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Notes d'Humanité(s) : Journal d'un effronté, chroniques 2003-2007

De
306 pages


Rédigés depuis 2003 comme un « journal d’actualité », les bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin, chaque samedi dans L’Humanité et dont nous publions une sélection, ont renoué avec un genre un peu disparu dans la presse écrite : le journalisme-littéraire, si cher à François Mauriac. Entre coups de gueule et coups de coeur, émancipés des pré-supposés dogmatiques, ces « humanité(s) » surprennent, dérangent et conduisent les lecteurs dans d’étonnants allers-retours introspectifs. Leur vivacité, leur liberté, leur manière presque pamphlétaire d’instiller de la contradiction comme un geste imprévisible, les placent du coté de la pensée engagée et ne laissent pas indemne. Philosophie, politique, combats sociaux, littérature, culture, sport : rien n’échappe à cette plume aux inspirations multiples.


Jean-Emmanuel Ducoin est journaliste à L'Humanité depuis 1986. Longtemps reporter, il devient chef-adjoint de la rubrique politique et sociale en 1997 avant d'être nommé rédacteur en chef du journal en 1999. Editorialiste, chroniqueur, il a obtenu le Lalique 1992 pour une série d'articles consacrés aux Jeux olympiques d'hiver, et le prix Pierre-Chany, en 1997, qui récompense chaque année le meilleur article en langue française consacré au cyclisme.

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Notes d’Humanité(s) Journal d’un effronté Chroniques 2003-2007
JEAN-EMMANUELDUCOIN
Notes d’Humanité(s) Journal d’un effronté Chroniques 2003-2007
MICHEL DEMAULE
© ÉDITIONSMICHEL DEMAULE, 2007.
À Yves Lemoine À la mémoire de Pierre Ysmal
17 mai 2003 État(s) Premières lignes.La rigueur peut-elle se transformer en art ? Question. Posée autrement : l’art vit-il de contraintes et s’épuise-t-il de liberté ? Dilemme. À la lecture deL’Autre Faim, tome V du journal intime et torturé de Charles Juliet (POL, 286 pages), les années qui s’égrènent de 1989 à 1992 prennent un relief nouveau. Comme happées par cet homme trop peu honoré dans le monde de l’édition. Comme aspirées par l’éveil douteux de cet écrivain rare qui ne cache rien et ne s’économise jamais. Car il travaille. Beaucoup (trop ?). Hanté par l’obsession du temps finissant. Le 31 mars 1990, Charles Juliet s’interroge d’une phrase : « Pourquoi ce besoin de déposer la substance de ma vie dans des mots ? » Et rien d’autre. À cinquante-cinq ans (son âge lorsqu’il entame la rédaction de ce tome V, en 1989), son nom reste dans la mémoire collective attaché à l’auteur (à succès) de ses souve-nirs d’enfant de troupe (L’Année de l’éveil). A-t-il vraiment aimé, à l’époque, ce succès littéraire porté à l’écran ? Son moteur est ailleurs, loin du grand public, loin des plateaux télé, loin des lambris parisiens et des faux artistes. Comme le disait joliment Jérôme Garcin l’autre jour, « Charles Juliet est une douleur étayée par la grammaire ». Ajoutons : sans les
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mots, sans doute ne vivrait-il plus. Alors on le suit, pas à pas, comme une étude de cas pour découvrir, parfois dans l’austérité, la flamboyance ultime d’un éternel combattant de lui-même. Le 25 février 1991, il écrit : « Mort de mon père. » Trois jours plus tard : « Obsèques de mon père. » Rien de plus. Rien de moins. La sobriété d’âme et des sentiments est parfois une grande leçon de profondeur qui, chez lui, puise loin ses origines : la misère dès la naissance, sa mère morte à trente-huit ans dans un hôpital psychiatrique, le placement chez une nourrice de ferme où il garde les vaches, la caserne d’Aix-en-Provence, les enfants de troupe… et l’écriture enfin, tel un point final. Rencontré un jour dans son appartement lyon-nais, il eut cette confession : « À chaque fois que je me mets à ma table pour écrire, j’ai peur. » Charles Juliet ? La beauté de l’état critique (au sens fragile du terme) permanente. Elle.On aurait voulu ne pas en parler, faire comme si l’évidence se passait de commentaire, comme si la vue simple suffisait à expliquer ce que l’on sait, ce que l’on ressent confu-sément. Et puis non. En cette fin de semaine encore, le nom d’Emmanuelle Béart glisse sur toutes les lèvres entrouvertes. Par quel miracle « sociétal » le numéro deElles’est-il arraché au point de réaliser une vente qualifiée d’« historique » ? Le concept était limpide : un grand nombre de clichés illustrant dans un publi-rédactionnel de longue haleine les techniques de mise en beauté de la comédienne. Et elle est belle, Emma-nuelle Béart (n’était cette lèvre collagène qu’elle refuse d’admettre, mais passons…). Est-elle donc dans « l’air du temps », comme elle fut aux côtés des sans-papiers de Saint-Bernard, magnifique, rebelle, madone belliqueuse et rêveuse ? Représente-t-elle à ce point, aujourd’hui, un certain épuisement dans la lutte contre l’homme ? Ou ne tente-t-elle QUE la séduction ? Allons donc ! Autour de nous, les femmes
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