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Cultures viriles et identité féminine

De
316 pages
Le principe mythologique et cosmogonique africain implique des constructions religieuses, imaginaires qui fondent une puissance virile symbolique. Son pouvoir induit une injonction à la stigmatisation de la femme. Le projet d'une philosophie féministe africaine suppose de repenser, de reconcevoir l'ensemble des paradigmes de cette société ; il traduit une volonté de déconstruction de ces conditions assujettissantes pour déboucher sur la reconstruction autonome de l'identité féminine.
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Calvin Thomas Djombe
Cultures viriles et identité féminineEssai sur le genre en Afrique subsaharienne
Cultures viriles et identité féminine
Études africaines Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa Dernières parutions Losseni CISSE,La problématique de l’État de droit en Afrique de l’Ouest, 2012. Jessica HAMADZIRIPI,Poverty eradication in Zimbabwe, Meeting the millennium development goals (MDGs) through home-grown business approaches, 2012. Romaric Franck QUENTIN DE MONGARYAS,L’école gabonaise en questions, 2012. Djibril DEBOUROU,La société baatonnu du Nord-Bénin, 2012. Félix NTEP et Lambert LIPOUBOU (dir.),Repenser le marché de l’Afrique à partir du culturel, 2012.Dianguina TOUNKARA,L’émancipation de la femme malienne. La famille, les normes, l’État, 2012 Philippe MEGUELLE,Chefferie coloniale et égalitarisme diola, Les difficultés de la politique indigène de la France en Basse-Casamance (Sénégal), 1828-1923, 2012. Hassane GANDAH NABI,Commerçants et entrepreneurs du Niger (1922-2006), 2012 Alphonse MAKENGO NKUTU,Droit constitutionnel et re e pouvoir exécutif en RDC (1et 3Républiques), 2012. Alphonse NKOUKA-TSULUBI,50 ans de politique extérieure du Congo-Brazzaville, 2012. Dingamtoudji MAIKOUBOU,Les noms de personnes chez les Ngwabayes du Tchad, 2012 Abderrahmane NGAÏDÉ,L’esclave, le colon et le marabout. Le royaume peul duFuladude 1867 à 1936, 2012. Casimir Alain NDHONG MBA,Sur la piste des Fang. Racines, us et coutumes, 2012.Boubakari GANSONRE,Archives d’Afrique et communication pour le développement, 2012. Angelo INZOLI,Le développement économique du Burundi et ses acteurs, xixe-xxe siècle, 2012. Djibril DIOP,Les régions à l’épreuve de la régionalisation au Sénégal. État des lieux et perspectives, 2012 Vitaly TCHIRKOV,La Guinée face au handicap. La problématique des déficiences motrices à Conakry, 2012
Calvin Thomas DJOMBE Cultures viriles et identité féminine Essai sur le genre en Afrique subsaharienne L’HARMATTAN
Du même auteur Le concept de monde chez Nietzsche. Cosmologie culturelle et pessimisme,Editions Universitaires Européennes, Saarbrücken, 2011. © L'HARMATTAN, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-29147-5 EAN : 9782336291475
Aux professeuresMonique Castillo, GénevièveFraisse et Odile Goerg, créatrices d’ambitions Ama mère, Mwasso Jombé Micheline dont  l’histoireconjugale a inspirécet essai A Célia Delaitre, Alain Aaron Djombé et Allan Arcady Djombé, témoins privilégiés de mes aventures intellectuelles
 FrançoiseMichelJones :« Lacompréhension de la personne en Afrique noire passe par celle du champ socioculturel et met ainsi en évidence la cohérence des divers secteurs de représentations collectives qui se recoupent en elle.»  «La notion de personne»,La construction du monde,sous la direction de Marc Augé, p.47.  SuzanneLallemand : « Les hiérarchies, les clivages sociaux peuvent donc trouver un écho, ou une justification, au sein des cosmologies cosmogonies. »  « Cosmologie, Cosmogonie », Ibid. p.25. MarcAugé : « … la demande de signes et de symboles est toujours forte dans une société pour laquelle exigence de sens et exigence de vie se confondent… »  « Les croyances à la sorcellerie », Ibid. p.70. SheilaRowbotham : « La condition féminine dans une telle société est déterminée par un réseau de relations sociales traditionnelles qui rend, pour la plupart des femmes, toute tentative de révolte impossible. Une femme qui se révolte fait figure de paria. » Féminisme et révolution.p.239. Cevolume est le fruit des discussions entreprises avec Madame le professeur Geneviève Fraisse ; échanges qui ont permis de discerner l’espace de liberté offert à l’occidentale dans son processus d’identification, contrairement à l’africaine. Son objectif consiste à déceler les dispositifs historicoculturels de stigmatisation de la femme en Afrique subsaharienne et la manière dont ils déterminent les relations sociales actuelles, leurs formes d’évolution et leurs métamorphoses. Ces dispositifs de stéréotypie sont généralement constitutifs de son essentielle altérité et générateurs de la nonréciprocité, de la résistance à la parité sociale parce qu’ils identifient la femme à partir d’une base contradictoire, en fonction d’une référence à la nécessité de dépossession symbolique de son humanité et de son intégrité. Ils s’originent dans une configuration historique ultrapessimiste de l’identité féminine qui émane des cosmogonies.  Le principe mythologique et cosmogonique africain – régi par de« puissantesconstructions imaginaires», tout comme des« représentations symboliques et religieuses» est une injonction à la stigmatisation coutumière de la femme pour en faire une figure radicale de l’altérité, un être résiduel et démissionner du besoin social de justice et d’égalité. Ses données supposées naturelles s’apparentent à une exigence d’abdication et de sacrifice de sa conscience et de sa liberté, au profit des attentes culturelles et des assignations identitaires communautaires. Elles ne pourraient aboutir qu’à l’émergence d’identités féminines minorées et meurtries, à cause du développement d’idéologies et de cultures victimaires qui elles aussi génèrent, pour la femme, une structure d’impuissance et d’ignorance.
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Introduction  Lacosmologie platonicienne conçoit le monde en tant qu’un être d’emprunt, relatif, dont la connaissance n’est qu’opinion, produite par des impulsions sensorielles. Seules les idées éternelles, les formes originelles définies par leur unicité et leur intemporalité sont véritablement. Le monde, qui perd ainsi sa valeur, acquiert un statut phénoménal et sa signification ne serait qu’une conséquence de l’Idée qui s’affirme en lui. Il est donc différent d’une force et ne saurait être le ressort de la vie et de ses modes d’organisation ;car en tant qu’être relatif, il est et suppose le chaos. La rupture entre l’intelligibilité et la matérialité est radicale, l’Idée ne pouvant se retrouver dans cette seconde sphère. Or à partir du moment où les éléments de force qui imprègnent le monde ne déterminent pas l’existence humaine, ils n’ont aucun impact sur l’organisation de la vie. Pour Sylviane Agacinski, cette volonté platonicienne de ramener le monde à l’intelligibilité ne se rapporte pas à son organisation interne et configure logiquement un désintérêt à l’égard de la vie, mais aussi une réduction de la différence des sexes et une indifférence envers les femmes et leur rôle. A partir du moment où Platon se désintéresse du monde, seul Aristote serait, pour elle, le 1 « penseurde la mixité» ;car il associe l’homme et la femme et donne à cette union un fondement politique en tant qu’elle exprime une incapacité naturelle dans laquelle se situe l’un sans l’autre et une volonté de procréation, de progéniture. Il y a chez Aristote l’affirmation fondamentale 2 d’une «interdépendance des sexes» autour de laquelle s’organise et doit s’organiser l’existence sociale, avec des relations économiques, affectives, politiques. Bien que l’organisation familiale ait pour lui une forme monarchique, lemâle le plus âgéayant le pouvoir sur les autres, ou qu’il réserve aux hommesune citoyenneté proprement dite, Agacinski opte pour ce point de vue qui octroie une place aux femmes, alors que «l’utopie 3 platonicienne (…) ignore le rapport entre les sexes dans la cité». L’un est intéressé par l’élévation de l’âme, l’Idée, alors que l’autre l’est par la génération, la descendance, autour de laquelle se construit une relation à caractère politique. Dans la première situation, la vie s’autoaffecte en voulant incarner les effets de l’intelligibilité dans le monde et finit par sombrer dans le pessimisme ; et dans la seconde, elle s’organise autour d’un projet extérieur au sujet et qui lui impose lamixité de l’association humaine élémentaireau sein de laquelle il devra nécessairement s’identifier. C’est le désir de surmontement de ces insuffisances des théories grecques du monde qui mène la cosmologie culturelle nietzschéenne empreinte de pessimisme
1 Sylviane Agacinski,Politique des sexes,Seuil, « Points – Essais », Paris, 1998, p.156.2 Ibid., p.156. 3 Ibid., p.157.  9