Etats-Unis Mexique : géopolitique de la frontière

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Les Etats-Unis diffusent dans le monde leurs valeurs et leurs espoirs. De l'autre côté de la frontière, les mexicains des bidonvilles regardent la télévision, envient les émigrants qui reviennent après avoir réussi et se demandent pourquoi ils n'auraient pas droit à ce bonheur. Mais ils rencontrent bien des difficultés pour rentrer aux Etats-Unis et ne peuvent ensuite s'intégrer à la société dans laquelle ils aspirent à vivre. Les Américains considèrent la frontière comme la ligne de défense de leurs valeurs et de leur territoire.
Publié le : mercredi 1 juillet 2009
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EAN13 : 9782336261607
Nombre de pages : 133
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Sommaire
Chapitre 1 Géopolitique__________________________________________ 11 Chapitre 2 La frontière est-elle un espace de liaison ou une infrastructure de différence ?___________________________________________ 17 Chapitre 3 La géopolitique due à la Nature : _________________________ 29 les quatre éléments ____________________________________ 29 Chapitre 4 La Géopolitique due à la ________________________________ 35 géographie humaine ___________________________________ 35 Chapitre 5 La peur de l’autre _____________________________________ 45 Chapitre 6 L’El Dorado mythique _________________________________ 75 Chapitre 7 Les perspectives dues aux conséquences de l’immigration actuelle _____________________________________________________ 85 Chapitre 8 Les enjeux électoraux des Mexicains vivant aux États-Unis ___ 91 Chapitre 9 La Géopolitique de la frontière à l’ère de la mondialisation. __ 99 Chapitre 10 La Californie est-elle une terre d’accueil ou un mythe ? _____ 109 Notes _________________________________________________ 115 Bibliographie __________________________________________ 123 Index des noms_________________________________________ 127 Table des matières ______________________________________ 131

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Jean MUNOZ

GÉOPOLITIQUE DE LA FRONTIÈRE

Nous, les leaders du Canada, du Mexique et des États-Unis, nous nous sommes réunis à Montebello pour examiner les opportunités et les défis qu’affronte l’Amérique du Nord et pour établir les priorités de notre future coopération. Comme voisins, nous partageons l’engagement d’assurer que l’Amérique du Nord continue à être une région sûre, protégée et économiquement dynamique, capable d’être compétitive dans les marchés mondiaux. De même, nous analysons les opportunités de coopération dans le domaine mondial et dans notre propre hémisphère. Les valeurs et principes que nous partageons, spécialement la démocratie, l’empire de la loi et le respect des droits et des libertés humaines, soutiennent nos efforts pour créer une région plus prospère et plus sûre.
Nosotros, los líderes de Canadá, México y Estados Unidos, nos hemos reunido en Montebello para examinar las oportunidades y los desafíos que enfrenta América del Norte y establecer las prioridades de nuestra cooperación futura. Como vecinos, compartimos el compromiso de asegurar que América del Norte continúe siendo una región segura, protegida y económicamente dinámica, capaz de ser competitiva en los mercados mundiales. Asimismo, analizamos las oportunidades de cooperación en el ámbito mundial y dentro de nuestro propio hemisferio. Los valores y principios que compartimos, especialmente la democracia, el imperio de la ley y el respeto a los derechos y las libertades humanas, sustentan nuestros esfuerzos por crear una región más próspera y segura. Vicente Calderón, Président de la République du Mexique le 21 août 2007 1

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. Communiqué de Vicente Calderón, Président de la République du Mexique le 21 août 2007. Cf site Présidence de la RP du Mexique : http://www.presidencia.gob.mx/ « La Alianza para la Seguridad y la Prosperidad de América del Norte » (ASPAN) fut fondée en 2005.

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Chapitre 1 Géopolitique
Parler de la géographie et des hommes qui peuplent la contrée que nous étudions c’est évoquer le concept de géopolitique2. Nous abordons une science qui étudie les rapports entre la géographie des États et leur politique humaine, économique et sociale. Géopolitique est une dénomination généralement utilisée pour désigner l’influence incontournable du milieu naturel dans toutes ses acceptions géographiques, les populations qui évoluent, les ressources économiques naturelles ou apportées par l’homme, et qui influencent les décisions politiques d’un ou plusieurs Etats. Le terme désigne également l’étude de ces facteurs incontournables. L’appellation nous vient du britannique Kinder et ensuite du scientifique et politicien suédois Rudolf Kjellén3 qui mit en place une étude des sciences politiques reposant sur l’interaction des forces sociologiques, politiques et physiques. Cf. Staten som Lifsform (L’Etat sous forme d’organisme 1916)4. Pour que cette définition soit possible, nous devons admettre que l’État doit occuper le territoire en question et y être souverain. De sa souveraineté naît la politique qu’il détermine pour sa gestion géographique et humaine. Si cette souveraineté vient du peuple, nous sommes dans un système démocratique. Mais cette gestion est forcément liée à une limite territoriale, à une frontière commune avec un ou plusieurs pays également souverains et agissant selon des politiques semblables ou diamétralement opposées. Chaque pays possède sa propre histoire, ses propres qualités et son
La géopolitique se définit comme un concept qui sert à désigner l’influence que peut avoir l’environnement pris dans son acception géographique, mais aussi économique, sociale et culturelle. Cette influence s’exerce principalement sur la politique d’une nation donnée en relation avec la nature de ses rapports avec une ou plusieurs autres nations. 3 Rudolf Kjellén, politicien suédois qui mit en place une étude des sciences politiques reposant sur l’interaction des forces sociologiques, politiques et physiques 4 La notion de géopolitique a trouvé un terrain favorable dans les pays phares de la fin du XIXe siècle, notamment en Grande-Bretagne. Un de ses spécialistes les plus connus fut Halford J. Mackinder (1861-1947), qui était également géographe et qui analysa les facteurs géographiques nécessaires à la puissance. Il en vint à penser dès 1890 que la puissance maritime aux nations et spécialement à la Grande-Bretagne.
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organisation économique, sociale, politique et de défense, car tout territoire est considéré comme étant un sanctuaire inviolable et pour lequel la population doit lutter en cas de menace extérieure. En économie, cinq facteurs principaux définissent la viabilité d’un pays. Le premier est le territoire, car sans territoire, il est difficile de constituer une nation, le deuxième est la population qui occupe le territoire. Dans les deux premières conditions nous trouvons les racines de la géopolitique : le territoire et la population. Le troisième facteur est l’organisation politique et administrative qui instaure l’ordre et l’harmonie dans le territoire. Le quatrième est lié à l’existence des énergies dans le sol, dans le sous-sol, dans l’eau des rivières ou des mers, dans le vent et même le soleil qui donnent l’indépendance énergétique aux populations. Le dernier est l’instruction dans l’organisation structurée des formations scolaires et universitaires. Ces caractéristiques communes s’appliquent habituellement aux pays dits du Nord. S’il vient à manquer un ou plusieurs des cinq éléments décrits, le pays boite et peut connaître des problèmes insolubles qui l’amènent à faire partie des pays dits du Sud ou en voie de développement. Une nation qui manque de territoire aura tendance à aller en chercher chez ses voisins et cela peut générer des conflits. Si le pays manque de population, il n’aura pas les ressources humaines nécessaires et par conséquent, financières pour lui autoriser un développement acceptable. La carence d’organisation politique se voit dans les cas de gouvernements totalitaires et dictatoriaux qui bloquent les institutions dans une pensée populiste unique, et le manque d’instruction qui en découle ne fait qu’intensifier la misère. Les États-Unis d’Amérique possèdent le territoire, connaissent un déficit quantitatif en population, mais compensent par une politique énergétique extérieure particulière, une instruction généralisée et une Constitution inébranlable respectée qui fédère tous les États qui composent cette Union. Par ailleurs, après la guerre froide, les États-Unis sont devenus le leader mondial, le numéro un des puissances mondiales. Et la théorie du leader est claire et précise. Il ne peut y en avoir qu’un, les autres pays tendent à se rapprocher de lui pour obtenir des retombées bénéfiques mais
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sans jamais le dépasser. Dans la tradition Judéo-chrétienne, cela nous fait penser à Dieu, entouré de ses anges qui tendent à se rapprocher en permanence de lui alors que ceux qui en contestent l’autorité ou veulent le remplacer sont chassés du Paradis et peuplent l’Enfer. L’Enfer est peuplé d’anges révoltés, châtiés en permanence. Il n’y a qu’un Dieu. Les propos d’Ignacio Ramonet, directeur du Monde Diplomatique, prononcés le 23 avril 2007 : L’Empire n’a pas d’alliés, il n’a que des vassaux illustrent bien cette théorie du leader5. De l’autre côté de la frontière sud, le Mexique offre un immense territoire, une vaste population, des ressources énergétiques, une organisation politique constitutionnelle et un niveau d’instruction inégalement réparti. Malgré ses grandes qualités, le Mexique est considéré comme un pays du Sud. Il touche le territoire des ÉtatsUnis par une frontière commune et connaît les conséquences de la théorie du leader. L’attraction des États-Unis pour le grand frère, admiration ou simplement le désir de sortir de la misère, est telle que la Californie devient la terre promise. Mais cette vision n’est que le vernis d’une réalité plus compliquée. Pour cela il convient d’étudier les modes de pensée qui ont entraîné les principales actions des deux pays avec les résultats des politiques historiques qui les ont hissées jusqu’au XXIe siècle. En effet, l’étude de la géopolitique a pris une grande importance durant le XXe siècle pour essayer d’expliquer quelles sont les relations qui structurent le monde et qui lient les États. Comment expliquer la rivalité entre les États-Unis et l’Union Soviétique pendant la période de la guerre froide ? Les analystes de la géopolitique se sont réfugiés dans l’étude des politiques extérieures indispensables aux deux géants. Au pouvoir terrestre s’ajoute le pouvoir maritime, ensuite le pouvoir dans l’espace et sur ces pouvoirs viennent se greffer les influences provoquées dans les zones d’approvisionnement en énergie, l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Amérique Latine6. La course
Ignacio Ramonet, directeur du Monde Diplomatique, prononcé le 23 avril 2007 : L’Empire n’a pas d’alliés, il n’a que des vassaux. Ses propos illustrent bien la théorie du leader. 6 Vers les années 1980, la géopolitique a été l’objet d’une prise de conscience des grandes puissances, principalement aux États-Unis. Cette prise de conscience permet d’avancer plusieurs tentatives d’explications concernant les luttes d’influence entre Américains et Soviétiques dans le tiers monde (Afrique, Eurasie et Amérique latine). Staline disait que qui tient l’Afrique tient l’Europe à sa merci. Depuis la fin de la guerre froide que la géopolitique
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