Localisation résidentielle et disparités de revenus en Lorraine : stratification selon le niveau de vie

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Les inégalités de revenus fiscaux lorrains ont connu une augmentation sensible entre 1999 et 2003. L'évolution sur cette période se traduit par un accroissement de la proportion de ménages à revenus plus élevés dans le parc de logements et ce quelque soit le statut d'occupation : propriétaires, locataires HLM et du privé. En 2003, les "ménages pauvres" lorrains se concentrent en périphérie des aires urbaines et dans le rural. Près du quart des communes lorraines ont suivi une trajectoire " d'enrichissement relatif" entre 1999 et 2003. L'éloignement (distance et temps) à la ville-centre continue de jouer un rôle important dans la stratification sociale de l'espace lorrain, plus de la moitié des communes "aisées" se situent à 20 minutes par le réseau routier de la ville-centre. Taille du foyer et durée d'occupation restent les facteurs déterminants du choix résidentiel.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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www.insee.fr/lorraine
°
Localisation résidentielle etN 29
disparités de revenus en Lorraine :

Les inégalités de revenus fiscaux lorrains ont connu une augmentation
sensible entre 1999 et 2003. L’évolution sur cette période se traduit
par un accroissement de la proportion de ménages à revenus
plus élevés dans le parc de logements et ce quelque soit le statut
d’occupation : propriétaires, locataires HLM et du privé. En 2003,
les «ménages pauvres» lorrains se concentrent en périphérie
des aires urbaines et dans le rural. Près du quart des communes
lorraines ont suivi une trajectoire «d’enrichissement relatif» entre
1999 et 2003. L’éloignement (distance et temps) à la ville-centre
continue de jouer un rôle important dans la stratification sociale
de l’espace lorrain, plus de la moitié des communes «aisées»
se situent à 20 minutes par le réseau routier de la ville-centre.
Taille du foyer et durée d’occupation restent les facteurs déterminants
du choix résidentiel.
Les travaux économiques principalement La théorie
américains, ont montré dès la fin des années 50, à l’épreuve des faits
qu’ilexisteunerelationentrelelieuderésidence
Il s’agit ici de vérifier l’existence d’une stra-
des ménages et leur niveau de vie. Au sein d’une
tification résidentielle de la région selon le
même aire urbaine, des quartiers aisés peuvent
«niveaudevie»deses habitantsetdeca-
côtoyer des quartiers dans lesquels les ménages
ractériser l’évolution dans le temps de ce
cumulent les difficultés socio-économiques. Pour-
phénomène. Comparer les distributions de
quoi assiste-t-on à la concentration de la popula-
revenus fiscaux de plusieurs catégories de
tion pauvre dans certains quartiers et à sa
ménages revient à définir une nomencla-
sous-représentation ailleurs ? Est-ce le niveau de
ture de référence. La base de construction
vie des individus qui les conduit à habiter un quar-
de cette dernière peut renvoyer au champ
tier plutôt qu’un autre ? A contrario, les caracté-
social. L’analyse porte alors sur l’évaluation
ristiques du quartier déterminent-elles le niveau
des disparités de revenus fiscaux entre
de viedeses résidents?
ménages, liées à des caractéristiques indi-
viduelles, en particulier sur les inégalités
qui existent entre les groupes et à l’inté-
Note : l’article a été publié dans les Notes de syn- rieur de ceux-ci dans la mesure des inégali-
thèse du SESP, n° 158 de mars-avril 2005.
tés de revenus.
Christian CALZADA, qui faisait partie du SESP à l’é-
poque de rédaction de l’article, tient à remercier
Elle peut aussi renvoyer au champ spatial. LaM. Emmanuel RAOUL, Chef du SESP (MTETM) pour
nomenclature adoptée pour le découpage estsa collaboration.
Valors une nomenclature territo- L’analyse des 900 000 foyers fis- Près du quart
riale. L’analyse a trait à la dimen- caux lorrains en 2003, répartis en des communes
sion spatiale des disparités douze groupes (ménages occupants en
se sont «enrichies»
infra-territoires des concentrations trois statuts d’occupation - propriétaires
Chaque commune de la région lor-de revenus. occupants, locataires HLM ou Sociétés
rainepeutêtrecaractériséepar lad’Économie Mixte, locataires du secteurEn ce qui concerne le découpage Une analyse
répartition de ses ménages occu-privé croisés avec les quatre départe-géographique, l’échelon communal à l’échelon
pants, en dix classes de revenusments), permet d’appréhender lea été retenu. Deux raisons essen- communal
fiscaux par unité de consomma-poidsdechaquegroupeàl’explica-tielles motivent ce choix : d’une
tion. Les bornes de ces dix classestion de l’inégalité totale des revenuspart parce que la commune de-
correspondent aux valeurs des dé-par unité de consommation (UC) enmeure un échelon de régulation
ciles de revenus de l’ensemble des1999 et 2003.des inégalités liées à la politique du
ménages de la Lorraine.
logement et d’autre part en raison La mesure intragroupe regroupant
En 2003, un peu plus du tiersde la disponibilité des statisti- lesinégalitésdansles groupes a
(34,6%)des ménagesà basreve-ques (1) (FILOCOM, Fichier des loge- progressé de 15,3% entre 1999
nuslorrains(décile 1) était locatairements à la commune). et 2003. En particulier, les inégali-
du parc HLM, contre 33,9% entés entre propriétaires dans les
1999. L’évolution entre 1999 etdépartements de Meurthe-et-Mo-Les disparités
2003, des profils de répartitionselle et de la Moselle sont en pro-
de revenus s’accroissent des ménages selon les déciles degression de 0,8 point sur la
revenus (en euros courants), se tra-Les inégalités de revenus fiscaux période.
duit par un accroissement de laont connu une augmentation sen- La part des inégalités intergroupes
proportion de ménages à revenussible de 10% entre 1999 et a augmenté. Elle s’explique princi-
plus élevés dans le parc de loge-2003. L’année 1999 se caracté- palement par des différences de
ments et ce quel que soit le statutrise en effet par un indice de revenus fiscaux entre les groupes
d’occupation ; on compte ainsiconcentration des revenus suivants : propriétaires et locatai-
70 000 ménages propriétaires de(0,341) moins élevé que celui de res HLM de la Moselle ; propriétai-
plus, dont les revenus sont supé-l’année 2003 (0,375)[voir enca- res de Meurthe-et-Moselle et
rieurs à la médiane.drépage8]. locataires HLM de la Moselle ; pro-
L’analyse des communes, décritespriétaires et locataires du privé de
par la distribution des ménages ré-la Moselle. On constate une homo-
(1) Source : fichier FILOCOM (Fichier sidents selon leur revenu fiscal, faitgénéité des revenus fiscaux à l’inté-
des logements à la commune) - Minis-
apparaître un «continuum», le longrieur des groupes, alors qu’il
tère des Transports, de l’Equipement,
duquel les communes se position-prévaut une hétérogénéité très im-du Tourisme et de la Mer, d’après la
nent ; depuis celles qui concen-Direction Générale des Impôts. portante entre les groupes.
trent le plus de revenus élevés,
jusqu’à celles qui concentrent le
Revenus fiscaux par département et statut d’occupation en 2003
Revenus en euros par Unité de Consommation* Revenus en hausse
dans le parc HLMStatut d’occupation du logement Meurthe-et-
Meuse Moselle Vosges
Moselle Profils de répartition des ménages
lorrains locataires de HLM
Ensemble des statuts d’occupation
selon les déciles de revenus *
Moyenne 12 126 10 975 11 998 11 207
25 % du nombre de ménages
Écart-type 15 675 17 441 57 929 17 109
1999
Propriétaires 20
2003
Moyenne 14 183 12 239 13 861 12 716
15Écart-type 18 440 19 692 74 342 20 443
Locataires HLM
10
Moyenne 7 335 6 895 7 345 7 059
Écart-type 5 032 4 746 4 862 4 503 5
Locataires Privé
0Moyenne 10 107 9 168 10 197 9 382
D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10
10 990 13 092 9 090 8 215Écart-type
Lecture : 22,3% des ménages lorrains
locataires HLM avaient un revenu annuel* Le revenu exprimé par UC est un revenu par équivalent adulte, comparable d’un lieu à un autre et entre ménages de
fiscal par UC inférieur ou égal à 21 100 €compositions différentes. er
(Valeur du 1 décile) en 1999.Le nombre d’UC d’un ménage est évalué selon la définition utilisée par l’Insee et par Eurostat :
- le premier adulte du ménage compte pour 1 UC ; * déciles de revenus lorrains par UC
- les autres personnes de 14 ans ou plus comptent chacune pour 0,5 UC ; en 1999.
- les enfants de moins de 14 ans comptent chacun pour 0,3 UC. Source : MTETM - FILOCOM d'après la DGI
Source : MTETM - FILOCOM d’après la DGI
2plus de revenus faibles. A partir de menée, aboutissant à une partition se situent les communes qui
la distribution du nombre de ména- en cinq classes des communes lor- concentrent majoritairement des
ges par commune en 1999 et raines (chaque commune est ménages pauvres.
2003, selon les déciles des reve- comptabilisée deux fois, en 1999 Disposant des résultats de cette
nus fiscaux par UC en 1999, une et 2003). La carte des profils de classification conjointe, les trajec-
analyse en composantes principa- communes en 2003 fait appa- toires suivies par les communes
les (ACP) et une classification as- raître que c’est en périphérie des entre 1999 et 2003 ont pu être
cendante hiérarchique (CAH) a été aires urbaines et dans le rural que identifiées en considérant leur ap-
partenance à une classe à cha-
Les cinq types de communes lorraines cune des dates. Si une commune
relève du même type de classe
Typologie des revenus fiscaux des ménages par commune en Lorraine en 2003
aux deux dates, on peut en dé-
duire qu’elle a conservé la même
LONGWY
position relative dans la structure
desdisparitésintercommunalesTHIONVILLE
de revenus durant la période. A
l’inverse, selon le sens de la tran-
VERDUN METZ
SARREGUEMINES sition, on pourra diagnostiquer un
«embourgeoisement» ou un ap-
pauvrissement relatif des rési-PONT-À-MOUSSON
dents de la commune. Cette
BAR-LE-DUC SARREBOURG analyse des trajectoires dans le
NANCYTOUL temps des communes entre
LUNÉVILLE
1999 et 2003, montre que 60%
des communes seraient, aux
deux dates, définies par le même
SAINT-DIÉ profil, 17% seraient passées
Types de communes
dans un profil spécialisé dans la
ÉPINALaisée (218)
résidencedeménages moinsfa-à RM supérieurs (725)
à RM inférieurs (743) vorisés, suivant une trajectoire
pauvre (300) d’appauvrissement relatif de leur
très pauvre (352)
population et à l’inverse 23% au-
RM : Revenus fiscaux Moyens inférieurs ou supérieurs
raient suivi une trajectoire «d’enri-
Source: MTETM-FILOCOM d'après la DGI chissement relatif». Dans les
communes qui se sont «enri-
chies» entre 1999 et 2003, près
Trajectoires des communes lorraines entre 1999 et 2003 des 3/4 des logements étaient
occupés par des propriétaires.
2003
Communes L’analyse de la répartition des
Types
Total “aisées” : communes par type dans l’espacede communes RM* RM* Très
Aisées Pauvres
sup. inf. pauvres proches de lorrain, selon le temps d’accès à la
la ville-centre commune-centredel’aireurbaine
159 21141 186
la plus proche, montre parAisées
(140,2) (12,0) (0,0) (0,1) (0,0) (152,3) exemple que plus de la moitié des
51 516 103 22 9 701 communes «aisées» se situent à
RM* sup.
20 minutes par le réseau routier(12,6) (325,3) (42,8) (1,0) (0,5) (382,2)
de la ville-centre, alors que les
1 147 440 106 49 743
communes «très pauvres» seRM* inf.
(0,0) (22,5) (238,1) (18,7) (7,0) (286,3) concentrent en périphérie. La ré-
1999
2 19 121 86 93 321 partition géographique évolue peu
Pauvres
entre 1999 et 2003.(0,1) (1,1) (14,1) (15,9) (9,5) (40,6)
5227882 200 387Très
pauvres (0,3) (1,7) (5,7) (5,0) (26,5) (39,1) La taille du foyer reste
l’élément déterminant218 725 743 300 352 2 338
Total du choix résidentiel(153,1) (362,7) (300,7) (40,6) (43,5) (900,6)
Le choix résidentiel est soumis au
En nombre de communes ; entre parenthèses, milliers de logements en 1999 fonctionnement et à la structura-
Lecture : 106 communes, qui représentaient près de 19 000 logements en 1999, ont suivi une trajectoire tion des marchés du logement et
"d'appauvrissement", transitant de la classe "RM inférieurs" en 1999 à la classe "Pauvres" en 2003
foncier locaux. Les ménages se
* RM : revenus fiscaux moyens inférieurs ou supérieurs
distinguent par des capacités bud-
Source : MTETM - FILOCOM d’après la DGI
3
© INSEE-IGNgétaires et des caractéristiques
Les profils évoluent peusocio-démographiques qui ne leur
garantissent pas la même liberté Trajectoires des communes lorraines entre 1999 et 2003
de choix pour la localisation de leur
résidence.
Nous faisons ici l’hypothèse que les
choix effectués par les ménages
dépendent des critères qu’ils valori-
sent, mais également du profil du
ménage (taille du foyer fiscal, âge de
la personne de référence, situation fa-
miliale). Afin de mettre en relation
les caractéristiques individuelles
des ménages et les critères expri-
més par ceux-ci dans leur choix de
statut d’occupation, nous avons uti-
lisé une méthode de régression lo-
gistique multinomiale. Nous
supposerons qu’un ménage essaie
Aires urbainesde maximiser sa satisfaction, au-
Variation du typetrement dit de choisir un type de
de la commune
résidence qui corresponde à ses
moins aiséepréférences, tout en tenant
plus aisée
compte de ses contraintes, notam-
stable
ment financières et familiales. Le
Source: MTETM-FILOCOM d'après la DGI
choix résidentiel s’effectue alors
parmi un éventail de variantes plus
réduit que l’ensemble du marché
immobilier. Effets moyens* des différentes caractéristiques
sur les probabilités d’appartenance aux statuts d’occupationOn constate qu’en 2003, l’accrois-
sement de la taille du foyer fiscal
Locataire Locataire Propriétaire
Statut d’occupation en 2003d’uneunitéaugmentede3,7points, HLM secteur privé occupant
en moyenne, la probabilité d’être
Polarisation :
propriétaire, mais diminue de 3,4
Ville-centre du pôle urbain + 10,5 + 8,3 - 16,4points celle d’être locataire du sec-
Communes périurbaines - 6,2 - 1,6 + 8,2teur privé. La durée d’occupation
influe dans le même sens, mais Espace à dominante urbaine - 6,9 + 3,3 + 3,4
avec une ampleur plus faible. Le fac- Espace à dominante rurale ref. ref. ref.
teur âge joue peu. Les probabilités
Situation familiale :
demeurent constantes dans le
Marié - 2,1 + 1,3 + 1,5
temps [voir tableau page 7].
Célibataire + 2,8 + 10,8 - 14,8
Par ailleurs, un résident en
Divorcé + 5,3 + 7,2 - 12,8
centre-ville a sur un habitant en
Pacsé + 13,5 - 7,3 - 4,1zone rurale,unavantagede11
Veuf ref. ref. ref.points dans la probabilité d’être lo-
cataire du parc social, toutes cho- Déciles de revenus par UC :
ses égales par ailleurs. Plus on se D1 + 49,3 - 2,5 - 46,0
situe bas dans l’échelle des reve-
D2 + 42,1 - 1,7 - 40,1
nus et plus «l’on a de chances» de
D3 + 37,3 - 2,2 - 34,7
résider en HLM. En 1999, être
D4 + 33,8 - 1,8 - 31,6marié accroissait de 3 points la
D5 + 30,6 - 2,1 - 28,2probabilité d’être propriétaire, ce
qui n’est plus le cas en 2003. D6 + 28,0 - 2,7 - 25,0
D7 + 23,6 - 2,4 - 21,2
Christian CALZADA D8 + 18,7 - 2,4 - 16,5
Insee Lorraine
D9 + 11,1 - 1,5 - 10,0
Francis LE BLANC D10 ref. ref. ref.
Service Économie, statistiques Lecture : un résident en centre-ville a sur un habitant en zone rurale, un avantage de 10,5 points dans la proba-
et prospective - Ministère bilité d’être locataire du parc social, toutes choses égales par ailleurs.
des Transports, de l’Équipement, * Différences moyennes des probabilités prédites (en %).
du Tourisme et de la Mer
Source : MTETM - FILOCOM d’après la DGI
4
© INSEE-IGNSur-représentation des ménages Sur-représentation des ménages
aisés à revenus moyens supérieurs
4Profils des revenus %12 %
des communes lorraines 310
selon chaque type 8 2
6
1
Écart entre la moyenne du profil 4
0dans la classe et sur l'ensemble
2
des communes de la région 0 -1
-2 -2
-4
-3
-6
déciles-4déciles
-8
Source : MTETM - FILOCOM d'après la DGI
Sur-représentation des ménages Sur-représentation des ménages Sur-représentation des ménages
à revenus moyens inférieurs pauvres très pauvres
8 % 10 %3 %
6
8
2
4
6
1 2
4
00
2
-2
-1
0
-4
-2 -2
-6
déciles décilesdéciles
-3 -4
Communes
Communes "aisées"
"à revenus moyens supérieurs"
35 % %
35Évolution des temps d'accès 1999 199930
2003 30 2003au pôle le plus proche
25
par type de commune 25
20entre 1999 et 2003 20
15
15
Temps routier en minutes aux pôles 10
10
5 5
0 0
Source : MTETM - FILOCOM d'après la DGI
Communes
Communes "très pauvres"Communes "pauvres"
"à revenus moyens inférieurs"
3030 %% %30
19991999 19992525 20032003 200325
20 20 20
1515 15
1010 10
5 5 5
00 0
5
D1
0-10
D2
10-20
D3
20-30
D4
30-40
D5
40-50
D6
50-60
D7
60-70
D8
70-80
D9
80-90
D10
>90
D1
D1
0-10
0-10
D2
D2
10-20
10-20
D3
D3
20-30
20-30
D4
D4
30-40
30-40
D5
D5
40-50
40-50
D6
D6
50-60
50-60
D7
D7
60-70
60-70
D8
D8
70-80
70-80
D9
D9
80-90
80-90
D10
D10
>90
>90
D1
D1
0-10 0-10
D2
D2
10-20
10-20
D3
D3
20-30
20-30
D4
D4
30-40
30-40
D5
D5
40-50
40-50
D6 D6
50-60
50-60
D7 D7
60-70
60-70
D8 D8
70-80
70-80
D9
D9
80-90
80-90
D10
D10
>90
>90Les aspects théoriques
Le revenu, facteur explicatif de la localisation rési- En revanche, si le temps de transport pèse plus que les
dentielle des ménages coûts monétaires dans la composition du coût du trajet
et que l’élasticité revenu de la demande de logementsUn premier courant d’auteurs a mis l’accent sur le fait
est inférieure à l’unité, alors les ménages aisés préfére-que le niveau de revenu est en mesure d’influencer la
ront habiter au centre-ville, ce qui reléguera les classesdécision de localisation résidentielle des ménages, que
défavorisées en périphérie.ce soit par le jeu du marché du logement ou l’influence
des interactions sociales. A côté du modèle standard AMM, figure une autre thèse
dont l’objectif est d’expliquer l’homogénéité du niveau deLes uns ont souligné le rôle joué par le marché du loge-
revenu des ménages au sein des territoires composantment comme déterminant de la stratification sociale
l’aire urbaine. Selon ces auteurs, les interactions entrede l’aire urbaine. C’est le cas du modèle standard de
les groupes de revenu, qu’elles passent par la fiscalitél’économie urbaine, appelé aussi modèle
ou, plus généralement, par les relations de proximité en-ALONSO-MUTH-MILLS (AMM) et de ses extensions, qui
couragent la population favorisée à se regrouper et à for-étudie la localisation des ménages dans le cadre d’un
mer une communauté homogène en fonction du niveauéquilibre partiel.
de revenu.
Ce modèle est inspiré du modèle de VON THUENEN
Le modèle du «vote avec les pieds» de TIEBOUT (1956)(1826) qui avait décrit un modèle similaire en éco-
énonce l’idée selon laquelle l’électeur consommateurnomie de la localisation d’activités agricoles. Le mo-
«vote avec ses pieds», c’est-à-dire que le choix du lieudèle AMM conçoit l’aire urbaine selon une
de localisation résidentielle des agents économiquesreprésentation monocentrique. L’aire urbaine s’orga-
est le fruit d’un arbitrage entre les programmes fis-nise en fonction de la distance séparant les territoires
caux des différentes municipalités. Ainsi, avec le mo-du centre d’affaires, le Central Business District (CBD)
dèle de TIEBOUT, la distance à un centre unique n’estregroupant la totalité de la demande de travail. De ce
plus le seul facteur d’organisation spatiale.fait, il en résulte une structure par cercles concentri-
ques de l’aire urbaine, comme l’illustre le schéma réali-
sé par BURGESS en 1925 sur la ville de Chicago.
2
4
1
34
5
3 4
2 23
1
Zones :
Centre des affaires (1),
Industrie légère et entrepôts (2),
Quartier résidentiel des classes pauvres (3),
Quartier des moyennes (4),
Quartier résidentiel des classes riches (5).
Sur le schéma, les quartiers résidentiels des classes pauvres (3)
se situent dans le même rayon, c'est-à-dire à une même distance
du centre d'affaires, que les quartiers résidentiels des classes riches (5).Zones :
Centre (1),
Zone de transition (2),
Zone de résidence des travailleurs (3), La théorie du «flight-from-blight» (”Fuite du centre") ex-
Zone résidentielle riche (4).
plique la structuration de l’aire urbaine, selon le niveau
de revenu, à la lumière des externalités produites par
la coexistence sur un territoire donné de ménages ap-
Lorsqu’un agent économique choisit son emplacement partenant à des classes de revenu différentes.
résidentiel, il évalue à la fois le coût monétaire et le
Selon MILLS et LUBUELE (1997) le mécanisme du «votecoût en temps pour se rendre de son logement à son
avec les pieds» de TIEBOUT aurait tenu un rôle majeurlieu de travail. Le choix de l’agent économique est le
dans la formation des banlieues américaines, les clas-fruit d’un arbitrage entre l’élasticité revenu de la de-
ses favorisées souhaitant se soustraire à l’afflux de lamande de logements et l’élasticité revenu du coût mar-
population pauvre. Les interactions entre différentsginal du transport.
groupes de ménages dotés de niveaux de revenus dif-
férents, qu’elles passent par la fiscalité ou plus généra-Ainsi, si la demande de logements croît plus vite avec
lement par les relations de proximité, sontle revenu, que le coût du trajet domicile-travail, les mé-
susceptibles de structurer l’aire urbaine en fonction dunages aisés préféreront résider en périphérie afin de
niveau de vie des ménages. Il s’ensuit une représenta-bénéficier d’une surface habitable plus importante.
6tion de l’aire urbaine qui prend la forme d’une juxtaposi- Ce constat amène REINGOLD (1999), à expliquer une
tion de communes qui sont protégées les unes des part importante des problèmes d’emploi dans les
autres par l’élaboration de barrières à l’entrée. Les quartiers défavorisés aux États-Unis par la faible
ménages à bas revenu se retrouvent ainsi concentrés qualité des réseaux sociaux.
dans les villes-centres et isolés du reste de la popula-
tion. Cette isolation aggrave généralement leur situa- A l’inverse, d’autres économistes, tel que PRESTON et
tion en amoindrissant le niveau et/ou la qualité des McLAFFERTY (1999), soutiennent l’idée selon laquelle
aménités dont ils peuvent bénéficier. la distance aux zones d’emplois importe peu. Ces au-
teurs accordent toute leur attention aux caractéristi-
ques socio- économiques réelles des quartiers
Les caractéristiques du quartier influencent le ni- (composition ethnique, taux de chômage, etc.) et
veau de vie des ménages supposées (réputation du quartier, etc.) qui peuvent
également jouer dans la stigmatisation du quartier etUn second courant d’économistes s’est intéressé à
constituer un handicap à l’embauche.la relation inverse entre lieu de résidence et revenu.
Dans ce cas, les caractéristiques du quartier jouent
Enfin, la composition d’un quartier peut influencer lecomme autant de c intrinsèques de
comportement des jeunes et donc leur devenir. Lesl’individu contribuant à déterminer son niveau de vie.
développements récents sur l’effet de quartier met-
D’abord, la distance entre le lieu de résidence et les tent en lumière quatre modèles principaux qui sou-
zones d’emploi peut influencer la probabilité qu’a un tiennent l’idée selon laquelle le quartier résidentiel
individu de trouver un emploi et donc peut contribuer n’est pas neutre sur le comportement adopté par les
à expliquer son revenu : difficulté à disposer d’infor- adolescents.
mations sur les recrutements ayant lieu dans la zone
d’emploilorsquecelle-ciestéloignéedelazonederé- En effet, l’influence des pairs du quartier (modèle de
sidence, coûts de transport dissuasifs, etc. ; c’est contagion sociale ou épidémique, CRANE, 1991), le
l’hypothèse du «spatial mismatch», ou de rôle de modèle des adultes qui y résident (modèle de
«non-concordance géographique» entre lieu de rési- socialisation collective, WILSON, 1987), l’impact des
dence et d’emploi, confirmée par l’étude empirique ressources du quartier sur la formation du capital
de KAIN (1968). humain (modèle institutionnel, DE SOUZA BRIGGS,
1998), ainsi que la compétition sévissant au seinDe même, les relations sociales créées au sein du
des quartiers (modèle de privation relative, PLOTNICKquartier de résidence peuvent être un facteur impor-
et HOFFMAN, 1996) agissent sur les décisions prisestant dans l’accès à l’emploi. Toutes choses égales
par les agents économiques.par ailleurs, celles-ci risquent d’être plus favorables
dans les quartiers aisés composés de chefs d’entre-
Aux États-Unis, de nombreuses études empiriques ontprises, que dans les quartiers modestes, compre-
été réalisées afin de tester la pertinence de ces théo-nant davantage de chômeurs ou de personnes peu
ries ; elles ont abouti à des résultats contrastés.qualifiées.
Effets moyens desvariables continuessur lesprobabilitésdechoix
Locataire Locataire Propriétaire
Statut d’occupation Autre
HLM secteur privé occupant
Taille du foyer
1999 + 0,18 - 3,36 + 3,62 - 0,45
2003 + 0,18 - 3,55 + 3,73 - 0,36
Durée d’occupation ou de vacance du logement
1999 - 0,08 - 0,94 + 1,11 - 0,09
2003 - 0,06 - 0,96 + 1,06 - 0,05
Âge de la personne de référence
1999 - 0,10 - 0,33 + 0,44 - 0,02
2003 - 0,05 - 0,31 + 0,39 - 0,02
Lecture : l’accroissement de la taille du foyer fiscal d’une unité augmente de 3,7 points, en moyenne, la probabilité d’être propriétaire.
Source : MTETM - FILOCOM d’après la DGI
7Savoir plus :
Approche multidimensionnelle des inégalités
- «Décomposition de l’indice de GINI
par sous groupes de salariés : une
L’approche par les indices d’inégalité, telle qu’initiée notammentapplication aux inégalités salariales
par ATKINSON dans les années 1970, permet de mesurer l’intensi-
en France dans le secteur privé de
té des inégalités de revenus entre individus au sein d’une même
1976 à 2000», Koubi M., Mussard
population. Cette intensité indique le caractère égalitaire ou inéga-
S., Seyte F., Terraza M. - Journées
litaire de la répartition des revenus. Parmi ces indices, l’indice de
de Méthodologie Statistique, 14, 15
GINI (1921) occupe une place importante. L’indice de GINI est com-
et 16 mars 2005, Paris, Insee. pris dans l’intervalle [0,1]. Plus l’indice tend vers l’unité (resp. vers
0) et plus la répartition des revenus est inégalitaire (resp. égali-
Voir aussi le site : taire) et la concentration forte (resp. faible).
www.lameta.univ-montp1.fr/online
/GINI.htm
L’indice de GINI global illustre les différences de revenus moyennes
entre les individus d’une population. Sa normalisation autorise la
- «Les modèles logit polytomiques non
comparaison d’indices dans le temps et entre des groupes diffé-
ordonnés : théorie et applications»,
rents ; il permet en outre d’étudier l’impact des transferts de reve-Cédric Afsa Essafi, Série des
nus, notamment des riches vers les pauvres.Documents de Travail, N° 0301,
Insee, 2003.
La décomposition de l’indice de GINI global entre plusieurs groupes
- Site Internet : www.insee.fr permet quant à elle la mesure des inégalités à la fois à l’intérieur
de chaque groupe (intragroupe) et entre les différents groupes (in-
tergroupes). Cette approche multidimensionnelle de l’indice de
GINI permet de répondre à des interrogations, du type :
- quels sont les groupes qui participent le plus à l’explication de l’i-
négalité totale ?
- quelle est la contribution des inégalités entre deux groupes à l’iné-
galité totale ?, etc.
Ministère de l’Économie, SILBER (1989,1993) et DAGUM (1997) ont proposé une décompo-
des Finances et de l’Industrie sition de l’indice de GINI global en trois termes :
Insee - la contribution des indices de GINI intragroupes (Gw) ;
Institut National de la Statistique
- la con des indices de GINI intergroupes (Gb) ;
et des Études Économiques
- l’intensité des indices de GINI de «transvariation» correspondant
Direction Régionale de Lorraine
au chevauchement entre les distributions.15, rue du Général Hulot
CS 54229
Ce troisième élément, considéré longtemps à tort comme un
54042 NANCY CEDEX
élément résiduel, excluait l’indice de GINI de la classe des mesu-Tél :03 83 91 85 85
res d’inégalités additivement décomposables. De fait, la «trans-Fax :03 83 40 45 61
www.insee.fr/lorraine variation», complémentaire à la partie intergroupe, mesure les
différences de revenus entre individus appartenant à des distri-
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION butions qui se chevauchent. Autrement dit, la transvariation
Jean-Paul FRANÇOIS met en évidence l’écart de revenus existant entre les individus ri-
Directeur régional de l’Insee
ches des populations pauvres et les individus pauvres des popu-
lations riches.COORDINATION RÉDACTIONNELLE
Christian CALZADA
Valérie GUILLEMET
L’indice de GINIse décomposealors de la manièresuivante:
G = Gw + Gb + GtRESPONSABLE ÉDITORIAL ET
RELATIONS MÉDIAS
Jacqueline FINEL
La composante intergroupe (Ggb = Gb + Gt) exprime à la fois les
différences de revenus qui sont générées par les revenus fiscauxRÉDACTRICE EN CHEF
élevés des sous-populations riches (Gb) et celles des revenus fis-Agnès VERDIN
caux élevés des s pauvres qui creusent des écarts
SECRÉTARIAT DE FABRICATION
avec les faibles revenus fiscaux des groupes riches (Gt). La décom-
MISE EN PAGE - COMPOSITION
position de GINI permet donc de mesurer :
Marie-Thérèse CAMPISTROUS
- la contribution des inégalités intragroupe à l’inégalité totale (Gw) ;Marie-Odile LAFONTAINE
- la con des inégalités intergroupes générée par les reve-
ABONNEMENTS nus fiscaux des groupes riches (Gb) ;
Myriam PUJOL - la contribution de l’intensité de «transvariation», qui est la
Code SAGE : EL052940 participation des inégalités intergroupes générées par les revenus
N° à la CPPAP AD 176
fiscaux élevés des groupes relativement plus pauvres (Gt).
ISSN : 0293-9657
© INSEE 2005
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