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L'Immigration: entre rêve et réalité

De
146 pages
Rares sont les ouvrages qui étudient spécifiquement la question de la migration du point de vue des migrants. Entre le rêve né dans le pays d'origine et la confrontation aux réalités du pays d'accueil, cette étude qualitative aborde clairement les attentes, les angoisses et les difficultés rencontrées par les migrants congolais ainsi que l'impact de cette immigration sur la vie sociale, économique et politique dans le canton de Vaud en Suisse. Cet ouvrage, aisément transposable à bon nombre de pays européens, comble un vide et apporte de nouvelles perspectives aux autorités politiques du pays d'accueil afin de favoriser de nouveaux modèles d'intégration réussie.
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L’Immigration :
entre rêve et réalité Gilbert Mwako-Ngongo










L’Immigration :
entre rêve et réalité




















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Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2013


Retrouvez l’auteur sur son site Internet :
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Ce mémoire a été dirigé par Monsieur Alfredo Camelo,
les opinions émises dans ce travail
n’engagent que leurs auteurs.


Dédicace



Ce travail est le fruit d’une réflexion née à partir des
préoccupations quotidiennes. Les inquiétudes constantes
de la vie n’ont-elles pas souvent été le fondement créateur
de l’humanité ? Il m’a demandé de nombreuses années
d’efforts et de sacrifices surtout pour ma femme et mes
enfants, à qui je le dédie.

En le rédigeant, j’ai été profondément affecté par le dé-
cès d’êtres chers survenu de manière très rapprochée, au
moment où on avait encore besoin d’eux. Je pense tout
spécialement à mon père, à cinq de mes sœurs, à ma
grand-mère, à mes tantes, et tout récemment, à mon beau-
père auquel j’étais très attaché. Ces nombreuses dispari-
tions ont considérablement ralenti la rédaction de ce
mémoire.
11


Remerciements



Je remercie tous ceux qui ont contribué, d’une manière
ou d’une autre, de loin ou de près, à la réalisation de ce
travail. Ce travail est un sous-produit de mon travail de
mémoire de fin d’études qui avait été présenté pour
l’obtention du Diplôme d’animateur socioculturel en no-
vembre 2007 à l’EESP de Lausanne. Où il été dirigé par
Alfredo Camelo, ethnopsychiatre à l’Association Pluriels
de Genève, et que je remercie pour sa grande disponibilité
et ses critiques constructives. Remerciements aussi à mon
compatriote, le professeur Fweley Diangitukwa, et à Jean-
Jacques Moser qui m’a soutenu avec tact et enthousiasme
dans la mise en route de ce travail. Remerciements enfin
au corps professoral de l’EESP ainsi qu’à la Fondation
Jangoa à Lausanne.

En réalisant ce travail, je pense enfin aux artisans du
monde libre, morts et vivants, et à ceux qui viendront.
Gbongo Gilbert Mwako-Ngongo
13


Résumé



La migration est souvent analysée d’un point de vue,
celui du pays d’accueil qui exprime ses peurs et ses crain-
tes face au phénomène migratoire et le phénomène prend
de l’ampleur.

Dans ce travail nous avons voulu livrer les points de
vue de ceux qui subissent les politiques publiques de
l’immigration et de l’intégration.

Nous avons choisi un groupe, celui des Congolais vi-
vants dans le canton de Vaud afin de comprendre à travers
eux ce que pensent et vivent les migrants : leurs rêves,
leurs angoisses et leurs attentes.

Ce travail est intéressant à plus d’un titre parce qu’il
établit une relation entre le migrant et le pays d’accueil.
Les récits des migrants (réponse aux questions) peuvent
permettre aux autorités politiques du pays d’accueil de
comprendre ce que pensent, ressentent et veulent les mi-
grants qui vivent dans leur pays.
15


Introduction



Les études sur les immigrés congolais en Suisse, et par-
ticulièrement dans le canton de Vaud, sont rares. Par ce
travail nous aimerions combler cette carence, car le mou-
vement de plus en plus croissant de cette population vers
la Suisse c’est amplifié ces dernières années. Le nombre
de personnes de nationalité congolaise résidant en Suisse
avec un permis d’établissement ou de séjour est également
en nette augmentation. Nous pouvons confirmer cette ten-
dance de manière plausible en Suisse romande en général
et en particulier dans le canton de Vaud. Les difficultés
que rencontrent actuellement certaines personnes de cette
population migrante nous interpellent sur plusieurs as-
pects. Pour comprendre le mal-être qu’expriment certains
immigrés ainsi que les raisons à la base de ce malaise,
nous avons jugé utile, voire nécessaire de consacrer notre
travail de recherche à cette population. Plus concrètement,
nous allons nous intéresser de près à leur parcours de vie
que nous remonterons de manière chronologique, histori-
que et temporelle. Pour obtenir les informations utiles à
notre recherche, nous soumettrons un questionnaire à un
maximum de 30 personnes que nous avons choisies afin
de connaître quelques aspects de leur vie avant leur arrivée
en Suisse ainsi que leur situation actuelle.

La progression d’émigrés congolais vers la Suisse n’est
pas le fait du hasard, mais elle est liée à des facteurs endo-
gènes et exogènes. Les difficultés qui apparaissent à
l’arrivée du migrant en Suisse n’étaient pas connues des
candidats à l’émigration avant leur départ du pays
17 d’origine. Nous pensons que la quasi-totalité de ces diffi-
cultés sont le fait du décalage entre le projet de départ, les
attentes, le rêve et la réalité. Dans le cas précis des Congo-
lais que nous avons choisis comme population-cible, il est
nécessaire de prendre en considération le fait que la situa-
tion économique, sociale et politique de la RDCongo est
chaotique depuis bien longtemps et cette instabilité s’est
empirée ces dix dernières années avec notamment le dé-
part précipité du maréchal Mobutu du pouvoir. La brusque
arrivée de l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila à la tête du
pays a donné un certain espoir au peuple congolais après
tant d’années de gabegie financière, de mauvaise gestion
et de dictature. Après cette situation chaotique endurée
pendant longtemps, il est juste que le peuple considère
l’arrivée d’un nouveau régime comme salutaire. La joie et
l’espoir manifestés par le peuple à cette occasion furent
sporadiques et passagers de même que le règne du nou-
veau révolutionnaire qui a été assassiné pour des raisons
obscures. Ainsi, la situation déjà médiocre, qui place la
RDCongo parmi les pays les plus pauvres de la planète,
s’est davantage détériorée à la grande déception de tous.
Les observations que nous retenons de cette réalité sont
posées en termes de premier diagnostic qui sera ensuite
confirmé ou infirmé par les enquêtes que nous allons me-
ner parmi les membres de cette communauté en Suisse.
Mais il est fort probable que le manque de stabilité politi-
que et la défaillance profonde du tissu social et
économique qui ont perduré à travers le temps, d’une gé-
nération à l’autre, soient les principaux facteurs parmi tant
d’autres à l’origine de l’émigration de nombreux Congo-
lais.

Le choix porté sur la Suisse est en grande partie le ré-
sultat d’informations erronées et de l’image positive que
certains Congolais établis depuis longtemps en Suisse
donnent de ce pays à leur retour au pays natal et c’est aussi
18 l’image que beaucoup d’Africains ont de la Suisse. Il est à
savoir qu’une bonne majorité des Congolais vivant au
Congo considère la Suisse comme une terre d’asile par
excellence du fait de sa neutralité dans le concert des na-
tions et ensuite grâce à la rigueur et au cadre institutionnel
très sérieux de la Suisse qui considère le travail comme un
facteur incontournable pour la construction de l’identité
nationale. L’importance que la Suisse donne au travail
permet à de nombreuses personnes en provenance des
pays non européens, vivant en Suisse, de marquer la diffé-
rence dans leur mode de vie par rapport aux autres
migrants installés dans d’autres pays européens. C’est ain-
si que, et cela peut paraître étonnant, les Congolais
résidant en Suisse sont considérés comme plus stables que
ceux résidant en France par exemple.

Ces dernières années, nous avons constaté auprès de
cette communauté l’émergence d’un certain malaise dont
nous ne connaissons pas encore la nature. Mais d’après
notre premier diagnostic, nous soupçonnons un mal-être
de nature culturelle. Nous supposons que le fait d’être in-
tégré dans la culture du pays d’accueil éloigne le migrant
de sa culture d’origine. Nous considérons que beaucoup
d’éléments économiques, sociaux et culturels sont en jeu
et la stabilité ne peut se gagner que si l’équilibre s’installe
entre les différentes dimensions de ces éléments. Si l’une
de ces dimensions n’est pas satisfaite ou atteinte pendant
le parcours, cela déstabilise la construction initiale. Pour
les nouveaux venus en Suisse, les chances de construire
une vie stable sont minces car ils doivent subir les chan-
gements profonds relevants des données économiques et
structurelles, notamment en ce qui concerne les retombées
de la nouvelle loi sur les étrangers votée le 26 octobre
2006 par le peuple.

19 Il arrive que la longue procédure administrative qui
s’ensuit sème le doute dans le cœur de nombreuses per-
sonnes fraîchement arrivées. Les migrants, qui demandent
le statut de requérant, découvrent qu’ils sont cantonnés
dans des petits centres d’accueil aux allures parfois des
« petites prisons ouvertes » à l’air libre et où les compo-
santes essentielles des libertés fondamentales sont
restreintes. Ils reçoivent une ration alimentaire qui ne
laisse aucun choix, sans parler de la violation de l’intimité
corporelle pour besoin d’enregistrement (interrogatoires,
prélèvement des empreintes digitales, prise de photos et de
sang, examens médicaux, etc.). D’après le témoignage de
certaines personnes se trouvant dans cette situation, ces
moments quoique transitoires sont difficiles à vivre, à
supporter et à comprendre. Nous imaginons que cette ré-
alité contextuelle, organisée et planifiée, laisse un gros
point d’interrogation dans la tête de nombreuses personnes
migrantes mais ces dernières, même choquées, relativisent
ou minimisent ces contraintes pour les besoins de la cause
alors que les conséquences postromantiques finiront par
apparaître à long terme et influencer leur vie.

De manière rétroactive, nous partirons du sentiment de
départ, basé sur l’espoir, sur l’idéalisation et la fixation
que l’on s’est faite à propos d’un lieu où l’on pense pou-
voir changer positivement son avenir et celui de sa famille.
Les dispositifs ou les moyens que l’on a investis ou que
l’on met en contribution pour atteindre cet objectif peu-
vent se trouver en complet décalage, et parfois de manière
fatale, entre le rêve et la réalité.
Puisque la procédure et les conditions d’hébergement
font partie intégrante des conventions internationales et de
la loi suisse en matière d’asile, pour quelle raison le pays
d’accueil ne les respecte-t-il pas toujours ? C’est à partir
de ce moment que commence à se manifester les premiers
signes de contradiction entre l’idée de départ et le vrai
20 contexte, ses réalités et ses enjeux. C’est lorsque le mi-
grant se met à s’interroger, que commence la grande
désillusion.

Ceux qui sont partis avec l’espoir de trouver rapide-
ment un emploi et un logement stable doivent déchanter,
car la procédure administrative pour l’obtention d’une
autorisation d’accéder au monde du travail est longue et
lente ; il en est de même pour trouver un logement. En
attendant, le migrant qui devient requérant d’asile doit se
contenter d’une aide financière minimale d’environ CH
Fr.15. – par jour et un maximum de CH Fr. 450. – par
mois. Le contexte paradoxal, entre le rêve de départ et la
réalité devant soi, place les personnes concernées dans une
situation de léthargie, de désespoir et d’impuissance quasi-
totale. Ces moments de troubles intenses et de déstabilisa-
tion sont difficiles à décrire étant donné le décalage entre
le rêve de départ plein d’optimisme et l’accueil morose qui
présage bien des difficultés dans le parcours à suivre.
Dans la réalité, et de manière comparative, pour cer-
tains migrants en provenance des pays dominés par la
pauvreté depuis des siècles déjà et où la notion du travail
telle que connue dans le contexte des sociétés modernes
est quasiment inexistante, ce moment est considéré comme
une période passagère et moins grave au regard de leur
situation et de leurs préoccupations dans le pays d’origine.
Cependant, ceux qui ont un vécu plus ou moins référé
trouvent cette situation difficile à vivre.

Notre travail nous donnera la possibilité de comprendre
le côté sous-jacent de ce périple ainsi que les raisons pro-
fondes qui obligent les autorités du pays d’accueil à
restreindre au maximum les conditions de vie des person-
nes nouvellement arrivées et à durcir la procédure. Selon
le témoignage de certaines personnes migrantes que nous
avons interrogées et qui vivent en Suisse, elles pensent que
21 la vie se passait nettement mieux autrefois. En effet, avant
la signature des accords bilatéraux entre la Suisse et les
pays de l’Espace Économique Européen, les choses se
déroulaient un peu mieux au niveau du marché de
l’emploi, pour les ressortissants des pays non européens.
L’adhésion de la Suisse dans l’Espace Économique Euro-
péen a compliqué les affaires de nombreuses personnes
migrantes non européennes surtout au niveau du marché
de l’emploi. Ils disent que trouver un travail était nette-
ment mieux avant cette adhésion. D’où notre intérêt à
creuser la problématique afin de comprendre les vrais en-
jeux qu’implique cette situation et les conséquences sur la
vie socioéconomique de nombreuses personnes migrantes
appartenant au troisième cercle.
Liens avec la formation d’animateur socioculturel
L’École d’Études Sociales et Pédagogiques de Lau-
sanne (EESP), où j’ai suivi ma formation d’animateur
socioculturel pendant 3 ans, offre dans son programme de
formation une filière d’études en travail social. Les inter-
ventions professionnelles auxquelles préparent les filières
d’études du service social et de l’animation socioculturelle
s’inscrivent dans le cadre du travail social. Les travailleurs
sociaux formés dans cette école supérieure (ESTS), qu’ils
soient assistants sociaux, éducateurs spécialisés, éduca-
teurs de la petite enfance, maîtres socioprofessionnels ou
animateurs socioculturels, sont d’abord en contact avec les
usagers, les individus et les groupes susceptibles de béné-
ficier d’un appui transitoire ou durable afin de favoriser
leur développement et leur insertion sociale. La finalité du
travail social est de remédier et de prévenir les complica-
tions de la vie en collectivité en portant une attention
particulière aux populations plus fragiles et en favorisant
leur accès aux ressources financières, sociales, éducatives
22 et culturelles. « En 1987, Chapellier identifiait les fonc-
tions élémentaires ou fondamentales suivantes du travail
social : fonction de soins (incluant les soins courants de la
vie quotidienne, thérapies et soins, pratiques de préven-
tion…), la fonction d’éducation ou socio-éducative (qui
vise à la fois le développement existentiel du sujet et son
insertion ou sa réinsertion), la fonction pédagogique (qui
vise plus particulièrement la constitution, le développe-
ment, éventuellement la restauration des mécanismes
cognitifs et l’apprentissage des savoirs et de savoir-faire
dont le sujet est réputé capable et qui sont nécessaires dans
une société donnée), la fonction d’administration (qui
vise à intégrer les sujets et les groupes à la vie de la cité
selon les droits qui leur sont connus et les devoirs qui leur
sont assignés), la fonction socio-économique (qui con-
siste à aider les personnes, quel que soit leur âge, à entrer
dans le monde du travail ou à les réintégrer après en avoir
été exclues ainsi qu’à gérer leur situation du point de vue
de leur activité productive) et la fonction socioculturelle
(qui vise l’évolution de la vie socioculturelle sur le plan
des rapports sociaux comme sur celui des moyens de pro-
duction et de diffusion de la culture sous toutes ses
formes…). Toutes les professions du travail social partici-
pent plus ou moins à ces fonctions ; chacune en privilégie
une, voire plusieurs, de façon complémentaire. L’accent
mis sur le développement d’une ou de plusieurs de ces
fonctions se modifiera suivant l’âge et les besoins de la
personne accompagnée ou en fonction du cadre institu-
1tionnel dans lequel se déroule l’intervention » .


1 G. Chapellier, « Conseil supérieur du Travail Social : Transversalité
des formations initiales, Réforme des formations de l’Educateur Spé-
cialisé et de Moniteur-Educateur ». Rapport au Ministre des affaires
sociales et de l’emploi, Paris : 1987, p. 21, cité dans Le programme
des cours : ‘Filière Service social. Filière Animation socioculturelle,
Ecole d’études sociales et pédagogiques de Lausanne (EESP), 2001-
2002, p. 3.
23 Dans la pratique professionnelle, les intervenants sont
confrontés à des questions liées aux différents mouve-
ments de populations. Cette réalité est intégrée de manière
pratique dans les méthodes d’intervention du champ pro-
fessionnel.
En effet, nous constatons que la majorité des centres
d’animations socioculturelles où la quasi-totalité des ani-
mateurs travaillent généralement après leur formation sont
fréquentés en grande partie par des jeunes migrants ou des
jeunes issus de la migration. Les liens que nous établissons
dans un premier temps avec certains de ces jeunes nous
conduisent fatalement et très souvent à la rencontre des
parents ou d’autres membres de leur famille. Très souvent,
la vie des personnes migrantes est mouvementée à cause
du processus constant d’intégration obligatoire dans la
société d’accueil qui n’est pas toujours facile à maîtriser
pour des personnes de nationalité étrangère. Cette réalité
explose encore plus dans le cadre des maisons de quartier
où l’animateur est censé être à l’écoute de toute la popula-
tion que compose le quartier. Ce contact privilégié basé
sur l’écoute active, permet d’amorcer et d’organiser diffé-
rents projets d’intérêt public avec la participation engagée
de la population concernée.

L’animateur travaille souvent sur trois voire quatre ni-
veaux. Puisqu’il se retrouve très souvent dans l’analyse
des problématiques diverses, dans la recherche, dans
l’accompagnement, dans la conceptualisation et dans la
concrétisation des projets dans lesquels il est sollicité et
qui concernent les différentes catégories d’âge. Il affronte
avec professionnalisme certains problèmes rencontrés par
les autorités ou par la société en général ainsi que par la
population migrante. Pour orienter les projets vers une
option d’intérêt général, le travail en groupe est indispen-
sable. Partant de cette réalité, l’animateur socioculturel se
trouve être au centre de la relation entre les autorités et les
24 populations et entre les populations indigènes et les per-
sonnes migrantes. Par exemple, pour des questions liées à
l’intégration, les centres d’animations socioculturelles, à
cause de la proximité, sont devenus de véritables labora-
toires en matière de prévention et de résolution de
problèmes sociaux et socioculturels qui touchent nos so-
ciétés actuelles.
Motivation
La question de départ, qui va nous préoccuper tout au
long de ce travail, est la suivante : « Pour quelles raisons,
de nombreux Congolais choisissent-ils l’immigration, à
quoi pensent-ils et quel est leur projet principal avant de
quitter leur pays et les êtres humains qui leur sont chers ?
(qu’espèrent-ils obtenir à leur arrivée en Suisse) ? Autre-
ment dit, pourquoi les Congolais immigrent-ils ? ».
Le thème de migration intéresse de plus en plus les mi-
lieux académiques et il existe déjà beaucoup de livres sur
ce thème. Mais, les études spécifiques sur les Africains –
et plus particulièrement sur les Congolais vivant dans le
canton de Vaud – sont rares sinon inexistantes. C’est pour
cette raison que nous avons choisi de travailler sur cette
problématique et, par cette recherche, nous avons voulu
combler une lacune.

Les mouvements migratoires se sont accentués depuis
la chute du mur de Berlin et la fin du communisme. De
plus en plus de personnes voyagent et vivent dans des pays
qui ne sont pas leur patrie d’origine. Leur long séjour à
l’étranger entraîne fatalement des rencontres et des con-
flits de culture. Plusieurs facteurs expliquent ces
déplacements réguliers et le long séjour à l’étranger. Cet
aspect va nous préoccuper tout au long de ce travail.
25 Hypothèse générale
Dans ce travail, nous avions voulu vérifier l’hypothèse
suivante : D’une part, la culture et le parcours de vie du
migrant peuvent faciliter ou freiner son rêve de départ, sa
réalisation et le processus d’intégration dans la société
d’accueil, d’autre part, les réalités contextuelles ou cultu-
relles du pays hôte jouent un rôle capital dans la
réalisation du rêve de départ du migrant. Les deux aspects
de notre hypothèse de travail sont étroitement liés et inter-
dépendants. De plus, ils offrent souvent une explication
avec la part objective de la situation réelle. Ils portent sur
les comportements des personnes impliquées (les migrants
et la population qui les accueille). Les deux aspects de
notre hypothèse vont être vérifiés par l’enquête définitive
auprès de notre échantillon aléatoire.
26


Méthodologie



Parmi plusieurs méthodes utilisées en sciences sociales,
nous privilégions dans ce travail l’enquête parce que cette
méthode est adaptée à notre travail. Il existe trois types
d’enquêtes traditionnelles, à savoir : l’enquête par corres-
pondance, par téléphone et par entretien. Nous avons
retenu les deux dernières qui permettent un face-à-face
c’est-à-dire un contact et une possibilité de préciser la
question en cas de doute et d’obtenir ainsi une réponse
précise, voire un complément de réponse. Les questions
ont été rédigées en fonction des objectifs à atteindre et du
parcours des migrants. Elles devaient être générales et
précises pour nous permettre d’obtenir les éléments néces-
saires à l’analyse de notre enquête et à la compréhension
des difficultés que rencontrent les migrants Congolais
dans le pays d’accueil. Ces questions théoriques corres-
pondent à des contextes et elles précisent l’itinéraire de
chaque enquêté, son projet avant de quitter le pays
d’origine et ses attentes dans le pays d’accueil
Les Congolais que nous avons rencontrés habitent dans
de grandes agglomérations et rarement dans de petites
localités. Pour cette étude, l’échantillon a été constitué de
la manière suivante : nous avons pris des contacts dans
notre réseau d’amis et connaissances, avec 30 personnes
de nationalité congolaise. Nous avons veillé à choisir au-
tant de femmes que d’hommes, et des personnes vivant
dans différentes petites villes du canton de Vaud (Lau-
sanne, Renens, Yverdon-les-Bains, Morges, Nyon, Vevey,
Montreux), âgées entre 25 et 70 ans, possédant un permis
de séjour valide, en Suisse depuis au moins 5 ans.
27
Avant de rencontrer les enquêtés, nous avons procédé à
un pré-test de notre questionnaire pour vérifier la validité
de nos questions et pour voir si elles correspondaient bien
aux réponses que nous attendions.
La méthode documentaire est utilisée comme un outil
d’appui à la principale méthode d’enquête par question-
naire. Nous avons consulté quelques ouvrages en rapport
avec la problématique traitée, pour appuyer nos argu-
ments. Notre enquête porte sur une population spécifique
et précise qui, tout en constituant un échantillon aléatoire,
est un groupe concret.
L’entretien avec les enquêtés s’est fait en quatre éta-
pes : contacts, récolte des données, analyse des données et
rédaction des conclusions

Pour inciter les Congolais à répondre à nos questions,
nous avions organisé notre travail en quatre étapes :
- un premier contact ;
- un entretien préliminaire afin de nous décider à re-
tenir ou pas le candidat ;
- un second contact téléphonique pour préciser la
date et l’heure de l’entretien ;
- l’entretien proprement dit (questions/réponses).

Les questions théoriques posées correspondent à des
contextes précis et elles permettent de comprendre
l’itinéraire des enquêtés, leur projet avant de quitter leur
pays d’origine et leurs attentes dans le pays d’accueil.
Nous avons pris soin de retenir les membres de diffé-
rentes couches sociales : étudiants, ouvriers, chômeurs et
sans emploi, anciens fonctionnaires et les intellectuels.

Dans notre recherche nous avons voulu inclure égale-
ment la population des Congolais requérants d’asile mais
28 ayant constaté la réticence et surtout la méfiance de ces
derniers, nous avons finalement renoncé à cette possibilité
qui aurait dû être intéressante et elle aurait pu enrichir no-
tre travail. Les entretiens se sont déroulés pendant une
période de 6 mois, plus précisément de janvier à fin
juin 2007. En majorité, ils ont eu lieu aux domiciles des
membres que nous avons retenus. Chaque candidat a ré-
pondu à nos questions seul sans la participation des
membres de sa famille afin d’obtenir des réponses authen-
tiques. La durée de l’entretien était de trois heures
maximum.

Nous avons soumis ces questions à un spécialiste des
sciences sociales pour examiner s’il y a eu de mauvaises
questions et pour éviter toute ambiguïté. Dans nos contacts
avec les migrants, nous avons invité les enquêtés à répon-
dre correctement afin de donner de bonnes informations
sur la migration, car la compréhension de notre probléma-
tique dépendrait en partie de leur degré de participation
ainsi que du sérieux de leurs réponses. Nous avons garanti
à chacun la confidentialité de la personne.

Voici ci-dessous le questionnaire que nous avons sou-
mis aux enquêtés. Le nombre de questions a été réduit
pour éviter l’effet de « halo », la fatigue et les informa-
tions inutiles.
Les questions que nous avons retenues seront directe-
ment posées auprès des acteurs concernés par notre
enquête en allant les rencontrer sur leur propre terrain. En
même temps, elles nous serviront de guide pour le dé-
pouillement de la littérature spécialisée et la
compréhension de ces acteurs. Les réponses données à nos
questions vont déterminer notre angle d’analyse. Il s’agit
de recueillir la réaction auprès des immigrés eux-mêmes
qui vivent quotidiennement les politiques publiques du
pays d’accueil en matière d’intégration. Nous sommes
29