Les comptes financiers de la Nation en 1998 - Poursuite du développement des crédits au secteur privé

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En 1998, les ménages et les entreprises ont accru leur recours au crédit bancaire pour faire face à l'augmentation de leurs dépenses de consommation et d'investissement. En outre, les entreprises ont nettement développé leurs émissions de titres, en particulier de billets de trésorerie et d'obligations. Les ménages ont maintenu à un niveau élevé leurs flux de placements tout en amorçant un rééquilibrage au profit des dépôts à court terme et au détriment de l'épargne contractuelle (assurance-vie et plans d'épargne-logement). Les non-résidents ont fortement accru leurs achats d'obligations françaises et sont restés très présents sur le marché des actions. Par ailleurs le passage à l'euro s'est traduit par une contraction des engagements des banques sur le marché monétaire en fin d'année.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 682 - NOVEMBRE 1999
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Les comptes financiers
de la nation en 1998
Poursuite du développement
des crédits au secteur privé
Patrick Branthomme, Banque de France
n 1998, les ménages et les entre- En 1998, l’ensemble des crédits à l’éco-
nomie a progressé modérément (+ 1,2 %)prises ont accru leur recours au
(tableau 1). Mais cette situation résulteEcrédit bancaire pour faire face à d’évolutions contrastées : les crédits accor-
l’augmentation de leurs dépenses de dés aux sociétés et aux ménages ont sensi-
blement progressé, alors que ceux accordésconsommation et d’investissement. En
aux administrations publiques ont fortement
outre, les entreprises ont nettement déve- diminué. Cette diminution résulte du rem-
loppé leurs émissions de titres, en parti- boursement par la Caisse d’amortissement
de la dette sociale (Cades) du prêt d’environculier de billets de trésorerie et
80 milliards de francs accordé par la Caisse
d’obligations. des dépôts et consignations à l’Agence cen-
Les ménages ont maintenu à un niveau trale des organismes de sécurité sociale
(Acoss).élevé leurs flux de placements tout en
Les crédits de trésorerie aux ménages ont
amorçant un rééquilibrage au profit des augmenté sensiblement (+ 6,8 %) accompa-
dépôts à court terme et au détriment de gnant le dynamisme de la consommation. En
revanche, la croissance de l’encours desl’épargne contractuelle (assurance-vie et
crédits à long terme, principalement à l’habi-
plans d’épargne-logement). Les non-rési- tat, a connu une décélération en 1998, reve-
dents ont fortement accru leurs achats nantà+2% contre + 2,9 % en 1997. Au total,
le ratio dette bancaire/revenu disponible brutd’obligations françaises et sont restés
des ménages est quasiment stable à 51,6 %
très présents sur le marché des actions. en 1998 contre 51,5 % en 1997.
Par ailleurs, le passage à l’euro s’est tra- Les sociétés non financières, disposant
d’une trésorerie plus abondante, ont cherchéduit par une contraction des engage-
à réduire leur endettement bancaire à court
ments des banques sur le marché terme. En revanche, pour financer leurs in-
monétaire en fin d’année. vestissements en progression rapide, elles
ont accru leur recours au crédit à long terme
pour la première fois depuis deux ans
Avertissement : les comptes financiers natio- (+ 6,7 %). Néanmoins, la croissance aidant,
naux sont désormais établis conformément leur ratio dette bancaire/valeur ajoutée a
au Sec 95 (cf. encadré). continué de reculer, s’établissant à 69,9 %
Évolution des crédits à l’économie
Glissement annuel des encours, en %
1996 1997 1998
Crédits aux sociétés non financières - 3,1 0,5 1,9
Crédits aux ménages 3,4 3,8 3,4
Crédits aux autres agents :
administrations publiques, assurances, etc. - 7,4 - 1,4 - 6,2
Total des crédits à l’économie - 1,5 1,4 1,2
Source : Banque de France (Service d’études et statistiques des opérations financières, Sesof - tableaux des opérations financières, TOF)
INSEE
PREMIEREen 1998, après 71,4 % en 1997 et res aussi bien sur le compartiment des Une très forte demande
74,6 % en 1996. billets de trésorerie (+ 50 milliards de étrangère sur le marché
Dans un contexte de resserrement de francs) que sur celui des obligations
obligataire
l’écart entre les taux d’intérêt à court et (+ 72 milliards). L’État, ayant réduit son
long terme (graphique), les financements déficit, s’est un peu moins endetté et a La poursuite de la baisse des taux d’in-
de marchés ont été marqués par la reprise privilégié les émissions d’obligations au térêt à long terme a encouragé les
des émissions des sociétés non financiè détriment de celles de bons du Trésor.- agents résidents et le « reste du
monde » à émettre sur le marché obli-
gataire où les émissions nettes se sont
élevées à 414 milliards en 1998, contre
349 milliards en 1997 (tableau 2). EnFlux d’actions, d’obligations et de titres d’OPCVM*
1998, l’État a collecté 206 milliards,
En milliards de francs
tandis que la Cades poursuivait ses
1997 1998 émissions à moyen et long terme. Les
Émissions d’actions flux nets des établissements de cré-
Résidents 357 396 dits ont été négatifs (-195 milliards),
Établissements de crédit et assurances 33 25 du fait de nombreux remboursements
Sociétés non financières 324 371 d’emprunts émis à la fin des années
Reste du monde 172 262 1980. Les sociétés non financières ont
Total 529 658
confirmé leur retour sur ce marché,
Acquisitions nettes d’actions leurs émissions ayant atteint 72 mil-
Résidents 340 505 liards en 1998, après 45 milliards en
dont : Établissements de crédit 24 - 14
1997 et 23 milliards en 1996.
OPCVM et assurances 54 171
Du côté des détenteurs d’obligations,
Administrations publiques -6 -30
plus particulièrement d’Obligations as-Ménages 87 74
similables du Trésor (OAT), résidentsSociétés non financières 178 297
et non-résidents ont eu des comporte-Reste du monde 189 153
ments très contrastés : le reste duÉmissions nettes d’obligations
monde a procédé à des achats netsRésidents 112 141
très élevés (184 milliards après 71 mildont : Établissements de crédit -- 97 - 195
Administrations publiques liards en 1997). Les crises financières161 270
Sociétés non financières 45 72 en Asie et en Russie ont en effet
Reste du monde 236 273 conduit les investisseurs internatio-
Total 349 414 naux à rechercher des placements
Acquisitions nettes d’obligations plus sûrs (« flight to quality »).
Résidents 278 230 En revanche, les assurances ont réduit
dont : Établissements de crédit 148 7 fortement leurs acquisitions nettes
Assurances 314 164 d’obligations, qui sont revenues de
Reste du monde 71 184 314 milliards en 1997 à 164 milliards en
Émissions de titres de créances négociables 1998 (tableau 2). Parallèlement, ce
Résidents 172 175 secteur a renforcé ses placements en
dont : Établissements de crédit -7 83 titres d’Organismes de placement col-
Administrations publiques 138 39
lectif en valeurs mobilières (OPCVM,
Sociétés non financières 650
+ 143 milliards). Contrairement à
Reste du monde 137 199
l’année précédente, les établisse-Total 309 374
ments de crédit ont peu investi en obli-
Achats de titres de créances négociables
gations, mais ils ont modifié la structure
Résidents 216 324
de leurs portefeuilles en substituant desdont : Établissements de crédit 169 231
titres en devises, mieux rémunérés, àOPCVM et assurances 42 32
des titres en francs.Reste du monde 93 50
Souscriptions de titres d’OPCVM
Une diminutionOPCVM monétaires - 112 15
dont : Ménages -70 - 22 des engagements des banques
Sociétés non financières -20 19 sur le marché monétaire
Assurances -7 14
Autres OPCVM 173 325 Sur le marché monétaire, les banques
dont : Ménages -24 38 résidentes ont fortement réduit leurs
Sociétés non financières -1 27 engagements, sous forme d’emprunts
Assurances 128 129 et/ou de pensions, notamment
Total 61 340
vis-à-vis des non-résidents. Ce mou-
*Organismes de placement collectif en valeurs mobilières
vement de baisse, qui s’est concentré
Source : Banque de France (Sesof - TOF)dans les derniers mois de l’année 93 milliards en 1997), comme les sociétés boursière de Paris avec une part qui
1998, s’explique par le souci de dé non financières (49 milliards) et les s’élève désormais à 31,7 % (31,1 % en-
nouer certaines opérations en cours à OPCVM monétaires (33 milliards). 1997 et 28,4 % en 1996).
l’approche du passage à la monnaie Par ailleurs, le fort développement des
unique. OPCVM non monétaires s’est accomLes émissions d’actions -
En 1998, l’encours de titres de créan pagné d’achats importants d’actions- favorisées par l’évolution
ces négociables (TCN) a progressé à françaises (+ 65 milliards) et étran-des cours de bourse
peu près au même rythme qu’en 1997, gères (+ 69 milliards). De même, le
soit environ 170 milliards. L’État a prin Les émissions d’actions des résidents succès des contrats d’assurance-vie-
cipalement émis des bons du Trésor li ont de nouveau progressé pour s’éle en «unités de compte» a conduit les- -
bellés en Ecus, dans le cadre d’une ver à 396 milliards en 1998 (357 mil sociétés d’assurance à acquérir des-
opération d’échange de grande am liards en 1997) (tableau 2). La actions pour 37 milliards et surtout des-
pleur portant sur plus de 10 milliards progression rapide des indices bour titres d’OPCVM généraux pour 122 mil- -
d’Ecus, tandis que de nombreux titres siers (+ 31,5 % pour le CAC 40) a une liards. De leur côté, les ménages ont
à court terme de la Cades arrivaient à nouvelle fois incité des entreprises à plutôt cherché à réaliser des plus-va-
échéance. réaliser des émissions, malgré la chute lues en procédant à des ventes d’ac-
Les établissements de crédit ont réali des cours enregistrée lors de l’été. tions cotées françaises.-
sé des achats très importants de TCN Les sociétés non financières ont conti-
(231 milliards - tableau 2), en particu nué d’être les principaux acquéreurs- Un ralentissement sensible
lier ceux émis en devises (170 mil d’actions (297 milliards en 1998), no- - des placements à vue
liards). Les non-résidents ont tamment étrangères (177 milliards). des ménages
également continué de se porter ac Les non-résidents ont par ailleurs ren- -
quéreurs de ces titres (50 milliards après forcé leur poids dans la capitalisation Les baisses des taux d’intérêt à court
et long terme ont continué d’influencer
les évolutions des différents types de
placements bancaires des ménages.Évolution des dépôts bancaires à court et moyen terme des ménages
En particulier, la rémunération des dif-
Évolution en glissement annuel, en %
férentes formes de livrets a été
Structure
abaissée en juin 1998. Cette baisse
1996 1997 1998 en 1998
s’est accompagnée d’un net ralentis-(total 100 %)
sement de la croissance des encours
Dépôts à vue + 0,1 + 3,4 + 1,8 21,3
de placements à vue des ménages, re-Placements à vue (livrets A, bleus, LEP,
venant de + 8,7 % en 1997à+5,3%enlivrets soumis à l’impôt,...) + 6,7 + 8,7 + 5,3 37,2
Placements à échéance (dépôts à terme,...) - 23,5 - 13,2 - 10,2 6,1 1998 (tableau 3). La collecte nette des
Épargne contractuelle (PEL, PEP) + 20,5 + 13,2 + 5,2 35,4 livrets A n’a représenté que 5 milliards
Source : Banque de France (Sesof - TOF)
Les taux d’intérêt de 1985 à 1998 Principaux éléments financiers sur les sociétés
et les ménages
En milliards de francs
1997 1998
Total des flux de financement
387des sociétés 555
Titres du marché monétaire 650
Obligations 45 72
Crédits à court terme 33 - 12
Crédits à long terme -20 73
Actions 324 371
Total des flux de placement
bancaires et non bancaires
596 538des ménages
Dépôts et placements à vue 147 112
Placements à échéance -52 - 33
PEL et PEP bancaires 184 83
Placements en assurance-vie 472 320
Obligations - 148 - 34
OPCVM de court terme -70 - 22
OPCVM de long terme -24 38
Taux de court terme : taux au jour le jour sur le marché interbancaire.
Actions et autres participations 87 74Taux de long terme : taux de rendement des emprunts d’État à long terme.
Source : Banque de France Source : Banque de France (Sesof - TOF)contre près de 14 milliards en 1997. La
Des comptes financiers nationaux en nouvelle baseprogression de l’encours des livrets
jeunes a fortement décéléré, revenant Conforme à la méthodologie du Sec 95, la fait l’objet d’un commun accord entre les
nouvelle série de comptes financiers natio créanciers et les débiteurs donnent lieu àde + 17,6 % en 1997 à + 6,5 % en 1998, -
naux apporte les améliorations suivantes. un transfert en capital, essentiellementce qui est vraisemblablement impu-
aux sociétés non financières. Dans letable à la saturation progressive du
compte financier, ce traitement accroît lesUne réestimation complète de la valori-plafond de 10 000 francs.
flux de crédits consentis aux sociétés parsation et de la détention des actionsLes principaux flux de placements se
les institutions financières.non cotées – L’adoption de cette nouvelle
sont portés sur des livrets défiscalisés
méthode, qui prend mieux en compte la
(+ 22 milliards après + 55 milliards en
structure financière des sociétés pour va L’enregistrement de créances et de det- -
1997) et surtout sur les livrets
loriser leur capital, diminue environ de tes d’intérêts courus non échus –En
d’épargne populaire (+ 32 milliards moitié le montant global de la valeur des contrepartie de l’intégration des intérêts
après + 35 milliards) dont la rémunéra- actions non cotées dans les tableaux courus non échus dans les comptes non fi-
tion est demeurée inchangée à 4,75 %. d’opérations financières. La répartition nanciers, les comptes financiers natio-
par secteur détenteur de ces parts socia naux présentent désormais des lignes-
les a également fait l’objet de profondes spécifiques d’intérêts courus non échusUne collecte d’épargne
modifications, en s’appuyant notamment sur les opérations de crédits et de dépôts.contractuelle en repli,
sur des études menées sur la détention du
notamment sur l’assurance-vie capital en France (E. Kremp : bulletin de la Les comptes financiers et l’euro –
Banque de France n°55, juillet 1998). Dans le cadre de l’Union économique et
Pour la première fois depuis dix ans,
Dans une moindre mesure, la détention monétaire, les comptes financiers conti-
les flux de placement en
des autres catégories de titres (OPCVM, nuent d’être produits au niveau national.
des ménages ont fortement diminué pour
obligations,...) a également fait l’objet de Ces comptes sont établis jusqu’à la fin de
s’inscrire à 320 milliards, après 472 mil- nouvelles évaluations. 1998 en séparant les opérations en
liards en 1997 (tableau 4). Le moindre francs de celles réalisées en devises
succès de ce produit s’explique par Un traitement différent des pertes sur étrangères. En revanche, à partir de
une baisse des rendements des con 1999, la nouvelle nomenclature distin- créances irrecouvrables – En base 95, -
guera l’euro et les devises « out ».trats d’assurance-vie ainsi que par les seules les pertes sur des crédits qui ont
mesures de réduction de leurs avanta-
ges fiscaux. L’année 1998 a également
été marquée par le développement des
Les flux de placement des ménagescontrats en unités de compte et contrats rémunération contractuelle, à une
sur les plans d’épargne-logement ont« DSK ». Pour ces derniers, la nouvelle taxation des intérêts reçus de 10 % au
continué de décroître (97 milliards encollecte s’est établie à environ 5 mil titre des prélèvements sociaux et enfin-
1998 après 128 milliards en 1997). Celiards, alors que les transferts provenant à des conditions de financement des
ralentissement, observé depuis quelde contrats anciens se sont montés à - prêts moins attrayantes par rapport à
ques années, est lié à la baisse de la25 milliards. celles du marché.
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ISSN 0997 - 3192
Date : _______________________________ Signature © INSEE 1999

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