L'épopée marocaine de la Légion étrangère

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Les faits d'armes de la Légion étrangère sur la terre marocaine couvrent une période appelée "Pacification" (1903-1934). Tout à la fois combattante, constructive de route et bâtisseuse, la pacification ne fut pas un vain mot pour elle. La grenade à sept flammes, suprême signature du travail bien fait se retrouva partout. Une des plus grandes preuves est le tunnel du "Foum Zabel" qui est encore aujourd'hui un sujet de fierté pour la Légion. Il porte toujours sur les cartes routières modernes du Maroc le nom du "Tunnel du légionnaire".
Publié le : mardi 1 mars 2005
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EAN13 : 9782336282404
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L'ÉPOPÉE MAROCAINE DE LA LÉGION ÉTRANGÈRE
1903 - 1934

Histoire de la défense Collection dirigée par Sophie de Lastours
Cette collection se propose d'étudier les différents aspects qui composent l'histoire de la défense. La guerre, la technologie, la sécurité n'ont cessé de se transformer, de se construire et même de se détruire les unes par rapport aux autres. Elles sont en perpétuelle mutation. L'apparition de nouvelles menaces a touj ours conduit les sociétés à tenter de s'adapter avec plus ou moins de succès et parfois à contre-courant des idées reçues. Des questions seront soulevées et des réponses données, même si beaucoup d'interrogations demeurent. L'histoire, la géographie, le droit, la politique, la doctrine, la diplomatie, l'armement sont tous au cœur de la défense et interfèrent par de multiples combinaisons. Ces sujets contribuent à poser les défis et les limites du domaine de la défense à travers le temps en replaçant les évènements dans leur contexte. On dit par exemple que dans ce XXIe siècle naissant, les guerres entre Etats sont en train de devenir anachroniques au bénéfice de conflits tribaux ou religieux, mais seules des comparaisons, des études détaillées qui s'étendent sur le long parcours de l'histoire permettront de le vérifier.

Déjà parus
Association nationale pour le souvenir des Dardanelles et Fronts d'Orient, Dardanelles Orient Levant 1915-1921. Ce que les combattants ont écrit, 2005. Jean-PieITe MARTIN, Les aigles du Frioland, 2004. Marie LARROUMET, Mythe et images de la légion étrangère, 2004. Olivier POTTIER, Les bases américaines en France (1950-1967), 2003. Honoré COQUET, Les Alpes, enjeu des puissances européennes. L'union européenne à l'école des Alpes?, 2003. Jacques BAUD, Les forces spéciales de l'Organisation du Traité de Varsovie (1917-2000), 2002. Amaury CARRE de MALBECK, Le Cadre juridique des Opérations extérieures de la France aujourd'hui, 2002.

@L'Hannattan,2005 ISBN: 2-7475-8057-1 EAN : 9782747580571

Jean-Paul MAHUAUL T

L'ÉPOPÉE MAROCAINE DE LA LÉGION ÉTRANGÈRE 1903 - 1934
ou TRENTE ANNÉES AU MAROC

Préface de

Bruno Le FLEM

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L. u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italla Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALIE

Ouvrage

du même auteur.

sèmeRégiment étranger, historique du régiment du Tonkin, Editions Lavauzelle. Œuvre d'un petit collectif d'officiers de la Légion étrangère: le capitaine(er) Mahuault, ancien du sème RMP, l'aspirant Lafaye, titulaire d'une maîtrise er d'histoire, en service au 1 Régiment étranger, et le lieutenant-colonel Péron, de l'état-major du commandement de la Légion étrangère et ancien chef de corps du sèmeRégiment étranger.

«( On ne saurait proclamer admirable et la bonne fortune telle à son service. ))

trop haut les mérites de cette troupe que c'est pour la France d'en avoir une

Maréchal Lyautey au Maroc(1920).

«(L'ombre de son drapeau a couvert la terre entière et, sur les traces de ses pas vainqueurs, le solez] ne se couche pas. )) Maréchal Franchet d'Esperey (1931).

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Préface

Depuis sa création, l'histoire de la Légion étrangère a toujours été rythmée par des périodes en général assez longues où elle a imprimé durablement sa marque là où elle agit, combinant le combat avec l'œuvre civilisatrice: le soldat et le bâtisseur. C'est tout particulièrement le cas au Maroc de 1903 à 1934, objet de l'ouvrage du capitaine(er) Mahuault. L'auteur introduit puis entraîne le lecteur dans cette conquête du Maroc, fruit d'une judicieuse désobéissance de deux personnalités: Jonnart et Lyautey. Avec clarté, il situe l'environnement international complexe dans lequel se déroulent les actions entreprises au Maroc, souvent au milieu de l'indifférence gouvernementale. Enfin la mise en perspective de personnages marquants souvent haut en couleur, courageux avec panache ou avec abnégation donne vie à l'âpreté des combats, à la pénibilité des travaux et aux relations de commandement entre cadres et légionnaires dans les crises. C'est en effet, grâce aux désobéissances conjuguées du gouverneur de l'Algérie Jonnart et du colonel puis général Lyautey qu'a débuté la conquête de l'empire chérifien: la nécessité d'assurer la sécurité des confins algéro-marocains à la suite du célèbre combat d'El Moungar, a été la cause d'une occupation progressive du Maroc à partir de 1903 à l'insu, si l'on peut dire, du gouvernement français de l'époque qui n'avait pas de politique bien définie en la matière.

Tout subterfuge est bon pour ne pas troubler la sérénité gouvernementale: ainsi on n'occupe pas Béchar, mais on crée à proximité Colomb; on n'occupe pas Ras-elAïn, mais on crée Berguent. . S1 1a conquete d u M aroc a concerne ' 1es 1er , 2ème , 3ème , er 4ème régiments étrangers d'infanterie et le 1 régiment étranger de cavalerie, ce sont les compagnies montées issues des régiments étrangers d'infanterie, qui ont acquis la célébrité. Fondées sur l'alliance légionnaire/mulet, capables de raids audacieux, elles constituent souvent la suprême réserve qui emporte la décision ou sauve d'un désastre. En alternance avec les combats nombreux contre des adversaires fanatisés et organisés, les légionnaires du Maroc se sont investis largement dans les travaux. En 1928, le percement artisanal du tunnel du F oum Zabel reliant Midelt à Erfoud est le symbole célèbre de ces constructions aussi variées que des kilomètres de route, des postes, des villages, en un mot tout ce qui permet à la sécurité de s'installer et ainsi au développement multiforme de progresser. Ces travaux apportent un démenti cinglant aux contempteurs de la colonisation, pour lesquels l'œuvre coloniale de la France est une période noire de notre histoire. Comme toute activité humaine, cette œuvre n'est pas parfaite, mais l'honnêteté intellectuelle doit amener à reconnaître que la France et singulièrement la Légion étrangère ont contribué à créer le Maroc moderne dont Lyautey, en visionnaire, prévoyait à terme l'accession à la complète indépendance. On ne peut lire cet ouvrage sans évoquer les fortes personnalités légionnaires qui ont jalonné cette conquête dont les péripéties glorieuses ou douloureuses étaient propres à les mettre en valeur. Il faut citer entre autres: le lieutenant Selchauhansen, le capitaine Rollet, le prince Aage de Danemark, le chef de bataillon Met, le commandant Deslandes, Ie commandant de Corta, Ie colonel Nicolas. La mise en relief de l'action de ces fortes têtes,
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appelées parfois les caïds ou les mousquetaires de Lyautey, accroît l'intérêt de la lecture de l'ouvrage du capitaine(er) Mahuault. Enfin, pour une lecture aisée de cette épopée marocaine de la Légion étrangère, s'imprégner de la géographie du Maroc dans toute sa richesse est un préalable indispensable.

Général (2S) Bruno Le FLEM Président de la Société des Amis du Musée de la Légion étrangère.

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Avant-propos

Il est impossible de concevoir un paysage marocain sans la silhouette d'un légionnaire coiffé du képi blanc à présent légendaire ni de souhaiter retracer l'histoire de la pénétration et présence française au Maroc sans voir se renouveler constamment et à chaque page la présence d'une unité de la Légion étrangère. Les faits d'armes de la Légion étrangère en terre marocaine débutent en 1903. A partir de cette date, la Légion entreprend une tâche de pacification qui s'arrêtera avec la fin des opérations dans le Grand Atlas, au cours de l'été de 1934. Le colonel Lyautey dont nous célébrons cette année le soixante dizième anniversaire de la mort, prend le commandement du territoire d'Aïn-Sefra, dans le sud oranals. Tous les noms s'égrènent en une longue liste, rappelant les hauts faits de la Légion au Maroc. Citons quelques-uns d'entre eux: El Moungar, Menhaba, Alouana, Casablanca, Beni-Ouzien, Fès, Sidi Belkacem, Bibane, Audour, Archirkane, Ouezzan, Zitouna, Rihana, Taza, Skoura, El Mers, Aït Maklouf, Immouzer, Taounat, Mediouna, Bab Moroudj, Tizi N'Guide!, Aït Yakoub, Assif Mellou!, Tarda, Tazigzaout, Bou Gafer. Ces noms aux consonances rudes sont inscrits dans le Livre d'or de la Légion étrangère. Sur toute l'étendue du Maroc, des stèles1 rappellent
1 Un bon nombre d'inscriptions ont été détériorées depuis l'accession du

ces combats et les sacrifices consentis par les régiments étrangers. Partout, le voyageur peut retrouver gravée dans le roc, au détour d'une piste ou encore aux carrefours, la grenade à sept flammes.. Les marques du passage de la Légion sont aussi nombreuses que les tombes de légionnaires et la Légion n'oublie jamais ses morts. L' œuvre de la Légion au Maroc fut considérable. Le «combattant» d'abord: le légionnaire a trouvé au Maroc un climat, un terrain et un adversaire particulièrement propices à l'exaltation de ses vertus militaires. La force calme et puissante des unités de la Légion leur réservait les missions les plus délicates et les plus dures. Le légionnaire s'est imposé à l'admiration de ses chefs; il s'est acquis celle de l'adversaire qui s'est plu à reconnaître la valeur des « grandes capotes ». Ce nom, donné à la Légion depuis la campagne de 1857 en Kabylie, porte bien la marque du respect qu'elle a su inspirer au combattant marocain, guerrier de race, à la bravoure réputée, au sens manœuvrier développé. Les tribus de la plaine, dès le début, ont tout tenté pour briser l'élan français. Le Beraber2 du Tafilalet et le Chleuh du Moyen adas ont longtemps arrêté ensuite nos efforts; Zaïan, Tserrouchen ou Marmoucha, pour ne citer que les plus farouches guerriers, n'ont jamais hésité à aller jusqu'au corps à corps sanglant. Mieux armées et mieux organisées, les tribus rifaines ont combattu à leur tour avec une supériorité numérique qui rendit tragique le printemps 1925.. Après le combat, la Légion ne peut rester inactive. Elle se transforme en «constructeurs de route et bâtisseurs». Combien de routes furent ouvertes par elle afin de relier le pays aux centres vitaux? Combien de postes et d'ouvrages d'art furent construits par ces audacieux que rien ne rebute?
Maroc à l'indépendance. 2 Berbère, populations d'Afrique du Nord vivant plus spécialement dans les montagnes ou les déserts.

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Le sceau de la grenade à sept flammes fut partout. La Légion est justement fière d'avoir percé les tunnels du Foum Zabel sur la route du Ziz et du Tagounsta vers l'Assif Mellou!, d'avoir tracé la piste du col des Aït Ouirrah, d'Arbala à Tadla ou celle de la gorge de l'Oued Dadès au nord de Bou Malem en direction de l'Amdgouss. Au début du 20ème siècle, tandis que la pacification du Tell et des Hauts Plateaux Algériens s'achève et que s'organise la frontière bordant le Maroc, une même menace se précise dans les confins sahariens que leur situation géographique et ethnographique rattache au pays du Maghreb. En ce début du 20ème siècle, la question marocaine se pose déjà. L'histoire de la Légion au Maroc commence dans le sud-oranais. Toutes les opérations entreprises dans cette région vont nous entraîner peu à peu sur le territoire d'agresseurs courageux et réaliseront la pacification du Maroc tout entier. Déjà, l'occupation d'Oujda en 1907, puis les colonnes contre les Beni Snassen avaient assaini quelque peu les contrées algéro-marocaines et réduit le «Bled Siba », le pays insoumis, d'où partaient auparavant les terribles razzias qui terrorisaient et ruinaient les riches plaines déjà pacifiées. Mais ces actions, guerrières d'abord, pacifiques ensuite, n'avaient fait qu'accroître chez ces peuplades assez primitives la peur d'être bientôt privées de la seule source de profit dont elles usaient: «le pillage ». L'armée française avançait inexorablement vers cette frontière naturelle qui, aussi bien dans l'antiquité qu'au moyen âge arabe et berbère, puis à l'époque moderne, avait été considérée comme la limite du Maghreb el Aksa ( le Maroc) et du Maghreb el Ouesti (l'Algérie). La Moulouya3 était atteinte. Il ne restait plus qu'à reconnaître les massifs qui en surplombaient la rive droite.
3 Plaine fertile du Maroc.

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Conjointement aux opérations de sécurité sur nos propres frontières algériennes, d'autres se développaient à partir de Casablanca pour rétablir, en exécution des accords internationaux, la souveraineté du Sultan sur ses terres dites «Bled el Magzen », reconnaissant en principe son autorité. En fait, la situation politique du pays était des plus confuses. Chaque petit souverain local prétendait exercer à son profit, en débordant quelque peu de son territoire soi-disant ancestral, une autorité absolue. Parmi les unités de Légion qui combattirent tout au long de cette épopée de trente années, la plus belle palme revient aux Compagnies Montées4. Depuis leur création, pendant l'insurrection de Bou Amama, elles avaient parcouru les vastes étendues du sudorannais, y menant leur ronde incessante, besogne ingrate et silencieuse, parfois dans la gloire, à la poursuite des djiouchs5 insaisissables, longues et pénibles étapes sous un soleil de feu. Les hommes à pied assuraient le dur service de la sécurité. Ils allaient, rapides, de crête en crête, les manches retroussées et les bras bronzés par le soleil, la chemise largement ouverte sur la poitrine, les traits durcis par l'effort. L'eau emportée le matin était déjà bue, le dernier quart était souvent partagé avec le mulet, ce vieux et fidèle compagnon à qui la fantaisie de son maître et aussi la nécessité ont appris de longue date à boire au goulot du bidon. Le point d'eau était loin encore. Peut-être d'ailleurs serait-il à sec et faudrait-il poursuivre l'étape? Le soleil était haut dans le ciel. La sueur faisait que les bretelles de l'équipement leur collaient au dos. Sur le «brèle », l'homme monté récupérait en attendant de prendre la place de son camarade qui, devant, parcourait la piste à longues enjambées. Il était calé sur sa
4 Les Compagnies Montées furent constituées sous les ordres du colonel Négrier à la fin de mai 1882. 5 Bande de guerriers pratiquant les razzias, appelée aussi « djich ».

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selle entre les deux immenses paquetages arrimés au pommeau et au troussequin, 10 ou 15 jours de vivres, l'orge du mulet, les cartouches de réserve, des effets de rechange, couvre-pied, toiles de tentes et autres objets indispensables. Ils marchaient ainsi des jours et des jours, dans le néant. Puis, tout à coup, au moment où personne n'y songeait, c'était l'accrochage brutal. L'action se développait, rapide. La compagnie, alourdie par ses mulets qu'il fallait entraver et protéger, subissait de lourdes pertes dès les premières salves. Mais déjà, les sections se déployaient vers les crêtes et engageaient la lutte. L'ennemi était surpris par la riposte soudaine; manœuvré, il abandonnait le terrain, peu soucieux de tâter des baïonnettes qui luisaient au bout des fusils. Et la Montée continuait sa rude besogne, espérant toujours l'occasion heureuse qui permettrait de venger ses morts. L'action des Compagnies montées se poursuivra inlassablement au Maroc; elles seront de toutes les colonnes, figureront à tous les combats. Soixante-huit ans après leur création, elles disparaîtront; l'année 1950 est la dernière qui sera mentionnée dans le gros volume nécessité par le récit des campagnes, des raids, des combats et des misères des Compagnies Montées de la Légion étrangère. Il paraît bon de terminer cette évocation des Compagnies Montées par un document trop peu connu à la Légion. C'est l'ordre du jour qu'adressa le général Gouraud au capitaine Rollet6 lors de son départ de la Compagnie montée du 2èmeEtranger, en mai 1914. Le capitaine Rollet avait servi au Maroc de 1900 à 1914, prenant part à 17 combats. Sa Compagnie Montée Le capitaine ROLLET se couvrit de gloire à la tête du Rlv.[LE au cours

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du premier conflit mondial e~ pour son action au service de la Légion étrangère, il est appelé «Le père Légion». Un ouvrage lui a été consacré par Pierre Soulié, « Paul- Frédéric RoUet », Editions Italiques.

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était restée célèbre et c'est pourquoi il est important d'évoquer l'hommage du général Gouraud à l'adresse de l'extraordinaire soldat, inséparable de l'idée que l'on peut se faire de la Légion, toujours présent dans notre pensée chaque fois que se déroule une manifestation légionnaire en un point quelconque du globe. Colonne mobile du nord-est:

Oued-Amtil, le 27 mai 1914 Ordre général N° 5
«(

Le Général ne peut laisser le capitaine Rollet quitter la
éprouve à se séparer par tous ceux voient le capitaine regrets qui sont certainement partagés

région de Fès sans lui dire les regrets qu'il de lui, Rollet qui, depuis 3 ans, dans toutes nos colonnes, à la tête de ses légionnaires.

Nous avons fait connaissance, mon cher Rollet, à l'attaque de nuit de LAIla Ito, le 13 mai 1911, quand un de vos pelotons, avec votre brave et regretté lieutenant Allotte de la Ft!Ye, défendit vaillamment lepetit bois. Vous avez particiPé avec votre Compagnie Montée à

toutes les étapes qui ont marqué la conquête du nord-est marocain, à la première entrée des troupes françaises à Fès, au combat de Bahlil et de l'Oued Ouislam, à Mekhnès, aux premières colonnes de S efrou et dlmmouzer, au rude combat de Bou Mya. Vous étiez à la délivrance de Fès le lerjuin 1912, où

votre lieutenant Guérin était grièvement blessé, aux combats de Sidi el Ouahad et dlmmouzer du 17 au 22 juin chez les Hqyaïnas, à la surprise du Rogui, à Roselane, à Moulqy Bou Ch 'ta, en 1913 à la colonne dlmmouzer et d'Anoceur. Pendant Enfin, les hivers, vos légionnaires infatigables ont ouvert les routes de l'Oued Ouislam et du Zegott vous avez couronné votre campagne marocaine à

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Dar el Hadjamé le 1ermai, à Tfazza le 10 et par ce sanglant et glorieux assaut de la montagne des Tsouls le 12. Le commandement a beaucoup demandé à la Compagnie Montée et à son chef pendant ces trois années. Elle et lui ont le droit d'être fiers de leurs combats et de leurs travaux.

Vous partez. Nos regrets et nos vœux vous accompagnent. Ma consolation est de voir la Compagnie Montée passer sous le commandement du capitaine Beloin qui fut votre compagnon de danger et que la Compagnie Montée
retrouvera avec Joie )).

Gouraud

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Chapitre 1

Présence de la Légion étrangère au Maroc. 1903-1910

Depuis quatre siècles, l'état marocain est confronté aux visées des Espagnols déjà en place à Ceuta et Mellila et conseille fortement aux habitants d'éviter tout contact avec leurs voisins du nord. Devant la détermination et le blocus imposés par les Marocains, l'Espagne entre en conflit armé en 1859-1860 avec leur état. Cette guerre provoque une tragédie pour le Maroc, qui doit payer une forte indemnité, accorder l'élargissement des limites de Mellila et céder un port sur la côte Atlantique pour servir d'abri aux pêcheurs espagnols. Après la cession de la baie de Rio de Oro, par l'accord du 26 décembre 1884, trois points d'appui reviennent à l'Espagne sur les côtes marocaines de l'adantique. En 1880 et 1881, suite à une tentative du Maroc pour imposer son indépendance et sa souveraineté et malgré l'accord bienveillant des Anglais, cette tentative échoue face à la coalition de la France, de l'Espagne et de l'Italie. Grâce au soutien des Anglais, le sultan repousse la demande française sur l'épineux problème de la souveraineté du pays et en profite pour augmenter sa présence administrative et politique. Alors, la France, en décembre 1899, monte une forte expédition qui se présente devant l'oasis d'ln Salah. Le caïd de la localité, mandaté par le sultan du Maroc, aidé par les soldats de ce dernier et les chérifs des environs ne peut s'y opposer. Le 27 décembre 1899, après de furieux combats, la France a conquis tout le pays des oasis, conquête qui se termine par le combat de Talmine en mars 1901. Conseillé

par les Anglais et les Allemands, le jeune sultan Moulay AbdelAziz (1894-1908) reconnaît cet état de fait et signe le traité du 20 avril 1902, tout en essayant en échange d'imposer la ligne de démarcation au sud et à l'est, délimitant les frontières du Maroc avec les possessions françaises. La France oppose un refus catégorique, elle ne veut pas de matérialisation de ces frontières, laissant ainsi le libre accès à ses futures visées territoriales. Le 3 octobre 1904, il yale partage du Sahara marocain ouvrant la porte du Sahara à l'Espagne par le biais d'un accord secret entre la France et l'Espagne. D'ores et déjà, la disparition de la souveraineté va marquer une détérioration de l'autorité du sultan qui ira en s'amplifiant jusqu'en 1911. Le sultan a deviné que la France désire isoler le Maroc et le gouverner. Sans l'appui des Anglais, le sultan ne peut pas s'opposer aux désirs français. En effet, les réformes de son armée et de son administration n'ont pas donné les résultats escomptés. Seule l'Allemagne peut encore le soutenir. Cette dernière l'aide volontiers jusqu'en 1911, année où elle signe un accord avec la France d'échange de territoire en Afrique. La France a alors les mains libres au Maroc. En 1905, il est décidé par le gouvernement français d'accélérer la méthode en occupant le «bilab al-siba », contrées désertiques, pauvres et sous-peuplées, gérées par des chefs locaux sous la coupe du sultan. Ce dernier est informé en permanence des ruses de la France qui poursuit une tactique de grignotage serein et n'a jamais accepté une délimitation quelconque au-delà de Figuig. Sous le prétexte futile d'arrêter les incursions d'éléments créant le désordre et l'insécurité, les forces françaises pénètrent tout le long de la frontière théorique pour y protéger le commerce. Au cours de cette même année, il est dépêché de l'Algérie un technicien des «affaires indigènes ». Celui-ci va pratiquer la «pénétration pacifique », consistant à prendre contact avec les différents chefs locaux et tenter ainsi de les

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gagner à la cause française. Mais, ce technicien va devoir se confronter à un homme très influent et qui plus est, représentant permanent du sultan, Ma al-Aynayn. Averti, Moulay AbdelAziz dépêche sur place Moulay Idris, son oncle. C'est un adversaire coriace, qui entraîne derrière lui ses troupes et la résistance en général. La «pénétration pacifique» ne semble pas avoir réussi à son promoteur. Ce dernier, en effet, est tué en avril 1905 lors de l'attaque de son camp. La crise s'amplifiant, la France exploite cette situation et demande le rappel de l'oncle de Moulay AbdelAziz qui ne sera effectif qu'en janvier 1907. Entre temps, l'acte d'Algésiras est signé en 1906. L'année 1907 (2 août) voit, en réponse aux menaces contre la sécurité de la zone côtière marocaine, contre les droits du Sultan reconnu et avec l'accord des Espagnols, la France envoyer à Casablanca un petit contingent pour protéger les consulats. Le lendemain deux compagnies débarquent et, le 7 août, 2000 hommes commandés par le général Drude débarquent à leur toUt. Pendant toutes ces journées, la marine française attaque et assure la protection des troupes au sol dans la ville de Casablanca. Ma al-A ynayn tiendra tête aux français et espagnols jusqu'en 1933 et les harcèlera en permanence. Mais revenons au début du 20ème siècle qui, dans son premier tiers et en marge du premier conflit mondial, va voir la Légion étrangère enregistrer des pages de gloire parmi les plus belles qu'il lui a été donné d'écrire. Fin août 1903, la Légion étrangère doit protéger le territoire algérien des incursions berbères et assure la sécurité des convois destinés au ravitaillement des postes installés dans les oasis présahariennes. Cette mission est de pure routine et répétitive. Le 2èmepeloton de la 22ème Compagnie Montée a pour mission d'escorter le convoi qui comprend 572 chameaux. Le commandement a adjoint 30 spahis à ce peloton. L'ensemble est aux ordres du capitaine Vauchez. Il y a lieu d'être sur ses gardes car, depuis quelque temps, les

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engagements armés avec des dissidents marocams sont de plus en plus fréquents. Parti à trois heures du matin, le 2 septembre 1903, le peloton débouche à neuf heures trente dans la vaste plaine d'El Moungar, poussant à grande peine les derniers éléments du convoi. A neuf heures quarante, trois où quatre coups de feu éclatent sur la gauche, deux spahis en vedette sont tués. Aussitôt, le peloton prend les armes et se forme en ligne déployée, face à l'ennemi, juste à temps pour voir se dresser 300 ou 400 guerriers Doui Menia, Oulad Djerir, Béraber ou Chambaa. Entraînant sa section sur un léger saillant, le lieutenant Selchauhansen7 tombe aux premiers coups de feu, mortellement atteint. Jeune officier danois, adoré de ses légionnaires, très estimé par ses camarades et ses chefs, le lieutenant Selchauhansen avait obtenu de son gouvernement l'autorisation de venir servir à la Légion. Drapeau vivant de sa section, il interdit à ses hommes de venir à son secours lorsqu'il tomba. Ils lui obéirent, mais ils se firent tuer un à un sur son cadavre pour empêcher l'ennemi de le profaner. A son tour le capitaine Vauchez est atteint d'une balle à la poitrine; il n'en conserve pas moins son commandement et porte les 3ème et 4ème sections à l'assaut. Une deuxième ligne ennemie, aussi forte que la première, se profile à 800 mètres environ de la ligne de feu. Le sergent-major Tissier, de nombreux sous-officiers et légionnaires tombent successivement. Néanmoins, la 4ème section parvient à faire esquisser à l'ennemi un mouvement de recul. La 3èmesection, décimée, la plupart de ses gradés hors de combat, se rallie à cent mètres environ en arrière et à
7 Cet officier avait marqué le tout jeune prince Aage du Danemark (futur officier de Légion) au point de devenir son modèle.

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l'ouest de la 4ème, sur deux petits saillants rocheux d'où elle ème dirige un feu nourri sur les groupes ennemis que la 4 section ne réussit plus à contenir, arrivant ainsi à la sauver d'une perte certaine. ème La 4 section se partage alors en deux groupes et se replie à hauteur de la 3ème. Malgré de nouvelles pertes, elle s'accroche au terrain. Pendant ce temps, le caporal Lieutard, les légionnaires Paris et Broua, tous trois blessés, amènent le cheval du capitaine Vauchez et réussissent à le conduire, avec le sergent-major Tissier et le caporal Montes, sérieusement blessés, à la crête où se trouvaient les survivants de la 3èmesection. Il se produit alors une chose sublime: le capitaine et le sergent-major étant grièvement blessés, le sergent fourrier Tisserand reprend en main tout le groupe de légionnaires qui viennent de rejoindre, exécute un mouvement tournant vers le nord-ouest et réussit à dégager en partie les crêtes occupées par les dissidents. Ceux-ci commencent à opérer vers leur droite une tentative d'enveloppement de la position des légionnaires, les mettant ainsi en grand danger. Le capitaine Vauchez ordonne alors au sergent fourrier Tisserand de rejoindre immédiatement la crête avec tous ses hommes pour participer à la suprême défense. Les blessés graves pouvant se servir de leurs bras pour tirer sont échelonnés à plat ventre sur les deux côtés du ravin. Les blessés hors d'état de combattre sont au milieu, avec les morts. Il est 11 heures trente. Le capitaine Vauchez attend fiévreusement les secours qu'il a demandés dès le début de l'attaque, à Taghit et à El Morra. Vers 14 heures, le sergent fourrier Tisserand est blessé une deuxième fois; le sergent-major Tissier est tué d'une balle dans la nuque. Vers 16 heures 30, le tir décroît progressivement du côté des dissidents qui commencent à se

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retirer par petits groupes en apercevant, dans le lointain, la poussière soulevée par le détachement de Mokhazenis du capitaine Sus bielle lancé au secours de la Légion. A 17 heures 20, le feu cesse complètement des deux côtés. La lutte a duré 7 heures 40. Le capitaine Vauchez meurt quelques heures plus tard, après avoir reçu des mains d'un de ses camarades la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur. Un petit monument fut élevé sur l'emplacement du combat et les légionnaires ont gravé sur la tombe de leurs camarades: «( Ici, ont t'ombattu pendant 8 heures contre des dissidents marocains, 113 légionnaires de la 2ZlJlc Compagnie montée du jlJlc Régiment étranger. Deux officiers, le capitaine Vauchez et le lieutenant Selchauhansen, atteints mortellement, 34 tués et 47 blessés, sont le témoignagede leur exemplaire et héroïque conduite. )) Les suites d'El Moungar et l'arrivée du colonel Lyautey.

L'affaire d'El Moungar provoqua une violente réaction de l'opinion publique en France. L'« Illustration» du 12 septembre 1903, après avoir, dans un long article, traité des conditions précaires de notre entreprise en mettant l'accent sur le petit nombre de postes et sur les aléas des convois de ravitaillement, concluait ainsi: (( Indépendamment de ces mesures de précaution, des mesures de répression s'imposent et les Berabers doivent être châtiés d'importance pour leur ôter l'envie de ret'ommencerleurs attaques. A t'es tribus marocainesfanatiques, il est devenu nécessaired'infliger un châtiment tel qu'elles soient t'alméespour longtemps. Elles fuiront devant nos colonnes, c'est évident. Mais leurs villages et leurs palmeraies restent, et, c'est là que peut s'exercer le châtiment. Aïn Chair est un centre très important, de même Kenadza et Béchar. La vallée de l'Oued Cuir estfertile et t'ontient les meilleurs pâturages des Doui-Menia et des Berabers. Sion le veut bien, il sera facile d'amener tous ces brigands à merci. Mais de grâce, qu'on soit énergiqueune bonnefOis si l'on veut avoir la paix )).

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C'était l'opinion publique et aussi celle des soldats qui chaque jour risquaient de voir fondre un rezzou comme celui qui avait opéré à El Moungar ; celui-ci son coup fait se retirait tranquillement à l'abri des ordres donnés par notre propre gouvernement. Malheureusement, les dissensions entre les ministères et, déjà, la précarité des gouvernements acculaient ceux-ci à une politique de faiblesse ou pour le moins de timidité. Pendant que le ministère des affaires étrangères tentait de négocier avec des interlocuteurs peutêtre « officiels », mais sans pouvoir réel, tout en s'efforçant de ne mécontenter aucune puissance étrangère, il était interdit au ministre de la guerre d'entreprendre quoi que ce soit qui pût gêner ces négociations interminables et vaines. La situation devenait critique. Le ministère de la guerre, sur la recommandation de Monsieur Jonnart, gouverneur de l'Algérie, celui-là même qui avait été l'objet de l'attaque du col de Zennaga près de Figuig, décida de nommer le colonel Lyautey, alors en demi disgrâce à Alençon, au poste de commandement de la subdivision d'Aïn-Sefra. A défaut d'une doctrine, d'une idée, on envoyait un homme. Mais un homme qui, imbibé de la doctrine de Galliéni, dont il avait été l'adjoint, celle de la «tâche d'huile» qui avait fait merveille à Madagascar, ne manquait certes pas d'idées. De plus, le gouverneur général Jonnart était loin d'être un faible. Diplomate avisé, il allait soutenir le colonel et très bientôt général Lyautey, lui permettant de jouer ses atouts, le couvrant aux heures difficiles, opposant à la politique du jour celle de l'inertie pour faire passer les décisions qui n'avaient pas l'air de plaire sur le moment en haut lieu, mais qui, par la suite, se révéleraient les seules bonnes. A peine avait-il pris possession de son poste, que, délaissant la paperasserie habituelle aux bureaux d'état-major de ce temps-là, le général Lyautey visite son nouveau

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domaine. Il fait le tour des ksars de Figuig, inspecte chacun des postes et note dans une de ses lettres8 : «( Ce matin, chevauchée à l'aube pour venir voir ici les blessés d'El
Moungar. Ils étaient là, à l'entrée du poste, et lefoumoer Tisserand et le

caporal Detz et tous les autres, dontJO'aiserré la main, un à un, pour réunir ensuite les 40 survivants et leur ai dit ce que nous sentons tous.)) Et, plus loin: «(Il en est de même à chaque poste que Je visite oùJe retrouve mes vieux légionnaires. Et, vous ne sauriez sentir comme c'est bon de lire dans lesyeux de ces braves qu'ils m'ont donné
depuis longtemps leur confiance et qu'ils ont l'air de me dire: allons, ça

marcherd )). Et, ça marche! Dès le 12 novembre 1903, une colonne aux ordres du commandant Pierron, qui comprend la 2èmecompagnie et er arrive aux la 3ème compagnie montée du 1 Etranger, environs de Béchar. Elle s'arrête sur le plateau qui domine la palmeraie et entreprend la construction d'un poste. On n'occupe pas Béchar, car c'est interdit en haut lieu, quoique ce point soit en territoire français. On occupe Tagda qui deviendra plus tard «Colomb », en souvenir d'un officier français qui a été tué à cet endroit quelques années auparavant. Mais du moins, le résultat est acquis, le foyer de contagion continuel est contrôlé et, de ce poste, nos compagnies montées pourront rayonner, instrument capital de la pacification, qui, peu à peu, ramèneront l'ordre et la prospérité. Le poste créé, il faut le faire vivre, le relier aux ère régions déjà organisées. C'est la 1 Compagnie Montée du er 1 Etranger qui, dès le 17 janvier 1904, quitte Ben Zireg pour tracer la piste vers Tagda et fonder le poste de Bou Aïech qui devait protéger le nouvel itinéraire. Les reconnaissances se multiplient, reliant les
8 Citation de « Képi Blanc »0

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nouveaux postes aux anciens, étudiant les passages, prenant contact avec les ksars du nord, ébauchant les relevés topographiques. En quelques mois, la menace venant de l'ouest est pratiquement conjurée. ème Reste le nord. Dès le 19 février 1904, la 21 er Etranger, venant de Méchéria, Compagnie Montée du 1 fonde le poste de Forthassa-Gharbia. Lors d'une reconnaissance de l'endroit, dans la nuit du 2 au 3 février, elle a été assailie par une telle tempête de neige qu'elle a du rebrousser chemin sur Aïn-ben-KeliL Le capitaine Met10, le légendaire pacificateur de Madagascar, qui la commande, a heureusement su prendre à temps ses dispositions, évitant er ainsi de subir le sort que devait connaître, dans la nuit du 1 er au 2 février 1908, la 20ème Compagnie Montée du 1 ll E tranger. Le général Lyautey est venu lui-même reconnaître le lieu d'implantation de ce nouveau poste. Car, pour lui, ce n'est qu'un premier jalon. Quand sa construction sera en bonne voie, quand la piste qui le relie à Aïn Sefra sera tracée, quand les alentours auront été dûment reconnus, il compte bien pousser vers le nord-ouest, là où précisément l'agitateur Bou Amama, joint au «Prétendant» qui vient de se faire expulser d'Oujda par les troupes du Sultan, opprime les tribus paisibles et menace constamment la sécurité des troupes. Mois après mois, c'est chose faite. Le 15 juin 1904, un poste est créé au-delà du Chott Gharbi par une colonne où la compagnie du capitaine Met joue le plus grand rôle, en raison même de sa mobilité. Pour ne pas s'attirer les foudres ministérielles, quoique la frontière n'eût pas été dépassée, le nouveau poste est nommé «Berguent ». Comme Colomb surveille Béchar,
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Le capitaine Met sera blessé lors du combat de Sidi Belkacem le 4 juin 1914 et devra être amputé d'une jambe. Il Récit de cet événement repris dans ce chapitre, page 39, sous le titre «La tragédie de FORTHASSA».

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tient Ras-el-AIn. Le 16 juin 1904, on note dans le journal de marche de la compagnie montée: (( Ras-el-Ain apparaît comme un point d'avenir, t!yant tout ce qu'i(faut pour donner naissance à une ville. Ce formidable témoignage de la vocation des légionnaires, bâtisseurs et civilisateurs, trouve sa conclusion, douze jours après, dans ce passage extrait du même document à la date du 18 juin : (( Continuation des travaux. Un deuxième four à pain est monté. Au Jardin, on fait les premiers semzs )). Pendant ce temps, le général Lyautey se débrouille pour expliquer au ministre que le nouveau poste est à Berguent, nom qu'on ne pourra pas situer sur la carte et qu'il n'est absolument pas question d'occuper Ras-el-AIn. Soutenu par le gouverneur général, il refuse d'évacuer, menace de donner sa démission, tempête, réclame, boude.... et reste à Berguent ! C'est qu'il a engagé sa parole auprès des populations venues nombreuses (on compte plus de cinq cents tentes) se grouper à l'abri du nouveau poste et qu'il ne veut pas exposer celles-ci à des représailles en évacuant la région pour satisfaire des gens qui, de loin, ont peur. De ce nouveau jalon de la civilisation, solidement planté à la «frontière fantôme », partent de nouvelles ème reconnaissances que la 21 Compagnie Montée mène inlassablement. Les 9 et 19 août 1904, elle rencontre les hordes de Bou Amama, qui après avoir harcelé la petite colonne sans lui causer de pertes, s'enfuient sans demander leur reste devant la riposte aussi vive qu'efficace. La frontière est désormais suffisamment tenue pour empêcher toute incursion rebelle. Sans phrases, sans pertes, par la persuasion et la diplomatie, les rebelles autant que le gouvernement n'ont plus qu'à constater le fait accompli. Pendant un an, on organise, on gère, on pacifie le
pays. Et les progrès sont tels que Monsieur

Berguent

Jonnart

peut

écrire au général Lyautey le 5 septembre 1905 : (( Vous avez en deux ans restauré notre prestige sur la frontière marocaine )). Un

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