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L'Humanitaire (1841)

De
250 pages
Depuis l'échec de Blanqui et de Barbès en 1839, la révolution, impuissante dans la rue, a surgi dans la presse. En juillet 1841 paraît L'Humanitaire, un journal qu'on prétend communiste mais qui est aussitôt condamné par tous les périodiques communistes. Franchement matérialiste et même anarchiste, ce journal est assurément un témoin original de la formation d'idéologies radicales, sous la Monarchie de Juillet.
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Historiques Jean-Michel Paris
série Travaux
L’HUMANITAIRE (1841) Naissance d’une presse anarchiste ?
Historiques Travaux
L’Humanitaire (1841)
Historiques Dirigée par Bruno Péquignot et Denis Rolland La collection «Historiques »a pour vocation de présenter les recherches les plus récentes en sciences historiques. La collection est ouverte à la diversité des thèmes d'étude et des périodes historiques. Elle comprend trois séries: la première s’intitulant «travaux » est ouverte aux études respectant une démarche scientifique (l’accent est particulièrement mis sur la recherche universitaire) tandis que la deuxième intitulée « sources » a pour objectif d’éditer des témoignages de contemporains relatifs à des événements d’ampleur historique ou de publier tout texte dont la diffusion enrichira le corpus documentaire de l’historien ; enfin, la troisième, « essais », accueille des textes ayant une forte dimension historique sans pour autant relever d’une démarche académique. Série Travaux Sébastien ÉVRARD,L’or de Napoléon. Sa stratégie patrimoniale (1806-1814), 2014. Eva PATZELT,Un haut fonctionnaire est-allemand aux prises avec l'intelligentsia (1963-1989), 2014. Edouard BARATON,De Gaulle ou l’hypothèque française sur le Canada, 2013. Anne METENIER,! La résistance desLiberté pour les Noirs Africains-Américains à la ségrégation et à l’esclavage (1619-1865), 2013. Emma LOWNDES,Récits de femmes pendant la guerre franco-prussienne (1870-1871),2013. Lise Brossard-Gabastou,Auguste Salzmann (1824-1872), Pionnier de la photographie et de l’archéologie au Proche-Orient, 2013. Michel FERLET,Les testaments des rois français, L’art de transmettre le pouvoir, 2013.Jean-Yves CHAUVET,L’usage des maisons lorraines. Familles et e e maisons paysannes de la fin duXVIIau milieu duXXsiècle, 2013.André POLARD,Ecrire l’histoire de l’épilepsie, 2012. Claude COHEN-MATLOFSKY,Flavius Josèphe. Les ambitions d’un homme, 2012.
Jean-Michel Paris L’Humanitaire (1841)
Naissance d’une presse anarchiste ?
© L'HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02520-9 EAN : 9782343025209
AVANT-PROPOS
Il me semble impossible de traiter de la genèse du communisme sans d’abord en comprendre les conditions d’émergence dans le mouvement des années 1840. Michèle Riot-Sarcey Cahiers d’Histoire n°77.
Juillet 1841, juste un an après le premier banquet communiste de Belleville, paraissait L’Humanitaire, journal communiste qui fut aussitôt condamné par d’autres périodiques communistes -Le Populaire d’Etienne Cabet et La Fraternité de Richard Lahautière - puis par l’ensemble de la presse. Alors que l’opinion bourgeoise exprimait chaque jour sa terreur des complots communistes, des insensés, ouvriers exaltés sans aucun doute, osaient demanderl’abolition de la propriété, du mariage, de la famille, la destruction des villes et la négation de 1 la divinité. Mais quelle folie ! Voulaient-ils fairetable rase de toutes les institutions les plus saintes pour ramener l’homme à l’état de primitive nature? On fit donc taire ces barbares.
Franchement matérialiste et même anarchiste, ce journal quifit 2 scandale par l’audace de ses doctrines, est assurément un témoin original de la formation d’idéologies radicales, sous la Monarchie de Juillet.
1 Gazette des tribunauxdu 11 novembre 1841. 2 Dictionnaire universel du XIXe sièclede P. Larousse. 7
Sa parution, en juillet puis août 1841, a déjà été évoquée par 3 45 Georges Sencier , Maurice Dommanget , Jacques Grandjonc, 6 7 Alain Maillard , ou Max Nettlauqui le considérait commele premier organe communiste libertaire et l’unique en France pour quarante ans encore, mais les acteurs de cette aventure scandaleuse ont été peu étudiés. Or, si pour certains auteurs, la place de ce journalest de premier ordre dans le mouvement 8 révolutionnaireque pouvons-nous comprendre aujourd’hui de la condamnation quasiment unanime d’un mensuel dont les moyens étaient très limités, ou de cette obsessionnelle hostilité de Cabet, grand maître autoproclamé des communistes, et de Lahautière, qui ont bien été les premiers à dénoncerles interprétations antinaturelles, antisociales et monstrueuses que 9 le journal l’Humanitaire donne de la doctrine communiste? Leur agressivité, bien avant les condamnations de la cohorte policière et judiciaire, n’était-elle pas excessive, et ne mérite-t-elle pas enfin qu’on en examine les sources, et l’expression ? Pourquoi une prise de parole d’ouvriers inconnus a-t-elle autant bousculé les mentalités, sept ans avant la révolution de 1848 ? Nous ne sommes pas convaincus que les arguments des uns, et des autres, suffisent à notre compréhension. C’est pourquoi l’objet de cet essai est avant tout de produire d’autres connaissances, plus précises, des différents protagonistes qui ont conçu, soutenu ou combattu cette étrange publication. Les sources documentaires sont nombreuses, mais aussi très fragmentées, d’où parfois des informations approximatives qui appauvrissent ou faussent l’analyse. Ainsi Gabriel Charavay, gérant de L’Humanitaire, est souvent présenté comme libraire, 3 G. Sencier,Le babouvisme après Babeuf. 4 M. Dommanget,Auguste Blanqui et la révolution de 1848,Paris 1972. Lire aussi SylvainMaréchal l’égalitaire(1950),Blanqui à Belle-Ile, Auguste (1934). 5 J. Grandjonc,Communisme/ Kommunismus/ Communism,Trier, Karl-Marx-Haus 1989. 6 A. Maillard,La communauté des égaux, (1999). 7 M. Nettlau,Histoire de l’anarchie,(1933). 8 M. Dommanget écrit : «l’Humanitaire, journal éphémère mais dont la place est de premier ordre dans le mouvement révolutionnaire.» dans Auguste Blanqui et la révolution de 1848,page 213. 9 La Fraternité, n° d’août 1841.
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10 voire éditeur par Armand Cuvillier, en 1956, qui ne perçoit pas l’amalgame douteux deL’Atelierle classait parmi les qui bourgeois en mal d’utopies sociales, avec l’ancien procureur général Cabet, ou l’avocat Lahautière. Charavay n’est à cette époque ni Rouanet, ni France, et Cabet a bien raison de parler à son sujet delibraire en chambre. Ouvrier bonnetier, comme son père et son frère aîné Jean, c’est un autodidacte qui semble avoir fui à Paris, depuis quatre ans, l’appel de la conscription. Leur père certes, depuis 1833, est devenu bouquiniste à Lyon, et cette famille a montré une authentique passion pour les autographes de la Révolution, mais, après avoir publié pendant deux mois L’Humanitaire, Charavay n’est en septembre 1841 qu’un commis de librairie, un journaliste débutant, provincial de 23 ans,complètement inconnu et sans influence à Paris, c'est-à-dire personne.
La diversité des feuilles communistes, autour de 1840, est probablement l’expression d’une grande variété d’expériences et de personnalités. Avant d’examiner L’Humanitaire et de le questionner, de le confronter aux autres journaux de l’époque, nous rappellerons d’abord les événements rapportés par la police, la presse ou des témoins tels que Dézamy, De La Hodde, Cabet, Chenu, Bouton. Contrairement au philosophe Marx, leur contemporain né dans un milieu cultivé, rédacteurs et abonnés sont tous des gens modestes, d’origines, de situations modestes. Artisans, ouvriers ou boutiquiers du vieux Paris, mais aussi des libres penseursdont l’ambition servait une aspiration collective : développer les principes de la science sociale. Leur style 11 n’était pas aussifortement muscléque celui de Proudhon, d’ailleurs souhaitaient-ils choquer ? Dans cette affaire environ vingt hommes sont inquiétés. Arrivés dans le vieux Paris, depuis quelques mois, quelques années parfois. Des déracinés. Deux générations.
« De la révolution de juillet, disait Cormenin en 1832,est née la souveraineté du peuple, et de la souveraineté du peuple, le 10 A. Cuvillier,Hommes et idéologies de 1840,page 130, Paris (1956). 11 Lettre de Marx à Schweitzer du 24 janvier 1865.Editions sociales (1977).
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