d’autres (l’écart est très d’études sont actives. que dans 1 cas sur 14. Plus la
faible au Royaume-Uni et assez impor- personne est jeune et sans di-Certes, plus le niveau de diplôme
tant en France, voire très important plôme ou avec un niveau peu éle-est élevé plus il devient garant de
en Lorraine). vé, plus le taux de chômage estl’activité féminine, mais c’est sur-
fort (jusqu’à 50% pour les jeunesToutes choses égales par ailleurs tout sa dimension opérationnelle et
femmesde18à24 anssansdi-(cf. encadré), le facteur “diplôme” technique qui assure la pérennité
Niveau bac+2 : plôme en 1999). Le niveau de di-apparaît comme le plus détermi- de l’activité. En effet, en Lorraine,
le plus adapté plôme “bac+2” semble êtrenant pour expliquer l’activité ou l’i- lesfemmesont plus de chance
au marché aujourd’hui le plus adapté au mar-nactivité des femmes. d’avoir un emploi si elles sont diplô-
lorrain chélorrain.Pour preuve:c’est àmées d’un bac+2 (BTS/IUT)queEn effet, le diplôme facilite l’em- ce niveau de diplôme que lesd’un bac+5. Cela révèle la faiblesseploi féminin : avec des études su- écarts quant à l’accès à l’emploidu tertiaire supérieur dans notrepérieures, 84% des Lorraines entre hommes et femmes sontrégion mais aussi les choix d’orien-sont actives. Elles font mieux les plus faibles : 6% de taux detation scolaire.qu’au niveau national (82%). Mais chômage pour les femmes,
elles sont moins nombreuses Toutefois, taux d’activité ne rime contre 5% pour les hommes.
dans notre région (16%)àat- pas toujours avec emploi, car une
La femme entre conjoint,
Niveau de diplôme : un facteur déterminant pour l'emploi féminin enfants et profession
Situation professionnelle selon le niveau de diplôme Mêmesilediplôme estlecri-
80 % tère individuel qui explique leEmploi
Chômeuse mieux et le plus l’activité ou l’i-
70 Inactive
nactivité d’une femme, il est aus-
60 si intéressant d’analyser les
éléments de l’environnement fa-
50
milial favorisant l’interruption
40 d’activité. Ici, l’âge du plus jeune
des enfants à charge se pré-
30
sente comme élément-clé de
20 l’explication, davantage même
quelenombred’enfants ou le
10
statut du conjoint.
0 La situation familiale conditionne
effectivement l’activité profes-
sionnelle des femmes. Le taux
d’activité est plus fort (69%)
Source : Insee, recensement 1999 pour une famille monoparentale
qu’un couple (62%). En une dé-
Un taux d'activité influencé par l'âge du plus jeune enfant cennie, le nombre de familles
95 taux d'activité féminin (%) monoparentales, même s’il ne
90 représente que 8% des familles
lorraines, a augmenté de 21%.
85
L’activité féminine diminue aussi
80
selon le nombre d’enfants et
75
surtout l’âge du plus jeune. Ain-
70
si, le taux est de 78% avec un
65 enfant, 66% avec 2 enfants,
60 50% à partir de 3 enfants et-de3ans de3à6 de6à11 de 11 à 16 de 16 à 18 + de 18 ans
âge du plus jeune enfant tombe à 37,5% si le plus jeune
Source : Insee, Recensement 1999
des3 enfantsa moinsde3 ans.
3
Aucun
CEP
CAP
BEP
BEPC
BAC général
Bac technologique
Bac+2
Supérieur à bac+2L’écart important entre le taux Le statut du conjoint n’intervient Temps partiel : entre
d’activité des femmes ayant 2 en- plus aujourd’hui comme un élément choix et contraintes
fants ou moins et celui des fem- décisionnaire pour l’activité ou l’i-
Le contexte familial et les carac-mes ayant 3 enfants ou plus, nactivité féminine, d’autant plus que
téristiques individuelles expliquents’est résorbé au cours des der- l’endogamie sociale devient de plus
en partie l’activité d’une femme,nières années, du fait de l’impact en plus fréquente. En 1990, 55%
mais le contexte professionnel estde l’Allocation Parentale d’Éduca- des femmes diplômées du bacca-
aussi un élément explicatif. Lation élargie en 1994 aux femmes lauréat général étaient mariées à
précarité professionnelle qui af-ayant 2 enfants, dont l’un de deshommesdiplômésdu supé-
fecte par ailleurs davantage lesmoins de 3 ans. Selon une étude rieur contre seulement 21% dix
femmes, un contexte économiqued’Olivier Marchand, ceci a davan- ans plus tard. Aujourd’hui plus de la
morose sont autant d’élémentstage joué pour les jeunes femmes moitié des femmes diplômées du
favorisant l’interruption d’activitéfaiblement qualifiées (au chômage supérieur sont mariées avec leurs
professionnelle.ou ayant un emploi précaire)que homologues.
pour les diplômées.
Facteurs liés à l’activité féminineQuand le diplôme
gomme l’impact de Situation professionnelle
l’environnement familial
Lorraine
Active
Chômeuse InactiveQu’elles vivent seules ou en occupée
couple, qu’elles aient ou non des
Âge de la femmeenfants, qu’elles soient jeunes ou
18-24 ans 0,19 2,25 3,76plus âgées, les femmes ont un
25-39 ans 1,17 2,16 0,56taux d’activité qui reste élevé à ni-
40-49 ans réf. réf. réf.veau de diplôme élevé. Ainsi, une
50-59 ans 0,78 0,92 1,37femme seule avec 2 enfants, di-
ème ème
60-64 ans 0,1 0,11 12,9plômée du 2 ou 3 cycle a un
taux d’activité de 86%, supérieur Âge du conjoint
de 32 points à une femme sans 18-24 ans 1,35 1,38 0,6
diplôme. 25-39 ans 1,25 0,95 0,79
40-49 ans réf. réf. réf.Et plus le nombre d’enfants aug-
50-59 ans 0,9 0,7 1,32mente, plus le niveau de diplôme
60-64 ans 0,43 0,6 2,9devient discriminant quant à la
poursuite ou non d’une activité plus de 65 ans 0,38 0,6 3,25
professionnelle. L’écart de taux Nombre d’enfants
d’activité atteint ainsi 45 points 0 1,47 1,51 0,52
entre les femmes diplômées du 1 1,38 1,46 0,58
supérieur ayant 3 ou plus en- 2 réf. réf. réf.
fants et leurs homologues non
3 0,56 0,84 1,9
diplômées.
4 et plus 0,33 0,78 2,87
Présence d’enfant de -3 ansLe statut du conjoint apparaît de
présence 0,53 1 2,08moins en moins comme détermi-
nant pour expliquer l’activité ou l’i- absence réf. réf. réf.
nactivité des femmes. Quel que Nationalité
soit le statut du conjoint, le di- française 1,38 0,76 0,82
plôme déterminera en grande étrangère réf. réf. réf.
partie la probabilité d’activité. Souli- Diplôme
gnons, néanmoins, une caractéris- aucun 0,18 3,45 4,05
tique particulière en Lorraine, les
CEP 0,33 3,64 2,23
femmes ont plus facilement ten-
CAP 0,21 1,6 4,38
dance à abandonner une activité
BEP 0,47 3,17 1,52
professionnelle au moment du dé-
BEPC 0,61 2,44 1,26
part àlaretraitedeleurconjoint.
BAC général 0,48 1,16 2,2
Ce phénomène peut être considé-
BAC technologique 0,87 2,09 0,88ré comme structurel car la Lor-
er
Dipl. 1 cycle, BTS-DUT 1,23 1,03 0,78raine a été davantage touchée par
è è
Dipl. 2 et 3 cycles, ingénieur, réf. réf. réf.les départs massifs en pré-re-
grandes écoles
traite. Il amplifie l’impact «pré-re-
Lecture : une femme de 18 à 24 ans a 0,19 chance d’occuper un emploi, par rapport à
traite» sur le taux d’activité global une femme de 40 à 49 ans, toutes choses égales par ailleurs.
en Lorraine. Source : Insee - recensement de la population 1999
4Le travail à temps partiel prend Le taux de chômage des femmesDavantage de précarité
de l’importance peu de temps reste en effet toujours supérieurpour les femmes
avant la retraite et durant la pé- à celui des hommes, respective-
Lesfemmessonttrèslargementex-riode consacrée à la maternité. ment 11,2% contre 8,6% en Lor-
posées à la précarité. En 2004 plusIl peut contribuer à maintenir raine en 2004. Quel que soit
de 75 000 vivent sous le seuil desurlemarchédes personnes l’âge, les inégalités entre les
pauvreté (1). Sur la décennie 90,n’arrivant pas, par exemple, à sexes demeurent. Les femmes
les CDD à temps partiel (hors travailconcilier une activité profession- sont également plus touchées par
frontalier) ont augmenté de 30%.nelle à plein temps avec des tâ- le chômagedelonguedurée:en
ches familiales. décembre 2004, alors que 25%
Suite à l’augmentation du nombre des chômeurs recherchent un
de divorces, de familles monoparen-Cependant, le temps partiel emploi depuis plus d’un an, cette
tales, aux difficultés sur le marchéconstitue aussi une voie suscep- proportion passe à 29% pour les
du travail, les femmes sont davan-tible d’accélérer la sortie de l’ac- chômeuses.
tage confrontées aux risques detivité professionnelle et ne se Dès lors, le recours au temps
précarité et l’étude montre en quoiprésente pas toujours comme partiel peut apparaître comme
l’activité féminine limite ces risques.un choix. une solution et donc garantir une
activité féminine. Il reste avant
Temps de travail féminin : répartition géographique marquée tout un phénomène essentielle-
ment féminin puisque 85% des
actifs travaillant à temps partiel
sont des femmes. Vu sous un
autre angle, 35% des femmes
Thionville
occupées exercent un emploi à
temps partiel, contre seulement
4% des hommes.
Metz Parmi les 35% d’actives salariées
à temps partiel, tous horaires
confondus, près de 20% sont en45%
intérim, CDD, stage ou sur desdes femmesBar-le-Duc
dispositifs d’emplois aidés (Con-Nancy en CDD sont
trat Emploi Solidarité, emploià temps partiel
jeune). Ainsi, presque la moitié
(45%) des femmes en CDD sont
Part des temps complets à temps partiel.
parmi les salariées
par zone d'emploi Si l’accroissement de ce type de
(%)
contrat s’est accompagné d’une
de 64 à 66 Épinal
progression de l’activité, il est
de 62 à 64
aussi souvent synonyme de pré-de 59 à 62
de 55 à 59 carité. Cette précarité est en
partie la résultante de l’augmen-
tation du travail en CDD à temps
NB : la source ne permet pas de prendre en compte les travailleurs frontaliers
partiel qui a progressé de 30%
Source : Insee, DADS 2003
en un peu moins de 10 ans.
Par ailleurs il est intéressant de
Débat sur le temps partiel
souligner que le niveau d’instruc-
On peut identifier 2 positions :
tion n’influence pas seulement les
1. Une position qui est largement favorable au temps partiel. Cette position dite taux d’activité des femmes : il est
de la “conciliation” analyse le temps partiel comme un outil efficace pour per-
également corrélé avec les modali-
mettre aux femmes actives ayant des enfants à charge de mieux concilier les exi-
tés d’activité. Ainsi, le taux d’emploigences souvent contradictoires de leurs investissements professionnels et de
leurs responsabilités familiales. Ainsi, le temps partiel constituerait un outil effi- à temps plein des mères de famille
cace de maintien des femmes sur le marché de l’emploi, leur permettant d’éviter augmente en fonction du niveau de
une interruption de carrière au moment des maternités et de contourner ainsi diplôme.
les difficultés de réinsertion lors de leur retour vers l’emploi.
2. Une position plus critique vis-à-vis du développement du temps partiel, qui met
l’accent sur les dangers de ce phénomène. Dans cette perspective, le temps
partiel est analysé en rapport avec les mécanismes de la flexibilité du marché de
l’emploi. Ainsi, le temps partiel féminin contraint participerait à l’accroissement
(1) Seuil de pauvreté monétaire relative
des inégalités et de la précarité qui frappe les femmes de plein fouet (puisque
correspondant à 50% de la médiane
temps partiel = salaire partiel = retraite partielle).
des revenus par unité de consomma-
En conclusion, il convient donc de souligner la complexité et l’ambiguïté de la ques- tion de la population vivant en France,
tion du temps partiel, tant ce phénomène recouvre de réalités variées. soit 719 euros en 2002.
5
© IGN - Insee 2006des entreprises dans les sec-La tertiarisation profite Un taux d’activité
teurs des services aux particu-à l’emploi féminin féminin lié au contexte
liers (32%, contre 13% pour les
économique
hommes), du commerce (30%,La croissance de la population ac-
Si le contexte économique est fa-comme pour les hommes), ou de lative féminine s’est faite, dans une
vorable au marché de l’emploi, ilsanté, l’éducation et l’action so-très large mesure, par le biais du
entraînera assez naturellementciale (13% contre 3%).salariat et c’est l’activité féminine
qui, dans les dix dernières an-
nées, a porté le mouvement gé-
Moins de précarité dans le sillon mosellannéral de salarisation des forces
de travail. Par ailleurs, la propor-
tion des femmes salariées varie
en fonction de l’importance des
Thionvilleservices publics.
Le tertiaire est le premier sec-
teur d’activité des Lorraines (y.c.
frontalières) : 84% des femmes Metz
occupées y travaillent, contre
55% des hommes. Entre 1990
et 1999, elles ont bénéficié de la
progression des emplois dans ce Bar-le-Duc
Nancysecteur (+ 11%), y renforçant leur
présence (de 51% à 53%). Toute-
fois, l’activité féminine est encore
fortement regroupée dans un
éventail très restreint d’activités.
Pour la fonction publique d’État, le
Part des contrats précaires
taux de féminisation en 2002 est parmi les salariées (%)
Épinal
de 17 à 19de 46%. La part des femmes est
de 16 à 17traditionnellement plus impor-
de 15 à 16
tante dans les activités du service de 13 à 15
public liées à l’éducation (63%), la
santé et l’action sociale (76%). Contrats précaires : CDD, intérim, stages, emplois aidés (la source prend en compte les frontaliers)
Source : Insee, recensement 1999Mais la part des femmes diminue
au fur et à mesure que l’on s’é-
lève dans la catégorie statutaire : Un emploi féminin tourné vers le tertiaire
les femmes représentent ainsi
Répartition des salariées par secteur d'activité
64% des employées du public,
contre 56% des professions in-
termédiaires et seulement 40%
des cadres et professions intel-
lectuelles supérieures.
Enfin, les femmes sont moins
nombreuses que les hommes à
se lancer dans la création d’en-
treprise et leur proportion parmi
les créateurs (27%)n’évoluepas
entre 1998 et 2002. De plus, la
probabilitédepoursuitedel’activi-
té à cinq ans est, toutes choses
Effectifségales par ailleurs, près de 6
50 000points supérieurs pour les hom-
25 000
mesque pour lesfemmes(2).
5 000
Elles ne participent pas à la diver-
Secteur d'activité
sification des activités féminines,
Administration
car elles créent essentiellement
Agriculture
Industrie
Construction(2) Créations et créateurs d’entre-
Commerceprise : que sont-ils devenus ? - Éco-
Servicesnomie Lorraine n° 40 - Décembre
Source : Insee - DADS 20032005
6
© IGN - Insee 2006
© IGN - Insee 2006une hausse de l’activité féminine laisserait croire une vision trop à 65 ans dans les zones d’emploi
qui ne signifie pas pour autant mécanique des choses (un emploi du Bassin Houiller, de Briey et
une baisse du chômage. En effet, en plus ne veut pas dire un chômeur Longwy n’était respectivement
un territoiredynamiqueneré- en moins). que de 51%, 53% et 55% pour
sorbe pas automatiquement le une moyenne régionale de 58%.
chômage car des femmes inacti- Jusqu’il y a peu, la Lorraine était A l’opposé, d’autres territoires
ves peuvent revenir sur le mar- caractérisée par une implantation de la région, caractérisés par
chédutravail.Les évolutions de importante d’industries lourdes. une implantation historique des
l’emploi et du chômage sont varia- Dans un tel contexte, les emplois métiers liés au textile offraient
bles. Les augmentations de l’em- proposés aux femmes étaient peu de nombreux emplois féminins,
ploi et du chômage peuvent aller nombreux. Ainsi, en 1999, le notamment d’ouvrières d’où
de pair, contrairement à ce que taux d’activité des femmes de 15 des taux d’activité féminins éle-
vés. C’est le cas dans le dépar-
tement des Vosges, (62% en
La dynamique du Luxembourg profite aux femmes
1999) et notamment dans les
Nombre de travailleuses frontalières à destination du Luxembourg
zones d’emploi de Remire-
mont-Gérardmer et Saint-Dié
(respectivement 65% et 62%). La
Luxembourg
zone d’emploi de Bar-le-Duc
(63%), dans le département de
la Meuse, présente un profil si-
milaireaveclaprésencede
BERGÈRE DE FRANCE.
Toutefois, depuis une ou deux dé-
cennies, d’autres emplois sont
1990 apparus, avec d’autres opportuni-
tés de travail féminin.
1999
On aobservé unecroissanceim-2004
portante des emplois tertiaires ce
LorraineLorraineLorraine dont ont su profiter les femmes,LorraineLorraineLorraineLorraineLorraineLorraine
notamment dans les zones d’em-
ploi de Nancy et Metz où leur
taux d’activité s’élèvent à 59% et
60%. Une situation qui a de plus
été rendue possible par la réduc-
tion du différentiel de diplôme,
longtemps défavorable à la région
Sources : Inspection générale de la sécurité sociale du Grand-Duché du Luxembourg 2004
Insee, recensements 1990 1999 et qui pesait sur le niveau d’activi-
té des femmes.
Ouvrières âgées et peu diplômées en Allemagne,
Explosion du nombre
employées plus jeunes et plus diplômées au Luxembourg
de frontalières
Suivant le pays de destination, le profil des travailleuses frontalières diffère Le Luxembourg consolide son at-
et a évolué entre 1990 et 1999.
traction grâce à la croissance de
Celles travaillant en Allemagne sont plus âgées (la moitié ont plus de 40
son économie et des salaires plus
ans) et il s’agit d’une population qui vieillit. Par ailleurs, 21% n’ont aucun di-
élevés. Chez les nouveaux travail-plôme et autant ont seulement un CEP-BEPC. Seules 10% ont un niveau
leurs frontaliers, et contraire-égal ou supérieur à bac+2. Même si parmi les frontalières à destination de
l’Allemagne la part des ouvrières a chuté de 15 points en 9 ans, cette caté- ment au passé, 50% des salariés
gorie reste majoritaire avec 45% des emplois. Enfin, un peu plus d’un tiers sont des femmes...
sont de nationalité étrangère. Un constat qui peut être mis en parallèle avec
D’autre part,leNorddelarégionl’installation récente de couples allemands de ce côté-ci de la frontière.
est devenu le siège d’une nouvelle etLes frontalières à destination du Luxembourg sont plus jeunes. Les trois
quarts ont moins de 40 ans. Entre 1990 et 1999, c’est une population qui très fortedynamiquedontlemoteur
s’est resserrée sur la tranche d’âge des 25-40 ans (64% des effectifs). est la forte augmentation de l’offre
Leur niveau de diplôme est aussi plus élevé : seules 10% n’ont aucun di- d’emploi frontalier qui transforme les
plôme et 13% ont du CEP au BEPC, alors que 19% ont un niveau égal ou su-
anciens bassins industriels en zones
périeur à bac+2. La part des diplômées BTS-DUT a doublé en 9 ans pour
d’habitat résidentiel.atteindre 19%. Si les employées restent majoritaires (57%), suivies des ou-
vrières (21%), la part des professions intermédiaires (18%) a presque dou- Elle favorise l’embauche de nouvel-
blé, tout comme celle des cadres même si elle reste modeste (4%).
les générations locales arrivant sur
le marché du travail, en permet-
7
4 864
13 219
20 258
© IGN - Insee 2006tant notamment un rattrapage en Le STATEC a réalisé des projec-Savoir plus :
termes de taux d’activité féminin, tions de population à l’horizon
tout en favorisant l’installation de 2055 pour le Luxembourg et se-
- Les Lorraines : encore des places à
travailleurs non Lorrains attirés lonunscénariocentral,(une crois-conquérir sur le marché du travail -
par le boom du Luxembourg. sance annuelle du PIB de 3% sur laÉconomie Lorraine n° 3 - Mars
2004 périodedeprojection), la demandeDans ce contexte, les femmes
de travail intérieure passerait deayant le statut de travailleur fron-- Femmes : très exposées aux fac-
310 000 (en 2005) à 579 000teurs de pauvreté - Économie Lor- talier étaient en 1999, 8 100 à
en 2055. Selon son analyse,raine n° 12 - Septembre 2004 destination de l’Allemagne,
317 482 frontaliers devraient14 400 à destination du Luxem-- Créations et créateurs d’entre-
donc satisfaire cette demande debourg et 1 000 à destination deprise : que sont-ils devenus ? - Éco-
travail pour garantir la poursuitenomie Lorraine n° 40 - Décembre la Belgique, soit de deux à trois
d’unecroissanceéconomique2005 fois plus qu’en 1990. En mars
soutenue...2004, on compte plus de- Site Internet : www.insee.fr
20 000 frontalières à destination
Valérie GUILLEMETdu Luxembourg.
Ludovic JOBARDConséquence, leur taux d’activité
sur les trois zones d’emploi fron-
Florence LEMMEL
talières de Longwy, Thionville et
du Bassin Houiller a progressé de
10 à 11 points entre 1990 et
1999, soit pour les deux premiè-
res, une progression double de
celle observée au niveau régional.
Méthode de régression
Schmidt et Strauss (1) ont étudié dès 1975 la discrimination sur le marché
du travail, en se demandant s’il y avait égalité d’accès aux différentes profes-
sions entre les hommes et les femmes, entre les Blancs et les Noirs. Pour ce
faire, ils disposaient d’un échantillon de salariés dont ils connaissaient la caté-
gorie professionnelle d’une part, et plusieurs caractéristiques individuelles
d’autre part : le sexe, le groupe ethnique (Blanc/Noir), le niveau d’études at-
teint et l’expérience professionnelle. Un homme et une femme, ayant terminé
leurs études au même âge et ayant travaillé le même nombre d’années,
Ministère de l’Économie, ont-ils pour autant les mêmes chances d’être cadres ? Ils ont alors appliqué à
des Finances et de l’Industrie leurs données une régression logistique dans le but de mettre en évidence
Insee les traits distinctifs de chaque catégorie professionnelle. Ainsi constatant la
Institut National de la Statistique faible proportion des femmes chez les cadres, ils se sont demandé si le sexe
et des Études Économiques de l’individu était bien un facteur discriminant de l’appartenance catégorielle,
Direction Régionale de Lorraine c’est-à-dire si, une fois prises en compte les différences effectives des niveaux
15, rue du Général Hulot
d’études et d’expérience professionnelle entre les femmes et les hommes,
CS 54229
ces derniers restaient sur-représentés parmi les cadres. Ils ont ainsi cherché
54042 NANCY CEDEX
à expliquer, avec leur modèle, la variable «catégorie professionnelle» par des
Tél :03 83 91 85 85
variables caractéristiques des individus (sexe, niveau d’études, etc.). C’est le
Fax :03 83 40 45 61
même type de démarche qui est ici mise en œuvre.
www.insee.fr/lorraine
La régression logistique permet d’étudier la liaison entre une variable qualita-
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION tive binaire (oui/non) et des variables explicatives quantitatives. Elle présente
Jean-Paul FRANÇOIS des similitudes avec la régression linéaire. Il reste que dans la régression li-
Directeur régional de l’Insee néaire, la variable expliquée est modélisée par une loi normale, ce qui n’est pas
possible avec la régression logistique dont la variable expliquée est qualitative.
COORDINATION RÉDACTIONNELLE
La démarche consiste à relier les probabilités d’observer les différentes moda-
Christian CALZADA
lités de la variable expliquée aux variables explicatives. Ces probabilités ne sont
Valérie GUILLEMET
pas disponibles a priori ; elles sont estimées par des proportions.
RESPONSABLE ÉDITORIAL ET On cherche ici à mesurer les effets de diverses variables (âge de la femme,
RELATIONS MÉDIAS âge du conjoint, nombre d’enfants, présence d’enfants de - 3 ans, nationalité,
Jacqueline FINEL diplôme) qui pourraient jouer sur le fait que la femme soit active ou non, chô-
meuse ou non, inactive ou pas.
RÉDACTRICE EN CHEF
Le principe est d’isoler l’effet propre de chacun des critères indépendamment
Agnès VERDIN
des autres. Les critères ne doivent pas présenter de corrélation parfaite
entre eux. Les effets, étudiés par rapport à un individu de référence, sont es-SECRÉTARIAT DE FABRICATION
timés «toutes choses égales par ailleurs». L’individu de référence représenteMISE EN PAGE - COMPOSITION
une situation conventionnelle qui tente de se rapprocher d’une situationMarie-Thérèse CAMPISTROUS
Marie-Odile LAFONTAINE moyenne.
(1) Schmidt P., Strauss R.P. (1975), «The Prediction of Occupation UsingISSN : 0293-9657
Multiple Logit Models», International Economic Review, Vol.16, n° 2, June.© INSEE 2006
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