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Maupassant, un météore dans le ciel littéraire de l'époque

De
248 pages
Conteur inégalé, Guy de Maupassant est un des écrivains français les plus lus. Cette popularité dont jouit ainsi l´écrivain auprès d'un large public à travers le monde est sans doute due à la clarté et à la vivacité de la langue dénuée de tout maniérisme et de toute vulgarité. Soucieux de garder son indépendance, l´écrivain s'est toujours refusé à se lier à quelque groupe politique, religieux ou social que ce soit. Maupassant, qui se situe au confluent du réalisme flaubertien et du naturalisme zolien, toujours à la recherche d'un réalisme qui donne une vision personnelle du monde sans aucune attitude moraliste, emprunte certains procédés littéraires à chacun de ces grands maîtres. Si ces derniers lui ont appris les trois règles?: regarder, observer et disséquer du regard avant d'écrire, le conteur rejette avec force, comme eux, le romantisme ainsi que le symbolisme avec ses excès de psychologisme mais, en plus, un naturalisme trop alourdi de documentation à la Zola... Maupassant a réalisé en dix ans une production littéraire énormément riche et presque sans précédent vu la courte durée de son activité littéraire: "Je suis entré dans la littérature comme un météore?; j'en sortirai par un coup de foudre". Après Zola, Cézanne ou encore Flaubert, Sven Kellner s'attaque à un autre monstre sacré de la littérature, qu'il donne également à voir comme un homme sensible aux spectacles de la nature, à la douceur de l'amitié. Un portrait complet et nuancé pour une nouvelle biographie loin d'être dispensable.
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Maupassant,
un météore dans le ciel
littéraire de l’époque


Du même auteur



« Le Docteur Pascal » de Zola :
Rétrospective des Rougon-Macquart,
Livre de Documents, Roman à Thèse.
Essai, 1980, C.W.K. Gleerups, Suède (réimpression)

Émile Zola et son œuvre,
Critique, essai et analyse.
Les deux Colombes, 1994 (épuisé)

Les Mauvais Augures,
La Société des Écrivains, 2000

Émile Zola et Paul Cézanne :
Deux artistes – Deux tempéraments,
Éditions Publibook, 2002

Trahisons – Deux récits,
Éditions Publibook, 2004

Gustave Flaubert et ses œuvres
dans l’optique de la Correspondance,
Éditions Publibook, 2006

Le Chemin de duperies,
Éditions Publibook, 2010

Métamorphoses,
Éditions Publibook, 2011 Sven Kellner










Maupassant,
un météore dans le ciel
littéraire de l’époque

















Publibook Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook :




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« La langue française est une eau pure que les écrivains
n´ont jamais pu et ne pourront jamais troubler. »
Guy de Maupassant



« J´ai vu de l´eau, du soleil, des nuages et des roches – et
j´ai pensé simplement comme on pense quand le flot vous
berce, vous engourdit et vous promène. »
Guy de Maupassant



« Que voulez-vous qu´on dise de ce conteur
sinon qu´il est parfait. »
Jules Lemaître



Avertissement



Si Maupassant est connu en premier lieu pour être un
excellent narrateur, il faut en même temps signaler ses
qualités de chroniqueur ayant écrit des centaines de chro-
niques dont une cinquantaine a été recueillie en volume.
Ce sont là des textes qui forment un réservoir quasiment
inexhaustible grâce auxquels il est plus facile non seule-
ment d´établir le climat social et politique de l´époque
mais aussi de mettre en valeur les rapports qu´il y a entre
les contes et les romans d´un côté et les chroniques de
l´autre, celles-ci ayant fourni matière aux nombreux contes
et aux romans de l´écrivain.
Il est à remarquer qu´il est assez difficile d´éviter des
inexactitudes dans la datation des œuvres de Maupassant
présentée ici sous toutes réserves. C´est que l´écrivain ré-
utilise souvent le même sujet pour diverses publications.
Ainsi, une chronique ou un conte qui a déjà été publié
dans un quotidien, séparément, peut apparaître quelque
temps plus tard dans une revue pour finalement être repris
en recueil ou en volume. A cette confusion s´ajoutent les
nombreuses rééditions ainsi que les éditions partielles de
ses écrits.
11


Chapitre 1.
L’ascendance de Guy de Maupassant



Guy de Maupassant qui, tout comme Gustave Flaubert,
son maître vénéré, proclamait sans cesse « l´inutilité de
tout » a pendant sa courte vie connu un succès éclatant
avec une rapidité comparable à un phénomène météorique.
En effet, Maupassant a traversé le ciel littéraire comme
un météore ou, comme il disait lui-même : « Je suis entré
dans la littérature comme un météore : j´en sortirai par un
coup de foudre. »

Guy de Maupassant est né le 5 août 1850, peut-être à
Fécamp, lieu de naissance qui a longtemps posé des pro-
blèmes en ce sens que certains biographes ont plutôt
penché pour le château de Miromesnil de même que la
menièce de Flaubert, M Caroline Frankline-Grout, née Ha-
mard, qui avait confié à l´écrivain et biographe Pierre
Borel : « Guy de Maupassant est né au château de Miro-
mesnil. Nos deux familles étaient très liées à mon oncle
qui avait toujours eu pour Laure de Maupassant une pro-
fonde affection. »
Quoi qu´il en soit, Fécamp ou le château de Miromes-
nil, Guy est baptisé l´année suivante à Tourville-sur-
Arques avec pour parrain, Jules de Maupassant, son grand-
père paternel et pour marraine, Victoire Le Poittevin, sa
grand-mère maternelle.
Quelques années plus tard, en 1854, la famille quitte
Fécamp pour aller s´installer au château de Grainville-
Ymauville, dans l´arrondissement du Havre, où est né, en
1856, le frère de Guy, Hervé.
13
Cinq ans plus tard, la famille Maupassant s´installe à
Passy, rue du Marché, à Paris, où le père de Guy, Gustave,
a trouvé un emploi d´agent de change dans une banque.
C´est en octobre 1859 que Guy entre au lycée Impérial
Napoléon, aujourd´hui lycée Henri IV.
Gustave de Maupassant, père de Guy
Le père de Guy, Gustave de Maupassant, né le 28 no-
vembre 1821 et mort le 24 janvier 1899 à Sainte-Maxime,
est le fils de Louis-Pierre-Jules Maupassant, dit « le grand-
père Jules », employé de finances et né à Paris en 1795.
Jules, un adversaire acharné de l Empire, est le fils d´un
Maupassant de Valmont. C´est d´ailleurs le nom du chef-
lieu, situé à une douzaine de kilomètres de Fécamp, que
Guy a pris pour pseudonyme au début se sa carrière litté-
raire en signant quelques nouvelles Guy de Valmont.
D´après des témoins, Gustave de Maupassant, au nez
fin et sensuel, aux sourcils bien dessinés et aux cheveux
bandés sur les tempes, est un vrai dandy, toujours très élé-
gant qui tape dans l´oeil des femmes de l´époque et
notamment dans l´oeil de celle qu´il épouse en 1846,
Laure Le Poittevin.
Or, ce bel homme charmant qui fréquente les salles de
jeu jusqu´à l´excès, ne cessera jamais de courir les fem-
mes.
En fait, c´est un véritable collectionneur du sexe oppo-
sé, ce qui sera désastreux pour le futur ménage. C´est du
reste déjà à Grainville qu´il a eu plusieurs aventures avec
des servantes, chose qui l´éloigne de plus en plus de sa
femme.
14 Laure Le Poittevin, mère de Guy
Laure Le Poittevin, dont la famille est étroitement liée à
celle de Flaubert, est la soeur du poète Alfred Le Poittevin,
ami intime de Flaubert qui ne s´est jamais consolé de la
disparition précoce de son ami qu´il appelait son « alter
ego » et sa « conscience littéraire ».
Laure qui, comme son mari, d´ailleurs, est du même
âge que Flaubert, donc née en 1821, et avec qui elle par-
tage le goût pour la littérature, est une femme très
intelligente, cultivée et sensible aux arts. Elle possède des
connaissances poussées des langues classiques ainsi que
de l´anglais et de l´italien.
En plus de ses dons pour le récit et l´écriture, elle a un
goût prononcé pour le fantastique, le macabre et l´au-delà.
Elle exerce une profonde influence sur son fils en diri-
geant ses lectures qui le mettent très tôt en contact avec les
classiques, tel Shakespeare.
Elle ne cesse de lui donner des conseils à ce sujet de-
puis l´enfance jusqu´à l´âge adulte de romancier établi.
Guy, à son tour, va par la suite confier à sa mère tous
ses projets littéraires, romans, contes, pièces de théâtre…
C´est aussi en elle qu´il trouve une critique judicieuse et
pertinente ; elle qui, la première, l´a donc formé et orienté
dans les domaines de la littérature.

Laure est une mère qui reste toujours très près de ses
deux fils, reportant sur eux toute sa tendresse et son affec-
tion maternelles. Mais elle est aussi une femme désaxée,
affolée, souffrant de terribles migraines avec des troubles
de la vue qui la forcent à s´enfermer dans l´obscurité : « la
melumière la faisant crier de douleur », écrit Flaubert à M
des Genettes.
En fait, autour de la fixité d´un regard perçant flotte une
aura d´hystérie. C´est pour remédier à ses ennuis de santé
que cette droguée dépendante prend énormément de nar-
cotiques.
15 Parlant plus tard de son ex-femme, Gustave de Mau-
mepassant raconte : « M de Maupassant est arrivée à tel
paroxysme de fureur qu´à la moindre chose elle a des atta-
ques terribles qui lui font un mal énorme. Sa tête
déménageait et elle était inabordable… Elle a avalé deux
flacons de laudanum… »
Et l´année avant la mort de son fils Guy, elle reconnaît
elle-même qu´elle est dépendante de stupéfiants.
« Je suis vieille et très malade et les narcotiques que je
bois à pleins verres achèvent d´user ma pensée », déclare-
t-elle en 1892.

Laure avait, paraît-il, essayé de se suicider deux fois,
manquant de mettre fin à ses jours, la seconde fois en
1877, en s´étranglant dans sa longue chevelure. En fait,
c´est sans aucun doute elle qui a transmis à ses enfants non
seulement un tempérament excessivement nerveux frisant
l´angoisse mais également d´autres tares héréditaires.
En 1888, Guy écrit à son père : « Ma mère est toujours
malade, agitée et en proie à de terribles crises de suffoca-
tion. »
Laure de Maupassant est morte à Nice le 8 décembre
1904.
Hervé, frère cadet de Guy
Le deuxième fils du couple Maupassant, Hervé, est né,
comme nous l´avons vu, au Grainville-Ymanville en 1856.
Ce château, loué par la famille, est très fidèlement décrit
dans le premier grand roman de Guy, Une Vie.
Hervé, également atteint de troubles mentaux, fait son
service militaire dans la cavalerie, puis il devient sous-
officier, ce qui fait qu´il pourra fournir des renseignements
utiles à son frère Guy, entre autres, pour le roman Bel-
16 Ami. Hervé, qui n´est pas un intellectuel, s´installe à Anti-
bes où il dirige un établissement horticole.
Que le terrain familial ne soit pas sain se fait sentir de
plus en plus avec le temps. Outre les troubles nerveux,
hérités de sa mère Laure, la santé d´Hervé va s´aggravant.
Dans une lettre de février 1888, à son père, Guy ex-
prime la situation délicate de son frère Hervé : « Hervé
écrit des lettres affolées, désespérées et incohérentes qui
font perdre la tête à ma mère. Je vis dans un milieu de scè-
nes terribles de chagrin. »
Un mois plus tard, Guy écrit de nouveau à son père, lui
disant qu´Hervé, très instable, commet souvent des « sotti-
ses » et qu´il doit se retirer à la campagne pour changer de
milieu.
Or, Hervé finit par sombrer dans la folie. « La tête
d´Hervé s´égare complètement à tout propos. Hier, il s´est
mis à scier du bois au milieu du dîner ; il n´a cessé
qu´épuisé de fatigue – ma mère l´a ignoré », écrit Guy à
son père en 1889.
C´est pourquoi Guy doit l´amener pour une consulta-
tion psychiatrique à Montpellier. « J´ai conduit hier Hervé
dans un asile d´aliénés de Montpellier plein de fous sordi-
des et affreux… J´irai l´y reprendre demain », écrit-il en
1889 de Cannes à son père qui habite Paris.
L´année suivante, Guy écrit à son ami Léon Fontaine à
propos d´Hervé : « Mon frère a une fièvre pernicieuse
avec accidents méringes. »
Il confie de même à Octave Mirbeau qu´il est auprès de
malades qu´il aime mais qui ne lui laissent guère d´espoir,
en pensant aussi aux ennuis de santé de sa mère.
Au début d´août 1889, Guy prévient son père qu´il va
l´aider à faire interner Hervé à l´asile psychiatrique de
Lyon-Bron.
Quand Guy a dû partir, laissant ainsi Hervé seul, ce
dernier s´est mis à crier.
17 « Il m´a déchiré le coeur tellement que je n´ai jamais
souffert ainsi… et quand on lui a refusé de
m´accompagner à la gare, il s´est mis à gémir d´une façon
si affreuse que je n´ai pu me retenir de pleurer en regar-
dant ce condamné à mort que la Nature tue », écrit Guy à
la comtesse Potocka le soir même.
Mais au moment du départ de Guy, Hervé crie que le
véritable fou de la famille n´est pas lui mais son frère Guy.
A la même époque, Guy rassure dans une lettre son
père qui suite à un train de vie dépensier – femmes légè-
res, salles de jeu, affaires manquées etc. – n´a plus
beaucoup de ressources pour subvenir aux frais du traite-
ment à l´asile de son fils Hervé.
« Je fais à Hervé une pension qui payera complètement
l´asile où il entre en traitement au prix de 250 francs par
emois pour la 2 classe. J´assure ma mère de quoi vivre… je
ne laisse pas mourir la jeune femme d´Hervé et leur fille
Simone. »
C´est en novembre, 1889, que meurt Hervé à la clinique
de Lyon-Bron pour ensuite être enterré non loin de là au
cimetière d´une petite église de campagne où se trouve sa
tombe de marmor noir sur laquelle sont écrits en lettres
d´or son nom et son âge, tout ayant d´abord été réglé par
l´écrivain avec la concession à perpétuité de la tombe.
La séparation des parents
Les querelles incessantes et parfois très violentes des
parents du jeune Guy – il paraît que le mari battait sa
femme même sous les yeux de leurs enfants – montraient
donc une mésentente totale entre les deux conjoints.
Gustave, l´infatigable coureur de femmes, ne cessait
donc de courtiser les servantes de la famille et même les
amies de son épouse.
18 Celle-ci était une déséquilibrée mentale, possessive
mais dépressive et mélancholique, suicidaire et grin-
cheuse.
Tout ceci a inévitablement fini par aboutir à la sépara-
tion des deux conjoints.
Il semble d´ailleurs que la nouvelle, intitulée Garçon,
un bock de 1884, ait été inspirée par une des nombreuses
scènes houleuses auxquelles avait assisté Guy.
Sans pour autant divorcer, ils se sont séparés à
l´amiable tout en gardant par la suite le contact, surtout par
correspondance.
Laure, parfaitement convaincue que la séparation est la
seule chose possible, en parle dans une lettre du 6 janvier
1862, adressée à son ami d´enfance Gustave Flaubert :
« Je suis de celles qui savent prendre une résolution…
inutile de vous dire que cette résolution est tout à fait irré-
vocable. »

Après la séparation des époux, devenue officielle au
début de 1863, Laure retourne vivre en Normandie où elle
se retire avec ses deux fils dans une villa à Étretat, Les
Verguies, qui venait de ses parents et où Guy, jusqu´à
l´âge de treize ans, a passé ses vacances de collégien.
Cette villa dont le nom vient de « verguie » qui est la
forme normande de « verger », est une belle maison dont
le balcon fleuri est entouré de tilleuls et de bouleaux qui se
dressent parmi des rosiers et des houx.
Là, les deux frères peuvent connaître la vie des pê-
cheurs, faire de longues promenades dans la campagne et
au bord de la mer qui est tout près de la villa. C´est une vie
qui plaît énormément à Guy qui s´y sent comme un « pou-
lain échappé ».
Le ton des lettres de Laure à son mari, dans lesquelles
elle le vouvoie presque toujours, reste correct et calme.
Elle l´appelle souvent « mon cher Gustave » dans ses let-
tres : « Je vous dis adieu, mon cher Gustave, avec
19 d´affectueux compliments et les enfants vous embrassent
de tout leur coeur. »
Laure l´informe régulièrement de la santé des enfants et
de leur travail scolaire. Dans sa lettre du 9 mars 1862, elle
lui écrit à propos de Guy qu´« il a gardé l´air plus délicat
mais il va très bien… le pauvre écolier était si faible en
latin qu´on ne pouvait point le considérer comme en état
d´entrer en septième » et, continue-t-elle, « il aurait été la
queue de sa classe… L´histoire va moins vite que je ne
voulais, parce que l´abbé est sans miséricorde et surcharge
Guy de devoirs. »

Bien que son fils ne soit pas sérieusement malade à
cette époque, Laure constate qu´il souffre d´un affaiblis-
sement nerveux qui demande un régime très tonique. »
(lettre à son mari du 16 mars 1866)
Dans sa correspondance avec son mari, elle se montre
non seulement correcte mais aussi très complaisante et
serviable.
Ainsi s´offre-t-elle dans cette lettre pour s´occuper de
son linge : « Si vous voulez renvoyer ici votre linge à rac-
commoder, je me chargerai volontiers du soin de le faire
entretenir. »
Même si elle se montre gentille et obligeante avec lui
en l´invitant aussi à venir la voir à la villa des Verguies
aussi souvent qu´il le voudra, elle lui laisse entendre que
toute autre relation entre eux est finie : « Nous sommes
devenus étrangers l´un à l´autre et par cela même tout res-
sentiment, toutes récriminations doivent cesser. Qu´entre
nous, le passé reste désormais couvert d´un voile. »
20


Chapitre 2.
Élève au séminaire



A treize ans, donc en 1863, Guy est élève au séminaire
d´Yvetot, sa mère lui ayant déjà donné les premières le-
çons de lettres.
Ensuite, elle continue à diriger ses lectures. Comme elle
a vite compris que son fils a de l´inclination pour les let-
tres et qu´il retient avec facilité les textes étudiés, c´est
avec satisfaction qu´elle voit en lui une grande ressem-
blance avec son frère à elle, Alfred Le Poittevin, qui fut un
ancien camarade de classe et ami intime avec Gustave
Flaubert.
En fait, Alfred Le Poittevin, sa soeur Laure, Gustave
Flaubert et Louis Bouilhet se connaissaient bien depuis
leur enfance.
Bouilhet, né en 1818, fut le premier conseiller de Flau-
bert qui l´appelait son « accoucheur littéraire ».
Bibliothécaire à Rouen, Bouilhet, à la demande de
Laure, sera le correspondant du jeune Guy.
« Deux hommes par leurs enseignements simples et
lumineux m´ont donné cette force de toujours tenter :
Louis Bouilhet et Gustave Flaubert », écrit Maupassant
dans la préface du roman Pierre et Jean.
C´est donc très jeune que Guy prend contact avec la
poésie en rimant des vers lyriques. Mais comme son oncle,
Alfred Le Poittevin, il s´intéresse également au surnaturel
et au fantastique.
C´est dans un petit séminaire, une maison religieuse
très austère à l´écart de la ville d´Yvetot, que le jeune
élève fait connaissance avec le collège. Même si Guy, au
21 caractère poli, docile et assidu à sa tâche, travaille bien, il
s´y déplaît cependant beaucoup et, en conséquence, ne
tarde pas à essayer de s´en évader.
Cette atmosphère religieuse et extrêmement étriquée,
pour lui trop « curé », lui devient insupportable : « Je ne
sais si tu connais cette baraque, couvent triste où règnent
les curés, l´hypocrisie, l´ennui etc. et d´où s´exhale une
odeur de soutane qui se répand dans toute la ville », se
plaint-il dans une lettre du mois d´avril 1868, écrite à son
cousin Louis Le Poittevin, fils d´Alfred Le Poittevin.
Il est tellement malheureux dans cet établissement reli-
gieux qu´il ne joue presque pas du tout. Il n´a pas de
camarades et passe ses heures à regretter la maison pleu-
rant dans son lit, raconte-t-il.
« Quand le directeur et les pions furent endormis, nous
nous empressâmes de vider le garde-manger et la cave…
Une bombance de tous les diables ! Comme j´étais un des
meneurs, ça me valut la porte ! » a-t-il raconté plus tard à
son valet de chambre, François Tassart.
Guy a maintenant quatorze ans et quelques années plus
tard, à l´âge de dix-sept ans, il est expulsé avant la fin de
la seconde pour avoir écrit une épître en vers trop « li-
bre ».
« Ce garnement a le diable dans la peau ! » s´indigne
son maître, M.Labbé.
Guy termine l´année scolaire chez lui, probablement en
1868.
Dans une lettre à Flaubert du 17 octobre 1879, il con-
firme que c´est à dix-sept ans qu´il avait été renvoyé
d´« une maison ecclésiastique pour irreligion et scandales
divers. »
Il paraît qu´il avait donc été expulsé, officiellement, à
cause d´une épître, sans doute considérée trop libre, qu´il
avait dédiée à une amie :

22 « Vous m´avez dit : « Chantez des fêtes…
Chantez le bonheur des amants »
Mais dans le cloître solitaire
Où nous sommes ensevelis
Nous ne connaissons sur la terre
Que soutanes et que surplis. »

23


Chapitre 3.
Vacances à Étretat



Les vacances passées à Étretat où il avait partagé la vie
des pêcheurs pendant son enfance et son adolescence,
avaient donc été une sorte d´oisiveté vagabonde de grande
liberté, tantôt avec des sorties en mer avec les marins du
pays et quelques amis à bord d´un petit bateau, parfois par
des temps difficiles : « Rien ne nous arrêtait », raconte-t-il,
« nous gravissions des lames monstres pour aller au large
chercher soit des turbots, soit des harengs, selon la sai-
son », tantôt avec des promenades au bord de la mer et
dans la campagne normande, une joie qu´il exprime plus
tard, entre autres, dans la nouvelle La Mère Sauvage.
En fait, quel grand contraste avec la discipline sévère
de la maison ecclésiastique d´Yvetot !
« J´aimais ce pays infiniment. Il est des coins… qui ont
pour les yeux un charme sensuel. On les aime d´un amour
physique… Nous gardons… des souvenirs… qui nous
laissent dans l´âme et dans la chair un désir inapaisé,
inoubliable, la sensation du bonheur coudoyé », écrit-il
dans cette nouvelle.
Un jour, Guy, assis sur les galets de la plage, découvre
quelques baigneuses parisiennes dont une surtout attire
l´attention du jeune homme. Elle lui adresse la parole en
se présentant : « Je m´appelle Fanny. Nous savons que
vous êtes très connu ; on vous appelle le poète. J´aimerais
que vous écriviez des vers pour moi ! »
Le soir même, il écrit un poème pour elle, tout amou-
reux de cette belle fille rieuse.
25 Le lendemain matin, il retourne à la plage où il retrouve
Fanny entourée de ses amis. Il lui remet le poème dont elle
le remercie beaucoup.
Quleques jours plus tard, il s´approche du chalet où ha-
bite cette fille pendant les vacances. Mais en s´approchant,
il entend des éclats de rire. C´est Fanny qui lit à ses cama-
rades, garçons et filles, le poème qu´il lui a écrit.
En fait, tous rient de ce poème en se moquant ouverte-
ment du jeune poète.
Très offensé, Guy s´en va mais il n´oubliera jamais la
belle fille trompeuse qu´il ne reverra plus jamais.
Il paraît que ce spectacle humiliant aurait marqué de
son empreinte pour toujours le comportement de Maupas-
sant envers les femmes qu´il rencontrera plus tard dans la
vie.
Évidemment, il est difficile d´évaluer l´importance de
cet incident pour son attitude à l égard du sexe opposé.
Toujours est-il que le seul but de ce grand collectionneur
de femmes sera plutôt par la suite de satisfaire en tant que
séducteur cynique les désirs charnels de son tempérament.
Le sauvetage de Swinburne
Un jour d´été en 1866, Guy va tout à fait par hasard
faire connaissance avec un écrivain anglais en vacances à
Étretat où ce dernier habite dans un chalet chez un compa-
triote.
Flânant sur la plage de galets, Guy découvre brusque-
ment un homme qui est en danger de se noyer dans une
mer très houleuse.
Bon nageur, Guy, sans hésiter, se jette dans l´eau et ré-
ussit à ramener sain et sauf sur la plage l´homme qui sent
l´alcool.
— Je m´appelle Swinburne, dit l´homme en remerciant
son sauveur.
26 Cet homme, auteur de poèmes et de ballades et grand
admirateur d´Edgar Poe et de Baudelaire, est un des écri-
vains les plus typiques de la sensibilité décadente. De
petite taille et très maigre, il est décrit comme un « démo-
niaque » qui aggravait ses dispositions naturelles en
buvant sans modération.
Enfin remis de ses émotions, Swinburne invite à dîner
son sauveur dans le chalet de son hôte.
Ce dernier, donc Anglais lui aussi et un grand original
du nom de Powel, a un singe, tout habillé, qui court libre-
ment dans la maison.
Découvrant des tableaux pour le moins bizarres qui dé-
corent les murs, telle une aquarelle représentant une tête
de mort qui navigue dans une coquille rose sous une lu-
mière à figure humaine, Guy trouve que cette maison est
bien un lieu où l´on célèbre le surnaturel, le fantastique et
le mystère, thème intarissable dans ses futurs contes et
nouvelles.
Mais ce qui le frappe le plus, ce sont des ossements
avec des traces de sang ancien traînant sur les tables et une
main d´écorché qui a gardé sa peau séchée, cette dernière
ayant donné le titre au conte La Main d´écorché, publié
sous la signature Joseph Prunier en 1875.
Ces deux hommes excentriques font aussi voir au jeune
Guy des planches de grande obscénité, tout en lui servant
des verres de liqueur forte.
Suffoqué par tout ce qu´il voit dans la maison pleine de
choses affreuses, Guy, pris au dépourvu, répond tout court
quand M.Powell lui demande son nom : « J´ai nom Mau-
vais Passant. »
Et pour comble de bizzareries, on lui sert un rôti de
singe ! Tout à fait écoeuré par l´odeur dégoûtante que ré-
pand ce singe à la broche, Guy s´en va sans jamais y
revenir malgré une deuxième invitation.
27


Chapitre 4.
Lycée Corneille à Rouen



Maupassant entre comme interne au lycée Corneille de
Rouen au printemps de 1868 pour achever sa rhétorique.
Il s´y plaît beaucoup d´autant plus que sa mère qui a
toujours été un appui pour son fils pressentant l absence du
père comme un grand vide, s´est installée temporairement
dans cette ville.
Comme à Yvetot, Guy continue à dévorer des auteurs
français, les classiques et certains philosophes dont il avait
déjà découvert Laclos, Spencer et Schopenhauer, le philo-
sophe allemand qu´il citera jusque dans Les Dimanches
d´un Bourgeois de Paris.
Comme il continue également à versifier, il est content
de pouvoir aller voir son correspondant, le bibliothécaire
et poète, Louis Bouilhet à qui il montre ses vers pour avoir
le jugement de celui-ci sur ce qu´il a écrit.
Cet homme, donc à peu près du même âge que la mère
de Guy et ancien condisciple de Flaubert et d´Alfred Le
Poittevin, l´oncle de Guy. a contribué au développement
intellectuel du jeune lycéen Maupassant pour qui il était
devenu une sorte de père de substitution.
C´est aussi à Rouen que Guy rencontre Flaubert qui ne
visite pas seulement la foire Saint-Romain mais déambule
aussi souvent dans les rues mal famées des bas quartiers
de la ville.
Bouilhet se rend souvent avec son « poulain » et jeune
correspondant chez Flaubert à Croisset où les trois parlent
littérature.
29 Les deux « anciens » donnent de bons conseils au jeune
Guy qui leur montre ce qu´il a écrit : essais et vers.
Bouilhet, son illustre ami sévère qui avait pris son jeune
correspondant en affection dès le début de leur connais-
sance, n´hésite pas à le critiquer en faisant la grimace à la
lecture de ses vers : « Tes alexandrins sont filandreux mais
j´en ai lu de plus mauvais. »
Et d´ajouter d´un regard malicieux : « Bah ! Ils passe-
ront avec le champagne ! »

Quelques années plus tard, Flaubert donne son avis sur
le caractère et l´aptitude de Guy dans une lettre du 23 fé-
vrier 1873 à sa vieille amie de jeunesse, Laure : « Je
voulais t´écrire pour te faire une déclaration de tendresse à
l´endroit de ton fils. Tu ne saurais croire comme je le
trouve charmant, intelligent, sensé, spirituel, bref, sympa-
thique ! Malgré la différence de nos âges, je le regarde
comme un ami… il faut encourager ton fils dans le goût
qu´il a pour les vers… il aura peut-être du talent : qui
sait ? Il n´a pas jusqu´à présent assez produit pour que je
me permette de tirer son horoscope poétique… » Un peu
plus loin dans la lettre, Flaubert recommande à Laure que
Guy entreprenne « une oeuvre de longue haleine, fût-elle
détestable », avant de se faire publier car il est d´avis qu´il
gagnera de l´originalité avec le temps.
En effet, cette recommandation sera suivie à la lettre
par le jeune disciple qui, en 1877, avait déjà beaucoup
écrit sans rien publier, sauf quelques vers, des chroniques
et deux ou trois contes.
Finalement, Flaubert dit deux mots sur la bourgeoisie et
la démocratie qui lui sont aussi haïssables que condamna-
bles, idée que son disciple Guy partagera entièrement.
La même année qu´il achève son roman, LÉducation
sentimentale, en 1869, Flaubert apprend avec consterna-
tion la mort de son ancien camarade de classe et
« accoucheur littéraire », Louis Bouilhet, le 18 juillet.
30 Il annonce la triste nouvelle à ses amis ainsi : « J´ai à
vous annoncer la mort de mon pauvre Bouilhet. »
C´est seulement quelques jours avant son baccalauréat
à Caen, le 27 juillet 1869, que Guy, lui aussi abruti de
chagrin, apprend qu´il a perdu un cher correspondant, un
précieux mentor et donneur de notions littéraires.
« Je me rappelle la foule incohérente, piétinant ses
fleurs, écrasant les plates-bandes… pour se presser autour
du lourd cercueil de chêne », écrit Maupassant plus tard à
ce propos.
31


Chapitre 5.
Études de droit à Paris
et la guerre franco-prussienne



Après avoir passé le baccalauréat en 1869, Maupassant
quitte Rouen pour préparer une licence de droit à Paris où
il s´inscrit à la Faculté de droit en octobre de cette même
année.
Il s´ínstalle dans l´immeuble où habite son père qui lui
a alloué une petite pension, juste de quoi vivre très modes-
tement.
C´est à la faculté qu´il retrouve quelques anciens cama-
rades de classe du lycée de Rouen dont Robert Pinchon
qui fréquente un atelier de sculpture à Paris. C´est avec un
veritable émerveillement que Maupassant découvre Paris
en compagnie de son camarade.
Les deux amis ne font pas que des études de droit ; ils
flânent aussi souvent à longueur de journée sur les grands
boulevards, ne manquant pas non plus de fréquenter les
« lorettes », ces filles de petite vertu qu´ils trouvent surtout
à Montmartre.
Cette vie insoucieuse, qui alterne avec des études plus
ou moins sérieuses, dure quelques mois quand tombe la
nouvelle de la déclaration de guerre à la Prusse en 1870.
Guy, alors âgé de vingt ans, est mobilisé à Vincennes.
Il part pour l´armée, affecté à l´Intendance, tout d´abord à
Rouen en tant que commis aux écritures. Le « deuxième »
soldat, ou plutôt soldat de deuxième classe, Maupassant,
sans avoir participé aux pires horreurs des combats, lutte
sous la neige à la campagne de l´Eure.
33 « Ils avaient une artillerie terrible pour nous décimer à
distance », raconte-t-il plus tard. « Nos lèvres frisson-
naient… mais ce n´était pas de froid, c´était une fièvre
nerveuse… tant nous avions maudit les traîtres qui nous
avaient placés dans une pareille situation. »
Lui qui, comme tous ses compagnons d´armes, avait
cru à une victoire rapide, ne voit tout autour de lui que des
soldats en guenilles, des uniformes souillés… c´est une
armée en déroute, c´est la débâcle totale de l´armée fran-
çaise.
Avant la défaite définitive, Maupassant avait failli être
pris. Il s´était réfugié dans une vieille maison qui semblait
abandonnée où il est arrivé après avoir marché toute la
nuit.
Brusquement, il découvre dans la cave glaciale de cette
maison en ruine une jeune femme assez forte.
Pris d´un désir brutal de la posséder, il s´approche
d´elle. Malgré les protestations de la pauvre femme, il la
couche sur la pierre glaciale de la cave. Elle lui donne son
nom, Adrienne Legay, ajoutant qu´elle habite à huit kilo-
mètres de Fécamp.
Le lendemain, Guy, pris d´état d´âme d´avoir abusé de
cette femme, écrit à sa mère mais sans lui en dire un mot,
bien entendu : « Je me suis sauvé avec notre armée en dé-
route. J´ai fait quinze lieues à pied. J´ai couché sur la
pierre dans une cave glaciale… »
Le 2 septembre 1870, Napoléon III capitule à Sedan et
quelques jours plus tard, le 4 septembre, la deuxième Ré-
publique est proclamée à Paris.
Pour Maupassant, autant profondément patriote qu´anti-
prussien, la Prusse incarne le militarisme pur et simple qui
cherche la guerre.
Dans beaucoup de ses récits, qui s´y réfèrent, le patriote
Maupassant vide ses haines en jetant l´anathème sur la
guerre et les envahisseurs qui, pour lui, sont des gens
abominables ; des bourreaux qui adorent la guerre et qui
34 ont infligé d´indicibles souffrances aux civils français sans
défense.
C´est aussi souvent le thème des récits dans lesquels il
parle de ce qu´il avait vécu pendant la guerre, tels Deux
Amis, L´Aventure de Walter Schnaffs, L´Horrible, Boule
de Suif, ce récit ayant pour modèle une femme, Elisabeth
Roussel, appelée Adrienne Legay, puis La Folle et La
Mère Sauvage, ce dernier conte présentant une femme
normande qui met le feu à la grange où se sont abrités
quelques soldats prussiens le soir même où elle avait ap-
pris l´affreuse nouvelle de la mort de son fils, fusillé par
l´ennemi contre le mur de cette grange.
C´est aussi dans les dernières lignes de ce conte que se
trouve l´enseignement moral de ses récits, inspirés par
cette guerre extrêmement cruelle qui avait tant marqué le
jeune soldat : « Moi qui pensais aux mères de ces quatre
doux garçons, brûlés là-dedans et à l´héroïsme atroce de
cette autre mère fusillée contre ce mur… »
35


Chapitre 6.
Fin de la guerre. Employé aux Ministères



Démobilisé en novembre 1871, Maupassant qui est res-
té à l´écart de la Commune, tout comme Flaubert,
d´ailleurs, est forcé de gagner sa vie tout seul puisque son
père, faute de ressources suffisantes, ne peut plus assumer
l´entretien de son fils à Paris. Ce dernier doit ainsi aban-
donner définitivement les études de droit, ce qu´il fait sans
regret car il avait été un étudiant très irrégulier et assez
indifférent pendant le temps passé à la Faculté.
Alors, il décide de poser sa candidature à un poste à
l´administration de la Marine et des Colonies en janvier
1872.
Or, la réponse est négative : il n´y a pas de place va-
cante.
Guy vit toujours uniquement de ce que son père lui al-
loue, ce qui n´est que le strict minimum.
Les deux parents de Guy ayant toujours été très dépen-
siers, la question d´argent avait constamment infecté la vie
familiale de ce couple.
Cette question brûlante provoque une véritable crise en-
tre père et fils qui, dans une lettre à sa mère, à qui il se
confie toujours, lui parle d´une querelle violente qu´il
vient d´avoir avec son père à propos de certains frais
d´entretien. Celui-ci, n´ayant pas accepté le compte rendu
des dépenses de son fils, lui demande tout simplement de
s´en aller où il voudra !
La rancune que Guy éprouve à l´égard de son père à
cette occasion est profonde et sur un ton cassant et très en
colère, il termine la lettre ainsi : « Ce n´est pas tout que
37 d´avoir un père – on a d´abord des enfants et si votre cons-
cience est muette à leur égard, au besoin, la loi des
hommes est là pour vous apprendre vos devoirs… Mainte-
nant cela devait finir – je sais ce qui me reste à faire. –
Adieu – et je suis parti comme une bombe… »
Or, la brouille entre père et fils sera de courte durée et
déjà quelques mois plus tard, Guy, grâce à l´influence dont
dispose son père auprès de certaines personnes au Minis-
tère, peut entrer dans les Bureaux de l´Administration
Centrale et de la Marine en mars 1872, sa nouvelle de-
mande ayant été favorablement prise en considération.
Là, sans être rémunéré en raison de l´excédent
d´employés, il remplit assidûment sa tâche jusqu´en octo-
bre de la même année où il est nommé surnuméraire à la
Direction des Colonies pour enfin être rétribué assez con-
ervenablement le 1 février 1873 : 125 francs par mois plus
une gratification annuelle de 150 francs, au total 2650
francs.
A la Marine où il sentait sa position compromise, il
avait perdu tout espoir d´avancer avant longtemps :
« Quant à moi, je suis dans la merde jusqu´au cou, plongé
dans des embarras et des tristesses inexprimables », se
plaint-il dans une lettre du dimanche 7 décembre 1878.
« Je n´ai pas un sou et à moins de me jeter dans la Seine,
je n´ai plus d´autre ressource. »

Maupassant restera dans l´administration jusqu´en
1878, l´année à laquelle il est attaché au ministère de
l´Instruction publique mais seulement après de nombreu-
ses démarches pleines de détours dont témoigne sa
correspondance avec Flaubert à cette époque.
Donc, après de nombreuses combinaisons tortueuses, il
entre ainsi enfin au ministère de l´Instruction publique,
sans doute grâce au grand prestige dont jouit Flaubert au-
près du ministre Agénor Bardoux.
38 Maintenant titulaire avec augmentation
d´appointements, il s´installe dans la même maison que
son père, rue Monory, dans une petite chambre qui donne
sur la cour avec, comme principale décoration, la main
d´écorché qu´il avait donc reçue de Swinburne à Étretat.
Commis consciencieux, Maupassant gagne vite la con-
fiance du chef du bureau, Xavier Charmes, et d´autres qui
le trouvent intelligent, capable et avec une excellente édu-
cation.
Toujours très soigneux de son apparence physique,
Maupassant est quelqu´un qui se fait remarquer tout de
suite par sa parfaite tenue vestimentaire. Et comme son
père, Guy n´est pas seulement un parfait dandy dont les
costumes bien coupés sont toujours à la mode mais aussi
un grand séducteur qui fait des ravages dans le coeur des
jeunes femmes…
Au début de son séjour au ministère, il semble content
de ses chefs et dans une lettre à Flaubert du 26 décembre
1878, il écrit ainsi : « Je jouis d´une haute considération.
Les directeurs me traitent avec déférence et les chefs de
bureau m´adorent. »
Or, il n´en est nullement de même pour les rapports
avec les collègues, jaloux, entre autres, de son grand suc-
cès auprès des femmes et de ses ambitions littéraires qui,
jusqu´alors, n´avaient pourtant pas eu de résultat sous
forme d´une œuvre paru sous son nom.
Ainsi est-ce avec une joie maligne que ceux-là
l´appellent « ce grand homme de province, le poète San-
sonnet », dont les vers et les sonnets, écrits sur les feuilles
du ministère, auraient été refusés partout.

Comme avant au cours de ses huit années passées dans
les bureaux des ministères, il ne tarde pas à s´ennuyer, vite
dégoûté non seulement de tout ce monotone travail bu-
reaucratique de paperasserie mais aussi de ses collègues :
« Mes collègues posent. Ils me trouvent, je crois, trop
39 simple ; Je vois les choses farces, farces, farces et d´autres
qui sont tristes, tristes, tristes ; en somme, tout le monde
est bête. bête, bête ici comme ailleurs », écrit-il à Flaubert
dans une lettre du 26 décembre.
Les journées grises passées dans son bureau lui inspi-
rent donc depuis longtemps un dégoût qui le maintient
dans un état de vague mélancolie. Dans une lettre à sa
mère du 3 septembre 1875, il se plaint d´un de ses chefs
ainsi : « Mon chef est plus grincheux que jamais. C´est un
vrai chardon… La journée me semble aujourd´hui d´une
longueur interminable… Il est quatre heures et demie. Je
ne suis venu au bureau qu´à midi et il me semble qu´il y a
au moins dix heures que je suis enfermé là-dedans. »
Chargé par son chef de gratter du papier à longueur de
journée, il trouve que le bureau est un enfer.
N´en pouvant plus, il crache un jour dans sa lettre à
Flaubert des imprécations sur la bureaucratie avec ses tra-
vaux machinaux, ordonnés par son chef lampiste dont il se
considère victime.

Même s´il s´est ennuyé énormément pendant les pres-
que dix années passées aux ministères différents, ces
années-là lui ont profité pour accumuler petit à petit des
observations sur la vie des employés et de leurs chefs.
« J´ai devant certains spectacles, qui me sont donnés
ici, des envies subites de crier comme si j´étais pris d´une
rage de dents. Oh le beau roman sur les ministères !!! »
s´exclame-t-il dans une lettre à Flaubert du 13 juin 1880
devant tout ce qu´il a vécu autour de lui dans
l´administration.
Toutes les impressions de son travail bureaucratique se
retrouvent dans des nouvelles, telles Les Dimanches d´un
Bourgeois de Paris, Le Parapluie, La Partie de Campa-
gne etc, textes qui comprennent au total plus de trois cents
pages auxquelles s´ajoute une myriade de personnages
secondaires. Ainsi l´écrivain a-t-il consacré une partie
40 considérable de son oeuvre à la médiocrité des bureaucra-
tes et de leur vie et où son grand pessimisme, déjà fixé
depuis ses dernières années de collège, s´exprime d´après
l´esprit des philosophes Spencer et Schopenhauer qu´il
cite, on le sait, dans Les Dimanches d´un Bourgeois de
Paris.
41


Chapitre 7.
La bande des cinq



Malgré toute la tristesse des bureaux, Guy a trouvé un
dérivatif : les parties de canotage qu´il fait sur la Seine,
souvent avec ses camarades Robert Pinchon, surnommé
La Toque ; Léon Fontaine appelé Petit Bleu ; un garçon
très soigné, surnommé N´a qu´un Oeil car il portait mono-
cle ; un autre encore à l´air sauvage et aux cheveux noirs
du nom de Paul Tomahawk et, finalement, Guy lui-même
« baptisé » Joseph Prunier.
C´est dans une préface, placée en tête de son ouvrage
intitulé « Souvenirs de Théâtre », que Robert Pinchon
parle de ses camarades : « Notre amitié datait de notre
jeunesse du temps du lycée de Rouen. Plus tard, nous de-
vions nous retrouver à Paris et dans sa jolie nouvelle
Mouche, publiée à la suite de L´Inutile Beauté en 1890,
Maupassant a raconté un épisode de nos relations
d´alors… Si l´aventure de « Mouche » a été beaucoup
exagerée pour les besoins du conteur, elle peut cependant
donner une idée de « la vie gaie » dont il parle.
Devenu un homme grave, j´ai néanmoins gardé le meil-
leur souvenir de ce temps heureux où, dans la bande, je
portais le surnom de la Toque quand Guy de Maupassant
répondait à celui de Joseph Prunier. »

En fait, le commis toujours élégamment habillé et cra-
vaté de noir quand il travaille au bureau, se transforme,
une fois dehors, en matelot robuste qui navigue à bord de
sa yole « l´Étretat » qu´il fait glisser le long des bords de
la Seine, entre Bezons et Sartrouville.
43 « Ma grande. ma seule, mon absorbante passion pen-
dant deux ans, ce fut la Seine ! » lance-t-il dans le conte
Mouche. C´est aussi au cours des parties de canotage qu´il
reprend goût à la vie. « Je canote, je me baigne, je me bai-
gne », écrit-il à sa mère le 29 juillet 1875.
« Les rats et les grenouilles », continue-t-il, « ont telle-
memnt l´habitude de voir me passer à toute heure de la
nuit avec ma lanterne à l´avant de mon canot qu´ils vien-
nent me souhaiter le bonsoir. Je manoeuvre mon gros
bateau comme un autre manoeuvrerait une yole et les ca-
notiers de mes amis qui demeurent à Bougival (2 heures
de Bezons) sont supercoquentieusement émerveillés quand
je viens vers minuit leur demander un verre de rhum. Je
travaille toujours à mes scènes de canotage dont je t´ai
parlé et je crois que je pourrai faire un petit livre assez
amusant et vrai en choisissant les meilleures des histoires
de canotiers que je connais en les augmentant, bro-
dant etc. etc. »

C´est aussi au cours de ses longues marches qu´il fait
connaissance avec des artistes peintres, tels Monet et
Courbet, ce dernier ayant « un esprit pesant mais précis,
plein de bon sens paysan, caché sous de grosses blagues »,
et dont l´impression va influencer son écriture.
Renoir avec son célèbre tableau Le Déjeuner des cano-
tiers où un des personnages ressemble à Guy, a dû
s´inspirer dans sa peinture des distractions des canotiers
maupassantiens.
Ainsi Maupassant évite-t-il de succomber au dégoût bu-
reaucratique en profitant des rares moments de congé pour
visiter, également à pied, les environs de Paris, souvent en
marchant loin.
Dans une autre lettre à sa mère du 20 septembre 1875,
il lui raconte une longue excursion à pied au cours de la-
quelle lui et quelques camarades ont visité les ruines du
château de Chevreuse placé sur une hauteur dominant une
44 vallée très jolie avec des points de vue ravissants et une
végétation remarquable.
Ensuite, ils se sont dirigés vers Cernay avec les Vaux
remplis de petites cascades. La vallée dans laquelle ils sont
descendus, les a éblouis par la merveilleuse beauté du pay-
sage ; devant eux, ils ont trouvé un étang planté de
roseaux.
Continuant leur chemin le long des étangs qu´ils ont
suivis pendant quelques kilomètres au milieu d´un passage
féerique, ils ont quand même été troublés par une quantité
prodigieuse de reptiles qui fuyaient devant eux.
« Il faut être marcheur pour aller jusqu´au bout », pour-
suit-il et termine sa longue lettre en parlant d´une nappe
d´eau avec « des roseaux sur les bords au milieu des cen-
taines de poules d´eau et sur la berge des douzaines de
chasseurs.
Nous marchions depuis 5 heures du matin et nous
avions fait 15 lieues ou si tu aimes mieux, 60 kilomètres,
environ 70.000 pas !!! Nos pieds étaient en marmelade ! »

C´est donc grâce à cet air pur que lui offrent les longues
marches à pied et aux promenades avec ses camarades sur
l´eau qu´il se requinque et recharge ses batteries.
Ces expériences aquatiques reviennent souvent dans ses
contes et récits où l´eau joue ainsi un grand rôle comme
dans la peinture et dans la musique de la deuxième moitié
edu XIX siècle.
Dans un préambule de quelques lignes du récit Sur
l´Eau, Maupassant présente au lecteur ce que l´eau et le
soleil, les nuages et les roches lui ont inspiré au cours
d´une croisière.
« Ce journal », écrit-il, « ne contient aucune histoire et
aucune aventure intéressantes. Ayant fait au printemps une
petite croisière sur les côtes de la Méditerranée, je me suis
amusé à écrire chaque jour ce que j´ai vu et ce que j´ai
pensé. En somme, j´ai vu de l´eau, du soleil, des nuages et
45 des roches et j´ai pensé simplement comme on pense
quand le flot vous berce, vous engourdit et vous pro-
mène. »

Les cinq camarades ne manquent pas de s´arrêter aux
nombreuses guinguettes qui se trouvent sur les bords de la
Seine avec des femmes faciles qui font tout pour exciter
l´appétit sexuel insatiable de ces canotiers aux mœurs sou-
vent agressivement brutales, appétit qui va coûter cher au
jeune Guy…
« De grandes filles aux cheveux roux », comme écrit
Maupassant dans Yvette, « étalant par-devant, la double
provocation de leur gorge et de leur croupe, circulaient,
l´œil accrochant, la lèvre rouge, aux trois quarts grises, des
mots obscènes à la bouche. »
En effet, Guy est un bel homme dans la fleur de l´âge
au début des années soixante-dix avant que la maladie ne
le détruise peu à peu.
Plus tard, dans Une Campagne, en 1881, Émile Zola
parle de lui comme « un fin mâle de taille moyenne, râblé,
les muscles dans la sang sous la peau, un terrible canotier
qui faisait pour son plaisir ses vingt lieues de Seine en un
jour », en ajoutant : « il apportait des histoires de femmes
stupéfiantes, des crâneries d´amour qui épanouissaient le
bon Flaubert dans un rire énorme. »
Guy, portant la moustache énorme qui, sans doute plai-
sait aux femmes, a très tôt renoncé à la barbe, peut-être
suite à un petit incident assez drôle dont il parle dans une
lettre à sa mère du 6 octobre 1875.
S´étant penché trop près d´une bougie, il avait mis feu à
la barbe : « …j´ai arrêté de suite l´incendie avec ma main
mais tout un côté était flambé et il a fallu me raser. »
Dans certains de ses contes de canotage, tel Mouche, il
devient même très personnel. Ainsi est-ce avec une cer-
taine nostalgie qu´il compare sa vie d´écrivain reconnu de
l´année 1890 à celle de jeune bureaucrate sans le sou, tou-
46 jours forcé de faire attention à ses dépenses : « Mainte-
nant, je suis un homme arrivé qui peut jeter de grosses
sommes pour un caprice d´une seconde… Comme c´était
simple, et bon, et difficile de vivre ainsi entre le bureau à
Paris et la rivière à Argenteuil ! »
Berthe Lamarre
Un jour, tout près du restaurant de La Grenouillère, à
Bougival, qui est le cabaret favori des peintres impres-
sionnistes et qu´il fréquente assidûment, Guy fait
connaissance avec la jeune fille Berthe Lamarre, une
charmante « grenouille ».
Il quitte le bateau pour aller à sa rencontre puis, après
s´être présenté sous le surnom de Joseph Prunier, il lui
offre de l´emmener déjeuner au restaurant La Grenouil-
lère.
La yole arrive devant le restaurant où les quatre jeunes
camarades attendent sur la berge de la Seine. Ceux-ci féli-
citent vivement Guy pour son « acquisition. » Il tend la
main à la jeune fille pour l´aider à débarquer puis tous
entrent déjeuner dans le restaurant où ils se mettent à leur
table habituelle ; chaque dimanche avec une fille diffé-
rente, d´ailleurs.
Il lui dit qu´il va l´appeler « Mouche » si un jour, il
écrit l´histoire de leur rencontre.
Guy laisse finalement ses camarades pour l´emmener
dans un coin tranquille de la berge où elle se laisse prendre
sans résistance par le jeune canotier très séduisant.
Par la suite, elle vient le voir souvent rue Moncey où il
a loué une chambre toute simple qui donne sur une petite
cour obscure.
Guy, qui se sent pour l´instant heureux auprès d´elle,
s´est vraiment attaché à elle.
47 Cette fille très gaie et rieuse a aussitôt conquis tout
l´équipage de la yole à bord de laquelle elle tient la place
de la barreuse.
Or, un jour, Guy a laissé Berthe seule avec ses quatre
amis.
A son retour, il apprend qu´elle est allée se promener
avec « Tomahawk ».
A la recherche de la « gaie » et libre Berthe, donc
« Mouche », il entend les rires et les soupirs amoureux des
deux amants de dessous le feuillage de quelques arbres,
étroitement enlacés…
C´est en écartant les branches qu´il a la preuve in-
contestable de la trahison de la part de la fille tant aimée.
Dégoûté et fâché, Guy ne veut plus d´elle.

Dans un fragment de lettre du 14 août 1873, Guy écrit à
un de la bande des cinq, « La Toque », donc Léon Fon-
taine, qu´il avait eu la visite de Paul, « Tomahawk »,
venant de Chaton avec Berthe et qu´il avait dû les raccom-
pagner dans la soirée.
« J´ai été obligé de m´embarquer à dix heures du soir
pour reconduire à leur nid ces deux tourteraux voyageurs ;
j´ai accompli sans accident ce dangereux voyage et pour
me récompenser, Berthe m´a montré son cul. »
La courte nouvelle Mouche
Comme on le sait déjà, nombreuses sont les nouvelles
de Maupassant qui sont inspirées par les parties de cano-
tage en compagnie des quatre camarades et auxquelles fait
allusion la correspondance maupassantienne jusqu´en
1880. C´est aussi le thème de la courte nouvelle Mouche
avec le sous-titre de « Souvenirs d´un canotier ». Histoire
largement dramatisée, dans laquelle il entreprend de dé-
crire la rencontre avec Berthe Lamarre si toutefois c´est
48 cette jeune fille qui est « Mademoiselle Mouche », ce qui
est loin d´être sûr car dans cette nouvelle, l´auteur mélange
étroitement la fiction et la réalité.
De toute façon, Mouche est un conte bien représentatif
de l´esprit richement imaginatif de l´ecrivain, manifesté
dans les nombreux récits sur les parties de canotage.
C´est à grand-peine que Guy et ses quatre amis ont ac-
quis la petite yole « Feuille-à-l´Envers » dont la gentille et
gaie mais impudique et grivoise Mademoiselle Mouche est
donc la barreuse.
Les cinq camarades apprennent d´elle-même pourquoi
on l´appelle « Mouche ».
C´est qu´elle fait penser à une petite cantharide, autre-
ment dit, à une espèce d´insecte, également nommé
« mouche d´Espagne ».
Cette « cantharide » qui attire tout et tous, commence
donc à troubler l´équipage tout entier de la yole, ne se con-
tentant pas à se tenir à un seul garçon de cette bande de
jeunes galopins.
En conséquence, elle tombe enceinte et comme la pa-
ternité est impossible à constater, elle les appelle tous ses
« cinq papas ».
Alors, ceux-ci se déclarent solidairement responsables,
prêts à adopter l´enfant attendu.
Or, un jour au moment de débarquer de la yole, Mou-
che glisse dans l´eau en heurtant de son ventre l´angle aigu
et disparaît dans l´eau.
Heureusement, enfin ramenée sur la berge et toujours
en vie, elle est portée à l´auberge où elle accouche d´un
garçon mort-né… Profondément attristée, elle pleure à
chaudes larmes.
« Console-toi, petite Mouche ! Console-toi ! Nous t´en
ferons un autre ! »
49