Les inégalités face à la santé

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Les chances de conserver une bonne santé ne sont pas les mêmes pour tous. Le risque de mourir prématurément est plus élevé pour les hommes que pour les femmes et pour les ouvriers que pour les cadres. La réduction de ces inégalités dépend beaucoup des actions de prévention. En Bourgogne, la densité médicale est inférieure à la moyenne nationale et les écarts entre ville et campagne sont parfois importants. Les conditions financières d'accès aux soins créent aussi des inégalités, notamment pour les personnes exclues du monde du travail.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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INSEE BOURGOGNE N° 53 - Avril 1998 15F
Les inégalités face à la santé
Les chances de conserver une bonne dent une attention plus importante à leur santé. Elles sont
moins sujettes aux conduites à risque, même si elles ont peusanté ne sont pas les mêmes pour tous.
à peu adopté les comportements des hommes en matière de
Le risque de mourir prématurément tabagisme.
Mais la surmortalité prématurée est également liée à laest plus élevé pour les hommes que
catégorie socio professionnelle et à ses caractéristiques de
pour les femmes et pour les ouvriers diplôme. Le niveau de formation initiale détermine notam
ment une attitude vis à vis de la santé d’autant plus favora que pour les cadres. La réduction
ble qu’il est élevé. Plus on monte dans l’échelle sociale, plus
de ces inégalités dépend la mortalité prématurée est faible. Ces différences sont plus
importantes chez les hommes que chez les femmes. Enbeaucoup des actions de prévention.
Bourgogne, la probabilité pour un homme de décéder entre
En Bourgogne, la densité médicale 25 et 54 ans sur la période 1988 1992 était trois fois plus
forte pour les ouvriers et les employés que pour les cadres.est inférieure à la moyenne nationale
et les écarts entre ville et campagne
sont parfois importants. Les conditions Le risque de décès avant 54 ans
est plus fort pour les ouvriersfinancières d’accès aux soins
créent aussi des inégalités, notamment Taux comparatif de mortalité des hommes entre 25 et 54 ans
par catégorie socio-professionnelle (moyenne 1988-1992)
pour les personnes exclues
Pour 100 000 habitants
du monde du travail. 400
Bourgogne
France
300es trois quarts des 3 400 Bourguignons décédés chaqueL année avant 65 ans sont des hommes. Ainsi, dans la
région, un homme a 2,6 fois plus de risque de mourir préma
200
turément qu’une femme, un rapport proche de celui constaté
au niveau national. Dans de nombreux cas, cette surmorta
lité prématurée masculine est en grande partie liée aux
100habitudes de vie.
Ceci est particulièrement net pour les maladies associées
aux consommations excessives d’alcool et de tabac : un 0
homme a 16 fois plus de risque qu’une femme de mourir ProfessionsOuvriers Cadresprématurément d’un cancer des voies aéro digestives supé intermédiairesEmployés
rieures, 9 fois plus de mourir d’un cancer pulmonaire. Mais
Le taux de mortalité est calculé de manièred’autres facteurs peuvent aussi être évoqués : les conduites
à corriger les effets de la structure par âgedangereuses (accidents, suicides) ou les activités profes
de chaque catégorie sociale.
sionnelles propres aux hommes. A l’inverse, les femmes
Sources : Haut comité de santé publique - ORS.disposent d’une meilleure couverture préventive et accor
1INSEE BOURGOGNE N° 53 - Avril 1998 15F
D’après le Haut comité de santé publi La mortalité prématurée touche davantage les hommes
que, ces inégalités se sont accrues au Taux comparatif de mortalité prématurée (avant 65 ans) 1993 1995
en Bourgogne (pour 100 000 habitants)niveau national durant la dernière dé
cennie : la mortalité prématurée des
cadres supérieurs a davantage dimi Cause de décès Âge Hommes Femmes
nué que celle des autres catégories. Cancer des VADS (1) 25 64 ans 42,8 2,6
Cancer broncho pulmonaire 58,4 6,6
Infarctus 35 64 ans 55,3 8,7
Sida 25 64 ans 10,9 2,7Des écarts entre cadres
Alcoolisme 15 64 ans 22,7 7,0
Suicide 40,6 12,6et ouvriers pour toutes
Accident de la circulation 5 - 64 ans 27,9 9,7
Toutes causes 0 64 ans 355,8 136,8les causes de décès
(1) voies aéro digestives supérieures.
Source : Observatoire régional de la santé.
Ces écarts de mortalité prématurée
entre les catégories socio profession
nelles se retrouvent pour toutes les
causes de décès, à l’exception du est ainsi plus élevée pour les catégo moyenne nationale en Saône et Loire
Sida. Ils sont cependant plus impor ries sociales les moins favorisées. et qu’elle est significativement plus ré
tants dans certains cas. En France, au Les inégalités de santé sont égale duite en Côte d’Or. Pour les femmes,
début des années 90, les taux de mor ment importantes entre les départe la mortalité prématurée est moins éle
talité par cancer des voies aéro diges ments français. Pour les hommes, la vée que dans l’ensemble de la France
tives supérieures et par alcoolisme mortalité prématurée (avant 65 ans) en Côte d’Or et en Saône et Loire,
sont respectivement 10 et 9 fois plus est significativement plus élevée dans alors qu’elle n’est pas significative
élevés pour les ouvriers que pour les le nord, en Bretagne et dans quelques ment différente dans la Nièvre et
cadres supérieurs. L’infarctus, le sui départements du centre de la France. l’Yonne.
cide, les accidents de la circulation tou Chez les femmes, elle se limite essen
chent également davantage les tiellement au nord du pays.
Des disparités entre lesouvriers et les employés (de 2,5 à 2,9 En Bourgogne, la Nièvre et l’Yonne
fois plus). Globalement, la part "évita présentent pour les hommes une sur villes et les campagnes
ble" des décès prématurés par des mortalité prématurée (+ 20 % et + 18 %),
actions sur les comportements à risque alors qu’elle ne diffère pas de la
Par ailleurs, les écarts entre les zo
nes rurales et urbaines sont aussi im
portants. La mortalité prématurée dans
les aires urbaines de la région est infé
rieure à la moyenne française, alors
que celle qui est observée dans les
zones rurales est significativement
plus élevée. Des écarts notables sont
également constatés à l’intérieur des
départements. Ainsi, 30 des 177 can
tons de Bourgogne présentent une
mortalité prématurée globale (hommes
et femmes confondus) supérieure à la
moyenne des régions françaises, alors
que dans 18 autres elle est au contraire
inférieure.
La réduction de ces disparités géo
graphiques et sociales en matière de
mortalité prématurée consiste surtout
en des actions de prévention. Toute
fois, seuls 20 % des décès surviennent
avant 65 ans. Si l’on prend en compte
l’ensemble des décès, on retrouve une
surmortalité dans la Nièvre et l’Yonne,
comme dans le nord de la France.
2Les inégalités face à la santéINSEE BOURGOGNE N° 53 - Avril 1998 15F
Face à ces disparités, comment se
répartit l’offre de soins ? Ce n’est pas
l’abondance de structures de soins qui
Aires d’attractiondiminue le risque de tomber malade.
principale desNéanmoins, une fois malade, il est né
agglomérations de
cessaire de trouver une réponse ap Bourgogne ayant
propriée à ses besoins. des maternités
(moyenne 1993 1995)En matière de soins de proximité,
les médecins libéraux sont relative L’aire d’attraction principale
d’une agglomération est cons ment moins nombreux dans le nord
tituée des communes de do que dans le sud de la France. Les
micile des mères dont plus
écarts sont plus importants pour les de 50 % d’entre elles ont ac
spécialistes que pour les généralistes. couché dans une des mater
nités de l’agglomération. UnOn retrouve les mêmes disparités de
lissage géographique a été
densités pour les autres professions
appliqué afin d’homogénéiser
de santé, qui, de ce fait, se cumulent. les aires.
Sur la période 1993 1995,
trois maternités ont fermé
Densité médicale dans la région : à Nevers, Mi
gennes et Tonnerre. Avec le
inférieure à la moyenne critère de calcul retenu, l’im
pact des fermetures des
deux premières a peu d’inci
dence sur les résultats glo Comme pour les médecins, les nom
baux. En revanche, l’airebres d’infirmiers, de kinésithérapeutes,
de dentistes libéraux par rapport à la
population sont plus réduits en Bour
gogne que dans la moyenne des ré En ce qui concerne la desserte hos Mais les inégalités géographiques
gions françaises. pitalière, la Bourgogne présente, début ne se limitent pas à l’équipement glo
De plus, les écarts de densités entre 1996, un nombre de lits par habitant bal. Les questions de proximité sont
la ville et la campagne sont importants légèrement supérieur à la moyenne également déterminantes. La distance
pour les spécialistes libéraux. En Bour nationale. Néanmoins, par rapport à un et le temps d’accès aux équipements
gogne, un tiers d’entre eux est localisé calcul théorique de besoins intégrant ont un effet évident dans les situations
dans l’agglomération dijonnaise. Au to la structure par âge et la mortalité rela d’urgence. En Bourgogne, les aires
tal, 92 % des spécialistes se concen tive de la population, la répartition na d’attraction des agglomérations ayant
trent sur 14 pôles qui desservent 59 % tionale actuelle de l’offre de soins des maternités couvrent par exemple
de la population régionale. L’opposi serait déséquilibrée au détriment de des zones de taille très différente.
tion ville campagne est moins nette plusieurs régions et notamment de la Dans les autres cas, la distance peut
pour les généralistes. Bourgogne. aussi accroître les inégalités : pour des
raisons de coût de transport ou parce
qu’elle complique l’accès aux soins et
Mesurer l’état de santé peut décourager certaines pratiques,
notamment préventives.
L’état de santé d’une population est une été estimé à partir des données re-
notion difficile à mesurer. Un des moyens cueillies dans les enquêtes nationales
Le chômage accroîtconsiste à observer plus particulièrement annuelles auprès des ménages sur la
les décès avant 65 ans et à les considérer santé et la protection sociale. La connais
les inégalités de santécomme "prématurés". C’est cet aspect sance pour un individu de son âge, de son
qui est développé en partie dans cet arti pronostic vital et de son invalidité permet
cle. Néanmoins, d’autres indicateurs por d’estimer le vieillissement relatif ("préma A ces disparités géographiques
tant sur l’état de santé des personnes en turé" si l’état n’est pas bon ou "retardé" à
s’ajoutent des inégalités dans l’utilisa
vie existent aussi. Souvent plus com- l’inverse).
tion effective de l’offre de soins.
plexes à calculer et à manipuler, ils ne
D’après les enquêtes nationales dusont pour l’instant disponibles qu’au ni Ainsi les cadres ont un vieillissement "re
CREDES (1), des différences entre ca veau national. tardé" de 1,96 ans. Pour les ouvriers, il
Une étude du CREDES montre ainsi est "avancé" de 1,74 ans. La situation par tégories socio professionnelles s’ob
qu’aux inégalités sociales de mortalité rapport au travail a aussi une influence et servent en ce qui concerne les
connues depuis longtemps s’ajoutent des les effets défavorables se cumulent : en consommations médicales. D’une ma
inégalités entre vivants qui sont égale tre un cadre supérieur en activité et un
ment importantes. Un indicateur rendant ouvrier non qualifié au chômage, l’écart
compte du risque vital et de l’invalidité a de vieillissement est de plus de 5 ans. (1) CREDES : Centre de recherche, d’étude et
de documentation en économie de la santé.
Les inégalités face à la santé 3INSEE BOURGOGNE N° 53 - Avril 1998 15F
nière générale, à âge et état de santé
égaux, elles sont plus élevées pour les
36 % des spécialistes libéraux en honoraires libresplus favorisées, qui utilisent davantage
les soins de spécialistes, de dentistes
En Bourgogne, 76 % des généralistes et 64 % des spécialistes exercent à titre libéral.et de médecins à honoraires libres.
Dans ce type d’activité, 16 % des généralistes peuvent demander un prix supérieur au
A l’inverse, les moins favorisées recou
tarif servant de base au remboursement par la Sécurité sociale (secteur II) contre 18 %
rent davantage aux visites de généra en moyenne nationale. La proportion est plus élevée parmi les spécialistes : 36 % dans
listes et à l’hôpital. Par ailleurs, les la région comme en France, mais varie beaucoup selon les spécialités. Pour certaines,
distances parcourues sont d’autant une large majorité des praticiens libéraux exercent en secteur II : 56 % des oto hino r
laryngologistes et des ophtalmologistes, 65 % des chirurgiens, davantage encore dansplus grandes que le niveau d’instruc
d’autres spécialités plus rares (76 % des chirurgiens orthopédistes). Les proportionstion est élevé.
varient aussi selon le département. Ainsi, plus de la moitié des gynécologues obstétri Les personnes sans couverture so
ciens libéraux sont en secteur II en Côte d’Or et dans l’Yonne, alors qu’ils ne sont queciale complémentaire (mutuelle ou assu
29 % dans la Nièvre et 40 % en Saône et Loire.
rance privée) sont proportionnellement
plus nombreuses à renoncer aux soins Part des médecins spécialistes libéraux en secteur II
dentaires et aux lunettes que les au et droit à dépassement (en %)
tres. L’exclusion du monde du travail
errenforce cette situation. Certaines dé Au 1 janvier 1996 Côte d’Or Nièvre Saône et Yonne Bourgogne
Loireficiences sont moins bien corrigées. En
Bourgogne comme dans l’ensemble Chirurgie générale 77,8 44,4 62,5 50,0 64,5
Ophtalmologie 58,3 13,3 60,7 82,4 56,3du pays, on constate ainsi que les chô
Oto rhino laryngologie 57,9 62,5 52,9 53,8 56,1
meurs de longue durée et les jeunes Dermatologie 43,8 0,0 66,7 66,7 49,3
Gynécologie obstétrique 54,3 29,4 40,5 52,9 45,9en difficulté d’insertion qui fréquentent
Pédiatrie 31,8 0,0 20,8 54,5 29,0les centres d’examens de santé ont
Cardiologie 31,0 40,0 9,1 15,8 22,5
plus fréquemment des troubles visuels Psychiatrie 23,8 18,8 14,8 8,0 17,3
Anesthésie réanimation 0,0 0,0 15,6 0,0 6,4ou des problèmes dentaires non soi
Radiologie 0,0 0,0 8,6 0,0 2,5
gnés que les autres consultants. Face
Source : Caisse nationale d’assurance maladie.
à cette situation, des objectifs ont été
fixés par la Caisse nationale d’assu
rance maladie pour qu’une part crois
sante des examens de ces centres soit
effectuée pour les personnes en situa
tion de précarité. Thème du prochain numéro :
L’insertion professionnelle des jeunesB. Lemery, I. Millot (ORS)
L. Espinasse (INSEE).
INSEE BOURGOGNEPOUR EN SAVOIR PLUS
2 bis, rue Hoche 21000 Dijon- Disparités sociales de morbidité A. Mizrahi, A. Mizrahi, CREDES 1997.
Tél : 03 80 40 67 67- L’assurance complémentaire maladie : une diffusion encore inégale INSEE
Fax : 03 80 40 67 40Première n° 523 juin 1997.
Directeur de la publication : Alain Ravet- Santé, société, inégalités géographiques en France E. Vigneron, Dossier géo
graphie de la santé, Actualité et dossier en santé publique n° 19 1997. Rédacteur en chef : Lionel Espinasse
Assistante de rédaction : Martine Molet- La santé en France 96, Haut comité de santé publique La docum - entation française
1996.
Maquette PAO : Marie Hélène Chavet
- Approche des disparités de santé, Solidarité santé n° 4 octobre décembre 1996 Maryvonne Poisot
SESI Ministère du travail et des affaires sociales.
Abonnement :
- Médecins : localisation et évolution de la profession INSEE Bourgogne Dimen 11 numéros par an + Bilan économique
sions n° 34 mai 1996. et social annuel : 150 F.
15 F. le numéro- Les lunettes à la loupe INSEE Première n° 475 juillet 1996.
Impression : Imprimerie 21- Risque de décès avant 65 ans : plus fort pour les hommes INSEE Bourgogne
Dimensions n° 24 juin 1995. Dépôt légal : Août 1993
ISSN 1246 483 X- Les inégalités interrégionales de l’offre de soins en France J. Frenkiel,
P. Hecketsweiler Solidarité santé n° 4 1992 SESI - Ministère du travail et des Code Sage D985316
affaires sociales.
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