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Enjeux géostratégiques et conflits politiques en Afrique noire

De
421 pages
Au-delà des analyses juridico-institutionnelles, anthropologiques, ethnologiques et socio-historiques des conflits politiques qui transforment le développement dans de nombreux pays africains en mythe de Sisyphe, cet ouvrage démontre que les conditions dans lesquelles les pays africains ont obtenu leur indépendance les exposaient aux violences actuelles. La politique interne des pays tout comme leur sécurité dépendent des rivalités géostratégiques entre grandes puissances et entre multinationales à visée stratégique.
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Enjeux géostratégiques et conflits politiques en Afrique noire

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06114-9 EAN: 9782296061149

Alain FOGUE TEDOM

Enjeux géostratégiques et conflits politiques en Afrique noire

Préface d'Athanase

Bopda

L' Harl1lattan

Collection Défense, Stratégie & Relations Internationales (D.S.R.I) (Dirigée par Manga-Akoa François)
Depuis la chute du Mur de Berlin le 09 novembre 1989 qui a entraîné celle du Bloc socialiste est-européen dirigé et dominé par l'Union soviétique, puis celle de l'URSS le 08 décembre 1991, signant ainsi la fin de l'affrontement entre les pays du pacte de Varsovie et ceux de l'OTAN, la guerre a pris plusieurs formes inédites jusqu'alors. Le terrorisme international, les guerres asymétriques, la guerre économique se sont exacerbés grâce au développement exponentiel des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Par ailleurs, la privatisation de l'usage de la force, jusqu'alors réservé à l'Etat, a rendu possible l'externalisation de plusieurs services de l'Etat. En effet, plus que jamais, se vérifie l'adage de Héraclite qui affirme que la guerre est la mère de toute chose. Tel un veilleur qui attend l'aurore, la collection D.S.R.I scrute l'horizon de ce nouveau siècle, décrypte et prospecte l'actualité internationale en ses aspects politiques, diplomatiques, stratégiques et militaires. Dernières parutions
Côme Damien Georges A WOUMOU, Le Couple CamerounGabon au sein de la CEMAC, 2008. Albert LOROFI, La vie quotidienne des officiers de l'infanterie de marine pendant la conquête de la colonie du Soudan français (1890-1900), 2008. David NJILIE, Le Protocole dans la République, 2008. Etanislas NGODI, Pétrole et géopolitique en Afrique centrale, 2008. Issaka K. S~UARE, Guerres civiles et coups d'état en Afrique de l'ouest, 2007. Jean de PIERREFEU, Grand Quartier Général, 2006.

Préface
L'Afrique noire, a-t-elle un «je pense que je suis» géostratégique substantiel qui l'affmne au monde? Débordant cette question sans s'y arrêter, Alain Fogué Tédom édicte dans cet essai magnifique un appel sans réserve à la pro-activité géostratégique des africains eux-mêmes, rappelant à souhait non pas qu'il n'y a pas de dignité pour ceux qui attendent tout des autres mais, qu'il n'y pas d'avenir pour qui ne se constitue pas par soi-même comme sujet de son histoire! Loin d'être une source de peur, cet ouvrage à la critique sans manière se veut en fait une source d'optimisme entêté. Faisant sien le principe suivant lequel à cœur vaillant rien n'est impossible, son auteur appelle à la mêlée en jetant un regard critique et sans complaisance sur le passé récent d'une diplomatie et d'une géostratégie africaine toute faite de souffrances, de coups tordus, d'évolution en zig zag et, bien de fois, de démissions voire de trahisons. Pierre apportée à la construction d'une conscience debout d'une Afrique, inversant à la fois les lectures béatement optimistes et viscéralement pessimistes, ce travail est un hymne () une Afrique debout malgré tout. Car, si la production de la consistance géostratégique opposable à tiers est restée comme un angle mort du rétroviseur du continent africain sur son histoire, Alain F. T. n'oublie pas que la meilleure façon de se retrouver dans les choux serait de conduire le regard complètement rivé à un rétroviseur, fut-il celui d'une histoire qui suscite indignations, frustrations, rancœur et même tentation de la capitulation. Et quand c'est la jeunesse qui parle ainsi à travers lui, on ne peut s'empêcher de rêver sereinement que d'avenir; elle saura s'en construire un à la dimension de ses propres ambitions, des ambitions légitimes d'être témérairement quelque chose dans le monde. Un monde où personne n'est ni par lui-même de trop, ni de fait assigné à servitude; un monde donné en indivis que seuil' engagement sans recul à être entièrement soi-même permet de construire avec d'autres dans un partage sans division. En somme, Alain Fogué Tédom appelle de tous ses vœux l'Afrique noire à sortir de sa cécité stratégique, à construire son autonomie politique et économique. Pour lui, sans ces préalables, celle-ci ne peut s'assumer, s'assurer et se rassurer; elle ne peut s'ouvrir sur le monde, se mettre en route comme tout le monde ni se donner légitimement un destin. Athanase Bopda Co-coordinateur de l'Observatoire du Changement et de l'Innovation Sociale du Cameroun (OCISCA). Maître de recherche à l'Institut National de Cartographie de Yaoundé. Professeur Invité des Université de Paris 1 et de Paris 7

A Nathanaël Charles Maurice, Éléa Christine et Fabienne

Introduction
A. Pour une réévaluation de l'analyse des conflits africains
Commencées entre la fin des années 1950 et le début des années 1960, les indépendances ont été précédées en Afrique par des luttes politiques meurtrières. La transplantation sur le continent africain des rivalités Est-Ouest n'a fait que renforcer cet état d'insécurité. L'embrasement de l'Afrique australe illustre le funeste impact de la confrontation Est-Ouest en Afrique noire. La victoire du camp libéral sur le communisme, intervenue en 1989 à la suite de l'effondrement de l'URSS, n'a cependant pas permis à l'Afrique de rompre avec la violence et notamment avec celle d'origine politique. Au contraire, cette victoire a coïncidé avec la multiplication des affrontements liés au contrôle du
pOUVOIr.

Depuis 1990, l'Afrique est péniblement engagée sur la voie de la démocratisation. Ce processus de démocratisation est pour l'heure très agité. Il bute sur plusieurs obstacles et s'accompagne de violences, de conflits et de drames. Face à cetté situation, les Etats africains, l'Organisation de l'unité africaine (OUA)l, l'Organisation des nations unies (ONU) et l'ensemble de la communauté internationale s'avèrent impuissants. Le génocide de la population tutsie au Rwanda en 1994 est une illustration de la dramatique impuissance du monde entier devant de nombreux conflits qui ensanglantent ce continent (Angola, Liberia, Sierra Leone, Congo, République Démocratique du Congo, RCA, Côte-d'Ivoire, etc.). L'objectif de cette étude est d'analyser les causes des conflits d'origine interne qui minent l'Afrique noire depuis son accession à l'indépendance afin de les prévenir. Cette analyse fait le choix de ne traiter que des conflits politiques internes ayant pour théâtre l'Afrique noire et laisse donc de côté ceux ayant trait à l'Afrique du nord. L'Afrique noire est un ensemble politique hétérogène. Les différents pays qui la composent ne partagent pas la même culture politique, n'utilisent pas la même langue officielle, et quelquefois, entretiennent encore entre eux, les mêmes rivalités que celles qui existaient entre les anciennes puissances colonisatrices. La « balkanisation» de l'Afrique, décidée par les puissances européennes à Berlin entre 1884 et 1885 sur la base de l'inconciliabilité de leurs intérêts, présente une Afrique noire composée de pays colonisés par

1

Nous prenons ici en compte ses actions ou inactions pour la prévention des conflits sur le
africaine (D.A), la nouvelle organisation

continent avant son remplacement par l'Union panafricaine.

l'Allemagne, l'Angleterre, la Belgique, l'Espagne, la France ou le Portugal2. Malgré ses divergences, l'Afrique noire sera considérée ici comme un ensemble géographique, humain et politique homogène. Le processus de démocratisation engagé en 1990 en Afrique constitue le point de départ de cette étude. Il conviendra cependant d'élargir les références historiques et chronologiques afin de permettre une bonne compréhension des conflits analysés. La violence permanente qui règne dans nombre d'Etats est structurelle; elle est liée à la nature même des Etats et des régimes politiques africains3. Sans vouloir occulter la part de responsabilité de la colonisation, un dépassement du traditionnel procès du colonialisme s'impose dans la recherche des origines de cette violence. Les multiples difficultés que connaissent les Etats africains aujourd'hui posent aussi bien le problème de l'élite politique africaine4 que celui de la conception que les grandes puissances ont de la diplomatie depuis le
XVIIème siècle5.

2

A la suite de sa défaite dans la première Guerre mondiale, l'Allemagne a vu la France,

l'Angleterre et la Belgique se partager ses possessions coloniales en Afrique. 3 MEDARD (Jean François), «La spécificité des pouvoirs africains », Pouvoirs n025, Paris, 1985, pp. 5 - 21. 4 Poser ce problème de l'élite politique africaine c'est s'interroger sur sa légitimité politique, son aptitude à penser puis à mener les réformes politiques, économiques et sociales nécessaires pour sortir l'Afrique du sous-développement et de la dépendance. C'est également s'interroger sur sa capacité à comprendre les grands enjeux internationaux et surtout les analyser de façon à pouvoir définir puis défendre efficacement les intérêts vitaux du pays et du continent dont elle est à la tête. Le débat sur la compétence et l'aptitude des dirigeants africains s'alimente de situations telles, celle du président Léopold Sédar SENGHOR qui, ignorant visiblement l'interdépendance existant entre les différents secteurs d'une économie moderne, expliquait, en 1967, son action à la tête de l'Etat sénégalais en ces termes: « Nous avons choisi comme priorité non pas les infrastructures de transport et de communication, I'habitat et l' édilité, le commerce et le tourisme, mais la production, plus particulièrement industrielle et agricole» (<< Senghor: 1906 - 2001. Une vie, un siècle », in Jeune Afrique L'intelligent n02137 - 2138 du 25 décembre 2001 au 7 janvier 2002, pp. 47.) ou celle du président zimbabwéen, Robert MUGABE qui, au mépris des valeurs démocratiques et surtout de la paix, invitait à la veille de l'élection présidentielle de mars 2002 ses partisans à se préparer à la guerre, si nécessaire, pour empêcher l'opposition d'accéder au pouvoir. En effet, lors d'une intervention le 15 décembre 2001, le président MUGABE qui vraisemblablement n'avait pas tiré toutes les leçons des causes du génocide rwandais de 1994, déclarait aux militants de son parti, l'Union nationale africaine du Zimbabwe front patriotique, la ZANU PF : «nous aurons un commandement centralisé. C'est la guerre, il ne s'agit pas d'un jeu. Vous êtes des soldats de la ZANU - PF. (...) Lorsque l'heure sera venue de tirer avec des balles ou des bulletins de vote, votre trajectoire doit être bonne », in Courrier International n0583 du 3 au 9 janvier 2002, p. 21. 5 Voir KISSINGER (Henry), Diplomatie, Paris, 1996, 860 p.

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8

a - Une question de méthodologie La référence à l'histoire diplomatique, et précisément à la conception européenne de la politique étrangère, conduit à rechercher dans la théorie des relations internationales les éléments sur lesquels appuyer notre réflexion. Par rapport à la théorie des relations internationales, cette étude combine trois approches différentes: néoréaliste, dépendantialiste mais également une approche théorique, propre à l'analyse des conflits. L'analyse des conflits associe l'interprétation stratégique et sociologique6 ainsi que la démarche philosophique de la recherche de la paix? L'analyse des travaux consacrés aux conflits africains montre que très peu d'auteurs s'attardent sur les définitions et les concepts. C'est une erreur méthodologique lourde de conséquences pour les diagnostics finaux et donc pour les propositions devant nourrir le débat sur la prévention. Ces travaux ont tendance à amalgamer conflits politiques et conflits interétatiques. Il est donc important dans le cadre de cette étude d'établir une distinction nette entre les deux formes de conflit. Pour cela, il sera fait appel à la classification juridique traditionnelle des contlits8. Selon cette classification, le conflit juridique est celui dans lequel les protagonistes ont une-lecture différente de l'application ou de l'interprétation du droit existant; et le conflit politique, celui dans lequel les parties demandent au contraire la modification du droit existant9. Dans ce deuxième type de conflit, le but visé par les protagonistes est la transformation des relations politiques, juridiques, sociales et économiques. Du point de vue du droit international, le conflit politique qui est l'objet central de cette étude, est un sous contlit. Cependant, il constitue une véritable

6 La dimension sociologique aurait supposé que nous recourions à des entretiens avec les responsables politiques africains et étrangers et que nous cherchions à établir l'influence des lobbies et des réseaux sur l'action politique en Afrique. Une telle approche serait riche d'enseignements et conforterait certainement notre analyse. Cependant, compte tenu de la difficulté technique et matérielle de la mise en œuvre de cette démarche, notre travail est essentiellement fondé sur l'exploitation de sources et documents bibliographiques.
7

Cette démarchequi combineune conceptionphilosophiqueet juridique proposedeux approches

pour réaliser la paix qu'elle considère comme vitale. Elle met l'accent sur les efforts à fournir par la médiation pour tenter d'obtenir l'atténuation voire la fin du conflit. Contrairement à la diplomatie traditionnelle qui tente très souvent d'imposer la paix aux parties en conflit, la recherche de la paix s'efforce plutôt de leur démontrer les gains qu'elles seraient susceptibles d'engranger en transitant du conflit à la coopération. Cette orientation émane de l'école anglosaxonne de « Conflict Resolution ». Comme l'a fait l'école européenne de la « Peace Research », elle fonde aussi la réalisation de la paix sur l'instauration de la justice sociale.
8
9

Cf. VAN MINH (Tran), Droit International et Relations Internationales, chap. XIII, Les
Ibid. p. 312.

Conflits, Abidjan, Les Nouvelles Editions Africaines, Abidjan, Dakar, Lomé, 1982, pp. 311-340.

9

pandémie pour l'Afrique noireIO. Il est passé sous silence par les chartes des organisations intergouvernementales, notamment, celles de l'ONU et de l'Organisation de l'unité africaine (OUA)ll. b - La prévention et la gestion des conflits en question A la suite de l'effondrement du mur de Berlin en 1989 et du dépérissement du communisme, le monde est entré dans une phase de mutation qui a ouvert en Afrique et particulièrement en Afrique noire, une période d'effervescence politique générale. Avec les transformations internationales de la fin des années 1980 en effet, de nombreux pays africains, sous la pression de la rue et de la communauté internationale, se sont engagés sur la voie de la démocratisation. On espérait que ce processus de démocratisation conduirait l'Afrique noire sur le chemin de la paix et qu'il y introduirait enfin la sécurité et la stabilité. Mal négocié, celui-ci donne lieu depuis 1990 à de nombreux conflits aux conséquences dramatiques. Depuis le début de ce processus, les veilles et les lendemains d'élections en Afrique noire se transforment très régulièrement en moments de vives tensions politiques voire de confrontations armées. Parmi les conflits ou guerres civiles qui ont marqué cette région depuis le début ce processus de démocratisation, on peut citer le conflit libérien de 1990, le conflit rwandais de 1994, l'effondrement de l'ex-Zaïre survenu en 1996, le conflit du Congo-Brazzaville de 1997, le conflit burundais, le conflit centrafricain, le conflit sierra léonais, le conflit bissau guinéen, la réactivation du conflit angolais ou encore les crises cycliques centrafricaines ou ivoiriennes. L'inquiétude que suscite le développement de ces affrontements politiques justifie le volume des travaux consacrés aux questions de sécurité dans cette partie du mondeI2. Cependant, l'incapacité des Etats africains, des organisations
10 Voir Pouvoir et paix civile en Afrique, Paris, Présence Africaine, Col. Les Cahiers, 1996, où il est fait état de près de 8 millions de morts en Afrique, depuis les années 1960, à cause des guerres civiles et des rébellions internes, p. 9.
11

Si L'Union africaine se montre plus sensible à ce type de conflit, il faut souligner qu'il était

passé sous silence par l'OUA. 12 _ BARRY (Mamadou ALIOU), La Prévention des conflits en Afrique de l'Ouest, Paris, Karthala, 1997, 208p. - BRAECKMAN (Colette), Terreur Africaine, Burund,. Rwanda: les racines de la violence, Paris Fayard, 1996, 320p - BASTTISTELLA (Dario), (Dir), Guerres et conflits de l'après-guerre froide, Paris, La Documentation Française n0799-800, mars 1998, 120p. - BROOCKS (John B.P), A military model for conflict resolution in sub-saharan Africa, in Paraeters, US Army War College Quartely - Winter 1997-1998, IIp. - CONAC (Gérard) (Dir.), L'Afrique en transition vers le pluralisme politique, Paris, Economica, 1993, 516p. - Dossier « L'Afrique Réalités et Perspectives» n° 1, Grands Lacs: des changements pour quel avenir? Paris, juin juillet 1997, pp. 6 - 23. - Dossier «L'Afrique Réalités et Perspectives» n02, L'Afrique malade de ses armées, Paris, novembre décembre 1997, pp. 6 - 17.

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10

régionales, sous-régionales et de l'ONU à prévenir et à gérer efficacement les violences politiques demeure une réalité. C'est ce qui justifie l'objet de cette étude.

- FRANK

(Philippe), « Ethnies et partis: le cas du Congo », in Afrique Contemporaine, n0177, Paris, La Documentation Française, avril- juin 1997, pp. 3-15. - GAUD (Michel), Rwanda: « Le Génocide de 1994 : quelques repères historiques », in Afrique Contemporaine, n° 174, Paris, La Documentation Française, avril- juin 1995, pp. 3-8. - GAUD (Michel), « La tragédie rwandaise », in Problèmes Politiques et Sociaux, n0752, Paris, 28 juillet 1995, 78p. - GAUD (Michel), (Dir.), Du Zaïre au Congo, in Afrique Contemporaine, n0183, Paris, La
Documentation Française, juillet

- septembre

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- PRUNIER

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c - L'émancipation nécessité

politique

et stratégique

de l'Afrique

noire:

une

En général, les travaux de recherche ont pour finalité de permettre une compréhension toujours affinée du phénomène qu'ils étudient. De la qualité de ces travaux dépendra l'efficacité de l'action et notamment, l'action politique. Aussi, l'inefficacité actuelle des actions africaines et internationales face à l'insécurité en Afrique noire impose-t-elle un renouvellement de l'étude des conflits africains. Dans l'analyse de la genèse des conflits politiques africains, l'absence d'autonomie stratégique et politique des Etats est un facteur important mais très souvent ignorél3. Et pourtant, sans émancipation politique et stratégique, le continent noir ne peut ni construire, ni préserver sa sécurité. Cette pré condition est d'autant plus nécessaire qu'un examen du fonctionnement des Etats africains montre une dépendance stratégique et politiquel4 qui trahit leur extraversion. Elle est subordonnée à l'exorcisation de l'héritage colonial, à un engagement résolu en faveur du pluralisme politique et de la démocratie sans lesquels, ni la construction nationale, ni la cohésion sociale, levain de la maturation politique d'un peuple, ne sont possibles. En effet, ce n'est que lorsque la construction nationale et la cohésion sociale deviendront des acquis dans les Etats africains que ces derniers pourront, avec succès, s'inspirer de la clairvoyance stratégique d'un leader politique comme le général de GAULLE en France, pour tenter de réduire leur dépendance stratégique et politique. Après la seconde Guerre mondiale, la France était un pays ruiné. Sur le plan économique, financier, militaire et politique, elle était pratiquement sous tutelle américaine. Stratégiquement, elle était dépendante. Cette situation et le contexte de l'époque ne favorisaient pas le choix politique et stratégique sur lequel le
13

Jean-FrançoisBAYART, Achille MBEMBEet Comi TOULABORdans « La politique par le

bas en Afrique noire: contribution à une problématique de la démocratie », Paris, 1992, Karthala, 268p et Jean-François BAYART, Stephen ELIS et Béatrice HIBOU dans « La criminalisation de l'Etat en Afrique », Bruxelles, 1997, Complexes, 167p, soulignent avec assez de justesse certains maux qui fragilisent l'Etat en Afrique noire. Cependant, malgré la qualité de leurs analyses, ces auteurs ne prennent pas en compte la problématique du déficit d'autonomie stratégique de l'Etat africain. Leur description des dysfonctionnements de l'Etat en Afrique est juste mais elle ne souligne pas assez l'impact structurant de l'extraversion à l'origine de ces dysfonctionnements sur le continent. 14 L'extraversion stratégique et politique de l'Afrique a entraîné naturellement son extraversion économique. Celle-ci est plus visible puisqu'elle est quantifiable. Le cas du Gabon est exemplaire pour démontrer le caractère extraverti des économies africaines. Au Gabon par exemple, la production pétrolière, contrôlée à près de 60% par la compagnie française Elt: représentait, en 1997, 45% du PIB (Cf. Jean Pierre CORDIER, directeur général d'Elf Gabon sur Radio france internationale (RFI) le 23/02/99 à propos du poids de l'exploitation pétrolière sur le PIB gabonais). L'inconvénient de cette situation pour l'Etat gabonais c'est de ne pas disposer d'allié de revers dans une confrontation commerciale avec Elf. Dans cette étude cependant, nous ne nous attarderons pas beaucoup sur l'extraversion économique du continent noir. 12

général de GAULLE avait engagé son pays. En effet, pour bâtir l'indépendance politique et stratégique de la France au lendemain de la seconde Guerre mondiale, dès son retour au pouvoir grâce à la crise algérienne en 1958, il a entrepris, avec une certaine audace, de la soustraire de la tutelle politicostratégique américaine. Le génie stratégique de de GAULLE a consisté, dans cette situation politique délicate pour la France, à prendre conscience des lacunes de son pays par rapport à son puissant allié américain sans toutefois renoncer au projet de doter son pays d'une certaine autonomie politique et stratégique. Il a ainsi su, entre autres démarches politiques et stratégiques, donner à celui-ci les moyens de faire contribuer les Etats et l'élite politique de l'Afrique noire francophone à sa quête d'autonomie. Face à l'irréversible indépendance de ces Etats, il a substitué à la domination coloniale la coopération qui a permis à la France de faire de ses anciennes colonies, des marchepieds pour son rayonnement international. Face à une conjoncture politique internationale défavorable à son pays, le président français, après avoir pris en compte le rapport de force, a su installer son pays dans une dialectique des intelligences avec ses partenaires occidentaux tout comme avec ses colonies d'Afrique. Outre l'exemple de la reconstruction politique et stratégique de la France, les ambitions politiques qui, originellement, ont suscité le début de la construction de l'Union européenne doivent nourrir le débat sur l'urgence pour l'Afrique noire de se doter d'une autonomie stratégique. Sans cette autonomie, même relative, il n'est en effet pas raisonnable pour elle d'envisager la paix et la sécurité. C'est en voulant s'attaquer à leurs antagonismes traditionnels et atténuer leur dépendance vis-à-vis de la puissance américaine, que six pays européens dont la France avaient jeté les premières bases de la construction européenne au lendemain de la seconde Guerre mondiale. Parmi les travaux qui ont été effectués sur la sécurité en Afrique noire, nombreux sont ceux qui établissent le parallèle entre la naissance des conflits internes et la pression démographique, la rivalité ethnique ou l'ouverture démocratique initiée en 1990. Au terme de ce parallèle, ces travaux préconisent pour la prévention de ces conflits entre autres, la limitation et le contrôle des ventes d'armes, et souvent, la modification des frontières héritées de la colonisation. Sans ignorer les apports de ces travaux, il s'agit dans le cadre de cette étude de démontrer que les conflits politiques africains ne relèvent pas d'un simple accident de I'histoire. Ils ne se réduisent pas non plus aux rivalités tribales et religieuses. L'instabilité politique qui caractérise le continent noir, la grande vulnérabilité des Etats ainsi que leur dysfonctionnement chronique ont pour fondement l'absence d'autonomie politique et stratégique. Emerveillée par le tout nouveau statut international que venaient d'acquérir les anciennes colonies entre 1960 et 1970, l'élite politique africaine s'est contentée de l'indépendance juridique du continent noir. Elle n'a pas compris 13

que celle-ci ne saurait être une fin en soi dans l'évolution d'un pays, d'un continent. Aussi, s'est-elle montrée incapable d'enclencher l'émancipation politique de l'Afrique, de mener ce continent vers la modernité politique qui aurait servi de catalyseur au développement économique, social et humain. Dans les travaux de recherche sur la sécurité en Afrique noire, il est rarement fait allusion à l'absence d'autonomie stratégique et politique des Etats post-coloniaux. Cependant, peu d'auteurs posent clairement le problème de l'interdépendance entre la situation politique conflictuelle de plusieurs pays africains et les enjeux géopolitiques et géostratégique s des puissances occidentales en Afrique. On observe aussi que les relations entre responsables politiques africains et occidentaux, qui révèlent parfois une certaine connexion entre « princes du Sud et princes du Nord »15, sont très souvent ignorées dans l'étude des conflits africains. La connexion entre « princes du Sud et princes du Nord» se structure autour de relations plutôt patrimoniales. En se positionnant en gardiens des intérêts de certaines multinationalesl6, en servant de relais dans la confrontation entre grandes puissances en Afrique ou en finançant des carrières politiques en Occidentl7, les régimes africains sont parvenus à séduire une partie de l'élite politique occidentale. De cette séduction s'est développée une connivence entre les régimes africains et les démocraties occidentales. Les liens amicaux très étroits qui lient les gouvernements occidentaux à certains dirigeants africains sont un facteur structurant du déficit démocratique du continent et donc de sa vulnérabilité face aux conflitsl8.De tels liens permettent aux régimes autoritaires africains de jouir d'une sorte d'assurance-vie politique qui les rend peu réceptifs aux exigences de réformes institutionnelles, politiques et sociales qu'impose la situation générale des pays africains. Dans de nombreux cas, ces liens constituent un réel obstacle aussi bien pour le développement d'une opinion publique nationale que pour l'émergence d'une société démocratique. d - L'extraversion de l'Etat postcolonial: un handicap pour la construction de la paix en Afrique

L'extraversion des Etats africains, héritage de la pensée diplomatique européenne du XVII ème siècle, symbolisée par la connexion entre princes du Sud et princes du Nord, place les puissances occidentales et notamment les expuissances coloniales européennes au centre de l'analyse des conflits politiques

15

V. BADIE (Bernard), L'Etat importé: l'occidentalisation de l'ordre politique, Paris, Fayard,
du 12/11/96. Pp. 66 - 70. et Juvénal HABY ARIMANA dans

1992, 334p. 16 V. l'Express
17

18Cf. infra le poids de l'amitié entre François MITTERRAND le développement du confit rwandais de 1994 par exemple.

Cf. Pierre PEAN, Affaires africaines, Paris, Fayard, 1983, 340p.

14

internes africains. Cette réalité ne semble pas toujours bien analysée par les études précédentes. En effet, beaucoup d'analystes, soucieux de tenir rigoureusement compte de la souveraineté juridique des Etats africains, ne s'attardent pas sur l'extraversion du continent noir. En partant du principe que les États africains sont indépendants et donc souverains, ils s'interdisent de poser ouvertement le problème pourtant réel de leur dépendance politique et stratégique des Etats africains. Nombre d'auteurs considèrent, à tort, que les pays africains ont une vie politique interne autonome, guidée par des logiques internes. Cette approche est liée à l'interprétation du système interétatique qui régit la diplomatie internationalel9. Dans les relations internationales, il est en effet admis que la politique étrangère des Etats est structurée par leur politique intérieure. Ce principe reconnaît à tous les États une certaine autonomie pour organiser leur vie politique interne. Or, à partir de l'analyse de quelques cas concrets de conflits politiques internes survenus en Afrique noire, il apparaît que les pays africains ne sont pas toujours maîtres de leur politique interne, ce qui pose le problème central de l'extraversion étatique. L'extraversion des Etats africains renvoie à leur incapacité à maîtriser ou à contrôler, même de façon relative, leur destin et plus particulièrement, leur destin politique et stratégique vis-à-vis de leurs alliés. En réalité, le concept d'extraversion exprime ici la dépendance stratégique et politique des Etats africains. Cette dépendance qui facilite la défense des intérêts stratégiques occidentaux en Afrique, n'est pas seulement le résultat de la contrainte exercée sur les pays africains par leurs partenaires étrangers. Certes, pour de nombreuses raisons, les anciennes puissances colonisatrices en

- ARON (Raymond), édition, 794p; - DUROSELLE (Jean 19 _

Paix et guerre entre les Nations, Paris, Calmann-Lévy, Baptiste), La nature des Relations Internationales,

1968, 8e

in Politique

Internationale, automne 1979, pp. 109-123; - MORGHENTAU (Hans), Politic Among Nations, y ork, Alfred Knopf, 1985, 6e édition, 688p;

The Struggle for Power and Peace, New

- BRAILLARD
- CHALIAND

PUF, Que sais- je? n° 2456, 4e éditionmise àjour, 1988, 124p;
(Gérard), RAGEAU (Jean

(Philippe), REZA DJALILI (Mohammed), Les Relations Internationales, Paris,

force dans le monde, Paris Fayard, 2ème édition, 1988, 223p; ROCHE (Jean-Jacques), Théories des Relations Internationales, Paris, Montchrestien, Clefs/Politique, 1994, 152p; LEMARCHAND (Philippe) (Dir.), l'Afrique et l'Europe, Atlas du XXeme siècle, Bruxelles, Complexes, 2ème édition revue et remise à jour, 1994, 272; - HASSNER (Pierre), « Par-delà la guerre et la paix: violence et intervention après la guerre froide », in Etudes, Paris septembre 1996, pp. 149-157; - COLARD (Daniel), La Société Internationale après la guerre froide, Paris, Armand Colin, 1996 233p ;

- Pierre)

Atlas stratégique,

géopolitique

des rapports de

-

- ZORGBIBE

(Charles), 2813, 1993, 127p.

L'Après-guerre

froide

dans le monde,

Paris, PUF, Que sais-je?



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particulier et les grandes puissances en général, ont intérêt à voir cette dépendance se perpétuer. Mais il est juste de préciser que, contrairement à l'idée qui encadre l'approche impérialiste des relations internationales, et notamment l'analyse des dépendentialistes, l'Afrique noire ne subit pas forcément cette dépendance. Son élite politique semble y avoir vu très tôt le meilleur moyen de compenser son manque de légitimité. Elle semble aussi y avoir vu un moyen efficace pour se maintenir au pouvoir dans un environnement où la crise de la participation politique et le déficit démocratique rendent la sécurité à la tête du pouvoir incertaine. On observe que de nombreux pays d'Afrique noire doivent, plusieurs années après leur indépendance, recourir au parrainage extérieur de leurs alliés occidentaux afin de définir aussi bien leur politique intérieure que leur politique étrangère. Cette affirmation est grave; mais elle est bien fondée. La bataille politique offerte par l'ensemble de la classe politique sénégalaise à Paris le 21 octobre 1998, à l'occasion de la visite d'Etat du président sénégalais en France20, en est une bonne illustration. L'analyse des relations franco20 Cette visite était précédée par la révision constitutionnelle très contestée du 27 août 1998. Après les émeutes politiques survenues au Sénégal en 1991, afin de ramener le calme, le régime du président Abdou Diouf, sur proposition de la commission de la réforme du code électoral qui découle de la table ronde réunissant gouvernement et opposition, décide de la révision constitutionnelle du 22 août 1991. La nouvelle constitution ainsi adoptée stipule que le président de la République est élu pour un mandat de sept ans renouvelable une fois. Mais à la surprise générale, le 27 août 1998, à deux ans des élections présidentielles, le même président Diouf décide unilatéralement d'une nouvelle révision constitutionnelle supprimant l'article 21 : « le président, n'est rééligible qu'une seule fois », ainsi que les dispositions de l'article 28 qui exigeait la majorité absolue des suffrages exprimés, représentant au moins le quart des électeurs inscrits pour être élu au premier tour de la présidentielle. Cette opération qui atteste du drame que constitue l'alternance politique pour nombre de régimes africains, y compris pour ceux qui se plaisent à se présenter sur la scène internationale comme des modèles en matière de démocratie en Afrique, a naturellement mis l'opposition sénégalaise en colère. Profitant du voyage d'Etat du président Diouf à Paris, celle-ci est venue en France expliquer pourquoi elle est contre cette révision constitutionnelle. Le choix de Paris comme terrain de bataille de la politique interne sénégalaise n'est pas neutre. C'est ce qu'affirme explicitement Amath DANSAKHO, un des leaders de l'opposition sénégalaise lorsqu'il déclare: « Pourquoi nous qui voyons des Jaguars de l'armée française survoler Dakar, à la veille de chaque élection nationale, comme pour nous dire « si vous bougez, on vous casse la gueule », nous n'irons pas taper à la porte de ceux qu'Abdou Diouf considère comme le pouvoir réel au Sénégal? », Voir L'Autre Afrique n065 du 28 octobre au 3 novembre 1998, p. 14. Cette déclaration est une belle démonstration de ce qu'est l'extraversion étatique en Afrique noire. Les conséquences de cette situation sur la construction de la paix y sont nombreuses. L'extraversion étatique de l'Afrique ne favorise pas l'émergence d'une opinion publique nationale respectée tant par les pouvoirs politiques africains que par leurs partenaires occidentaux. Dans ce cas, il devient facile pour les régimes africains de se recroqueviller derrière leur prétendu souci de sécurité pour passer sous silence les droits les plus élémentaires des citoyens et surtout, pour imposer sous le regard complaisant de leurs alliés occidentaux, le respect de l'ordre. L'obsession des régimes africains pour l'ordre est régulièrement à la source de nombreux conflits politiques. L'extraversion relativise l'influence de l'opinion publique et des électeurs en Afrique noire car c'est à l'étranger que très souvent, l'on va conquérir le pouvoir. C'est aussi avec l'appui de 16

africaines et précisément des relations entre Paris et les pays de son pré carré en Afrique subsaharienne, met encore plus en lumière la nature de l'extraversion étatique et son impact sur la sécurité en Afrique noire. L'extraversion étatique des pays africains est au cœur de la problématique des conflits politiques africains. L'ancien conseiller spécial du président MOBUTU pour les questions de sécurité et par ailleurs ancien ministre de la Défense, Honoré N'GBANDA NZAMBO, avec une lucidité quoique tardive, le démontre. C'est dans le déficit démocratique qui caractérisait le zaïre, qu'il situe les origines de la guerre civile qui a conduit à la chute du président MOBUTU en mai 199721. Sur le plan économique et financier, l'ancien ministre situe les sources du conflit dans la gestion catastrophique du pays par le régime qu'il servait. Il rend aussi responsables de la déliquescence de l'Etat, le clientélisme et la criminalisation de l'économie dont la conséquence fut la fuite massive de nombreux investisseurs nationaux et étrangers22. La transposition en Afrique noire de la confrontation Est-Ouest née de la guerre froide a servi à l'enracinement du régime autoritaire de MOBUTU. Elle a permis à celui-ci de jouir du soutien politique, diplomatique et militaire occidental grâce auquel il a pu contrôler et écraser toutes les tentatives de soulèvement à l'intérieur du pays. Le Zaïre, plus que d'autres pays africains, a
l'étranger qu'on le conserve. Cette réalité est confirmée par les efforts de communication immenses que les régimes africains consacrent pour soigner leur image auprès des opinions publiques occidentales et des institutions internationales. A cause de l'extraversion des Etats africains, le processus de démocratisation engagé au début des années 1990 sur le continent noir semble s'être réduit, pour certains pouvoirs, à de simples opérations de communication. Pour nombre de régimes africains, en effet, il semble de loin plus important d'acheter quelques pages, voire quelques lignes dans les journaux panafricains paraissant en Europe et dans les journaux influents en Occident que d'investir dans les infrastructures de bases nécessaires au développement et la cohésion sociale. Cf. « comment et à quel prix les Chefs d'Etat africains soignent leur image », in L'Autre Afrique n° 82 du 31 mars au 6 avril 1999. L'extraversion étatique des États africains exerce sur la construction de la paix et de la sécurité une influence qu'on ne peut pas continuer à ignorer. Elle rend les pays africains particulièrement vulnérables, dans la mesure où leurs alliés occidentaux occupent une place centrale aussi bien dans leur système de défense, dans leur politique intérieure que dans la définition de leur politique étrangère. Aussi, peut-on malgré le processus de démocratisation engagé en Afrique noire depuis 1990, observer que tant dans les rangs des partis d'opposition que dans ceux au pouvoir en Afrique francophone par exemple, il est encore d'actualité que pour conserver ou pour conquérir le pouvoir, il faut obligatoirement recevoir la bénédiction de Paris, (Cf Chap. II infra). En Afrique de l'est, depuis la nouvelle dynamique américaine en Afrique, la conquête du pouvoir, par les armes ou par les urnes, doit en général recevoir l'appui américain. Ce constat est confirmé par les exemples rwandais, ougandais ou encore par celui de l' ex-Zaire en 1996. De plus en plus, on observe aussi un impact non négligeable des antagonismes régionaux sur le développement des conflits politiques en Afrique. 21 N'GBANDA NZAMBO Ka ATUMBA (Honoré), Ainsi sonne le glas! Les derniers jours du Maréchal MOBUTU, Paris, éd. Gideppe, 1998, p. 355. 22Ibid.

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ainsi renforcé sa dépendance politique et stratégique envers ses alliés occidentaux. Cette dépendance a finalement été fatale au président MOBUTU. Le déroulement des événements qui ont conduit à la prise du pouvoir par Laurent-Désiré KABILA en mai 1997 souligne l'influence décisive de la diplomatie américaine sur la fin du régime Mobutu et confirme plus généralement le lien entre l'extraversion des Etats africains et leur vulnérabilité. L'Afrique noire est composée de pays ou groupes de pays qui entretiennent des liens historiques plus ou moins forts avec leurs anciennes puissances coloniales. Cette réalité fait coexister dans cette partie du continent africain, des pays francophones, anglophones (plus nombreux) et quelques pays hispanophones et lusophones. Cette étude prendra pour cadre de démonstration de l'extraversion de l'Etat post-colonial l'analyse des relations francoafricaines. Les liens qui unissent la Grande-Bretagne aux pays africains dans le cadre du Commonwealth ne sont pas particulièrement démonstratifs de l'extraversion des Etats. Il n'existe pas de cadre politique formel unissant les pays hispanophones avec l'Espagne, et les pays lusophones au Portugal. Depuis le début des années 1980, la diplomatie belge est en perte de vitesse en Afrique noire et plus particulièrement dans la région des Grands Lacs23. La « redécouverte »24de l'Afrique noire par la puissance américaine à la fin de la guerre froide n'est pas encore consolidée. Finalement, la France est la seule puissance qui entretient avec ses anciennes colonies africaines, mais aussi avec bien d'autres pays d'Afrique noire, des relations politiques, militaires et économiques susceptibles de démontrer avec une certaine clarté, l'étendue et les conséquences de l'extraversion des Etats africains.

23 _

COOLSAET (RiK), « La politique belge en Afrique», in L'Afrique subsaharienne en

transition, Op. cit, pp. 45-59; - « Enquête sur la tragédie rwandaise (1990-1994) », Tome I, Rapport, Mission d'information commune, Rapport n01271, Assemblée Nationale, Paris, 1998, p - p. 17-21. 24 On parle de « redécouverte» car pendant la guerre froide, les Etats-Unis semblaient avoir délégué la défense de leurs intérêts africains à leurs alliés européens. Depuis l'effondrement du communisme, on assiste à une véritable offensive de la diplomatie américaine en Afrique noire. Le symbole le plus fort de la nouvelle dynamique américaine dans cette partie du monde reste, pour l'instant, la tournée du président Bill CLINTON du 22 mars au 2 avril 1998 au Ghana, en Ouganda, en Afrique du Sud, au Botswana et au Sénégal.

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B . L'Afrique de la défense peut-elle précéder l'Afrique politique? a- La capacité africaine de maintien de la paix Analyser les conflits politiques internes africains, c'est rechercher leurs causes et tenter de comprendre par quels mécanismes ils prennent naissance et se développent. C'est enfin et surtout, se doter des moyens pouvant permettre à terme de mieux les prévoir mais aussi de les gérer efficacement. Pour cette raison, cette étude se propose aussi d'analyser les conditions politiques, stratégiques et militaires d'une réalisation satisfaisante du projet de création d'une capacité africaine de maintien de la paix. L'examen de ce projet qui s'inscrit dans le cadre de la diplomatie préventive, réactivée après le génocide rwandais de 1994, montre qu'il s'agit d'un projet visant à mettre sur pied une force panafricaine de maintien de la paix. L'idée de constituer une force armée panafricaine qui a resurgi avec le conflit rwandais de 1994 est une idée déjà ancienne. SeuIl' enthousiasme diplomatique qui l'entoure aujourd'hui est donc nouveau25. Depuis quelque temps maintenant, l'Afrique est gagnée par une frénésie d'initiatives de diplomatie préventive. En Afrique austràle, la Southern african development community (SADC) elle a remplacé la Southern african development coordination (SADCC) en 1992 après la fin de l'apartheid en Afrique du Sud - a, lors de la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de Gaberone au Botswana en juin 1996, décidé de se doter d'un organe sur la politique, la défense et la sécurité26. En Afrique centrale, au sein des Etats membres de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC), une initiative de diplomatie préventive a été engagée en 1995. En effet, lors de la 6eme réunion ministérielle organisée à Brazzaville au Congo en mars 1995, le Comité consultatif permanent des Nations Unies sur les questions de sécurité en Afrique
25

Cet enthousiasmese manifestepar plusieurs déclarations,comme celles des chefs d'état-major

africains dans le Communiqué final de la« réunion des Chefs d'état-major des Etats membres de l'Organe central (du mécanisme de prévention, de gestion et de résolution des conflits de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) organisée à Yaoundé au Cameroun du 1/10/96 parallèlement à la 32emesession de la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement membres de l'OUA; du sous-secrétaire d'État américain aux Affaires africaines George MOOSE, dans Nexus Africa d'avril 1996; du ministre belge des Affaires étrangères Erik DERYCKE dans La Libre Belgique du 21/03/97; du président français Jacques CHIRAC dans ses discours du 17 juillet 1996 à Franceville au Gabon, du 18 juillet 1996 à Brazzaville au Congo au cours de la conférence de presse du 18 juillet 1996 à Brazzaville et du 29 août 1996 à l'Elysée à l'occasion de la Réunion des Ambassadeurs de France; du secrétaire général de l'ONU KOFI Annan lors du « high-Level Symposium on Conflict in Africa» tenu Ie 10 septembre 1996 à Tokyo au Japon. Pour toutes ces déclarations, voir Anatole NGHA AYISSI, Agenda pour la diplomatie préventive en Afrique. Réflexions sur le projet de création d'une capacité africaine de maintien de la paix, Bruxelles, Institut royal supérieur de défense, n054, 1997, p. 3.
26 Ibid. p. 25.

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centrale a dévoilé un projet de mise sur pied, dans les armées nationales, «d'unités pilotes spécialisées dans les opérations de maintien de la paix27». Selon le Comité, ces « unités pilotes» mobilisables sous l'égide de l'ONU sont susceptibles d'être engagées dans les opérations sous-régionales ou internationales. Le projet a ensuite été confirmé quelques mois plus tard, lors de la 7eme réunion de la CEEAC tenue à Brazzaville. Cependant, parmi les nombreuses initiatives visant à doter l'Afrique ou des régions de l'Afrique noire d'une structure de défense, seule celle des pays membres de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO)28 a véritablement pris forme à ce jour. Les rares travaux portant sur la capacité africaine de maintien de la paix se limitent au constat de l'incapacité de l'Organisation de l'unité africaine à assumer sa tutelle29. Et pourtant, l'importance des enjeux politiques et stratégiques de cette capacité invite à la soumettre à une analyse de fond. La part prise jusqu'à présent par les puissances occidentales dans le déploiement de la capacité africaine de maintien de la paix est importante et témoigne de l'extraversion étatique du continent. Les pays africains semblent se contenter de fournir des hommes pour les manœuvres militaires préparatoires30. Dans un environnement international en mutation, où les alliés d'hier sont devenus des concurrents notamment en terre africaine31, l'enjeu stratégique
27 Voir Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC), Mobilisation des Nations Unies pour la paix et la sécurité en Afrique centrale, Document de référence, New York, Nation Unies, 1997, 129 p. 28 Ce projet Ouest africain de sécurité collective a vu le jour avec la signature, le 9 juin 1977 à Abidjan en Côte-d'Ivoire, entre les États membres de la Communauté des États de l'Afrique de l'ouest (Cédéao) d'un Accord de non-agression et d'assistance en matière de défense (ANAD), voir annexe 2. Cet accord est par la suite renforcé avec la signature, le 28 mai 1981 à Freetown en Sierra Leone, du Protocole d'assistance mutuelle en matière de défense (PAM) de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (Cédéao), voir annexe 3. Il faut ensuite attendre que le Liberia, État membre de la Cédéao, s'enlise dans la guerre civile pour que le comité de médiation de la Cédéao dans ce déchirant conflit estime indispensable, pour assurer le cessez-le-feu arraché aux belligérants après tant d'autres non respectés, de se doter d'un bras armé. Le 20 août 1990, un groupe d'observation de ce cessez-le-feu dénommé «Economic community of west african states Peace monitoring group» - ECOMOG - voit Ie jour. Quelques mois plus tard, le 20 novembre, lors du sommet de Bamako au Mali, les Chefs d'États et de Gouvernement de la Cédéao entérinent la décision de la création de l'Ecomog. 29 Voir TSHIYEMBE (Mawayila), BUKASA (Mayele), l'Afrique face à ses problèmes de sécurité et de défense, Op.cit. , pp. 169-196; - BARRY (Mamadou Aliou), La prévention des conflits en Afrique de l'Ouest, Op.cit. 30Voir: - « Armée pour la paix: exercice Guidimakha 98 » in Armées d 'aujourd 'hui n0229, avril 1998, p. 14-17. -« Exercise Blue Hungwe» inpublication du Foreign & Commnwealth Office, London, décembre 1997, 20 p. 31 Voir le discours très offensif prononcé à Addis-Abeba par le secrétaire d'État américain Warren CHRISTOPHER, lors de sa tournée africaine du 8 au 15 octobre 1996, in Jeune Afrique n° 1869 du 30 octobre au 5 novembre 1996, pp. 32-33. Depuis ce discours, Madeleine ALBRIGHT, secrétaire d'État américain, s'est rendue en Afrique, du 8 au 16 décembre 1997. Au 20

d'une telle force semble encore échapper aux Africains. Parmi les puissances occidentales, la participation à la mise sur pied de la force panafricaine a suscité dès 1996 une réelle compétition, notamment entre les Etats-Unis, la Belgique, la France et l'Angleterre32. Ainsi, lors du 20ème sommet France-Afrique du 26 au 28 novembre 1998 tenu à Paris, la France par la voix de son président Jacques CHIRAC insiste sur le rôle qu'elle compte jouer dans le maintien de la sécurité en Afrique. A cette même rencontre, la France révèle son intention de

cours de cette tournée, après avoir souligné que « l'Afrique est importante et qu'aucune région n'est aussi importante que l'Afrique des Grands Lacs », elle reconnaît qu'il « est temps pour le peuple américain d'ouvrir un nouveau chapitre dans les relations avec la population du continent africain », in L 'Autre Afrique n030 du 17 au 23 décembre 1997. Ces deux visites sont à inscrire dans une offensive engagée dès la proclamation du nouvel ordre mondial par le président Georges BUSH, au lendemain de la guerre du Golfe de 1991. Depuis cette date en effet, la diplomatie américaine a amorcé en Afrique noire une offensive dont le but est de briser les monopoles économiques et politiques des puissances européennes. Dans un environnement de guerre économique, c'est avec l'appui aussi bien des démocrates que des républicains que la diplomatie américaine, à partir de l'idée que, « l'Afrique se distingue réellement comme un marché naissant » mais aussi que cette région a enfin besoin de commerce et non de l'aide, entend affronter la concurrence européenne et plus particulièrement française sur le continent noir. Les titres de journaux sont désormais assez éloquents sur cette compétition diplomatique entre Américains et Français en Afrique noire. Cette nouvelle dynamique américaine en Afrique noire met en danger les positions françaises d'où les titres tels: « Les Américains doublent la France en Afrique. « Libération» relève que Washington monte en solo une force panafricaine d'interposition », in Libération du vendredi 4 octobre 1996, p. Il; « L'Amérique s'invite en Afrique. Première tournée d'un secrétaire d'État américain depuis six ans. », in Libération du mercredi 9 octobre 1996, p. 7 ; Dossier spécial « Afrique-États-Unis» in L'Autre Afrique n07 du 2 au 8 juillet 1997; « Le continent noir entre ancien et nouveau monde.. .Washington à la conquête d'espaces vierges en Afrique », in Le Monde Diplomatique, mars 1998, pp. 20-21. La tournée africaine du président Bill CLINTON qui l'a conduit successivement au Ghana, en Ouganda, en Afrique du Sud, au Botswana et au Sénégal, du 22 mars au 2 avril 1998 est une pièce supplémentaire pour attester de l' effectivité de la compétition franco-américaine en Afrique noire. Sur toutes les étapes de ce périple, le président CLINTON n'a pas manqué d'évoquer, outre le nouveau partenariat économique de son pays avec le continent noir fort de son mythique potentiel de « 700 millions de consommateurs », le projet de la force africaine de maintien de la paix pour lequel les pays africains trouveront un soutien total des Etats Unis. 32 Voir: - PHILIPPE (Christine), « Une force Interafricaine d'intervention », in Défense Nationale d'octobre 1995, pp. 113-124. -« Comment la France a perdu l'Afrique. La main de Washington, la paranoïa de Paris », in Courrier International n0338 du 24 au 30 avri11997, p. 12. -« Les esquisses d'une force africaine de maintien de la paix », in L'Autre Afrique n026 du 19 au 25 novembre 1997, pp. 28-29. -({Un premier pas vers une force panafricaine », in L'Autre Afrique n040 du 4 au 10 mars 1998, pp. 26-28 ; -« Le maintien de la paix et la sécurité en Afrique », Colloque tenu à Lisbonne le 15 septembre 1998, Assemblée de L'UEO, Paris, 1998, 66 P. 21

soutenir le projet de la force panafricaine à hauteur de 180 millions de francs33. Quelques jours seulement après cette annonce, le 15 décembre, le ministre de la coopération française inaugurait à Abidjan en Côte-d'Ivoire, la première école régionale de maintien de la paix. Le porte-parole de l'OUA, Ibrahim DAGASH, déclarait, à la veille de la tournée africaine de Warren CHRISTOPHER, du 30 octobre au 5 novembre 1996, que l'organisation africaine accueillait favorablement le projet, mais soulignait au passage qu'il était « hors de question qu'elle (la force panafricaine de la paix) soit permanente »34. C'est la même réserve que le Nigeria et l'Afrique du Sud, les deux principales puissances d'Afrique noire ont affichée35.Malgré ces réserves, il n'y a véritablement pas eu de débat politique et public en Afrique noire sur la création de la capacité africaine de maintien de la paix. Parmi les dirigeants politiques, seul le président EYADEMA du Togo a présenté un travail de réflexion sur la force africaine36. Même les politologues africains, par leur silence, semblent n'avoir pas saisi tous les enjeux d'une telle force. Au total, les Africains se comportent plutôt en spectateurs d'une scène où se joue pourtant leur destin. b - L'apport des systèmes de sécurité collective existants La force panafricaine de maintien de la paix devrait, selon ses promoteurs, avoir pour tâche d'étendre à toute l'Afrique noire, les objectifs poursuivis au sein des pays membres de la CEDEAO par la force ouest africaine, l'ECOMOG. Jusqu'à présent pourtant, les opérations de maintien de la paix de cette force se sont déroulées dans un contexte politico diplomatique37difficile,

33

34

Voir l'Autre Afrique n070 du 2 au 8 décembre 1998.

35 Cf. « un premier pas vers une force panafricaine », in L'Autre Afrique n040 du 4 au 10 mars 1998, Op. Cit.
36

Cf. Libérationdujeudi 10octobre 1996,p. 8.

EYADEMA(Gnassingbé),« La force d'interposition africaine», in Défense Nationale, Paris,

février 1999, pp. 5-9. 37 L'Ecomog, composée de 2500 hommes pour l'essentiel nigérians et bénéficiant du soutien financier et matériel de l'ONU, est envoyée au Liberia pour la première fois le 7 juillet 1990 afin de tenter de mettre fin à la guerre qui dure depuis le 24 décembre 1989. Cette mission se déroule conformément aux Accords de Non-agression et d'assistance en matière de défense (ANAD) signés le 9 juin 1977 et au Protocole d'assistance mutuelle en matière de défense du 28 mai 1981. Avec beaucoup de difficultés, l'objectif de l'Ecomog est atteint avec la signature des Accords d'Abuja (Nigeria) entre Charles TAYLOR, chef du Front national patriotique du Liberia (NPFL sigle anglais) et les casques blancs ouest africains en 1995. Le fonctionnement de l'Ecomog a donné lieu à de nombreuses polémiques entre Etats membres de la Cédéao. Certains Etats ouest africains ont en effet dénoncé l'appropriation de la force ouest africaine par le Nigeria, la principale puissance sous-régionale. Malgré ces critiques, l'Ecomog est parvenue à conduire le Liberia à des élections dont le plus grand mérite est d'avoir réduit le niveau d'insécurité qui régnait sur ce pays.

22

notamment lors du rétablissement de la sécurité au Liberia (de 1990 à 1995) et lors de la tentative de rétablissement de la légalité en Sierra Leone (en février 1998 et en janvier 1999). La force panafricaine devrait aussi s'inscrire dans le sillage de la Mission interafricaine de surveillance des accords de Bangui (MISAB)38 ou encore dans celui de la Mission interafricaine de protection et d'observation pour le rétablissement de la confiance au Burundi (MIOB)39. Or, l'Ecomog, la MISAB ou la MIOB ne sont pas exemptes de critiques. Jusqu'à présent, les interventions de ces forces de maintien de la paix s'accompagnent de nombreuses critiques. Dans le cas de l'ECOMOG par exemple, plusieurs pays de l'Afrique de l'ouest n'ont cessé d'accuser le Nigeria de faire de cette force un instrument de son rayonnement régional. La future force panafricaine qui, en plus d'associer plus de pays africains que l'ECOMOG, sera soutenue par les puissances occidentales, n'échappera pas à de semblables critiques. Afin d'anticiper sur le développement de ces critiques, les Africains doivent dès à présent se préoccuper des enjeux stratégiques et politiques qui entourent la force panafricaine en gestation. Dès à présent donc, les dirigeants africains devraient par exemple garder à l'esprit le fait que leurs alliés occidentaux qui aujourd'hui financent et investissent dans la mise sur pied de la future force afric'aine de la paix, pourraient légitimement revendiquer son contrôle politique. A ce sujet, la compétition entre Européens et Américains40 pour le contrôle politique et militaire de l'Organisation du traité de l'atlantique nord (OTAN) est instructive.
Toujours sous la conduite militaire et politique du Nigeria et dans une ambiance politique et diplomatique encore plus difficile, devançant d'interminables pourparlers diplomatiques entre les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF - sigle anglais) dirigé par Jonny Paul KOROMA arrivé au pouvoir à Freetown après le coup d'État du 25 mai 1997 qui a contraint le président, démocratiquement élu, Ahmad T. KABBAH à l'exil - et les diplomates de la Cédéao, l'Ecomog, dirigée par le Nigeria s'est chargée en février 1998 de chasser les putschistes du pouvoir et donc de rétablir dans une certaine confusion diplomatique, la légalité. Cette force est aussi active dans le conflit en Guinée-Bissau, toujours dans un contexte diplomatique houleux. 38 La Misab a été mise sur pied après le départ des troupes françaises de la République Centrafricaine, au lendemain de l'accord de « réconciliation nationale» conclu le 25 janvier 1997 entre les mutins, le président centrafricain Ange-Félix PATASSE et l'ensemble de la classe politique après le cycle de mutinerie d'une partie de l'armée centrafricaine qui avait ébranlé le pouvoir à Bangui. La suspicion qui a entouré l'intervention française et notamment lors des opérations de la Misab n'a toujours pas complètement disparu. Pourtant, cette mission était principalement dirigée par des pays africains (Burkina Faso, Gabon, Mali, Sénégal, Tchad et Togo) et le rôle de la France y était limité à une présence symbolique de quelques 200 soldats et à une assistance logistique. La Misab, dirigée par le général malien Amadou Toumani TOURE et placée sous la coordination politique du président Omar BONGO du Gabon, est depuis le 15 avril 1998 remplacée par la Mission des nations unies en République Centrafricaine (MINURCA) à la suite de la résolution n01159 du Conseil de sécurité du 27 mars 1998. La Minurca, qui comprend 1350 hommes, est chargée de faire appliquer les accords de Bangui de janvier 1997, tâche pour laquelle la Misab s'est montrée incapable. 39Cette mission a été initiée par l'OUA. 40V. COT (Michel), «L'Europe et l'OTAN », in Défense Nationale d'octobre 1997, pp. 89 - 97. 23

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L'examen de la force panafricaine de maintien de la paix se nourrit de l'analyse tirée du fonctionnement de quelques organisations de sécurité collective. Parmi ces organisations, nous retiendrons l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, OSCE, l'Organisation du traité de l'atlantique nord (OTAN), l'Union de l'Europe occidentale, UEO et la force ouest africaine, la Peace monitoring group, ECOMOG. D'autres éléments tels, les difficultés de la mise en application de la Politique étrangère de sécurité commune (PESC) au sein de l'Union européenne, l'évolution de l'histoire diplomatique, le fonctionnement de l'Etat en Afrique noire ou encore la problématique des armées africaines41 éclaireront davantage cet examen. L'approche stratégique des conflits politiques africains permet d'observer que, très souvent, les sources des conflits établies par plusieurs travaux à partir des démarches sociopolitiques et juridiques ne sont en réalité que les conséquences de l'extraversion étatique des pays africains. Cette extraversion est elle-même le résultat de la combinaison de deux éléments: la conception que les puissances européennes colonisatrices de l'Afrique avaient de la politique étrangère dès le XVIIemesiècle, et la volonté des premières élites politiques africaines de s'appuyer, dès les premiers jours des indépendances africaines, sur les anciennes puissances coloniales pour asseoir leur autorité et consolider leur pouvoir. Elle pose le problème de l'émancipation stratégique du continent noir. C'est en substance le constat qui se dégage de l'analyse d'Edern KODJO, ancien secrétaire général de l'Organisation de l'unité africaine et ancien premier ministre togolais. Pour lui en effet, « à force d'avoir regardé vers l'extérieur, de s'être organisée vers l'extérieur et pour l'extérieur (u.), l'Afrique a perdu la boussole de son intériorité et subit plus que tout autre les effets pervers de la crise venue de l'extérieur» 42. La nouvelle dynamique franco-américaine43, qui est une remise en cause du déclin stratégique de l'Afrique noire, auquel recourent régulièrement, depuis la fin des années 1990, certains auteurs44 dans leur analyse sur l'insécurité et la

41 Voir les travaux de Dominique BANGOURA sur les armées africaines notamment « le couple défense-sécurité et paix en Afrique: le champ des ruptures », in Pouvoir et paix civile en Afrique, Paris, Présence Africaine, Les Cahiers, 1996, pp. 77-104. - Général Toumani TOURE (Amadou), « Forces armées africaines et paix civile », in Pouvoir et paix civile en Afrique, Paris, Présence Africaine, 1996, pp. 105-116 Op. Cit. - Aliou BARRY (Mamadou), La prévention des conflits en Afrique de l'Ouest, Paris, Karthala, 1997, Op. cit. pp. 49-50. - Dossiers « l'Afrique, malade de ses armées », in L'Afrique Réalités et Perspectives n02, novembre décembre 1997, pp. 6-17. -« Que faire des armées africaines? », L'Autre Afrique n° 30 du 17 au 23 décembre 1997, pp. 819. 42 KODJO (Edern), Et demain l'Afrique, Paris, Stock, juin 1985, p. 13. 43 PONDI (Jean - Emmanuel), « Français et Américains en Afrique noire: nouvelle dynamique ou nouvelle dynamite? » in Afrique 2000, Op. cit. pp: 49-54. 44V. ZORGBIBE (Charles), L'après guerre froide dans le monde, Paris, PUF, 1993, 127p. 24

multiplication des conflits africains, n'est pas sans conséquences sur la stabilité politique des pays africains qu'elle affecte. Le redéploiement stratégique des puissances occidentales auquel on assiste en Afrique noire depuis la fin de la guerre froide a par exemple influencé le cours du conflit rwandais de 1994. L'habillage idéologique des rivalités stratégiques entre puissances est longtemps resté en vigueur dans l'analyse des relations internationales. De nombreux analystes développent depuis la fin de la guerre froide le thème du déclin stratégique de l'Afrique noire alors que la réalité démontre que les transformations internationales commencées en 1989 n'ont ni fait disparaître l'objet même des rivalités entre puissances dans cette région (les matières premières stratégiques) ni réduit leurs convoitises et leurs appétits45.

- BANGOURA (Dominique), « Géopolitique de l'Afrique », in Défense Nationale, Paris, aoûtseptembre 1996, pp. 133 - 144. 45 Dans l'hebdomadaire L'Autre Afrique n° 72 du 16 au 22 décembre 1998, William RAMSAY, directeur de l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), ancien ambassadeur des Etats-Unis au Congo Brazzaville présenté comme l'un des grands spécialistes des questions énergétiques au sein de l'appareil diplomatique américain, souligne au sujet de l'Afrique « qu'aucun pays de ce continent n'a encore épuisé ses possibilités (énergétiques et notamment pétrolières). Pour les plus récents sur la scène, le Tchad et le Soudan, les premiers indices ont déjà attiré les sociétés (...). En fait, il reste beaucoup de gisements potentiels à exploiter dans la partie centrale de l'Afrique. Pour les pays du golfe de Guinée, il y a encore des possibilités. (...) Il reste des hydrocarbures dans de drôles de coins, où on n'a pas encore cherché... (...) L'intérêt (des gisements africains pour les multinationales du pétrole) réside dans le fait que le pétrole du golfe de Guinée (contrairement aux gisements de la mer Caspienne) n'a pas les inconvénients du transport. Il se trouve directement sur le marché, où il peut être mis directement du forage vers le tanker ». Cette déclaration, combinée à la rivalité à laquelle se livrent justement dans le golfe de Guinée les compagnies pétrolières occidentales pour le contrôle de la recherche et de l'exploitation du pétrole, souligne une fois de plus que les enjeux stratégiques qui pendant la guerre froide entouraient l'Afrique noire n'ont pas disparu avec la fin de celle-ci. En général, ces compagnies pétrolières occidentales qui opèrent en Afrique noire sont des multinationales à visée stratégique et donc sont très souvent de redoutables instruments diplomatiques aux mains des puissances occidentales. Aussi est-on surpris que certains observateurs aient pu voir dans l'effondrement du communisme, le début du désengagement stratégique des puissances occidentales en Afrique noire. Le gouffre qui sépare la proclamation de ce thème avec la réalité des rivalités entre puissances en Afrique noire encore aujourd'hui, dévoile la dimension idéologique de la logique qui entoure l'analyse de ceux-ci. Cette dimension idéologique est proche de celle qui, au lendemain des indépendances africaines, a conduit les anciennes puissances coloniales à admettre unanimement et contre toute logique et références historiques fiables, que l'instauration forcée, du système monolithique était la seule voie pour aboutir à la construction nationale et au développement social et économique en Afrique. - Voir aussi: - WAUTHIER (Claude), « Appétits américains et compromissions françaises », in Le Monde Diplomatique, octobre 1994 ; MISSER (François), VALLEE (Olivier), Les gemmocraties, l'économie politique du diamant africain, Paris, Desclée de BROUWER, 1997, 243 p.

-

25

c. Plan général a - Titre Premier
Cette étude est construite autour de deux parties. La première partie (Titre I), « Des conflits politiques internes en Afrique noire» repose sur deux idées maîtresses dont chacune correspond à un chapitre. Le premier chapitre, « Pour une nouvelle approche des conflits politiques internes africains », poursuit les objectifs suivants:

- défendre

l'urgence d'un renouvellement de l'analyse des conflits politiques internes en Afrique noire; démontrer que les conflits politiques africains ne sont pas des artefacts et qu'il existe une interdépendance stricte entre environnement démocratique, sécurité, paix et développement économique stable. Par des exemples précis, il a en réalité pour ambition de démontrer que sans démocratie, tout effort pour le développement économique du continent noir est à l'avance voué à l'échec. Ce chapitre montre aussi que l'effondrement des économies africaines, présenté comme un des éléments moteurs de l'embrasement politique que connaît actuellement le continent noir, a pour explication majeure la carence démocratique des Etats africains. Il prend le contre-pied de l'analyse qui prétend que pour développer son économie, l'Afrique noire doit s'épargner les débats contradictoires inhérents à la démocratie. En Afrique noire où on dénombre pourtant de nombreuses richesses naturelles46, l'insécurité est un important frein pour parvenir au développement économique. Elle y prend des formes diverses allant du brigandage, de la corruption massive à tous les niveaux du circuit économique et des cercles du pouvoir, à la violence politique. Même si la démocratie n'est pas une panacée pour le continent noir, elle peut contribuer mieux que tout autre système de gouvernement à responsabiliser l'élite politique, à assainir la gestion publique, à atténuer l'arbitraire et à donner au Droit la place qui est la sienne dans une société organisée. La démocratie apparaît comme une étape incontournable vers un développement économique solide et durable en Afrique. Elle constitue également la clé de la maîtrise de l'insécurité politique, véritable fléau sur ce continent. Au total, l'archaïsme politique des pays africains est donc au cœur des maux qui minent le continent noir. Cet archaïsme trouve son origine première dans l'extraversion des Etats de ce continent. Le second chapitre, «Dépendance stratégique et politique et conflits politiques en Afrique noire », explique le concept d'extraversion, thème
46

Voir annexe

1.

26

central de ce travail. A travers l'histoire diplomatique, ce chapitre examine la dépendance politique et stratégique de l'Afrique noire et analyse son impact sur la naissance et le développement des conflits internes. Parce qu'elle dévoile la dépendance stratégique et politique des pays africains, l'analyse de l'extraversion de l'Etat africain permet d'affiner l'étude des conflits internes qui minent cette région. A travers l'étude du génocide rwandais de 1994 et l'effondrement du Zaïre, apparaît de façon précise le poids de la dépendance stratégique des Etats africains sur la naissance et le développement des conflits politiques internes en Afrique Noire. b - Titre deuxième La seconde partie (Titre II), intitulée « De la capacité africaine de maintien de la paix », analyse la mise en application de la réactivation du chapitre VIII de la Charte des Nations Unies dans la lutte contre l'insécurité en Afrique noire et comporte deux chapitres également. Le premier chapitre, « Géostratégie et contribution internationale à la création d'une capacité africaine de maintien de la paix» aborde le thème: quelles réponses l'Afrique noire doit-elle apporter à ses problèmes d'insécurité? Il analyse les efforts de la communauté internationale pour aider cette région à se doter de sa propre capacité de maintien de la paix et aborde l'idée d'une force panafricaine de paix à partir de la problématique de l'extraversion. En effet, les armées africaines, à l'image de l'ensemble de toutes les autres institutions des pays africains, sont tributaires de ce phénomène. En considérant les pays de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) qui disposent en commun de l'organisation militaire la plus structurée47 pour le moment sur l'ensemble du continent africain, on constate que pratiquement aucun d'entre eux n'a jusqu'ici défini de politique nationale de défense et de sécurité indépendante des rivalités des grandes puissances48. Contrairement à une certaine vision de l'évolution de la géostratégie internationale en terre africaine, la fin de la confrontation Est-Ouest n'a pas mis un terme aux rivalités des grandes puissances en Afrique. L'effondrement du communisme a rendu caduc l'habillage idéologique des rivalités anciennes entre les puissances sur ce continent. Il a, pour l'instant, mis l'ancien bloc communiste hors course en Afrique. Mais il n'a pas consacré le déclin stratégique de l'Afrique que certains auteurs décrivent depuis 1990. Avec le nouvel ordre mondial lancé au début des années 1990, l'enjeu stratégique autour
47L'avance de la CEDEAO sur les autres sous-régions en matière de défense ne doit pas masquer ses difficultés politiques, opérationnelles, matérielles et financières telles qu'elles se sont révélées dans la crise ivoirienne de septembre 2002 où, une fois de plus, il a fallu que l'armée française intervienne pour faire respecter un cessez-le-feu entre l'armée ivoirienne et les mutins. 48BARRY (Mamadou Aliou), La prévention des conflits en Afrique de l'Ouest, Op. cit. P. 118. 27

de l'Afrique a donc tout simplement changé d'acteurs et dans une certaine mesure, de nature. Le principal changement à noter, c'est l'offensive américaine sur ce continent où jusqu'à présent, les Etats-Unis semblaient avoir délégué la défense de leurs intérêts aux puissances européennes alliées. Le regain d'intérêt que manifeste désormais la puissance américaine pour le continent ne rassure pas ses alliés européens qui semblent y voir une menace. Après la rivalité EstOuest entre les années 1960 et la fin des années 1980, l'Afrique doit à présent faire face à de nouvelles rivalités que sont: la rivalité opposant les Etats-Unis aux Européens, la France aux puissances anglo-saxonnes et la Chine aux puissances occidentales. La lutte de positionnement, très ancienne, qui oppose en Afrique les Français aux Anglo-Saxons - durant la guerre froide cette lutte est restée à l'état larvé a resurgi avec une certaine virulence depuis 1990. En épousant les contours de l'histoire diplomatique, elle s'est muée en rivalité francoaméricaine. Les exemples du conflit rwandais de 1994 et du Zaïre de 1997 démontrent que les conséquences de cette nouvelle rivalité peuvent être aussi redoutables pour la sécurité de l'Afrique que celles de la confrontation EstOuest. La concurrence et la rivalité qu'offrent les grandes puissances dans leur contribution à la création de la capacité africaine de maintien de la paix, participent à la remise en cause du désengagement stratégique occidental en Afrique noire. Le deuxième chapitre est intitulé « Les conditions politiques de la construction d'une capacité africaine de maintien de la paix crédible ». Il s'agit, à partir du fonctionnement ou du dysfonctionnement des systèmes de sécurité existants tels, le système ouest africain de défense, les systèmes européens de sécurité et celui de l'Organisation du traité de l'atlantique nord, OTAN, d'examiner les obstacles que doit surmonter la concrétisation de la capacité africaine de maintien de la paix. Il se saisit de l'analyse des conditions politiques pour la construction d'une paix véritable sur l'Afrique. La paix n'est pas réductible au maintien de l'ordre pour cela, sa construction doit avoir pour fondement l'Etat de droit et le fonctionnement démocratique des institutions. Une paix durable doit garantir la sécurité aussi bien du pouvoir, de la société civile que des populations. Par rapport à la force panafricaine de maintien de la paix, l'enjeu de la démocratisation des Etats africains est essentiel. En 1990, au Mali, le général Amani Toumani TOURE a libéré les Maliens de la longue dictature du président Moussa TRAORE, puis a initié des réformes démocratiques dans le pays avant de rendre le pouvoir aux civils. Il s'est ensuite tourné vers la diplomatie préventive il a ainsi dirigé la MISAB en Centrafrique - avant d'accéder à l'issue d'une élection démocratique à la tête de son pays en mai 200249; aussi est-il bien placé pour évoquer l'enjeu de la démocratisation sur
49 « Mali: ATT - CISSE leçons d'un duel» in Jeune Afrique L'intelligent n02157 du 13 au 19 mai 2002pp. 23 - 24. 28

une réorganisation des institutions militaires africaines afin de les mettre au service d'une véritable paix. Pour lui50,pour que s'établisse enfin une certaine harmonie entre des concepts tels, celui de la défense, de l'intégration et de la cohésion nationale - voire continentale - il faudrait qu'un ordre institutionnel, d'essence démocratique soit établi dans tous les Etats africains. Afin que les forces d'appui à la capacité africaine de maintien de la paix servent aussi la sécurité des citoyens et non plus uniquement celle des pouvoirs, il est indispensable d'initier les armées africaines desquelles elles vont être prélevées aux méthodes démocratiques, qu'on leur assigne un objectif politique qui s'accorde avec les valeurs démocratiques. C'est loin d'être le cas, au vu de la pratique, dans nombre d'Etats africains aujourd'hui. En Afrique noire, que ce soit parmi les premiers dirigeants ou au sein de la classe dirigeante encore en fonction, la capacité du général de GAULLE à sortir la France, de ses difficultés économiques et politiques au lendemain de la guerre a suscité et suscite encore de l'admiration. Et pourtant, l'immobilisme politique des ces dirigeants donne parfois à voir qu'en réalité ils semblent n'avoir pas compris grand chose au gaullisme. En effet, s'ils avaient bien analysé l'action politico-diplomatique du général de GAULLE, ils auraient fait de la construction de l'autonomie du continent noir un enjeu vital. Un tel enjeu impose de relever deux défis. Le premier de ces défis doit être conduit au niveau national, et doit être engagé après la conversion des hommes et des institutions aux valeurs démocratiques. Il doit avoir pour modèle, l'action politique et militaire engagée dans les années 1960 par le général français pour l'indépendance politique et stratégique de son pays vis-à-vis de son puissant allié américain. Le second défi doit être régional, à l'image de celui mené depuis les années 1950, et avec plus d'intensité encore depuis l'entrée en vigueur en 1993 du Traité de l'Union européenne (T.U.E), par l'Europe51 pour s'émanciper des Etats-Unis. Avec les atouts et les faiblesses qui sont aujourd'hui les siens, l'Afrique noire doit faire du combat pour son émancipation politique et son autonomie stratégique une priorité même si, en considérant la mondialisation et l'interdépendance des Etats, cette indépendance et cette éventuelle autonomie ne peuvent être que relatives. L'incapacité de l'OUA a longtemps fait l'unanimité52. Et pourtant, même si dans leurs déclarations les dirigeants politiques africains reconnaissaient cette
50

TOUMANITOURE (Amadou),« Forces armées africaineset paix civile », in Pouvoir et paix

civile en Afrique, Paris, Présence Africaine, Les Cahiers, 1996, p. 111 - 112. 51Dans ce travail nous désignerons indifféremment l'Union européenne par l'Europe. Et quand il s'agira de J'Europe prise comme continent, nous prendrons Je soin de le préciser. 52_ West Africa n04234 du 10 au 16juillet 2000, « Can the O.A.U. restore its credibility» ; MELEDJE DJEDJRO (F), « L'O.U.A et le règlement des conflits », in L'Afrique face aux
conflits, Afrique Contemporaine

-

n° 180, Paris, La Documentation

Française,

1996, pp. 209 - 216 ;

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incapacité, l'existence de l'organisation n'était pas remise en cause. C'est dans ce contexte qu'analysant l'insécurité permanente qui règne dans les pays africains depuis leur accession à l'indépendance dans les années 1960, et davantage depuis la fin des années 1990, nous sommes arrivé à la conclusion d'une indispensable réforme politique de l'organisation panafricaine. Il nous semble par ailleurs illusoire d'envisager, à travers la capacité africaine de maintien de la paix, la construction d'une Afrique de la défense sans au préalable jeter les bases d'une Afrique politique. Cette réflexion nous a alors conduit, dès 199853,à envisager la création d'un cadre politique où les questions de développement économique, de politique et de sécurité des pays d'Afrique noire pourraient être abordées de façon globale. Ce cadre nous l'avions dénommé Espace commun de sécurité et de développement en Afrique noire (ECSDAN). Mais pendant notre recherche, en juillet 2000, le 36ème sommet des Chefs d'Etat et de Gouvernement tenu à Lomé au Togo, a décidé de la mort institutionnelle de l'OUA et a adopté l'Acte constitutif de l'Union africaine (UA). Sans contester l'appartenance du Maghreb au continent africain, notre démarche fait Ie constat de l'existence de deux Afriques: l'Afrique subsaharienne et l'Afrique du nord. Par conséquent, il nous semble que l'Union Africaine aurait gagné en réalisme politique si elle avait été conçue pour évoluer par cercle concentrique et par étapes successives. Certes, certains voient dans les regroupements sous-régionaux tels la Communauté des états de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO), la Communauté Economique des états de l'Afrique centrale (CEEAC) la Southern african development community (SADC) en Afrique australe, l'Autorité intergouvernementale sur le développement - dont le sigle anglais est I.I.G.A.D - en Afrique de l'est et l'Union du Maghreb arabe (UMA), le cadre indiqué pour préparer l'Union Africaine. Cependant, il est plus réaliste dans une démarche visant à bâtir une union avec plus de cinquante Etats différents de s'y prendre avec méthode. Les dirigeants africains réunis à Lomé auraient dû, sans toutefois renoncer à l'idée d'une Union africaine à long terme, débuter leur ambitieux projet par la constitution de deux ensembles politiques, subsaharien et maghrébin, appelés à moyen terme à amorcer une union économique, dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement africain (N.P.D.A) par exemple. Même en retenant ce schéma, ils auraient dû fixer des conditions politiques d'adhésion à ces deux entités susceptibles de contraindre les dirigeants africains à s'atteler à doter leurs pays d'Etats modernes sans lesquels, la renaissance politique de l'Afrique qu'ambitionne l'Union africaine ne peut raisonnablement être atteinte.
L'adoption de l'acte constitutif de l'Union africaine lors du 36èmesommet tenu du 6 au 12 juillet 2000 à Lomé au Togo atteste du constat d'échec de l'Organisation. 53Cette réflexion est contenue dans notre projet de thèse qui a abouti plus tard à la rédaction de cette ouvrage.

30

Les concepteurs de l'UA semblent dans la situation actuelle avoir commencé leur projet par là où ils auraient dû le finir. Cette analyse jointe à l'examen des conditions politiques de la création de la nouvelle organisation nous permet d'affirmer que l'UA est un projet politique nécessaire qui malheureusement semble stratégiquement mal engagé54.

54

FOGUETEDOM(Alain)« Union africaine: un défi politiquestratégiquementmal engagé», in

Revue africaine d'études politiques et stratégiques, n° 01, Université Yaoundé II, Faculté des sciences juridiques et politiques, 2001, pp : 209 - 221. 31

TITRE I: EXTRAVERSION ETATIQUE ET CONFLITS POLITIQUES INTERNES EN AFRIQUE NOIRE

CHAPITRE I Pour une nouvelle approche des conflits politiques internes africains
L'ambition de ce chapitre est de démontrer la corrélation entre la nature des régimes politiques africains et le développement de l'insécurité et de l'instabilité politique sur le continent noir. Il veut montrer que l'absence de démocratie, qui rend toute transition politique pacifique impossible dans nombre de pays africains, est la principale source de la multiplication des conflits africains de ces dernières années.

Section I - Obstacles méthodologiques et analyse des conflits politiques africains
A . Spécificité du conflit politique Les carences méthodologiques des études portant sur les conflits africains sont sources d'obstacles pour des diagnostics objectifs et des mesures de prévention efficaces.

a - L'obstacle de la définition
En général, on distingue deux types de conflits: les conflits juridiques et les conflits politiques. 1- Le conflit juridique Le conflit juridique est le seul conflit reconnu par le droit international il est susceptible de trouver son dénouement dans l'application ou l'interprétation du droit par la Cour internationale de justice. Selon l'article 36, 9 3 de la Charte des Nations Unies, est considéré comme conflit juridique tout conflit lié à l'interprétation d'un traité, à l'interprétation de tout point du droit international et à la réalité de tout fait qui, s'il était établi, constituerait la violation d'un engagement international. Sont donc qualifiées de conflits juridiques « toutes les contestations au sujet desquelles les parties se contesteraient réciproquement un droit» 55. Il en est ainsi des conflits interétatiques qui en Afrique noire, ont généralement pour principales sources l'éclatement des territoires, les séquelles de la colonisation -le partage arbitraire du continent entre les XVI et XVIIe
55

v. VAN MINH (Tran), Droit International et Relations Internationales, Chap. XIII, Les
Editions Africaines, Abidjan, Dakar, Lomé, Op. cit.

Conflits, Abidjan, Les Nouvelles

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siècles et la décolonisation mal conduite- et l'instrumentalisation des différents antagonismes qui régulièrement surgissent entre les pays africains. Au regard des critères de définition de l'ONU56, les conflits territoriaux, les conflits de voisinage et les conflits d'autodétermination peuvent être considérés comme des conflits juridiques. Ce sont les seuls sur lesquels le Conseil de sécurité des Nations Unies peut agir, conformément aux dispositions du chapitre VI de la Charte de l'ONU, intitulé« règlement pacifique des différends ». Face à ce type de conflit, le Conseil de sécurité peut adopter deux démarches en fonction de la situation. S'il choisit la démarche pacifique, les négociations directes, l'enquête, la médiation, la conciliation, l'arbitrage, le règlement judiciaire, prévus par l'article 33, seront des modes privilégiés du règlement. Le Conseil de sécurité encourage le recours aux organismes ou accords régionaux et incite les parties en conflit à recourir à d'autres moyens pacifiques de leur choix. Lorsque les voies de règlement diplomatique s'avèrent insuffisantes ou inopérantes face à une menace contre la paix, conformément aux dispositions du chapitre VII, le Conseil peut recommander des sanctions ou déclencher « toute action qu'il juge nécessaire». Avant sa dissolution, l'Organisation de l'Unité africaine,OUA, dans son Protoco le du Caire de 1964 sur la médiation, la conciliation et l'arbitrage, élaboré conformément à l'article 19 de sa Charte de 1963, fixait les conditions de saisine en cas de conflits de nature juridique. La Commission de médiation, de conciliation et d'arbitrage chargée de la gestion de conflits devait, conformément à l'article 13, être saisie soit par les parties en conflit, le Conseil des ministres soit par l'Assemblée des Chefs d'Etat et de Gouvernement. Les moyens dont l'OUA disposait théoriquement pour faire face aux conflits juridiques étaient: la médiation, la conciliation et l'arbitrage. Ces mesures ne pouvaient être opérantes que si les parties en conflit acceptaient, mutuellement, de soumettre leur différend à la Commission de médiation et de conciliation. Dans la pratique, l'Organisation de l'unité africaine était dépourvue de tout moyen de recours en cas d'obstruction manifestée par une des parties en conflit, par un de ses pays membres ou par l'Assemblée des Chefs d'Etat et de Gouvernement, son instance suprême. Contrairement à l'OUA, l'Union africaine peut s'autosaisir d'un conflit politique si celui-ci met en danger la paix et la sécurité collective. 2- Le conflit politique Il est plus pratique de définir le conflit politique en l'opposant au conflit juridique. Le conflit politique peut être défini comme tout conflit dans lequel,
56

V. ADAM (Bernard) et AI. L'ONU dans tous ses états, son histoire-Les principes et lesfaits.
Quelles réformes? , Bruxelles, GRIP, Col. « GRIP - informations », 1995,

Les nouveaux défis 203 p.

36

les parties demandent la modification du droit existant57. Au regard de la situation africaine, il se présente sous la forme de conflit interne dans lequel un groupe, souvent paramilitaire, tente de remettre en cause par les armes l'autorité du régime politique en place. En principe, l'objectif visé dans un tel conflit est la mise en place d'un nouveau projet politique et social. Il naît et se développe généralement à la suite de la révolte des populations ou de minorités nationales, victimes de l'exclusion sociale et de la gestion des affaires publiques. Une observation de l'évolution du processus de démocratisation engagé en Afrique en 1990 révèle une multiplication de ce type de conflits. Cette évolution démontre qu'ils naissent de la mauvaise gestion de ce processus, aussi bien par certains régimes au pouvoir que par des mouvements rebelles déviants58. Elle souligne enfin que ces conflits se nourrissent essentiellement de dysfonctionnements administratifs et politiques, ainsi que des carences démocratiques et économiques des Etats africains. L'article 2 du chapitre I de la Charte de l'ONU, stipule qu'« aucune disposition (...) n'autorise les Nations Unies à intervenir dans les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un Etat ». Sur la base du respect de la souveraineté de ses Etats membres, l'ONU ne peut intervenir dans un conflit politique puisqu'à l'origine de celui-ci il y a la contestation des lois qui régulent l'espace'politique national ou la remise en cause même du régime politique au pouvoir. Comme l'ONU, l'OUA était attachée à la souveraineté de ses Etats membres. Elle non plus ne pouvait se saisir ni être saisie d'un conflit politique. Au regard des conditions de saisine de la Commission de médiation, de conciliation et d'arbitrage, mentionnées supra, l'OUA était vouée à l'incompétente face aux conflits de nature politique. La Commission de médiation ne pouvait être saisie que par les parties en conflit, c'est-à-dire des Etats membres de l'organisation panafricaine. Or, dans le conflit politique, seul le pouvoir en place était constitutionnellement reconnu par l'organisation. De fait, la Commission de médiation ne pouvait donc être saisie de ce type de conflit. En effet, même si les Etats membres de l'OUA proclamaient (Art. 3) la « condamnation, sans réserve, de l'assassinat politique ainsi que des activités subversives exercées par les Etats voisins ou tous autres Etats », ils se déclaraient par ailleurs attachés à la «non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats ». Face aux obstacles juridiques qui les ont jusqu'alors entourés, les conflits politiques sont longtemps demeurés des sousconflits au regard du droit international. Le conflit politique, encore appelé conflit non justiciable, est depuis les indépendances africaines et plus encore, depuis l'instauration du pluralisme et le
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VAN MINH,Droit Internationalet RelationsInternationales,pp. 331 - 340.

C'est le cas par exemple en Sierra Leone où les rebelles du Front Révolutionnaire Uni (RUF) du caporal FODA y Sanko sèment la terreur et la désolation depuis 1991 dans l'unique but de contrôler les mines de diamants dont regorge le pays.

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début du processus de démocratisation en Afrique noire en 1990, celui qui a causé le plus de pertes humaines et matérielles59. En effet, les pays d'Afrique noire traversés ou ayant été traversés par les conflits politiques internes sont nombreux: Rwanda, Burundi, Zaïre, Congo Démocratique, Congo-Brazzaville, Sierra Leone, Guinée-Bissau, Centrafrique, Comores, Angola, Côte-d'Ivoire. Face à ce fléau des conflits politiques internes, la réponse du droit international reste malheureusement très timide, même si on observe quelques progrès. 3 - Diagnostic et mesures de prévention 3.1- Typologie traditionnelle des sources des conflits politiques africains Dans l'étude des conflits africains, l'approche sociopolitique est la plus répandue. Elle englobe plusieurs angles d'analyse: sociologique, anthropologique, ethnologique et historique et permet de dégager une typologie des origines des conflits politiques que nous qualifions de traditionnelle. Cette typologie dresse une liste qu'on peut résumer par: le déficit de démocratie; la tentation hégémonique de l'Etat post--colonial ; les insuffisances 'institutionnelles; la crise de la cohésion sociale; la patrimonialisation et le clientélisme des pouvoirs; le déficit de légitimité politique des gouvernants; la violence atavique des Africains; les déviances ethniques et tribales. La principale critique que soulève cette typologie est qu'elle n'aborde pas réellement la question fondamentale de l'origine des crises. Ainsi, la crise de la participation politique par exemple pose le problème de l'archaïsme politique et celui du déficit démocratique des Etats africains. Elle est également à la base de nombreuses frustrations parmi les populations, car elle favorise le développement des inégalités sociales, renforce la conscience d'appartenir à l'ethnie, à la tribu ou au groupe et donc, crée les conditions du déclenchement des conflits internes. Mais à aucun moment l'approche sociopolitique n'offre l'explication permettant de comprendre la genèse et la perpétuation de l'archaïsme politique en Afrique noire. L'approche sociopolitique ignore l'influence des puissances occidentales sur l'évolution politique de ce continent; elle n'explique pas non plus comment et pourquoi, pendant près de quatre décennies, les puissances occidentales, pourtant des démocraties, ont soutenu, dans un certain unanimisme, l'analyse pourtant paradoxale selon
59 Voir: Pouvoir et paix en Afrique, Op. cit. ; AYISSI NGAH (Anatole), Le défi de la sécurité régionale en Afrique après la guerre froide: vers la diplomatie préventive et la sécurité collective, Travaux de Recherche n027, UNIDIR, Genève, New York, 1994, 138p.

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laquelle la sécurité et le développement en Afrique noire ne pouvaient être atteints qu'à travers le parti unique60. Par ailleurs, dans la réflexion que suscitent les mutations politiques en cours sur le continent depuis le début des années 1990, l'approche sociopolitique ne prend pas assez en compte l'instrumentalisation du processus démocratique africain par les grandes puissances. Compte tenu des enseignements du passé, il est aujourd'hui difficile de faire admettre que les partisans africains et surtout occidentaux du monolithisme politique en Afrique noire ignoraient que celui-ci constituerait, à moyen ou à long terme, un obstacle insurmontable tant pour un véritable développement économique et social que pour la sécurité du continent. En réalité, l'approche sociopolitique met en exergue l'inconvénient de ne pas dépasser les causes premières des conflits qui très souvent, ont des origines beaucoup plus complexes61. La cause originelle des conflits politiques internes africains est en effet à situer dans l'extraversion de l'Etat post-colonial. Celleci se présente sous la forme d'une dépendance politique et stratégique importante des Etats africains vis-à-vis de leurs alliés occidentaux et plus particulièrement, à l'égard de leur ancienne puissance coloniale. Cependant, depuis quelques années, on observe que ce phénomène d'extraversion met aussi en scène les pays africains entre eux62. Ce nouveau développement de la dépendance politiqué en Afrique noire est à l'œuvre dans la tragédie de la région des Grands Lacs. La typologie traditionnelle des sources de conflits politiques africains ne permet pas d'aller à la racine même des maux et des dysfonctionnements divers: c'est leur combinaison qui favorise la naissance et le développement de l'insécurité. 3.2- Typologie établie par l'ONU L'ONU est très présente en Afrique, en effet, « près de 65% des travaux du Conseil de sécurité (des Nations Unies) portent sur les opérations de paix en Afrique» 63. L'examen de l'action du Conseil de sécurité sur ce continent
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V. MEDARD(Jean - François),« La spécificitédes pouvoirs africains», Paris, Pouvoirsn025, Les analyses de Jean-François BAYART dans « Etats, identité et conflits dans le monde» (in

PUF, 1983, pp. 5 - 22.
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Penser la guerre... Penser la paix, Paris, 1999, Sciences Humaines, pp. 37-48, placent la question identitaire et religieuse au cœur des conflits contemporains mais soulignent par ailleurs que cette situation résulte d'un phénomène d'instrumentalisation idéologique. Une telle conclusion interpelle le chercheur qui étudie les conflits internes africains et l'invite à aller au - delà des apparences ethniques pour analyser la prédisposition structurelle de l'Etat africain à produire de la violence. 62 Cf. la situation des alliances politico-militaires dans les Grands Lacs, notamment dans le conflit rwandais de 1994, lors de la chute du président MOBUTU en 1997 et dans le conflit en République Démocratique du Congo depuis 1998. 63 V. introduction « Mobilisation de Nations Unies pour la paix et la sécurité en Afrique centrale », op. Cit., p. 3-4.

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démontre que, pour l'essentiel, elle est dirigée vers la résolution des conflits internes64. L'implication de l'ONU dans ces conflits aboutit parfois à une interposition des casques bleus entre les belligérants sans pour autant signifier une reconnaissance des conflits internes par le droit international. Ceux-ci ne sont engagées qu'après l'échec de l'application de l'art. 33 du chapitre VI sur le « règlement pacifique des différends» et s'appuient juridiquement sur le chapitre VII qui donne au Conseil de sécurité, « en cas de menace contre la paix », les moyens d'engager« toute action qu'il juge nécessaire ». Le droit international des conflits n'a pas beaucoup évolué en ce qui concerne la distinction entre conflit politique et conflit juridique. Toutefois, depuis peu, grâce à la pression exercée par les organisations sous-régionales et la communauté internationale, progressivement, l'ONU évolue et reconnaît désormais l'existence des conflits politiques internes. Elle admet à présent de réfléchir sur les origines de ce type de conflits. Le Comité consultatif permanent des Nations Unies sur les questions de sécurité en Afrique centrale, CCPNUSQSAC, réuni en mars 1995 à Brazzaville au Congo, a ainsi établi une typologie des sources de conflits politiques qui se décline en dix points65 : 1

-

l'exacerbation
.

des particularismes

ethniques, culturels, religieux et

politiques ;

2 - la prolifération des armes au sein des populations, phénomène générateur du grand banditisme et du terrorisme; 3 - l'apprentissage et la gestion de la démocratie et le non-respect des droits des minorités; 4 - les velléités de sécession; 5 - les coups d'Etat; 6 - les mouvements d'opposition armée; 7 - les guerres civiles généralisées; 8 - les catastrophes de grande ampleur; 9 - la pauvreté; 10 - les injustices sociales. Malgré cette typologie, le Comité consultatif permanent des Nations Unies sur les questions de sécurité en Afrique centrale concentre l'essentiel de sa réflexion sur la lutte contre la prolifération des armes légères. Ce comité oriente ses travaux principalement sur le désarmement et la réinsertion. Le thème du désarmement à partir duquel l'ONU envisage ainsi l'ensemble de ses opérations de maintien de la paix est un axe qui semble inadapté pour les conflits politiques africains. Il l'est davantage si on prend en compte la fin de la guerre froide et son corollaire la course aux armements.
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Cf. Tableau n° 1. V. « Mobilisation des Nations Unies pour la paix et la sécurité en Afrique centrale », Op. Cit.,

p. 102.

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