Le commerce de détail en Europe

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Diversité et convergence des tissus commerciaux Le niveau de vie, les habitudes de consommation ainsi que les différences d’environnements culturel, économique et législatif modèlent aujourd’hui des paysages commerciaux contrastés au sein de l’Union européenne et façonnent des attentes diversifiées de la clientèle. Au Sud, les marchés sont les plus atomisés et le commerce alimentaire spécialisé demeure très présent. À l’Est, la croissance du chiffre d’affaires est la plus rapide entre 2000 et 2006. Elle est en revanche plus modérée sur les cinq marchés les plus importants : Royaume-Uni, Allemagne, France, Italie et Espagne. La structure commerciale des marchés situés à l’est de l’Europe tend à se rapprocher progressivement de celles des pays du nord ou du sud. Les entreprises du commerce de détail de l'Union européenne réalisent un chiffre d'affaires de 2 271 milliards d'euros en 2006 Un commerce plus atomisé dans le sud de l’Europe Royaume-Uni, Allemagne, France, Italie et Espagne : 75 % de la valeur ajoutée Des marchés en forte croissance dans l’est de l’Europe Convergence des tissus commerciaux de l’est de l’Europe vers ceux des autres pays européens Encadrés Classifications ascendantes hiérarchiques Mesurer la convergence des différents marchés
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 1268 - DÉCEMBRE 2009
Prix : 2,30€
Le commerce de détail en Europe
Diversité et convergence des tissus commerciaux
Claire de Kermadec et Gwennaël Solard, division Commerce, Insee
e niveau de vie, les habitudes de plus forte : 13 % en moyenne, mais plus de
16 % au Royaume-Uni et plus de 20 % pourconsommation ainsi que les différen-
Chypre et la Grèce. Les contrastes du paysageLces d’environnements culturel, éco-
commercial européen résultent de multiples
nomique et législatif modèlent aujourd’hui
facteurs, comme la taille et la dynamique des
des paysages commerciaux contrastés au marchés, mais aussi de facteurs sociodémo-
sein de l’Union européenne et façonnent des graphiques pouvant agir dans des sens oppo-
attentes diversifiées de la clientèle. sés : certains comme la concentration urbaine
ou la densité démographique ont tendance àAu Sud, les marchés sont les plus atomisés et
densifier le tissu commercial ; d’autres comme lele commerce alimentaire spécialisé demeure
taux d’équipement en automobiles des ménages
très présent. À l’Est, la croissance du chiffre
favorisent une moindre densité commerciale.
d’affaires est la plus rapide entre 2000 et 2006.
Elle est en revanche plus modérée sur les cinq
Un commerce plus atomisémarchés les plus importants : Royaume-Uni,
dans le sud de l’EuropeAllemagne, France, Italie et Espagne.
La structure commerciale des marchés situés
En Allemagne et au Royaume-Uni, le nombre
à l’est de l’Europe tend à se rapprocher pro- moyen d’entreprises du commerce de détail pour
gressivement de celles des pays du nord ou 10 000 habitants est relativement faible, un peu
du sud. plus de 30 contre 75 en moyenne dans l’Union
européenne. Ces entreprises sont en revanche
assez grandes ; elles occupent en moyenne
En 2006, au sein de l’Union européenne, 15 personnes au Royaume-Uni, contre un peu
3,8 millions d’entreprises exercent une activité dans plus de 6 personnes pour l’ensemble de l’Eu-
le commerce de détail. Elles emploient rope. À l’opposé, l’Espagne et l’Italie, avec
17,4 millions de personnes et réalisent un chiffre un maillage commercial relativement déve-
d’affaires de 2 271 milliards d’euros. Elles contri- loppé, comptent autour de 120 entreprises
buent pour 7,4 % à la valeur ajoutée des activités pour 10 000 habitants mais leur taille est plus
marchandes non financières, cette part étant faible (trois personnes en moyenne). La
comprise pour la plupart des pays entre 5 % et 9 %. France est dans une situation intermé-
La part du commerce de détail dans l’emploi est diaire, avec près de 70 entreprises pour
Taille et densité des entreprises dans le commerce de détail en Europe en 2006
taille moyenne des entreprises
16
Royaume-Uni
14
Estonie12 Slovaquie
Irlande
10 Allemagne
Danemark Pays-Bas
Autriche8 LettonieSlovénie
Luxembourg
Finlande6
Suède
Belgique Lituanie4 France HongrieRoumanie Espagne Chypre
GrècePologne République tchèque
2 Italie
Portugal
0
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 200
nombre d'entreprises pour 10 000 habitants
Note : données manquantes pour la Bulgarie et Malte.
Lecture : en France, il existe 69 entreprises dans le commerce de détail pour 10 000 habitants ; en moyenne, il y a 4 personnes employées par entreprise.
Sources : Eurostat, traitement Insee.
INSEE
PREMIERE Les cinq pays en tête de l'Union 10 000 habitants, ces entreprises 10 000 habitants au Royaume-Uni et en
européenne pour la densité de employant en moyenne quatre per- Allemagne, et 2 entreprises pour 10 000 habi-
commerces alimentaires spécialisés sonnes (graphique 1). tants enFinlande. À l’opposé, ce taux atteint
en 2006 De façon plus générale, les petites 27 commerces alimentaires spécialisés
nombre de commerces spécialisés structures prédominent dans le pour 10 000 habitants en Grèce et en
pour 10 000 habitants
sud de l’Europe (Chypre, Espagne, Espagne et 29 au Portugal (graphique 2),
35
Italie, Grèce, Portugal). où le tissu est plus atomisé.
Ces contrastes se retrouvent dans la Une partition des marchés européens en30
plus ou moins grande implantation trois groupes a été réalisée à partir de leur
25 de petits commerces alimentaires spécia- taille et de leur dynamique (carte 1).
lisés, tels que les boucheries-charcute-
20
ries, les poissonneries ou les primeurs, Royaume-Uni, Allemagne,
lesquels s’opposent à de plus grands15 France, Italie et Espagne :
commerces comme ceux de l’alimentaire
75 % de la valeur ajoutée10 non spécialisé que sont les supérettes ou
les grandes surfaces alimentaires. Dans Dans cinq pays, le Royaume-Uni, l’Alle-5
les pays où les marchés sont les plus magne, la France, l’Italie et l’Espagne,
concentrés, le nombre de commerces ali-0 les marchés sont de taille importante.Espagne Italie UE 27 mentaires spécialisés est relativementPortugal ChypreGrèce Chacun d’entre eux contribue pour plus
faible :de4à5entreprises pourSources : Eurostat, traitement Insee. de 10 % à la valeur ajoutée du com-
merce de détail de l’Union européenne Partition des pays de l’UE selon la dynamique des marchés de 2000 à 2006,
(graphique 3). Ensemble, ils réalisent
et contribution à la valeur ajoutée du commerce de détail en Europe en 2006
75 % de cette valeur ajoutée et regrou-
pent les deux tiers de la population euro-
péenne ayant un emploi. Le taux de
croissance moyen du chiffre d’affaires
de leurs détaillants est plus faible que
celui de l’Union européenne, autour de
4 % par an entre 2000 et 2006.
Les marchés intermédiaires ont une
croissance modérée et sont de taille plus
modeste. Ils réalisent 18 % de la valeur
ajoutée du commerce de détail euro-
péen. Dans ces pays, la croissance
annuelle moyenne du chiffre d’affaires
du commerce de détail sur la période
2000-2006 n’excède pas 7 %.
Les cinq premières contributions à
la valeur ajoutée et au nombre de
personnes occupées du commerce
de détail dans l’Union européenne
en 2006
en %
25
Contribution à la valeur ajoutée
Contribution au nombre
de personnes occupées
20
15
10
5Marchés à forte croissance : le chiffre d’affaires du commerce de détail croît de plus de 7 % par an entre 2000 et 2006, croissance
médiane de l'Union européenne ; leur contribution à la valeur ajoutée européenne du commerce de détail est inférieure à 5 %.
Marchés de taille importante : leur contribution à la valeur ajoutée est supérieure à 10 % ; le chiffre d'affaires croît en moyenne
de 4 % par an sur ces marchés. 0
Royaume-Marchés intermédiaires : le chiffre d'affaires croît de moins de 7 % par an ; leur contribution à la valeur ajoutée est inférieure à 5 %.
Uni Allemagne France Italie EspagneMalte : données manquantes.
Souces : Eurostat, traitement Insee. Sources : Eurostat, traitement Insee.
INSEE - 18, BD ADOLPHE PINARD - PARIS CEDEX 14 - TÉL. : 33 (0) 1 41 17 50 50
INSEE
PREMIEREforte croissance, où vit plus de 20 % de la période 2000-2006, et même près deDes marchés en forte
population européenne, réalisent près de 16 % pour la Slovaquie.croissance dans l’est
8 % de la valeur ajoutée du commerce de Dans ces pays, 12,4 % des personnes
de l’Europe
détail de l’Union européenne. Les marchés ayant un emploi dans l’ensemble des
y sont de taille modeste, mais la croissance activités marchandes non financièresLes pays européens dans lesquels le
du chiffre d’affaires des détaillants y est très travaillent dans le commerce de détail,chiffre d’affaires des détaillants croît le
forte : 11,7 % en moyenne par an sur la soit la moyenne de l’Union européenne.plus fortement entre 2000 et 2006 sont
essentiellement situés à l’Est. La plupart
sont entrés dans l’Union européenne
récemment, en 2004 ou 2007 : la Hongrie,
la Slovaquie, la Roumanie, l’Estonie, la
Lituanie, la Lettonie, la Slovénie, la Répu-
Encadré 2
blique tchèque et la Bulgarie. Ces pays à
Mesurer la convergence des différents marchés
La vitesse de convergence des différents La « distance » entre les pays de l’Est se
marchés de l’est de l’Europe vers les rapprochant des pays du Nord (Slovénie,
modèles européens qui prédominent est Estonie, Lettonie, Slovaquie) et les pays
Encadré 1
appréciée par l’évolution de leur du Nord s’est fortement réduite entre
« distance » aux autres pays. Pour cela, 2000 et 2006 (tableau 1). Elle a diminuéClassifications ascendantes
deux groupes sont formés : de 24 % pour la Slovénie. La Slovaquie
hiérarchiques
– pays du Nord : Allemagne, Autriche, est parmi ces quatre pays celui qui est
Les méthodes de classification permettent de Irlande, Pays-Bas, Danemark, Finlande, le plus éloigné des pays du Nord.
regrouper des observations (ici, des pays) qui France, Suède, Luxembourg et Néanmoins, elle est beaucoup plus
ont des caractéristiques proches. Dans cette Royaume-Uni ; proche des pays du Nord que des pays
étude, plusieurs classifications ascendantes – pays du Sud : Chypre, Espagne, Portugal du Sud (3,1 contre 4,6). Les autres
hiérarchiques ont été effectuées dans le but de et Italie. pays de l’Est (tableau 2) se sont
déterminer des similarités entre les différents Les classifications ascendantes hiérar- rapprochés des pays du Sud. La
pays européens, ceci sur plusieurs années. Il chiques (encadré 1) fournissent une me- « distance » entre la Hongrie et les
s’agit d’analyser vers quels modèles tend le tis- surede«distance»(distancedeWard) pays du Sud s’est considérablement
su commercial des pays de l’est de l’Europe : entre chacun des marchés de l’est de réduite : – 58 %. La Pologne et la
commerce atomisé, commerce concentré, l’Europe et les centres de gravité de ces République tchèque, déjà très proches
autre modèle… Dans les classifications, le deux groupes, en 2000 et en 2006 des pays du Sud en 2000, s’en rappro-
critère de Ward a été utilisé, ce qui signifie (tableaux 1 et 2). chent un peu plus en 2006.
que la classification ascendante hiérarchique
maximise la variance inter-classes et mini- « Distance » entre certains pays de l'est de l'Europe et les pays du Nord
mise la variance intra-classes.
et ceux du Sud
Ces classifications ont été effectuées sur
l’année 2000 et sur l’année 2006 et portent « Distance » « Distance » Évolution « Distance »
aux pays aux pays de la « distance » aux payssur tous les pays de l’Union européenne, à
Pays
du Nord du Nord aux pays du Nord du Sudl’exception de la Belgique, la Bulgarie, la
en 2000 en 2006 entre 2000 et 2006 en 2006Grèce et Malte dont les données sont man-
Slovénie 2,6 2,0 – 24 % 3,5quantes.
Estonie 3,2 2,8 – 13 % 4,6Sept variables discriminantes ont servi aux
Lettonie 3,4 2,9 – 15 % 3,7classifications :
Slovaquie 3,8 3,1 – 19 % 4,6
– le chiffre d’affaires moyen des entreprises
du commerce de détail par entreprise ;
Sources : Eurostat, traitement Insee.
– le chiffre d’affaires moyen des entreprises
du commerce de détail par habitant ;
– la valeur ajoutée moyenne des entreprises
du commerce de détail par habitant ;
« Distance » entre d'autres pays de l'est de l'Europe et les pays du Sud et– le nombre d’entreprises du commerce
de détail par habitant ; ceux du Nord
– le nombre de personnes occupées par
« Distance » « Distance » Évolution « Distance »
entreprise du commerce de détail ;
aux pays aux pays de la « distance » aux pays
Pays– le nombre de commerces alimentaires du Sud du Sud aux pays du Sud du Nord
spécialisés par habitant ; en 2000 en 2006 entre 2000 et 2006 en 2006
– le nombre d’entreprises individuelles du
République tchèque 2,5 2,2 – 10 % 4,0
commerce de détail par habitant. Hongrie 5,5 2,3 – 58 % 3,6
Ces variables reflètent en particulier la Pologne 2,5 2,4 – 4 % 3,8
taille des acteurs commerciaux (par Lituanie 4,2 3,0 – 28 % 4,1
exemple en chiffre d’affaires ou en emploi) Roumanie 3,5 3,2 – 9 % 3,7
et leur concentration, tout en gommant
Sources : Eurostat, traitement Insee.l’effet de la taille des pays.
INSEE - 18, BD ADOLPHE PINARD - PARIS CEDEX 14 - TÉL. : 33 (0) 1 41 17 50 50
INSEE
PREMIEREConvergence des tissus Convergence des pays de l’est de l’Europe vers les autres pays européens
commerciaux de l’est
de l’Europe vers ceux
des autres pays européens
Sur les dernières années, les tissus
commerciaux de ces pays se transfor-
ment et tendent à se rapprocher de ceux
du reste de l’Union européenne. L’interna-
tionalisation des enseignes y contribue,
ainsi que l’évolution des modes de
consommation. Au début des années
2000, les détaillants des pays de l’Est
réalisaient un chiffre d’affaires assez
bas et la densité de commerces alimen-
taires spécialisés était faible. En 2006,
ces pays ne forment plus un ensemble
aussi homogène (encadré 1). L’Estonie,
la Slovaquie, la Lettonie et la Slovénie
ont un paysage commercial qui se rap-
proche de celui du nord de l’Europe,
avec un commerce concentré (enca-
dré 2). À l’inverse, la Roumanie, la
Lituanie et la Hongrie ont une plus
grande proximité avec les pays du sud
de l’Europe : un commerce très ato-
misé, composé de nombreuses entre-
prises ocupant un effectif restreint Lecture : la Roumanie est un des pays dont le paysage commercial se rapproche de celui du sud de l'Europe.
Sources : Eurostat, traitement Insee.(carte 2).
précise quels sont les concepts adoptés,Sources Bibliographie
afin d’assurer une comparabilité des données.
En théorie, selon un règlement statistique
européen de 1993, l’entreprise correspond Jean Albert et Maryvonne Lemaire, « Le
Les données recueillies par l’Office statis- à la plus petite combinaison d’unités léga- commerce de détail en Europe : nouveaux
tique européen Eurostat et relatives aux les qui constitue une unité organisation- marchés et spécialisation », Économie et
entreprises sont collectées en vertu du rè- nelle de production de biens ou de services Statistique n° 267, Insee, 1993.
glement SBS (CE, Euratom) n° 58/97 du jouissant d’une certaine autonomie de dé- Enrico Colla, « La grande distribution euro-
Conseil du 20 décembre 1996 relatif aux cision, notamment pour l’affectation de ses péenne - Nouvelles stratégies de différen-
statistiques structurelles sur les entrepri- ressources courantes. Une entreprise ciation et de croissance internationale »,
ses. Ce règlement régit la transmission des exerce son activité dans un ou plusieurs Gestion internationale, Vuibert, octobre
données à Eurostat à compter de l’année lieux (magasins pour le commerce). En pra- 2001.
de référence 1995 et s’applique à toutes les tique, la notion d’entreprise retenue est le AndréTordjman,«LecommerceenEu-
activités marchandes des sections C à K de plus souvent l’unité légale (société ou en- rope : convergences, différences, perspec-
la Nace rév. 1.1 (industrie, production et treprise individuelle). Ce faisant, on tives », Les cahiers de recherche n° 497,
distribution d’électricité, de gaz et d’eau, sous-estime la concentration économique du groupe HEC, 1994.
construction, commerce, hôtels et restau- secteur du commerce de détail, lequel est lar- « Les entreprises européennes vues à
rants, transports et communications, activi- gement organisé sous la forme de groupes travers les statistiques », Entreprises
tés financières, immobilier, location et de sociétés ou de réseaux d’enseignes européennes - Faits et chiffres, Eurostat,
services aux entreprises). Ce règlement (groupements coopératifs ou franchise). 8 février 2007.
INSEE PREMIÈRE figure dès sa parution sur le site Internet de l'Insee : www.insee.fr (rubrique Publications)
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