Le déclassement des jeunes sur le marché du travail

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Les nouvelles générations d'actifs sont beaucoup plus diplômées qu'il y a trente ans, mais l'augmentation de l'emploi qualifié n'a pas été aussi forte que celle de l'offre de diplômés. Dans le contexte d'un chômage massif persistant, certains jeunes diplômés sont ainsi amenés à accepter des emplois faiblement qualifiés ou faiblement rémunérés plutôt que de n'avoir aucun emploi. Ce décalage entre formation initiale et emploi, appréhendé ici en terme de déclassement, qu'il soit perçu par les jeunes ou mesuré statistiquement, touche environ un jeune sur quatre trois ans après la fin des études. Le déclassement n'épargne pas les plus diplômés même si ces derniers y sont généralement moins sensibles. Cette situation est également source d'insatisfaction sur le marché du travail et conduit les jeunes déclassés à quitter plus fréquemment leur employeur.
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Emploi 3
Le déclassement des jeunes
sur le marché du travail
Jean-François Giret, Emmanuelle Nauze-Fichet, Magda Tomasini *
Les nouvelles générations d’actifs sont beaucoup plus diplômées
qu’il y a trente ans, mais l’augmentation de l’emploi qualifié
n’a pas été aussi forte que celle de l’offre de diplômés. Dans le contexte
d’un chômage massif persistant, certains jeunes diplômés sont ainsi amenés
à accepter des emplois faiblement qualifiés ou faiblement rémunérés plutôt
que de n’avoir aucun emploi. Ce décalage entre formation initiale
et emploi, appréhendé ici en terme de déclassement, qu’il soit perçu
par les jeunes ou mesuré statistiquement, touche environ un jeune sur quatre
trois ans après la fin des études. Le déclassement n’épargne pas les plus
diplômés même si ces derniers y sont généralement moins sensibles.
Cette situation est également source d’insatisfaction sur le marché du travail
et conduit les jeunes déclassés à quitter plus fréquemment leur employeur.
u cours des dernières dé- nes sont de ce fait entrés sur le 28 % seulement dix ans plus tôt.
ecennies du XX siècle, le ni- marché du travail avec des diplô- D’après les enquêtes d’insertion duA veau d’études a augmenté mes de plus en plus élevés. En Céreq (Céreq, 2005) (encadré 1),
comme il ne l’avait jamais fait au- 2001, 45 % des jeunes actifs ayant plus le diplôme est élevé, meilleure
paravant en France. Entre 1975 et moins de cinq ans d’ancienneté sur est la protection contre le chô-
2000, l’âge moyen de fin d’études a le marché du travail ont un diplôme mage, même si des différences
augmenté de trois années. Les jeu- de l’enseignement supérieur contre existent selon les filières et spécia-
*Jean-François Giret fait partie du Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq), Emmanuelle Nauze-Fichet de la
direction de la Recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) du ministère de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du
Logement et du ministère de la Santé et des Solidarités. Au moment de la rédaction de cet article, Magda Tomasini faisait partie de la
direction de l’Évaluation et de la prospective (Dep) du ministère de l’Éducation nationale.
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lités de formation. Ce constat Les liens entre diplôme et quali- active et s’atténuent ensuite avec
reste vrai quelle que soit la fication de l’emploi exercé d’une l’ancienneté sur le marché du
conjoncture économique. Un part et diplôme et salaire d’autre travail (figures 1 et 2). La forma-
jeune diplômé du supérieur a part en fonction de l’ancienneté tion initiale joue un rôle détermi-
ainsi une probabilité trois fois plus sur le marché du travail donnent nant dans la phase d’insertion
faible de se trouver au chômage un premier aperçu des difficultés professionnelle, mais elle perd
qu’un jeune sans qualification, croissantes des jeunes à trouver progressivement de son influence
troisans aprèssasortiedusys- des emplois correspondant à au fur et à mesure que les jeunes
tème éducatif. Mais cette élévation leurs niveaux de formation (enca- acquièrent de l’expérience et de
du niveau d’études est loin de per- dré 2). Pour les hommes en 1990, nouvelles compétences sur le
mettre à tous les jeunes de trouver les liens entre diplôme et qualifi- marché du travail. Entre 1990 et
un emploi en rapport avec leurs cation et entre et salaire 1998-1999, les liens diplôme-
études. sont plus nets en début de vie qualification et diplôme-salaire
Figure 1 - Évolution du lien diplôme-qualification* selon l'ancienneté
Hommes Femmes
0,55 0,55
0,50 0,50
0,45 0,45
0,40 0,40
0,35 0,35
0,30 0,30
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001
30 ans ou plus4 ans ou moins 5 à 9 ans 10 à 19 ans ans 20 à 29 ans ans
*Voir encadré 2.
Champ :ensemble des salariés (hors militaires du contingent) ayant achevé leurs études initiales.
Source :Insee, enquêtes Emploi de 1990 à 2001.
Figure 2 - Évolution du lien diplôme-salaire* selon l'ancienneté
Hommes Femmes
0,55 0,55
0,50 0,50
0,45 0,45
0,40 0,40
0,35 0,35
0,30 0,30
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001
4 ans ou moins 5 à 9 ans 10 à 19 ans ans 20 à 29 ans ans 30 ans ou plus
*Voir encadré 2.
Champ :ensemble des salariés (hors militaires du contingent) ayant achevé leurs études initiales.
Source :Insee, enquêtes Emploi de 1990 à 2001.
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se sont distendus pour les jeunes plus grandes que leurs aînées à conduits à accepter des emplois
ayant moins de cinq ans, voire trouver des emplois correspon- faiblement qualifiés ou faible-
moins de dix ans d’ancienneté dant à leur diplôme. Lorsque ment rémunérés, éventuellement
surlemarchédutravail,alors l’offre d’emplois qualifiés aug- en renonçant à l’orientation pro-
qu’ils se maintiennent tout au mente moins vite que l’offre de fessionnelle à laquelle ils s’étaient
long de la décennie pour les ac- diplômés, ce qui a été le cas en destinés.
tifs plus anciens. Pour une per- France, cela se traduit mécani-
sonne donnée, le fait d’avoir un quement par une moindre rareté
diplôme élevé protège toujours desdiplômes. Lescompétences Plus d’un jeune
davantage du chômage et permet produites par la formation ou si- sur cinq touché
d’obtenir des emplois plus quali- gnalées par le diplôme sont alors
par le déclassement
fiés ; mais les générations arri- moins valorisées dans l’éco-
vant sur le marché du travail nomie. Cependant, dans le
avec desdiplômesdeplusen contexte d’un chômage de masse, Le décalage entre le niveau de
plus élevés ont des difficultés lesjeunesdiplôméspeuventêtre diplôme requis pour exercer un
emploi et le niveau de diplôme
des salariés ayant cet emploi
peut s’interpréter en termes de
Encadré 1
déclassement. Selon la définition
L’enquête Génération 98 la plus fréquemment rencontrée
dans les travaux à ce sujet enLe Céreq réalise périodiquement drier professionnel, toutes les situa-
France et à l’étranger, le déclasse-des enquêtes générationnelles tions qu’ils ont traversées entre
dont l’objectif premier est d’ana- leur sortie du système éducatif ment désigne « la situation des
lyser les cheminements profes- et la date de l’enquête : emploi, personnes qui possèdent un ni-
sionnels en début de vie active. chômage, inactivité, service natio-
veau de formation supérieur à
Elles éclairent à chaque fois les nal, formations ou reprise d’études.
celui normalement requis pourpremiers pas dans la vie active Afin d’avoir une vision plus com-
d’une cohorte d’individus sortis plète des parcours d’insertion l’emploi qu’elles occupent » (Fon-
de formation initiale la même professionnelle, un sous-échantil- deur, 1999). Rares sont les pro-
année. L’enquête Génération 98 lon de 20 000 jeunes, enquêtés en fessions où existe une norme
apporte un éclairage statistique 2001, a été réinterrogé au prin-
explicitedecorrespondanceentresur les 750 000 individus sortis de temps 2003 puis en octobre 2005.
emploi et formation. Seul un di-formation initiale en 1998, à partir Unenouvellevaguedel’enquête
d’un échantillon de 56 000 jeunes doit avoir lieu en 2008 de manière plôme sanctionnant une forma-
interrogés une première fois au à compléter l’observation des dé- tion définie permet l’exercice de
printemps 2001 par téléphone. buts de carrière. C’est l’interroga-
certaines professions très régle-
Les jeunes interrogés ont décrit tion en 2001 qui est exploitée
mentées (médecins, experts-mois parmois, à partird’uncalen- dans le présent article.
comptables, etc.). Par ailleurs,
certaines conventions collectives
garantissent l’existence d’une
norme de correspondance entre
Encadré 2
diplôme et emploi ; mais cette
Les indicateurs des liens entre diplôme et qualification reconnaissance des diplômes ne
et entre diplôme et salaire porte que sur un nombre limité
d’accords. En dehors de ces casPour mesurer l’intensité du lien bleaux de contingence d’effectifs
entre diplôme et qualification, différents. particuliers, aucune norme suffi-
on calcule une statistique de dé- samment générale ne peut servir
pendance caractérisant le tableau L’intensité du lien entre di-
de référence. Appréhender le
de contingence croisant les no- plôme et salaire (pour les actifs
déclassement professionnelmenclatures de diplômes et de ca- occupant un emploi salarié) est es-
tégories socioprofessionnelles. On timée à partir des coefficients de nécessite cependant d’établir une
retient un indicateur dérivé du tra- détermination (R²) caractérisant table de correspondance, même
ditionnel « chi-deux » : le « V de les régressions du salaire net (en approximative, entre niveaux de
Cramer », qui varie de 0 (indépen- équivalent temps plein) sur les in-
formation et emploi, qui sontdance) à 1 (liaison fonctionnelle). dicatrices de la détention des diffé-
supposés homogènes. Cette tableCette statistique permet de compa- rents diplômes, une fois éliminées
rer l’intensité de la liaison de deux les observations des déciles extrê- permet de repérer ensuite les situa-
variables qualitatives dans des ta- mes. tions pouvant être considérées
comme anormales, car résultant
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d’un trop fort décalage entre ni- emploi d’une part, diplôme et de leurs études, de 20 % à 28 %
veaux de diplôme et d’emplois. salaire d’autre part. Dans l’ap- des jeunes occupant un emploi
Lessituationsdedéclassement proche subjective, la norme est salarié, selon l’approche retenue,
sont alors une de ces situations fondée sur l’opinion des jeunes peuvent être considérés comme
anormales, à côté de possibles en emploi. L’enquête Génération déclassés (figure 3). Aucun niveau
situations de surclassement. 98 du Céreq permet de comparer de diplôme ne garantit une pro-
ces mesures du déclassement, tection absolue contre le déclas-
Le déclassement est appréhendé pour l’ensemble des jeunes sortis sement, mais certains diplômes
ici à travers deux approches (en- en 1998 du système éducatif, conduisent à des déclassements
cadré 3). Dans l’approche statis- quel que soit leur niveau de for- plus fréquents. Ainsi, les jeunes
tique, la norme de correspondance mation. Le déclassement touche simplement titulaires du bacca-
formation-emploi est fondée sur une une proportion non négligeable lauréat (professionnel, technique
relation statistique entre diplôme et desjeunes:troisansaprèslafin ou général) sont les plus touchés
Encadré 3
Les mesures du déclassement
Lesapprochesdudéclassement quête Emploi de l’Insee de 1990. sement. Elle repose sur la percep-
sont généralement classées en trois Choisir une norme basée sur des tion qu’ont les personnes de leur
grandes catégories (cf. Forgeot et statistiques antérieures d’une di- emploi (Giret, 2005). Selon l’en-
Gautié, 1997, Fondeur, 1999, Battu zaine d’années vise à éviter qu’une quête, cette perception est appré-
et al., 2000) : augmentation sensible du déclasse- hendée par des questions très
ment sur la période soit masquée diverses. Elles portent le plus sou-
L’approche normative repose sur par le fait qu’elle conduise à ce que vent, soit sur ce que les personnes
l’analyse du contenu en formation des situations auparavant atypi- estiment être le niveau de for-
qui est apriori nécessaire pour ques deviennent statistiquement mation strictement suffisant pour
exercer telle ou telle profession ou, normales. occuper l’emploi qui est le leur,
réciproquement, du type de soit plus directement sur le senti-
professions auxquelles prépare tel La seconde approche statistique ment personnel qu’elles ont, éven-
ou tel diplôme. Elle fait intervenir présentée dans la figure 3 consiste à tuellement, d’être sur-diplômées
le jugement d’un expert du système apprécier le niveau d’emploi, non ou sur-qualifiées par rapport à
éducatif ou du marché du travail. plus à partir de la catégorie socio- l’emploi qu’elles exercent. La
Pour une personne donnée, la professionnelle, qui ne se prête pas norme est cette fois fixée par la
mesure du déclassement s’appuie aisément à un classement hiérar- personne interrogée. La question
alors sur la comparaison de son chique, mais à partir de la rémuné- peut être directe et explicite : le sa-
niveau de formation initiale avec ration associée (Nauze-Fichet et larié se positionne alors sur le ni-
celui normalement requis pour Tomasini, 2002). Selon la théorie du veau de formation ou de
l’emploi qu’il exerce, tel que défini capital humain, la préparation d’un qualification par rapport à son em-
par l’expert (cf. par exemple diplôme peut être assimilée à un in- ploi actuel ou plus indirectement,
Affichard, 1981). vestissement ; la rémunération de par rapport à un emploi compa-
l’emploi constitue alors une forme rable. Dans la figure 3, l’approche
L’approche statistique consiste à de retour sur investissement. On subjective se base sur une question
définirla norme surla base de peut alors considérer qu’un jeune directe concernant l’opinion du
l’analyse statistique des situations actif est déclassé lorsqu’il ne renta- jeune par rapport à l’emploi qu’il
diplôme – catégorie socioprofes- bilise pas, de ce point de vue, l’inves- occupe actuellement. Il sera consi-
sionnelle les plus fréquentes (cf. tissement supplémentaire en déré comme déclassé s’il se dit
parexemple ForgeotetGautié, formation qu’il a consacré par rap- être utilisé dans son emploi en
1997). Cette approche empirique port à des jeunes moins diplômés. dessous de son niveau de compé-
ne repose pas sur une relation for- Cette mesure se fonde également tences. Il ne sera pas déclassé s’il
mation-emploi définie apriori. sur le fait que le salaire reflète la déclare être utilisé à son niveau
Quoiqu’il en soit, elle est souvent position hiérarchique du salarié de compétences ou au-dessus.
utilisée comme substitut à la dans l’entreprise. En pratique, on Cette mesure du déclassement dé-
première méthode, lorsque l’on ne considère ainsi qu’un jeune subit un passe alors l’approche stricte en
dispose pas de table de corres- « déclassement salarial » si plus de termes de niveau de diplôme :
pondance normative suffisam- la moitié des individus titulaires puisqu’il se réfère à son niveau de
ment récente. C’est la première d’un diplôme de niveau immédiate- compétences trois ans après sa
approche qui est retenue dans la ment inférieur gagnent plus que lui. sortie du système éducatif, le jeune
figure 3. Elle se base sur la mesure peut donc implicitement y intégrer
des écarts observés à une norme L’approche subjective est la troi- ses premières expériences profes-
statistique établie à partir de l’en- sième façon d’appréhender le déclas- sionnelles.
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par les déclassements salarial et être d’ordre individuel comme ment est aussi très lié à l’origine
socioprofessionnel. En effet, les l’origine sociale ou encore l’acqui- sociale. Ainsi, les fils de cadre
rémunérations des sortants de sition d’une première expérience ont plus souvent un emploi dont
l’enseignement secondaire sont professionnelle au cours des la qualification et le salaire sont
voisines, en général très proches études. D’autres concernent l’em- en adéquation avec leur diplôme.
du Smic quel que soit le niveau ploi, comme la taille ou le secteur Ils ont sans doute une meilleure
de sortie. Le fait de posséder un d’activité de l’entreprise dans la- connaissance des règles de négo-
baccalauréat n’induit donc pas quelle la personne est employée. ciation salariale, ou ils bénéfi-
un avantage particulier par cient d’un réseau relationnel plus
rapport aux autres jeunes sortis Les caractéristiques sociodémo- étendu. Ils s’orientent aussi plus
du secondaire ; cela explique la graphiques tendent à exercer la fréquemment vers des filières de
forte sensibilité des bacheliers au même influence sur les risques l’enseignement supérieur plus
déclassement salarial. En outre, de déclassement statistique, qu’il sélectives et plus porteuses en
les bacheliers techniques et pro- soit socioprofessionnel ou sala- termes de débouchés profession-
fessionnels ont beaucoup de mal rial. Toutes choses égales par ail- nels. Enfin, ils peuvent prolonger
à accéder à des emplois qualifiés leurs, les jeunes femmes ont un également plus longtemps leur
et à des postes de techniciens, et risque plus élevé que les jeunes recherche d’emploi, pour trouver
subissent de ce fait un déclasse- hommes d’être déclassées, sur- un emploi plus en adéquation
ment socioprofessionnel impor- tout en termes de salaire (figure avec leur formation. À l’opposé,
tant. En revanche, les diplômés 4). En revanche, les résultats les enfants d’ouvriers ou d’em-
de troisième cycle et des grandes sont inversés pour le déclasse- ployés sont les plus exposés au
écoles sont un peu plus épargnés ment subjectif : les jeunes fem- risque de déclassement. Les ré-
par le déclassement, même si un mes se déclarent moins souvent sultats sont un peu différents
quart d’entre eux sont concernés déclassées que les jeunes hom- pour l’approche subjective : là
par le déclassement subjectif ou mes, alorsmêmequ’elleslesont encore, le fait que le déclasse-
socioprofessionnel. plus souvent d’après l’approche ment soit fréquent parmi les
statistique du déclassement. Il est «pairs »peutconduireàce qu’il
possible que ces dernières intè- soit moins vécu comme une si-
grent d’une certaine manière tuation anormale. Par contre,De nombreux facteurs
comme plus ou moins incontour- quelle que soit l’approche, le dé-communs au risque
nable l’existence d’un différentiel classement est plus fréquent
de déclassement, quelle
de situation par rapport au sexe quand le jeune habite encore
que soit l’approche opposé. Une autre explication se- chez ses parents que lorsqu’il a
retenue rait que, confrontées en moyenne pris son autonomie, et ce quelle
àunrisquedechômage plus im- que soit l’approche retenue. L’in-
Un certain nombre de facteurs portant, lesjeunesfemmesinter- terprétation de ce résultat est dé-
sont communs au risque de dé- prètent de manière plus positive licate. D’un côté, un jeune vivant
classement indépendamment de la situation des emplois qu’elles chez ses parents peut accepter
la mesure. Ces facteurs peuvent occupent.Lerisquededéclasse- plus facilement une situation de
Figure 3 - Fréquence des situations de déclassement, trois ans après la fin des études
en %
Titulaires d’un diplôme de niveau baccalauréat ou supérieur
Ensemble
Approches du déclassement* (tous niveaux Baccalauréats Supérieur court Grande école,e
Baccalauréats 2 cycleer e
de diplômes) techniques et (1 cycle, BTS, 3 cycle Ensemble
généraux universitaire
professionnels DUT) universitaire
Statistique socioprofessionelle 24,4 47,6 28,7 36,2 30,3 24,3 36,3
Statistique salariale 21,4 41,2 46,9 26,2 37,3 15,4 31,8
Subjective 27,6 32,0 34,2 26,4 33,3 24,3 29,0
* Voir définition des différentes approches dans l’encadré 3.
Champ : ensemble des jeunes ayant terminé leurs études en 1998 et ayant un emploi salarié en avril 2001.
Source : Céreq, enquête Génération 98.
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Figure 4 - Les facteurs de risque de déclassement : approches statistiques (socioprofessionnelle et
salariale) et approche subjective*
Approche
Approche salariale Approche subjective
socioprofessionnelle
Effet marginal Effet marginal Effet marginal
Coefficient Coefficient Coefficient
(en %) (en %) (en %)
Constante – 1,1 25,0 – 1,9 13,0 – 0,8 30,5
CARACTÉRISTIQUES SOCIODÉMOGRAPHIQUES
Sexe
Femme 0,1 1,9 0,6 8,4 – 0,1 – 1,5
Homme Réf. Réf. Réf.
Décohabitation de chez les parents
Habite chez ses parents 0,4 8,2 0,5 6,8 0,2 3,4
Habite seul – 0,1 – 1,8 0,1 1,2 0,0 0,0
Habite en couple Réf. Réf. Réf.
Travail régulier durant les études
A travaillé pendant ses études – 0,1 – 1,8 – 0,3 – 3,0 – 0,1 – 3,0
N’a pas travaillé pendant ses études Réf. Réf. Réf.
Profession du père
Commerçant ou agriculteur – 0,1 – 1,8 – 0,1 – 1,1 – 0,2 – 3,7
Cadre – 0,4 – 6,7 – 0,4 – 3,9 – 0,1 – 2,0
Profession intermédiaire ou technicien – 0,2 – 3,6 – 0,1 – 1,1 – 0,1 – 1,4
Employé – 0,1 – 1,8 0,0 – 0,3 – 0,1 – 2,0
Ouvrier Réf. Réf. Réf.
CARACTÉRISTIQUES DE L’EMPLOI OCCUPÉ
Secteur d’activité de l’entreprise
Agriculture 2,3 51,9 0,7 10,1 0,0 0,0
Industrie 0,9 20,0 0,1 1,2 0,2 3,7
Énergie 0,0 0,0 – 0,8 – 6,7 0,0 0,0
Construction 1,1 25,0 0,1 1,2 – 0,1 – 2,9
Commerce 0,8 17,6 0,6 8,4 0,5 10,8
Transport 1,2 27,5 0,1 1,2 0,2 4,6
Secteur financier 0,7 15,2 0,1 1,2 0,2 4,5
Services aux entreprises Réf. Réf. Réf. aux particuliers 0,9 20,0 0,7 10,1 0,3 7,3
Administration, santé, action sociale – 0,6 – 9,5 0,2 2,4 – 0,3 – 6,8
Taille de l’entreprise
Moins de 10 salariés 0,2 3,9 0,7 10,1 – 0,4 – 8,4
De 10 à 49 salariés 0,2 3,9 0,4 5,2 – 0,1 – 1,8
De 50 à 499 salariés Réf. Réf. Réf.
500 salariés ou plus – 0,2 – 3,6 – 0,8 – 6,7 – 0,1 – 2,9
Type de contrat
Contrat à durée indéterminée Réf. Réf. Réf.
Fonctionnaire 0,0 – 0,7 – 0,2 – 2,1 0,0 0,0
Contrat à durée déterminée 1,0 22,5 0,6 8,4 0,1 2,9
Intérim 1,0 22,5 0,8 12,0 0,6 14,0
Emploi aidé 0,1 1,9 2,5 51,6 0,6 15,1
Autre emploi 0,7 15,2 1,0 15,9 0,3 7,0
* Voir définition des différentes approches dans l’encadré 3.
Champ : ensemble des jeunes sortis du système éducatif en 1998 occupant un emploi salarié et titulaires d’un diplôme de niveau bac ou supérieur.
Lecture : la situation de référence est celle d’un homme vivant en couple, qui n’a pas travaillé pendant ses études, dont le père est ouvrier et exerçant son activité
professionnelle comme salarié sous contrat à durée indéterminée dans une entreprise du secteur des services aux entreprises de 50 à 499 salariés. La probabilité
d’être déclassé socioprofessionnel pour cette personne est de 25 %.
Source : Céreq, enquête Génération 98.
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Emploi 3
déclassement, dans la mesure où aux particuliers et les transports emplois de fonctionnaire. Ce cons-
il est moins gêné par ses consé- sont des secteurs où la probabilité tat n’est pas étonnant : pour un
quences. De l’autre, le fait de d’être déclassé est la plus grande, jeune, le fait d’accepter un salaire
vivre une situation de déclasse- que l’approche du déclassement inférieur à celui auquel il pourrait
ment peut l’inciter à rester chez soit statistique ou subjective. prétendre ou un emploi pour le-
ses parents plutôt que d’acquérir Mais, pour d’autres secteurs, des quel il est surqualifié s’inscrit dans
son autonomie. Par ailleurs, différences existent selon l’ap- une logique d’insertion profession-
avoir travaillé durant ses études proche : elles renvoient souvent à nelle comparable à celle de jeunes
diminue le risque de déclasse- des modes de gestion spécifiques diplômés acceptant des missions
ment, quelle que soit l’approche de la main-d’œuvre (Mansuy et d’intérim ou des contrats à durée
retenue. Un jeune ayant travaillé Minni, 2005) mais également au déterminéeoudanslamêmelo-
durant ses études bénéficie sans rapport à l’activité pour le déclas- gique de recrutement pour les en-
doute d’un atout supplémentaire sement subjectif. Ainsi, les jeunes treprises. Ces types d’emploi
lors de ses premières recherches travaillant dans le secteur agricole peuvent correspondre à des em-
d’emploi : il a acquis des compé- ou la construction ont plus souvent plois d’attente, permettant aux jeu-
tences professionnelles, une meil- un emploi fortement déclassé, en nes d’acquérir une première
leure connaissance du monde du termes de qualification et dans expérience professionnelle tout en
travail ou un meilleur curriculum une moindre mesure en termes cherchant un autre emploi plus
vitae (Béduwé et Giret, 2005). de salaires. Pourtant, ces jeunes satisfaisant. Pour les employeurs,
Enfinl’introductiondudiplôme ne s’y déclarent pas plus, voire ce type de recrutement permet de
dans le modèle toutes choses éga- moins, déclassés. Le constat est sélectionner ceux qui correspon-
les par ailleurs (estimation non le même en ce qui concerne la dent le mieux à leurs besoins
présentée dans l’article) n’invalide taille de l’entreprise : le risque de après avoir observé leurs perfor-
pas les résultats précédents et déclassement statistique est mances dans un emploi moins
confirme la forte sensibilité de cer- beaucoup plus élevé dans les qualifié.
tains niveaux de diplôme, les entreprises de petite taille mais le
deuxièmes cycles notamment, au déclassement subjectif y est
risque de déclassement. plutôt moins élevé, en raison Les jeunes déclassés
sans doute de la plus grande sont plus souvent
Les jeunes s’insèrent également variété des tâches que les jeunes
insatisfaits et quittent
dans un environnement profes- diplômés effectuent dans les petites
plus fréquemmentsionnel plus ou moins propice au entreprises.
leur emploidéclassement. Les secteurs d’acti-
vité se positionnent différemment Enfin, les emplois temporaires
selon les conventions collectives sont plus souvent des emplois dé- Le déclassement a des consé-
existantes ou le mode de recrute- classés que les emplois sous con- quences multiples sur la vie
ment. Le commerce, les services trat à durée indéterminée ou les professionnelle des jeunes. Il a
Figure 5 - Les conséquences du déclassement
en %
Déclassement statistique Déclassement statistique Déclassement subjectif
socioprofessionnel en avril 2001 salarial en avril 2001 en avril 2001
Parmi Parmi Parmi Parmi Parmi Parmi
les jeunes les jeunes les jeunes les jeunes les jeunes les jeunes
déclassés non déclassés déclassés non déclassés déclassés non déclassés
Part des jeunes disant se réaliser professionnellement
(tout à fait ou plutôt satisfait) dans leur emploi 70,0 81,0 71,1 80,8 53,4 87,7
Part des jeunes en emploi déclarant rechercher un
autre emploi en 2001 30,3 25,4 33,1 24,4 44,6 19,6
Part des jeunes ayant quitté leur emploi dans les deux
ans qui ont suivi 36,4 38,8 40,4 37,6 45,7 35,7
Part des jeunes ayant bénéficié au moins une fois d’une
formation continue 22,8 22,8 21,4 23,2 22,5 23,6
Source : Céreq, enquête Génération 98.
Données sociales - La société française 313 édition 2006
048.ps
N:\H256\STE\s8l6hf\DonneesSociales\048\048.vp
mercredi 15 mars 2006 11:16:02Profil couleur : Profil d’imprimante CMJN gØnØrique
Composite 150 lpp 45 degrØs
3 Emploi
d’abord une influence sur la sa- ment subjectif : en avril 2001, Les jeunes en situation de déclas-
tisfaction professionnelle. Lors- 44 % des jeunes recherchaient sement sont apriori moins suscep-
qu’ils ne sont pas déclassés, plus un autre emploi, contre 20 % tibles que les autres de bénéficier
de huit jeunes sur dix déclarent des jeunes ne s’estimant pas dé- d’une formation continue en rai-
« se réaliser professionnellement classés. Même si pour les mesu- son de leur niveau de formation
dans leur emploi », mais dans le res statistiques, les différences initiale supérieur aux autres.
cas contraire, ce taux baisse d’au sont plus ténues, les jeunes dé- L’enquête Génération 98 du Céreq
moins10 points(figure 5). C’est classés souhaitent majoritaire- permet d’identifier les périodes
notamment le cas pour le dé- ment un changement d’emploi. de formation continue, en isolant
classement subjectif : seulement Cette volonté se traduit effecti- notamment les formations néces-
53 % des jeunes déclassés di- vement dans les deux années saires pour s’adapter à l’emploi
sent se réaliser professionnelle- qui suivent par des départs plus des autres formations financées
ment dans leur emploi contre fréquents de chez leur em- ou organisées par l’employeur. La
88 % pour les non-déclassés. ployeur pour les jeunes qui en proportion de jeunes ayant béné-
Cette insatisfaction se traduit avril 2001 se disaient déclassés ficié d’au moins une formation
également pour le jeune occu- ou étaient déclassés salariale- de ce type est pratiquement la
pant un emploi déclassé par ment. En revanche, les jeunes même, que les jeunes soient en
une volonté plus marquée de touchés par le déclassement so- situation de déclassement ou
quitter cet emploi. C’est particu- cioprofessionnelnesedistin- non, indépendamment de la me-
lièrement vrai pour le déclasse- guent pas des autres. sure retenue.
Pour en savoir plus
Affichard J., « Quels emplois après Céreq, Quand l’école est finie. Pre- Lopez A., Rose J. (éditeurs), Des
l’école : la valeur des titres scolaires miers pas dans la vie active de la formations pour quels emplois,
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tique, n° 134, p. 7-26, Insee, 1981. 2005.
Forgeot G. et Gautié J., « Inser-
Battu H., Belfield C.-R. et tion professionnelle des jeunes et Mansuy M., Minni C., « Le secteur
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p. 53-74, Insee, 1997. nel ? », Économie et Statistique,and its effects?», National Insti-
n° 378-379, p. 129-146, Insee, 2005.tute Economic Review, n° 171,
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vail en cours d’études a-t-il une va- Ires, 1999. ché du travail : approches sociopro-
leur professionnelle ? », Économie fessionnelle et salariale du
et Statistique, n° 378-379, p. 55-84, Giret J.-F., « Quand les jeunes s’es- déclassement », Économie et Statis-
Insee, 2005. timent déclassés », in Giret J.-F, tique, n° 354, p. 21-43, Insee, 2002.
Données sociales - La société française 314 édition 2006
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