La place du travail dans l'identité des personnes

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Le travail est, après la famille, l'un des composants essentiels de l'identité. La place et l'importance que lui accordent les individus dépendent néanmoins très fortement de leur catégorie socioprofessionnelle et de leur situation familiale. Si, pour les cadres et les indépendants, le travail est une activité très importante, vecteur d'épanouissement et de réalisation personnels, cela est beaucoup moins le cas pour les employés et ouvriers, notamment peu qualifiés. Si le fait d'avoir des enfants relativise l'importance accordée au travail pour l'ensemble des hommes et des femmes, cela est beaucoup plus vrai des femmes non cadres, pour lesquelles la présence d'enfants rend difficile la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Elles peuvent, dès lors, être conduites au retrait d'activité.
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Vie sociale 8
La place du travail
dans l'identité des personnes
*Hélène Garner, Dominique Méda
Le travail est, après la famille, l’un des composants essentiels de l’identité.
La place et l’importance que lui accordent les individus dépendent
néanmoins très fortement de leur catégorie socioprofessionnelle et de leur
situation familiale. Si, pour les cadres et les indépendants, le travail est une
activité très importante, vecteur d’épanouissement et de réalisation
personnels, cela est beaucoup moins le cas pour les employés et ouvriers,
notamment peu qualifiés. Si le fait d’avoir des enfants relativise
l’importance accordée au travail pour l’ensemble des hommes et des
femmes, cela est beaucoup plus vrai des femmes non cadres, pour lesquelles
la présence d’enfants rend difficile la conciliation entre vie professionnelle et
vie familiale. Elles peuvent, dès lors, être conduites au retrait d’activité.
rois enquêtes récentes gées indiquent en effet que la vant en couple et ayant des en-
confirment que la fa- famille fait partie des trois do- fants sont les plus nombreusesT mille constitue pour les maines qui permettent le mieux à choisir la famille comme
individus « le pilier des identi- de dire qui elles sont (figure 1, composante majeure de leur
tés » (Bréchon 2000 ; Baudelot encadré) .Elle est de loin le plus identité ; les personnes seules
et Gollac 1997 et Houseaux souvent citée en premier et sont encore 60 % à partager
2003). Dans l’enquête Histoire l’activité professionnelle ou le cette même valeur. Le travail
de vie – Construction des identi- statut ont peu d’influence sur vient, assez loin derrière, en se-
tés, 86 % des personnes interro- ce constat. Les personnes vi- conde position.
* Hélène Garner est chargée d’études et de recherche, à la Mission Animation de la Recherche à la Dares et Dominique Méda était, au
moment de la rédaction de cet article, responsable de la Mission Animation de la Recherche à la Dares.
Données sociales - La société française 623 édition 2006
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8 Vie sociale
Figure 1 - L’identification prédominante à la familleLe travail, une valeur
Pourcentage des personnes ayant cité au moins une fois le thème
fondamentale juste
Votre famille 86après la famille
Votre métier, votre situation professionnelle, vos études 40
Vos amis 37
40 % des personnes interrogées, Une passion ou une activité de loisirs 29
qui comprennent non seulement Les lieux auxquels vous êtes attachés 28
desactifsoccupésmaiségale- Vos origines géographiques 9
ment des retraités, des personnes Un problème de santé, un handicap 7
au foyer, des inactifs et des étu- Vos opinions politiques ou religieuses ou vos engagements 6
diants, et 54 % des seuls actifs Votre physique ou votre apparence 6
occupés citent « le métier, la si-
Champ : adultes vivant en France métropolitaine (8 403 personnes).
tuation professionnelle, les étu-
Source : Insee, enquête Histoire de vie - Construction des identités, 2003.
des » au moins une fois dans les
trois principaux composants de
leur identité (figure 2). 7 % le Encadré
choisissent comme premier L’enquête Histoire de vie sur la construction des identités
constituant de l’identité. Le fait
L’Insee a lancé en 2003 une enquête celle accordée à d’autres activités,d’être en emploi ou de faire des
intitulée Histoire de vie - Construc- d’autres types d’investissement af-études est déterminant dans ce
tion des identités. 8 403 adultes vi- fectif ou de charge. La question est
choix : les actifs occupés et les vant en France métropolitaine ont ainsi formulée : « actuellement, di-
étudiants sont deux fois plus été interrogés, et 4 387 pour la riez-vous que dans votre vie en gé-
partie consacrée à l’identité profes- néral, votre travail :nombreux que les retraités, les
sionnelle. Cette partie, intituléechômeurs, les personnes au
« Votre situation par rapport à l’em- 1. est plus important que tout le reste.
foyer et les autres inactifs à don-
ploi » comporte 20 questions. Elles
ner cette réponse dans l’un de portent sur les conditions de travail, 2. est très important, mais autant
leur trois premiers choix. Toutes la satisfaction au travail, la concilia- que d’autres choses (vie familiale,
tion entre vie familiale et vie profes- vie personnelle, vie sociale, etc.).choses égales par ailleurs, la
sionnelle, l’importance accordée auprobabilité d’appartenir aux
travail, les éléments de leur travail 3. est assez important, mais moins
7 % de personnes qui citent le que les salariés voudraient changer. que d’autres choses (vie familiale,
travail en premier, et considè- L’objectif est de cerner plus préci- vie personnelle, vie sociale…).
sément les différents composantsrent donc que c’est leur métier,
de l’identité des personnes en ana- 4. n’a que peu d’importance ».leur situation professionnelle
lysant en profondeur chacun
ouleursétudesqui lesdéfinit
d’entre eux, en les réintégrant dans L’enquête diffère ainsi des enquêtes
le mieux, est plus forte si l’on l’histoire de vie et donc dans les précédentes, qui ne mettaient pas
est actif occupé, si l’on a fait trajectoires familiales et profes- en évidence que les différents « in-
sionnelles des personnes, y com- vestissements » d’ordre personneldes études supérieures, si l’on
pris des personnes immigrées et et professionnel des individus peu-appartient à la tranche des
issues de l’immigration. Elle per- vent entrer en concurrence. Cette
10 % ayant les revenus les plus met notamment de préciser le rap- enquête a été préparée et exploitée
élevés, si l’on appartient aux port subjectif qu’entretiennent les par ungroupepilotépar l’Insee. Il
personnes avec le travail. Au terme réunissait des représentants de plu-catégories « cadres et profes-
d’un entretien qui aborde chacun sieurs organismes : direction desions intellectuelles supérieu-
desgrandsdomainesdeleurvie l’Animation, de la Recherche, des
res» ou « indépendant » et si
(situation familiale, nationalité, gé- Études et des Statistiques (minis-
l’on est sans enfant de moins néalogie, parents, lieux, politique, tère de l’Emploi, du Travail et de la
de 11 ans (figure 3)(Garner, Mé- religion, emploi, loisirs, santé, re- Cohésion sociale), direction de la
lations avec les autres), on de- Recherche, des Études, de l’Éva-da, Sénik, 2005).
mande aux personnes : « parmi les luation et des Statistiques (minis-
thèmes que nous venons d’aborder, tère de la Santé et de la Protection
Du point de vue de la place du quels sont les trois qui vous cor- sociale), délégation interministé-
travail dans l’identité, une fron- respondent le mieux ? » et si la per- rielle àlaVille,Grouped’étude et
sonne ne comprend pas bien la de lutte contre les discriminations,tière très nette sépare donc deux
question : « quels sont les trois qui Institut national de la santé et de lagroupes:lescadresetlesindé-
permettent de dire qui vous êtes ? ». recherche médicale, Institut natio-
pendants, pour lesquels le travail
nal des études démographiques et la
(le métier, la situation profession- L’importance du travail est à com- direction des Études et de la Pros-
nelle, les études) est un fort com- parer, pour chaque individu, à pective du ministère de la Culture.
posant de l’identité, et les
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employés et ouvriers, pour les- gratifiant de leur importance per- vanche, pour deux tiers des actifs
quels il l’est peu (figure 4). Une sonnelle, peut-être, ou de la su- en emploi « le travail est assez
autre frontière isole les parents périorité qu’on leur reconnaît en important mais moins que d’au-
de jeunes enfants et notamment plaçant les autres sous leurs tres choses (vie sociale, vie fami-
les mères de famille non cadres. ordres. Travail désigne à la fois liale, vie personnelle, etc.) » et
l’obligation imposée aux uns et la pour un quart « très important
Deux éléments semblent donc es- source de prestige et de forte ré- mais autant que d’autres cho-
sentiels à ce que l’on pourrait ap- munération que désirent ardem- ses ». Personnes immigrées et is-
peler une « identité par le ment les autres, et dont ils sues de l’immigration en emploi
travail » forte : l’appartenance jouissent. User du même mot s’opposent de manière polaire :
aux catégories socioprofession- pour les deux situations est déjà les immigrés accordent au travail
nelles les plus élevées et l’absence un signe évident d’escroquerie. une importance bien plus forte
de « charge » de famille. Mais ce n’est pas tout. Les indivi- que les Français nés de parents
dus qui prennent le plus de plai- français et les personnes issues
sir à leur travail – on ne le de l’immigration lui accordent
soulignera jamais assez – sont une importance relative bienDifférentes valeurs
presque universellement les moindre. Ces différences de per-du travail selon la catégorie
mieux payés. C’est admis ». ception s’expliquent en partie par
socioprofessionnelle
les caractéristiques objectives des
L’enquête Histoire de vie - Cons- emplois occupés.
Dans « Les mensonges de l’éco- truction des identités confirme
nomie : vérités pour notre l’extrême hétérogénéité des per- Ceux qui déclarent que « le tra-
temps », J. Galbraith (2004) s’in- ceptions du travail selon les caté- vail est plus important que tout
digne, non pour la première fois, gories socioprofessionnelles. le reste ou très i mais
de voir le même terme « travail » Dans l’enquête, l’importance du autant que d’autres choses »
utilisé pour désigner à la fois travail est à comparer, pour sont, toutes choses égales par ail-
l’activité de ceux qui font des tâ- chaque actif occupé, à celle ac- leurs, des cadres et des indépen-
ches routinières, répétitives, mal cordée à d’autres activités, d’au- dants, c’est-à-dire à peu près la
payées et de ceux qui se réalisent tres types d’investissement même population que celle qui
dans leurs activités profession- affectif ou de charge. 3,6 % des cite le travail comme premier
nelles : « le paradoxe est là. Le actifs occupés considèrent que composant de son identité
mot travail s’applique simultané- « le travail est plus important (figure 5). Lesprofessionsinter-
ment à ceux pour lesquels il est que tout le reste ». Cette propor- médiaires, les ouvriers et les em-
épuisant, fastidieux, désagréable, tion augmente avec l’âge, toutes ployés ont en revanche, toutes
et à ceux qui y prennent mani- catégories sociales confondues. choses égales par ailleurs, une
festement plaisir et n’y voient au- 5,4%estiment qu’iln’a «que moindre probabilité de déclarer
cune contrainte, avec un sens peud’importance».Enre- que « le travail est au moins aus-
si important que d’autres cho-
Figure 2 - Identité et statut ses ». Indiquent-ils ainsi que
Pourcentage des personnes ayant cité au moins une fois le thème dans leurs trois premiers choix d’« autres choses » seraient plus
importantes ou prendraient plusThème
de place que le travail ? Non, carStatut
Famille Métier la pratique d’autres activités (po-
litiques, militantes, associatives,
Actifs occupés (4 387) 87 54 de loisirs) n’est pas significative-
Chômeurs (572) 81 27 ment corrélée au fait d’accorder
Étudiants (402) 84 44 de l’importance au travail. Il faut
Retraités (1 691) 85 23 donc plutôt y voir un effet propre
Retirés (268) 85 28 du travail : bas salaires, mauvai-
ses conditions de travail et d’em-Foyer (731) 92 8
ploi, et surtout faible sécurité deAutres inactifs (352) 72 13
l’emploi, faible sens du travail ouTotal 86 40
du métier exercé. Les personnes
Champ : adultes vivant en France métropolitaine. ayant de faibles qualifications et
Source : Insee, enquête Histoire de vie - Construction des identités, 2003.
occupant des emplois peu payés,
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Figure 3 - Travail et définition de soipeu valorisés indiquent plutôt, à
Probabilité que l'individu cite le travail en premier ou ne cite pas du tout le travail (modèle logit)travers cette place relativement
moins importante accordée au
travail, la faible reconnaissance Population totale Actifs en emploi
qu’elles en retirent.
Cite Ne cite Cite Ne cite
le travail jamais le travail jamaisDéclarer le travail plus important
en premier le travail en premier le travailqued’autreschosesoutrèsim-
portant rend au contraire compte
Sexe
d’un ensemble de valorisations at-
Homme Réf. Réf. Réf. Réf.tachées au travail pour les cadres
- 0,261*** 0,039 - 0,088 - 0,177**Femmeet les indépendants : hauts salai-
res, impression de se réaliser
Âge
mais aussi importance quantita-
Moins de 25 ans Réf. Réf. Réf. Réf.
tive prise par le travail. Outre les
26-35 ans 0,041 - 0,404*** - 0,156 - 0,212
gratifications symboliques et
36-45 ans 0,112 - 0,263** - 0,137 - 0,068
matérielles, cette réponse pour- 46-60 ans - 0,097 - 0,190* - 0,469** 0,110
rait donc aussi renvoyer à la Plus de 60 ans - 0,152 - 0,022 0,139 - 0,227
quantité de temps consacrée au
Présence d’enfant(s)
travail, confirmant peut-être l’é- - 0,844*** 0,065 - 0,874*** 0,149*de moins de 11 ans
volution que Chenu et Herpin
Revenusavaient notée dans leur exploi-
Décile le plus pauvre Réf. Réf. Réf. Réf.tation de l’enquête Emploi du
Revenu moyen 0,013 - 0,401*** - 0,164 - 0,426***temps, à savoir « le déplacement
10 % les + riches 0,429*** - 0,763*** 0,097 - 0,711***de la charge de travail vers les
catégories sociales les plus qua- Niveau d'études
lifiées » (Chenu, Herpin, 2002).
Aucune étude Réf. Réf. Réf. Réf.
Études secondaires et techniques 0,372*** - 0,161** 0,399** 0,009
Trois critères professionnels sont technique longues 0,698*** - 0,347*** 0,502** 0,090
en effet associés à l’importance Études supérieures 0,944*** - 0,674*** 0,519** - 0,134
accordée au travail :
Statut– exercer une profession permet-
Actif en emploi Réf. Réf.tant l’expression de soi ; les pro-
Chômeur - 0,323 0,897***fessions de l’information, des arts
Étudiant - 0,104 0,092et du spectacle sont de loin celles
Retraité - 0,360 1,134***qui indiquent le plus que le tra-
Retiré des affaires - 0,091 0,572***
vail est plus important que d’au-
Au foyer - 2,120*** 2,258***
tres choses ou très important,
Autre inactif - 1,017*** 1,892***
confirmant les théories de
Catégorie socioprofessionnelleMenger sur le lien entre travail
créatif et importance accordée au Professions intermédiaires Réf. Réf. Réf. Réf.
travail (Menger, 2003) ; Agriculteurs - 0,015 - 0,623***
Indépendants 0,391* - 0,580***–avoir deshoraireslongs et un
Employés qualifiés 0,390** - 0,434***travail qui occupe l’essentiel du
Ouvriers - 0,626*** 0,290***temps ; avoir des horaires non
Employés non qualifiés - 0,667*** 0,467***standards est toujours corrélé po-
Ouvriers non - 0,263 0,236**sitivement avec l’importance ac-
Constante - 2,630*** 0,642*** - 2,022*** 0,166cordée au travail ; il s’agit des
Observations 8 403 8 403 4 387 4 387cadres administratifs et commer-
ciaux d’entreprise, des commer-
Trois seuils de significativité ont été retenus : *** significatif à 1 %, ** à 5 %, * à 10 %.
çants, des artisans, des Champ : colonnes 1 et 2 : adultes vivant en France métropolitaine.
agriculteurs ; 3 et 4 : vivant en France métropolitaine et occupant un emploi.
Lecture : parmi la population totale, être une femme réduit très significativement les chances de citer le– être indépendant et donc sou-
travail comme premier composant de son identité.vent propriétaire de son outil de
Source : Insee, enquête Histoire de vie - Construction des identités, 2003.
travail.
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difficile (41 % des hommes et Wierink, 2003). En effet, parmiTravail et famille
38 % des femmes). Plus précisé- les femmes au foyer interrogées,en concurrence
ment, 15 % des personnes per- 80 % avaient déjà travaillé, 84 %
çoivent cette conciliation comme déclarant s’être arrêtées pour
Avoir des enfants, surtout pour « tout à fait difficile » et 24 % s’occuper de leur famille. À situa-
les femmes non cadres, contribue comme « un peu difficile ». Pour tion comparable, les femmes
à réduire l’importance accordée les hommes comme pour les sont donc en proportion plus
à son travail. La statistique des- femmes, l’organisation de la vie nombreuses que les hommes à
criptive naïve illustre de manière familiale est d’autant plus juger difficile de concilier vie
spectaculaire cette asymétrie complexe que croît le nombre professionnelle et vie familiale.
entre les hommes et les femmes d’enfants. C’est particulièrement
(figure 6), même si l’introduction net quand les enfants sont jeu- Ces difficultés de conciliation
de variables de contrôle statis- nes. Ainsi, la moitié des parents sont surtout ressenties par certai-
tique conduit à tempérer cette trouvent difficile de concilier vie nes professions : artisans, com-
opposition (figure 5). Un tel ré- professionnelle et vie familiale merçants, professions libérales,
sultat ne doit pas être interprété quand ils ont, dans leur foyer, personnels des services directs
comme une moindre appétence des enfants de moins de 11 ans. aux particuliers pour les hom-
des femmes pour le travail. En Ce sentiment n’est partagé que mes ; commerçantes, cadres ad-
effet, les cadres, les professions par un tiers des parents sans jeu- ministratives commerciales et
intermédiaires, les employées et nes enfants. d’entreprise, techniciennes, em-
lesétudiantessontplusnom- ployées administratives d’entre-
breusesque leshommesàse dé- Le fait que les femmes ne sem- prise pour les femmes, déclarent
finirpar«leurmétier, leur blent pas mentionner plus de dif- plus que les autres avoir des dif-
situation professionnelle ou leurs ficultés que les hommes peut ficultés à concilier vie familiale et
études » (Houseaux, 2003). Il surprendre : en réalité, un cer- vie professionnelle. Ceci s’ex-
peut plutôt se comprendre tain nombre de femmes se sont plique principalement par des
comme un effet de « rôle » ; les déjà retirées du marché du tra- horaires de travail « atypiques » :
femmes sont le plus souvent vail et sont devenues femmes au certainsont deshorairesjourna-
considérées comme les principa- foyer, sans doute pour éviter liers particulièrement longs, d’au-
lesresponsablesdessoins(au d’être confrontées à ces difficul- tres travaillent le samedi ou le
sens large) aux enfants ou plus tés de conciliation (Méda, Simon, dimanche, d’autres enfin travail-
largement du foyer, et donc aus-
si destâchesdomestiques,ety Figure 4 - Identité et catégories socioprofessionnelles
en %consacrent de fait beaucoup
plus de temps que les hommes
Thème(Dumontier, Pan Ke Shon,
Catégorie socioprofessionnelle1999).
Famille Métier
Le travail et la famille ne sont
pas seulement deux « valeurs » Agriculteurs 86 69
ou deux domaines importants,
Indépendants 87 68
qui constituent à des degrés di-
Cadres supérieurs 85 71vers l’identité des personnes,
mais aussi et surtout deux « acti- Professions intermédiaires 86 57
vités » fortement consommatri-
Employés qualifiés 90 49ces de temps et entre les
quantités desquelles les individus Employés non qualifiés 92 42
– et notamment les femmes –
Ouvriers qualifiés 86 48sont contraints d’arbitrer.
Ouvriers non qualifiés 86 33
Cet arbitrage peut s’accompagner
Champ : actifs occupés (4 387 personnes).de difficultés de conciliation :
Lecture : 33 % des ouvriers non qualifiés citent le métier parmi l’un des trois thèmes permettant le mieuxune partie des actifs en emploi
de les définir.considère la conciliation entre vie
Source : Insee, enquête Histoire de vie - Construction des identités, 2003.
professionnelle et vie familiale
Données sociales - La société française 627 édition 2006
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8 Vie sociale
Figure 5 - Importance du travail lent de nuit ou effectuent de
Probabilité que l'individu déclare le travail aussi ou plus important que le reste (modèle logit) fréquents déplacements. Cer-
tains cumulent plusieurs de ces
Le travail est aussi
contraintes, en particulier les
ou plus important que le reste
agriculteurs et, dans une
moindre mesure, les artisans, lesÂge
commerçants et les cadres.
26-35 ans Réf. Quant aux salariés, ceux du privé
Moins de 25 ans - 0,267* mentionnent plus de difficultés
que ceux du public (figure 7).36-45 ans 0,051
46-60 ans 0,017
L’exercice d’un travail à temps
Plus de 60 ans 0,206 partiel peut permettre d’amoin-
drir ces difficultés ressenties
Présence d’enfants
mais parfois aussi les accroître,
Homme sans enfant Réf. lorsqu’il n’est pas « choisi ».
71 % des femmes et 46 % desFemme avec enfant - 0,558***
hommes travaillant à temps par-
Femme sans enfant - 0,032
tiel ne souhaitent pas travailler
Homme avec enfant - 0,186* davantage (dans l’enquête, il s’a-
git de personnes en CDI) ; pour
Conditions de travail
eux, le temps partiel est souvent
Conditions de travail standard Réf. un temps partiel « choisi » (Bué,
2002). Les individus âgés de 25 àConditions de travail atypiques 0,303***
35 ans évoquent particulièrement
Revenus la volonté de s’occuper de leurs
enfants pour expliquer ce choixPremier décile (les plus bas revenus) Réf.
et plus il y a d’enfants dans le
Revenu moyen - 0,133
foyer, moins les femmes souhai-
10 % les plus riches 0,052 teraient travailler à temps plein.
Ces adeptes du temps partiel
Niveau d’études
« choisi » font moins souvent
Aucune étude Réf. état de difficultés pour organiser
Études secondaires et techniques - 0,296*** leur vie familiale que les autres.
En revanche, les salariés travail-
Études technique longues - 0,126
lant à temps partiel « subi » qui,
Études supérieures - 0,164 eux, souhaiteraient travailler da-
vantage déclarent plus de diffi-Catégorie socioprofessionnelle
cultés que la moyenne des actifs
Employés Réf. pour tout concilier (figure 8).
Agriculteurs 0,375*
La famille semble, de loin, la va-Artisans, commerçants, chefs d’ entreprise 0,540***
leur à laquelle les Français sont
Cadres, professions intellectuelles supérieures 0,570***
le plus attachés. Mais cette va-
Professions intermédiaires 0,308*** leur n’exige pas les mêmes inves-
tissements temporels selon laOuvriers 0,325***
position dans le cycle de vie, la
Constante - 1,019*** situation familiale et le genre.
Les femmes non cadres avec deObservations 4 386
jeunes enfants font, plus que les
Trois seuils de significativité ont été retenus : *** significatif à 1 %, ** à 5 %, * à 10 %. autres, l’expérience des difficul-
Champ : actifs en emploi, adultes vivant en France métropolitaine. tés à concilier vie profession-
Lecture : les cadres et professions intellectuelles supérieures ont plus de chances de déclarer que « le nelle et vie familiale et peuvent
travail est aussi ou plus important que le reste » que la catégorie de référence c’est-à-dire les employés. dès lors, plus que les hommes,
Source : Insee, enquête Histoire de vie - Construction des identités, 2003.
être conduites au retrait d’activi-
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Vie sociale 8
Figure 6 - Importance du travail et nombre d’enfants : l’asymétrie Figure 8 - Temps partiel et
hommes/femmes difficultés à concilier vie
Pourcentage d’hommes et de femmes déclarant que le travail est important, en fonction du nombre d’enfants de professionnelle et vie familiale
moins de 11 ans présents dans le foyer en %
en % Conciliation
35
difficile
30 Femmes travaillant
à temps partiel choisi 30
25 Femmes travaillant
à temps partiel « subi » 37
20 Hommes travaillant
à temps partiel choisi 17
15 Hommes travaillant
à temps partiel « subi » 46
10
Champ : actifs en emploi vivant en France
métropolitaine.
5
Lecture : 30% des femmes travaillant
volontairement à temps partiel ont le sentiment
0 de concilier difficilement vie professionnelle et
0 1 2 3 ou + Ensemble vie familiale.
Source : Insee, enquête Histoire de vie -nombre d'enfants de moins de onze ans
Construction des identités, 2003.
Hommes Femmes
Champ : actifs occup s vivant en France m tropolitaine.
té. Le travail fait également l’ob-Lecture : 9,71 % des femmes ayant 3 enfants ou plus de moins de 11 ans dans le foyer d clarent que
le travail est tr s ou aussi impo rtant que d'autres choses. jet de perceptions différentes
Source : Insee, enqu te Histoire de vie - Const ruction des identit s, 2003. selon l’activité exercée, scindant
très clairement la population en
deux ensembles : ceux pour les-
Figure 7 - Difficultés de conciliation de la vie privée et de la vie quels le travail est un vecteur
professionnelle en fonction du statut d‘épanouissement et ceux pour
Pourcentage d’actifs occupés ayant le sentiment qu'il est difficile de concilier vie professionnelle et vie familiale lesquels il est plutôt une néces-
sité subie, une obligation qui
en % participe peu à l’identité. La
60 question de la valeur accordée
au travail aujourd’hui – et celle
50
de son éventuelle dégradation –
exige pour être traitée correcte-40
ment que ces deux éléments
30 soient pris en considération. Ré-
habiliterlavaleurtravail passe
20
sans doute, d’une part, par l’a-
mélioration des conditions de10
travail et d’emploi des personnes
0 peu qualifiées, et d’autre part,
Ind pendants Salari s du secteur Salari s du secteur
par des politiques qui permettentpublic priv
aux hommes et aux femmes de
Champ : actifs occup s vivant en France m tropolitaine. mieux concilier leur vie profes-
Source : Insee, enqu te Histoire de vie - Const ruction des identit s, 2003 .
sionnelle et leur vie familiale.
Données sociales - La société française 629 édition 2006
005.ps
N:\H256\PREARCH.SIL\DonnØes Sociales\Articles\005\005partie2.vp
lundi 3 avril 2006 12:05:45Profil couleur : Profil d’imprimante CMJN gØnØrique
Composite 150 lpp 45 degrØs
8 Vie sociale
Pour en savoir plus
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