Les nouvelles entreprises en Haute-Normandie : S'inscrire dans la durée

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Quelles sont les nouvelles entreprises? Quelles sont les entités qui ont survécu trois ans après le démarrage de leur activité? Combien d'emplois ont-elles créés? L'enquête SINE réalisée par l'Insee a pour objet d'étudier les entreprises créées au premier semestre 1994 et toujours en activité trois ans plus tard. La pérennité d'une entreprise dépend d'une combinaison de multiples facteurs économiques techniques ou sociologiques. Elle dépend probablement aussi d'aléas tout aussi nombreux mais peu quantifiables. Elle est peut-être plus simplement liée au profil de son créateur, à ses anticipations, au réalisme de ses décisions de gestion. Cet article se propose d'approcher la création d'entreprise en Haute-Normandie par une analyse de variables qualitatives comme l'expérience professionnelle du créateur, son niveau de formation initiale, son statut au départ ou ses motivations. Uniquement en consultation dans nos locaux
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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ENTREPRISES
Les nouvelles entreprises
en Haute-Normandie
S’inscrire dans la durée
22
ur les 1 693 entreprises Plus de quatre entreprises sur dixQuelles sont les nouvelles
créées au premier semestre disparaissent avant entreprises ? Quelles sont les S1994, 944 étaient toujours trois ans d’activité
entités qui ont survécu trois ans
en activité trois années après. Sur le
après le démarrage de leur total des entités créées au départ, En 1997, plus de 44% des entre-
activité ? Combien d’emplois prises créées n’ont pas survécu. Les63,6% étaient des créations pures,
entreprises créées ex nihilo (créationsont-elles créés ? L’enquête 31,9% des reprises et 4,5% des trans-
pures) restent les plus nombreusesformations d’entreprises individuel-SINE (1) réalisée par l’Insee a
mais ce sont les plus fragiles : 49,5%les en sociétés. Une entreprise surpour objet d’étudier les
d’entre elles ont disparu au cours destrois a une activité de commerce etentreprises créées au
réparation, plus d’une création sur trois premières années d’activité.
premier semestre 1994 et
quatre a eu lieu dans les services aux L’activité de commerce et réparation
toujours en activité trois ans entreprises ou aux particuliers. Il perd 54% de ses unités de départ ;
plus tard. s’agit pour l’essentiel d’entreprises dans les services, le nombre d’entre-
prises chute de moitié. Le secteur se-La pérennité d’une entreprise créées de toutes pièces. Plus d’une
condaire subit également une perteentreprise sur cinq, enfin, avait unedépend d’une combinaison
très importante (-43,2%).activité industrielle ou de construc-de multiples facteurs
Le nombre de cessations d’entre-tion. Et là encore, il s’agissait d’entre-économiques, techniques ou
prises totalement nouvelles. prises reprises en 1994 est un peu
sociologiques. Elle dépend
probablement aussi d’aléas
tout aussi nombreux mais peu L’ENQUÊTE SINE
quantifiables. Elle est
L’enquête SINE (système toutes les entreprises dont l’activité
peut-être plus simplement liée
d’information sur les nouvelles est étrangère aux secteurs de
au profil de son créateur, à entreprises) a pour but de suivre les l’industrie, du commerce et des
ses anticipations, au réalisme entreprises nouvellement créées sur services.
une durée de cinq ans. Trois ans plus tard, sont enquêtées lesde ses décisions de gestion.
L’échantillon choisi ne concerne que entreprises actives, répondantes ouCet article se propose
les entreprises créées au premier non. Sont exclues les entités ayant
d’approcher la création semestre 1994. Ce panel est cessé lors de la première enquête,
d’entreprise en composé d’entreprises nouvellement celles qui ont cessé toute activité
créées, de reprises et de entre 1994 et 1997 ou lors deHaute-Normandie par une
transformations d’entreprise. l’enquête de 1997. Les entitésanalyse de variables
Pour la première vague d’entreprises n’entrant pas dans le champ ICS
qualitatives comme
enquêtées en 1994, sont concernées (industrie, commerce et services) ne
l’expérience professionnelle les entités actives et ayant répondu sont pas prises en compte, comme
ou non. Sont exclues les entreprises en 1994.du créateur, son niveau de
qui ont cessé toute activité moins Globalement, les résultats deformation initiale, son statut
d’un mois après leur création et l’enquête SINE portent sur
au départ ou ses motivations.
celles ayant cessé toute activité au l’échantillon de 1693 entreprises
30 septembre 1994. De même, sont en 1994 et sur 944 entreprises
(1) Système d’information sur les nouvelles considérées comme hors champ en 1997.
entreprises.
AVAL 86 3e TRIMESTRE 1999ENTREPRISES
moins élevé : un peu plus d’une sur Une réelle connaissance du secteur choisi
trois a disparu avant trois ans. L’acti-
EXPÉRIENCE PROFESSIONNELLE DU CRÉATEUR DU SECTEUR D’ACTIVITÉ EN 1994 ET 1997vité de commerce et réparation con-
naît là encore les pertes les plus for-
tes (-40,9%) avec les cafés-hôtels-
restaurants (-35%). En revanche, les Expérience
1997
entreprises de construction, peu d’un associé
1994nombreuses au départ, semblent
Différente
mieux résister aux difficultés des pre-
mières années d’activité.
ProcheLe type de création semble être
un facteur prépondérant pour la sur-
23
vie d’une entreprise. Le taux de sur-
Similaire
vie des entreprises créées par reprise
est supérieur à celui des entreprises
Expérience d’une filiale
totalement nouvelles. Elles bénéfi-
cient sans doute au démarrage des
Non communiquéeacquis de l’exploitation précédente.
Le cap des trois ans semble toutefois
0 10 20 30 40 50 60
difficile à franchir pour l’ensemble
des unités nouvelles. Pour les entre-
Unité : % Source : INSEE - Enquête SINE
prises vraiment nouvelles en particu-
lier, qui ont tout à construire, les dif-
ficultés sont multiples. Elles doivent des survivantes. L’expérience profes- et ses motivations de départ le sont
tout à la fois gagner des marchés, sionnelle du créateur semble donc tout autant. Ainsi, les entrepreneurs
importante pour la survie de l’entre- qui ont le mieux résisté sont les per-rentabiliser leur offre et se dévelop-
prise, mais ce n’est pas une condition sonnes qui avaient déclaré avoir leper, gérer leur temps et leur trésore-
suffisante. En effet, parmi les entre- goût d’entreprendre ou le désirrie..., bref, elles doivent apprendre à
prises les plus représentées (les servi- d’être indépendant. Parmi celles-ci,vivre pour survivre. Elles échappent
temporairement à la pression fiscale ces, le commerce et le BTP), les taux les actifs étaient les plus nombreux
et sociale et bénéficient d’aides diver- d’échec restent assez élevés, entre 37 (48,5%) avec les chômeurs de moins
ses à la création mais leur survie dé- et 41%, à l’exception des services aux d’un an, mais ce sont les ex-chô-
pend avant tout de leur capacité à particuliers (-29%). meurs de plus d’un an qui présentent
le taux d’échec le plus faible (-30%).franchir certains seuils critiques de
Interrogés sur leur principale mo-production, de rentabilité et souvent
tivation, près de la moitié des nou-de taille. Quelle que soit la motivation
veaux entrepreneurs déclaraientLes échecs sont nombreux et leurs de départ, le nombre d’échecs
reste important avoir le goût d’entreprendre, un surchances de survivre dépendent
probablement aussi du profil de l’en- cinq ont eu une opportunité, 15% ne
En 1994, les créateurs d’entrepri-trepreneur et de la construction du retrouvaient pas d’emploi. Il est
ses les plus nombreux étaient desprojet de création. probable que la proportion d’entre-
personnes en activité (42,6%) mais preneurs réellement motivés par un
aussi des chômeurs (40,6%). Les per- désir d’indépendance ou le goût
sonnes inactives représentaient plus d’entreprendre soit un peu suresti-L’expérience dans le secteur
de 12% de la population. Au bout de mée. Il semble, à tout le moins, que lad’installation est une condition
trois ans, ce sont les créateurs qui pérennité d’une entreprise se heurtenécessaire mais pas suffisante
étaient préalablement en activité qui aussi au manque de visibilité de son
ont le mieux résisté (39% de cessa-En 1994, près de la moitié des créateur. Trois ans plus tard en ef-
tions) et, dans une moindre mesure,créateurs déclarent avoir une expé- fet, les échecs sont nombreux : les
les ex-chômeurs de plus d’un anrience professionnelle dans le secteur personnes qui avaient déclaré avoir
où ils se sont installés, près de 12% (-40,7%). La moitié des entreprises le goût d’entreprendre ont certes
dans une activité proche. Ces entités dont le fondateur était ex-chômeur mieux résisté mais 40% d’entre elles
sont fortement représentées dans les de moins d’un an ou inactif a dispa- ont cessé leur activité avant trois
secteurs du commerce et de la répa- ru. ans. Le nombre d’entrepreneurs qui
L’existence d’un lien préalableration, des services aux entreprises et ont créé leur structure à partir
avec le monde du travail apparaîtaux particuliers et dans la construc- d’une idée nouvelle a diminué de
donc comme un élément importanttion. Trois ans plus tard, les entrepre- 43%, le nombre de ceux qui avaient
pour la survie d’une entreprise. Maisneurs qui ont déclaré une expérience saisi une opportunité a chuté de
similaire représentent 55,3% du total la situation initiale de l’entrepreneur 46%.
AVAL 86 3e TRIMESTRE 1999ENTREPRISES
Actifs et chômeurs de longue durée semblent les plus motivés s’être massivement orientés vers les
activités de services. Les comporte-
ACTIVITÉ ANTÉRIEURE DU CRÉATEUR D’ENTREPRISE EN 1994 ET 1997 ments d’installation des entrepre-
neurs dans leur ensemble sont bien
entendu liés à d’autres facteurs. Pour
1997 la grande majorité d’entre eux, ils ne
Inactif
sont pas clairement conditionnés par1994
le niveau de formation. En outre, il
n’est pas non plus établi que le choixChômeur (plus d’un an)
de l’activité de l’entreprise soit direc-
tement lié à la filière de formation
Chômeur (moins d’un an) suivie initialement (2).
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Actif
Une formation préalable
à la création d’entreprise
semble déterminante
Salarié de filiale
Si le niveau de formation joue peu
0 10 20 30 40 50
sur la pérennité de l’entreprise, il
semble que le suivi d’une formation
Unité : % Source : INSEE - Enquête SINE
préalable des candidats à la création
d’entreprise ait une influence posi-
CAP/BEP, les plus nombreux au dé-Le niveau de formation tive ainsi que la durée de cette forma-
part, représentent encore près d’undu créateur influe peu tion. Près des deux tiers des entrepre-
sur la pérennité de l’entreprise tiers des unités restantes trois ans neurs interrogés n’ont suivi aucune
plus tard. Ils ont plus de chances de formation préalable pour réaliser
Le lien entre le niveau de forma- franchir le cap des trois ans que les ti- leur projet d’installation, 46% d’entre
tion initiale de l’entrepreneur et la tulaires d’un bac technique et autant eux ont cessé d’exercer avant trois
pérennité de son entreprise est assez que les entrepreneurs qui ont un bac ans. Seuls les titulaires d’un diplôme
distendu. Les personnes sans di- général. Seuls les entrepreneurs qui de deuxième ou troisième cycle uni-
plôme, les titulaires de CEP ou de ont suivi une formation universitaire versitaire ou équivalent, parviennent
BEPC ont autant de chances de sur- de deuxième ou troisième cycle (ou à compenser ce manque d’informa-
vie que les entrepreneurs qui ont sui- l’équivalent) présentent un taux tion préalable. Un sur quatre n’a pas
vi une formation courte à l’université d’échec significativement faible franchi le cap des trois ans. Pour tous
ou en IUT. Les titulaires de (20%). Ce sont également les seuls à les autres (diplômés ou pas), les taux
d’échec varient entre 47 et 57%.
Pour le tiers des entrepreneurs
Un tiers des créateurs sont détenteurs de CAP ou BEP
qui ont suivi une formation préalable
à leur installation, les taux d’échecRÉPARTITION DES CRÉATEURS D’ENTREPRISE SELON LEUR DIPLÔME EN 1994 ET 1997
passent de 41%, pour ceux qui ont as-
sisté à une formation de cinq jours au
BAC plus 3 plus, à 39% pour ceux qui ont opté
1997
pour une formation de 15 jours ou
DEUG 1994 plus. Les taux d’échec s’améliorent
BTS, DUT significativement pour les titulaires
du BEPC (-17 points), du CAP (-10
BAC général
points) ou d’un bac technique (-19
BAC technologique points). Cette formation semble, en
revanche, peu utile aux créateurs di-
CAP/BEP
plômés de l’enseignement général ou
BEPC de l’enseignement supérieur mais
aussi aux personnes sans diplômes
CEP
(2) L’enquête SINE ne permet d’ailleurs pasSans diplôme
de le vérifier.
0 5 10 15 20 25 30 35
André BOHL
Unité : % Source : INSEE - Enquête SINE Christian CAMESELLA
AVAL 86 3e TRIMESTRE 1999

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