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Armée-Nation: divorce ou réconciliation ?

De
126 pages
Voici retracée l'histoire des rapports entre l'armée et la nation française depuis trente ans : en rappelant les luttes de la jeunesse contre les institutions militaires dans les années soixante-dix (objection de conscience, insoumission, comités de soldats), cette étude montrera la pacification progressive à partir des années quatre-vingt (retour de la gauche au pouvoir, consensus sur le nucléaire, transformation de la société militaire). Cette synthèse met en évidence des enjeux actuels de la défense française. Malgré la suspension de la conscription, l'armée reste bien l'affaire de tous les citoyens.
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ARMEE-NATION:
DIVORCE OU RECONCILIATION?

Histoire de la défense Collection dirigée par Sophie de Lastours
Cette collection se propose d'étudier les différents aspects qui composent l'histoire de la défense. La guerre, la technologie, la sécurité n'ont cessé de se transformer, de se construire et même de se détruire les unes par rapport aux autres. Elles sont en perpétuelle mutation. L'apparition de nouvelles menaces a toujours conduit les sociétés à tenter de s'adapter avec plus ou moins de succès et parfois à contre-courant des idées reçues. Des questions seront soulevées et des réponses données, même si beaucoup d'interrogations demeurent. L'histoire, la géographie, le droit, la politique, la doctrine, la diplomatie, l'armement sont tous au cœur de la défense et interfèrent par de multiples combinaisons. Ces sujets contribuent à poser les défis et les limites du domaine de la défense à travers le temps en replaçant les évènements dans leur contexte. On dit par exemple que dans ce XXIe siècle naissant, les guerres entre Etats sont en train de devenir anachroniques au bénéfice de conflits tribaux ou religieux, mais seules des comparaisons, des études détaillées qui s'étendent sur le long parcours de l' histoire permettront de le vérifier.

Déjà parus
Jean-Paul MAHUAULT, L'épopée marocaine de la légion étrangère, 1903 -1934, ou Trente années au Maroc, 2005. Association nationale pour le souvenir des Dardanelles et Fronts d'Orient, Dardanelles Orient Levant 1915-1921. Ce que les combattants ont écrit, 2005. Jean-Pierre MARTIN, Les aigles du Frioland, 2004. Marie LARROUMET, Mythe et images de la légion étrangère, 2004. Olivier POTTIER, Les bases américaines en France (1950-1967), 2003. Honoré COQUET, Les Alpes, enjeu des puissances européennes. L'union européenne à l'école des Alpes ?, 2003. Jacques BAUD, Les forces spéciales de l'Organisation du Traité de Varsovie (1917-2000), 2002. Amaury CARRE de MALBECK, Le Cadre juridique des Opérations extérieures de la France aujourd'hui, 2002.

~ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8261-2 EAN : 9782747582612

Olivier POTTIER

ARMEE-NATION: DIVORCE OU RECONCILIATION?
De la loi Debré à la réforme du service national 1970-2004

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L. u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan ItaIia Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALlE

DU MEME AUTEUR Les bases américaines en France (1950 - 1967), Paris: L'Harmattan (coll. Histoire de la Défense), 2003

INTRODUCTION ARMEE - NATION: LA FIN D'UN DEBAT?

En ce début de siècle, les questions de défense ne constituent plus, en France, un sujet réel de débat. Il y a encore trente ans, l'année et la défense étaient en question. Le débat n'était certes pas serein mais il avait le mérite d'exister et surtout de poser à nouveau deux questions qui ont traversé les XIXème et XXème siècles: l'existence d'une année est-elle légitime? Si l'on en admet le principe, comment doit-elle être organisée? Pour ou Contre l'armée? L'antimilitarisme propose la suppression de l'année, considérée non seulement comme un instrument d'oppression étatique mais également comme un obstacle à l'union des peuples. Il se distingue du pacifisme car les pacifistes ne se définissent pas nécessairement comme antimilitaristes (c'est le cas d'un Jaurès qui veut la paix mais imagine les bases d'une année nouvelle) et inversement, un antimilitariste qui se dirait révolutionnaire ne serait pas nécessairement pacifiste. L'antimilitarisme se trouve au carrefour des idéologies anarchiste et socialiste. Pourtant, après avoir connu un âge d'or au début du XXème siècle, l'antimilitarisme se marginalise: les socialistes s'en écartent sous l'impulsion de Jaurès mais aussi de Gustave Hervé, antimilitariste qui se convertit au patriotisme en 1912. L'Union sacrée de 1914 ruine les espoirs de l'antimilitarisme. A partir de 1918, celui-ci se cantonne au mouvement anarchiste même s'il est parfois rejoint par d'autres forces politiques (notamment lorsque le tout jeune Parti communiste en 1926-1927 lance des campagnes contre l'armée "bourgeoise"). Encouragé par le souvenir de la Grande Guerre, le pacifisme, au contraire, se développe et traverse même le clivage gauche-droite (il y a désonnais un pacifisme de droite) tandis que progresse un pacifisme d'inspiration chrétienne,

avec le Mouvement Chrétien pour la Paix, créé en 1923 pour promouvoir la réconciliation franco-allemande. Celui-ci s'étend d'ailleurs encore après la Seconde Guerre mondiale avec Pax Christi, fondé à Lourdes en mars 1945 qui cherche d'abord à rapprocher catholiques français et allemands avant de se transformer en une association internationale en faveur de la paix. L'expérience de la Seconde Guerre mondiale remet en cause les positions antimilitaristes et pacifistes puisque seule la lutte armée a pu avoir raison du nazisme et du fascisme. Pendant la guerre froide, le pacifisme renaît, sous l'impulsion du Parti communiste, avec l'appel de Stockholm: on dénonce alors la bombe atomique et la course aux armements. A la fin des années soixante, se développe, au sein de la jeunesse, un nouveau pacifisme fondé d'une part sur l'opposition à la guerre du Vietnam et, d'autre part, sur le mouvement hippie qui est né aux Etats-Unis (lesflower children). L'antimilitarisme connaît alors une nouvelle popularité puisqu'il se définit désormais comme résolument non-violent. Pour ou contre le service militaire? L'idée d'un service militaire universel est essentiellement portée par les républicains. Ceux-ci se fondent sur l'oeuvre de la Révolution Française et notamment sur deux événements symboliques: la bataille de Valmy et la loi Jourdan. Pour les républicains, à Valmy, le 20 septembre 1792, c'est la Nation en armes qui vient défendre la révolution contre le retour du despotisme, incarné par les Prussiens et les Emigrés ; la loi Jourdan de septembre 1798 est censée établir un service militaire pour tous et ainsi mettre fin aux inégalités générées par le tirage au sort (pour le recrutement dans la milice d'Ancien Régime) et les réquisitions (lors des levées en masse de la Révolution). La réalité de ces deux événements est pourtant différente du mythe qui en a été formé au cours du XIXème siècle : Valmy est la victoire moins de l'armée de conscription (qui n'existait pas encore) que de l'amalgame entre l'ancienne armée de la monarchie et la nouvelle armée des volontaires de la Révolution; la loi Jourdan, quant à elle, 6

instaure une conscription universelle mais tous les jeunes hommes n'auront pas à servir sous les drapeaux (le pouvoir législatif fixe le contingent nécessaire en fonction des besoins du moment) et son application est très difficile au point que réapparaissent, progressivement, tirages au sort et remplacements (possibilité offerte à un conscrit de s'acheter un remplaçant). Au cours du XIXème siècle, le projet républicain d'une armée de conscription se précise et aboutit à la loi de 1905 qui instaure finalement le service militaire universel, obligatoire et personnel. Comme le remarque Patrice Buffotot, la discussion de cette loi fait apparaître les trois thématiques qui traverseront le siècle: "la thématique républicaine avec l'armée de conscription, la thématique de la droite avec l'armée de métier et la thématique socialiste avec les milices".1 Le projet d'armée nouvelle présenté par Jean Jaurès en 1910-1911 formule l'idée de la nation armée, fondée sur un système de milices, et concilie pacifisme et patriotisme: les idées de Jaurès ont une influence déterminante sur le courant socialiste. A l'opposé, l'idée d'une armée de métier trouve une nouvelle jeunesse sous la plume du lieutenant-colonel de Gaulle dans son ouvrage publié en 1934, Vers l'armée de métier. Charles de Gaulle défend le principe d'une armée formée de troupes professionnelles, seules aptes à défendre le territoire français si l'on consent à les doter des moyens techniques les plus modernes (divisions blindées et motorisées). Ses conceptions font alors peu d'adeptes tandis que, venues aussi bien des plus hauts dignitaires militaires que de la gauche, les critiques sont nombreuses. La Seconde Guerre mondiale interrompt le débat. Il ressurgit au début des années soixante-dix, notamment au moment où Pierre Messmer, ancien ministre de la Défense et Jean-Pierre Chevènement, chef de file de la gauche du Parti Socialiste, publient un ouvrage commun, fondé sur leur propre débat.2

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La République et son armée à l'aube du XXIème siècle Le double débat sur l'armée que nous venons d'évoquer semble aujourd'hui quelque peu désuet, tant domine l'impression que les questions de défense se sont dissoutes dans le consensus qui unit la gauche et la droite. Ce consensus s'est sans doute diffusé dans l'opinion qui, lors du passage à l'armée professionnelle en 1996-1997, ne s'est pas mobilisée sur le projet de cette armée nouvelle proposé par l'essentiel des forces de droite et accepté par la majorité de la gauche. Il est vrai que c'est surtout en temps de guerre que les questions militaires deviennent plus pressantes aux yeux de la population. Depuis 1962, la France vit en paix, ce qui n'est pas sans influence, à la longue, sur l'intérêt porté par la société civile aux questions de défense et sur l'évolution des rapports entre armée et nation. L'étude de ces rapports ne doit d'ailleurs pas se limiter à l'évocation des grands débats qui concernent l'armée, elle doit aussi montrer la place que celle-ci tient dans la nation et, pour ce faire, ne négliger aucun point de vue ni aucun angle de vision, qu'il s'agisse du politique, du culturel ou de l'économique. Le présent ouvrage cherchera donc à comprendre pourquoi le débat sur les questions militaires tend à s'épuiser mais il s'efforcera aussi de décrire les relations que civils et militaires entretiennent, au quotidien comme dans les événements plus exceptionnels de l'existence (tensions, crises, catastrophes, etc.). Nous avons choisi de commencer notre étude en 1970, à un moment où, dans la mouvance de mai 1968, l'armée et la politique de défense de la République sont mises en question: partie des étudiants qui critiquent les effets de la loi Debré de 1970, la contestation gagne les appelés avec la création de comités de soldats, tandis que les pacifistes luttent pour l'objection de conscience et que l'antimilitarisme se développe. Nous verrons que cette contestation de l'armée, pour être virulente, n'en est pas moins limitée, par le nombre et dans le temps. La décennie suivante, qui voit le retour de la gauche au pouvoir, n'imprime pas de changement notable dans la politique et l'organisation militaires de la France. Bien au 8

contraire, un rapprochement entre la gauche et l'armée est esquissé, tandis que le consensus sur les questions de défense se renforce et que la société militaire se modifie de façon notable. Les années quatre-vingt-dix semblent marquer l'établissement de nouveaux liens entre l'armée et la nation, notamment au moment de la guerre du Golfe et lors de l'entrée en vigueur de la loi de 1997 qui suspend l'appel sous les drapeaux. A l'issue de cette histoire, il nous appartiendra d'ébaucher la forme que cette relation a prise, alors que naît une nouvelle armée et que, parallèlement, se forme une nouvelle nation.

NOTES

1 _

BUFFOTOT, Patrice, Le Socialisme français et la guerre 1871-1998,

Bruxelles, Paris, Bruylant-LGDJ, 1998, pp. 39-40. 2 _ Le service militaire, Paris, Balland, 1977.

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Première Partie LES ANNEES SOIXANTE-DIX: L'ERE DU SOUPCON