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Histoire du Togo

De
526 pages
A l'annonce de la disparition du militaire dictateur françafricain Gnassingbé Eyadéma le 5 février 2005, le peuple togolais se mit à rêver d'une vie meilleure... mais, très vite, la haute hiérarchie des "Forces armées togolaises" et certains suppôts internationaux ont aidé son fils, Faure Essozimna, à prendre le pouvoir, grâce à une parodie d'élection arrosée de sang togolais. Et, depuis, la comi-tragédie gnassingbéenne se poursuit au Togo.
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HISTOIRE DU TOGO
Le coup de force permanent

















Études africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

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L’exemple du Cameroun, 2012.
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Christian EBOUMBOU JEMBA, Transports et développement urbain en
Afrique, 2012.
William BOLOUVI, Un regard inquiet sur l’Afrique noire, 2012.
Julien COMTET, Mémoires de djembéfola. Essai sur le tambour djembé au Mali.
Méthode d’apprentissage du djembé (avec partitions et CD), 2012.
Juan AVILA, Développement et lutte contre la pauvreté, Le cas du
Mozambique, 2012.

GODWIN TÉTÉ





















HISTOIRE DU TOGO
Le coup de force permanent
(2006-2011)






Préface de Didier Amah Dossavi











































































Du même auteur

Ce que sont les pays en voie de développement et la nécessité de leur
développement planifié (mémoire de licence d’économie politique), Prague 1961.
« La jeunesse africaine et la décolonisation (1885-1985) » in La décolonisation
de l’Afrique vue par des Africains (par T. G. Sylla, alias Godwin Tété),
L’Harmattan, Paris, 1987.
La Question du Plan Marshall et l’Afrique, L’Harmattan, Paris, 1989.
Marcus Garvey : Père de l’Unité Africaine des Peuples (2 tomes), L’Harmattan,
Paris, 1995.
Expériences de Sadhana-Le Sentier en fil du rasoir, Ed. Guy Trédaniel, Paris,
1997.
De la colonisation allemande au Deutsche-Togo Bund, L’Harmattan, Paris, 1998.
La traite et l’esclavage négriers, Ed. Agir ici-Survie/L’Harmattan, Paris, 1998.
Histoire du Togo – La Palpitante Quête de l’Ablodé (1940-1960), NM7
Editions, Paris, 2000.
Histoire du Togo – Le régime et l’assassinat de Sylvanus Olympio (1960-1963),
NM7 Editions, Paris, 2002.
Histoire du Togo – La longue nuit de terreur (1963-2003), Editions A.J. Presse,
Paris, 2006.
Des principes fondamentaux du militantisme, Ed. Haho, Lomé (Togo), 2004.
La question nègre, L’Harmattan, Paris, 2003.
Omer Adoté – un martyr politique du Togo, L’Harmattan, Paris, 2004.
Histoire du Togo – De la tragi-comédie à la comi-tragédie, Ed. Afridic, Paris,
2007.
Le Togo – La vraie/fausse question nord-sud, Ed. Haho, Lomé, 2007.
Ma chétive vie – Parcours d’un militant politique panafricaniste, Ed. Menaibuc,
Paris, 2007.
Sylvanus Olympio – Père de la Nation togolaise, L’Harmattan, Paris, 2008.

 Divers et nombreux articles de presse.

 Ouvrages traduits de l’anglais en français :
Divine Edem Kobla Amenumey, Le Mouvement de la Réunification des Ewé,
L’Harmattan, Paris, 2009.
Divine Edem Kobla Amenumey, Les Ewé aux temps précoloniaux, L’Harmattan,
Paris, 2011.














© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-99659-5
EAN : 9782296996595



PRÉFACE

Dans le viseur d’un homme averti, apparaît l’itinéraire heurté et
dramatique d’un pays déchu de son élan, de ses progrès, de sa liberté
chèrement acquise, de ses espérances, de ses rêves collectifs par une
main obscure, vampirique : la Françafrique.
Elle utilise et protège un homme qui sied à ses intérêts pour
construire un système pervers, détruire la destinée d’une Nation dont
les fondements tenaient au choix libre de son histoire, à
l’autopromotion, à l’autonomie des valeurs, à la fierté nationale et à la
solidarité patriotique au nom de la liberté. La terreur, les violations
massives des Droits Humains, les privilèges claniques, l’ethnicisme, la
mauvaise gouvernance et une armée à base ethnique ont précipité le
Togo de Gnassingbé Eyadéma dans la prédation et la spoliation de son
peuple. Les tenants du pouvoir le conservent à n’importe quel prix
avec l’onction à peine voilée d’une Françafrique qui, subrepticement,
s’adosse à une certaine Communauté internationale pour donner le
quitus à l’instauration d’une dynastie dont la couronne dégouline de
sang.
De l’assassinat crapuleux de Sylvanus Olympio, le père de la
Nation, à la succession héréditaire du pouvoir d’Eyadéma par son fils
Faure Gnassingbé, les crimes politiques, économiques, humains,
écologiques, les tueries, les forfaitures, l’imposture, les élections
frauduleuses, l’achat massif de consciences, les tripatouillages et les
violations constitutionnelles sont d’un relevé inépuisable et
insoutenable. Ces accidents récurrents, graves et volontaires sous le
parapluie du pouvoir des Gnassingbé, après coup, utilise des parodies
de dialogues et de réconciliation contre lesquelles se dressent l’esprit
franc et une certaine éthique politique de l’auteur. Il s’engage dans la
reconstruction de la « terre-mère », au nom d’un combat citoyen,
noble et riche d’expérience, aux côtés d’un peuple, contre les
profiteurs impénitents, une oligarchie militaro-clanique qui martyrise,
humilie, réprime sauvagement les populations à l’abandon, dans
l’indigence et les grandes détresses.
7
La foi de l’auteur est au galop dans ses pas, une longue marche
pour restituer à son peuple dignité, liberté et renverser la déchéance
existentielle d’un pays dont l’avenir frémit dans ses veines, dans son
cœur, dans sa tête. Les sédiments d’un nouvel horizon sont secrétés,
visibles, et défendus dans l’œuvre pour triompher de l’ordre vieilli,
improductif, barbare, tyrannique, prédateur dont l’exaspération, du
reste, est au zénith dans la conscience collective.
Aux côtés des forces combatives de libération du joug des
Gnassingbé, l’auteur nous donne l’assurance d’une solution finale,
nourrie par une documentation savante sur la mobilité sociale, la
révolte, la révolution contre les crimes économiques, les avaries
morales et politiques, dans une stratégie fédérative à l’instar du FRAC
(Front Républicain pour l’Alternance et le Changement). Cette
structure politique est un répondant qui doit garder sa vitalité et
s’ouvrir à toute force englobante, dans le même combat, pour délivrer
le pays des chaînes de la misère, de la servitude pour que jaillisse de
nouveau, en écho à tous les combattants, ce cri solidaire et
rassembleur : Ablodé ! Seul, il peut servir à réinventer le futur,
l’Espoir.

Didier Amah DOSSAVI


8







Le présent ouvrage est dédié :


• À Jean-Pierre Fabre, dont le courage, la
détermination et l’indéfectible Fidélité à notre
commune Cause nous ont permis de
maintenir allumée la flamme du Combat du
Peuple togolais pour sortir du bourbier
politique, économique, social et culturel où il
patauge depuis le funeste 13 janvier 1963.

• À la glorieuse Jeunesse : étincelle de la
révolution togolaise.

• Au brave Peuple togolais : foyer de la
Révolution togolaise – spécialement aux
Femmes : vigilantes Gardiennes du Temple de
la Dignité de la Terre de mes Aïeux.


INTRODUCTION GÉNÉRALE
« La connaissance du passé national
permet au citoyen de mieux se situer
dans le temps et dans l’espace, dans
l’Histoire de l’Humanité en marche vers
un avenir meilleur et de mieux prendre
conscience de ses responsabilités. Ainsi,
par exemple, lorsque le citoyen togolais
saura apprécier les sacrifices consentis
par ses prédécesseurs pour allumer le
flambeau de l’indépendance, peut-être
s’évertuerait-il davantage à le
sauvegarder. »
Hermann Attignon
(Histoire du Togo, Ed. Editogo, Lomé,
1974, p. 2 de l’introduction)



Notre tristement célèbre « timonier national » Etienne Gnassingbé
(alias Gnassingbé Eyadéma) aimait à se considérer comme une
personne qui ne tombait jamais malade, comme un « inamovible
baobab », comme « le léléphant indéboulonnable ». Ainsi qu’il le
disait lui-même. Ce faisant, il prenait, peut-être, les Togolais pour des
canards boiteux. Mais « Vanité des vanités, tout est vanité ! » selon
l’Ecclésiaste.
Toujours est-il que Gnassingbé Eyadéma nous a-t-on annoncé, au
crépuscule du samedi 05 février 2005, décéda ce jour-là. Toutefois le
Peuple togolais n’a pas été et ne sera probablement jamais éclairé
quant aux causes et aux circonstances réelles, authentiques de ce
décès…Ce qui, naturellement, donna lieu à des supputations plus ou
moins plausibles ou saugrenues, et généra des rumeurs plus ou
moins aussi comi-tragiques les unes que les autres…
Depuis que l’Humanité existe, le signe sans conteste de la grandeur
d’un personnage ayant marqué sa communauté est que celle-ci pleure
de chagrin à l’annonce du trépas dudit personnage. Or, dans le cas de
11
Gnassingbé Eyadéma, l’immense majorité du Peuple togolais, ce
soirlà du 05 février 2005, poussa un grand et long soupir de soulagement
(!) et pleura – mais de joie (!). D’aucuns se mirent même à boire… du
1sodabi (!). Les marchés et autres places publiques se vidèrent
instantanément… Tout un chacun s’empressa de regagner son foyer…
Voilà, en deux mots, comment disparut le tyran françafricain
Gnassingbé Eyadéma qui, d’après ses propres dires, exécuta
froidement Sylvanus Kwami Epiphanio Olympio le 13 janvier 1963,
tyran qui aura détruit le Togo et traumatisé les Togolais durant
trentehuit bonnes années (1967/2005).
Mais, dans l’intervalle de quelques minutes, le grand et long
soupir de soulagement de ce Peuple vira à une incommensurable
déception… En effet un quarteron des tout premiers responsables des
FAT (Forces Armées Togolaises), avec à sa tête Zachary Nandja, ne
tarda pas à proclamer le fils de Gnassingbé Eyadéma : Faure
Essozimna Gnassingbé chef de l’Etat togolais ! Transformant ainsi, de
facto, par un coup d’Etat militaire, la République Togolaise en une
Monarchie héréditaire gnassingbéenne.
Il s’ensuivit un véritable tollé réprobateur à la fois du peuple
directement concerné et des peuples africains en général. Tollé
d’autant plus sonore que ce coup d’Etat militaire se doubla d’un coup
d’Etat constitutionnel. Car en l’occurrence c’était au Président de
l’Assemblée Nationale qu’il incombait d’assurer l’interim au sommet
du pouvoir politique dans notre pays. Oui ! Le Président de
l’Assemblée Nationale, Fambaré Ouattara Natchaba, qui se trouvait en
visite à l’étranger lors de l’annonce du décès de Gnassingbé Eyadéma,
fut même interdit de retour au bercail. Le gouvernement fédéral du
Nigeria alla jusqu’à menacer d’intervenir militairement aux fins de
rétablir l’ordre républicain chez nous !
Alors la clameur réprobatrice fut si générale, si forte que, dès le
lendemain 06 février 2005, nos « législateurs » d’un genre spécieux
allaient recourir à leur « Assemblée nationale monocolore et univoque
RPT » pour « réviser », à l’extrême hâte, le règlement intérieur de cet
eorgane, l’article 65 de la Constitution de la IV République togolaise,
le Code électoral. Et ce, en vue d’imprimer une fallacieuse façade
« légale » à l’intronisation de leur nouveau « magistrat suprême ».
Alors, Abass Bonfoh fut bombardé Président de l’Assemblée
nationale pour assurer l’interim de la magistrature suprême. Faure

1 Alcool à presque 100°, produit par plusieurs distillations du vin de palme.
12

Gnassingbé fut, quant à lui, « démissionné » de cette fonction le
19 février. Mais ce fut là une simple tactique consistant à reculer pour
pouvoir mieux sauter. Laquelle tactique, en toute vraisemblance, aura
été suggérée par le Chef de l’heure de l’Etat français : Jacques
Chirac…
On savait, à vrai dire, que pendant cette période d’intense crise de
succession au Togo, Jacques Chirac téléphonait… dix mille fois
chaque jour que Dieu faisait, à son homologue nigerian Olusegun
Obasanjo… Alors, à partir de l’instant de la « démission » de Faure
Gnassingbé, la soi-disant communauté internationale, de la
réprobation générale et spontanée initiale, se convertit subitement en
farouche suppôt du régime RPTiste et du fils de Gnassingbé Eyadéma
en particulier. Ce qui allait se concrétiser par un troisième coup d’Etat
– électoral… cette fois-ci.
L’élection présidentielle eut lieu le dimanche 24 avril 2005. Ses
« résultats » officiels furent proclamés le 26 subséquent. Le RPT
(Rassemblement du Peuple Togolais) attribua à son candidat Faure
Essozimna Gnassingbé et à Emmanuel Bob-Akitani de la Coalition
dite du 24 février 2005 (ADDI, CAR, CDPA, PSR, UDS-TOGO,
UFC) respectivement 60,20 % et 38,20 % des suffrages exprimés.
« Résultats » tout à fait truqués de manière éhontée. À la vérité, selon
des sources neutres de l’Association SURVIE, Emmanuel
BobAkitani en réalité obtint 72,20 % et Faure Gnassingbé 25,50 %.
Mais le plus déplorable, le plus révoltant et intolérable est que cette
parodie d’élection du 24 avril 2005 se sera déroulée dans un véritable
bain de sang de simples filles et fils de la Terre de nos Aïeux – avant,
pendant et après le scrutin. À cet égard, la Ligue Togolaise des Droits
de l’Homme (LTDH), les Nations-Unies et notre compatriote Joseph
Kokou Koffigoh ont avancé les chiffres respectifs de 800 (huit cents),
500 (cinq cents) et 150 (cent cinquante) morts (auxquels il convient
2d’ajouter les blessés et handicapés à vie !) Et ce, du fait des tout
premiers responsables des FAT qui avaient et ont toujours besoin de
préserver les privilèges illicites colossaux qu’ils avaient amassés
sous le parasol de leur feu patron Gnassingbé Eyadéma… En
somme, la propulsion de Faure Essozimna Gnassingbé au sommet de
l’Etat se sera effectuée, ainsi que nous venons de le voir, dans un
contexte qui forma une véritable comi-tragédie qui se poursuit

2 Cf. in mon livre De la tragi-comédie à la comi-tragédie : (i) pp. 33-48.
(ii) Annexes XIV, XV, XVI, XVII et XVIII.
13
encore sous nos yeux. Elle aura transformé, de facto, la République
Togolaise en « Monarchie héréditaire gnassingbéenne »…
Dès lors, j’invite le lecteur à bien vouloir explorer quelque peu
avec moi, dans le corps de cet opuscule-ci : (i) Les origines, la
composition et la fonction dévolue aux FAT. (ii) La nature intrinsèque
de la clique qui régente notre pays et notre Peuple depuis bien des
décennies déjà. (iii) Le sort réservé par cette clique aux droits humains
chez nous. (iv) La gouvernance pratiquée en général par le RPT à
l’heure actuelle. (v) La criarde paupérisation du Peuple togolais de nos
jours. (vi) L’oubli pur et simple de l’écologie par nos « dirigeants ».
(vii) L’état sociologico-psychologique des Togolais d’aujourd’hui.
(viii) Les responsabilités de la « classe politique » de l’ « opposition »
togolaise. (ix) Le rôle de la communauté internationale. (x) Enfin la
sempiternelle question « Que Faire ? ». Il va sans dire que les
Annexes visent à servir de références immédiates… afin de faciliter la
vie au lecteur.

* * *

En guise de conclusion de mon ouvrage Histoire du Togo – De la
tragi-comédie à la comi-tragédie (2003-2006). Ed. AFRIDIC, Paris,
2007, p. 150, j’ai écrit :
« Et j’ai le sentiment que nous, combattants togolais de la liberté,
manquons toujours d’une « union sacrée », d’une structuration
rigoureusement appropriée, d’une stratégie salvatrice réellement
idoine, susceptible de nous permettre d’en finir avec une dictature
militaire, clanique et françamafiafricaine.
« Mais l’espoir n’est pas encore perdu ! Sachons donc, avec
Étienne de La Boétie, refuser la « servitude volontaire ». Sachons
donc, avec Anatole France, « rester rebelles pour être
révolutionnaires ». Pour parvenir à arracher la Terre de nos aïeux
des griffes de la médiocrité et la reconstruire !

« The struggle continues ! » (Kwame (Francis) Nkrumah). La
lutte continue ! »

Et c’est pourquoi, fidèle à moi-même, je reprends ma plume.

Je remercie, du fond de mon cœur, tous ceux qui, de près ou de
loin, m’auront aidé à mener à terme ce pensum-ci. Ma gratitude
14

appuyée va cordialement vers Didier Amah Dossavi, dont la préface,
à elle seule, en dit plus long que le présent ouvrage lui-même.

er Lomé, le 1 mai 2011

Godwin Tété
15
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19
CHAPITRE I
DE LA PROBLÉMATIQUE DES
« FORCES ARMÉES TOGOLAISES »
« L’esprit finit toujours par vaincre
l’épée ».
Napoléon 1er


Introduction

La pesanteur des « Forces Armées Togolaises » (FAT) qui a
plombé les ailes de la vie politique, économique, sociale et culturelle
de notre pays depuis presque cinquante ans maintenant, est une
dérivée directe de la brutale irruption, dans cette vie, du quarteron
des tirailleurs françafricains demi-soldes dont on s’est servi pour
assassiner Sylvanus Olympio le 13 janvier 1963. Il convient dès lors
que nous nous efforcions – le moment me semble venu – d’élucider,
un tant soit peu, les origines historiques, la composition
régionaloethnique et les rôles de facto dévolus à « nos » fameuses FAT. Car
« Un problème bien posé est à moitié résolu » (Francis Bacon).

1. Des origines historiques des « Forces Armées Togolaises »

Les Allemands qui les premiers colonisèrent la Terre de nos Aïeux
ne pensaient apparemment pas nécessaire de mettre sur pied une
armada chez nous. Par contre, ils s’étaient donné un corps de forces de
police solide et valable : « la polizertruppe ». Plus exactement, ils
avaient créé une « force de police » chargée du maintien de l’ordre et
de la sécurité intérieure. À cela s’ajoutait néanmoins une réserve
formée de « soldats sans munitions » libérés en 1910. Le gros de ces
forces armées avait été recruté notamment parmi les Bassar, les
Cotokoli, les Kabiyè et les Dagomba.
De plus, il y avait un corps de réserve de quelques dizaines
d’Européens, « peu nombreux mais excellents » (Robert Cornevin).
Dans son ouvrage, Le Togo pays d’influence française, le Général
21
Maroix estimait à 1500 les éléments des forces armées allemandes à la
veille de la campagne du Togo en août 1914. Quant à Robert
Cornevin, il avance le chiffre théorique de 1 200, ajoutant que ces
forces n’avaient jamais pu aligner plus de 500 hommes.
Quoi qu’il en soit, après la Première Guerre mondiale, le statut de
mandat de la Société des Nations (SDN) interdit la constitution de
troupes militaires dans notre pays, sauf pour des raisons évidentes de
sécurité intérieure et/ou extérieure. Ce statut sera reconduit par le
nouveau régime international de tutelle des Nations-Unies, concrétisé
par l’Accord de Tutelle pour le Togo en date du 13 décembre 1946.
Voilà pourquoi, au début, durant et après la Seconde Guerre
mondiale, quelques Togolais (chômage oblige !) durent s’engager
comme volontaires dans les armées britanniques en Gold Coast
(Ghana) ou françaises dans les colonies limitrophes de notre pays
(Dahomey, Niger ou Haute-Volta). S’agissant des troupes françaises,
nos compatriotes volontaires pour la guerre ne devaient pas dépasser
le chiffre de trois cents. (Si je ne m’abuse !).
Mais, pour une information la plus éclairante possible de notre
jeunesse, qu’il me soit permis de reproduire ici un large extrait
d’Atsutsé Kokouvi (Joachim) Agbobli :
« Aussi, l’armée nationale togolaise qui voit le jour le 3 novembre
1961 est-elle constituée à partir des unités paramilitaires formées sur
place et de soldats togolais en poste hors du territoire national. Dès la
pénétration française dans le pays, l’organisation militaire du Togo
français se calque sur celle des autres possessions de la France en
Afrique. Les lois et les décrets relatifs aux réglementations militaires
appliquées en France et dans ses colonies ont force de loi au Togo. Le
territoire sous mandat, tombé sans coup férir dans l’escarcelle
française, est ainsi méthodiquement protégé contre tout danger de
déstabilisation intérieure ou toute agression extérieure. Des décrets
d’application successifs jalonnent le chemin pour la mise en exécution
de nombreuses lois métropolitaines concernant les directives
militaires. Il s’agit, dès le 30 décembre 1916, de la loi du 9 août 1849
sur l’état de siège, de la loi du 3 avril 1879 portant quelques
modifications à la loi antérieure ; puis, le 19 novembre 1937, de la loi
du 3 juillet 1877 modifiée par celles du 11 juin 1934 et du 21 janvier
1935 et portant réglementation de l’exercice des réquisitions
militaires.
22

« Divers autres actes, décrets ou arrêtés, sont promulgués,
démontrant que le Togo fait partie intégrante sur le plan militaire du
domaine colonial français.
[…]
« Avec l’arrêté du 10 août 1956 portant règlement du service de la
gendarmerie au Togo, on peut penser qu’au moment où le pays obtient
l’ "autonomie interne", l’organisation et l’administration de la
gendarmerie sont terminées.
« […], poursuivant la tâche entreprise par le colonisateur par le
décret n° 61-71 en 81 articles du 22 août 1961, le gouvernement de
Sylvanus Olympio réglemente définitivement l’organisation et
l’administration de la gendarmerie nationale. Avec l’arrêté du
3 février 1962 établissant la brigade de gendarmerie de Tabligbo, la
couverture territoriale est bouclée.

« La formation définitive de la gendarmerie nationale togolaise
s’effectue dans le cadre de l’accord de coopération entre le
gouvernement nationaliste togolais et les autorités françaises. À ce
titre, Paris envoie le chef d’escadron Georges Maîtrier comme
conseiller auprès des unités de la gendarmerie togolaise.
« L’arrivée au Togo et la nomination par le père de l’indépendance
de cet officier supérieur de gendarmerie française comme
commandant de la gendarmerie togolaise suscitent un certain effroi
dans les milieux nationalistes les plus avertis. Par les soins des
services de renseignements ghanéens, les dirigeants de la Juvento sont
aussitôt informés du passé très particulier de l’homme.
« Spécialiste, semble-t-il, de la répression des mouvements
nationalistes africains, Georges Maîtrier fait ses armes au Cameroun
où il sévit durement contre l’Union des Populations du Cameroun
(UPC), le grand parti nationaliste, obligé de déclencher la lutte armée
dans son combat pour l’indépendance.
« Maître François Amorin, parent de Sylvanus Olympio, et l’un des
dirigeants les plus écoutés de la Juvento, s’efforce personnellement
d’attirer l’attention du chef de l’État sur la personnalité fort
controversée du nouveau patron français de la gendarmerie nationale
togolaise.
« Il va jusqu’à révéler au président de la République les soupçons
qui pèsent sur l’officier français. N’a-t-il pas tissé au Cameroun, par
ses enquêtes, la toile dans laquelle est tombé assassiné, le
13 septembre 1958, Ruben Um Nyobé, le légendaire chef de l’UPC ?
23
« Dans le livre L’homme de l’ombre, consacré à Jacques Foccart,
l’éminence grise du Général Charles de Gaulle, Pierre Péan le
crédite de l’extermination de quelque 40 000 Bamiléké.
« Pour toute réponse, Sylvanus Olympio fait confiance à son
3destin. […] »

De toutes les façons, selon Guy Périer de Féral cité par Jean de
Menthon, il y aurait au Togo, en octobre 1956, huit cent quarante-cinq
personnes dans les forces armées, officiers, commissaires et
inspecteurs de police compris (une compagnie de 190 militaires,
4426 gardes de cercle, 87 gendarmes, 142 policiers) .
Quant à Léo Hamon, il nous apprend que, pour le Togo en 1966,
les effectifs militaires avaient atteint 550 hommes, soit deux
compagnies, tandis que la gendarmerie avait totalisé 1 000 personnes.
« Ni marine, ni aviation. L’encadrement est réalisé au point de vue
5quantitatif. »

Voilà, schématiquement rappelées, les origines historiques de
l’armée togolaise – dans l’acception moderne de ce terme. Nous
pouvons donc aisément constater que cette institution –
numériquement une symbolique souris encore au moment où
s’éteignirent les lampions qui illuminèrent les festivités de la
proclamation solennelle de l’accession de la Terre de nos Aïeux à sa
souveraineté internationale – s’est vite métamorphosée en
l’effroyable dinosaure aujourd’hui suspendu sur nos têtes – tout
comme une réelle Epée de Damoclès. Pourquoi et comment cela est-il
advenu ? C’est ce que nous allons voir au sous-chapitre suivant.

2. Composition régionalo-ethnique
des « Forces Armées Togolaises »

Nous avons observé que les colonisateurs allemands ne semblaient
pas avoir estimé nécessaire d’installer chez nous une énorme et
puissante armée. Nous avons, par ailleurs, noté que, selon Léo

3 Cf. Atsutsé Kokouvi Agbobli, Sylvanus Olympio, un destin tragique, Ed.
NEASénégal, 1992, pp. 140-145.
4 Cf. Jean de Menthon, À la rencontre du Togo. Ed. L’Harmattan, Paris, 1993, p.
122.
5 Cf. Léo Hamon, Le rôle extramilitaire de l’armée dans le tiers monde. Ed. PUF,
Paris, 1966, p. 96.
24

Hamon, au lendemain de l’accession de notre pays à son
indépendance, il y avait environ, en tout et pour tout, mille cinq cent
cinquante hommes en armes au pays de Sylvanus Olympio. Mais, en
1991, ce chiffre avait déjà grimpé à treize à quatorze mille. Soit un
accroissement de 740 à 803 % (!!!) par rapport à 1966. Ajoutons
qu’au dire de certaines sources des services secrets françafricains, au
jour d’aujourd’hui, les FAT totaliseraient pratiquement 20 000 (vingt
2mille) hommes. Pour notre pays de 56 000 km de superficie et de
5 700 000 habitants ! Pour notre pays qui n’est nullement en guerre
contre aucune puissance étrangère !
Quant au Père de la nation togolaise : Sylvanus Kwami Epiphanio
Olympio, il était catégoriquement contre une armée pléthorique pour
une population qui ne faisait pas deux millions d’âmes à l’époque. À
ce propos, on a prétendu qu’il était antimilitariste. Non ! Il n’a jamais
repoussé la nécessité per se de la donnée militaire s’agissant de la
défense éventuelle du sol natal. De surcroît, il prônait publiquement
un service militaire obligatoire pour tous les jeunes Togolais, à la
manière suisse. Il souhaitait, en d’autres termes, voir tout Togolais
préparé à défendre la Terre de nos Aïeux les armes à la main, le cas
échéant. Bref, il prêchait la doctrine – chère à un Jean Jaurès – du
« peuple en armes » le moment venu. Sans que le pays soit obligé
d’entretenir en permanence une armada aussi inutile, stérile que
budgétivore. Aux antipodes de ce que le Togo vit de nos jours…
À ce sujet, dans son adresse à la nation en date du 24 novembre
1961, Sylvanus Olympio proclame : « Enfin, nous envisageons
d’instituer progressivement le service militaire obligatoire,
perspective intéressante et d’avenir pour les jeunes désireux de faire
carrière dans l’Armée. Nous formerons non seulement des soldats,
mais des hommes, car l’Armée est pour la jeunesse l’école de la
formation morale, celle où l’on apprend la discipline et où l’on cultive
6les sentiments de devoir, d’honneur et d’amour de la Patrie. »
Il y a mieux : « Il instaure une préparation militaire supérieure
pour les élèves des classes de première et terminales des
établissements secondaires publics, à commencer par ceux du Lycée
Bonnecarrère de Lomé. L’instruction au tir débute au camp de
Tokoin, dès le mois de novembre 1962, sous la conduite du
7lieutenant James Assila. »

6 Cf. Annexe IV de mon livre Le régime et l’assassinat de Sylvanus Olympio.
7 Cf. A. K. Agbobli, op. cit., p. 157.
25
Et François-Xavier Verschave de s’interroger : « Sylvanus Olympio
ne voulait pas d’armée ? Le Togo paye la garde prétorienne
d’Eyadéma : quatorze mille hommes en armes, provenant à 80 % de
la région du chef de l’Etat et commandés par des membres de sa
famille. Cette armée, qui a brisé par la terreur la revendication
8démocratique, est équipée par la France, encadrée par une
9soixantaine d’instructeurs et de conseillers militaires français. »
Venons-en maintenant à la composition régiolano-ethnique à
proprement parler des FAT. Nous avons également vu que les
Allemands avaient déjà établi une jurisprudence consistant à recruter
les éléments de leur « polizertruppe » essentiellement, de facto, parmi
les Bassar, les Kabiyè, les Cotocoli et les Dagomba, c’est-à-dire parmi
les ethnies du septentrion de notre pays. Les Français allaient tout
bonnement, en la matière, emboîter le pas à leurs prédécesseurs
allemands. Voilà pourquoi, ceux de nos compatriotes qui allaient se
faire enrôler dans les troupes françaises et britanniques, au début de la
Seconde Guerre mondiale, seront, essentiellement, originaires du nord
du Togo. Voilà aussi pourquoi les tirailleurs demi-soldes rentrés des
champs de bataille viêtnamiens et algériens seront, en majorité, natifs
du septentrion de notre pays : ceux dont se servira la Françafrique
pour ôter la vie à Sylvanus Olympio. Ceux qui auront par la suite
besoin de se faire protéger par une armée prétorienne et pléthorique
– formée de congénères des leurs…
À cet effet, Etienne Gnassingbé (alias Gnassingbé Eyadéma)
s’emploiera à éliminer physiquement ou politiquement, l’un après
l’autre, la quasi-totalité des officiers originaires du Sud-Togo qui
avaient pris part aux coups d’Etat des 13 janvier 1963 et 1967. Et, ce
faisant, il se retrouva seul au gouvernail du navire nommé Togo… La
voie est maintenant royalement ouverte devant lui pour la mise en
exécution de sa politique d’auto-protection par le biais d’un armada
prétorienne « tribalisée » basée fondamentalement sur l’ethnie
kabiyè : la sienne propre…
Certes, force nous est de reconnaître que la fulgurante et
époustouflante inflation des armées africaines post-coloniales ne
constitue nullement une spécificité du Togo. Elle s’avère plutôt
générale et découle d’abord du fait que les « dirigeants » concernés
apparaissent incapables de mettre leurs jeunesses respectives au

8 Cf. « Le général Eyadéma, l’ami retrouvé », in La Croix du 13 septembre 1994.
9 Cf. François-Xavier Verschave, La Françafrique, Ed. Stock, Paris, 1998, p. 124.
26

travail constructif. L’armée alors ressort pour ces dirigeants comme
un exutoire idéal… Néanmoins, s’agissant du cas particulier du Togo,
l’auteur des présentes lignes est intimement convaincu que, pour
avoir réclamé, à cor et à cri, l’ignoble meurtre de Sylvanus Olympio,
Gnassingbé Eyadéma avait besoin d’assurer sa sécurité personnelle
que ne pouvait garantir qu’un corps nombreux de militaires des
siens à lui entièrement acquis…
Par ailleurs, et le chômage structurel chronique aidant, les FAT
apparaissaient et apparaissent encore tel un espace convenable où
démagogiquement caser des congénères… C’est ainsi que le gros
des FAT aura été enrôlé par le truchement de l’ « évala » : une lutte
traditionnelle kabiyè… Oui ! Déjà à notre Conférence Nationale
Souveraine (CNS) [juillet/août 1991], une équipe de chercheurs,
conduite par Togoata Apédo-Amah, nous avait révélé que des treize à
quatorze mille hommes des FAT à l’époque, 80 % étaient originaires
de notre septentrion, et que, de ces 80 %, environ 90 % venaient de
Pya : (village natal de Gnassingbé Eyadéma) et de ses alentours
10immédiats . Plus tard, en 2007, notre concitoyen Comi Toulabor
peaufina l’étude de la structure régionalo-ethnique des FAT – sous la
11forme d’un rapport remarquablement très bien circonstancié .
Au demeurant, la tribalisation des FAT n’est qu’une dimension
logique d’une stratégie plus globale consistant à dresser
systématiquement les populations septentrionales contre celles
méridionales de chez nous. « Diviser pour régner », dit Nicolas
12Machiavel !
Mais alors, quelles fonctions Gnassingbé Eyadéma a-t-il assignées
aux FAT et que ces dernières assument encore aujourd’hui ?

3. Des Fonctions des « Forces Armées Togolaises »

Avant toute chose, notons que les FAT véhiculent quatre
caractéristiques premières, intrinsèques. Primo, en raison du médium
de recrutement de leur base, à savoir l’ « évala », le niveau intellectuel
de leur masse ne saurait ne pas laisser à désirer… De ce fait, il leur est

10 Cf. Annexe V de mon livre La longue nuit de terreur. Ed. Auteurs du Monde,
vol. 2, Paris, 2006.
11 Cf. Annexe IV de mon ouvrage De la tragi-comédie à la comi-tragédie. Ed.
Afridic, Paris, 2007.
12 Cf. mon opuscule Togo – La vraie/fausse question nord-sud. Ed. Haho, Lomé,
2007.
27
difficile de résister – éventuellement – à un ordre, aussi inopportun et
abominable soit-il… Secundo, les FAT n’ont absolument rien de
républicain et de démocratique ; elles constituent, à merveille, un
corps purement et simplement prétorien. Tertio, les « Forces Armées
Togolaises » s’avèrent notoirement pléthoriques eu égard aux
dimensions territoriales et humaines plutôt étroites de notre Patrie qui
au reste n’est, jusqu’à preuve du contraire, menacée par personne.
Quarto, les FAT sont inutilement budgétivores, comme le prouvent
les chiffres ci-après :

Budget Général 2011 du Togo (F CFA)
Total Montant Pourcentage
548 747 594 000 100 %
FAT 27 848 691 000 5,07 %
Présid. de la Rép. 9 919145 000 1,80 %
Educ. Nationale 80 973 792 000 14,75 %
Santé Publique 28 527 670 000 5,20 %

Source : J. O. de la Rép. Togolaise, n° 42 (Spécial) du 27/12/2010, p. 22.

N. B. Nous remarquons qu’à peu de choses près, les FAT disposent de
la même quote-part du Budget d’Etat que la Santé Publique,
cependant que le Togo n’est nullement en guerre contre une puissance
étrangère. À moins que l’oligarchie de chez nous considère que les
FAT sont en guerre contre le Peuple togolais ?
Par ailleurs, le journal Le Regard, n° 765 du 28 décembre 2011,
nous informe que la dotation allant à la Présidence de la République
est passée à 12.269.315.000 de francs CFA au titre de 2012, soit avec
une augmentation de 23,70 % par rapport à 2011…

Ainsi donc, les FAT ont servi en premier lieu à protéger son
géniteur Gnassingbé Eyadéma et servent aujourd’hui à protéger son
fils Faure Essozimna Gnassingbé. Elles jouent, fondamentalement,
le rôle de gardien du temple du « Rassemblement du Peuple
Togolais » (RPT). À vrai dire, il apparaît malaisé de savoir si les FAT
constituent une simple milice du RPT ou si celui-ci ne représente
qu’une simple aile marchante politique des FAT. La vérité semble
être que ces deux formations ressortent, en dernière analyse, telles
les deux facettes d’une seule et même médaille : un régime politique
qui a pris en otage le Togo et les Togolais il y a maintenant presque
cinquante bonnes et longues années !
28

Et, au titre de leur fonction de gendarme dudit régime, le tableau
synoptique suivant nous rappelle, succinctement, quelques-uns des
forfaits majeurs commis par les « Forces Armées Togolaises » à
l’endroit du Peuple togolais.


Date ou Période Occasion ou Prétexte Résultat(s) de la Répression
militaire
24/04/1967- ? Affaire Norbert Le gendarme que Gnassingbé
?/1970 Bokobosso de Eyadéma a surnommé « le
Kouméa… mauvais tireur » décède en

catimini en 1970, Dieu seul sait
de quoi et comment :
vraisemblablement de « collapsus
13circulatoire » éyadémaïen…
Août 1970- Affaire Marc Atidépé, Kolor, Osséyi, Lanzo,
TchanFévrier 1971 Laurent Djagba, Chef koum seront fusillés, Djagba
Odanou Dobli, Jean torturé jusqu’à la mort.., Atidépé
14Osséyi, Christophe échappa de justesse au trépas…
Lanzo, Clément Kolor,
Tchankoum, etc., etc.
11 mars 1971- Affaire de Boukari Kérim est emprisonné le
novembre 1978 « détournement de 11 mars 1971 et libéré en avril
fonds » 1978. Il décède en novembre de la
même année, d’ « une maladie de
15la colonne vertébrale »…
Août 1975 « Accointances » avec Mis aux arrêts de rigueur, le
l’ambassade des USA à commandant Paul Comlan est
Lomé assassiné le 31 août 1975,
16effroyablement torturé.
23-24 janvier 1974 Affaire Officier de Accusé de « propos injurieux » à
gendarmerie Georges l’endroit de Gnassingbé Eyadéma,
Bayessem Pana de cet officier est arrêté le 23 janvier
17Kouméa… 1974 et exécuté le lendemain.

13 Cf. mon livre La longue nuit de terreur, pp. 107-109.
14 Cf. idem, Annexe VI.
15 Cf. idem, pp. 160-161.
16 Cf. idem, pp. 157-159.
17 Cf. idem, p. 160.
29
Juillet 1977 Brouille entre D’abord mitraillé à bout portant
Gnassingbé Eyadéma avec sa femme dans une voiture
et son beau-frère dans la Rue de l’OCAM à Lomé,
Gaston Gnéhou Gaston Gnéhou sera achevé sur
son lit d’hôpital par des individus
18déguisés en médecins…
1982-25 mars 1984 Affaire de « sabotage » Accusé de « saboter » le Projet
du Projet « TOGO- TOGO-GRAIN, Antoine Idrissou
GRAIN » Méatchi est incarcéré en 1982 à
Kara… Il décède le 25 mars
1984, trucidé et/ou de « diète
19noire » ?!...
Février-mars 1985 Affaire Colonel Koffi Mis aux arrêts de rigueur, Koffi
Kongo accusé de Kongo fut trouvé mort dans sa
« sabotage »… prison, de « crise cardiaque »
a-t20on annoncé aux Togolais .
Septembre- Affaire des « bombes et Aka Omer Adoté est torturé à
21Décembre 1985 tracts de 1985 » l’électricité jusqu’à la mort.
1985-1991 (?) Prétexte : « Réinsertion Construction de camps
concentraSociale » tionnaires à Agombio, Témédja et
Lamdja où périront plus de 109
22Togolais.
29 septembre 1986 Alibi : « Complot » Exécution de quatorze jeunes
international contre le gens présumés avoir voulu
Togo. renverser le régime de
23Gnassingbé Eyadéma.
1987 Une banale affaire Fermeture de la "Clinique des
privée entre le Etangs" de réputation
interpropriétaire de la nationale… appartenant au Dr.
24clinique en cause et Raymond Johnson.
une de ses clientes…

18 Cf. idem, pp. 116-117.
19 Cf. idem, pp. 116-117.
20 Cf. idem, pp. 219-220.
21 idem, pp. 220-231, ainsi que mon livre Omer Adoté – Un martyr politique du
Togo, Ed. L’Harmattan, Paris, 2004.
22 Cf. idem, pp. 231-234 et Annexe XXII ci-après.
23 idem, pp. 238-240.
24 Cf. idem, p. 231.
30

Le 05 octobre 1990 Procès inique de deux Soulèvement général de la
jeunes de la CDPA : Jeunesse et du peuple de Lomé :
Hilaire Dossouvi Logo trois morts et plusieurs blessés –
25et Tino Doglo du fait des FAT.
Agbélengo.
Le 10 avril 1991 Un couvre-feu est Le lendemain 11 avril, une
décrété in extremis, à trentaine de cadavres est retirée
l’insu des Loméens… de ladite lagune, dont celui d’une
26Le soir, sur le pont de femme avec un bébé au dos…
la Lagune de Bè, des
passants sont tués et
jetés dans cette lagune.
27 novembre- Mise en œuvre Le 03 décembre 1991, les FAT
03 décembre 1991 systématique de la attaquent, avec des armes lourdes
stratégie de la terreur de guerre, la primature basée
de Gnassingbé dans les locaux du palais des
Eyadéma. gouverneurs allemands : une
véritable tragédie. De sources
officieuses, il y aura 80 (quatre-
vingts) morts au bas mot… sans
27parler des blessés.
Le 05 mai 1992 Le leader Gilchrist Le 05 mai, à Soudou, le cortège
Olympio et une équipe est attaqué à coups d’armes de
de l’UFC sont en guerre : des morts dont le Dr.
tournée de Messan Marc Atidépé, et des
sensibilisation à blessés graves dont Gilchrist
28l’intérieur du Togo… Olympio sauvé de justesse…
Le 23-29 juillet Tavio Yao Amorin (33 Mitraillé en pleine rue le
1992 ans) venait d’être élu 23 juillet 1992, il décède le 29
29Secrétaire du COD II. subséquent.
erLe 1 juin 1992 Atmosphère de terreur Plusieurs militants de l’opposition
généralisée… massacrés (Idrissou Koussandja,
Yaya Binkagni), et/ou blessés à
30Bassar.

25 Cf. idem, pp. 253-260.
26 Cf. idem, pp. 261-269.
27 Cf. idem, pp. 313-327.
28 Cf. idem, pp. 349-357.
29 Cf. idem, pp. 365-370.
30 Cf. idem, pp. 340-341.
31

Les 22-23 octobre Séquestration, tortures Le jeudi 22 octobre, dès
1992 morales et physiques l’ouverture des travaux de
des membres du HCR, l’institution, un détachement des
pour récupération de FAT débarque, encercle le Palais
300 millions de FCFA des Congrès et assiège le HCR. Le
du RPT, gelés par la Président et les principaux ténors
CNS. sont copieusement molestés par
des militaires à cœur joie. Hormis
les quelques dames qui sont
relâchées à 16h30, le gros du
corps législatif, une quarantaine
de personnes, ne sera libéré que le
lendemain 23 octobre, à midi, soit
après 26h30 de séquestration, de
tortures morales et physiques. À
partir de cet instant, le HCR est,
de facto, définitivement enterré.
Cet épisode débouche sur la
mémorable grève générale
illimitée de huit mois et demi
31(16/11/1992 - 01/08/1993).
Les 25, 30-31 (i) À l’occasion de la (i) Le 25 janvier : tueries massives
janvier 1993 visite des ministres dites du Jardin Fréau…
français Marcel
Debarge et allemand (ii) Les 30 et 31 du même mois,
Helmut Schaffer au on tire sur tout ce qui bouge à
Togo, le COD II Lomé…
appelle les Loméens à
sortir dans les rues, Ces deux épisodes provoquent
avec des mouchoirs l’exil massif de 500.000 à
32blancs… 600.000 Togolais…
(ii) Sous prétexte qu’un
militaire aurait été tué à
Bè…
Le 26 février 1993 Atmosphère de traque Léopold Togbassa Ayivi,
systématique de journaliste du COD II,
responl’opposition… sable de « Radio-Liberté », est
mortellement blessé par balle à la

31 Cf. idem, pp. 370-374.
32 Cf. idem, pp. 374-379 et Annexe XXII ci-après.
32

mâchoire… Il décède en
33septembre 1997, de sa blessure.
La nuit du 24 au 25 Nuit des longs Une petite poignée de combattants
mars 1993 couteaux au camp RIT de la liberté réussit à pénétrer ce
de Tokoin… camp… Les sbires de Gnassingbé
Eyadéma exécutent, à coups de
gourdin, le général Eugène Koffi
Tépé, deux de ses fils et un neveu
34des siens…
Le 26 août 1993 Nous sommes au Vingt-et-un jeunes gens
conteslendemain du premier tataires d’Agbandi et de Diguina
tour de l’élection sont enfermés ensemble dans un
présidentielle. même cachot et y meurent
35d’asphyxie à Blitta…
Les 5, 6 et 7 janvier Un petit groupe de Selon Amnesty International, près
1994 jeunes Togolais venus de 48 soldats des FAT auraient
du Ghana font une été, à cette occasion…, passés par
36démonstration de les armes…
force… à Lomé…
06-13 février 1994 Le premier tour des Elu, le candidat du CAR : Gaston
élections législatives Edeh Aziandouvor, et ses amis
vient d’avoir lieu le Martin Agbénou et Prosper Hillah
06/02/1994… sont retrouvés tués et brûlés dans
37une voiture le 13/02/1994…
Le 05 juin 1994 Le 13 mai 1994, un Christophe Agbakpem, caissier de
fourgon blindé cette banque, est abattu à bout
transportant des fonds portant alors qu’il sortait de
de la BCEAO (Banque l’atelier « PHOTO-2000 » le
38Centrale des Etats de 05 juin 1994.
l’Afrique de l’Ouest)
est braqué à Lomé… Le soupçonnait-on d’être de
mèche avec ceux qui ont attaqué
la banque ?!

33 Cf. idem, p. 343.
34 Cf. idem, pp. 379-381.
35 Cf. idem, pp. 343-344.
36 Cf. idem, p. 344.
37 Cf. idem, pp. 430-431.
38 Cf. idem, pp. 340-341.
33

Le 06 septembre Le Peuple togolais Ce cadre togolais, agent du
1994 ignore toujours ce que Ministère des Affaires Etrangères,
l’on reprochait au juste secrétaire administratif du HCR,
à David Ahlonko est kidnappé aux premières heures
Bruce… du 06 septembre 1994, par les
A-t-il été victime d’une FAT. On ne l’ plus jamais revu à
39dénonciation ce jour…
calomnieuse ?! Dieu
seul sait !
Le mois de juin Le 21 juin 1998 : Nombreuses « Exécutions
extra1998 élection présidentielle judiciaires » avant, pendant et
truquée par le RPT… après cette élection et les corps
offerts au dieu de l’Océan
40Atlantique…
Février-Avril 2005 Décès inopiné de Voir l’introduction du présent
Gnassingbé Eyadéma livre et les Annexes XIV, XV,
et accession XVI, XVII et XVIII de mon
frauduleuse de son fils ouvrage De la tragi-comédie à la
Faure Essozimna à la comi-tragédie.
magistrature suprême
Premiers jours de Les élections Au vu et au su du monde entier, le
èmela deuxième moitié législatives ont eu lieu 5 siège de la Commune de
d’octobre 2007 le 14 octobre 2007. Lomé est gagné par le candidat
UFC Robert Olympio ; mais le
RPT a décidé de l’attribuer à son
candidat Charles Kondi Agba.
Une manifestation de protestation
de l’UFC est réprimée avec une
épouvantable brutalité militaire…
Novembre 2008 Insécurité générale Quatre personnes blessées dans la
dans le pays Préfecture du Zio – par les forces
41de répression du RPT…
La nuit du 11 au Allégation de Sans la levée de l’immunité
12 avril 2009 « complot » contre la parlementaire du député Kpatcha
sûreté de l’Etat… [Cf. Gnassingbé : frère du chef de
Jeune Afrique n° 2639 l’Etat… le domicile de ce député

39 Cf. idem, pp. 345 et 347, ainsi que son Annexe XXIV.
40 Cf. idem, pp. 381-382, et son Annexe XXI.
41 Cf. lettre de Blaise Lawson en date du 06/11/2008 au Trésorier général de
l’UFC.
34

du 07 au 13 août 2011, est attaqué par un détachement
en Annexe I ci-après]. des FAT, avec des armes lourdes
de guerre. Kpatcha Gnassingbé ne
dut la vie sauve qu’à
l’intervention, in extremis, d’un autre
détachement des mêmes FAT,
conduit par Rock Gnassingbé :
frère de Faure et de Kpatcha
Gnassingbé… Ce dernier est
arrêté est emprisonné le 12 avril
422009.
Dernier trimestre Crimes gratuits des Voir lettre de l’UFC en date du
de l’année 2009 forces de répression 02/11/2009 à Atcha Titikpina
RPTistes relevant de la (ministre de la sécurité), et
stratégie de la terreur… communiqué de presse daté du
gnassingbéenne. 05/11/2009, de ce même parti.
Le 09 mars 2010 Une équipe de Un contingent de gendarmes
l’opposition épluche les débarque à cet endroit, confisque
résultats de l’élection l’équipement et le matériel
présidentielle du 04 informatiques, et arrête les
mars 2010, au CESAL membres de ladite équipe... sans
43à Lomé… raison valable aucune.
Le mercredi Le FRAC organise une Tout se passe bien. Mais voici que
24 mars 2010 – veillée de prières et de le service d’ordre met la main sur
dans la soirée. chants devant le siège un gendarme en civil… portant
de l’UFC à Lomé, avec sur lui un pistolet gros calibre…
des bougies… Ce gendarme finit par être remis à
un poste de gendarmerie tout
proche. Quelques minutes plus
tard, des gendarmes de ce poste
arrivent et, sans sommation
aucune, attaquent le
rassemblement à coups de gaz
lacrymogènes. Une gigantesque
débandade et un tumultueux
sauve-qui-peut s’ensuivent… Des
personnes âgées sont
dangereusement piétinées et blessées…

42 Cf. Communiqué de l’UFC en date du 14 avril 2009, et Déclaration de ce même
parti, datée du 21 avril 2009, ainsi que le document Quel « Dialogue inclusif » ?
du FRAC, en date du 17 février 2011 (Annexes II-IV ci-après).
43 Cf. Déclaration du FRAC (Front Républicain pour l’Alternance et le
Changement), datée du 09 mars 2010, en Annexe V ci-après.
35
Nous reviendrons sur cet épisode.
Les mercredi 31 Préparatifs d’une autre Le rassemblement de prières du
mars et jeudi veillée de prières mercredi 24 mars 2010 ainsi
er1 avril 2010. prévue pour le dispersé à coups de gaz
mercredi 31 mars 2010. lacrymogènes par les forces de
répression RPTistes, le FRAC
décide de relever le défi en en
organisant un autre le mercredi 31
du même mois. Et il l’annonce par
l’entremise des médias publics.
Les préparatifs démarrent dès le
début de l’après-midi de ce 31
mars. Alors, arrivent au siège de
l’UFC de gros camions de
gendarmes… Les militants
trouvés sur les lieux sont
embarqués manu militari et
conduits à la gendarmerie centrale
de Lomé… Ils y subirent tous les
traitements physiques et moraux
humiliants imaginables, y compris
le viol… de certaines femmes. Ils
ne seront relâchés que le
erlendemain jeudi 1 avril.
Le jeudi 17 mars Manifestation Cinquante-deux personnes
bles2011 populaire pacifique sées… Voir Déclarations
limipour l’abandon du naires de l’ANC (Alliance
projet de loi inique sur Nationale pour le Changement) et
la liberté de réunion et du FRAC, des 10 et 15 mars
44de manifestation 2010 .
publiques…
Le jeudi 14 juillet Depuis la mi-mars Le jeudi 14 juillet 2011, le leader
2011 2011, l’ANC et le du Parti des Travailleurs du Togo :
FRAC ont appelé les Claude Améganvi a failli être
Loméens à manifester enlevé par des nervis du RPT. Cent
tous les jeudis dans les cinquante autres personnes se sont
45rues contre les vues interpellées…
multiples forfaits du
régime RPTiste…
De surcroît, le
gouvernement avait

44 Cf. Annexes VI, VII, VIII, IX et X, ci-après.
45 Cf. Communiqués du Parti des Travailleurs du Togo en dates des 15 et 25 juillet
2011 – en Annexes XI et XII ci-après.
36

prévu d’augmenter le
prix de l’essence à
compter de ce jeudi 14
juillet 2011. Il avait dès
lors vraisemblablement
choisi d’anticiper de
barrer la route à un
probable soulèvement
populaire – comme
celui du 22 juin 2010
au cours duquel les
forces de répression
ont tué,
officiellement.., trois
personnes – que
pourrait provoquer
cette nouvelle… hausse
du coût des produits
pétroliers…

Ce tableau qui s’achève ici ne prétend aucunement avoir atteint
l’exhaustivité. Loin s’en faut ! Les événements qui y figurent ne sont
que quelques échantillons de ceux qui ressortent comme comportant
un summum de gravité, une charge émotionnelle maximale. Ces faits
sont ceux qui auront le plus marqué, d’indélébile manière, l’histoire
contemporaine du petit peuple togolais : ceux que personne ne
saurait ignorer qui aspire à connaître quelque peu réellement cette
histoire. À ce propos, voir l'Annexe XXII ci-après.
Cela étant dit, il vaut la peine d’ajouter que les FAT constituent
donc, ainsi que nous l’avons déjà constaté, une simple milice du
RPT, ou que le RPT représente une simple aile marchante politique
des FAT. La vérité est vraisemblablement que ces deux formations
apparaissent, en dernière analyse, comme les deux facettes d’une
seule et même médaille : un régime d’assujettissement qui a pris en
otage la Terre de nos Aïeux depuis près de cinquante ans
maintenant!
Les FAT, en outre, comme déjà mentionné, servent à résorber –
du moins partiellement – le chômage des jeunes de l’ethnie kabiyè.
Et c’est ici qu’il sied de noter que le développement
socioéconomique de notre pays n’adviendra jamais, au grand jamais si
les jeunes gens, c’est-à-dire la force vive de la nation, devraient, ad
vitam aeternam, dandiner en treillis sans rien faire au lieu de
contribuer à la production des richesses nécessaires à l’avancée de
37
la Patrie. Car, le développement, en fin de compte, ne vient
aucunement d’autre chose que du travail créateur de valeurs des
filles et fils d’une nation donnée (!!!). À cet égard, on aurait pu, au
moins, faire faire par les FAT des travaux d’utilité publique, ce qui
n’est nullement le cas.
Enfin, le principe fondateur de la Françafrique, pour ce qui touche
les ex-colonisateurs et « nos » roitelets nègres post-coloniaux, se
décline ainsi : « Tu me tiens, je te tiens ». Les FAT vont alors servir à
voler au secours, le cas échéant, de certaines opérations militaires hors
de l’Hexagone. Par exemple en Côte d’Ivoire en 2011… Ce qui,
pour le reste, a provoqué le meurtre de nombre de simples Togolais
qui vivaient dans ce pays (!!!).
De ce qui précède, nous pouvons déduire que les FAT constituent
une armada mise sur pied non pas pour défendre la Patrie, mais
bien plutôt pour contenir le Peuple togolais, pour empêcher,
mordicus, l’alternance et le changement démocratiques au sommet
de l’Etat chez nous.
Ils s’ensuit que les FAT représentent, de facto, une épée de
Damoclès qui pend dangereusement – jour et nuit, nuit et jour – sur
les frêles têtes de notre Peuple. Il va sans dire que ne sont point en
cause ici les individus qui composent ce corps (!!!), mais plutôt
l’institution que ce corps est supposé incarner ! D’où
l’interrogation : « Que faire (???) »

Conclusion

Pour répondre valablement à ce questionnement, tout porte à
croire qu’il nous faut une très bonne dose d’investissement de
matière grise. En d’autres termes, il semble que nous devrions
accorder à ce sujet une réflexion approfondie, systématique pour ne
pas dire systémique… En tout état de cause, l’auteur des présentes
lignes pense ce qui suit.
Premièrement, tout mettre en œuvre pour gagner le sommet des
FAT à la cause du Peuple togolais sans les deniers duquel elles
n’existeraient guère. Deuxièmement, tout faire pour contribuer à
élever, un tant soit peu, le niveau intellectuel de la masse des FAT.
Troisièmement, viser à élever la conscience patriotique des FAT
dans leur ensemble.
Assurément. En effet, devant l’auguste Assemblée générale des
Nations-Unies, le 04 octobre 1984, le digne fils de l’Afrique, Thomas
38

Sankara déclara : « … plonger notre armée dans le peuple par le
travail productif et lui rappeler incessamment que, sans formation
patriotique, un militaire n’est qu’un criminel en puissance » [Cité par
Le Monde diplomatique », n° 118 (Spécial), août-septembre 2011,
p. 55.] Quatrièmement, et à cet effet, expliquer, expliquer encore,
expliquer toujours ! (Vladimir Ilitch Lénine est ici paraphrasé).
Pour ce faire, les médias publics devraient être mis à contribution !
Oui ! « L’esprit finit toujours par avoir raison de l’épée »
(Napoléon Ier).
J’ai dit (!!!). Car « Seule la vérité est révolutionnaire »
(V. I. Lénine). Penchons-nous à présent, quelque peu, sur l’oligarchie
qui utilise les FAT pour opprimer, exploiter et humilier le Peuple
togolais depuis Mathusalem.
39

40

CHAPITRE II
UNE OLIGARCHIE CONCUPISCENTE
MANIFESTE DE NOUVEAUX VENUS
« Tous les sens physiques et
intellectuels ont été remplacés par
la simple aliénation de tous les
46sens, le sens de l’avoir »


Introduction

Face à une situation socio-politique comme celle que nous
connaissons au Togo depuis près d’un demi-siècle, Léon Trotsky
47recommande : « Ne pas pleurer, ne pas rire, mais comprendre » .
C’est la raison pour laquelle nous nous devons, avant toute chose, de
comprendre la nature et le comportement de l’oligarchie qui
« préside » aux destinées du Togo et des Togolais depuis le 13 janvier
1967, c’est-à-dire depuis qu’Etienne Gnassingbé (alias Gnassingbé
Eyadéma) s’est saisi… du pouvoir d’Etat sur la Terre de nos Aïeux…
Et, à cet effet, le lecteur a le droit d’avoir, au prime abord, sa lanterne
quelque peu éclairée s’agissant du vocable oligarchie.
Dérivé du grec oligos (en petit nombre) et arkhè (pouvoir), ce
terme désigne le gouvernement d’un petit nombre de personnes qui
s’entendent pour se partager le pouvoir politique d’Etat et ne le
transmettent que par cooptation. Ainsi, de l’épisode des Trente en
404-403 av. J.-C. à Athènes, à celui des oligarques qui se partagèrent
le gouvernement de la Russie après l’effondrement de l’Union
Soviétique, l’oligarchie est un système politique d’Etat
particulièrement opaque, souvent gangrené par la corruption et la violence, et
dont les protagonistes ne cherchent, comme l’avait déjà remarqué

46 Cf. Michel Leduc, Cours d’Histoire de la Pensée économique, Université de
Rennes, Faculté de Droit et des Sciences Economiques, Polycopie, 1969, page
424.
47 Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe. Tome 2. La révolution
d’Octobre. Ed. Seuil, Paris, 1995, pp. 11-12.
41
Aristote, qu’à satisfaire leurs intérêts personnels, égocentriques.
Une telle définition s’applique à merveille à la caste qui embrigade
le Peuple togolais depuis le 13 janvier 1967…

1. Une classe politique de nouveaux venus

La minuscule nouvelle classe politique qui régente notre pays
depuis lors est issue, essentiellement, directement… de la
paysannerie… du fait de l’exode rural massif lui-même dû à une
agriculture devenue non-payante pour un certain nombre de raisons
objectives apparues dès les temps coloniaux et aggravées à l’aube de
l’ère post-coloniale… Et, en tant que telle, cette caste est rongée par
une psychologie de nouveaux riches. Elle souffre d’un double
complexe : d’un complexe de l’ostentation, du grandiloquent, du
clinquant matériel et matérialiste, du m’as-tu-vu ?, d’une part, et d’un
complexe de la peur du retour au rien, au néant si, d’aventure, elle
perd… le pouvoir d’Etat, d’autre part… Voilà pourquoi cette
nouvelle classe moyenne s’agrippe mordicus aux rênes du pouvoir
politique d’Etat et remue mains et pieds pour empêcher, ad vitam
aeternam, l’alternance et le changement politiques chez nous.
L’oligarchie ainsi définie, une question immédiatement vient à
l’esprit. « Nos » oligarques étaient-ils déjà riches avant d’accéder au
pouvoir politique, ou se sont-ils enrichis à la faveur de ce pouvoir ?!
La réponse à cette interrogation ne souffre pas l’ombre d’un doute !
En effet, tout observateur un tantinet soit peu conscient sait
pertinemment que les roitelets nègres des oligarchies post-coloniales
s’avèrent de nouveaux venus, de nouveaux riches qui ne doivent leur
faramineuses « fortunes » illicites qu’à l’importance des postes
d’enrichissement par excellence qu’ils occupent, qu’aux « rôles »
qu’ils jouent dans les rouages de l’Etat et/ou qu’aux mesures dans
lesquelles ils se trouvent affidés ou non du « patron » du clan,
c’est-àdire du chef de l’Etat donné…
En d’autres termes, nous avons affaire ici à : des « commissions »
juteuses, des détournements plus ou moins directs de deniers
publics, des surfacturations, des trafics d’influence, des spéculations
financières plus ou moins souterraines, etc...
À ce sujet, le lecteur est cordialement convié à bien vouloir se
référer aux numéros 2640-2641 de Jeune Afrique, datés du 14 au
27 août 2011, p. 26 reproduite en Annexe XXI ci-après.
42

Mais l’Histoire et la Vie de tous les jours nous ont appris que des
gens simplement complexés ne produisent jamais rien de bon. Que
dire alors de ceux qui traînent un double complexe ?! C’est la
raison pour laquelle le Togo végète depuis le 13 janvier 1963 (!!!).
L’Afrique en général, et le Togo en particulier, requièrent des filles
et des fils réellement désaliénés, totalement libres en eux-mêmes,
capables de créer valablement – pour leur avancée moderne viable,
pour leur Renaissance véritable chère à un Cheikh Anta Diop, à un
Kwame (Francis) Nkrumah, à un Sylvanus Kwami Epiphanio
Olympio, à un Patrice Eméry Lumumba, à un Gamal Abdel Nasser,
à un Thomas Sankara, à un Nelson Mandela, à un Barthélémy
Boganda, à un Outel Bono, à un Thabo M’Béki, etc.

2. Une politique de revanche infondée

À cet égard, l’oligarchie « togolaise » post-coloniale a adopté une
politique fondée sur une revanche qui n’ose pas dire son nom, qui
48elle-même ne dispose d’un fondement aucun . À ce propos, l’on
invoque souvent la question des disparités développementales laissées
par le colonialisme entre le sud et le nord de notre pays : une question
pour moi vraie et fausse en même temps…
« Oui ! Mon humble point de vue est qu’au troisième millénaire,
pour le développement de l’Afrique (et du Togo), ce dont nous avons
le plus besoin aux rênes du pouvoir politique, c’est moins la quantité
ethnique que la qualité humaine. Ce dont nous avons le plus besoin,
ce sont des compétences avérées, des excellences consommées. Nous
avons besoin d’hommes et de femmes qui aiment l’Afrique, (qui
aiment le Togo). Des hommes et des femmes de valeurs humaines
intrinsèques reconnues. Des hommes et des femmes totalement
dévoués à la chose publique, capables d’arracher notre Continent au
misérabilisme mendiant, et de le propulser dans un avenir lumineux,
radieux… En d’autres termes, je rêve (tel un Diogène !), d’Africains
et d’Africaines de valeurs intrinsèques autres… que nécessairement
« ethniques » ou « régionales », pour une Afrique autre… demain. Je
rêve d’Africains et d’Africaines de valeurs humaines intrinsèques
pour ainsi dire sacerdotales… pour une nouvelle et exaltante

48 Cf. mon opuscule Le Togo – La vraie/fausse question nord-sud. Ed. Haho, Lomé
(Togo), 2007.
43
chevauchée de notre Alma-Mater : l’Afrique, qui n’a déjà que trop
souffert…
« Au demeurant, hormis le palais qu’il s’est construit à Pya, quel
héritage enviable Gnassingbé Eyadéma aura-t-il laissé à ses
congénères du nord ? Bien au contraire, nous savons pertinemment
qu’il les aura opprimés davantage que ceux du sud.
Par contre, si les plans de développement socio-économique
conçus sous le régime de Sylvanus Olympio avaient été exécutés,
nous n’en serions pas là aujourd’hui à débattre encore de la
question « nord »-« sud » au Togo. Et c’est en cela précisément que
cette question, tout en étant vraie, est en même temps fausse,
archifausse parce que devenue simple prétexte, simple alibi. Parce que
49devenue artificielle ! »
En raison de son essence revancharde injustifiable, le régime
politique instauré par Gnassingbé Eyadéma et légué à son fils Faure
Essozimna – le régime du RPT (Rassemblement du Peuple Togolais)
– en dépit des indéniables acquis arrachés de haute lutte par notre
mémorable Conférence Nationale Souveraine (CNS) [08 juillet\28
50août 1991] , est demeuré, à son corps défendant, un régime de parti
unique. Et ce, à cause de l’utilisation de son armada… baptisée
« FAT » comme base d’une stratégie de la terreur…

3. Un monopartisme de fait découlant d’un Terrorisme d’Etat

En effet, toutes, absolument toutes les institutions essentielles,
tous, oui tous les organes-clés de l’Etat au Togo sont
frauduleusement – ou manu militari – confisqués, monopolisés par
le RPT. De facto ! Au reste, une telle situation se retrouve, à des
degrés divers, avec des variantes plus ou moins spécifiques, un peu
partout en Afrique francophone… Voici ce qu’en dit un spécialiste
français en la matière :
« À l’instar des régimes autoritaires civils, sous la pression
internationale, les régimes issus des coups d’Etat organisent des
élections qui permettent de légitimer leur position. Les consultations
sont manipulées à des moments et à des degrés divers. Ceci
n’empêche pas l’existence d’une façade compétitive que les

49 Cf. idem, pp. 52-53.
50 Cf. mon livre Histoire du Togo – La longue nuit de terreur (en deux vol.), Ed.
Les Editeurs du Monde, Paris, 2006.
44

observateurs internationaux ont parfois du mal à percer quand ils
s’en tiennent à la seule opération électorale et n’enquêtent pas sur le
contexte politique général. La difficulté pour l’opposition à s’imposer
est le résultat d’un double barrage : celui qui la bloque dans
l’organisation et le déroulement même des scrutins et celui, plus
insidieux, de la limitation des libertés civiles et politiques qui s’étend
en amont et en aval des élections. À ce jeu, les présidents autoritaires
des années 1980, reconvertis en démocrates « par convenance » dans
les années 1990, sont passés maîtres dans le maquillage de
l’autoritarisme. Le plus souvent, il leur suffit d’une action discrète
mais ferme pour mettre à l’écart les leaders de l’opposition et n’avoir
finalement à se présenter que devant des candidats fantoches et
surtout sans avoir à truquer les opérations de vote. Ce scénario donne
la figure de la démocratie réduite aux élections : la démocratie
« électorale ». Parfois, le harcèlement des opposants ne suffit pas et
les détenteurs du pouvoir doivent agir en recourant à la violence
ouverte durant l’élection et manipuler les résultats. Ils s’exposent à la
critique internationale et font une incursion dans un « autoritarisme
électoral » qui n’est pas sans ressemblances avec ce qui se passe dans
la Russie actuelle. La prise en considération de la prédominance de
régimes hybrides en Afrique conduit ainsi à la vulgarisation de
nouvelles grilles de classement dans lesquelles l’espace situé entre les
pôles opposés de la démocratie libérale et de l’autoritarisme pur et
dur devient à la fois le lieu où se rencontrent le plus grand nombre de
51cas et où se jouent les positionnements. »
C’est ainsi que « nos » oligarques concupiscents actuels au Togo
affichent une démocratie de façade, à peine fardée, cependant qu’ils
gouvernent à vrai dire à la faveur d’un réel Terrorisme d’Etat,
52d’une épouvantable stratégie de la terreur , combinée avec la ruse
le cas échéant, avec le dilatoire très souvent… Lequel dilatoire
consiste à laisser traîner indéfiniment des choses, à laisser pourrir,
de façon éhontée, une situation donnée, afin de gagner du temps. Et
53ceci, notamment à l’approche de consultations populaires …
On pourrait arguer que, depuis l’élection présidentielle du 04 mars
2010, le RPT n’utilise plus beaucoup de balles réelles dans ses
opérations de répression. À cet « argument », l’observateur un tant

51 Cf. Patrick Quantin, in La Démocratie. Histoire, théories, pratiques. Ed.
Sciences Humaines, Paris, 2010, p. 300.
52 Cf . Chapitre I ci-avant.
53 Cf. Annexe XIII ci-après.
45
soit peu averti devrait répondre ceci : « Primo, il est exact que, depuis
cette date, le régime RPTiste donne l’impression de vouloir
« économiser » ses balles réelles. En tous cas il n’en a pas fait usage
comme en 2005… Mais c’est en raison de tous les rapports
circonstanciés rédigés sur les horribles massacres de cette année-là,
54surtout de celui des Nations-Unies (!). Par ailleurs, le RPT a
employé et continue à employer depuis lors des gaz lacrymogènes,
des gourdins, des ceinturons, des balles de caoutchouc, que sais-je
encore ? Cette apparente nouvelle tactique s’explique aisément par
l’apparition, entre-temps, de TPI (Tribunaux Pénaux Internationaux)
dans l’arène mondiale…
Secundo et au demeurant, lorsque ses intérêts vitaux s’avèrent
quelque peu menacés, le régime RPTiste n’hésite pas un seul instant
à mettre à contribution ses balles réelles – comme ce mardi 22 juin
2010 où il fit passer de vie à trépas trois (chiffre officiel bien
entendu !) de nos compatriotes qui prenaient part à une
manifestation pacifique contre une augmentation abusive des prix
des produits pétroliers.
Qui plus est, « nos » oligarques adeptes fieffés de « la politique du
ventre », comme dirait l’anthropologue français Jean-François
Bayart, – qui n’ont cure des droits humains, – trouvent des
« conseillers » véreux, sans scrupules, sans vergogne, en des
personnages ressortissants de l’ex-métropole colonisatrice…
Grassement rémunérés, ces « conseillers » dotés d’un passeport
diplomatique togolais, jouent même dans certains cas, auprès du
chef de l’Etat, un rôle néfaste qui rappelle étrangement celui d’un
gouverneur colonial et colonialiste…

Conclusion

Voilà présentée, grosso modo, la caste oligarchique qui « préside »
aux destinées de la Terre de nos Aïeux depuis le 13 janvier 1967…
Mais l’Afrique en général et le Togo en particulier ont plutôt
besoin, pour conduire leur Char de combat…, de leaders de la
facture et de la trempe d’un Nelson Mandela.

54 Cf. Annexe XV de mon ouvrage De la tragi-comédie à la comi-tragédie.
46


Faure Essozimna Gnassingbé Ingrid Awadé
Pascal Bodjona Kpatcha Gnassingbé

47

Gilbert Fossoun Houngbo Abass Bonfoh

















Aboudou Assouma
48

Solitoki Esso Atcha Titikpina















Gilbert Bawara

49
CHAPITRE III
LE PIÉTINEMENT SYSTÉMATIQUE
DES DROITS DE LA PERSONNE
HUMAINE
« La révolution a besoin, par
moments, d’être aiguillée par la
contre-révolution »
Karl Marx


Introduction

En dernière analyse, la politique devrait tendre, essentiellement, à
viser l’assurance des droits fondamentaux, inaliénables, de la
personne et des groupes humains. En dernier ressort, la politique
devrait signifier, fondamentalement, la recherche du Bien-être
matériel et immatériel de l’humain qui, tout en étant le plus
prodigieux produit de la Nature, en est en même temps le plus fragile,
le plus vulnérable. Blaise Pascal dit à ce propos : « Il ne faut pas que
l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau
suffit pour le tuer ». Il ne faut surtout pas que l’Homme lui-même
s’arme pour écraser l’Homme. En somme, l’Humanité se doit
d’éviter, à tout prix, que l’Homme soit un loup pour l’Homme. Car,
autrement, cela reviendrait à cantonner, à perpétuité, l’Humanité
dans l’Animalité. Encore que les loups, pour autant que je sache, ne
se dévorent pas entre eux.
Dès lors et vu l’importance cruciale de cette question qui porte
sur la Condition même de l’Homme, l’auteur des présentes lignes
croit qu’une définition suffisamment extensive des droits humains
s’impose ici en premier lieu. Puis, nous considérerons, plutôt
brièvement, les forfaits majeurs par lesquels les oligarques du Togo
auront systématiquement violé, piétiné lesdits droits.

51
1. Définition des Droits de l’Homme

Le lecteur est imploré de bien vouloir souffrir que je lui déroule
purement et simplement une conférence que j’ai délivrée le 27 avril
1999 à Fort-de-France (Martinique).








Droits de l’Homme :
Combat sans frontières pour la Dignité humaine

(par Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo)


Source : Ouvrage de l’auteur : « MA CHÉTIVE VIE »
Ed. Menaibuc, Paris, 2007, Annexe XI, pp. 339-348




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