Les rébellions touarègues au Nord Mali

De
Publié par

Les Touaregs du Mali n'ont de cesse de revendiquer leurs spécificités territoriales, ethniques, culturelles ou religieuses, mais cela ne suffit pas à expliquer les difficultés rencontrées par le pouvoir en place à Bamako pour maintenir la stabilité. L'auteur appréhende cette réalité avec un regard neutre, fondé sur une approche historique et méthodique. L'observation historique rejoint l'actualité et permet de saisir toutes les dimensions, au-delà de la question touarègue, des mouvements séparatistes ou rebelles, et de leur dérive "djihadiste".
Publié le : mardi 1 mars 2016
Lecture(s) : 1 988
EAN13 : 9782140003769
Nombre de pages : 180
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

EtudesLes rébellions touarègues africainesau Nord-Mali Série Politique
Entre idées reçues et réalités
De Bamako à Taoudéni, au nord du Sahel, la réalité malienne reste complexe pour
un Occidental. Avec une superfi cie de plus du double de celle de la France, le
Mali abrite des populations et ethnies variées : Bambara, Dogons, Peuls, Songhaï,
Touaregs…
Mais, si parmi elles, les Touaregs n’ont de cesse de revendiquer leurs
spécifi cités territoriales, ethniques, culturelles ou religieuses, cela ne suffi t pas à Clotilde Barbet
expliquer aujourd’hui les diffi cultés rencontrées par le pouvoir en place à Bamako
pour maintenir la stabilité.
Les récents événements de la capitale malienne montrent, s’il en était besoin,
combien une lecture attentive de l’histoire de ce pays est nécessaire, à qui veut se
donner la peine de comprendre la situation du Mali. Les rébellions
Appréhender cette réalité avec un regard neutre, fondé sur une approche
historique et méthodique, en évitant les partis pris est donc fondamental. C’est
pourquoi, contrairement à une vision allégorique de l’Afrique noire, du Sahel, touarègues
et notamment de la région septentrionale du Mali, parfois diffusée par les médias
occidentaux, l’auteure impose au fi l du texte une lecture plus prosaïque et
inquiétante des faits. au Nord-Mali
L’observation historique rejoint ainsi l’actualité et permet dès lors de saisir
toutes les dimensions, au-delà de la question touarègue, des mouvements
séparatistes ou rebelles, et de leur dérive « djihadiste», et ce au détriment, non Entre idées reçues et réalités
seulement de l’État malien, mais aussi de la culture des peuples qui le composent
comme en atteste la tentative en 2012 de destruction des manuscrits islamiques
de Tombouctou.
Diplômée de l’École des Hautes Études Internationales à Paris, et
titulaire du Master d’Histoire, Sociétés et Territoires du Monde de
l’Inalco, où elle a étudié le bambara, Clotilde BARBET s’intéresse
au continent africain, et notamment au Sénégal et au Mali où elle se
rend régulièrement depuis plus de 15 ans.
Etudes africaines
Série Politique
ISBN : 978-2-343-08328-5
19 €
Les rébellions touarègues au Nord-Mali
Clotilde Barbet
Entre idées reçues et réalités










Les rébellions touarègues
au Nord-Mali



Collection « Études africaines »
dirigée par Denis Pryen et son équipe
Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection
« Études africaines » fait peau neuve. Elle présentera
toujours les essais généraux qui ont fait son succès, mais se
déclinera désormais également par séries thématiques : droit,
économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions

AMBOULOU (Hygin Didace), Le droit des investissements et l’analyse
économique de l’espace OHADA, 2016.
SOHI BLESSON (Florent), Sur les traces du premier administrateur
colonial du Haut-Cavally (Côte d’Ivoire), Laurent Charles Joseph
(18771915), 2016.
DAMIBA (François-Xavier), Les Moosé du Burkina Faso, 2016.
ADAMA (Hamadou) (dir), Patrimoine et sources de l’histoire du
NordCameroun, 2016.
TARCHIANI(Vieri) et TIEPOLO (Maurizio), Risque et adaptation
climatique dans la région Tillabéri, Niger. Pour renforcer les capacités
d’analyse et d’évaluation, 2016.
TAPOYO (Faviola), Les règles coutumières au Gabon. Parenté,
mariage, succession, 2016.
AMOUZOU (Esse), L’Afrique noire face à l’impératif de la réduction
des naissances, 2016
BRACK (Estelle), Les mutations du secteur bancaire et financier
africain, 2016
RIDDE (Valéry), KOUANDA (Seni), KOBIANE (Jean-François)
(éds.), Pratiques et méthodes d’évaluation en Afrique, 2016
NKERE (Ntanda Nkingi), Clitorisation de la fille Mushi : antithèse de
la Mutilation, Génitale Féminine, 2016
UWIZEYMANA (Emeline), Quand les inégalités de genre modèrent les
effets du micro-crédit, 2016.
MANKOU (Brice Arsène), ESSONO (Thomas), L’impact des TIC
dans les processus migratoires féminins en Afrique Centrale, Cas des
cybermigrantes maritales du Cameroun, 2016.
Clotilde BARBET






Les rébellions touarègues
au Nord-Mali

Entre idées reçues et réalités










































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-08328-5
EAN : 9782343083285

ACRONYMES
ACDI : Agence canadienne de développement international
ADC : Alliance démocratique du 23 mai pour le changement
ADEMA : Alliance pour la démocratie au Mali
AFD : Agence française de développement
AKDN : Aga Khan development network
ARLA : Armée révolutionnaire de libération de l’Azawad
ATNMC : Alliance des Touaregs du Nord-Mali pour le changement
CNID : Congrès national d’initiative démocratique
CTSP : Comité de transition pour le salut du peuple
FIAA : Front islamique arabe de l’Azawad
FIS : Front islamique du Salut
FLA : Front de libération de l’Azawad
FPA : Front populaire de l’Azawad
FPLA : Font populaire de Libération de l’Azawad
FULA : Front uni de libération de l’Azawad
GATIA : Groupe d’autodéfense des Touaregs Imghad et alliés
HCUA : Haut conseil pour l’unité de l’Azawad
IRCOM : Institut des relations publiques et de la communication
MAA : Mouvement arabe de l’Azawad
MIA : Mouvement islamique de l’Azawad
MINUSMA : Mission multidimensionnelle intégrée des nations unies
pour la stabilisation au Mali
MFUA : Mouvements et fronts unifiés de l’Azawad
MNLA : Mouvement national de libération de l’Azawad
MPA : Mouvement populaire de l’Azawad
MPLA : Mouvement populaire de libération de l’Azawad
MUJAO : Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique Occidentale
OAES : Organisation des états africains émergents
ODTE : Organisation de la Diaspora des Touaregs en Europe
PNUD : Programme des nations unies pour le développement
PAM : Programme alimentaire mondial
8
INTRODUCTION
Malgré d’énormes efforts accomplis ces trente
dernières années, notamment en matière d’intégration
régionale, de nombreux foyers de conflits subsistent en
Afrique. Le Mali, que l’on définissait comme le modèle
démocratique de la zone ouest africaine, n’échappe pas à
cette règle puisqu’il est devenu une menace réelle et une
source d’instabilité dans la région sahélienne, à la suite
d’un coup d’Etat militaire survenu le 22 mars 2012. Des
rebelles Touaregs ont alors exploité la confusion née de
cette situation, et se sont soulevés dans le nord du pays, et
ce pour la quatrième fois depuis l’indépendance du Mali.
Mais bien avant l’Indépendance (car il est faux de
croire que tout a commencé en 1960), lorsqu’ils parlaient
des nombreux conflits entre les tribus touarègues et de la
façon dont le gouvernement français entendait administrer
ces hommes, les militaires présents dans le nord du Mali
(Soudan français à l’époque) évoquaient « des bombes à
1retardement ». Ils savaient combien les « hommes
2bleus » étaient difficiles à maîtriser et que ceux-ci ne

1 Boilley, P., « Les racines de la révolte touarègue dans le Nord du
Mali », émission de radio La voie des peuples d’Afrique, animée par
Eugénie Diechy, diffusée le 15 février 2012,
URL : http://www.youtube.com/watch?y=OLjcTOAslIc
2 Ainsi nommés en raison de la « gandoura », sorte de grande cape
qu’ils portent pour se protéger du sable, et du turban dont ils se

cesseraient jamais de se rebeller. L’histoire leur a donné
raison car, même si de nombreux accords de paix et
3conventions ont été signés jusqu’à récemment, en 2013 ,
aucun gouvernement n’est vraiment parvenu à assurer la
stabilité au Nord du pays, et l’actualité nous montre que
les Touaregs peuvent à tout moment s’élever contre le
pouvoir en place et déclencher des émeutes.

*

Depuis plusieurs années, les rébellions touarègues ne
cessent de ressurgir à intervalles régulier au nord du Mali.
Qui en sont les auteurs et pourquoi ces hommes se
soulèvent-ils ? Selon leurs dires, l’Etat malien aurait délaissé les
trois régions du nord, d’où l’absence d’un développement
économique de celles-ci, et n’aurait pas respecté les termes
des accords de paix signés auparavant avec eux. Ces
raisons invoquées sont-elles toutes justifiées ? Enfin
comment expliquer qu’aujourd’hui le gouvernement ne
parvienne pas à mettre fin à cette nouvelle rébellion ?
Telles sont les questions auxquelles nous allons tenter de
répondre.
Avant d’étudier la rébellion proprement dite, il importe
de s’intéresser à l’identité même des rebelles. Qui sont ces
hommes qui se battent au Nord du Mali. Où vivent-ils et
comment vivent-ils ? Les rebelles sont-ils tous des
Touaregs et tous les Touaregs sont-ils rebelles ? Quelle est
leur tribu d’appartenance ? A quel milieu social
appartiennent-ils ? Partagent-ils tous la même idéologie, le
même désir de combattre ?

protègent la tête, le « ṯa ɣelmust » (prononcer taguelmoust), tous deux
teints avec de l’indigo.
3 Il s’agit de l’Accord de Tamanrasset (1991), le Pacte national (1992),
l’Accord d’Alger (2006), et l’Accord de Ouagadougou (2013).
10 Ensuite, plutôt que de reprendre les discours des
porteparoles des différents mouvements rebelles, et sur lesquels
s’appuie la majeur partie des journalistes occidentaux pour
expliquer les rébellions, nous vérifierons point par point
s’il est vrai, d’une part, que le gouvernement n’a pas
respecté les termes des accords de paix et si, d’autre part, rien
n’a effectivement été entrepris pour aider le nord du pays à
se développer. Partant de là, nous verrons si l’on peut
ef4fectivement parler d’extermination et de « génocide
programmé du peuple touareg », comme le dénoncent
certains Touaregs lors de manifestations, et notamment
Moussa Ag Assarid, porte-parole du MNLA.
Enfin, si désormais les Touaregs réussissent à maintenir
la lutte contre des forces armées étrangères bien équipées,
lesquelles sont venues prêter main forte aux soldats
maliens, c’est vraisemblablement parce qu’ils disposent de
moyens importants et de soutiens indéfectibles dont nous
tenterons de dresser brièvement la liste.
*
Lors de la rédaction de cette étude, bien qu’il existe
différentes écritures et transcriptions (tantôt arabe, tantôt
tamasheq), pour les noms des lieux et des hommes, nous
avons choisi l’orthographe française qui est consacrée par
un long usage, et actuellement repris dans la presse.
Les cartes et tableaux qui accompagnent notre travail
ont été soit empruntés à des sites officiels, soit réalisés par
nos soins grâce à un recoupement d’informations
(notamment le tableau relatif aux programmes socioéconomiques
et tous les tableaux figurants dans les annexes).

4 Ce terme a été utilisé en 1992 par Edgar Pisani lors d’une interview
réalisée par Jean-Claude Honnorat. Il était alors Président de l’Institut
du Monde Arabe à Paris et médiateur dans le conflit entre les
Touaregs et l’Etat malien.
11 *
Afin de comprendre qui sont les auteurs des rébellions
touarègues au Mali, nous étudierons dans un premier
temps quel est le territoire que ces derniers occupent car
« l’étude complète de toute société humaine est
insépa5rable de celle du milieu habité », et nous verrons
comment la société touarègue se structure, et quels sont
parmi ces hommes ceux qui ont décidé d’entrer en
rébellion.
En nous basant sur les communiqués de presse des
porte-paroles des mouvements rebelles, et en analysant les
différents accords de paix conclus avec les gouvernements
successifs, nous verrons ensuite quelles sont leurs
revendications, et nous essaierons de comprendre ce qui fait la
force de ces mouvements, en recensant leurs moyens
d’action et les soutiens dont ils disposent pour mener à
bien leur combat.
Enfin, nous tenterons de comprendre pourquoi, malgré
différentes mesures engagées par l’Etat, celui-ci ne
parvient pas à mettre fin aux rébellions.

5 Duveyrier, H., Exploration du Sahara : les Touaregs du nord,
Challamel Ainé, Paris, 1864,
URL : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k104859w
12

PREMIÈRE PARTIE

Du territoire où ont lieu les rébellions,
des rebelles et de leur organisation

CHAPITRE PREMIER

Le nord du Mali : un territoire difficile,
quoique très convoité
1. De l’étendue du territoire et des obstacles à
l’exercice de son contrôle
C’est dans l’extrême nord du Mali, une région divisée en
trois régions économiques et administratives dont les
6principales villes sont Tombouctou, Gao et Kidal que,
depuis plus d’un siècle, ont lieu chaque rébellion touarègue ;
un territoire dont l’immense surface (827 000 km², soit les
2/3 du territoire national) n’abrite qu’un million trois-cent
mille habitants, selon le dernier recensement de 2010,
c’est7à-dire à peine 8,6 % de la population totale du Mali . La
densité y est donc très faible (de 3 à 5 habitants au km²).
Toutefois, ces chiffres ne sont qu’une estimation car dans
8cette région que les Touaregs appellent « Azawad » , il est

6 Cf. Loi n° 99-035 du 10 août 1999 portant création des collectivités
territoriales de cercles et de régions.
7 Contre 11,5 % en 1990 et 17 % en 1960 (source OCDE)
8 Ce terme, employé par les seuls Touaregs pour désigner la région du
Nord-Mali, dérive du mot tamasheq « Azawagh » (ⴰⵣⴰ ⵓ ⴷ ). Il ne
signifie rien d’autre que « terre de pâturage » et ne revêt aucun
caractère administratif ni politique, bien que depuis 1991 le
gouvernement malien ait accepté de le voir figurer dans tous les
accords de paix. Par ailleurs, les autres populations habitant le Nord,
nomment cette région autrement : Gourma, Haoussa et Dendi.
difficile de recenser la population, certaines familles
pratiquant encore le nomadisme et franchissant
régulièrement les frontières des pays riverains, la Mauritanie à
l’Ouest, l’Algérie au Nord, le Niger et le Burkina Faso à
l’Est, pour y entrainer leurs troupeaux dont ils font l’élevage,
ou pour y trouver un emploi.
Etendue sur environ 1200 km d’Est en Ouest et 1000 km
du Nord au Sud (de Tombouctou jusqu’à l’extrême Nord du
Mali), cette immense région par ailleurs totalement enclavée,
échappe entièrement, ou presque, à tout contrôle
administratif, militaire et douanier, notamment depuis que les
anciennes bases militaires françaises de la période coloniale
ont été démantelées, et tandis que la capitale demeure très
éloignée des principales villes (Tombouctou étant située à
947 km de Bamako, soit 11 heures de route, et Kidal à plus
de 1500 km). En outre, les infrastructures de transport, réseau
ferroviaire, réseau routier et aéroports, y sont quasi
inexistantes ou insuffisamment exploitées, voire non
fonctionnelles. Le chemin de fer transsaharien tel que
9 l’avaient imaginé les Français lors de la colonisation n’est
resté qu’à l’état de projet, les Touaregs s’étant toujours
farouchement opposés à sa construction. Quant aux routes
bitumées ou en cours de bitumage, il n’en existe que trois,
lesquelles sont situées uniquement dans la région sahélienne
plus au sud ; les autres voies d’accès, notamment vers
l’extrême nord du pays, n’étant que d’anciennes pistes
caravanières en sable et latérite, il demeure difficile de les
emprunter autrement qu’à pied, accompagné de dromadaires,
ou avec des véhicules adaptés (4 X 4).

9 Duponchel, A., Le chemin de fer transsaharien. Jonction coloniale
entre l’Algérie et le Soudan. Études préliminaires du projet et rapport
de mission avec cartes générale et géologie, Montpellier, Boehm &
Fils, 1878,
URL : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040801/f3.image.
16 Certes, dès les années 1970, quelques aéroports ont été
implantés dans cette région du Mali, mais en dehors des deux
aéroports internationaux de Tombouctou et Gao qui
permettaient il y a quelque temps encore de désenclaver le
10nord du pays , aucune autre ville (Tessalit, Kidal ou
Taoudeni) disposant pourtant d’une piste capable d’accueillir
de gros porteurs du type « Transall », ne bénéficie de liaison
régulière avec Bamako, et celles-ci ne sont d’ailleurs
exploitées qu’à des fin militaires ou bien sont utilisées par de
simples vols civils privés.
11 Les 3 régions du Nord-Mali avec routes, pistes et aéroports



Pistes
Routes bitumées

10 En 1995, suite à la signature des accords de paix avec les Touaregs,
et afin de relancer l’économie dans le nord du pays, les autorités
maliennes ont sollicité Maurice Freund, un voyagiste français, pour les
aider à développer le tourisme dans la région. Ce dernier, après avoir
lié des liens étroits avec les chefs Touaregs et leurs guides, et s’étant
assuré que les touristes ne courraient aucun danger en se rendant dans
le nord du Mali, avait réussi grâce à sa coopérative « Point Afrique »,
à affréter chaque semaine un vol reliant directement la France à Gao.
11 Carte extraite du guide du routard 2014 (Hachette) et complétée par nos
soins pour les aéroports, d’après les informations du site officiel de
l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à
Madagascar (Asecna).
17

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.