Pénibilité au travail et santé des seniors en Europe?

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Les conditions de travail ont beaucoup évolué au cours des dernières décennies dans les pays développés. Cette évolution s'est accompagnée de l'apparition de nouvelles formes d'organisation du travail pouvant être sources de pénibilité et de risques pour la santé. Dans un contexte de vieillissement des populations, ces problèmes sont particulièrement préoccupants, en matière de santé, d'emploi et de financement des retraites. Cette étude s'intéresse aux liens existant entre l'organisation du travail et la santé des seniors à partir de l'enquête Share 2004. Elle se fonde sur deux modèles, celui de Karasek et Theorell (1991) et celui de Siegrist (1996) qui font intervenir trois principales dimensions : la pression ressentie qui reflète la pénibilité physique perçue et la pression due à une forte charge de travail, la latitude décisionnelle qui renvoie à la liberté d'action et aux possibilités de développer de nouvelles compétences, et la récompense reçue qui correspond au sentiment de recevoir un salaire correct relativement aux efforts fournis, d'avoir des perspectives d'avancement ou de progression personnelle et de recevoir une reconnaissance méritée. Ces modèles tiennent également compte de la notion de soutien dans le travail et du sentiment de sécurité de l'emploi. Nos estimations montrent que l'état de santé des seniors en emploi est lié à ces facteurs. Un niveau de pression ressentie peu élevé mais surtout un niveau de récompense reçue important sont associés à un bon état de santé, pour les hommes comme pour les femmes. La latitude décisionnelle n'aurait d'influence que sur l'état de santé des femmes. Les résultats révèlent enfin l'importance sur la santé du manque de soutien au travail et du sentiment d'insécurité vis-à-vis de l'emploi ; quel que soit le sexe, ces deux facteurs sont notamment corrélés au risque de souffrir de dépression.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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SANTÉ
Pénibilité au tr avail et santé
des seniors en Europe
Thierry Debr and * et P ascale Leng agne *

Les conditions de tra vail ont beaucoup évolué au cours des dernières décennies dans les
pays développés. Cette évolution s’est accompagnée de l’apparition de nouvelles formes
d’organisation du travail pouvant être sources de pénibilité et de risques pour la santé.
Dans un contexte de vieillissement des populations, ces problèmes sont particulièrement
préoccupants, en matière de santé, d’emploi et de fi nancement des retraites.
Cette étude s’intéresse aux liens existant entre l’organisation du travail et la santé des
seniors à partir de l’enquête Share 2004. Elle se fonde sur deux modèles, celui de Karasek
et Theorell (1991) et celui de Siegrist (1996) qui font intervenir trois principales dimen-
sions : la pression ressentie qui refl ète la pénibilité physique perçue et la pression due
à une forte charge de travail, la latitude décisionnelle qui renvoie à la liberté d’action
et aux possibilités de développer de nouvelles compétences, et la récompense reçue qui
correspond au sentiment de recevoir un salaire correct relativement aux efforts fournis,
d’avoir des perspectives d’avancement ou de progression personnelle et de recevoir une
reconnaissance méritée. Ces modèles tiennent également compte de la notion de soutien
dans le travail et du sentiment de sécurité de l’emploi.
Nos estimations montrent que l’état de santé des seniors en emploi est lié à ces f acteurs.
Un niveau de pression ressentie peu élevé mais surtout un niveau de récompense reçue
important sont associés à un bon état de santé, pour les hommes comme pour les fem-
mes. La latitude décisionnelle n’aurait d’infl uence que sur l’état de santé des femmes.
Les résultats révèlent enfi n l’importance sur la santé du manque de soutien au travail et
du sentiment d’insécurité vis-à-vis de l’emploi ; quel que soit le sexe, ces deux facteurs
sont notamment corrélés au risque de souffrir de dépression.

* Institut de Recherche et Documentation en Économie de la Santé (Irdes)
Ce travail a fait l’objet de présentations en séminaire à l’IRDES, au colloque ECHE (European Conference on Health Economics) à
èmeBudapest en 2006 et lors des 28 Journées des Économistes de la Santé Français en 2006. Nous tenons à remercier Magali Coldefy
ainsi que trois relecteurs anonymes dont les remarques ont contribué à améliorer cet article
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007 19n l’espace d’une trentaine d’années, les Or ganisation du travail et santé Econditions de production et l’organisation des seniors
du travail ont fortement évolué dans les pays
développés. Les travailleurs sont aujourd’hui
soumis à de nouvelles exigences dues aux ette étude s’intéresse aux caractéristi-
évolutions du marché du travail (maintien Cques de l’organisation du travail en tant
d’un taux de chômage élevé, augmentation de que déterminants de l’état de santé des seniors
la précarité de l’emploi, etc.), des processus (50 ans et plus). L’infl uence des conditions de
productifs et des relations entre les entrepri- travail sur la santé a fait l’objet de multiples
ses (augmentation de la contrainte interna- travaux en épidémiologie, médecine du tra-
tionale, du recours à la sous-traitance, etc.). vail, sociologie, psychologie, ergonomie, etc.
Selon Askenazy (2004), cette nouvelle donne Usuellement, ces travaux distinguent les effets
se serait traduite par une intensifi cation du de deux formes de pénibilité du travail : ceux
travail, de fortes contraintes de rythme, une liés à la pénibilité physique et ceux relevant
plus grande polyvalence, etc. Parallèlement à de la pénibilité psychologique. Notre étude se
cette transformation du travail, la pénibilité et fonde sur deux modèles : le modèle de désé-
les problèmes de santé d’origine profession- quilibre entre pression ressentie et latitude
nelle se seraient accrus dans tous les secteurs décisionnelle (Karasek et Theorell, 1991) et le
d’activité. La pénibilité physique présente une modèle de déséquilibre entre pression ressen-
tendance croissante, bien que les emplois du tie et récompense reçue (Siegrist, 1996). Ces
secteur primaire - souvent assimilés à de fortes deux modèles apportent un cadre d’analyse des
contraintes de travail - se soient raréfi és. Les effets de la pénibilité psychologique sur la santé
pénibilités psychologiques se sont également via l’organisation du travail. Ils font intervenir
développées. Le stress au travail serait ainsi trois principales dimensions : la pression res-
responsable d’une part croissante des problè- sentie qui refl ète la pénibilité physique perçue
mes de santé d’origine professionnelle. et la pression due à une forte charge de travail,
la latitude décisionnelle qui ren voie à la liberté
Cette recherche se place dans le cadre du débat d’action et aux possibilités de développer de
public sur le recul de l’âge de la retraite pour faire nouvelles compétences, et la récompense reçue
face au « vieillissement » des populations, qui pèse qui correspond au sentiment de recevoir un
fortement sur les systèmes de retraite par réparti- salaire correct relativement aux efforts four-
tion. Dans l’objectif énoncé lors du Conseil euro- nis, d’avoir des perspectives d’avancement ou
péen de Stockholm des 23 et 24 mars 2001 (1) , de progression personnelle, et de recevoir une
les sociétés européennes souhaitent atteindre d’ici
reconnaissance méritée. Ces modèles prennent
2010 un taux d’emploi de 50 % pour les personnes
également en compte la notion de soutien dans
âgées de 55 à 64 ans. Mais, en 2003, la moyenne
le travail et le sentiment de sécurité de l’emploi.
européenne du taux d’emploi pour cette tranche
Toutes ces dimensions ont été intégrées dans le
d’âge n’était que de 42,3 %.
1questionnaire de l’enquête Share 2004.
L ’état de santé et les conditions de travail sont
En économie, l’hétéro généité des conditions
considérés comme d’importantes variables expli-
de travail et leur infl uence sur le bien-être des
catives des départs en retraite précoces. Plus par-
individus ont surtout été analysées dans le cadre
ticulièrement, les caractéristiques actuelles de
de la théorie des préférences compensatrices. l’organisation du travail et les formes de pénibi-
Celle-ci suppose que les conditions dans les-lité qui en résultent sont à prendre en considéra-
quelles travaille un individu sont issues d’un tion, au même titre que d’autres variables d’ordre
arbitrage entre conditions de travail et revenus institutionnel, fi nancier, contextuel ou familial.
tirés de celui-ci : un individu choisit la nature Des conditions de travail pénibles et préjudicia-
de son travail à condition d’être rémunéré à hau-bles à la santé sont de nature à réduire la produc-
teur de ce qu’il fournit en capital, qu’il s’agisse tivité des seniors, à accroître leur absentéisme
de capital humain, social ou de santé. L’échange (Afsa et Givord, 2006) et leurs risques de perte
apparaît donc équilibré, mais cela suppose qu’il d’emploi, et à les inciter à quitter le marché du
existe une symétrie de l’information et de la travail au plus vite (Blanchet et Debrand, 2006).
décision, c’est-à-dire que les salariés aient le Préserver la santé des seniors sur leur lieu de tra-
choix de leur emploi et qu’ils soient parfaite-vail pour les maintenir le plus longtemps possi-
ment informés sur son contenu.ble en emploi peut être une des clefs de réussite
des politiques actuelles de conservation des sys-
tèmes de retraites. 1. http ://www .consilium.europa.eu
20 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007Les conditions de tra vail ont également été inté- vidu de plus en plus intéressant et épanouissant,
grées dans différentes analyses économiques au mais ils peuvent être négatifs lorsque l’intensi-
travers de leur impact sur la santé des indivi- fi cation du travail se traduit par une trop forte
dus (Muurinen, 1982 ; Muurinen et Le Grand pression psychologique. Plusieurs explications
1985 ; Case et Deaton, 2003 ; Afsa et Givord, théoriques ont ainsi été avancées.
2006 ; etc.). Ces analyses rappellent deux
points importants (cf. encadré 1). D’une part, Selon le modèle de Karasek et Theorell (1991),
l’infl uence des conditions de travail sur la santé l’organisation du travail détermine une part
en fi n de vie active refl ète les effets de l’ensem- des caractéristiques psychosociales du travail
ble des conditions actuelles et passées. D’autre qui, elles-mêmes, infl uent sur la santé des tra-
part, il existe des phénomènes de sélection com- vailleurs. Ils développent principalement l’idée
plexes qui expliquent les conditions de travail selon laquelle une latitude décisionnelle faible
des individus. associée à une pression ressentie forte repré-
sente un risque pour la santé. Ils font ainsi
Comment les composantes de l’or ganisation l’hypothèse d’un effet intrinsèque de l’organi-
du travail agissent sur la santé des individus ? sation du travail sur la santé qui se distingue des
Les réponses à cette question sont variées. Il effets de caractéristiques propres à l’individu.
est diffi cile, par exemple, de décrire les effets Ils montrent notamment une forte prévalence
de l’intensifi cation du travail sur la santé. Ces des symptômes de maladies cardiaques pour les
effets peuvent être positifs dans la mesure où personnes déclarant avoir peu de latitude déci-
l’intensifi cation peut rendre le travail d’un indi- sionnelle au travail et faisant face à une pression
Encadré 1
CONDITIONS DE TRAVAIL ET DÉPRÉCIATION DE L’ÉTAT DE SANTÉ AU COURS DU TEMPS
Case et Deaton (2003) s’interr ogent sur l’évolution de (la qualité de l’eau, de l’air, la salubrité des habitats,
l’état de santé au cours du cycle de vie, et sur l’in- etc.). Il s’agit d’une des hypothèses développées
fl uence de l’éducation, de l’emploi, du revenu et des par Murrinen (1982) dans son modèle généralisant le
conditions de travail sur cette évolution. Ils se placent modèle de Grossman.
alors dans le cadre du modèle intertemporel de capital
Pour analyser l’ef fet indirect des conditions de travail santé proposé par Grossman (1972), qui permet d’ana-
(des rythmes de travail, plus précisément) sur l’ab-lyser à la fois le niveau et le taux de dépréciation de la
sentéisme via l’état de santé, Afsa et Givord (2006) santé au cours du cycle de vie. L’idée sous-jacente de
partent aussi de cette hypothèse d’exogénéité de la cette représentation est que la dépréciation du capi-
pénibilité du travail. Mais ils la remettent en cause car tal santé est un processus biologique, mais que des
différents mécanismes de sélection ne peuvent être caractéristiques liées aux comportements de consom-
écartés, en particulier ceux liés à l’état de santé. Un mation ou à l’investissement en soins et, de manière
mauvais état de santé réduit la probabilité de rester plus générale, aux conditions de vie, agissent sur ce
en emploi ( Healthy Worker effect ). Au sein même de la capital, c’est-à-dire sur sa dépréciation au cours du
population des seniors occupant un emploi, d’autres temps. Cette dépréciation dépend d’une variable
phénomènes de sélection peuvent intervenir. Les indi-qui représente leurs conditions de travail. Dans ce
vidus sont en effet susceptibles de s’auto-sélection-modèle, l’état de santé est donc explicitement lié aux
ner en s’orientant vers des postes qui n’affectent pas conditions de travail actuelles et passées. Cette repré-
leur santé. Ils peuvent aussi être sélectionnés par les sentation met ainsi en avant l’idée que l’état de santé
entreprises sur des critères liés à leur état de santé ou en fi n de vie active résulte des conditions de travail
à leur capacité d’adaptation à des postes exigeants actuelles mais aussi de l’ensemble des situations de
(d’un point de vue physique ou psychologique). Par travail connues par le passé.
ailleurs, ces auteurs supposent que la pénibilité du
Cette modélisation suppose de plus que la variable travail peut faire l’objet d’une compensation salariale
« conditions de travail » est une variable de choix et de la part de l’employeur. Ainsi, lorsqu’il y a compen-
que les individus ont la possibilité de choisir d’accroî- sation salariale, l’impact des conditions de travail sur
tre leur revenu au prix d’un accroissement du taux l’absentéisme est ambigu : d’un côté, cette compen-
de détérioration de leur état de santé (hypothèse des sation incite les individus à s’absenter moins fréquem-
différences compensatrices). Cependant, il faut rela- ment, d’un autre côté, l’effet négatif de la pénibilité
tiviser cette approche dans la mesure où certaines du travail sur la santé constitue une incitation à l’ab-
dimensions de la pénibilité du travail ne peuvent être sentéisme. D’après les résultats empiriques de cette
entièrement choisies. Les conditions de travail peu- étude, le premier effet semble prédominant parmi les
vent même être vues comme des variables exogènes jeunes ouvriers alors que pour les ouvriers âgés, c’est
au même titre que certaines caractéristiques envi- le second effet qui l’emporte : la pénibilité du travail
ronnementales dans lesquelles les individus évoluent accroît l’absentéisme.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007 21ressentie forte. D’autres études ont mis en évi- ailleurs, l’insécurité de l’emploi est aujourd’hui
dence l’infl uence de ces facteurs sur le risque considérée comme une importante source de
de développer des maladies cardiaques (Bosma stress (Ferrie et al. , 2005 ; Ferrie et al. , 1998) ;
et al. , 1998) ou des maladies psychiatriques ceci est particulièrement vrai pour la catégorie
(Stansfeld et al., 1999) et sur la perception de des seniors dont les possibilités de retrouver un
l’état de santé (Ostry et al. , 2003). emploi, s’ils perdent le leur, sont faibles. Ainsi,
dans un contexte de modifi cation des processus
Le modèle de Siegrist (1996) tient compte de productifs, de changements organisationnels et
caractéristiques du travail (le fait d’avoir ou non de tensions sur le marché du travail, le manque
un travail exigeant, de supporter une charge de de soutien au travail et le sentiment d’insécurité
travail plus ou moins lourde, etc.) mais égale- de l’emploi apparaissent comme d’importantes
ment de caractéristiques individuelles relatives sources de risque pour la santé. Ces deux fac-
au niveau d’implication du salarié dans son teurs sont des indicateurs des transformations
travail et aux récompenses monétaires ou non actuelles du travail.
monétaires qu’il reçoit (reconnaissance, avan-
cement, satisfaction, etc.). L’idée principale
de ce modèle est qu’un déséquilibre au travail
Share : une enquête européenne entre l’effort réalisé et les récompenses reçues
expose les travailleurs à une forte tension psy- adaptée à l’étude des relations
chologique conduisant à terme à l’apparition de santé-travail chez les seniors
pathologies, telles que des maladies cardiovas-
culaires, des troubles de santé mentale ou phy-
otre anal yse s’appuie sur les données de sique. La notion d’effort proposée par Siegrist Nla première vague de l’enquête Share : recouvre à la fois la notion d’implication des
« Survey on Health Ageing and Retirement in individus dans leur travail et la notion de pres-
Europe » (Börsch-Supan et al. , 2005), réaliséesion ressentie défi nie par Karasek (Niedhammer
en 2004 auprès de 22 000 personnes âgées de et Siegrist, 1998). Cependant, les résultats de
50 ans et plus, vivant dans l’un des dix pays sui-notre étude ne s’appuient que sur la notion de
vants : l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, pression ressentie.
l’Espagne, la France, la Grèce, l’Italie, les
Pays-Bas, la Suède et la Suisse. Nous rete- Jusqu’à présent, les études empiriques qui ont
nons, pour cette étude, les individus âgés de analysé l’effet sur la santé du ratio entre effort
50 à 65 ans occupant un emploi, soit 6 284 et récompense reçue ont confi rmé les hypothè-
personnes. Environ 42 % d’entre elles sont des ses de Siegrist. Ainsi, les valeurs de ce ratio
femmes mais cette part varie fortement selon sont inversement proportionnelles à la mesure
le pays : elle s’élève à 50 % en France et en de l’état de santé perçu (Ostry et al. , 2003 ;
Suède mais elle n’atteint que 30 % en Grèce Niedhammer et Siegrist, 1998 ; Siegrist et al. ,
et 35 % en Espagne. De plus, ces individus de 2004), à la prévalence des maladies cardiovas-
50 à 65 ans occupant un emploi se répartissent culaires (Bosma et al. , 1998 ; Niedhammer et
très différemment selon l’âge : seulement 6 % Siegrist, 1998), de la dépression (Pikhart et al. ,
des Autrichiens et 5 % des Français sont âgés 2004) et des maladies chroniques autodéclarées
de 60 à 65 ans, alors que plus de 20 % des (Ostry et al. , 2003).
Suédois, des Suisses et des Grecs le sont. Ces
écarts entre pays refl ètent à la fois des différen- Enfi n, ces deux modèles considèrent que les
ces de structure du marché du travail et de com-risques de dégradation de l’état de santé s’ac-
portements d’activité plus ou moins marquées centuent lorsque à ces situations de déséquilibre
selon le pays mais aussi des contextes institu-s’ajoute un manque de soutien dans le travail ou
tionnels hétérogènes. Il est donc important de un sentiment d’insécurité de l’emploi. Toutefois,
garder à l’esprit, pour l’analyse des résultats ces facteurs peuvent jouer un rôle de multiplica-
de cette étude, l’existence de ces différences teur des risques pour la santé dans un cadre plus
entre pays.général. À ce propos, Väänänen et al. (2004)
rappellent qu’un manque de soutien au travail
Quatre indicateurs de l’état de santé, sous for me peut jouer de deux façons sur la santé : par une
perte de contrôle de la situation et par un effet dichotomique, sont retenus : la santé perçue,
direct sur le stress. Ils montrent en particulier un indicateur de dépression calculé à partir du
que bénéfi cier de soutien peut permettre aux score Euro-D (cf. annexe), les limitations d’ac-
individus de faire face à un changement struc- tivité et les déclarations de maladies chroniques
turel tel que la fusion de deux entreprises. Par (cf. tableau 1).
22 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007
Concernant les conditions de travail des enquê- l’emploi : « Mes chances de garder mon emploi
tés, le questionnaire de l’enquête Share contient ne sont pas bonnes ».
neuf questions (cf. encadré 2) qui interviennent
dans les modèles de Karasek et Theorell (1991)
et Siegrist (1996). Les modalités de réponse à En matière de santé et de pénibilité, les
chacune de ces questions sont exprimées sous travailleurs européens ne sont pas égaux
forme d’une échelle à quatre niveaux indiquant
le degré d’approbation des enquêtés : « tout à La santé perçue des seniors en emploi présente
fait d’accord », « d’accord », « pas d’accord » de fortes variations selon le pays : 74 % des
ou « pas du tout d’accord ». Cette étude distin- Italiens se perçoivent en bonne santé contre
gue trois principaux sous-ensembles défi nis de 91 % des Suisses, 86 % des Danois et 87 % des
la façon suivante : le premier examine la notion Grecs (cf. tableau 2) (pour plus de détails voir
de pression ressentie : « Mon travail est physi- Mackenbach et al. , 2005, Clark et Vicard, 2007
quement pénible », « Je suis constamment sous ce numéro). La proportion de seniors ne souf-
pression à cause d’une forte charge de travail » ; frant pas de maladie chronique ou ne déclarant
le second concerne la latitude décisionnelle : aucune limitation d’activité varie également de
« J’ai très peu de liberté pour décider la manière façon importante selon les pays. Les résultats
de conduire mon travail », « J’ai l’opportunité concernant le risque de dépression sont plus
de développer de nouvelles compétences » ; homogènes : pour sept des dix pays, la propor-
et le troisième porte sur la récompense reçue : tion d’individus ne présentant pas de risque de
« Je reçois la reconnaissance que je mérite pour dépression est comprise entre 85 % et 87 % ;
mon travail », « Vu tous mes efforts, mon salaire cette proportion est relativement plus faible
est correct [mes revenus sont corrects] », « Mes pour la France (74 %), l’Italie (75 %) et l’Es-
perspectives d’avancement/progression profes- pagne (81 %). D’autres études, s’appuyant sur
sionnelle ne sont pas bonnes ». Afi n d’obtenir l’ensemble de l’échantillon de l’enquête Share
trois indicateurs synthétiques pour chacun de ces (Borsch-Supan et al., 2005) ou sur d’autres
ensembles, nous nous appuyons sur la méthode enquêtes européennes, confi rment cette grande
proposée par Siegrist et al. (2005) qui consiste à hétérogénéité de réponse entre les pays, que
additionner les réponses des enquêtés. Pour ren- l’état de santé seul ne peut expliquer. Ces travaux
dre compte des liens entre la santé et les déséqui- montrent souvent que les déclarations d’état de
libres entre la pression ressentie et la latitude santé sont marquées par un gradient Nord-Sud :
décisionnelle ou la récompense reçue – deux les individus vivant dans le Nord de l’Europe se
ratios ont été calculés : le ratio « pression ressen- perçoivent plus souvent en bonne santé que ceux
tie/latitude décisionnelle » et le ratio « pression vivant dans le Sud, alors même que les espéran-
ressentie/récompense reçue ». En plus de ces ces de vie ont une dynamique inverse. Dès lors
indicateurs, deux autres questions sont consi- d’autres explications telles que des différences
dérées. La première concerne le soutien au tra- de niveau d’éducation, d’histoire, de système de
vail : « Je reçois un soutien approprié dans les protection sociale, de culture sont souvent avan-
situations diffi ciles » et la seconde, la sécurité de cées pour commenter ces différences.
T ableau 1
Quatr e indicateurs de l’état de santé
Êtr e en bonne santé « Diriez-vous que votre santé est : très bonne, bonne, moyenne, mauvaise ou très mauvaise ? ».
perçue Les modalités de réponse à cette question ont été regroupées de la façon suivante :
- « bonne » et « très bonne » santé,
- « moyenne », « mauvaise » et « très mauvaise ».
Ne pas présenter de Le scor e Euro-D est obtenu à partir des réponses à un ensemble de questions présentes dans l’enquête
risque de dépression Share portant sur différentes caractéristiques de l’état de santé mentale des enquêtés (cf. annexe 1). Il
permet de repérer les individus qui présentent ou non un risque important de dépression.
Ne déclarer aucune « Au cours des six derniers mois, dans quelle mesure des problèmes de santé vous ont-ils empêché
limitation d’activité d’avoir des activités normales ? » :
- « fortement limité » et « limité, mais pas fortement »,
- « pas limité ».
Ne souf frir d’aucune « Certaines personnes souffrent de maladies chroniques ou de longue durée. Par problèmes de longue
maladie chronique durée, nous entendons des problèmes qui vous ont affecté ou qui peuvent vous affecter sur de longues
périodes de temps. Souffrez-vous de problèmes de santé, de maladies, d’incapacités ou de handicaps
de longue durée ? » :
- « oui »,
- « non ».
Source : enquête Share , 2004
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007 23 Les indicateurs de pénibilité du tra v ail sont et des rapports entre pression ressentie et lati-
également marqués par un gradient Nord-Sud tude décisionnelle et entre pression ressentie
(Siegrist et al., 2005). Trois groupes de pays et récompense reçue plus faibles. Au contraire,
sont identifi ables. Les seniors vivant en Suède, les Italiens et les Grecs déclarent pour tous ces
Danemark, Pays-Bas et en Suisse, déclarent indicateurs des conditions de travail plus défa-
avoir des conditions de travail plus satisfaisan- vorables. Les autres pays ont des réponses qui
tes : plus de latitude décisionnelle, moins de se situent dans une position intermédiaire. Il est
pression ressentie, plus de récompense reçue diffi cile là encore de donner une interprétation à
Encadré 2
INDICATEURS DE LA PÉNIBILITÉ DU TRAVAIL : MÉTHODE DE CALCUL
À partir des réponses des enquêtés, nous avons établi « tout à fait d’accord » et « d’accord » et les modali-
neuf scores compris entre un et quatre (cf. tableau A). tés « pas d’accord » et « pas du tout d’accord ». Ces
Les indicateurs synthétiques utilisés dans cette étude variables dichotomiques sont celles utilisées dans la
dérivent de ces neuf scores (cf. tableau B). Enfi n, nous première étape de notre analyse « toutes choses éga-
avons construit des indicateurs dichotomiques à partir les par ailleurs ».
des questions Q1 à Q7 en regroupant les modalités
Tableau A Tableau B
Neuf scor es Sept indicateurs synthétiques
« En pensant à votr e Réponse Scor e Indicateurs Sous forme Classes
emploi actuel, veuillez synthétiques continue
indiquer si vous êtes tout
Pr ession = Scor e Faible : < 6 à fait d’accord, d’accord,
ressentie (Q1) + Score (Q2) Moyenne : [6 ; 7[ pas d’accord ou pas
Forte : ≥ 7
du tout d’accord, avec
chaque affirmation ».
Latitude déci- = Scor e Faible : < 7
4 Q1 : « Mon travail est tout à fait d’accor d sionnelle (Q3) + Score (Q4) Moyenne : [7 ; 8[
3 Forte : ≥ 8 physiquement pénible » d’accord
2 pas d’accord
1 pas du tout d’accord Récompense = Score Faible : < 8
reçue (Q5) + Score Moyenne : [8 ; 9[
4 Q2 : « Je suis constam- tout à fait d’accor d (Q6) + Score (Q7) Forte : ≥ 9
3 ment sous pression à d’accor d
2 cause d’une forte charge pas d’accord
1 de travail » pas du tout d’accor d Ratio « Pr es- = 10*(Scor e Faible : < 7,5
sion ressentie/ (Q1) + Score Moyenne : [7,5 ; 8,8[
tout à fait d’accor d 1 Q3 : « J’ai très peu de Latitude déci- (Q2)) / (Score Forte : ≥ 8,8
d’accor d 2 liberté pour décider la sionnelle » (Q3) + Score (Q4))
pas d’accor d 3 manière de conduire mon
pas du tout d’accord 4 Ratio « Pr es- = (3/2)*10* (Scor e Faible : < 9,0 travail »
sion ressentie/ (Q1) + Score Moyenne : [9,0 ; 11[
4 Q4 : « J’ai l’opportunité tout à fait d’accor d Récompense (Q2)) / (Score Forte : ≥ 11,0
3 de développer de nouvel- d’accord reçue » (Q5) + Score
2 les compétences » pas d’accord (Q6) + Score (Q7))
1 pas du tout d’accord
Ne pas r ece- = Score (Q8) Soutien au travail :
4 Q5 : « Je r eçois la recon- tout à fait d’accor d voir de soutien [1;2]
3 naissance que je mérite d’accord au travail Absence de sou-
2 pour mon travail » pas d’accor d tien : [3;4]
1 pas du tout d’accord
Insécurité de = Score (Q9) Sécurité de l’em-
tout à fait d’accord 4 Q6 : « V u tous mes l’emploi ploi : [1;2]
d’accor d 3 efforts, mon salaire est Insécurité : [3;4]
pas d’accor d 2 correct [mes revenus sont
pas du tout d’accord 1 corrects] »

tout à fait d’accord 1 Q7 : « Mes perspectives
d’accord 2 d’avancement/progres-
pas d’accord 3 sion professionnelle ne
pas du tout d’accor d 4 sont pas bonnes »
tout à fait d’accord 1 Q8 : « Je r eçois un sou-
d’accord 2 tien approprié dans les
pas d’accord 3 situations diffi ciles »
pas du tout d’accor d 4
4 Q9 : « Mes chances de tout à fait d’accor d
3 garder mon emploi ne d’accord
2 sont pas bonnes » pas d’accord
1 pas du tout d’accord

24 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007ces différences. Les caractéristiques de la popu- Ceci nous amène à f aire une première remarque
lation de seniors en emploi diffèrent fortement sur nos résultats : les estimations des liens entre
d’un pays à l’autre, en termes de composition la santé et l’organisation du travail sont soumi-
par âge, sexe, mais aussi en termes de caracté- ses à un mécanisme de sélection selon lequel
ristiques socio-économiques et culturelles. un mauvais état de santé réduit la probabilité de
rester en emploi (« healthy worker effect »). Ces
résultats peuvent également être affectés par
Le travail, c’est la santé … des phénomènes de sélection au sein même de
la population de seniors en emploi. Les seniors
Huit seniors en emploi sur dix présentent un peuvent s’auto-sélectionner en s’orientant vers
bon état de santé : 78 % se perçoivent en bonne des postes qui n’affectent pas leur état de santé.
santé ; 82 % ne présentent pas de risque de Ils peuvent également être sélectionnés par
dépression ; 75 % ne déclarent aucune limi- les entreprises sur des critères liés à leur état
tation d’activité liée à un problème de santé ; de santé ou à leur capacité d’adaptation à des
enfi n 77 % déclarent ne souffrir d’aucune mala- postes exigeants d’un point de vue physique
die chronique. Ces proportions sont plus éle- ou psychologique. Certaines entreprises sont
vées que celles observées dans la population en effet susceptibles de développer des straté-
des 50-65 ans sans emploi (respectivement : gies d’évincement des seniors en mauvais état
58 %, 70 %, 59 % et de 60 %) (cf. graphique). de santé en adoptant des formes d’organisation
Ainsi, les seniors ayant un emploi se déclarent du travail auxquelles ils ne pourraient s’adapter.
en moyenne en meilleur état de santé que ceux Tout ceci renvoie aux différents travaux sur les
qui ne travaillent pas. phénomènes de sélection-exclusion intervenant
T ableau 2
État de santé et conditions de travail des seniors européens
A - La population étudiée et son état de santé
En %
Âge T ranche d’âge Pr oportion Bonne Aucun Aucune Aucune
moyen de fem- santé risque de limitation maladie
50-54 55-59 60-65 mes perçue dépression d’activité chronique
ans ans ans
Allemagne 55 53 31 16 43 79 87 73 80
Autriche 54 55 39 6 38 80 87 71 84
Danemark 55 46 37 17 46 86 85 73 74
Espagne 55 48 36 16 35 80 81 81 75
Grèce 56 48 30 22 30 87 87 89 81
Italie 55 46 39 15 37 74 75 81 79
France 54 57 38 5 49 79 74 80 77
Pays-Bas 55 51 39 10 39 85 86 66 82
Suède 56 40 37 23 48 79 85 70 77
Suisse 56 44 35 21 42 91 86 77 87
Ensemble 55 50 36 14 42 80 84 77 79
Champ : seniors de 50 à 65 ans occupant un emploi.
Source : enquête Share , 2004.

B - Les indicateurs synthétiques de pénibilité du travail
« Pression « Latitude « Récom- Ratio « Pr es- Ratio « Pr es- « Soutien au « Sécurité
ressentie » décisionnel- pense reçue » sion ressentie / sion ressentie travail » en % de l’emploi »
moyenne le » moyenne moyenne Latitude déci- / Récompen- en %
sionnelle » se reçue »
Allemagne 5,6 5,9 7,6 10,4 11,9 72 78
Autriche 5,7 5,6 7,8 11,4 11,9 69 74
Danemark 5,1 6,3 7,9 8,6 10,4 79 77
Espagne 5,1 5,4 7,5 10,2 10,7 75 81
Grèce 5,7 5,4 7,6 11,7 12,0 65 68
Italie 5,7 5,6 7,5 11,4 12,5 59 67
France 4,9 5,9 7,4 9,6 11,5 67 82
Pays-Bas 4,9 6,1 8,0 8,6 9,7 77 61
Suède 5,0 6,4 7,6 8,4 10,5 74 76
Suisse 5,0 6,2 8,5 8,7 9,4 77 76
Ensemble 5,2 5,7 7,5 10,1 11,4 71 76
Lecture : la méthode de calcul des indicateurs relatifs au travail des enquêtés est exposée dans l’encadré 2.
Champ : seniors de 50 à 65 ans occupant un emploi.
Source : enquête Shar e , 2004.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007 25dans la relation entre la santé et le travail en fi n sentant pas de risque de dépression passe alors
de vie active (Molinié, 2006). En tout état de de 80 % à 93 %. Pour les femmes, l’écart est de
cause, ces mécanismes de sélection conduisent 24 points : la proportion de femmes ne présen-
à sous-estimer les effets obtenus dans cette ana- tant pas de risque de dépression passe de 57 %
lyse. En effet, que cela soit pour les phénomè- à 81 %. La latitude décisionnelle est la dimen-
nes d’exclusion des travailleurs en moins bon sion la moins corrélée avec l’état de santé des
état de santé ou que cela soit pour une sélection seniors.
qui concerne les postes de travail, ils auront ten-
De plus, les seniors présentent ég alement un dance à minimiser l’infl uence des caractéristi-
meilleur état de santé lorsqu’ils bénéfi cient d’un ques du travail sur la santé des seniors.
soutien approprié dans les situations diffi ciles et
lorsqu’ils ont un sentiment de sécurité vis-à-vis
… mais de mauvaises conditions de travail de leur emploi. Ces deux différentes caracté-
sont corrélées à un état de santé dégradé ristiques de l’emploi des seniors sont notam-
ment associées à une diminution du risque de
L ’analyse descriptive révèle deux phénomè- dépression.
nes notables (cf. tableau 3). En premier lieu,
la dimension qui est associée à la plus grande Les femmes n’a yant pas les mêmes emplois, ni
variation de la proportion de personnes en bonne les mêmes niveaux de rémunération que les hom-
santé est la récompense reçue, aussi bien pour mes, ni les mêmes comportements en matière
les hommes que pour les femmes ; en second de santé, nous nous proposons d’analyser leurs
lieu, les caractéristiques organisationnelles rete- comportements séparément. Ces différences se
nues sont davantage associées à l’état de santé retrouvent dans l’observation des indicateurs de
des femmes qu’à celui des hommes, notamment santé et des indicateurs de conditions de travail.
en matière de dépression. Nous relevons en par- Par rapport aux hommes, les femmes déclarent
ticulier pour les hommes un écart de 13 points en moyenne moins de latitude décisionnelle, de
lié au passage d’un niveau de récompense reçue demande psychologique, de récompense et ont
faible à fort. La proportion d’hommes ne pré- des ratios « Pression ressentie / latitude déci-
Graphique
État de santé des seniors selon leur statut d’occupation
En %
100
89
90
82
78 7778 77 79 78 78
80 7675
72 7170
70
65
60 6058 57 58 59 59 59 5960
50
40
30
20
10
0
En emploi Hors emploi En emploi Hors emploi En emploi Hors emploi En emploi Hors emploi
Bonne santé perçue Absence de risque Aucune limitation d'activité Aucune maladie chronique
de dépression
Ensemble Femmes Hommes

Lecture : 82 % des seniors ayant un emploi n’ont pas de risque de dépression contre 70 % de ceux qui n’ont pas d’emploi.
Champ : seniors de 50 à 65 ans.
Source : enquête Share , 2004.
26 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007sionnelle » et « Pression ressentie / récompense Ces premiers résultats mettent en évidence
reçue » plus faibles. Elles sont également plus l’existence des deux relations suivantes : d’une
souvent concernées par l’insécurité de l’emploi part, les seniors qui travaillent sont en moyenne
et le manque de soutien au travail. en meilleur état de santé que ceux qui ne tra-
Tableau 3
Pénibilité du travail et santé
A - Hommes
En %
Écart de proportion de seniors présentant …
Une bonne santé Une absence de ris- Aucune limitation Aucune maladie
perçue que de dépression d’activité chronique
Entr e une pression ressentie 5 0 5 3
faible et une pr ( = 83 - 78) ( = 89 - 89) ( = 80 - 75) ( = 80 - 77)
forte
Entr e une latitude décisionnelle 8 7 6 1
forte et faible ( = 82 - 74) ( = 93 - 86) ( = 81 - 75) ( = 79 - 78)
Entre une récompense 13 13 11 10
reçue forte et faible ( = 84 - 71) ( = 93 - 80) ( = 81 - 70) ( = 82 - 72)
Entr e des ratios « Pression res- 7 3 11 0
sentie /Latitude décisionnelle » ( = 83 - 76) ( = 90 - 87) ( = 81 - 70) ( = 78 - 78)
faible et fort
Entr e des ratios « Pression 11 7 10 2
ressentie/Récompense reçue » ( = 86 - 75) ( = 92 - 85) ( = 82 - 72) ( = 79 - 77)
faible et fort
Entr e recevoir et ne pas recevoir 7 10 8 5
de soutien au travail ( = 81 - 74) ( = 92 - 82) ( = 81 - 73) ( = 80 - 75)
Entr e avoir et ne pas avoir 5 10 0 1
de sentiment de sécurité de ( = 80 - 75) ( = 91 - 81) ( = 78 - 78) ( = 78 - 77)
l’emploi

B - Femmes
En %
Écart de proportion de seniors présentant …
Une bonne santé Une absence de ris- Aucune limitation Aucune maladie
perçue que de dépression d’activité chronique
Entre une pression ressentie 11 10 13 5
faible et une pr( = 83 - 72) ( = 76 - 66) ( = 79-66) ( = 79 - 74)
forte
Entr e une latitude décisionnelle 16 13 16 5
forte et faible ( = 85 - 69) ( = 78 - 65) ( = 85 - 69) ( = 78 - 73)
Entre une récompense reçue 16 24 8 7
forte et faible ( = 83 - 67) ( = 81 - 57) ( = 76 - 68) ( = 79 - 72)
Entr e des ratios « Pression res- 16 13 13 6
sentie /Latitude décisionnelle » ( = 86 - 70) ( = 78 - 65) ( = 78 - 65) ( = 80 - 74)
faible et fort
Entr e des ratios « Pression 15 17 15 6
ressentie/Récompense reçue » ( = 84 - 69) ( = 80 - 63) ( = 79 - 64) ( = 79 - 73)
faible et fort
Entr e recevoir et ne pas recevoir 0 12 5 1
de soutien au travail ( = 78 - 78) ( = 75 - 63) ( = 73 - 68) ( = 76 - 75)
Entr e avoir et ne pas avoir 11 13 7 7
de sentiment de sécurité de ( = 79 - 68) ( = 75 - 62) ( = 73 - 66) ( = 78 - 71)
l’emploi
Lecture : 83 % des seniors hommes ressentant peu de pression au travail se perçoivent en bonne santé ; contre 78 % des seniors
exposés à une forte « pression ressentie ». Ainsi, l’écart de proportion d’hommes se percevant en bonne santé, entre ressentant peu de
pression au travail et ceux exposés à une « pression ressentie » forte, est de 5 points.
81 % des seniors femmes déclarant recevoir une « récompense reçue » forte ne présentent pas de risque de dépression ; cette proportion
passe à 57 % pour celles déclarant avoir une « récompense reçue » faible. Ainsi, l’écart de proportion de femmes ne présentant pas de ris-
que de dépression, entre celles ayant une « récompense reçue » forte et celles qui ont une « récompense reçue » faible, est de 24 points.
La méthode de calcul des indicateurs relatifs au travail des enquêtés est exposée dans l’encadré 2.
Champ : séniors de 50 à 65 ans occupant un emploi.
Source : enquête Share , 2004.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007 27vaillent pas et, d’autre part, l’état de santé de Pénibilité du tr avail et santé
ceux qui travaillent est moins bon lorsque leur des seniors : une analyse ceteris
travail est pénible. Il est diffi cile d’appréhen-
paribus der les liens entre la santé et le travail en raison
notamment de deux effets antagonistes (Strauss
et Thomas, 1998) : d’une part, un mauvais état ne anal yse « toutes choses égales par
de santé conduit à une sortie anticipée du mar- U ailleurs » (cf. encadré 3) en trois étapes
ché du travail et, d’autre part, des conditions de permet d’approfondir ces premiers résultats.
travail pénibles altèrent l’état de santé, en parti- Dans la première étape, les neuf indicateurs de
culier en fi n de vie active. conditions de travail sont introduits en tant que
Encadré 3
MODÉLISATION ÉCONOMÉTRIQUE
Les liens entr e les indicateurs de santé et les condi-
tions de travail des seniors sont estimés dans le cadre
d’un système de quatre équations.

L’état de santé est mesuré par le biais des quatre varia-
bles dichotomiques représentant successivement la
santé perçue ( y ), le risque de dépr ession ( y ), les limi-
1 2 Le modèle multivarié pr oposé est une extension du tations d’activité ( y ) et les déclarations de maladies
3 modèle dichotomique simple à un système composé chroniques ( y ) (cf. tableau 1). Ces variables d’état de
4 de quatre équations dont les variables dépendantes santé sont représentées de la façon suivante :
sont dichotomiques. Il est estimé par maximum de
vraisemblance à partir de la méthode de simulation des
distributions normales multivariées G-H-K développée
par Geweke, Hajivassiliou et Keane (Hajivassiliou,
1993).
Le modèle suppose que les résidus ( µ , µ , µ , µ ) sont
1 2 3 4
potentiellement corrélés, ce qui permet de tester l’hy-
sont les quatr e variables latentes correspondan- pothèse de l’existence d’hétérogénéité non observée.
tes. Nos estimations vérifi ent cette hypothèse.
Dans notre modèle, ces variables sont expliquées par Cette hétérogénéité peut notamment être due à l’exis-
un ensemble de conditions de travail des seniors noté tence de variables explicatives omises liées à la fois
Z, et un ensemble de variables de contrôle noté X. Ces aux différentes dimensions de l’état de santé et aux
dernières comprennent des caractéristiques indivi- conditions de travail. Ces variables peuvent être des
duelles (l’âge, le niveau d’études, le statut matrimonial, conditions de travail non observées à partir de l’en-
le pays, l’état de santé du conjoint), de caractéristi- quête Share 2004, comme les horaires atypiques,
ques de l’emploi des enquêtés (emploi public ou privé, l’exposition à des produits toxiques, le travail manuel
avoir des responsabilités) et de leurs comportements à ou non, etc. L’omission de ces variables potentielle-
risque (l’indice de masse corporelle, la consommation ment liées à Z peut conduir e à biaiser l’estimation de
de tabac). la relation entre ( y , y , y , y ) et Z. Afi n d’appréhender
1 2 3 4
l’importance de ce type de biais, nous avons estimé
Le système d’équations formalisant ces r elations plusieurs modèles dans lesquels les variables relati-
s’écrit : ves aux conditions de travail sont endogénéisées. Ces
estimations conduisent à observer une surestimation
du lien entre conditions de travail et santé, sans pour
autant l’annuler.

Nous avons par ailleurs estimé chaque équation dans
le cadre d’un modèle d’Heckman afi n d’évaluer l’im-
portance d’effets de sélection entre les individus qui
occupent un emploi et ceux n’en occupent pas. Les La fonction f(.) représente une transformation du vec-
résultats de ces estimations ne nous ont pas permis teur Z. Nous avons en ef fet utilisé ce vecteur sous
de mettre en évidence de processus de sélection de différentes formes (cf. résultats de l’analyse ceteris
ce type. La quasi totalité des tests d’indépendance paribus). Dans ce système, ( µ , µ , µ , µ ) est un vec-1 2 3 4
que nous avons réalisés n’ont pas montré de corréla-teur de quatre perturbations distribué selon une loi
tion signifi cative entre les résidus de l’équation d’inté-normale multivariée, de moyenne nulle et de matrice
de variance-covariance corr ( µ , µ , µ , µ ) : rêt et de l’équation de sélection.
1 2 3 4
28 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007

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