La mesure de l'investissement en technologies de l'information et de la communication : quelques considérations méthodologiques

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Les technologies de l'information et de la communication (TIC) sont devenues, au cours des trente dernières années, un facteur très important de la croissance des économies développées. Mais l'évaluation quantitative de leur diffusion n'est pas simple. On s'attache dans ce qui suit à décrire quelques-uns des principaux problèmes de méthode soulevés par la mesure de la diffusion des TIC, et partant par les estimations de leur contribution à la croissance. Trois produits qui incorporent principalement ces technologies sont considérés : les matériels informatiques, les logiciels et les matériels de communication. Parmi les problèmes rencontrés, ceux de la mesure de l'investissement en valeur pour ces produits et du partage de ces valeurs en volume et en prix se posent tout particulièrement. Les conventions et les méthodes retenues pour apporter des solutions à ces problèmes influencent fortement les diagnostics qui peuvent être posés sur la contribution des TIC à la croissance, les évolutions de la productivité au niveau de l'économie dans sa totalité, mais aussi sur la localisation sectorielle des gains de productivité. Plusieurs éléments d'appréciation de la croissance et ses sources, mais aussi d'autres aspects, en sont ainsi affectés. Par exemple, compte tenu des modalités d'amortissement fiscal aux coûts historiques, la forte baisse des prix des matériels informatiques introduit un écart entre les situations financières nettes apparente et réelle des entreprises ; cette dernière s'en trouve sous-estimée, effet contraire à celui prêté d'ordinaire aux autres biens d'investissement.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 339-340, 2000 - 9/10
 Gilbert Cette appartientà la Banque de France et à l’Université de la Méditerranée (CEDERS), Jacques Mairesse à l’INSEE*(CREST) et Yusuf Kocoglu à l’ Université de la Méditerranée (CEDERS).Les analyses développées dans cet article n’engagent que les auteurs, et non les institutions auxquelles ils appartiennent.Les noms et dates entre parenthèses renvoient à la bibliographie en fin d’article.Les notes explicatives sont regroupées en fin d’article.
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Les technologies de l'information et de la communication (TIC) sont devenues, au coursdes trente dernières années, un facteur très important de la croissance des économiesdéveloppées. Mais l’évaluation quantitative de leur diffusion n’est pas simple. Ons’attache dans ce qui suit à décrire quelques-uns des principaux problèmes de méthodesoulevés par la mesure de la diffusion des TIC, et partant par les estimations de leurcontribution à la croissance. Trois produits qui incorporent principalement ces techno-logies sont considérés : les matériels informatiques, les logiciels et les matériels decommunication. Parmi les problèmes rencontrés, ceux de la mesure de l’investissementen valeur pour ces produits et du partage de ces valeurs en volume et en prix se posenttout particulièrement.Les conventions et les méthodes retenues pour apporter des solutions à ces problèmesinfluencent fortement les diagnostics qui peuvent être posés sur la contribution des TICà la croissance et les évolutions de la productivité au niveau de l’économie dans sonensemble, mais aussi sur la localisation sectorielle des gains de productivité. Plusieurséléments d’appréciation de la croissance et de ses sources, mais aussi d’autres aspects,en sont ainsi affectés. Par exemple, compte tenu des modalités d’amortissement fiscalaux coûts historiques, la forte baisse des prix des matériels informatiques introduit unécart entre les situations financières nettes apparente et réelle des entreprises ; cette der-nière s’en trouve sous-estimée, effet contraire à celui prêté d’ordinaire aux autres biensd’investissement.
Gilbert Cette, Jacques Mairesse et Yusuf Kocoglu*
La mesure de l’investissementen technologies de l’informationet de la communication : quelquesconsidérations méthodologiques
ENTREPRISES
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diffusion des TIC dans l’économie françaiseau cours des trente dernières années et cellede leur contribution à la croissance est propo-sée par les auteurs dans un second article de cenuméro (« Les technologies de l’informationet de la communication en France : diffusionet contribution à la croissance »). Ces éva-luations sont comparées aux évaluationscorrespondantes concernant les autres maté-riels d'équipements ainsi qu'en matière derecherche et développement (RD). Elles sontégalement confrontées aux évaluations lesplus récentes obtenues pour les États-Unis etd’autres grands pays industrialisés.L’investissementen valeur couranteLeesndméapteénrsieelssednemcoatmérmieulnsiicnaftioornmdaetisqeunetsree-tprises ont toujours été traitées comme desdépenses d’investissement par les comptablesnationaux (1). Il n’en va pas de même pour lesdépenses en logiciels, considérées encorerécemment comme des consommations inter-médiaires. Celles-ci ne sont comptabilisées enFrance comme investissement que depuisl’adoption de la nouvelle base de la Comp-tabilité nationale (1995), et depuis 1999 auxÉtats-Unis. Tous les pays ont été amenés à seconformer progressivement à cette comptabi-lisation des dépenses en logiciels commeinvestissement, suivant en cela les recomman-dations internationales (2). Ce changementcomptable a eu des implications considérablessur la mesure de certaines grandeurs macro-économiques : aux États-Unis, par exemple, ila conduit à modifier à la hausse le niveau duPIB d’environ 1,5 %, et son taux de croissanced’environ 0,1 point à 0,2 point par an.Sur les périodes anciennes, les informationsstatistiques disponibles sur les dépenses enproduits des TIC sont assez lacunaires etincertaines. Mais notre connaissance resteencore très imparfaite sur la période récente,pour trois raisons principales.Tout d’abord, les frontières entre les dépensesréalisées en chacun des trois produits des TICpeuvent être imprécises de par la naturemême de ces produits. L’exemple des logicielsillustre bien cette imprécision : ceux qui sontintégrés aux matériels informatiques ne sontpas séparés de ces derniers dans la compta-bilité des entreprises, une telle séparationétant difficilement praticable.
Lecsotmemchunnoicloatgiioensd(eTIl'Cinfpoarrmlaatiosuniteet)dseonlatdevenues au cours des trente dernières annéesun facteur très important de la croissanceéconomique des économies développées. Unebonne connaissance de la diffusion de cestechnologies, et pour cela la mesure de l'inves-tissement et du capital en matériels et en logi-ciels dans lesquels elles sont incorporées (parla suite investissement et capital en TIC) estdevenu un préalable nécessaire aux études surla productivité et la croissance. Du fait cepen-dant de l'évolution très rapide des TIC et desprogrès considérables des performances desmatériels et logiciels, la plupart des problèmestraditionnels de mesure des volumes de l'in-vestissement et du capital se rencontrent en cequi les concernent de façon particulière-ment vive.Parmi ces problèmes, ceux de la mesure del’investissement en valeur et du partage volume-prix des séries d’investissement en valeur seposent tout particulièrement. Les difficultésrencontrées par les comptables nationauxpour opérer un tel partage les amènent engénéral à des choix pragmatiques dont lesconséquences au niveau macro-économiquedemeurent vraisemblablement assez limitéespour la plupart des biens dont les principalescaractéristiques évoluent le plus souvent trèslentement. Pour ces biens en effet les écartsentre les évaluations faites et celles qui résul-teraient des différentes approches théorique-ment envisageables (aux « coûts des facteurs »ou aux « services producteurs »), dont la miseen œuvre « parfaite » serait délicate et fortcoûteuse, sont sans doute peu importants. Pourles biens d'investissement en TIC, il n’en vapas de même, et l’importance des écarts arendu nécessaire la sophistication des méthodes,et le recours notamment aux méthodes dites« hédoniques » (ou encore méthodes descaractéristiques, ou méthodes économétriques)et aux méthodes « par appariements », les-quelles ont de très fortes incidences sur lesévaluations.Le présent article a ainsi pour objet de déve-lopper quelques-unes des principales consi-dérations de méthode soulevées par la mesurede la diffusion des TIC, et partant par les esti-mations de leur contribution à la croissance.Trois biens d'investissements en TIC sontexplicitement considérés : les matériels infor-matiques, les logiciels et les matériels de com-munication. L’évaluation effective de la
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Le partage volume-prixde la valeur de l’investissement partage de la vLeentrelesdeuxcaolemuprodseanltiensvevstoilsusemmeeenttprix est une question extrêmement difficile,dans la mesure où les techniques de produc-tion et les performances des biens d’investis-sements ne restent pas stables mais progres-sent en général (Mairesse, 1971 et 1972 ; Cette,1994). Deux approches opposées sont théori-quement envisageables, dont l’une, l’approcheaux « coûts des facteurs » se propose de tenircompte des progrès dans la production desbiens d’investissements, et l’autre, celle « desservices producteurs », cherche à prendre encompte des progrès dans leurs performancesproductives. Cette dernière, généralementprivilégiée en théorie, est particulièrementdifficile à mettre en œuvre en pratique.Approche aux coûts des facteurset approche aux services producteursEn simplifiant et de façon quelque peu tauto-logique, on peut dire que dans l’approche auxcoûts des facteurs, le volume d'un produitd'investissement évolue selon l’évolution desfacteurs nécessaires à sa production, quelle quesoit par ailleurs l'évolution de ses perfor-mances productives, tandis que dans l’approcheaux services producteurs, le volume de cemême produit d'investissement évolue selonl’évolution de ses performances productives,quelle que soit par ailleurs l'évolution desquantités de facteurs nécessaires à saproduction.La différence entre ces deux approches peutêtre illustrée à partir de l’exemple simple de lagomme (6), parfois proposé dans la littérature(cf. par exemple Triplett (1996)).Imaginons tout d’abord qu'une innovationtechnologique permette de fabriquer, avecles mêmes quantités de facteurs qu'anté-rieurement (et donc pour le même coût deproduction et, à comportement de margeinchangé, la même valeur unitaire), desgommes dont la durée de vie est doublée pour
largement la forme de biens spécifiques (grossystèmes ou PC) que dans les activités indus-trielles (5).
Ensuite, les frontières entre les dépenses enproduits des TIC et celles en d’autres produitsou services sont parfois inévitablement impré-cises. Tel est le cas des dépenses en logiciels.Ces dépenses comportent trois composantes :les logiciels prêts à l’usage (prepackaged), leslogiciels auto-produits (own-account), et ceuxqui sont des améliorations personnalisées delogiciels achetés (custom). Les dépenses d’éla-boration ou d’amélioration de logiciels par desentreprises sont très difficiles à cerner, aussibien théoriquement qu’empiriquement, car lesdépenses de personnel correspondantes nesont pas isolées. Elles doivent donc êtrereconstituées par les comptables nationaux àpartir de sources fragiles, et parfois dequelques enquêtes irrégulières (aux États-Unis) renseignant sur le temps passé par dessalariés à ces activités et sur leur rémunération.Enfin, la frontière entre investissement etconsommation intermédiaire peut être elle-même particulièrement difficile à tracer, enparticulier pour les logiciels. Comme le montreLequiller dans son article dans ce mêmenuméro, les statisticiens ont adopté desconventions différentes suivant les pays, quiconduisent vraisemblablement à minorer lesinvestissements en logiciels (et à un moindredegré en matériels informatiques) en Franceet dans les autres pays européens, et à lesmajorer aux États-Unis (3). Aucun accord nes’est par ailleurs dégagé sur la comptabi-lisation en consommation intermédiaire ou eninvestissement des dépenses importantesfaites face aux risques du « bug » de l’an 2000.Une autre illustration de ce même type deproblème, dont les conséquences du point devue des comptes nationaux sont cependanttrès différentes, est le fait que les dépenses enTIC ne sont considérées comme de l’investis-sement que lorsque les produits correspon-dants sont physiquement isolés. Les matériels(ou composants) informatiques et les logicielsintégrés dans d’autres équipements tels queles machines-outils ou les robots ne sont pascomptabilisés comme des investissements enTIC en tant que tels, mais comme des consom-mations intermédiaires des entreprises pro-duisant ces biens d’équipements ; ils sontcompris cependant dans les investissementsen biens d’équipements des entreprises quiachètent ces biens (4). Ce problème expliquenotamment en grande partie pourquoi les inves-tissements informatiques apparaissent, dans lescomptes nationaux, bien plus concentrés dansles activités de services, où ils prennent plus
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Les méthodes hédoniquesou par appariementsL’application pratique d’une approche auxservices producteurs est évidemment trèsdifficile à envisager pour de nombreux biens(cf.infra) car elle suppose la mobilisationd’informations nombreuses et complexes surl’efficacité productive des biens d’équipe-ments et sur les coûts variables induits parleur utilisation. À notre connaissance, la seuletentative approfondie d’un tel partage estproposée par Gordon (1990, 1993) pour deuxbiens très particuliers : les avions utilisés pardes compagnies de transports aériens et lescentrales électriques. Les statisticiens de prixont développé une méthode dite « hédonique »(ainsi nommée car elle vise à appréhenderl’utilité du bien pour le consommateur), ouencore méthode des caractéristiques ouméthode économétrique, qui s’efforce deprendre en compte certains des changementsde qualité des biens suivis dans les indices deprix. Appliquée aux biens d’investissement,cette méthode permet un partage volume-prixqui se rapproche de celui de l’approche auxservices producteurs. La méthode d’appa-riements vise également à se rapprocher decette approche (cf. encadré 1) (8).La méthode hédonique de partage volume-prix des biens d’équipement consiste, dans saversion la plus fréquente, à estimer économé-triquement la valeur des produits auxquels ons’intéresse (par exemple des micro-ordina-teurs) en retenant pour variables explicativesl’ensemble, si possible, des caractéristiquestechniques les plus importantes (vitesse,mémoire, poids, etc.), ainsi que des variablesindicatrices pour chaque période de temps(chaque année si cette méthode est appliquéesur données annuelles). Les coefficients desvariables indicatrices correspondent alors auxprix des biens à chaque période (prix annuelspar exemple), à caractéristiques fixées et doncà volume supposé inchangé. Cette méthodepeut donc conduire à considérer que le prixd’un nouveau bien, de performances supé-rieures, est inférieur au prix du bien ancien,même si sa valeur de marché est strictementidentique et quels que soient ses coûts de pro-duction ; en contrepartie, son volume calculésur la base du prix hédonique sera plus élevéque celui qui le serait sur celle du prix observé(non corrigé). Ce résultat est caractéristiquedu marché des matériels informatiques, et lesméthodes hédoniques appliquées dans ce casaboutissent effectivement à mesurer une baisseextrêmement rapide des prix (9).
une utilisation comparable, de même intensi-té (autrement dit, les services producteursde la gomme sont doublés). Dans l’approcheaux coûts des facteurs, le volume et le prix uni-taire de la gomme restent inchangés, et la pro-ductivité globale de l’utilisateur augmente (paraugmentation de la productivité du capital).Dans l’approche aux services producteurs, levolume de la gomme est doublé et son prix estdivisé par deux, et la productivité globale del’utilisateur reste inchangée.Imaginons maintenant qu’une autre innovationtechnologique permette de produire desgommes identiques avec deux fois moins defacteurs de production et que la valeur demarché de la gomme se trouve de ce fait divi-sée par deux. Dans l’approche aux coûts desfacteurs, le volume est divisé par deux et leprix reste inchangé, et comme dans le casprécédent la productivité globale de l’utili-sateur augmente (par augmentation de laproductivité du capital). Dans l’approche auxservices producteurs, le volume reste inchangéet le prix est divisé par deux, et comme dansle cas précédent la productivité globale del’utilisateur reste inchangée.Dans l’approche aux services producteurs, lesperformances productives des équipementsqui doivent être prises en compte pour unpartage volume-prix correspondent non seule-ment aux caractéristiques influençant directe-ment l’efficacité productive de ces équipe-ments (c’est-à-dire sa productivité partielle),mais doivent aussi correspondre, en principe,aux caractéristiques influençant les coûtsvariables induits par leur utilisation.Illustrons aussi ce point par un exemplesimple, celui d’une nouvelle génération debiens d’équipements ayant la même efficacitéproductive (ou productivité partielle) que laprécédente et une même valeur sur le marché(et donc, à taux de marge identique des pro-ducteurs de biens d’équipements, le mêmecoût des facteurs), mais permettant une éco-nomie de coûts variables (par exemple parune moindre consommation d’énergie). Dansune approche aux services producteurs, uneunité de cette nouvelle génération de biensd’équipement a, du fait de cette économiede coûts variables, un volume plus importantet un prix plus faible qu’une unité de la pré-cédente génération, tandis que dans uneapproche aux coûts des facteurs elle a le mêmevolume et le même prix (7).
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Si la méthode hédonique peut prendre en ments informatiques (gros systèmes, réseaux)compte des caractéristiques importantes des ont, pour une même valeur, voire une valeurperformances des produits considérés, elle ne moindre, une efficacité productive beaucouppeut pas le faire dans les cas d’acquisition de plus élevée et impliquent cependant des coûtscaractéristiques vraiment nouvelles. En outre, variables de fonctionnement et de maintenanceelle ignore en règle générale les caracté- moins grands que les précédentes générations.ristiques de coûts variables d’utilisation. Par La méthode hédonique s’efforce de prendreexemple, les nouvelles générations d’équipe- en compte le premier aspect (efficacité produc-
Encadré 1UNE COMPARAISON SIMPLIFIÉE DE DIFFÉRENTES MÉTHODES DE PARTAGE VOLUME-PRIX
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Cette présentation s’inspire en partie de Gordon (1993).L’outputYest produit en mobilisant une quantitéKd’unités élémentaires de capital productif fixe et une quantitéVd’unités élémentaires de facteurs variables (consommation intermédiaire et facteur travail). On exprime toutes lesvaleurs unitaires (de l’output, du capital productif et du facteur variable) déflatées par la valeur unitaire de l’output,ce qui revient à les exprimer en prix réels. Le revenu net (des coûts variables) dégagé au terme de l’activité pro-ductive s’écrit :R = Y – pv.V, oùpvest le prix relatif d’une unité composite des facteurs variables par rapport au prixde l’output.On suppose que deux entreprises produisent le même type d’output, avec des types de capital productif différentset différentes quantités du facteur variable. On désigne par les indices 1 et 2 les variables correspondant à ces deuxproduits et à leur production.Pour simplifier, on suppose que les durées de vie des biens de capital sont identiques et que la production de biensde capital se fait sans profit pur. Cette seconde hypothèse revient à supposer que la valeur unitaire du capital(pk)est égale aux « coûts des facteurs » mobilisés pour produire ce bien de capital.Dans une approche aux services producteurs, le prix relatif des biens de capital mobilisés dans les deux activi-tés productives sera le rapport entre la valeur relative des biens de capital productif mobilisés et le revenu net rela-tif obtenu :PSPpk2.K2/pk1.K1=(Y2pv.V2) /(Y1pv.V1)Dans une approche aux coûts des facteurs, le prix relatif des biens de capital mobilisés dans les deux activitésproductives sera la valeur relative des biens de capital productif mobilisés :PCF=pk2/pk1=pk2.KK22//Kpk1.K11Dans un calcul de prix hédoniques, le prix relatif des biens de capital mobilisés dans les deux activités produc-tives sera le rapport entre la valeur relative des biens de capital productif mobilisés et les quantités relatives d’out-put produit :PH=pk2.K2/pk1.K1Y2/Y1Les trois ratios permettant de calculer le prix relatif des deux biens de capital ne diffèrent que par leur dénomina-teur. Il apparaît une différence fondamentale entre les trois évaluations : celles aux services producteurs et l’hédo-nique prennent en compte les « performances » relatives des deux biens de capital, tandis que l’approche aux coûtsdes facteurs en est complètement indépendante.En divisant le numérateur et le dénominateur dePSPparY2/Y1, on obtient :11PSP PH. 1PH.−α= =(1−α2) /(1−α1) 1−α2où a désigne la part des coûts variable dans le produit, soit :α= pv.V/Y.
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Notations :Y:volume d’output ;K:volume de capital ;V:volume de facteurs variables (consommation intermédiaires et facteur travail) ;pk:valeur réelle d’une unité du facteur capital sur le marché ;pv:valeur réelle d’une unité composite des facteurs variables sur le marché ;PSP:prix relatif des biens de capital mobilisés dans les deux activités productives, approche aux services producteurs ;PCF:prix relatif des biens de capital mobilisés dans les deux activités productives, approche aux coûts des facteurs ;PH:prix relatif des biens de capital mobilisés dans les deux activités productives, calcul hédonique ;R:revenu net des coûts variables avec :R = Y – pv.V;α:part des coûts variable dans le produit, soit :α= pv.V/Y.Les indices ‘1’ et ‘2’ indiquent que les variables se rapportent à la production du bien 1 ou du bien 2.
L’évaluation hédonique surestime la progression des prix appréciés avec une approche aux services producteurs.Elle est intermédiaire entre les deux approches aux coûts des facteurs et aux services producteurs.
On a alors :
Encadré 1 (suite)Les deux évaluations aux services producteurs et hédonique sont équivalentes si la part des coûts variables dansle produit est la même pour les deux productions(α1=α2). Dans la réalité, cette hypothèse n’est cependant pasvérifiée dans de nombreux cas. Gordon (1990 ; 1993) en donne comme exemple réel le cas de deux compagniesde transports aériens utilisant l’une un MacDonnel-Douglas DC8-61 à trois pilotes, et l’autre un Boeing 757 à deuxpilotes : toutes choses égales par ailleurs, la part des coûts variables n’est évidemment pas la même dans la pro-duction des deux firmes.Prenons, aux sein des produits des TIC, l’exemple des matériels informatiques. Pour que les deux méthodes soientéquivalentes, il faudrait que le besoin en main d’œuvre (et les autres coûts variables) croissent exactement commela puissance (ici les caractéristiques techniques) de l’ordinateur. Ce n’est évidemment pas le cas, ce qui revient àdire que, si la croissance des coûts variables est moindre que celle de la puissance de l’ordinateur, et en suppo-sant que la production 2 correspond à une technique postérieure à la production 1, on a(α1>α2). Et doncPSP < PH. En d’autres termes, la méthode hédonique surestime les prix appréciés par l’approche aux services pro-ducteurs, car elle suppose implicitement que les coûts variables s’élèvent comme la puissance des ordinateurs.Illustrons cela de façon simple, en supposant deux générations différentes d’ordinateurs sur le marché. Leur valeurunitaire est la même, et dans les deux productions chacune des deux firmes n’utilise qu’un exemplaire d’ordinateurde la première génération pour la firme1et de la seconde génération pour la firme2. On a donc :
tive) mais ignore souvent le second (économie de l’indice de prix entre deux périodes succes-de coûts variables par unité d’output). En sives que les produits présents sur le marchéconséquence, elle tend à surestimer la crois- à ces deux périodes. Elle ne cherche pas à éva-sance (ou sous-estimer la décroissance) des luer la variation des prix induite par l’appa-prix aux services producteurs (cf. Gordon rition d’un produit nouveau au moment où il(1993) et encadré 1). Elle fournit donc une apparaît. Pour des marchés comme celui desévaluation de l’évolution des prix intermé- TIC, où le renouvellement des produits estdiaire par rapport aux approches aux coûts extrêmement rapide, cette convention de calculdes facteurs et aux services producteurs, peut être lourde de conséquences, car desmême si on peut penser qu’elle doit être beau- baisses de prix peuvent intervenir en mêmecoup plus proche de cette dernière. temps que l’introduction de nouveaux produitssur le marché. Ainsi, pour les TIC, il n'est pasLa méthode d’appariements(matchedrare de commercialiser en même temps unmethod), fréquemment utilisée en pratique, produit nouveau à la fois plus performant etconsiste à ne prendre en compte dans le calcul moins cher que le précédent. La méthode
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Partage volume-prix et mesurede la productivité globaledes facteursLeparcthaogiexvdoellu'ampep-rproicxhneeetstdéevliademmétmheondtepdaessans conséquences sur la mesure de la producti-vité globale des facteurs (PGF) dans le cadre del'estimation économétrique d’une fonction deproduction, ou dans celui des calculs et hypo-thèses de la comptabilité de la croissance (11).Approches aux services producteurs etau coût des facteurs et mesure de la PGFDans une approche aux services producteurs,si la spécification de la fonction de productioncorrespondait bien à la réalité économique(notamment si aucun facteur de productionn’était omis et si le volume de chacun d'entreeux était connu sans erreur de mesure) l'esti-mation serait parfaite et il n'y aurait pas determe d'erreur ou résidu, autrement la PGFserait nulle. Dans les mêmes conditions etsous réserve que les hypothèses d'équilibre
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économique concurrentiel de la comptabilitéde la croissance soient également satisfaites, laPGF calculée dans ce cadre serait égalementnulle. La croissance serait ainsi complètementexpliquée par les évolutions en volumes desfacteurs, qui prendraient en compte parfaite-ment les progrès et améliorations de leurs per-formances. Dans une approche aux coûts desfacteurs en revanche la PGF ne serait pasnulle, mais elle correspondrait en fait à la dif-férence entre les mesures du volume globaldes facteurs suivant les deux approches.Si l’on considère suivant l'expression célèbreque la PGF n'est autre que « la mesure denotre ignorance » (concernant la spécificationde la combinaison productive, la mesure duvolume des facteurs de production y comprisleur qualité, etc.), l’approche aux services pro-ducteurs est préférable. Elle permet en effeten principe d'imputer complètement la crois-sance économique à celle de ses facteurs, sansavoir à invoquer un progrès technique qui res-terait exogène et autonome, puisque ses effetsseraient entièrement pris en compte dans lamesure des volumes de facteurs. Mais on peutaussi à bon droit considérer que l’approcheaux coûts des facteurs est plus appropriée,dans la mesure où elle conduirait à mieuxappréhender, et de façon explicite, les gainsd’efficience liés aux effets du progrès tech-nique incorporé aux facteurs et les gainsinduits par leur meilleure utilisation (12).Dans le cas des TIC, et en particulier danscelui des matériels informatiques, uneapproche aux services producteurs parfaite-ment menée signifierait que la généralisationde l’usage de ce type de matériels, et l’amé-lioration de leur qualité et performances,élève la productivité du travail (via une sub-stitution capital-travail) mais n’affecte pas laPGF. Autrement dit, dans cette approche, labaisse du prix des TIC induit une substitutionde type capital-travail entre facteurs enfaveur des TIC dont le prix relatif s’abaisse,ce qui, toutes choses égales par ailleurs, élèvela productivité du travail et abaisse la pro-ductivité du capital, mais n'a pas d'effet sur laPGF (13).Au total, et au-delà de points de vue moins dif-férents qu'il n'y parait, le fait important dansla pratique est celui des choix effectifs retenuset des méthodes mises en œuvre pour réaliserle partage volume-prix des séries d’investis-sement en valeur. De ces choix dépend forte-ment le partage entre le rôle attribué à la PGFet à la dynamique des facteurs de production
d’appariements ne prenant pas en compte labaisse de prix liée à l’apparition du nouveauproduit aboutit donc à une sous-estimation dela baisse. Celle-ci peut être d’autant plus forteque le renouvellement des produits est lui-même important. On peut trouver des exemplesde ces écarts dans les comparaisons des évo-lutions de prix obtenues par les méthodeshédoniques et d'appariements pour les maté-riels informatiques dans Coleet al.(1986),et pour les logiciels dans Parker et Grimm(2000) (10).On peut au total retenir que, dans le cas desTIC, les mesures de l’évolution des prix rele-vant des approches théoriques et des méthodeseffectives s’ordonnent dans l’ordre suivant :Approche<Méthode<Méthode<Approcheaux services hédonique d’appariements aux coûtsproducteurs des facteursSoulignons que les difficultés de mesure desprix des TIC ne concernent pas seulement lesinvestissements des entreprises, mais aussi laconsommation des ménages, qu’il s’agisse desordinateurs, ou des produits et services detéléphonie mobile. Elles aboutissent égale-ment dans ce cas à une sous-estimation de labaisse (ou une surestimation de la hausse) desprix.
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concernant l’investissement, ces méthodesne sont mobilisées que pour certains biensrelevant des TIC (matériels informatiquesessentiellement) et non pour les autres. Cettehétérogénéité peut être préjudiciable à lacompréhension des résultats obtenus, parexemple concernant l’évaluation de la PGF(cf.infra) (16).De façon générale enfin, si l’importance relatived’un facteur mesuré avec une méthodologiespécifique se modifie dans le temps, l’évalua-tion de la PGF et de ses évolutions en seranécessairement affectée. Or, tel est bien le casconcernant les investissements en TIC dontl’importance est croissante par rapport auxautre formes d’investissements.La même observation vaut pour les évalua-tions concernant l’allocation sectorielle desgains de PGF associés à la diffusion des TIC,qui dépend de façon primordiale du partagevolume-prix des dépenses en valeur. Consi-dérons pour simplifier que l’économie se com-pose de deux secteurs productifs, le premierproducteur de TIC en amont du second pro-ducteur de biens de consommation (le secondutilise donc comme biens d’investissementla production du premier). On comprend aisé-ment que plus le partage volume-prix de laproduction du premier secteur est « favo-rable » au volume, et « défavorable » au prix,du fait par exemple de l’utilisation deméthodes hédoniques, et plus l’imputationcomptable des gains de PGF de l’économiesera faite en « faveur » du premier secteur eten « défaveur » du second. Cette difficulté,bien mise en évidence par Brynjolfsson et Hitt(2000), incite à une certaine prudence dans lesappréciations faites sur la répartition des gainsde PGF entre secteurs producteurs et utilisa-teurs des TIC, et elle conduit à relativiser lesconclusions des analyses menées sur des don-nées de comptabilité nationale américainemontrant que les gains de PGF liés à la diffu-sion des TIC sont principalement situés dansles secteurs producteurs (Gordon, 2000a et2000b ; Jorgenson, 2001) (17).Les critiques de Denison concernant le défautd’homogénéité temporelle et sectorielle quiaffecte l’analyse de la croissance paraissentassez largement fondées, même s’il est délicatd’en apprécier la portée exacte (18). On nepeut exclure ainsi qu’une part, incertaine, desévaluations pour les États-Unis (par exempleGordon (1999) et Jorgenson et Stiroh (1999))qui mettaient en évidence un ralentissement
dans l’explication de la croissance. Dans lamesure où les choix de méthode ne sont pasconstants entre périodes ou comparablesentre pays, un tel constat peut amener en effetà considérer avec beaucoup de prudence lesestimations de PGF et à relativiser éventuel-lement la signification économique des ralen-tissements ou accélérations, ou des différencesentre pays, que l'on peut observer (14).Méthodes hédoniquesou par appariements et mesure de la PGFComme on l’a déjà souligné, un partage volu-me-prix par une approche aux services pro-ducteurs est extrêmement difficile à réaliseret de fait, le partage réalisé en Comptabiliténationale relève en général davantage d’unelogique aux coûts des facteurs, ou de la miseen œuvre de méthodes par appariements, ouencore pour certains produits des TIC, decelle de méthodes hédoniques. En conséquen-ce, une part inconnue de l’amélioration de laqualité et de la performance des biens d’équi-pement doit se traduire par une augmentationde la PGF telle qu’elle peut être estiméeeffectivement.Les méthodes hédoniques et par appariementssont anciennes (15), mais leur coût en a tou-jours dissuadé l’application, et celle-ci resteaujourd’hui limitée aux produits relevant desTIC qui sont marqués par un taux de renou-vellement et un accroissement des perfor-mances qui sont sans précédent. En dehors deleurs difficultés et de leur coût de mise enœuvre, se posent des questions délicates d’in-terprétation concernant leur utilisation opéra-tionnelle, soulevées notamment par Denison(1989, 1993).Tout d’abord, la méthode hédonique (et à unmoindre titre celle par appariements) abou-tirait davantage à une évaluation du consente-ment de l’acheteur à payer un certain volumepour un certain prix, plutôt qu’à une mesurepertinente du volume d’un facteur de produc-tion permettant d’évaluer la productivité desfacteurs.Ensuite, dans la méthode hédonique, les carac-téristiques techniques retenues pour appré-hender le volume des matériels informatiquesrésultent d'un choix par nécessité normatif etlimité, et dans la méthode par appariements,les nouveaux produits ne sont pas pris encompte pour évaluer l’évolution des prix dansla période de leur apparition. Par ailleurs,
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important de la croissance de la PGF sur lapériode des années 1980 et du début desannées 1990 doive être attribuée à un telmanque d’homogénéité statistique. Il en est demême d’ailleurs des évaluations des études lesplus récentes (des mêmes auteurs notamment,Jorgenson et Stiroh (2000) et Gordon (2000 b))qui montrent au contraire une forte accélé-ration de la PGF à partir du milieu de ladécennie 1990, au terme d’une longue périoded’affaiblissement.Dans la pratique :des méthodologies hétérogènesEnvoluCmoem-pptraixbilidteésndaétpieonnsaelse,dlienvpeastritsasgee-ment met assez inévitablement en œuvre desméthodes hétérogènes.Les méthodes adoptées…En ce qui concerne les matériels informa-tiques, le partage volume-prix des séries d’in-vestissement en valeur se fait, aux États-Unisdepuis 1986, selon une méthode hédonique,avec une rétropolation jusqu’en 1958 (19). Latendance préexistante à la baisse des prix desmatériels informatiques a été de ce fait forte-ment accentuée. Dans les comptes nationauxaméricains actuels,l’évolution annuelle moyennedu prix de l’investissement en matériels infor-matiques est d’environ – 16 % sur l’ensemblede la période 1970-1998, – 18 % depuis 1990 et– 24 % depuis 1995, soit une très forte accélé-ration récente de la baisse (20).En France, l’adoption d’une méthode hédo-nique pour les matériels informatiques n’esteffective que depuis la nouvelle base 1995.Plus précisément, l’Insee a mis en œuvre laméthode hédonique, à partir de 1990, pour lepartage volume-prix des micro-ordinateurs,sur la base d’études initialisées en 1986(Moreau (1991)). Pour les gros systèmes, desindices sont reconstitués en s’appuyantnotamment sur les indices de valeur unitairedu commerce extérieur, tandis que pour larétropolation des séries en base 1995 avant1990, les indices américains ont simplementété repris avec une correction des effets dechange (voir sur ce point l’autre article desauteurs dans le même numéro).
Concernant les logiciels,le partage volume-prix des séries donne lieu aux États-Unis,
Pour tous les autres produits d’investissement,les méthodes de calcul des indices de prix sont
depuis octobre 1999 (avec une rétropolationdepuis 1958), à une juxtaposition de plusieursméthodes (21). Pour les logiciels prêts à l’usage(prepackaged), les statisticiens ont eu recourssuccessivement aux méthodes hédoniques etpar appariements (ou parfois à une moyenneentre les deux), et sur la période récente, ilsprivilégient la méthode par appariements.Pour les logiciels auto-produits (own-account),ils se contentent d’une approche aux coûts desfacteurs, limitée de fait principalement auxcoûts de la main-d’œuvre (c’est-à-dire desprogrammeurs). Enfin, pour les logiciels amé-liorés (custom), ils retiennent une moyennedes prix des deux précédentes composantes,avec des coefficients de pondération constants(de 25 % pour les logiciels prêts à l’usage et75 % pour les logiciels auto-produits). Autotal, compte tenu des changements dans lesparts relatives des trois catégories de logiciels,le prix des logiciels connaît en fait une évolu-tion assez irrégulière, avec une hausse de 1970jusqu’aux environs de 1985, puis une baissequi correspond bien à la « révolution PC »,époque à partir de laquelle les logicielsprepa-kagedont pris une place importante dans lemarché. L’évolution annuelle moyenne del’indice du prix de l’investissement en logicielsest ainsi d’environ 1 % sur l’ensemble de lapériode 1970-1998, – 0,5 % depuis 1990 et– 2 % depuis 1995.En France, la logique du coût des facteurscontinue de primer dans la base 1995 decomptabilité en matière de partage volume-prix des logiciels ; l’indice de prix adopté pourles séries récentes (depuis 1990) est celui desservices informatiques, c’est-à-dire un indicetenant principalement compte des évolutionsdu coût de la main-d’œuvre (22).Concernant les matériels de communication,seul le prix des terminaux téléphoniques (tele-phone switching equipment) est évalué auxÉtats-Unis, et depuis 1996 seulement, à partird’une méthode hédonique, une approche stan-dard aux coûts des facteurs étant retenue pourles autres formes de matériels (23). Il en res-sort une évolution annuelle moyenne du prixde l’investissement en matériels de communi-cation assez mouvementée, d’environ 2 % surl’ensemble de la période 1970-1998, – 1,5 %depuis 1990, et – 2 % depuis 1995. En France,l’approche est la même que pour les autreséquipements.
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Gandal (1994), Oliner et Sichel (1994) ouHarhoff et Moch (1997)) montrent qu’effecti-vement les prix hédoniques baissent forte-ment, mais moins cependant que ceux desmatériels. Pour les matériels de communica-tion, quelques études plus rares témoignentégalement d’une baisse rapide des prix hédo-niques (par exemple Grimm (1997), évoquépar Jorgenson et Stiroh (2000)). Les écartsentre les évolutions de prix hédoniques etcelles retenues dans les comptes nationauxaboutiraient donc à une sous-évaluation de lacroissance du volume de l’investissement, etdonc du capital, pour les logiciels et les maté-riels de communication. Les comptablesnationaux américains envisagent d’ailleursd’améliorer encore la mesure des prix desproduits des TIC dans un proche avenir, toutparticulièrement en matière de logiciels(Parker et Grimm, 2000).Indépendamment des problèmes soulevés parleur mise en œuvre, l’utilisation des méthodeshédoniques, notamment pour la micro-infor-matique, n’est pas sans soulever aussi desinterrogations sur leur bien fondé. Les capaci-tés techniques des micro-ordinateurs ont étéfortement développées et ne sont désormais,de façon assez générale, sollicitées par chaqueutilisateur que pour une faible part. De plus,les micro-ordinateurs sont équipés de logicielsdont une majorité des utilisateurs ne mobili-sent également qu’une faible part des capaci-tés. Mac Carthy (1997) développe ainsi l’argu-ment suivant lequel l’intégration croissantedes logiciels dans les micro-ordinateurs conju-gueraient ces deux formes de sous-utilisationet que de ce fait la méthode hédonique appli-quée à la micro-informatique aboutirait à unesurestimation de la baisse des prix et de lahausse des volumes. Triplett (1999) réfutecependant cette analyse en faisant valoir quel’évolution des logiciels, même s’ils restentsous-utilisés, permet un confort d’utilisationaccru, qui correspond bien à une améliorationde qualité et donc à une augmentation duvolume des services apportées par la micro-informatique.Amortissement fiscaldes matériels informatiques etsituation financière apparentedes entreprisesLambaatiisqsueersappeiduteduprixdesmatérielsinfor-avoir des conséquences surla situation financière apparente des entre-
très proches en France et aux États-Unis, oùelles relèvent largement d’une approche auxcoûts des facteurs. En France, par exemple, lepartage volume-prix pour les équipementsindustriels fabriqués sur le territoire nationals’appuie surtout sur les indices de prix devente industriels (PVI), calculés à partir desrésultats sur d’une enquête mensuelle réaliséeauprès des entreprises industrielles. Cetteenquête concerne autant que possible des pro-duits définis très précisément, dont les carac-téristiques restent inchangées, et elle n’intègrequ’assez marginalement des éléments corres-pondants à des modifications de qualité (24).Pour les équipements importés, le partagevolume-prix se fait à partir des indices devaleurs unitaires (IVU), inévitablement trèsfragiles pour un tel usage. Soulignons cependantquein finela comptabilité nationale assureune cohérence d’ensemble des équilibresemplois-ressources (ERE) en valeur et envolume (aux prix de l’année précédente) à unniveau très détaillé de nomenclature (en 472produits aux total).Enfin, la France (depuis l’adoption de la base1995) et les États-Unis privilégient mainte-nant le calcul des volumes aux prix de l’annéeprécédente (indices chaînés). Auparavant,l’utilisation de prix constants rendait lescomparaisons en volumes des matériels infor-matiques et du capital très dépendantes del’année retenue comme année de référencedes prix constants (cf. encadré 2).… ne lèvent pas toutes les interrogationsComme nous l’avons indiqué (à la suitenotamment de Denison), les différences entreles méthodes adoptées pour la mesure desévolutions de prix selon les produits, jointesaux modifications des parts de ces produitsdans la composition des investissements et ducapital d’équipements des entreprises, peu-vent avoir de façon générale des consé-quences sur l’appréciation des modificationsdu rythme de la PGF. Selon toute vraisem-blance, ces conséquences sont particulière-ment importantes pour ce qui est des produitsdes TIC, et des évaluations de leur diffusion etde leur contribution à croissance. Lesméthodes aux coûts des facteurs ou par appa-riements retenues pour une part plus oumoins forte des investissements en logiciels eten matériels de communication aboutissentsans nul doute à une surestimation de l’évolu-tion des prix. Concernant les logiciels,diverses études spécifiques (par exemple
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Encadré 2LE CALCUL DES VOLUMES PAR DES INDICES CHAÎNÉSLes méthodes classiques de calcul des volumes en a penché pour un système plus simple mais proche, oùComptabilité nationale s’appuient sur un système de chaque évolution en volume est calculée à partir de prixprix constant. Mais la baisse relative très importante du constants de l’année précédente, que l’on chaîneprix des matériels informatiques depuis les années ensuite, puis que l’on multiplie par la valeur à prix cou-1970 rend cette méthode peu convaincante. Ainsi, sui- rants de l’année 1995 (d’où le nom de « prix de l’annéevant l’année de référence choisie pour base des prix précédente, chaînés, base 1995 »). Ces méthodesconstants, l’importance relative de l’investissement en permettent de calculer le volume en utilisant systéma-informatique par rapport aux autres investissements tiquement un référentiel de prix proche de celui que lespeut être extrêmement différente suivant que l’on prend agents utilisent pour opérer leur choix dans la réalité.une année de référence plus ou moins lointaine. C’est Avec un tel système, la part de l’investissement ence que montrent à l’évidence les deux graphiques sur informatique n’est plus surestimée comme elle peutl’évolution des parts de l’investissement en matérielsl’être en utilisant un référentiel ancien.informatiques dans l’investissement total en équipe-ments (cf. graphique A) et des stocks de capital corres- Il convient cependant de remarquer que les systèmespondants (cf. graphique B), suivant le choix de l’année de chaînage ont un inconvénient assez important : lesde référence pour le calcul des volumes à prix comptes obtenus ne sont plus additifs. En effet, le chaî-constants. Pour la France, en 1999, suivant que l’on nage n’est pas une opération transitive avec la somme.adopte comme année de base 1 pour les indices de prix Ainsi, l’agrégation de séries en volume n’est pas égale1995, 1980 ou 1970, la part de l’investissement infor- au chaînage de l’agrégat. Ce défaut peut entraîner cer-matique serait évaluée respectivement à environ 10 %, taines erreurs. Ainsi, il ne faut pas calculer la contri-55 % ou 95 % (!) , et la part du capital informatique à bution de l’investissement en informatique à la crois-environ 5 %, 35 % ou 90 % (!). sance du PIB en utilisant directement les séries envolume chaînées. Et encore moins la contribution desAutrement, les calculs de volumes à prix constants pour autres matériels en utilisant la série calculée comme laune année fixée n’ont plus grand sens lorsque les prix différence entre le total de l’investissement et celui enrelatifs des composantes des grandeurs agrégées informatique. On ne peut calculer correctement cesconnaissent des évolutions très fortement divergentes. contributions que via les séries aux prix de l’année pré-C’est pourquoi les comptables nationaux préconisent cédente (qui sont par construction additives). C’est ced’utiliser un système de chaînage de comptes en volume que fait l’Insee dans les tableaux de contributionscalculés chacun avec un référentiel de prix proche. Le publiés. Lorsque cela n’est pas fait, il faut reconstituer leBureau of Economic Analysis(BEA) des États-Unis a calcul au prix de l’année précédente avant de faire unepréféré un système d’indices de Fisher chaînés. L’Insee somme, une différence, ou un calcul de contribution.Part (en %) des matériels informatiques dans l’ensemble des équipements selon l’annéede base retenue pour les prixA - En termes de « volume » d’investissement B - En termes de « volume » de stocks(FBCF) de capital100 En % 100 En %90 9080 80Base 1 en 197070 7060 6050 50Base 1 en 197040 4030 3020Base 1 en 19802010Base 1 en 199510Base 1 en 1980Base 1 en 19950 01970 1975 1980 1985 1990 1995 1999 1970 1975 1980 1985 1990 1995 1999Champ : ensemble de l’économie.Source : calcul des auteurs à partir des évaluations de Comptabilité nationale.ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 339-340, 2000 - 9/1083
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