Les emplois exposés aux délocalisations (Octant n° 100)

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Avec un tiers d'emplois concernés, la Bretagne apparaît moins exposée aux risques de délocalisation que l'ensemble des régions françaises et notamment que ses voisines de l'Ouest. Elle le doit à ses activités réputées non délocalisables : agriculture, services personnels et fonction publique. Le fort développement de l'industrie bretonne au cours de la dernière décennie augmente néanmoins la part de l'emploi exposé, avec des secteurs à risque comme l'agroalimentaire, mais aussi des activités à plus forte valeur ajoutée dans le domaine des services.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Économie
Les emplois exposés aux délocalisations
Un risque moindre en Bretagne
Avec un tiers d’emplois concernés, la Bretagne apparaît
moins exposée aux risques de délocalisation que l’ensemble
des régions françaises et notamment que ses voisines
de l’Ouest. Elle le doit à ses activités réputées
non délocalisables : agriculture, services personnels
et fonction publique. Le fort développement de l’industrie
bretonne au cours de la dernière décennie augmente
néanmoins la part de l’emploi exposé, avec des secteurs
à risque comme l’agroalimentaire, mais aussi des activités
à plus forte valeur ajoutée dans le domaine des services.
epuis une vingtaine d’années, un La Bretagne, une région l’emploi régional. La Bretagne est aussiDnouveau phénomène écono- la moins exposée des régions derelativement peu exposée
mique fait l’actualité : la délocalisation l’Ouest. Non pas qu’elle compte parti-aux délocalisations
qui, au sens strict, désigne le déplace- culièrement moins de travailleurs routi-
ment vers l’étranger d’une activité éco- niers de l’industrie et des services, mais
nomique existant en France et dont la deux facteurs réduisent mécanique-L’économiste américain Robert Reich a
production est ensuite importée. Certai- ment le total des emplois délocalisa-distingué plusieurs catégories d’emploi
nes professions sont davantage suscep- bles. D’une part, le taux d’encadrementselon le type de travail effectué : travail-
1tibles d’être touchées par les délocalisa- y est plus faible, or le personnel enca-leurs routiniers , manipulateurs de sym-
tions, alors que d’autres en sont drant la production est considéréboles, fonctionnaires, agriculteurs… et
protégées. Suivant leur structure écono- comme exposé ; d’autre part, l’agricul-plusieurs degrés d’exposition à la délo-
mique, les territoires seront ainsi plus ou ture, estimée non délocalisable, y acalisation (encadré 1). En utilisant la no-
moins soumis à ce risque. Dans cette menclature de cet économiste, la Bre-
étude, c’est l’analyse par métiers, et non tagne apparaît moins exposée aux 1- Des mots comme “routinier” ou “manipulateur”
peuvent avoir une connotation péjorative dans le lan-par activités, qui a été privilégiée pour délocalisations que le reste du pays. En
guage courant, ce qui n’est pas le cas dans cette étude ;déterminer les emplois susceptibles 1999, environ 360 000 emplois peu-
ils sont empruntés à la traduction française du livre de
d’être délocalisés. vent être délocalisés, soit 32 % de Robert Reich.
Octant n° 100 - janvier 2005 27Économie
Les catégories d’emplois
Selon l’économiste Robert Reich, certaines professions sont da- les emplois exposés, autrement dit les plus exposés a priori
vantage susceptibles d’être touchées par les délocalisations, aux délocalisations ;
alors que d’autres en sont protégées par la nature de leur emploi.
Il distingue ainsi plusieurs catégories d’emplois, dont les appel- les emplois relativement exposés, c’est-à-dire les emplois dé-
lations viennent de la traduction par Daniel Temam de son ou- localisables mais uniquement vers des pays développés car ils
vrage de 1993, L’économie mondialisée. nécessitent des infrastructures comme les aéroports, les uni-
versités… qui n’existent pas partout ;
1. Travailleurs routiniers : ils fournissent les services de produc-
les emplois a priori protégés des délocalisations :tion courante. Ouvriers ou employés, ils effectuent des tâches
simples et répétitives. Ils sont a priori soumis à la concurrence
– soit parce que ce sont des emplois de fonctionnaires : caté-internationale, leur emploi peut être délocalisé.
gorie « service public »,
2. Manipulateurs de symboles : ils sont chargés d’identifier et de – soit parce que ce sont des emplois comportant une part de
résoudre des problèmes et sont souvent très qualifiés. Les résul- services aux personnes, qui par définition ne peuvent pas
tats de leurs travaux sont facilement échangeables partout dans
être produits ailleurs que là où ils sont vendus : catégoriele monde via les nouvelles technologies de l’information et de la
« services aux personnes » ;communication notamment ; ils sont donc soumis à la concur-
rence internationale, mais les infrastructures nécessaires à leur une catégorie agriculture regroupe tous les emplois liés à l’ac-
formation et à leurs travaux n’existent pour l’instant que dans les tivité agricole.
pays les plus développés. Ils sont ingénieurs, avocats, consul-
tants, publicitaires, éditeurs, journalistes, professeurs
d’université…
Des adaptations différentes de la méthodologie
3. Services aux personnes : la spécificité de leur travail vient du
de Reich en Bretagne et en Pays de la Loire.fait que leurs services ne peuvent être fournis que de personne à
personne. Ce sont les employés de commerce, d’hôtel, d’agen-
ces immobilières, les infirmières, gardes d’enfant, femmes de Dans l’article publié par l’Insee des Pays de la Loire en février
ménage, coiffeurs, les chauffeurs de taxi, garagistes, gardiens, les 2004, la définition retenue pour les emplois exposés était plus
hôtesses de l’air, les kinésithérapeutes… Ils ne peuvent pas être large que celle retenue ici, puisque la méthode utilisée ne s’ap-
délocalisés, mais éventuellement concurrencés sur le marché du puyait que sur la catégorie primaire de Reich. Autrement dit,
travail par d’anciens travailleurs routiniers licenciés. toute la première ligne du tableau ci-contre constituait la caté-
gorie des emplois exposés, toute la deuxième ligne celle des ma-
4. Services publics : par définition, ils sont protégés de la nipulateurs de symboles, toute la troisième ligne celle des servi-
concurrence internationale. ces personnels, etc.
5. Agriculteurs : leur situation est particulière en France ; pour Nous avons ici fait le choix de nuancer cette nomenclature pour
les Etats-Unis, Robert Reich a classé les agriculteurs dans les em- tenir compte à la fois de la catégorie primaire et de la catégorie
plois protégés, avec les services publics, au motif que la terre secondaire de Reich. Les catégories d’emploi ainsi construites
n’est pas délocalisable. Ici, nous classons tout simplement les sont sensiblement différentes. La catégorie des emplois exposés
agriculteurs à part, leur situation dépendant davantage des poli- se trouve ainsi réduite, tandis que d’autres catégories d’emploi
tiques publiques que de la concurrence internationale. comme celles des services publics ou des services personnels re-
groupent des effectifs plus importants.
Pour mieux décrire les emplois, on affecte à chacun une caté-
gorie primaire et une catégorie secondaire. On obtient ainsi les Cependant, malgré ces différences méthodologiques, le « clas-
catégories décrites dans le tableau ci-contre. On peut de cette fa- sement » des régions reste inchangé : conformément aux résul-
çon construire de nouvelles catégories d’emplois plus ou moins tats de l’article publié par l’Insee - Pays de la Loire, la Bretagne
exposés aux délocalisations : est toujours une région relativement peu exposée, et les Pays de
la Loire une région plus exposée que la moyenne nationale
toujours un poids important : on re- exposée. De même, la catégorie desDe 1990 à 1999, la Bretagne
cense 7,5 % d’emplois agricoles dans la emplois relativement exposés, qui in-a maintenu sa différence
région, contre 3,8 % à l’échelle natio- clut les professions intellectuelles, est
nale. En outre, la Bretagne comprend en hausse de 36 %, soit 16 points de
sensiblement plus de militaires et d’em- plus que France entière. La région se dé-Si nationalement, le nombre d’emplois
plois de services personnels (hôtellerie, marque aussi par sa vive progressionexposés a diminué entre 1990 et 1999,
restauration, petit commerce, santé…) des services personnels. En revanche lesc’est loin d’être le cas pour l’ensemble
que dans le reste du pays. Ce profil est effectifs agricoles chutent, encore plusde l’Ouest. La Basse-Normandie est la
semblable à celui de la Basse-Nor- fortement en Bretagne que dans l’en-seule des trois régions à enregister une
mandie. En revanche, les Pays de la semble de la France (- 33 % contrebaisse. Le développement de l’activité
Loire, région la plus exposée de l’Ouest, - 29 %). Sur cet aspect, l’écart entre laindustrielle a provoqué en Bretagne une
se démarquent avec une plus grande région et le reste du pays se réduit, laaugmentation des emplois exposés de
part de travailleurs strictement routi- proportion d’emplois bretons liés à9 % entre les deux derniers recense-
niers et donc exposés, et une proportion l’agriculture se rapprochant peu à peuments ; la région se rapproche du profil
moindre de fonctionnaires. de la proportion nationale.national mais reste toujours moins
28 Octant n° 100 - janvier 2005Économie
de Robert Reich
Catégorie secondaire
Manipulateur ServiceRoutinier Services aux personnes Agriculture
de symboles public
Tous les ouvriers de type Ouvriers
industriel, techniciens Essentiellement la petite agricoles,
divers, secrétaires, maîtrise des routiniers/ Ouvriers et employés des marins-
dactylos, standardistes, routiniers. Tous les métiers de bouche, de la pêcheurs,Routinier employés de bureaux, et agents de maîtrise et les couture, employés des maîtres
tous ceux qui fournissent techniciens du privé, les assurances, agents de sé- d’équipages,
des services aux entrepri- professions intermédiai- curité… insémina-
ses (routiers, manuten- res des bureaux… teurs…
tionnaires…)
Ils encadrent souvent les
routiniers/ routiniers et Chefs d’entreprises de
les routiniers/ plus de 10 salariés, pro-
manipulateurs de Encadrants des servicesfessions libérales quali-
symboles : cadres, personnels/routiniers :fiées, professions deManipulateur ingénieurs de gestion gérants de supérettes, del’information, des specta-de symboles et de production, supermarchés, chefs decles, cadres scientifiques,
représentants, rayon, détaillantsingénieurs d’études, de
commerciaux, mais aussi moyens…recherche, informati-
grossistes moyens et ciens…
intermédiaires du
commerce.
Artisans, photographes, Patrons de cafés, de res-
guichetiers, hôtesses, Indépendants dans taurants, d’hôtels, para-Services aux vendeurs, caissiers, ser- l’immobilier, les agences psychologues, médecins,personnes veurs, chauffeurs de bus de voyages… vétérinaires, formateurs,
ou de taxi, petits détail- ambulanciers…
lants et petits grossistes…
Cadres A, enseignants, Médecins hospitaliers,Employés de la poste, ad-Service public chercheurs (du public), instituteurs, surveillants, Armée…joints administratifs…
bibliothécaires… assistantes sociales…
Agriculteurs exploitants,Agriculture
horticulteurs…
Emplois exposés Emplois relativement exposés Services aux personnes Service public Agriculture
Les catégories d’emploi dans l’Ouest et en France (en milliers et en %)
Bretagne Pays de la Loire Basse-Normandie France
Effectif % Évolution Effectif % Évolution Effectif % Évolution Effectif % Évolution
en en 90-99 en en 90-99 en en 90-99 en en 90-99
1999 1999 (en %) 1999 1999 (en %) 1999 1999 (en %) 1999 1999 (en %)
Emplois
359,7 32,3 9,9 472,0 37,0 9,5 180,5 33,4 - 1,8 8 084,3 35,1 - 1,4
exposés
Emplois
relativement 37,3 3,3 36,1 44,5 3,5 31,6 14,1 2,6 16,3 1 290,2 5,6 20,4
exposés
Services
432,3 38,8 13,8 478,5 37,5 15,3 214,0 39,6 8,7 8 672,9 37,6 8,9
personnels
Services
202,0 18,1 15,0 197,6 15,5 18,1 90,3 16,7 12,4 4 117,6 17,9 14,8
publics
83,9 7,5 - 33,4 83,8 6,6 - 29,2 41,0 7,6 - 36,7 885,5 3,8 - 29,3Agriculture
Ensemble 1 115,2 100,0 7,6 1 276,4 100,0 9,5 539,9 100,0 0,4 23 050,5 100,0 4,4
Source : Insee, recensements de la population de 1990 et 1999 - Exploitation complémentaire au lieu de travail
Octant n° 100 - janvier 2005 29
Catégorie primaireÉconomie
Délocalisations et suppressions d’emplois
Les délocalisations font beaucoup de bruit, et pourtant elles national a perdu 100 000 emplois, dont 58 000 « fins de con-
ne représentent pour l’instant qu’un phénomène marginal, trat » (CES, emplois-jeunes) et 10 000 départs en retraite non
loin du cliché du soi-disant départ massif des industries vers remplacés (alors que le secteur privé affichait un solde
les pays pauvres. Pour commencer, précisons que toute nou- positif).
velle industrie implantée à l’étranger n’est pas nécessaire-
ment le résultat d’une délocalisation. La MIME (mission inter- Pour l’instant, les secteurs les plus touchés par les délocalisa-
ministérielle sur les mutations économiques) définit la tions sont ceux du cuir, du textile, de l’habillement, de la mé-
délocalisation comme le « déplacement d’une activité écono- tallurgie, de l’électroménager, de l’automobile, de l’électro-
mique existant en France vers l’étranger, dont la production nique. Un rapport de la Cnuced (conférence des Nations
est ensuite importée en France ». Les délocalisations se distin- Unies sur le commerce et le développement) prévoit une aug-
guent donc, par exemple, des relocalisations d’entreprises mentation des délocalisations dans les services aux entrepri-
(déplacement du site de production à l’étranger afin de se rap- ses (services informatiques, de comptabilité, de facturation et
procher d’un marché et de vendre sa production sur place). d’analyse financière… ). Il note aussi que les délocalisations
sont essentiellement un phénomène « nord-nord » (les inves-
D’après l’Observatoire européen du changement, les sup- tissements vers l’Europe Centrale, par exemple, sont en
pressions d’emplois en Europe se décomposent comme baisse) : aujourd’hui, les quatre pays qui reçoivent 70 % des
suit en 2002 : délocalisations (4,8 %), restructurations (75 %), délocalisations de services sont l’Irlande, le Canada, Israël et
faillites (15 %). D’après la Direction des Relations économi- l’Inde.
ques extérieures, les délocalisations ne représentent que 4 %
des investissements directs à l’étranger sur la période Bien que le phénomène des délocalisations ne soit pas massif,
1997-2001. Les principaux pays investisseurs vers l’étranger il est néanmoins réel et mérite d’être mesuré. Bien entendu,
sont les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, et les les emplois dits délocalisables ne seront pas forcément délo-
pays qui reçoivent le plus d’investissements étrangers la calisés car de nombreux facteurs interviennent dans les choix
Chine, les Etats-Unis et la France. En 2003 le secteur public de localisation des entreprises.
Les emplois exposés par secteur d’activité
Bretagne France
Évolution ÉvolutionÉvolution Évolution
Nombre Part des 90-99 du Nombre Part des 90-99 du90-99 du 90-99 du
d’emplois emplois nombre d’emplois emplois nombrenombre nombre
exposés exposés d’emplois exposés exposés d’emploisd’emplois d’emplois
en 1999 (en %) exposés en 1999 (en %) exposés(en %) (en %)
(en %) (en %)
Agriculture, sylviculture,
3 219 3,7 - 31,8 40,2 47 182 5,0 - 26,1 3,7
pêche
Industries agricoles et
51 652 72,6 17,2 19,5 346 758 55,1 - 0,4 3,3
alimentaires
Industries des biens
21 664 76,7 - 4,4 - 8,3 581 379 75,5 - 17,7 - 19,8
de consommation
Industrie
11 955 92,1 - 9,1 - 10,3 242 467 88,1 - 9,4 - 10,6
automobile
Industries des biens
30 022 75,3 9,4 7,4 635 308 76,1 - 9,8 - 12,8
d’équipements
35 127 83,7 1,7 3,3 1 272 715 86,2 - 10,1 - 10,1
intermédiaires
5 493 90,1 - 3,3 - 0,8 208 722 84,9 - 8,3 - 9,4Énergie
20 939 29,0 - 0,6 3,9 436 602 32,5 - 13,6 - 14,2Construction
52 769 36,4 8,6 11,5 1 142 561 37,4 2,0 2,3Commerce
23 569 61,4 7,9 2,3 585 650 58,0 8,4 3,2Transports
13 850 54,4 - 1,8 11,9 381 118 55,1 - 3,3 5,1Activités financières
3 657 50,3 - 55,5 - 40,2 114 616 40,8 - 32,6 - 26,8Activités immobilières
52 986 49,7 44,1 51,8 1 326 925 46,9 25,3 28,9Services aux entreprises
4 885 6,6 12,0 34,1 162 477 9,5 19,4 24,5Services aux particuliers
Éducation, santé,
12 205 5,2 25,2 10,2 257 061 5,9 21,0 7,7
action sociale
15 752 12,7 13,7 - 16,5 342 741 13,1 19,3 2,7Administration
359 744 32,3 7,6 9,9 8 084 282 35,1 4,4 - 1,4Ensemble
Source : Insee, recensements de la population de 1990 et 1999 - Exploitation complémentaire au lieu de travail
30 Octant n° 100 - janvier 2005Économie
Les emplois exposés aux délocalisations depuis 1999
Entre décembre 1998 et décembre 2002 au niveau national, première a compensé ces pertes par le développement de la
la structure de l’emploi par secteur s’est déformée : on ob- construction navale, des équipements mécaniques et de la plas-
serve en particulier un glissement des emplois de l’industrie turgie-caoutchouc ; sa progression est finalement comparable à
(- 1,6 point) vers les services aux entreprises (+ 1,6 point). la Bretagne. En revanche, les effectifs industriels en Basse-Nor-
mandie reculent de 2,6 %.
Les secteurs industriels les plus exposés aux délocalisations
au cours de la dernière décennie sont de loin ceux du tex- Si on fait l’hypothèse que la part des emplois exposés de chaque
tile, cuir, habillement ou d’équipement du foyer. A eux secteur d’activité est restée stable entre 1998 et 2002, et compa-
seuls, ils totalisent plus de 60 000 suppressions d’emplois rable à celle mesurée au recensement de mars 1999, le poids de
en quatre ans sur l’ensemble du pays (restructurations, délo- ces emplois dans le total des emplois créés en Bretagne au cours
calisations, faillites...). Peu présent en Bretagne, ce secteur y de ces quatre années est de 37 %, contre 35,9 % au niveau natio-
a subi des pertes relativement modérées, 1 000 emplois en- nal. Malgré cette augmentation, la Bretagne demeure relative-
viron. Les autres emplois industriels qui ont disparu relèvent ment peu soumise au risque de délocalisation : en 2002, elle
essentiellement de la construction navale, et au final, on compte 36,7 % d’emplois exposés, la Basse-Normandie, les
peut dire qu’au cours de ces quatre années, la Bretagne a Pays de la Loire et l’ensemble de la France présentant des valeurs
peu subi les effets des délocalisations, même si ce constat plus élevées. La poursuite du développement industriel, par na-
est désormais à nuancer au vu des difficultés récentes, no- ture le plus soumis au risque de délocalisations, explique l’aug-
tamment dans l’électronique. Entre 1998 et 2002, l’in- mentation du nombre d’emplois exposés. L’essor parallèle des
dustrie, soutenue par les IAA gagne 4,8 % d’emplois en Bre- services aux entreprises (conseil-assistance et services opéra-
tagne, alors qu‘elle peine à maintenir ses effectifs dans tionnels essentiellement) concourt également à cette hausse.
l’ensemble du pays.
Le dynamisme de l’ensemble des secteurs économiques en Bre-
Les régions voisines ont en revanche été largement tou- tagne et Pays de la Loire induit une augmentation générale d’em-
chées : près de 6 000 suppressions d’emplois en Pays de la plois exposés. Ainsi la construction, les IAA et les transports
Loire dans les industries du cuir et de l’habillement, plus de créent chacun 3 100 à 3 500 emplois exposés en Bretagne, 3 900
2 000 dans les biens d’équipement du foyer dans cette à 4 400 en Pays de la Loire.
même région et plus de 4 000 en Basse-Normandie. La
Emplois exposés de décembre 1998 à décembre 2002
Évolution de l’emploi Évolution de l’emploi exposé Part d’emplois
Part d’emploisdéc. 1998-déc. 2002 déc. 1998-déc. 2002 exposés dans les
exposés en 2002emplois créés
(en %)absolue (en %) absolue (en %) (en %)
Bretagne 97 554 10,1 36 135 10,2 37,0 36,7
Basse-Normandie 31 653 6,8 8 666 4,8 27,4 38,1
Pays de la Loire 109 091 9,6 48 763 10,2 44,7 42,3
France de province 131 015 8,2 434 944 7,5 33,1 39,6
Total France 1 644 307 7,9 590 827 7,2 35,9 39,1
Source : Insee, recensements de la population 1999 - Exploitation complémentaire au lieu de travail - Estimations d’emploi 1998 et 2002
secteurs exposés sont particulièrement Ainsi le secteur des IAA comme celui duUne structure particulière
présents en Bretagne, comme les indus- conseil et assistance est plus exposé endes emplois
tries agroalimentaires (IAA) et la cons- Bretagne qu’ailleurs, tandis que la cons-
truction, il existe également des sec- truction navale, aéronautique et ferro-
La surreprésentation de secteurs d’acti- teurs a priori exposés aux délocali- viaire et la recherche-développement,
vité dont les emplois sont moins expo- sations mais plutôt sous-représentés en par exemple, sont moins exposées ici
1
sés aux délocalisations explique en Bretagne : les industries des équipe- que dans le reste du pays .
partie la situation plus favorable de la ments mécaniques, la métallurgie, les
région. C’est le cas de l’agriculture, qui transports et les services aux entreprises
pèse deux fois plus en Bretagne qu’ail- (recherche et développement, conseil et
1- Pour la construction navale, rappelons qu'enleurs, mais aussi, dans une moindre me- assistance…).
1999, la DCN (Direction des constructions navales)
sure, du secteur de la santé et de l’action n’avait pas encore changé de statut, et que ses plus de
sociale (13,3 % en Bretagne contre D’autre part, la part des emplois expo- 3 000 salariés étaient fonctionnaires. Le 2 juin 2003,
la DCN est devenue une société détenue par l'Etat.11,6 % en France) et de l’éducation sés au sein des secteurs d’activité n’est
Depuis, les salariés recrutés par la DCN n'ont plus le
(7,8 % contre 7,3 %). Si quelques pas la même dans toutes les régions. statut de fonctionnaires.
Octant n° 100 - janvier 2005 31Économie
Les zones d’emploi et leur exposition aux délocalisations
© IGN - Insee 2004
Lannion
MorlaixBrest Saint-Malo
Guingamp
Saint-Brieuc
Dinan
Fougères
Carhaix
Pontivy-Loudéac
Quimper
Vitré
Ploermel Rennes
Lorient
100 000 Auray RedonCatégories d'emplois
Vannes
Emplois exposés
50 000Emplois relativement exposés
Zones rurales les plus exposées
Services personnels
Zones rurales peu exposées
20 000Services publics
10 000 Zones urbanisées et industriellesAgriculture
Source : Insee, recensement de population 1999 - Exploitation complémentaire au lieu de travail
Les emplois exposés en Bretagne par zone d’emploi Une évolution atypique
des secteurs d’activitéÉvolutionPart en 1999
Nombre en 1999 entre 1990 et(en %)
1999 (en %)
Entre 1990 et 1999, la proportion d’em-
Auray 6 385 25,8 10,5 plois exposés par secteur a évolué diffé-
Brest 40 447 28,5 6,5 remment en Bretagne et dans l’en-
semble du pays, ce qui explique aussiCarhaix 6 678 29,0 7,6
que la région soit moins exposée auxDinan 7 572 26,3 2,2
délocalisations. Certains secteurs d’ac-
Fougères 11 253 40,9 11,2
tivité ont créé des emplois en faisant
Guingamp 7 418 25,3 11,6 baisser leur nombre d’emplois exposés.
Lannion 7 489 23,9 6,3 C’est le cas de l’administration publique
Lorient 32 792 35,1 - 0,5 et de la recherche et développement ;
Morlaix 14 163 29,4 17,0 pour le premier, le phénomène est
beaucoup plus important dans la régionPloërmel 8 054 35,4 36,5
que France entière, pour le second, ilPontivy-Loudéac 16 960 36,0 22,9
est manifeste en Bretagne, contraire-
Quimper 33 040 32,6 2,4
ment à l’ensemble du pays. D’autres
Redon 9 791 38,7 18,8 secteurs comme la santé, la culture et le
Rennes 84 566 34,3 9,4 sport, présentent une progression de
Saint-Brieuc 26 581 32,1 9,6 l’emploi exposé moins élevée que celle
Saint-Malo 11 523 27,1 6,2 de l’emploi total. Enfin dans l’immobi-
lier, l’habillement et la production deVannes 21 684 31,3 15,4
carburants, l’emploi total aussi bien queVitré 13 348 45,5 35,6
l’emploi exposé ont diminué.
Bretagne 359 744 32,3 9,9
Source : Insee, recensements de la population de 1990 et 1999 - Exploitation complémentaire au
lieu de travail
32 Octant n° 100 - janvier 2005Économie
zone d’emploi qui en comportait le plus réduite de services publics ; leur exposi-Emplois exposés :
en 1990. Ses lourdes pertes industrielles tion aux délocalisations est fortesurtout dans les IAA
la ramènent aujourd’hui au niveau de la puisque ce sont les seules zones d’em-
et dans les services moyenne. ploi bretonnes où le nombre d’emplois
aux entreprises exposés est supérieur au nombre d’em-
Ces différences sont bien sûr expliquées plois de services personnels.
par la structure des emplois, puisque
Finalement, la répartition des emplois près de 80 % des emplois industriels
exposés par secteur n’est qu’en partie
sont exposésaux délocalisations. De
calquéesurlarépartition totale des em- plus certaines activités industrielles sont
plois. Les industries agroalimentaires
encore plus vulnérables et renforcent le
concentrent à elles seules 14 % de l’em- risque de zones comme Vitré par
ploi exposé dans la région, alors que ce
exemple. De même, dans le secteur ter-
secteur ne représente que 4 % des em- tiaire, 31 % des emplois sont exposés à
plois exposésenFranceet6%del’em-
Vitré alors que cette part n’est que de Nadine BLOT
ploi total en Bretagne. Le poids du com- 26 % à Rennes et 18 % à Auray. Sandra CHIRAZI
merce dans le total des emplois exposés
est identique, mais au sein du secteur la
proportion d’emplois exposés est deux Trois profils
fois moins forte (36 % contre 72 % pour
de zones d’emploiles IAA). Si les emplois exposés sont Pour en savoir plus
toujours majoritairement dans l’in-
dustrie, les nouveaux emplois suscepti- A partir des cinq catégories d’emploi de L’économie mondialisée /Ro-
bles d’être délocalisés apparaissent sur- Reich, trois groupes de zones d’emploi bert Reich ; trad. de l’américain
tout dans les services aux entreprises par Daniel Temam. - Paris : Du-se détachent. Un premier profil
(+ 52 % entre 1990 et 1999). Ce secteur nod, 1993. - 336 p.concerne des zones peu industrielles,
représente désormais plus de 13 % des souvent touristiques et comportant rela- Rapport d’information sur la dé-emplois exposés bretons. tivement peu d‘emplois exposés ; le sec- localisation des industries de
teur agricole y est important, les servi- main d’œuvre / réd. par M.
ces aux personnes sont développéset Francis Grignon. - Paris : Sénat,
De fortes disparités les services publics moins représentés 2004. - 318 p.
que dans le reste de la Bretagne. Il s’agitau sein de la région Rapport sur l’investissement
des zones de Morlaix, Carhaix, Guin-
dans le monde en 2004, un
gamp, Auray, Lannion, Dinan et
tournant vers les services. - Ge-Avec 45 % d’emplois exposés, Vitré est Saint-Malo. nève : Cnuced (Conférence des
la zone d’emploi la plus exposée, suivie
Nations Unies sur le commerce
de Fougères et de Redon. La zone de Un deuxième groupe rassemble les zo- et le développement), 2004
Lannion présente apparemment le plus nes à la fois les plus urbanisées et les
La concurrence fiscale et l’en-faible risque, mais c’est là que l’on ob- plus industrielles : Brest, Quimper, Lo-
treprise : vingt-deuxième rap-serve la plus grande part d’emplois rela- rient, Saint-Brieuc, Vannes et Rennes.
port au président de la Répu-tivement exposés(près de 7 %, contre Les proportions d’emplois relativement
blique / Conseil des impôts.-3,3 % en Bretagne) et une proportion exposés et de services publics sont les
Paris : Journaux officiels, 2004.d’emplois liés à l’agriculture plus élevée plus élevées, l’agriculture est moins pré-
- 340 p.que la moyenne bretonne (11 %). sente que régionalement et les services
Emplois exposés en Pays de laaux personnes sensiblement dévelop-
Par leur développement industriel, les Loire : une nouvelle approche /pés.
zones d’emploi de Ploërmel et Vitré se Brigitte Allain, Jean Collobert,
Serge Fraboul ; Insee Pays de ladémarquent avec de fortes augmenta- Les zones d’emploi de Fougères, Re-
Loire ; CARIF-OREF. - Dans :tions de l’emploi exposé entre 1990 et don, Ploërmel, Pontivy-Loudéac et Vitré
Insee Pays de la Loire. Etudes ;1999 (+ 36 % contre + 10 % pour l’en- appartiennent au troisième profil avec
N° 24 (2004, fév.). - 4 p.semble de la Bretagne). Lorient est le des zones à la fois rurales et industriel-
seul territoire à connaître une baisse des les. Elles sont marquées par un secteur
emplois exposés, mais c’est aussi la agricole important et une présence
Octant n° 100 - janvier 2005 33
n

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