Mourir avant de vieillir

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En France, un quart des décès surviennent avant 65 ans. Les hommes surtout meurent relativement jeunes. Bien qu'en régression, la mortalité prématurée reste élevée par rapport à celle des autres pays européens .Cancer du poumon chez l'homme, cancer du sein chez la femme sont les diagnostics les plus souvent rencontrés. Les pathologies responsables des décès prématurés sont souvent liées à des comportements individuels : tabagisme, alcoolisme, conduite dangereuse, suicides, comportements sexuels...Si les décès dus à l'alcoolisme régressent, le tabagisme fait des ravages. Les cadres supérieurs et professions libérales ont davantage évité les décès prématurés durant les dix dernières années.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 429 FÉVRIER 1996
PRIX : 14 F
MOURIR AVANT DE VIEILLIR
Éliane Michel, Éric Jougla, Françoise Hatton, SC8-Inserm
100 000 femmes. La mortalité prématuréen France, un quart des décès sur-
est ainsi cause du quart des décès : 31 %
viennent avant 65 ans. Les hom- des décès masculins et 14 % des décès fé E mes surtout meurent relativement minins ont lieu avant 65 ans.
La surmortalité masculine n’est pas très éle jeunes. Bien qu’en régression, la mortali-
vée avant 15 ans : le rapport entre le taux
té prématurée reste élevée par r ppora t à de mortalité des garçons et des filles est de
celle des autres pays européens. Cancer l’ordre de 1,4. Elle est ensuite beaucoup
plus marquée, atteignant environ 2,5 queldu poumon chez l’homme, cancer du sein
que soit l’âge ( graphique 1).
chez la femme sont les diagnostics les Comparée à des pays de développement
plus souvent rencontrés. Les pathologiessemblable comme les pays européens et
même le Japon, la France se distingue parresponsables des décès prématurés sont
une mortalité prématurée élevée, que ce
souvent liées à des comportements indi- soit pour les hommes ou, dans une moindre
viduels : tabagisme, alcoolisme, conduite mesure, pour les femmes. Depuis une ving
taine d’années, le phénomène a même ten dangereuse, suicides, comportements
dance à s’aggraver. A l’inverse, après
sexuels... Si les décès dus à l’alcoolisme 65 ans, les taux de mortalité sont générale
régressent, le tabagisme fait des ravages.ment plus bas en France que dans les au
tres pays. Les causes de décès peuventLes cadres supérieurs et professions
expliquer la spécificité française, dans la
libérales ont davantage évité les décès mesure où les décès prématurés découlent
prématurés durant les dix dernières souvent de comportements à risque : alcoo
lisme, tabagisme, conduite dangereuse...années.
Ainsi entre 25 et 44 ans, la moitié des décès
pour les hommes et le tiers pour les femmes
Au cours de 1993, 121 700 personnes sont en résultent [1].
décédées avant d’avoir atteint 65 ans, c’est
à dire aux âges où les décès devraient en Les tumeurs au premier rang
grande partie pouvoir être évités. Les décès
prématurés des hommes sont deux fois plusLes tumeurs constituent la première cause
nombreux que ceux des femmes. Le taux de décès avant 65 ans ( graphique 2). Elles
de décès avant 65 ans est en effet de entraînent 41 % des décès prématurés chez
349 pour 100 000 hommes, mais 147 pourde les femmes et 34 % chez les hommes. Les
Taux de décès prématurés en 1993 Les causes de décès avant 65 ans en 1993
Lecture : Pour 100 000 hommes de 45 64 ans, 927 décès ont été enregistrés en 1993 en France métropolitaine. Sur l’ensemble des décès
prématurés (avant 65 ans) des hommes, 34 % ont résulté de tumeurs.
Source : SC8, Inserm
`?
INSEE PREMIEREtraumatismes arrivent en deuxième 4 000 décès, soit 12 % des décès fé-qui entraînent le plus de victimes parmi
position et, à l’inverse, concernent da minins avant 65 ans en 1993 ; ils devan les jeunes femmes mais les traumatis
vantage les hommes que les femmes. cent nettement les suicides, l’aoolismelc mes occupent nettement la première
Cancers et morts violentes provo quent et les accidents de la circulation. place chez les hommes. La mortalité
ainsi près de 6 décès sur 10 avant Le poids du Sida dans la mortalité gé des jeunes de 15 à 24 ans est essen
65 ans. On trouve en troisième posi nérale reste modéré, puisqu’il est tiellement d’origine traumatique, sur
tion la pathologie cardio vasculaire. cause d’environ 4 % des décès avant tout parmi les garçons (trois décès sur
Pour les hommes, le cancer du pou 65 ans. Mais cette affection concerne quatre). Entre 1 et 14 ans, les trauma
mon est le diagnostic le plus fréquent surtout les hommes de 25 44 ans : à tismes, responsables de quatre décès
avec 8 000 décès en 1993, soit près cet âge, le Sida est responsable de sur dix, constituent la première cause
de 10 % des décès masculins avant 13 % des décès et de près d’un décèsde décès ; mais deux décès sur dix
65 ans (tableau). Viennent ensuite, à sur deux chez les Parisiens. sont également dus aux cancers (leu
parts égales, les suicides, les cancers Les causes de mortalité dépendent cémie et cancer de l’encéphale essen
des voies aéro digestives supérieures fortement de l’âge. Entre 45 et 64 ans,tiellement). Parmi les enfants de
(lèvres, cavité buccale, pharynx, œso les tumeurs sont très largement prédo moins d’un an, les symptômes et états
phage, larynx), les infarctus, les acci minantes quel que soit le sexe (un dé morbides mal définis, qui incluent la
dents de la circulation et l’alcoolisme cès sur deux), suivies de loin par les mort subite du nourrisson (un décès
(y compris la cirrhose). maladies cardio vasculaires et les sur quatre), arrivent au premier rang.
Chez les femmes, les cancers du seintraumatismes. Entre 25 et 44 ans, ce Viennent ensuite les affections pina ér
sont les plus meurtriers : plus de sont les cancers et les traumatismes tales, légèrement moins fré quentes,
puis les anomalies congénitales.
Principales causes de décès avant 65 ans en 1993 Mortalité élevée chez
les ouvriers employésHommes Femmes
Nombre % Nombre %
Le niveau de la mortalité prématurée
varie selon les catégories sociales.Total des décès avant 65 ans 85 868 100,0 35 874 100,0
L’analyse réalisée sur les hommes de
25 à 54 ans, en activité profession
Tumeurs 29 561 34,4 14 649 40,8 nelle et décédés entre 1988 et 1992,
dont Cancer du poumon 8 079 9,4 988 2,8 met en évidence une nette hiérarchie :
Cancer des voies aéro digestives supérieures 6 028 7,0 552 1,5 le taux de mortalité prématurée des
Cancer de l’intestin 1 902 2,2 1 308 3,6 ouvriers employés est 2,7 fois plus
Cancer du pancréas 1 080 1,3 510 1,4 élevé que celui des cadres supérieurs
Cancer de l’estomac 852 1,0 343 1,0 et professions libérales et 1,8 fois plus
Leucémies 748 0,9 554 1,5cadres moyens et
Cancer de la prostate 609 0,7 - - commerçants (graphique 3).
Cancer de la vessie 605 0,7 99 0,3 Les différences de mortalité entre ca
Cancer du sein 33 0,0 4 151 11,6 tégories sociales s’observent pour la
Cancer de l’utérus - - 971 2,7 plupart des pathologies importantes.
Les écarts les plus nets concernent lesTraumatismes et empoisonnements 18 374 21,4 6 177 17,2
dont Suicides 6 489 7,6 2 294 6,4
Accidents de la circulation 5 418 6,3 1 794 5,0 Taux de décès prématurés
Chutes accidentelles 929 1,1 276 0,8 par catégories sociales
Maladies de l’appareil circulatoire 13 500 15,7 4 412 12,3 Hommes 25 54 ans, taux comparatifs
pour 100 000, France 1988 1992dont Cardiopathies ischémiques 5 775 6,7 1 034 2,9
Maladies vasculaires cérébrales 2 662 3,1 1 321 3,7
Maladies de l’appareil digestif 5 316 6,2 2 323 6,5
dont Cirrhose alcoolique ou s.p. du foie 3 722 4,3 1 654 4,6
Maladies infectieuses et parasitaires 4 508 5,2 1 212 3,4
dont Sida 3 631 4,2 770 2,1
Maladies de l’appareil respiratoire 2 466 2,9 1 093 3,0
dont Pneumopathies aigües 824 1,0 304 0,8
Bronchites chroniques 772 0,9 270 0,8
Troubles mentaux 2 118 2,5 636 1,8
dont Alcoolisme (y.c. p sychose alcoolique) 1 519 1,8 362 1,0
Autres causes 10 025 11,7 5 372 15,0
Source : SC8, Inserm Source : SC8, Inserm
´cancers des voies aéro digestives su
Évolution de la mortalité avant 65 ans de 1973 à 1993
périeures et l’alcoolisme. Pour ces
Taux comparatifs* pour 100 000, lissés sur 3 années
deux groupes de pathologies, la mor
talité prématurée des ouvriers em-
ployés est 10 fois plus élevée que
celle des cadres supérieurs. Cette sur
mortalité se situe aux environs de 3
pour le cancer du poumon, les mala
dies vasculaires cérébrales, les suici
des et les accidents de la circulation.
Elle est de 2 pour les infarctus. En re
vanche, le risque de décès par Sida
est plus élevé chez les cadres supé
rieurs et professions intellectuelles.
La mortalité alcoolique diminue,
le cancer du poumon tue
de plus en plus
La mortalité prématurée diminue au fil
des années. En vingt ans, le taux de
décès avant 65 ans des femmes a da
vantage régressé (-34 %) que celui
des hommes ( 26 %). La baisse de la
mortalité par alcoolisme et cirrhose a
été particulièrement forte pour les
deux sexes ( 50 %), ainsi que celle
due aux accidents de la circulation
(-40 %) (graphique 4). Le risque de
décès par infarctus a également forte
ment chuté. La mortalité par cancer
des voies aéro digestives supérieu
res, liée à l’abus d’alcool et de tabac,
a diminué de 20 % parmi les hommes ;
bien qu’encore très faible, elle a toute
fois progressé de près de 30 % parmi
les femmes. L’augmentation du taba
gisme féminin se vérifie aussi sur
l’évolution de la mortalité par cancer du
poumon : celle ci a augmenté deux fois
plus chez les femmes que chez les
hommes. Les suicides ont également
augmenté entre 1975 et 1985. En vingt
ans, la mortalité par cancer du sein a
peu varié (+ 5 %). L’apparition du
Sida, depuis une dizaine d’années,
explique en partie la plus faible dimi
nution de la mortalité masculine. Jus
qu’en 1990, la progression des décès
par Sida a été spectaculaire, avec une
surmortalité masculine marquée. Ac
tuellement, le taux d’accroissement
annuel a tendance à se stabiliser.
Forte diminution de la mortalité
parmi les enfants
* Pour assurer la comparabilitdans lé e temps des taux de mortalité annuels, on calcule des taux de mortalité comparatifs.En vingt ans, la mortalité a particuliè
Ceux ci sont définis comme les taux que l’on observerait dans la population étudiée si elle avait tous les ans la même
rement diminué chez les enfants
structure d’âge. On les calcule donc en pondérant les taux de mortalité par âge et sexe observés chaque année par la
(-50 %). Cette régression doit être structure d’âge d’une population de référence : celle de la France métropolitaine en 1990, les deux sexes confondus.
mise en relation avec la politique de Source : SC8, Inserm
ˆindique la cause principale de décès, laVariation entre1980 84 et 1988 92 des taux de mortalité prématurée
cause immédiate de la mort ainsi que
Hommes de 25 à 54 ans
d’éventuels états associés. L’Inserm en as
sure la codification selon la Classification
internationale des maladies (actuellement
ème9 révision). C’est à partir de ces informa
tions médicales et des informations socio
démographiques collectées par l’Insee que
sont élaborées les statistiques de causes
de mortalité. Pour cette étude, seule la
cause principale de décès a été analysée.
Cette statistique, exhaustive en ce qui con
cerne le nombre de décès, d’une bonne
validité pour l’ensemble des pathologies,
ne donne cependant pas une image par
faite de certaines causes de mort violente :
du fait de problèmes médico légaux, existe
ainsi une sous estimation des suicides de
l’ordre de 10 % [2].
Certaines précautions ont été prises pour
l’analyse par catégorie socioprofe ssion
Lecture : Pour les hommes de 25 à 54 ans, cadres supérieurs et professions libérales, la mortalité prématurée due aux ma-
nelle : analyse selon des groupes très lar ladies vasculaires cérébrales a particulièrement baissé : le taux de mortalité spécifique à cette population et cette cause de
ges, pas d’étude sur les inactifs. En effet,décès, calculé en moyenne sur les années 1988 à 1992, est inférieur de 45 % au taux moyen spécifique calculé sur les an
nées 1980 à 1984. l’analyse repose sur deux sources distinc
Source : SC8, Inserm tes : recensement pour les effectifs de po
pulation et déclaration lors de la mort pour
prévention menée ces dernières an infarctus ont nettement reculé ( graphi les effectifs de décès. Or la situation d’un
nées pour limiter les accidents domes que 5). De même, les cancers des sujet peut avoir changé entre les deux da
tiques. De même, le recul de la mortalitévoies aéro-digestives supérieures et tes d’observation.
des jeunes de 15 à 24 ans est impor la pathologie alcoolique ont également
tant ( 30 %). Il a bénéficié des nom régressé. Pour la plupart des causes
breuses actions récentes de la de mortalité, notamment les accidents
prévention routière. En revanche, pour de la route et les suicides, la diminu
les 25 44 ans, l’impact du Sida a été tion a été plus forte pour les cadres Pour en savoir plus
tel que la mortalité masculine a augmen supérieurs que pour les autres catégo
té au cours des dix dernières années. ries (seule exception l’alcoolisme). La Les chiffres entre crochets dans le texte
Le recul de la mortalité est égalementmortalité par cancer du poumon a renvoient aux ouvrages ci dessous.
marqué chez les 45 64 ans ( 30 %). même diminué parmi les cadres supé
[1] "La durée de vie en France", La santérieurs alors qu’elle a augmenté dans
en France, Rapport du Haut Comité deles autres catégories.Les catégories aisées
la santé publique, La Documentation
Pour les cadres moyens et commer ont davantage modifié française, 1994.
çants, comme pour les ouvriers et em leurs comportements
ployés, la baisse la plus sensible a [2] "Les suicides en Ile de France chez
La mortalité prématurée a régressé in concerné l’alcoolisme. les sujets de 15 à 44 ans", Bulletin Epi
démiologique Hebdomadaire n°2/1994également selon les différentes caté
du ministère du Travail et des Affairesgories socioprofessionnelles au cours Pour comprendre
Sociales.de ces dix dernières années. Elle a ces résultats
fortement diminué parmi les cadres
[3] "Le recul de la mortalité marque le
supérieurs professions libérales. Pour pas en 1993", Insee Première n°425,
cette catégorie, les décès dus aux ma Lors du décès d’une personne, le médecin janvier 1996.
ladies vasculaires cérébrales et aux établit un certificat de décès sur lequel il
Direction Générale :
18, Bd Adolphe Pinard
75675 Paris cedex 14
Directeur de la publication :
Paul Champsaur
Rédacteur en chef :
Baudouin Seys
Rédacteurs : F.Magnien,
V. Guihard, C. Dulon
Maquette : P. Zanusso
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© INSEE 1996
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