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Le duel économique franco-allemand

De
304 pages
Les relations économiques franco-allemandes n'ont rien d'un long fleuve tranquille. Relativement équilibrées jusqu'à la chute du Mur, elles n'ont pas résisté à la forte ascension multisectorielle de l'économie allemande, une fois parachevée la réhabilitation de l'ex-RDA. Les relations sont demeurées pourtant cordiales au niveau des deux Etats, car ils doivent gérer en commun un bien inestimable, l'euro, dont ils ont su profiter tous deux, pour des raisons strictement différentes.
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eanpierree octeur d’État es Scienceséconomiques (Paris  iplôméEP et ESE Exhargéde ission à la ommission des omptes ommerciaux de la Nation Ex chargéde cours à l’Universitéde ergyPontoise Exhef de projetséconomiques pour des Organisations internationales et différentsÉtats européens Président énéral européen non exécutif de l’ON E
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©’armattan,  l’ÉcolePolytechnique ;
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httpwww.librairieharmattan.com diffusion.harmattanwanadoo.fr harmattanwanadoo.fr
SBN  97965756 EAN  97965756
Paris
« Wir Deutschen haben alle Ressourcen und Möglichkeiten, wir haben bewiesen, dass wir leistungsfähig sind und verlieren uns doch vor allem in einem Lamento und Klein-klein, dass ich nachvollziehen kann. » (Helmut Kohl/ Bild Interview)
« Nous autres Allemands sommes dotés de toutes les ressources et de tous les moyens, et avons prouvé que nous sommes efficaces, et pourtant nous allons à notre perte en nous laissant envahir par des plaintes et des petites choses, auxquelles je ne saurais souscrire. » (Helmut Kohl/ Interview du journal Bild)
PROLOGUE
D’UNE ALLEMAGNE A UNE AUTRE :
TÉMOIGNAGE SUR LA LENTE ÉMERGENCE
NOUVELLE
NATION
D’UNE
En ce jour du 14 juillet 2010, fête nationale française, je me trouvais à bord d’un avion des lignes intérieures d’AIR BERLIN et j’ai eu alors l’occasion de découvrir, par hasard, l’éditorial mensuel de la revue de cette compagnie, dans lequel son CEO, Joachin Hunold, magnifiait dans des termes élogieux et enthousiastes, un certain aspect de la supériorité retrouvée du peuple allemand, que certains, peut-être avec exagération, auraient pu assimiler à une pseudo renaissance de nationalisme, comme l’Allemagne en a connu à plusieurs périodes de son histoire. Qu’y lisait-on au juste? Le CEO y rappelait la célèbre phrase de l’ex-Chancelier Helmut Kohl, mise en exergue au début de ce livre, prononcée lors d’une grande interview en pleine fièvre de la réunification allemande. Il y rappelait aussi cette citation d’un autre grand Chancelier, Konrad Adenauer, qui soulignait aussi « qu’il fallait prendre les hommes tels qu’ils sont, car il n’y en avait pas d’autres ». Cependant, dans le contexte de l’éditorial, le CEO semblait s’adresser à la clientèle allemande de la compagnie, et de façon plus large, au peuple allemand. En effet, au milieu de l’éditorial, surligné, et en caractères gras, un tronçon isolé de cette citation : « il n’y a pas d’autre peuple semblable ». C’est vraisemblablement, en l’absence d’un contexte plus explicite, au peuple allemand que pensait Joachin Hunold. Bien qu’une telle assertion puisse choquer des profanes étrangers, il faut reconnaître qu’il n’avait pas totalement tort. Le peuple allemand est, à maints égards, spécifique, doté de grandes qualités, que ne peuvent apprécier que ceux qui l’ont longuement côtoyé. Si doute il y avait sur la finalité de l’article, la fin de l’éditorial était encore plus explicite. On pouvait y lire que « selon toutes apparences l’Allemagne a surmonté mieux que beaucoup d’autres pays, la crise financière internationale, ce qui, statistiquement parlant, est vrai en matière de croissance et de chômage. » Lues hors de leur contexte, surtout à l’extérieur du pays, de telles affirmations symbolisent sans aucun doute un certain regain de fierté nationale. J’en avais été témoin depuis des années. Déjà, en pleine période du Mondial de football 2010, on pouvait voir dans toute l’Allemagne de nombreuses voitures circuler sur l’espace public, en arborant le drapeau du pays, parfois même plusieurs, ce qui témoignait d’un fort attachement envers la nation retrouvée. Il est vrai que cette exubérance de nationalisme était strictement réglementée et n’était légalement autorisée que pour la courte période de la compétition footballistique, période pendant laquelle la jeune ‘’Mannschaft’’, a par ailleurs, dans une première étape tout du moins, volé de succès en succès. J’avais observé le même phénomène lors des championnats d’Europe de football précédent, ainsi que lors de la précédente Coupe du Monde qui se tenait, elle, en Allemagne. Mais à chaque manifestation, j’ai pu observer, au fil du temps, une montée en puissance du phénomène : près d’une voiture sur trois déjà arborait un ou plusieurs drapeaux allemands en juillet 2010 à Hambourg et à Francfort. C’était un signe fort. 9
La fierté légitime de l’unité retrouvée s’est en fait transformée, dès 1990, en une autre fierté, celle des performances économiques, notamment celle du mark allemand qui, jusqu’à l’avènement de l’euro, avait régné en maître absolu sur l’Europe, en devenant même une monnaie de référence. Il y a eu incontestablement un lien entre l’acte politique que fut la réunification du pays et les performances économiques, en raison de l’extension du marché intérieur rendu possible par cette réunification. Les médias allemands ont fortement contribué aussi à cette résurgence de fierté nationale, en contribuant à s’affranchir des souvenirs morbides du passé, en se tournant résolument vers l’avenir, en renouant avec les racines du pays. Avec la chute du Mur, s’est profilé le visage irrésistible d’une nouvelle Allemagne. Les remords, les regrets, les complexes qui s’étaient accumulés pendant près de quarante-cinq années se sont lentement évanouis. Ils ont laissé place à une confiance nouvelle, que la plupart de ses voisins ont saluée. Seul le Royaume-Uni a, par intérêt ou conviction, tenu à se distancer de ce processus. On se souvient des objections virulentes de Margaret Thatcher et de son aversion historique envers l’ex-Chancelier Helmut Kohl. Bien qu’aujourd’hui silencieux sur ce thème, le peuple anglais n’en pense pas autrement. La France de François Mitterrand, financièrement affaiblie, ne pouvait qu’accompagner ce mouvement de l’Histoire, et, malgré certaines hésitations, elle a fini par y adhérer. Pourtant, quelle évolution et quel long chemin parcouru depuis plus de quarante années, si je m’en réfère à tous mes souvenirs et à ces expériences retirées accumulés au cours d’une centaine de séjours, de voyages professionnels et personnels de courte ou de longue durée en Allemagne, ou plutôt dans les diverses Allemagnes qui se sont succédées historiquement! Mes premiers contacts avec ce pays remontent aux années 1965. Déjà, à cette époque l’OFAJ (Office franco-allemand pour la Jeunesse) fonctionnait à plein régime en offrant de multiples possibilités de rencontres entre les jeunes des deux pays, des stages culturels, des ateliers d’apprentissage de langues, des rencontres thématiques (‘’treffs’’). C’est là que j’ai fait mes premiers pas dans la connaissance de la langue allemande, en m’inscrivant chaque année à des ateliers. L’Allemagne y offrait un des meilleurs visages de la démocratie imaginable en Europe, celui d’une démocratie authentique qu’elle avait construite avec ardeur, sous l’impulsion historique de l’ex-Chancelier Konrad Adenauer. Les jeunes Allemands qu’on pouvait rencontrer dans cette association étaient non seulement d’authentiques démocrates, mais aussi de véritables citoyens de la nouvelle Europe, convaincus, opiniâtres et généreux. Certes, la volonté de se soustraire à un passé douloureux et oppressant les poussait à dessiner l’esquisse d’une nouvelle communauté d’hommes, une nouvelle Europe qu’ils appelaient de leurs vœux. La générosité de leur 10