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Géopolitique des Frontières Orientales de l'Allemagne

De
272 pages
Soulignant les risques d'instabilité en Europe centrale et orientale, l'Allemagne refuse que les limites orientales de l'Union européenne et de l'OTAN coincident durablement avec ses propres frontières. Formulée par les dirigeants allemands dès 1989-90, cette vision géopolitique a valu à la Pologne et à la République tchèque un soutien allemand constant et déterminant dans leur stratégie d'intégration au sein des structures politiques, économiques et militaires occidentales. La gestion des frontières orientales de l'Europe s'annonce comme un défi majeur pour l'Union Européenne élargie.
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PREMIERE PARTIE

RUPTURES ET CONTINUITES

TEMPORELLES

INSCRITES DANS L'ESPACE

Remerciements,

Ma gratitude va en premier lieu à M. Michel Foucher qui a bien voulu diriger la thèse de doctorat à partir de laquelle cet ouvrage a été rédigé. J'exprime également ma profonde reconnaissance à tous les interlocuteurs rencontrés dans le cadre de cette étude pour le temps qu'ils ont bien voulu me consacrer. Ce travail n'aurait par ailleurs pas été possible sans l'aide financière obtenue à travers la bourse DRET (Ministère. de la Défense). Mes remerciements vont également à M. François Bafoil, responsable de l'Observatoire de Berlin (CNRS/ROSES) jusqu'en 1994 au sein duquel j'ai consacré seize mois à l'étude de la transition politique, économique dans les nouveaux Lander. Après ce séjour à Berlin, j'ai pu poursuivre mes travaux à Prague grâce à Mme Françoise Mayer, directrice du Cefres (Centre français de recherche en sciences sociales) que je remercie pour les conditions de travail remarquables mises à la disposition des doctorants. Après Berlin et Prague, ce travail a été poursuivi et terminé en Pologne, sur invitation de M. David W. Lewis et de M. Jacek Saryusz-Wolski, Vicerecteurs successifs du Collège d'Europe, (Natolin, Varsovie). Je leur suis gré de m'avoir accueilli dans cette institution propice, par sa localisation et ses programmes, à la réflexion sur les mutations géopolitiques du continent européen. Merci également à M. Viktor Pozniak et à M. Jan Vandamme, bibliothécaires du Collège, pour leur disponibilité jamais démentie. Enfin, je ne saurais passer sous silence les étudiants du Collège d'EuropeNatolin qui, venant d'une trentaine de pays différents, n'ont pas pu ne pas influencer certaines réflexions présentées ici sur le thème de la frontière.

Gilles Lepesant

Géopolitique

des frontières de l'Allemagne

orientales

Les implications de l'élargissement de l'Union européenne

Préface de Michel Foucher

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

Géopolitique

des frontières de l'Allemagne

orientales

Collection «Pays de l'Est» dirigée par Bernard Chavance

Déjà parus
Catherine LOCATELLI, question énérgétique en Europe de l'Est, 1992. La Michel Roux (ed.), Nations, Etat et territoire en Europe de l'Est et en URSS, 1992. Krystyna VINAVER(ed.), La crise de l'environnement à l'Est. Pays en transition et expérience française d'une économie mixte, 1993. Elisabeth R. NAJDER,Une histoire monétaire de la Pologne, 1918-1992. Contrôle des changes et convertibilité, 1993. ..Marie-Claude MAUREL, a transition post-collectiviste. Mutations agraiL res en Europe centrale, 1994. Frédéric WEHRLÉ,Le divorce tchéco-slovaque. Vie et mort de la Tchécoslovaquie, 1918-1992, 1994. Bernard CHAVANCE, fin des systèmes socialistes. Crise, réforme et La transformation, 1994. Jacques SAPIR,Victor IVANTER, Monnaie et finances dans la transition en Russie, coédition avec les Editions de la MSH, 1995. Wladimir ANDREFF, secteur public à l'Est. Restructuration industrielle Le et financière, 1995. Régis CHAVIGNY, Spécialisation internationale et transition en Europe centrale et orientale, 1996. Christian VONHIRSCHHAUSEN, combinat socialiste à l'entreprise capiDu taliste, 1996. Guy BENSIMON, Essai sur l'économie communiste, 1996. Guillaume LACQUEMENT, décollectivisation dans les nouveaux wnLa der allemands, 1996. Robert DELORME (ed.), A l'Est du nouveau. Changement institutionnel et transformations économiques, 1996. François BAFOIL,Règles et conflits sociaux en Allemagne et en Pologne post-communistes, 1997. Jacques SAPIR(ed.), Retour sur l'URSS. Economie, société, histoire, 1997. François BAFOIL(dir), Les stratégies allemandes en Europe centrale et orientale, 1997. Gilles LEPESANT, Géopolitique des frontières orientales de l'Allemagne, 1998.

@ L'Harmattan,

1998

ISBN: 2-7384-6594-3

Préface
Michel Foucher

Ce livre procède d'un double constat. Pour la première fois de son histoire, l'Allemagne réunifiée possède des frontières aussi nettes sur son versant oriental que sur ses voisinages occidentaux. Dans le même temps, les dirigeants allemands se sont donnés comme objectif que les frontières orientales cessent de coïncider avec les limites externes de l'Union européenne. L'Allemagne est un acteur majeur de la stratégie d'élargissement de l'Union eqropéenne et de I' OTAN, processus dont les négociations commencent à peine et qui, relevant de la moyenne durée, font apparaître une nouvelle question, celle des frontières orientales en devenir de l'Union européenne. Ces frontières nationales enfin assurées devraient bientôt cesser d'être des segments de l'enveloppe frontalière externe de l'Union européenne et ce déplacement au-delà de l'Oder-Neille réintroduit un flottement dans la définition même du continent européen. Les chroniqueurs du Moyen Âge interprétaient I'histoire de l'Europe sur la longue durée en insistant sur un double mouvement de translation: la translatio imperii, c'est à dire le déplacement du centre du pouvoir impérial de Constantinople vers l'Occident incarné alors par le Saint Empire Romain Germanique; la translatio studii, avec le transfert des savoirs depuis Athènes vers l'Université de Paris. La représentation de la formation de l'Europe unitaire à ses débuts se fondait donc sur un schéma de transfert de l'Orient vers l' Occident. Quelques siècles plus tard, après l'unification allemande et le retour des Aussiedler, ces descendants de ces minorités allemandes dont la diffusion en Europe centrale et orientale avait contribué à dilater les frontières européennes, s'achève, peut-on estimer, un cycle long de l'histoire européenne. Avec l'échec d'une expérience idéologique concurrente mais dont l'impact ne fut pas négligeable sur l'Occident européen qui s'organisa en partie pour lui faire pièce, tout .se passe comme s'il devenait possible d'envisager une nouvelle translation politico-institutionnelle, mais cette fois dans un sens inversé: elle concerne l'adoption progressive des pratiques politiques, juridiques et des "acquis" 9

communautaires de l'Union européenne par les Etats et nations de l'ancienne Europe de l'Est. Dans ce processus à peine ébauché, l'Allemagne occupe une position centrale, parfois exprimée par le concept géopolitique récurrent de Mittellage, qui désigne à la fois la perception d'une centralité géographique, d'une puissance issue de son poids économique et de son modèle d'économie sociale de marché, enfin d'une responsabilité nouvelle dans la réorganisation de l'Europe. Dans ce contexte et parce qu'elles sont enfin clairement reconnues comme bornées et définitives, les frontières orientales de l'Allemagne ont donc cessé d'être un facteur de méfiance vis à vis des idées et projets venus de l'ouest. Leur fixité reconnue facilite les transferts de tous ordres. Les interactions frontalières héritées ont été dédramatisées; la fonction de « gardiennes» des identités en Bohême comme en Pologne est remplie. Et pourtant, comme l'analyse avec finesse le présent ouvrage, les réalités frontalières locales sont encore vécues parfois comme une malédiction. Traversant des régions souvent peu peuplées héritage des conflits et effets des modifications de tracés en 1945

-, les

frontières

entre l'Allemagne d'une part, la Pologne et la République tchèque d'autre part, sont-elles déjà ces laboratoires d'intégration européenne que l'on aurait pu attendre? Les projets de coopération formulés à peine la réunification achevée sont plus ambitieux que les réalisations concrètes, la rupture frontalière s'efface plus lentement qu'espéré, en raison des différences dans les conceptions d'aménagement et de niveau de vie. On relève ainsi une distorsion entre l'hypothèse d'une transformation rapide de ces interfaces en aires de coopération effective, en conformité avec la prochaine adhésion des deux Etats d'Europe centrale à l'Union européenne, et des réalités observables sur le terrain, soit une série de régions sous-peuplées, sous-équipées, périphériques pour les trois Etats en contact et encore convalescentes, notamment dans le Brandebourg et en Saxe. Il ne suffit donc pas qu'une aire de contact apparaisse, vue de haut, comme une interface privilégiée d'une translation de savoir faire, de savoir organiser et de savoir prospérer, pour qu'elle fonctionne comme telle à l'échelle du terrain. Gilles Lepesant a arpenté ces régions frontalières pour voir les paysages de
ces régions de transition

- parfois

même .de rupture

- et surtout

pour entendre ce

qu'inspirait aux habitants de ces périphéries contiguës l'examen de leur situation collective. Il a également exploré les textes d'histoire pour exhumer l'archéologie de ces tracés frontaliers. Il a interrogé les responsables politiques des trois Etats, tant dans leurs capitales respectives que dans les régions et villes frontalières. Les représentants des minorités et des associations de rapatriés, les syndicalistes 10

et les chefs d'entreprises ont été longuement écoutés. L'auteur a dressé un bilan réaliste des coopérations locales et inter-régionales et des projets d'eurorégions, qui couvrent la totalité de ces interfaces, de Szczecin à la Sumava. Bref, si les frontières sont ici données à voir, elles sont surtout verbalisées par ceux qui les fréquentent, au quotidien. Ce faisant, Gilles Lepesant n'a pas fait seulement oeuvre de géographe. Son objet est finalement moins un objet assez abstrait, la frontière, que la relation que des sociétés plurielles entretiennent avec des fragments linéaires d'un espace dont la densité est moins liée à la démographie qu'à la teneur historique et aux enjeux à venir"qu'ils recèlent. L'enquête éclaire un vécu, exprimé à travers les discours autant qu'à partir d'une lecture attentive des cartes. Ce faisant, l'auteur dégage une méthode féconde, celle d'une géographie humaine à part entière, intelligente et explicative, sur la base de laquelle on comprend pourquoi ces frontières nettes ont été acceptées mais ne' sont pas encore dépassées, car le temps propice à la transformation des représentations est plus lent que celui des décisions rationnelles. Au delà de la synthèse durable proposée, une méthode d'analyse géopolitique des interactions frontalières a été approfondie. Lestés d'un outillage aussi efficace, l'auteur et ses émules pourront aborder avec confiance d'autres réalités frontalières complexes. Afin de mener à bien une telle entreprise, la démarche de recherche adoptée ici s'inspire de la recommandation d'un des plus fins penseurs de la géographie politique, André Siegfried. Il conseillait d'appréhender les frontières, sources inépuisables de malentendus, avec sang-froid. Mais la distance raisonnée avec un objet propre à réactiver les passions identitaires n'est pas, on s'en convaincra à la lecture de l'ouvrage, l'indifférence. Elle est un regard lucide sur des félritsen lent devenir. Par là même, Gilles Lepesant s'est préparé à formuler une théorie contemporaine des frontières externes de l'Union européenne, dont on sait qu'elles ne sont déterminées par nulle géographie mais qu'elles résulteront de décisions à la portée redoutable. Une fois encore, l'acte de tracer frontière tient au sacré, dépassant la lucidité de ceux qui l'opèrent. Cet ouvrage' constitue un guide sûr pour s'aventurer sur ces terrains délicats.

Michel Foucher Professeur à l'Université Lumière Lyon II ~t au Collège d'Europe, Natolin(Varsovie), directeur de l'Observatoire Européen de Géopolitique

INTRODUCTION

GENERALE

ULesujet, avouons le, est dangereux pour un savant, car il est tout pénétré de passions politiques, tout encombré d'arrières-pensées. Les gens ont trop d'intérêts en jeu, quand ils parlent de frontières, pour en parler de sang-froid: .le malentendu est permanent!" André Siegfried

Le caractère inédit, novateur du projet d'Union européenne provient en partie de la dévaluation contractuelle des frontières entre les Etats membres qu'il implique. Les frontières externes sont, elles, préservées voire renforcées du moins sur le plan migratoire. En 1997, les frontières orientales de l'Allemagne recoupent des frontières externes de l'Union européenne et de l'OTAN; situation ,temporaire si l'on en juge par les projets d'élargissement de ces deux institutions soutenus, entre autres, par l'Allemagne et par ses deux voisins orientaux. Cette étude se situe donc à une charnière historique, à un moment où les frontières germano-polonaise et germano-tchèque, peu perméables voire hermétiques (dans le cas du rideau de fer bavaro-tchécoslovaque) ces cinquante dernières années, sont appelées à devenir des frontières dévaluées, internes, de l'Union européenne et de l'OTAN. En analysant ces frontières en tant qu'interfaces entre des systèmes économiques, sociaux, politiques fortement différenciés, nous souhaitons insister sur les perceptions qu'ont les acteurs, à différentes échelles, de leurs frontières et espaces frontaliers communs. Il s'agit ici, d'une part de spécifier comment se traduit la phase préparatoire de l'élargissement de l'Union européenne et de 1' OTAN sur le terrain c'est à dire dans des espaces frontaliers longtemps conflictuels; d'autre part de comprendre dans quelle mesure les fonctions contemporaines de ces frontières motivent aux yeux de l'Allemagne, membre de l'OTAN et de l'Union européenne, un transfert vers l'est des frontières externes de ces deux institutions. Dans la doxa contemporaine, les frontières apparaissent comme le vestige d'une époque révolue, comme de dangeureux archaïsmes dont il convient de prédire ou tout du moins de promouvoir le déclin. "Il faut tout d'abord s'attaquer résolument à cette forme d'Europe féodale qui n'offre que barrières, douanes, formalités, embarras bureaucratiques, de manière à supprimer toutes les frontières au sein du marché commun avant 1992" expliquait J. Delors, président de la Commission des Communautés européennes dès 19851. L'année 1989,
1Tribune de l'Economie, 16.12.1985. 15

point de départ de ce travail, semble confirmer la justesse du diagnostic répandu en Europe de. l'Ouest au cours de la guerre froide selon lequel les frontières ne sont plus des enjeux d'importance, des "idoles" dans les imaginaires collectifs. Le rideau de fer tombe, la frontière inter-allemande s'efface, le continent européen retrouve l'unité à laquelle l'invite sa géographie. Bref intermède en réalité. Très vite, à l'instar des deux autres ensembles fédéraux de l'Europe centrale et orientale (Union soviétique et Yougoslavie), la Tchécoslovaquie se disloque et deux héritages de la Seconde Guerre mondiale grèvent les relations entre l'Allemagne réunifiée et ses deux voisins orientaux: la frontière OderNei(3e que Bonn tarde à reconnaître, et les suites juridiques, financières, morales du transfert des populations allemandes opéré en Pologne et en Tchécoslovaquie entre 1945 et 1950. Ces deux différends concernent au premier chef les espaces frontaliers de l'est de l'Allemagne. En somme, la frontière n'est pas seulement douanes et formalités. Elle est davantage qu'une ligne fonctionnelle, un lieu de contraintes administratives. C'est aussi un repère identitaire pour les sociétés et un des fondements de la souveraineté des Etats. C'est, selon la définition proposée par Michel Foucher, une "discontinuité géopolitique, à fonction de marquage réél, symbolique et imaginaire"2. Dès les premières lignes d'un de leurs ouvrages3, P. Guichonnet et C. Raffestin rappellent que "la frontière appartient à ces concepts qui engendrent presque toujours des réactions émotives dont se nourrissent les passions nationales, voire nationalistes" et citent les mots inscrits sur le monument aux morts de Cavour (Piémont) : "Pour revendiquer les limites sacrées que la nature a placées comme frontières de la Patrie, ils ont affronté, impavides, une mort glorieuse. Par décision unanime de la municipalité et de la population, que leurs noms en soient immortalisés". La reconnaissance de la frontière Oder-Neille, le processus d'élargissement de l'Union européenne contribuent certes à dédramatiser les frontières analysées. Néanmoins, les débats suscités par la frontière Oder-Nei(3e, par la question des Allemands des Sudètes ont souligné et soulignent encore le rapport sensible que sociétés et acteurs peuvent entretenir avec les frontières et les espaces frontaliers. Or, les frontières orientales de l'Allemagne sont promises à une dévaluation progressive dans le cadre de l'élargissement de ces deux institutions. Dans le discours prononcé à l'occasion de la signature du traité frontalier germanopolonais de novembre 1990, le ministre allemand des affaires étrangères HansDietrich Genscher expliquait que la frontière entre les deux pays ne devait pas
2

M. Foucher, Fronts et Frontières, Fayard 1993.
C. Raffestin, Géographie des frontières, PUF, 1974.

3p. Guichonnet,

16

être une frontière de prospérité4. V. Rühe, ministre allemand de la défense, précise: "C'est un des intérêts vitaux de l'Allemagne que la frontière entre la stabilité et l'instabilité, entre la pauvreté et la richesse, que les frontières de l'OTAN et de l'Union européenne ne coïncident pas avec les frontières orientales de l'Allemagne. Nous voulons à terme voir ces frontières aussi perméables que l'est aujourd'hui la frontière avec la France"5. De son côté, le Chancelier H. Kohl explique: "Pour nous, Allemands, la poursuite de l'unification européenne est d'une importance capitale. Nous avons plus de voisins que n'importe quel autre pays en Europe. L'Allemagne n'est pas une île mais se trouve au coeur du continent. Les bonnes et les mauvaises expériences de 1'Histoire nous enseignent que nous devons tirer les conséquences appropriées de cette situation géographique particulière (...). Nous n'aurions pas rempli notre mission devant l'Histoire si nous nous occupions uniquement de l'unité allemande, si nous ne mettions pas tout en oeuvre pour que cette Allemagne réunifiée fasse partie d'une maison européenne à l'abri des intempéries"6. Dans l'attente d'un élargissement effectif de l'Union européenne et de l'OTAN, la volonté des dirigeants allemands semble donc être de susciter deux dynamiques: d'une part une perméabilisation des frontières orientales de l'Allemagne et d'autre part un report vers l'est des fonctions migratoires et militaires de ces frontières. Ces deux dynamiques sont complémentaires et indissociables. Comment se traduisent-elles? Quels sont les arguments, les références historiques mobilisés? Pressées d'intégrer l'OTAN et l'VE, la Pologne et la République tchèque partagent-elles la même vision du devenir de leurs frontières avec l'Allemagne? Telles sont les questions qui se posent dès lors qu'on se propose d'analyser les mutations de frontières où se télescopent logiques européennes invitant à leur effacement et logiques identitaires, nationales fondées sur le besoin de frontières. Analyser "froidement" une frontière n'est guère aisé. Les discours à son sujet sont souvent sans nuance. Elle est soit une dangereuse rémanence, soit une ligne sacrée qui protège. L'accent est mis ici sur les perceptions, ne serait-ce que parce qu'en soi la frontière est inerte. Ces perceptions évoluent dans le temps, comme le souligne J. Ancel. "Il n'y a pas de "bonne" ou de "mauvaise" frontière, écritil, "cela dépend des circonstances. La frontière des Pyrénées est aujourd'hui une frontière morte (...) Jadis, c'était une frontière de tension" 7. Si elle suscite des
4

"Rede des Au~emninisters Genscher zum Abschlu~ des deutsch-polnischenGrenzvertrages",

Europa Archiv 13/1991. 5 V. Rühe, discours tenu le 16~05.1995 à Bonn devant la Deutsche Atlantische Gesellschaft. 6Entretien accordé au journal Le Monde du 1.10.1994. 7J. Ancel., Lesfrontières, étude de géographie politique, Recueil des Cours, 55. Cité par: J.R.V Prescott, The geography of Frontiers and Boundaries, Aldine Publishing Company, Chicago, 1967.

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perceptions, des stratégies, la frontière est aussi un facteur d'organisation de l'espace. L'ambition ici n'est pas d'extrapoler à partir d'un cas. L'absence d'effets mécaniques entre des données économiques, sociales, historiques et les effets-frontière à l'oeuvre incite moins à théoriser qu'à expérimenter une méthode d'analyse pour l'étude d'un cas : celui des frontières orientales de l'Allemagne. La méthode retenue ici est une analyse à plusieurs échelles, locale, régionale, nationale, européenne qui vise à mettre en valeur la diversité des interactions, des acteurs, de leurs stratégies et des référents mobilisés. Seules des enquêtes de terrain pouvant renseigner sur le rapport entretenu avec la frontière, elles ont été ici privilégiées. Tâche rendue difficile par le fait que la frontière relève souvent du non-dit. Ne pas être natif d'un des trois pays concernés ici a pu être un handicap. Cependant, dans les régions frontalières en question, enjeux et théâtres de tant de conflits, les acteurs hésitent parfois à parler ou s'ils parlent, à dévoiler le fonds de leur pensée. Provenir d'un pays tiers, donc à priori impartial, nous aura valu confidences et aveux dont nous n'aurions probablement pas profité si nous avions été, par notre nationalité, partie prenante. Nous avons en somme bénéficié du "divin privilège de l'indifférence" évoqué par Marc Bloch8, à supposer qu'on puisse être indifférent aux histoires de frontière. Al' étude de la dévaluation des frontières par des projets locaux devait s'ajouter une analyse des enjeux de l'élargissement de l'Union européenne et de l'OTAN. En effet, comme en témoignent les propos des responsables allemands rapportés plus haut, les interactions que nous étudions ici ne résultent pas seulement de jeux à l'échelle locale et régionale. Elles s'inscrivent dans un contexte plus vaste: celui de la dévaluation des frontières internes de l'Union européenne qui est indissociable d'un renforcement des frontières externes, lesquelles sont appelées à être déplacées vers l'est. Axer l'analyse autour de ce processus permet de souligner ce qu'il y a de neuf dans la perception qu'a l'Allemagne de ses frontières orientales et de mettre en valeur leur différenciation fonctionnelle et spatiale qui s'opère dans la perspective de l'élargissement de l'Union européenne et de l'OTAN. Enfin, certains mots, concepts ou expressions exigeaient des éclaircissements avant d'être fréquemment employés dans les pages qui suivent. Nous n'avons pas souhaité nous limiter ici à un espace précisément délimité de part et d'autre de la frontière que nous aurions appelé région frontalière. Aucun critère recevable pour tous les acteurs, qu'il soit économique, naturel, historique ne peut en effet être retenu pour tracer les contours d'une telle région. Par région frontalière,
8In C. Higounet, Les Allemands en Europe centrale et orientale au moyen âge, Aubier, Collectionhistorique, 1989. 18

nous entendons des espaces contigüs à la frontière dont l'organisation est en partie influencée par la proximité de celle-ci sans pour autant sous-entendre des régions dotées d'une unité, d'une personnalité distincte. Il existe cependant des régions historiques dont 1'homogénéité économique ou politique ou ethnique a été remise en cause par le tracé de la frontière ou par l'expulsion des populations allemandes. Nous les évoquons lorsqu'elles sont intégrées à des discours, convoquées en vue de légitimer des projets contemporains. Nous limiter à un espace frontalier arbitrairement limité aurait été contradictoire avec notre projet de montrer que quasiment chaque acteur à chaque échelle revendique une définition différente de la frontière, entre autres sur le plan géographique, celle-ci pouvant être une mince bande, un espace de quelques kilomètres mais aussi la Pologne et la République tchèque en elles-mêmes. La distinction entre frontièrezone et frontière-ligne est soulignée dans une grande partie de la littérature consacrée à la thématique de la frontière. La langue anglaise rend la notion de linéarité par le mot boundary et celle de zonalité par frontier. Le mot boundary renvoie à la frontière comme ligne limite dépendant d'une autorité centrale qui assure son contrôle et sa surveillance et le motfrontier à une zpne mouvante aux contours définis selon les forces en présence. Les relations transfrontalières étudiées dans cet ouvrage relèvent à la fois, du concret (projets de coopération, interactions économiques et sociales) et de l'image, de la perception difficile à cerner mais fondamentale à prendre en compte dès lors que nous acceptons le postulat selon lequel le rapport à la frontière est d'abord un rapport à l'Autre. Ce que Hannah Arendt affirme au sujet du politique vaut à fortiori dans le cas de la frontière: "dans les sciences politiques plus qu'ailleurs, nous n'avons pas la possibilité de distingUer l'être du paraître. Dans le domaine des affaires humaines, l'être et le paraître sont indissociables"9. Par perception, nous entendons la somme des qualités qu'un acteur ou un groupe d'acteurs attribue à un autre acteur ou à un autre groupe. Ces qualités sont le produit d'une interaction entre des actes passés ou présents, des discours émis (structurés, entre autres, autour de ces actes) et la réceptivité de l'audience en question, réceptivité modelée par un contexte historique et social particulier. Les perceptions évoluent dans le temps, pas nécessairement aussi rapidement que les situations politiques ou géopolitiques, dans la mesure où des stéréotypes stables peuvent rassurer dans un contexte en mutation. Un tel contexte élargit l'éventail des perceptions, chacun réagissant différemment selon son histoire personnelle, ses analyses, son expérience quotidienne qui sont autant d'éléments de différenciation. Dans le cas qui nous occupe ici, ce point est
9

H. Arendt, On Revolution, Viking, New York, 1963, citée par M. Edelman, Political Language : Words That Succeed and Policies That Fail, Academic Press, New York, 1977. 19

essentiel dans la mesure où l'ouverture de la frontière ajoutée à la démocratisation des régimes politiques confèrent à la société civile un droit de regard et de parole sur la gestion de la frontière, droit dont elle était quasiment privée avant 1989. Enfin, par coopération transfrontalière, nous entendons des stratégies mises en oeuvre pour faire jouer des solidarités spatiales en dépit de systèmes de normes, de références socio-culturelles différents de part et d'autre de la frontière. Ce terme est naturellement délicat à manier car son usage peut relever du discours creux, de la langue de bois en vigueur dans ce domaine avant comme après 1989 ou de l'analyse scientifique. Nous nous sommes donc efforcés de veiller à la clarté de sa signification lors de son emploi.

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Le présent ouvrage se compose de quatre parties. La première traite de I'héritage" des ruptures et des continuités temporelles inscrites dans l'espace. A une desc.ription des paysages frontaliers dont les traits renvoient à la fois à des ruptures et à des continuités, des complémentarités ruinées par la guerre et ses suites, succède un historique des tracés et des espaces frontaliers puis une analyse de la perception qu'en ont eu les Etats centraux entre 1945 et 1989. A partir de cet état des lieux, la deuxième partie s'interroge sur les dynamiques économiques et sociales suscitées par la frontière de niveau de vie qui sépare l'Allemagne de ses deux voisins ainsi que sur les stratégies à l'oeuvre autour de la frontière. Celles-ci annoncent-elles un aménagement concerté des espaces frontaliers? L'étude des convergences et divergences d'intérêt révélées par les projets d'aménagement invitent à accorder, dans la troisième partie, une attention particulière aux formes politiques de la coopération transfrontalière. Les frontières externes de l'Union européenne sont-elles, avant même l'élargissement de cette institution, des laboratoires de l'intégration politique européenne? La quatrième partie tire les enseignements des logiques étudiées et présente un bilan provisoire et comparé de la coopération transfrontalière germano-polonaise et germano-tchèque afin de suggérer quelques déterminants des relations transfrontalières. L'analyse de la différenciation fonctionnelle des frontières orientales de l'Allemagne invite par ailleurs à s'interroger de manière prospeptive sur la perception qu'a la Pologne, pays candidat à l'Union européenne, de la fonction des futures frontières orientales de celle-ci.

Introduction
"Quand on peut la franchir sans difficulté, la frontière n'existe pas,. quand on ne peut pas la franchir, on s'aperçoit qu'elle passe à travers nous et qu'elle coupe en deux notre être, en nous séparant de nous-même".

Claudio Magris

Les frontières orientales de l'Allemagne ne constituent une véritable discontinuité que depuis moins d'un demi-siècle. Avant la seconde guerre mondiale, la frontière germano-polonaise ne longeait pas l'Oder-Neif3e et les régions frontalières germano-tchèques étaient peuplées en majorité d'Allemands. Au Xème siècle, les régions frontalières que nous étudions ici étaient des frontières au sens américain du terme, une frontier, une marche dans une colonisation allemande à l'est dont C. Higounet retrace les modalités et les aléas1o. La toponymie (Marche de Brandebourg), la survivance de minorités slaves à l'ouest de l'Oder-Neif3e (les Sorabes), l'urbanisme témoignent encore de cette période de confrontation entre monde slave et monde germain avant que celui-ci, grâce aux Chevaliers teutoniques, ne repousse ses frontières vers l'est. A la différence de ses limites occidentales, les limites orientales de l'Empire allemand étaient non seulement mouvantes mais aussi différenciées, les frontières politiques ne correspondant pas aux frontières ethniques ou linguistiques. La colonisation allemande à l'Est a projeté au-delà des frontières successives de l'Empire allemand une présence culturelle et germanique aux limites aussi lointaines que floues11. Dans son ouvrage Histoire de l'Allemagne des origines
10

Il C. HigoWlet nuance l'image d'Wle colonisation allemande fondée Wliquement sur la force: "on peut considérer la zone comprise entre Elbe-Saale et l'Oder et entre la Bôhmerwald-Enns et la Leitha puis la zone au delà de l'Oder comme Wle "frontière" au sens que les Américains ont donné à ce tenne dans leur progression vers l'Ouest, c'est à dire comme Wl "front" pionnier. Mais il faut ajouter ce correctif: ce front s'est déplacé au contact de peuples ayant Wle civilisation désonnais presque aussi évoluée que celle des colons et Wle structure politique en Pologne, Bohême, Hongrie du moins, comparable à celle de l'Ouest. Les Slaves ont, dans Wle certaine mesure, accueilli dans leurs territoires encore relativement peu occupés et peu exploités les colons allemands qui se sont installés à côté d'eux. A côté du Drang nach Osten guerrier et 23

C. HigoWlet, op. cit.

à nos jours, J. Rovan parle d'un "peuple sans frontières historiques claires, d'un territoire sans limites géographiques nettes" et cite parmi "les difficultés propres à l'histoire allemande et qui n'appartiennent qu'à elle" la suivante: "à aucun moment de son histoire, peuple, nation, territoire et Etat n'ont coïncidé d'une manière claire et comparable aux situations que nous apprenons à connaître dans l'histoire de France et d'Angleterre,,12 . Dans l'entre-deux guerres, c'est sur cette présence allemande au delà des frontières politiques du Reich qu'A. Hitler fonda dans un premier temps ses projets de conquête. Si l'on excepte l'invasion de la Rhénanie en 1936 et l'Anschluss, ses deux premiers coups de force eurent lieu à l'est: contre la Tchécoslovaquie puis contre la Pologne. Ils visaient.à briser le carcan que constituaient, selon lui, les frontières orientales de l'Allemagne et qui privaient l'Allemagne nazie de son "espace vital". Dans la genèse des frontières et des espaces frontaliers de l'est de l'Allemagne, 1945 et 1990 sont les deux dates d'un même tournant historique. En 1945, de nouvelles frontières politiques sont tracées et les populations de souche"allemande expulsées pour une grande partie vers l'Allemagne. En 1990, ces fi:ontières sont entérinées et le mouvement migratoire des Aussiedler connaît un ultime regain qui ne laisse à l'est de l'Oder-Neif3e que quelques milliers d'Allemands, pour l'essentiel dans l'ex-URSS. Ajoutée à ce "retour", la réunification des deux Etats allemands permet à l'Allemagne de disposer de frontières ethniques qui recoupent ses frontières politiques même si des populations de souche allemande, de moins en moins nombreuses, vivent encore à l'extérieur du pays. Dans les espaces frontaliers germano-polonais et germanotchèques, de nombreux témoignages visuels renvoient à cet héritage composé de ruptures et de continuités.

conquérant des Princes, le Zug nach Osten des paysans. et des artisans a été fait du lent écoulement pacifique de milliers de petites migrations qui ont changé les paysages". ln : C. Higounet, op. cit. p. 53. 121.ROVAN, L 'histoire de l'Allemagne des origines à nos jours, Seuil, Paris, 1994, p. 13. 24

CHAPITRE 1 Témoignages visuels
J. Des espaces de rupture
Au premier abord, la région frontalière apparaît comme une rupture. Rupture sociale d'une part : pas de mélange de population, peu de bilinguisme, une frontière qu'on franchit après une longue attente. Si l'on arrive de Berlin à Francfort sur l'Oder, la frontière est "annoncée" par une file de camions de plusieurs kilomètres immobilisés sur l'autoroute. Dans les villes de Guben, Gôrlitz, Francfort sur l'Oder, la frontière Oder-NeiPe traverse le tissu urbain. Au point de passage de Rozvadov, l'autoroute s'arrête en République tchèque comme en Allemagne à quelques kilomètres de la frontière. De petites routes sinueuses prennent le relais. Sur les pentes des Monts Sumava s'étirent péniblement de longues files de camions, d'autocars et de voitures particulières. Rupture économique d'autre part : sitôt passé la frontière, le décor change. Le parc automobile, l'état des rues, les magasins indiquent clairement qu'on a franchi une frontière de niveau de vie. Dans les petites villes frontalières tchèques, le décor n'est pas toujours des plus réjouissants: routes dégradées que le rideau de fer condamna naguère à un entretien minimal, prostituées, boîtes de nuit avec enseignes en allemand, multiples échoppes proposant pêle-mêle verre de Bohême et nains de jardins, cartes postales et vêtements.

A Guben, les librairies ne manquentpas d'ouvrages consacrés à l'histoire de
la ville et de la région. L'un d'eux s'intitule Guben, perle de la Lusace13 . Rédigé par des habitants de la ville réfugiés en RFA à la fin de la guerre, il raconte Guben quand la NeiPe n'était pas la frontière germano-polonaise mais un lieu au romantisme prisé par les Berlinois le week-end. Le quartier qui est devenu la ville de' Gubin après la guerre était le centre historique de Guben. Des terrasses agrémentées de cafés et de restaurants surplombaient la NeiPe, large de quelques dizaines de mètres seulement, et attiraient promeneurs et clients des environs. Le soir, ceux-ci pouvaient se rendre au théâtre à l'italienne de 800 places construit sur une île au milieu du fleuve quand ils ne cédaient pas au charme d'une promenade dans les ruelles autour de l'église. Un tramway leur permettait de
13 Ouvrage collectif, Feder Verlag, Francfort sur le Main, 1990, 87 p. 25

Carte nO]

Villes et structures administratives dans les régions frontalières

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quitter le centre historique et de franchir la Neif3e pour rejoindre la gare et les trains en direction de Berlin. La chronologie de l'ouvrage s'arrête à la guerre, avant les destructions infligées à la ville depuis les terrasses chèrement conquises par les troupes soviétiques, avant que le nouveau tracé de la frontière internationale n'ampute Guben de son centre historique. Devenu la ville de Gubin, ce dernier a profondément changé. Des terrasses et des cafés, il ne reste qu'un sentier envahi d'herbes folles. De l'église qui se dressait au centre ville, ne subsiste qu'une carcasse noircie criblée de balles et délaissée par les autorités ecclésiastiques polonaises qui ont préféré construire d'autres églises en périphérie. A Guben comme à Gubin, le tramway n'est qu'un souvenir. Les ruelles qui entouraient l'église ont laissé la place à de vastes terrains vagues sommairement aménagés en terrains de football. Quelques blocs gris identiques les uns aux autres jusqu'aux antennes satellites juchées sur leurs balcons ont été bâtis à proximité, sans ordre apparent. Du théâtre à l'italienne, il ne reste que les premières marches de l'escalier d'entrée et l'île qu'il dominait n'est plus qu'un terrain vague. Les destructions provoquées par la guerre ne sont pas seules responsables: "le théâtre a été bombardé, c'est vrai, mais au moment où l'on parlait de le reconstruire, il a mystérieusement brulé", explique une vieille dame allemande originaire de Gubin qui s'indigne de l'état dans lequel les Polonais laissent sa ville natale. A proximité du point de passage frontalier, s'étend le "marché allemand" caractéristique des villes polonaises frontalières. Les prix y sont indiqués en DM, les cassettes de musique sont allemandes, les vendeurs interpellent la clientèle en allemand. En raison des prix pratiqués, les clients polonais y sont rares.

A proximité du point de passage, un groupe de personnes guettent l'arrivée des "chameaux", surnom donné à leurs "collègues" partis chercher sur le porte.. bagages de leur vélo des marchandises qui, détaxées, seront revendues dans d'autres villes polonaises. Le long de la rive polonaise de la Neif3e, quelques demeures bourgeoises ont survécu à la guerre et donnent une idée de l'agrément de la ville avant 1939. L'une d'elles a été reconvertie en musée militaire. Quelques canons de la seconde guerre mondiale sont exposés à l'extérieur, tournés vers l'Allemagne. De la rive polonaise, on distingue les murs de brique des usines textiles de Guben installées au bord de l'eau et condamnées au silence depuis la réunification. La gare de Guben paraît démesurément étendue pour le trafic actuel. Elle était naguère un carrefour entre les lignes Berlin-Breslau (aujourd'hui Wroclaw) et Dresde-Posen (aujourd'hui Poznan). Ces lignes n'ont pas été remises en service, et l'unique pont ferroviaire sur la Neif3e qui a survécu

à la guerre n'est emprunté que par les immigrantsclandestins.A l'est de Gubin, la route longe une ville dans la ville, une caserne abritant plusieurs milliers de
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