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(Nos) Néo-nazis et ultras-droites

De
530 pages
Nous sommes bien en France, en 2015. Et pourtant, les courants et individus se référant à l'idéologie nationale-socialiste sont toujours présents. Dans un autre registre, les groupes nationalistes foisonnent, malgré quelques dissolutions récentes. Toute la société française est traversée par ces mouvements de militants situés à la droite du Front National. Qui sont-ils? Que veulent-ils? Voici une enquête parmi les plus abouties sur une mouvance peu connue, menée par un spécialiste des extrêmes politiques.
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Jacques LECLERCQ(NOS) NÉO-NAZIS ET ULTRAS-DROITE
Nous sommes bien en France, en 2015. Et pourtant, les courants
et individus se référant à l’idéologie nationale-socialiste sont toujours
présents.
Dans un autre registre, les groupes nationalistes foisonnent, malgré (NOS) NÉO-NAZIS
quelques dissolutions récentes.
Nous les retrouvons aussi bien dans les stades que dans les concerts
de groupes radicaux, mais aussi dans nos provinces en tant que courants ET ULTRAS-DROITE
identitaires.
Toute la société française est traversée par ces mouvements de militants
situés à la droite du Front national.
Qui sont-ils ? Que veulent-ils ?
Voici une enquête parmi les plus abouties sur une mouvance peu
connue, menée par un spécialiste des extrêmes politiques.
Jacques LECLERCQ a déjà publié chez L’Harmattan :
- Dictionnaire de la mouvance droitiste et nationale de 1945 à nos jours, 2008.
- Droites conservatrices, nationales et ultra. Dictionnaire 2005-2010, 2010.
- De la droite décomplexée à la droite subversive. Dictionnaire 2010-2012, 2012.
- Ultras-gauches. Autonomes, émeutiers et insurrectionnels. 1968-2013, 2013.
ISBN : 978-2-343-06526-7
49e
Jacques LECLERCQ
(NOS) NÉO-NAZIS ET ULTRAS-DROITE













































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06526-7
EAN : 9782343065267

2







(NOS) NÉO-NAZIS
ET ULTRAS-DROITE
Jacques LECLERCQ







(NOS) NÉO-NAZIS
ET ULTRAS-DROITE



















DU MÊME AUTEUR
Chez L’Harmattan


- Dictionnaire de la mouvance droitiste et nationale de 1945 à nos jours, 2008.
- Droites conservatrices, nationales et ultra. Dictionnaire 2005-2010, 2010.
- De la droite décomplexée à la droite subversive. Dictionnaire 2010-2012, 2012.
- Ultras-gauches. Autonomes, émeutiers et insurrectionnels. 1968-2013, 2013.













Mes remerciements renouvelés à Éric,
pour son éternelle gentillesse et son professionnalisme affirmé.



INTRODUCTION
Si, du moins en France, peu de courants s’affirment ouvertement
néonazis, la tendance est à décomplexer l’environnement des droites radicalisées,
voire néo-fascistes. Et les groupes radicalisés de l’extrême droite ou
ultranationalistes n’hésitent plus à parler de leurs références en matière
d’idéologues, contribuant à rendre la frontière entre néo-nazis et
néofascistes plus poreuse. Ces groupes tendent à être prudents dans leur
communication externe qui est filtrée avec des termes volontairement peu
compréhensibles pour un large public et ce afin d’éviter une dissolution.
C’est pour cela que les néo-nazis s’activent plus sur le Net, avec des
hébergeurs étrangers, pour contourner les lois en vigueur contre le racisme, ce qui
leur permet de diffuser des textes faisant l’apologie du national-socialisme. Le
choix même du nom du groupe est révélateur, et l’on voit les mêmes noms
repris d’organisations d’extrême droite, voire collaborationnistes des années
trente ou quarante. Et les sigles ne sont pas non plus anodins, hérités pour
beaucoup des années de l’occupation allemande. Cela va même jusqu’à des
parodies de défilés d’autrefois, avec la résurgence des symboles identiques,
comme les logos, les uniformes, l’attirance pour les cortèges nocturnes à la
lueur des flambeaux. Hier comme aujourd’hui, c’est le règne du solennel, du
militaria, chaque groupuscule se jaugeant lors des manifestations pour figurer
dans le peloton de tête, avec un alignement parfait des troupes en lignes
droites tirées au cordeau, le spectaculaire l’emportant sur le domaine
idéologique. Pour ce dernier, le lecteur prendra connaissance des thèses émises, qui
ne sont pas des plus novatrices. Le mythe du guerrier, de la race supérieure,
la pratique des solstices et autres célébrations païennes : en fait, pas
grandchose de nouveau.
Si cette étude concerne la France, il faut savoir que les groupes néo-nazis
prospèrent sur la planète, en particulier en Europe et surtout en Europe de
l’Est, disposant de formations paramilitaires et ayant commis déjà des
assassinats de type raciste ou visant les Roms, voire les homosexuels. Et les USA
ont toujours leurs vieux fantômes provenant du Ku Klux Klan (KKK), avec de
nombreux attentats ou crimes commis par les suprémacistes. Ces tendances
suscitent des vocations soit en interne, d’une façon clandestine, soit en
externe où des exaltés se transforment en « loups solitaires » en vue de
commettre les carnages les plus meurtriers possibles, avec un mélange
d’idéologie et de tendances suicidaires, l’objectif étant qu’ils soient
immortalisés à jamais pour leurs actes de cruauté.
Nous passerons en revue la galaxie néo-nazie à travers ses diverses
composantes, et démontreront les liens qui existent avec des groupes qui se
veulent plus respectables.
Quant aux nationalistes, ils sont aussi présentés, sans se livrer à
l’amalgame, en démontrant qu’il existe parfois des liens entre eux et certains
militants ou courants encore plus à droite. Et, malgré des cris d’orfraie qui
seront lancés par ci et par là, on peut évoquer une même famille, avec ses
divergences et ses points de ralliement.























Abréviations :

NS : National-Socialiste, ou Nationaux Socialistes.
NR : Nationaliste-Révolutionnaire.
SO : Service d’Ordre.

Origine des illustrations :

Sites internet des groupes et revues concernés,
et collections particulières de l’auteur.

10 DÉFINITIONS ET REPÈRES
Collaboration
Ce terme recouvre l’action de certains Français qui soutiendront
l’occupant nazi durant la Seconde Guerre mondiale, c’est-à-dire entre 1940
et 1944.
On peut distinguer trois grands types de collaboration :
- Celle dite d’État, qui a été celle du régime de Vichy, du maréchal
Pétain. Elle a notamment coopéré avec les Allemands en livrant Juifs (76 000
déportés) et résistants, ou en montant des structures pour lutter contre la
Résistance (Milice française) et en se montrant bienveillant quant aux structures
qui combattront aux côtés ou dans la Waffen SS, comme la Légion des
Volontaires Français contre le bolchevisme (LVF).
- Les collaborationnistes, organisés dans des groupes et partis d’extrême
droite, fascistes ou carrément néo-nazis. C’est cette mouvance que nous
présenterons, tout en sachant qu’il y eu beaucoup d’actes de collaboration
individuels : on estime entre 3 et 5 millions de lettres anonymes de délation
transmises durant cette période aux autorités diverses ou aux occupants,
police et Gestapo en tête.
- Une collaboration technique et économique, souvent imposée par
l’occupant.
Historiquement, elle débuta par la célèbre poignée de main entre Hitler
et Pétain à Montoire-sur-le-Loir, le 24 octobre 1940. Le Maréchal confirma
son engagement au cours d’une allocution à la radio le 30 octobre, en
prononçant ces mots : « j’entre dans la voie de la collaboration ».
National-socialisme
En allemand, cela donne Nationalsozialismus. Il s’agit de l’idéologie
développée par le parti « nazi », par contraction, autrement dit du NSDAP, le
Parti national-socialiste des travailleurs allemands. Ce qui distingue le
nazisme du fascisme, c’est la prise en compte systématique de la race, avec
l’obsession de mettre la « race aryenne » au stade de la race suprême. Cette
théorie parlait beaucoup d’études biologiques, d’où la notion de « racisme
biologique » que reprendront d’ailleurs des courants d’extrême droite dans
les années 1960 et 1970. Il est tout à fait juste que le Troisième Reich était
fasciste, il saura s’inspirer de l’expérience italienne, mais avec ses spécificités :
il était autant raciste qu’antisémite et antimaçonnique. Et, non seulement il
diffusa une idéologie où les races sont hiérarchisées, mais où l’on parle de
sous-homme. N’oublions pas que les personnes handicapées ont été parmi les
premières à être internées dès 1933 dans les camps de concentration, suivies
par les Tziganes, les homosexuels, les communistes et bientôt tous les
opposants, et bien entendu les Juifs. Et dès 1939, ce fut le démarrage de la
politique d’extermination.
Sur le terme socialiste, il n’a absolument aucun lien avec les partis de
gauche qui se revendiquèrent de cette filiation, et ce dans tous les pays.
Toutefois, le Troisième Reich se montra, au moins au début de son pouvoir,
assez bienveillant à l’attention des classes populaires, créant ainsi des
systèmes de protection sociale, sans pour autant vouloir s’attaquer à la propriété
privée. Pour autant, les tendances plus « socialisantes » furent rapidement
menées au pas, y compris dans des bains de sang, comme lors de la Nuit des
Longs Couteaux dans la nuit du 29 au 30 juin 1934, entraînant la mort de 89
personnes. Les dirigeants par trop opposés au capitalisme seront liquidés,
comme Ernst Rhöm, chef de la Sturmabteilung (les SA, sections d’Assaut qui
seront décimées par les SS) ou les frères Strasser, dont se revendiquent encore
de nos jours de nombreux courants « nationalistes-révolutionnaires » ou
« nationaux-bolchéviques ». Les SA misait sur une « seconde révolution
socialiste » et devenaient trop remuants en menaçant l’autorité du dictateur.
Pour autant, Hitler se montrait dans ses déclarations farouchement opposé
au capitalisme, contre les grands bourgeois, qui ne jureraient que pour leurs
profits, au détriment de la Patrie. Pourtant, il faudra qu’il donne des gages de
confiance au patronat. Certains qualifieront dans ce sens Hitler comme
opportuniste.
Il faut remonter à février 1920 pour suivre la genèse, avec la journée du
24 où Adolf Hitler présenta à Munich le programme politique en 25 points
du national-socialisme, devant un parterre de 2 000 personnes, qui
savouraient ses talents oratoires. Déjà, les Juifs y étaient exclus de la citoyenneté
allemande, et accusés de tous les maux, d’être des conspirateurs, des
comploteurs. Cette journée marquera également par la transformation du Deutsche
Arbeiter Partei, DAP, Parti ouvrier allemand, en Nazionale Sozialistische Deutsche
Arbeiter Partei, NSDAP. Toujours en 1920, c’est Hitler qui dessinera le drapeau
du parti, sur fond rouge, avec un cercle blanc où figure un svastika noir. Par
contre, le svastika, appelé aussi swastika, a été choisi par le Dr. Friedrich
Krohn, un membre de la Société de Thulé.
Dès l’année suivante, il prendra le contrôle du parti et montera des
structures pour élargir au maximum son audience, comptant notamment sur ses
SA, sections d’assaut, afin de tenir la rue face à ses opposants, puis d’interdire
par la violence l’expression des syndicats et des partis qui lui étaient hostiles.
C’est en 1922 qu’apparu le terme Führer pour désigner Adolf Hitler. L’année
12 suivante sera marquée par une tentative de coup d’Etat avortée, d’où la
dissolution du parti et l’incarcération d’Hitler durant treize mois, ce qui lui
permit de procéder à la rédaction de Mein Kampf, qui sera publié le 18 juillet
1925. Sorti de prison, Hitler remettra de l’ordre dans le parti, en veillant plus
particulièrement à surveiller son aile gauche, animée par les frères Strasser,
qui contrôlaient les SA, au nombre de 30 000, et étaient surtout présents dans
les régions industrialisées. C’est dans ce sens qu’il crée les SS, Schutzstaffel ou
brigades de protection, qui seront l’élite des SA. Des structures montées pour
y héberger les différentes catégories socioprofessionnelles ainsi que des
syndicats lui permettront de recruter, il y aura près de 128 000 adhérents en 1928.
Mais c’est surtout la crise économique de 1929 avec pour corollaire la
montée du chômage qui va être un déclencheur, le parti voyant enfin son
électorat décoller en septembre 1930, avec plus de six millions de voix et 107
sièges au Reichstag. Mais la politique de conquête du pouvoir par la voix
légale va provoquer des remous chez les SA de Berlin, qui seront donc
réprimés par les SS rangés derrière Heinrich Himmler. En 1932, le NSDAP
est devenu un véritable parti de masse (1 500 000 membres et 350 000 SA),
avec des affrontements meurtriers contre leurs adversaires communistes,
tandis que plus de 100 000 jeunes rejoignaient les Jeunesses hitlériennes. Les
SA et SS seront la même année interdits puis autorisés à nouveau, le Reichstag
étant dissout, d’où de nouvelles élections avec plus de 37 % des voix pour le
parti nazi en février et juillet, qui obtiendra tout ce qu’il désire. Un léger
tassement lors d’élections générales en novembre sera constaté, avec environ
31 % des suffrages exprimés. Au final, après moult péripéties, Hitler sera
chancelier le 30 janvier 1933, disposant du soutien d’une partie importante
erdu milieu des hommes d’affaires. Les événements vont se précipiter, le 1
février le président Hindenburg accordant à Hitler la dissolution du
Parlement. Joseph Goebbels, chargé de la propagande, sera un des maîtres
d’ouvrage de la réussite du parti nazi, fin organisateur et metteur en scène
d’apparitions de masse des plus spectaculaires, avec d’innombrables
drapeaux, défilés militaires des SA, cortèges nocturnes aux flambeaux, etc.
L’incendie détruisant le Palais de Reichstag, le 27 février 1933, acte proféré
par un Hollandais d’extrême-gauche, lui donnera l’occasion de supprimer
l’essentiel des libertés et de faire la chasse aux communistes, les survivants
étant internés dans les premiers camps de concentration gérés par les SS. Le
succès sera au rendez-vous des élections de mars, avec plus de 17 millions de
voix et presque 44 % des voix, et les Länder sont accaparés par les nazis. Le
23 mars, les députés voteront massivement les pleins pouvoirs à Hitler. En
juillet, seuls pourront s’exprimer le NSDAP et ses satellites. Voici les
principaux éléments résumés pour savoir comment s’est déroulée la montée du
nazisme.
Une autre particularité du nazisme est son néopaganisme marqué.
D’ailleurs, il n’y aura que la fête de Noël qui sera préservée sur le calendrier
officiel, et le dimanche matin est réservé à des animations politiques vantant
13 le national-socialisme. Des fêtes néo-païennes tendent à remplacer les autres
fêtes religieuses, sans grand succès d’ailleurs, si bien qu’Hitler dut rebrousser
chemin pour éviter une mobilisation des secteurs chrétiens. Parmi les
nouvelles fêtes instituées, citons les solstices d’été et d’hiver, la fête des moissons
eren octobre, celle du Travail le 1 mai ainsi que des fêtes relevant
d’événements politiques.
Il y a autour du national-socialisme tout un aspect mystique, où
l’ésotérisme est présent. Il faut remonter pour comprendre cette situation à la
Société de Thulé, qui influença Hitler. On l’appelle aussi Ordre de Thulé.
Au départ, l’origine provient d’une société de recherches ethnographiques
fondée en 1912 et animée par le professeur Félix Niedner, qui a produit une
quantité impressionnante de documents. Puis, une relance de cette structure
eut lieu après la Première Guerre mondiale sous l’impulsion du professeur
d’histoire Paul Rohrbach qui en confia la direction au docteur Karl
Haushofer, tandis qu’un autre membre, Dietrich Eckart, fit rentrer Alfred
Rosenberg, un idéologue nazi qui fera référence ensuite. De son côté, la
Société Thulé, créée par Rudolf von Sebottendorf le 17 août 1918 à Munich
diffusait des thématiques racistes, antisémites et néo-païennes. Elle était
secrète. C’est le salut bras levé de cette société « Heil und Sieg » qui signifie
« Salut et victoire » qui sera plus tard transposé en « Sieg Heil » ; Hitler
s’inspirera également du motif de la croix de Wotan pour dessiner la croix
gammée. Rudolf Hess (le dauphin d’Hitler avant son départ en 1941 en
Angleterre) sera un des responsables de cette société-ordre en 1923, qui était
d’ailleurs fréquenté par de futurs dignitaires du régime nazi, tels que
Hermann Göring ou Heinrich Himmler, ce dernier se prétendant être la
er eréincarnation du duc de Saxe Heinrich I , par ailleurs roi germanique au X
siècle. La théorie développée était celle de la race Aryenne, celle des
surhommes qui auraient apparu dans l’Hyperborée, un continent qui aurait
existé et qui est évoqué par des Grecs et Romains durant l’Antiquité, et dont
la capitale était Ultima Thulé, là où se trouvaient les premiers Aryens. La
localisation envisagée de cette Hyperborée était à l’extrême Nord. Donc, nous
étions bien dans le mythe, avec des hommes qui étaient au départ
transparents, puis plus opaques au fur et à mesure de leurs alliances, mais qui
auraient conservé des facultés plus développées que chez les autres « races »,
classées plus tardivement en sous-classes, dont les Juifs qui étaient des «
soushommes ». Et le métissage des Aryens ne pouvait qu’engendrer des « races
inférieures ». Cet aspect mystique ou ésotérique aura conduit à des
recherches, pour connaître où se situerait ce « Vril », l’énergie qui est cachée en
soi et qui permettrait de devenir un surhomme. Il y eu ainsi une structure
d’études que se consacrait à prouver que la race aryenne était supérieure :
l’Ahnenerbe, montée par Himmler en 1935. Les célèbres films de la série
Indiana Jones plongent les spectateurs dans une histoire baignée par des
archéologues nazis à la recherche d’endroits et d’objets mythiques :
L’Atlandide, le Graal. Et c’est pour cette quête que de nombreuses
expédi14 tions seront montées, notamment au Tibet, au Népal ou en Grèce. L’objectif
était surtout orienté pour la prise de possession d’objets censés donner la
toute-puissance.
Précisons que le NSDAP ne sera dissous que le 20 septembre 1945, tandis
que le congrès de Nuremberg déclarera « criminelles » les organisations
suivantes : la SS, le NSDAP, le SD (service de renseignement nazi) ainsi que la
Gestapo. Si un certain nombre d’anciens nazis seront condamnés à diverses
peines, bien d’autres retrouveront une vie normale, d’autres fuiront grâce à
des filières, certains étant pourchassés. Et des organisations d’anciens
militaires, puis des partis politiques néo-nazis réapparaîtront quelques années
plus tard.
On parle actuellement de néo-nazisme, dans la mesure où le Troisième
Reich n’existe plus. De même pour les partisans du Fascisme que l’on
qualifie désormais de néo-fasciste.
Fascisme
Idéologie totalitaire développée par Benito Mussolini en Italie, elle sera
mise en place dès l’arrivée de ce dernier lors de la Marche sur Rome en
1922, où le roi Victor-Emmanuel III nomme Mussolini président du Conseil,
ce dernier décrétant en 1926 l’état d’exception et la dictature. L’objectif est
que l’État contrôle toutes les institutions. Le fascismo apparaît en Italie en
1919. Le terme faisceau est utilisé aussi couramment à propos de ce
mouvement, nationaliste et adepte de la violence, ennemi des droits de l’homme et
farouche opposant aux théories communistes ou anarchistes. Les « Faisceaux
de combat » seront actifs dès 1919. Il propose un État fort, dirigé par un
chef, le Duce, « le guide » en français. Ses « chemises noires » assuraient la
sécurité en structurant une formation de combat. Ses principales valeurs
sont : « croire, obéir, combattre », reprises par un groupuscule « solidariste »
français dans les années 2010. Si les opposants sont emprisonnés ou
supprimés, il n’existera pas de camps d’extermination ou des « sous-races » sont
éliminées massivement. Cependant, à partir de 1937, le fascisme deviendra
progressivement raciste puis antisémite.
Au niveau économique, il se situera clairement comme partisan du
capitalisme et contre le socialisme. Il instituera des structures corporatistes, mais
toutes sont étroitement contrôlées par l’État.
Négationnisme
Il s’agit de courants qui contestent la réalité du génocide des Juifs durant
la Seconde Guerre mondiale par les nazis. Les négationnistes parlent de
« mythe » à propos des chambres à gaz, tentant de se dissimuler derrière des
propos soi-disant scientifiques, ou évoquant l’absence de preuves irréfutables
de leur existence. En France, ces thèses ont parfois été reprises par certains
15 courants de l’Ultra-Gauche, et des militants ont côtoyé d’authentiques
néonazis. Les négationnistes se distinguent par leur manière peu scrupuleuse de
présenter leur version des faits, en les truffant de falsifications. Généralement,
le but des négationnistes est de défendre le régime de Vichy, voire le
national-socialisme. C’est l’antisémitisme qui les préoccupe le plus, transposé dans
le conflit au Moyen-Orient pour brouiller les pistes, en soutenant les
Palestiniens.
16 COLLABORATIONNISTES, LVF,
MILICE FRANÇAISE, WAFFEN SS
S’il n’en demeure que quelques rares survivants, en raison de leur grand
âge, il n’en reste pas moins que de nouveaux jeunes militants nationalistes se
réfèrent de nos jours à ce camp.
Quelques chiffres concernant l’épuration. Il y eut de l’ordre de 300 000
dossiers, aboutissant à 97 000 condamnations de toute nature. Selon les
sources, il est possible d’estimer à environ 8 800 exécutions sommaires
commises lors de « l’épuration extrajudiciaire », et près de 1 600 prononcées par
des instances de justice.
Nous allons dresser une liste alphabétique des mouvements concernés,
sans prétendre à l’exhaustivité.
GROUPES COLLABORATIONNISTES
Bezen Perrot
A l’origine, il y avait Célestin Lainé, qui avait en 1930 créé avec
Guillaume Berthou le groupe activiste Gwenn-ha-Du (blanc et noir), qui avait aussi
bien des contacts avec les nazis allemands qu’avec les Irlandais de l’IRA. Puis
il lancera seul le Kadervenn en 1936, qui signifie sillon de combat, une unité
paramilitaire d’une douzaine d’hommes fonctionnant sur les mêmes
principes que l’IRA : un « service spécial » interne qui récupérera ses premières
armes en 1939. A l’été 1940, il sera renommé Lu Brezhon, l’Armée bretonne,
et Lainé, dans le cadre du Comité national breton tenu à Pontivy début
juillet, pourra investir le château des Rohan pour y installer sa garnison d’une
quarantaine d’hommes. Mais ils durent déménager suite à la réaction
indignée de la population locale, tandis que lui sera rappelé son appartenance au
PNB (Parti National Breton), d’où la suppression des vivres et
démantèlement de l’essentiel de sa troupe. Il restructurera progressivement son groupe
en 1941, en jetant les bases de ce qui devait être l’Armée de libération de la
Bretagne, installant des centres de recrutement, collectant des armes et
explosifs, montant des unités de base cloisonnées avec un chef, un groupe de
sécurité et… un tribunal militaire ! En 1941, Lainé sera chargé avec son
équipe d’assurer la formation de son SO, les Bagadou Stourm, dirigés par Yann
Goulet, qui prendra ses distances avec les nouveaux venus, d’où une scission
survenue en 1943, des Bagadou rejoignant le Bezen Kadoudal, compagnie
bretonne en guerre contre la France, tandis que d’autres entrèrent dans la
Résistance. Quant au Bezen Kadoudal, la moitié des membres, soit une
douzaine, rejoindra le Bezen Perrot. En décembre 1943, la double appartenance
est interdite au PNB, d’où la scission définitive entre les deux courants. Par
esprit de revanche, Lainé créa en 1944 un second PNB qui se veut plus
radical, mais qui n’exista que sur le papier.
Il s’agit d’une milice de collaboration avec les occupants qui rassemblera
au total 66 nationalistes bretons, entre la fin de l’année 1943 et juillet 1944,
animé par Célestin Lainé (fondateur d’un Service spécial) et Alan Heusaff,
anciens cadres du Parti national breton exclus fin 1943, qui revêtiront
l’uniforme allemand. Ils seront équipés d’armes de fortune. Auparavant, en
novembre 1943, Lainé avait donc crée le Bezen Kadoudal, ligue de volontaires
en uniforme allemand, qui ne sera pas reconnue par le PNB. C’est suite à des
exécutions de la Résistance, dont celle de l’abbé Perrot en 1943, que le
groupe sera formé le 15 décembre 1943. Ce fut une véritable unité bretonne
au sein de la SS, dont six membres seront morts, dont trois au combat. Six
autres seront quant à eux exécutés. Ils seront chargés de protéger la Gestapo à
Rennes, mais aussi de combattre les maquisards. Les cadres partiront en
Allemagne, Lainé réussissant à fuir en Irlande.
Brezona
Structure provenant d’une scission du Parti national breton en
LoireInférieure, dirigée par Yves Favreuil-Ronarc’h, qui voudra créer une section
bretonne du parti national-socialiste.
Par contre, elle ne sera pas indépendantiste. Quelques dizaines de
militants y participeront en 1941.
Pour traiter du Parti National Breton (PNB), il convient d’éviter les
raccourcis, puisque tous ses militants n’étaient pas des collabos. Toutefois, une
partie non négligeable basculeront bel et bien dans ce camp, comme Olier
Mordrel, et seront utilisés par les Allemands pour infiltrer les réseaux de
résistance, et les combattre. En fait, Olier Mordrel prend des positions
inspirées fortement par l’idéologie nazie, sans pour autant être majoritaire.
Dès 1938, la ligne consiste à refuser la guerre, ne se sentant nullement
concernés et surtout opposés par principe aux « Français ». Ce qui vaudra à
Mordrel une condamnation le 14 décembre 1938 à un an de prison pour
« atteinte à l’unité de la nation ». Puis Mordrel partira avec un de ses
camarades ayant subit la même peine pour la Belgique, avant de transiter en
Allemagne. Le gouvernement Daladier dissoudra le parti le 20 octobre 1939
pour sa proximité avec les Allemands et condamnera à mort Mordrel et son
ami François Debauvais, qui tenteront de négocier avec l’Allemagne une
18 indépendance pour la Bretagne, en se targuant d’être le gouvernement en
exil. Ils réussiront à faire libérer plusieurs centaines de bretons internés, mais
il ne sera très vite plus question d’indépendance, l’Allemagne soutenant le
régime vichyste. Ce régime qui sera critiqué par un Mordrel revenu diriger le
PNB, avant de le quitter en décembre pour ne pas travailler avec Vichy. Le
flambeau sera repris par les frères Delaporte qui resteront neutres autant
visà-vis des Allemands que de Vichy. Leur action permettra un essor
conséquent du parti, ainsi que de la diffusion de L’Heure bretonne qui tirera jusqu’à
30 000 exemplaires, et qui tint de nombreux propos très antisémites.
Mordrel sera placé en résidence surveillée en Allemagne de la fin 1940 jusqu’en
mai 1941.
Lors de ses apparitions, le PNB ne se distinguait guère des autres groupes
collaborationnistes, avec des défilés ultra militarisés, encadrés par son SO en
uniforme : les Bagadou Stourm, dirigé par Yann Goulet, qui d’ailleurs se feront
appelés un temps Strolladou Stourm, ce qui permettait de reproduire le sigle SS.
Sur une estimation concernant les effectifs, des spécialistes parleront de 2
000 à 3 000 adhérents durant l’occupation ; plusieurs dizaines rejoindront la
Résistance, mais les cadres soutiendront plutôt les Allemands, les plus
radicaux étant exclus à la fin de l’année 1943.
Le PNB sera dissous le 18 août 1944, et certains de ses dirigeants
réussirent à fuir en Irlande. Selon Olier Mordrel, 52 morts seront à déplorer, dont
36 liés par l’Épuration dite « extra-légale », autrement dit sans jugement.
Cadets de Francs
Structure qui organisa des camps à l’attention des jeunes, qui réunirent
quelques centaines de participants, 300 étant un chiffre maximum.
Comité d’action antibolchevique
Créé en juillet 1941 par Paul Chack, son action consiste avant tout à
favoriser le recrutement à la LVF. Avec son millier de membres, parfois
disposant d’une double appartenance avec un autre parti, il participera au
Front révolutionnaire national. Sa section jeune fait le SO lors des initiatives
publiques, aidé par une milice du Comité.
Comité d’Épuration de la Race Française (CERF)
Groupuscule apparu en 1941 et s’affirmant national-socialiste.
Parlementaires et banquiers sont renvoyés dos-à-dos, et le capitalisme est condamné.
Louis Deseutre-Poussin est son leader, un ancien de la Croisade française du
national-socialisme. Pour rentrer dans la formation, il faut avant tout être
sportif. Les femmes disposent de leur propre section et une « Milice » sert de
19 corps protecteur, tandis que ses « Cadets » structurent les jeunes de 12 à 20
ans. Il restera à l’état de petit groupe.
Comité ouvrier de secours immédiat
Impulsé par un syndicaliste très connu à l’époque : Georges Yvetot,
associé à notamment d’anciens socialistes et quelques anarchistes. Il s’agissait
d’une organisation caritative aidant les ouvriers victimes des bombardements
des Alliés, mais qui faisait aussi du travail politique en faveur de Vichy. Les
autres dirigeants furent ensuite René Mesnard puis Jules Teulade. Leur
particularité, comme bien d’autres, fut que le premier est un transfuge socialiste
raillé au RNP, tandis que le second est un ancien communiste ayant rejoint
le PPF.
Deutsche volkgemeinschaft in Lothringen
Structure qui sera autorisée par les Allemands en Moselle à partir du 30
juin 1942, avant de permettre l’entrée directe dans le NSDAP. Sa traduction
en français signifie « communauté de l’ethnie allemande en Lorraine ».
Plusieurs dizaines de milliers de Mosellans rejoindront la formation, dont le sigle
est une croix gammée.
Garde civique
Elle s’appela dans un premier temps Garde civile ; elle fut créée en août
1940 en Charente-Inférieure dans le but de faire cesser les trop nombreux
actes de sabotage, plus précisément concernant les lignes téléphoniques
allemandes. Ce seront donc au final plus de 600 supplétifs de la police qui
composeront cette Garde civique, nouvelle appellation datant de 1941.
Violemment opposés à « la juiverie », au communisme et à la
FrancMaçonnerie, ils demanderont tout naturellement de rejoindre la Milice
nationale, demande qui n’aura pas de suite jusqu’en 1943 où des groupes
locaux intègreront la Milice. Précisons que pour la quasi-totalité des groupes
présentés, les conditions d’entrée sont drastiques : être au minimum fils de
parents français, ne pas être juif ou franc-maçon, ou encore membre de
sociétés secrètes, prêter serment de totale fidélité au programme, au chef, et,
dans nombre de cas, d’absolue fidélité envers le maréchal Pétain.
Groupe Collaboration
Il voit le jour en septembre 1940, et sera autorisé le 7 février 1941 par les
Allemands. Il reprend le flambeau d’un courant qui existait depuis 1934,
favorables à un rapprochement entre la France et l’Allemagne, comme
20 l’incarnait alors le Comité France-Allemagne. Il est partisan de l’Ordre
nouveau et soutiendra l’attaque de l’URSS. C’est un talentueux écrivain,
Alphonse de Châteaubriant, fasciné par le régime nazi, qui publiait
l’hebdomadaire La Gerbe, qui présidera le groupe. Parmi son comité
d’honneur, l’on trouve Abel Bonnard, académicien, ou Pierre Drieu La
Rochelle. Des comités s’implantèrent aux quatre coins de la France,
rassemblant quelques milliers d’adhérents, venant participer à de
nombreuses conférences. Ses deux premiers soutiens de taille furent Otto Abetz,
ambassadeur d’Allemagne à Paris, et Fernand de Brinon, ambassadeur du
régime de Vichy auprès du Haut-Commandement allemand à Paris.
Les jeunes s’organiseront dans Collaboration-Jeunesse en mai 1941, dont
le président est Marc Augier, alias Saint-Loup, et ancien responsable du
Centre laïc des auberges de jeunesse. L’objectif est de provoquer un
maximum d’échanges de diverses natures entre les jeunes des deux pays. Peu
après le nouveau nom du groupe sera : Jeunes de l’Europe nouvelle, tandis
que Marc Augier prendra la direction du Front de l’Est en rejoignant la
LVF, en mars 1942, avide d’action. Mais revenons quelques instants sur ce
Marc Augier, alias Saint-Loup. Grand sportif, il sera sous-secrétaire d’Etat
aux Sports dans le cabinet de Léo Lagrange en 1936, c’est-à-dire durant le
Front populaire. Il sera conquis peu avant le déclenchement de la guerre par
les thèses national-socialistes et les écrits d’Alphonse de Châteaubriant. Cet
engouement sera matérialisé par la direction du secteur de jeunesse du
groupe Collaboration, le Mouvement jeunes pour l’Europe nouvelle. Ses
qualités de journaliste lui vaudront de devenir également rédacteur en chef
de l’hebdomadaire La Gerbe, dirigé par Alphonse de Châteaubriant. Voulant
rester français, il luttera avec les nazis pour construire un socialisme à
l’échelle de l’Europe, refusant un Etat réactionnaire ou bourgeois.
Appartenant au bureau politique du PPF, il s’inscrira tout naturellement à la LVF en
juillet 1942. Blessé sur le Front de l’Est et rapatrié, il s’occupera du journal
de la LVF, Le combattant européen. En 1944, il repartira sur le même front,
suivant les Waffen-SS en qualité de correspondant de presse (il se chargera pour
l’occasion de son journal, Devenir). Puis il parvint à rejoindre l’Italie.
Condamné à mort par contumace le 15 novembre 1948, après une escapade en
Argentine, il reviendra sur le sol français clandestinement en 1953,
embrassant une carrière littéraire sous le pseudonyme de Saint-Loup avant d’être
reconnu, ce qui ne l’empêchera nullement de continuer à écrire de
nombreux essais et de pratiquer son métier de journaliste. Il écrira notamment
plusieurs ouvrages qui feront part de son expérience au sein de la LVF et des
Waffen-SS français. A travers son œuvre, le lecteur perçoit le penchant pour
le paganisme de cet aventurier.
Cette structure collaborationniste rassemblait environ 1 500 membres,
participant autant à la LVF qu’au NSKM, le corps de transport des nazis.
Suite à des attaques de la Résistance, certains rejoindront en 1944 la Milice
française.
21 Jeune Europe
Groupe ayant quitté les Jeunes de l’Europe nouvelle, et qui édite à partir
de 1942 une revue du même nom, destinée surtout à ceux qui combattent
sur le Front de l’Est.
Les gardes du peuple révolutionnaire
Issus du journal marseillais Réagir, revue 4, dirigée par Henri Moreau, qui
était favorable aux groupes collaborationnistes. Ils seront lancés en février
1943, et voudront s’implanter dans le milieu universitaire ou paysan en se
dotant de structures spécifiques. Des tensions se feront entendre avec la
Jeunesse Française et d’Outre-Mer (JFOM) proche de la milice de Darnand. Le
groupe s’éteindra au printemps 44, après avoir rassemblé quelques centaines
d’adhérents.
La croisade française du national-socialisme
Il faut indiquer que cette structure fait partie des quelques organisations
qui se revendiqueront ouvertement de cette idéologie. Maurice Bernard de la
Gâtinais la créa en septembre 1940. Son activité est axée sur la tenue de
conférences et la production de textes théoriques ; à cette fin, il monte en 1941
un Centre communautaire. Il sera chargé en mai 1944 de mobiliser les
militants dans le cadre de la Franc-garde sur la ville de Paris. Ce sera un simple
groupuscule, qui comptait dans ses rangs des « équipes sportives ».
La Ligue des droits du Nord
Fondée par Pierre Quesnoy en 1944, favorable au rattachement des
départements du Nord et du Pas-de-Calais à l’Allemagne, et proche de la
Gestapo de Douai. Elle publia Les droits du Nord. Lors de la Libération, certains
de ses cadres seront victimes de l’Épuration, tandis que son fondateur se
réfugiera à Berlin, avant d’être arrêté, jugé puis fusillé le 12 juillet 1946.
La Ligue française
Apparue le 15 septembre 1940 à l’initiative de cinq militants, et de son
vrai nom Ligue française d’épuration, d’entraide sociale et de collaboration
européenne. Elle sera autorisée au début de l’année 1941. Elle appartient au
Mouvement social européen, une initiative plus particulièrement attribuable
à Dominique Costantini, rejetant capitalisme et marxisme, liés selon lui au
judaïsme ; ses autres ennemis sont les Anglais et les francs-maçons. Il
appartiendra à la direction de la LVF et s’orientera vers la constitution d’une
Légion des aviateurs volontaires, rejoignant la Luftwaffe sous le nom du NSKK
22 Motorgruppe Luftwaffe ; des jeunes proches du maréchal Pétain, regroupés
derrière Jean-Marie Balestre, rejoindront d’ailleurs cette formation en novembre
1942. Le parti va se rapprocher des doriotistes du PPF en septembre 1941,
puis, deux ans plus tard sa propre Milice s’accordera avec d’autres petits
groupes. Son organe de presse est L’Appel, auquel participera Michel
Audiard. Fin 1941, on peut estimer ses militants et sympathisants larges à moins
de 3 000 ; En juillet 1944, il partira en Allemagne, sera plus tard jugé et
reconnu irresponsable et mourra le 30 juin 1986 de sa belle mort. Ses jeunes
seront hébergés dans la Ligue des jeunes de France et de l’Empire. Précisons
son implantation essentiellement en zone occupée, hormis une section
nordafricaine. La protection du parti est assurée par la Milice révolutionnaire
française, un SO portant un uniforme. Un certain nombre d’entre eux
rejoindront en 1944 le SD allemand, Sicherheitsdienst, le service de
renseignements de la SS.
Le feu
C’est en janvier 1941 que les badauds purent lire d’énormes affiches de
coloris vert et jaune, assorties d’un titre, La tempête. Sur ces documents figue la
signature du « Maître du feu », un certain François-Henry Prométhée, en
réalité un ancien député du Calvados : Maurice Delaunay, adepte du
gouvernement de Vichy. Ce ne fut qu’un groupuscule, avec ses « Jeunesses du
feu », qui voulait « un ordre nouveau ».
Le Front Franc
Jean Boissel aura auparavant, en 1934, créé le Rassemblement
international fascisme, ensuite une Légion frontiste. Puis ce sera donc le tour de ce
Front Franc en septembre 1936 publiant de façon irrégulière Le réveil du
Peuple. S’il ne se veut pas être un parti, il tiendra position pour Franco durant
la guerre d’Espagne. Très antisémite, il montera en 1937 une Ligue antijuive
universelle, et s’affirme aussi anticapitaliste. Doté de quelques dizaines à
centaines de militants, son chef appartenait au comité directeur de la LVF, d’où
un certain nombre de ses membres qui porteront l’uniforme pour combattre
sur le Front de l’Est. En août 1944, il se retrouvera comme bien d’autres en
Allemagne avant d’être condamné à mort, puis cette peine se transformera
en perpétuité ; il décédera en prison le 16 oçtobre 1951. Ses partisans dans la
jeunesse s’organisèrent dans le « Front des jeunes ».
Légion des Cadets de la France
Créée le 17 septembre 1940, cette structure parisienne se voudra être en
dehors de toute conviction politique ou religieuse. Elle rassemble également
23 des jeunes ouvriers, organise des camps annuels, celui de 1942 regroupant
près de 300 participants.
Les énergies françaises
Ce sera une formation apparue à la fin de l’année 1942, dont le leader est
Léon Cayla, et soutenue par Pierre Laval ; elle se voulait être l’embryon du
« parti unique ».
Les formations éclair révolutionnaires
Groupuscule éphémère crée en 1941 par Serge Vincent-Vidal, qui
regroupera quelques dizaines de militants dotés d’uniformes. Il disparaîtra en
novembre 1942, date à laquelle son chef s’engagera dans le NSKK avec
JeanMarie Balestre. Ce NSKK, Nationalsozialistisches Kraftfarkorps, était le corps de
transport des nazis. La première troupe française sera montée en juillet 1942,
avec un engagement minimum de deux ans. Le NSKK participa activement à
la déportation des Juifs. Vincent-Vidal sera en 1944-45 en Allemagne où il
intégrera la Waffen-SS française. Après la Libération, il continuera à militer
dans des groupes d’extrême droite, avant de rejoindre le maoïsme à la faveur
de Mai 68, comme d’ailleurs quelques autres militants, séduits par l’idée de
s’opposer à la fois aux Américains et aux Soviétiques.
Les Hitlériens français
Micro-groupuscule d’une dizaine de membres qui sera très éphémère.
Les jeunes du Maréchal
Jacques Bousquet, jeune enseignant parisien, fondera son propre groupe
en juin 1941. D’inspiration corporatiste, rejetant les partis politiques, il
réunira au maximum jusqu’à un gros millier d’adhérents, 1 400 selon certaines
sources, enseignants, étudiants ou lycéens, organisant des « camps » tel que
celui de 1942, baptisé « Maréchal Pétain », organisé par Robert Hersant et
Jean-Marie Balestre, qui vont se séparer peu après, le dernier appelant à
rejoindre les nazis du NSKK Motorgruppe. Le groupe se dissoudra, sous les
reproches du Maréchal lui-même, qui désapprouvera certaines actions,
comme la délation de professeurs. Il restera alors, en 1943, une nouvelle
parution : Jeune force de France, qui militera pour rejoindre la Waffen SS.
24 Mouvement national-syndicaliste
Fondé par Ferdinand Sape, alias Philippe Dreux, en 1939. Un an plus
tard, il prendra le nom de l’Union française, qui sera ouverte à d’autres
courants, tandis que certains partiront en direction de la LVF. Il existe aussi des
Jeunes de l’UF. Son journal éponyme verra les signatures de Frédéric Dard
et Michel Audiard, qui s’affichaient alors apolitiques. Philippe Dreux sera
fusillé pour ses faits de collaboration. Sa position visait à créer des syndicats
pour conduire la Nation, au-delà des partis politiques.
Mouvement ouvrier social national breton
Il s’agit de scissionnistes du Parti national Breton qui se lancèrent dans
une brève aventure, qui ne dura que quelques mois, en 1941. Théophile
Jeusset en sera l’initiateur, qui s’était fait connaître en 1930 en créant Breiz da
Zont, qui signifie en français « La Bretagne à venir », « organe de
nationalistes bretons catholiques », qui montera l’année suivante le Parti nationaliste
intégral. Il sera dès lors fortement influencé par les thèses
nationalessocialistes. Après avoir rallié le Parti national breton, il en sera exclu en 1943.
On retrouvera ce leader en juillet 1944 auprès de la Milice française, qu’il
accompagnera dans sa retraite en Allemagne.
Mouvement Social Révolutionnaire pour la révolution
nationale (MSR)
erCréé le 1 septembre 1940 par Eugène Deloncle, et suivant
l’exMouvement d’action nationale populaire. Cet ancien Camelot du Roi fera
rentrer sa section royaliste dans la clandestinité dans les années 1936-37,
pour fonder le Comité secret d’action révolutionnaire ou Organisation
secrète d’action révolutionnaire nationale, appelée plus communément « la
Cagoule ». Ils commettront des actions extra-parlementaires, parfois très
violentes, causant des morts. Certains rescapés rejoindront Vichy, comme
Deloncle. Il se rapprochera en 1941 du Rassemblement National Populaire
(RNP) de Marcel Déat. En juin 1941, il engagera un nombre important de
ses membres et cadres au sein de la jeune LVF pour aller combattre en
Russie aux côtés des allemands, étant à ses débuts majoritaire et supplantant
numériquement ses concurrents doriotistes du PPF. Un attentat le 27 août
1941 blessera Laval et Déat, qui penseront à une initiative de Deloncle pour
les éliminer. Ce dernier sera alors limogé du RNP, puis écarté de la direction
de la LVF. Des attentats et au moins un assassinat marqueront ces instants
de tension entre les deux groupes, qui se disputeront les locaux. Le MSR se
dotera d’un SO, la Légion sociale révolutionnaire. L’encadrement du
mouvement est surtout alors constitué par des anciens « Cagoulards ». Tandis
qu’un certain nombre de membres du MSR combattant au sein de la LVF
25 rentrent en France, souvent évincés, Deloncle sera en mai 1942 exclu de sa
propre formation. Il finira assassiné par des membres français du SD, le 7
janvier 1944. Le SD, Sicherheitsdienst étant le service de sécurité et de
renseignements des SS, tandis que le SIPO (Sicherheitspolizei, la police secrète nazie)
regroupe aussi la Gestapo, avec des liens avec l’Abwehr, les services de
renseignement de la Wehrmacht. Notons que le SIPO-SD intégrait à plein temps des
agents français et italiens. Après des combats d’appareil, ce sera Georges
Soulès, ancien membre de la SFIO socialiste, qui dirigera le MSR, puis, à
l’automne 1943, sera proclamé un nouveau parti : le Mouvement
révolutionnaire français. Un an plus tard, il sera combattu à la fois par le PPF et la
Milice française, et peu apprécié par les Allemands, même si Soulès
appartient au comité directeur de la LVF. Au final, un groupe ralliera les FFI en se
lançant dans la Libération de la capitale, tandis que d’autres prirent la route
de l’Allemagne. En terme numérique, on estime à environ 16 000 hommes
dans la région Nord, peu ailleurs, en 1942. D’autres sources estiment à moins
de 2 000 ses membres actifs, ce qui paraît réducteur.
La branche jeunesse est incarnée dans les Jeunesses sociales
révolutionnaires, puis dans les Jeunes équipes de France.
Opferring Elsass
Formation apparaissant en Alsace à l’automne 1940, en rappelant
l’annexion des deux départements constituant l’Alsace dès le 5 juillet 1940.
En fait, ce n’est qu’un appendice du NSDAP, le parti nazi allemand. Il faudra
attendre mars 1941 pour que les Alsaciens puissent adhérer à ce parti. Le
nombre d’adhérents sera estimé de 100 000 en 1941 à environ 145 000 en
1945, avec un pic en 1942 de près de 170 000, ce qui est loin d’être
négligeable.
Parti français national collectiviste
Pierre Clémenti le créa officiellement sous le nom de Parti français
national communiste le 7 avril 1934 et qui publie Le pays libre, disparu en 1937. Il
rassemblera quelques centaines de militants et sera teinté d’un antisémitisme
des plus violents, doublé d’un fort racisme, ce qui lui vaudra de connaître les
geôles de la République en 1939. Il s’opposa viscéralement à Jacques Doriot
du PPF, le considérant comme ami des Juifs qui n’aurait pas renié ses idées
marxistes. Sous pression des Allemands, le parti devra modifier en 1940 son
nom, se muant en Parti français national collectiviste, gardant ainsi son
acronyme. Il connaîtra cette année des déboires avec les Allemands, suite à
des actions violentes, notamment causées par une mouvance autour du parti,
avec les Gardes-Français (structure de combat) et Jeune Front, ce dernier
groupe étant dirigé par Robert Hersant, qui tentera vainement de prendre le
pouvoir au sein du parti. Le Pays libre reparaîtra en février 1941 jusqu’en août
26 1944. Parti surtout composé d’ouvriers, son chef, membre de la direction de
la LVF, appellera ses militants à aller combattre sur le Front de l’Est,
notamment pour combattre… le capitalisme. En août 1942, Clémenti et ses
amis s’engageront au sein de la Légion tricolore et partira combattre en
Russie. Il partira lors de la Libération en Allemagne, avant de connaître
quelques années plus tard un jugement, puis il reprendra sa militance. Il
mourra le 16 avril 1982. Une structure particulière accueille les femmes : les
femmes Françaises comme souvent dans ce type d’organisation. La Garde
spéciale représente l’élite, avec naturellement un uniforme les distinguant des
autres partis, son cri de ralliement et un salut aussi distinctif, sans oublier son
insigne.
Parti Franciste
Ouvertement fasciste, il est apparu sur la scène politique le 29 septembre
1933. Son chef et initiateur est Marcel Bucard, qui participa en novembre
1925 à la création du premier parti fasciste français : Faisceau. En 1932, il
sera déjà le chef de la Milice socialiste nationale. A noter autour de Bucard,
en 1933, la présence d’Henry Coston et de Jacques Ploncard d’Assac, qui
resteront fort longtemps immergés dans la galaxie nationaliste. Il se séparera
de ces deux collaborateurs, jugés par trop antisémites. Partisan du «
socialisme national », il voit dans l’Italie de Mussolini son modèle. Sa faible taille,
une centaine de militants, ne lui permettra guère de faire une percée lors des
événements de février 1934. Des « Corps francs » virent le jour, en guise de
SO du parti. Puis les rangs commencèrent à s’étoffer, d’anciens communistes
le rejoignant. Particulièrement anticommuniste, de violents affrontements
l’opposèrent souvent aux militants du PCF. En mars 1935, il est capable de
réunir 5 000 personnes dont un bon millier en tenue, la chemise bleue. Suite
à une multitude d’incidents violents, il sera dissout le 18 juin 1936, se
transformant en Amis du Francisme, puis en se muant en un Parti unitaire
français d’action socialiste et nationale. En 1940, il reviendra sur le sol
français après s’être retiré avec ses hommes en Suisse alors qu’il combattait dans
l’armée française. Il pourra reprendre ses activités politiques dès mai 1941,
avec l’autorisation des Allemands en zone occupée. Partisan déterminé du
maréchal Pétain, dans le cadre d’une révolution nationale, il recrutera dans
tout le pays et atteindre en 1943 son nombre maximum de membres, autour
de 6 000 à 8 000 selon les observateurs. A ses côtés figurent en bonne place
les Jeunes francistes, au nombre de plusieurs milliers, bien plus qu’une simple
force d’appoint. Estimant que le vrai danger est le marxisme plus que les
Allemands, un certain nombre de militants rejoindront la LVF. A partir de
1943, on vit aussi de nombreux jeunes intégrer différentes unités de la Waffen
SS, ou l’Organisation Todt. Bucard rejoindra le « parti unique » de Déat
cette même année : le Front révolutionnaire national. Les francistes vont
ensuite être attaqués par la Résistance, et négocieront avec les Allemands la
27 constitution d’ « Equipes spéciales » pour traquer leurs adversaires. C’est
alors que des centaines de militants rejoindront la Milice française sous
l’impulsion de son chef Joseph Darnand. La fin de l’aventure se terminera
par un départ pour l’Allemagne en août 1944, puis par l’exécution de Bucard
le 19 mars 1946.
En marge du parti existait La main bleue, une société secrète assurant la
sécurité du chef et composée d’une cinquantaine de militants triés sur le
volet. Et puis, à l’instar des autres formations, les cadets regroupent les enfants
dès leur sixième anniversaire.
Parti national socialiste français
C’est Christian Message à qui l’on doit cette création (après avoir publié
La défense passive), en décembre 1940. Il se déclare « chef suprême » et
proposera ses services autant aux Allemands qu’auprès du régime de Vichy. Sa
publication s’intitule La France nationale-socialiste et ce groupe ne rassemble que
plusieurs dizaines de membres, dont une dizaine anime la Garde noire. Il
connut la prison pour avoir critiqué… Hitler, le traitant de « saigneur
sanguinaire et démoniaque ». Condamné à mort en 1946, peine commuée en
prison à perpétuité, il sera finalement libéré pour des troubles mentaux, et
décédera le 15 mars 1958. Il fut particulièrement antisémite et
antimaçonnique.
Parti ouvrier et paysan français
Créé en février 1941 par Marcel Gitton… ancien numéro 3 du PCF. Sa
tendance était opposée au pacte germano-soviétique de septembre 1939.
Puis, il sera collaborationniste. Son comité central de 20 membres
comprenait seize anciens parlementaires du PCF de 1936 (sur 76), mais ne comptait
qu’environ 300 adhérents organisés. Certains de ses cadres furent exécutés
par des militants communistes.
Parti Populaire Français (PPF)
Créé le 22 juin 1936 par Jacques Doriot, ancien dirigeant du Parti
Communiste Français (PCF) et maire de la ville de Saint-Denis (93). Il ne sera
autorisé en zone occupée qu’à compter du 28 décembre 1941. A cette date,
Doriot revêt l’uniforme allemand, tout en s’affirmant fidèle au maréchal
Pétain. Il créa d’ailleurs un Rassemblement pour la Révolution nationale. En
1941, il comptait environ 4 000 membres dans la zone occupée, et dispose de
son quotidien Le cri du Peuple, tiré à quelques dizaines de milliers
d’exemplaires. Il y aura rupture avec le gouvernement de Vichy. C’est en
juin 1941, au cours d’un congrès qui se déroulait en zone libre, que Doriot
appellera à lever des volontaires pour aller combattre en Russie, dès qu’il
28 entendra l’entrée de l’armée allemande dans ce pays. Il s’engagera donc avec
de ses camarades au sein de la Légion des Volontaires Français contre le
Bolchevisme (LVF), d’où la reconnaissance du parti par les occupants. Le
PPF dispose d’un service d’ordre conséquent et des plus efficaces, ses
militants étant aguerris par de nombreux entraînements. Avide de pouvoir, il
réunira le 4 novembre 1942 quelque 7 200 délégués dans le cadre d’un
congrès du pouvoir ». Les Gardes françaises y seront créées. Toutefois, Hitler
préférait plus Laval que Doriot au gouvernement de Vichy. Le PPF, qui sera
écarté, notamment de la Milice, rejoindra en mars 1942 le Front de l’Est.
Hormis son SO qui se renforcera en 1943 par l’arrivée des Gardes françaises,
il fondera une véritable centrale de renseignements, avec, entre autres, des
Groupes d’action pour la justice sociale, se chargeant de traquer les
réfractaires au STO, le Service de Travail Obligatoire en Allemagne… qui seront
finalement contrôlés par les Allemands. Lors des ultimes combats contre les
Alliés, l’on vit des légionnaires de la LVF participer avec un certain courage
aux dernières batailles. Ainsi, fin juillet, les Volontaires de Normandie seront
lancés, et prêteront serment devant leur chef du parti, jurant lutter jusqu’à la
mort « sur le sol envahi », pour le parti et la Patrie. Puis ce sera la migration
vers l’Allemagne, avant qu’il ne trouve la mort le 22 février 1945, sa voiture
ayant été mittraillée par des avions.
Le secteur de la jeunesse sera présent dans quasiment toutes les
formations collaborationnistes. Ainsi, les Jeunesses populaires françaises (ou Union
populaire de la jeunesse française) dont l’origine remonte à 1936 verront le
jour grâce à cinq jeunes travailleurs, dont trois provenaient du PCF, un des
jeunesses socialistes et un de la JOC catholique et qui voulait faire une sorte
de parti unique pour la jeunesse, virent leurs espoirs récompensés en mai
1942, dans la mesure où neuf autres organisations de jeunes le rejoindront.
Ce sera lors d’un congrès constitutif rassemblant quelque 2 500 délégués,
tout en sachant que quasiment toutes ces structures étaient plus ou moins
proches du PPF. De nombreux appendices existent autour des structures
jeunes ou adultes, avec un tissu associatif assez dense pour organiser les
sympathisants. Une vingtaine de jeunes seront regroupés dans une unité d’élite,
le Corps Franc Jacques Doriot, doté comme à l’accoutumée d’une tenue
rappelant l’uniforme de certaines unités de l’armée allemande. Le SO est
organisé par les Groupes Action mobile, mobilisables en tout temps, et les
Groupes d’action de réserve. Des équipes volantes sillonnent quant à elles
tout le territoire en cas de besoin. Les plus jeunes font partie des Pionniers
Jacques Doriot, chacun étant doté de son uniforme ou brassard distinctif.
Au total, entre 20 000 et 30 000 personnes seront passées dans les rangs
du PPF durant la Collaboration. Tout en sachant que les effectifs s’élevaient
à 130 000 membres en 1937, un vrai parti de masse. En outre, la
composition des 620 participants à son congrès fondateur de novembre 1936 est
instructive ; 39 % n’ont jamais fait de politique ; 33 % proviennent de partis
de gauche et 28 % de droite ou de son extrême, les Croix de Feu étant les
29 plus nombreux (leur formation était récemment dissoute), suivis par des
membres de l’Action française en moindre proportion.
Rassemblement National Populaire (RNP)
Créé en février 1941 par Marcel Déat, directeur du quotidien L’œuvre (qui
tire environ 130 000 exemplaires), notamment dans le but de s’opposer au
PPF. Cet ancien député socialiste de la SFIO migrera progressivement vers
une vision politique nationaliste, anticapitaliste et antimarxiste. Il
scissionnera en créant au milieu des années trente un Parti socialiste de France. Puis ce
sera donc l’heure de ce RNP, qui rassemblait au moins au départ des
militants de l’Union nationale des Combattants et des membres du MSR, qui
annoncera 500 000 adhérents, chiffre certainement délirant. Plusieurs
dizaines de milliers paraît nettement plus plausible. Notons l’affaire de
l’attentat qui a blessé Pierre Laval, venu le 27 août 1941 de façon spontanée
à la caserne Borgnis-Desbordes de Versailles pour saluer des troupes de la
LVF en partance sur le Front de l’Est, qui fut donc victime, avec Déat, de
coups de feu tirés par un légionnaire, Paul Collette. Alors que tout était
gardé secret, cet acte fera suspecter Eugène Deloncle du MSR, surtout pour sa
qualité d’ancien fondateur de la Cagoule. D’où son exclusion du MSR le 20
octobre.
Il déclarera être un parti révolutionnaire, tandis que majoritairement ses
militants proviennent du camp socialiste, et recrute principalement dans les
classes moyennes ainsi qu’en milieu urbain. Il est antisémite, comme tous les
partis de la Collaboration. En 1942, le RNP sera le fer de lance lors de la
constitution du Front Révolutionnaire National (FRN), qui se voulait être
l’embryon du fameux « parti unique » qui regroupera le Parti franciste, le
Groupe Collaboration et le Comité d’action antibolchevique, qui dispose
chacun d’une milice, en réponse à la Milice française guère estimée, qui
existe dans la région Sud. Toutefois, après l’échec de ce Front, le RNP devra
revenir sur ses positions, quand la Milice française sera présente en zone
occupée, en juin 1944. Année où Déat sera à nouveau propulsé dans le
gouvernement Laval, après une longue traversée du désert : ministre du
Travail et de la Solidarité nationale, à compter du 16 mars. En août 1944, il
prendra la route pour l’Allemagne avec quelques petites centaines de
militants, la majorité restant en France.
En ce qui concerne les structures périphériques, hormis les Jeunesses
nationalistes populaires (environ 2 500, dont les cadres étaient formés par
Georges Albertini, et le SO les Groupes d’Action entraînés notamment par
Roland Goguillot, alias Roland Gaucher, tandis qu’un groupe Franc étaient
des cadres de la sécurité), citons les Milices nationales populaires, l’élite des
militants, dotés d’un uniforme spécifique, tandis que la Légion nationale
populaire regroupait au départ un grand nombre de militants du MSR, et qui
faisait fonction de SO, pouvant dans certaines circonstances rassembler plus
30 de 2 000 hommes en 1941, avant le départ du MSR. A l’attention des 10 à
16 ans, des Cadets Marcel Déat les accueillaient. Concernant les travailleurs,
il avait été monté un Centre syndicaliste de propagande, ainsi qu’un Front
social du travail. Adhérents et sympathisants du monde enseignant étaient
quant à eux regroupés au sein de l’Union de l’Enseignement, les agriculteurs
dans le Centre paysan. Il y eu même un Comité nord-africain, qui comptait
dans ses rangs un certain nombre d’ouvriers algériens, plus ou moins animés
par des sentiments antijuifs, et qui étaient déjà sur des pistes visant à
réclamer l’indépendance de leur pays d’origine.
Le nombre d’adhérents est du même ordre que pour le PPF, soit de 20 à
30 000 sur toute sa période.
LVF, MILICE FRANÇAISE, WAFFEN SS
Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme (LVF)
Elle vit le jour en juillet 1941, sur une décision prise en commun par
certains groupes collaborationnistes, et elle sera soutenue lors de sa constitution
par le maréchal Pétain. Il s’agit donc d’une création à titre privé, en tant
qu’association de type 1901. Le chef du gouvernement Pierre Laval signera
une loi qui stipulera la Ligue reconnue d’utilité publique, en févier 1943. Un
décret signé quelques jours après, le 17, déclarera la LVF comme officielle.
Pour s’y enrôler, les postulants devaient prêter serment comme quoi ils
seraient fidèles à Adolf Hitler. Précisons que ce sera Jacques Doriot du PPF qui
proposera sa création. C’est l’ambassadeur d’Allemagne, Otto Abetz, qui
annoncera le 6 juillet 1941 que le principe d’une telle ligue était acceptée,
devant Jacques Doriot, Marcel Déat (RNP), Pierre Costantini (Ligue
française) et Bucard (qui se retirera deux jours après la création de la Ligue), et le
lendemain confirmation sera donnée dans une nouvelle réunion à laquelle
seront également associés Eugène Deloncle (MSR et premier président de la
LVF), Pierre Clémenti (Parti français national collectiviste) et Jean Boissel
(Front franc).
Un « Comité d’honneur » sera créé avec des personnalités qui vont
donner une certaine caution morale à la LVF, comprenant notamment les
académiciens Abel Bonnard et Abel Hermant et l’écrivain Alphonse de
Châteaubriant. Un Comité central chapeaute l’activité de la LVF, et rassemble
les chefs des différents groupes collaborationnistes, créant de fait une sorte de
cartel où les luttes d’influence seront omniprésentes.
Jean de Mayol de Lupé, catholique français, sera son aumônier général.
Auparavant, il participa au Congrès de Nuremberg et sera conquis par
l’idéologie nazie. C’est ainsi qu’il se portera volontaire dès 1941 pour
intégrer la LVF, et il portera à 66 ans l’uniforme allemand sur le Front de l’Est.
Il intégrera la division Charlemagne en 1944, mais ne pourra suivre les
opérations en Poméranie, l’année suivante, du fait de son âge. Il sera arrêté en
31 Allemagne, condamné à quinze ans de prison, peine assortie de la déchéance
nationale avec confiscation de ses biens en 1945, avant d’obtenir une liberté
conditionnelle en 1951.
Quant aux effectifs, sur près de 20 000 hommes qui se présentèrent sur les
lieux de recrutement, au moins la moitié sera recalée au cours de la visite
médicale qui était des plus intransigeante. Les légionnaires formèrent le
régiment 638 de la Wehrmacht. Et puis Hitler n’avait guère confiance dans ces
Français, et donc un effectif maximum a pu être fixé à titre de précaution. Il
est dit qu’il ne fallait pas avoir un casier judiciaire trop chargé pour être
intégré, mais la solde équivalente à un soldat allemand, soit 20 francs par jour,
doublée par une prime de combat pour ceux qui iront sur le Front de l’Est,
auquel il faut rajouter 1 200 francs mensuels qui seront versés en tant
qu’allocation familiale, pouvait attirer des parasites et opportunistes. Le
légionnaire, avec ce dispositif, partait serein pour sa femme et ses enfants.
En juin 1944, rappelons que les miliciens devront intégrer
obligatoirement la Waffen-SS. Cela n’a pas dû poser beaucoup d’état d’âme, dans la
mesure où l’objectif initial était le même combattre le bolchevisme jusqu’à sa
mort. Ce qui distingue la différence d’état d’esprit entre membres de la LVF
et de la Milice française réside dans le fait que les premiers n’estiment pas
avoir trahi la France, mais au contraire défendue contre le « mal
bolchevique », tandis que les seconds utilisaient leurs armes contre des Français. Ce
qui les soude, c’est leur idéologie commune, anticommuniste, antisémite et
antimaçonnique. Par contre, ce qui distingue LVF et Waffen-SS est leur
rapport avec la religion, les miliciens étant généralement des catholiques
orthodoxes partis en croisade contre le communisme, les Waffen-SS étant
bien plus proche d’une « religion naturelle » et anti-chrétienne.
Signalons à propos de « l’épuration », que des associations françaises
interviendront, comme en 1945 à travers la Fraternité Notre-Dame de la
Merci, fondée en 1945, agissant pour le compte d’une branche de la Militiae
Sanctae Mariae, alias l’ordre des chevaliers de Notre-Dame, qui assuraient la
prise en charge des prisonniers liés à l’épuration. L’association continuera ses
efforts après la fin de la guerre d’Algérie, atteignant à la fin de la décennie
1970 près de 1200 membres. Elle déclinera ensuite, mais nombreux de ses
membres sont des anciens de la LVF ou de la division Charlemagne.
Milice française
C’est le régime de Vichy qui la créa le 30 janvier 1943. Jouant le rôle de
supplétifs de l’armée allemande et parfois de la Gestapo, elle traqua les
résistants, en particulier dans les maquis. Pierre Laval, alors chef du
gouvernement et notoirement plus radical que le maréchal Pétain quant à la
Collaboration, la présidera, et son secrétaire général est Joseph Darnand. Ce
dernier est en réalité la véritable cheville ouvrière de la Milice. Il militait
dans l’entre-deux-guerres à l’extrême droite (Action française, Croix de Feu,
32 puis au PPF), et sera inquiété pour ses activités dans la Cagoule dont il
dirigeait la section niçoise. Il soutiendra rapidement et activement le maréchal
Pétain, en rejoignant dès juin 1940 la Révolution nationale. À l’automne, il
contrôle la Légion française des combattants et ses 70 000 adhérents dans les
Alpes-Maritimes, avant de créer en août 1941 un Service d’Ordre
Légionnaire (SOL), toujours dans son département, qui se développera un peu
partout en zone occupée ainsi qu’en Afrique du Nord. Dès lors, il y aura de
fait collaboration avec l’occupant, et des méthodes violentes et de délation
qui caractérisera plus tard la Milice française. En janvier 1942, dirigeant au
niveau national le SOL, il s’installera à Vichy. C’est le maréchal Pétain qui
annoncera, le 5 janvier 1943, la transformation du SOL (15 000 membres)
en Milice française, à travers une loi.
La Milice était particulièrement virulente contre « la lèpre juive », mais
tout aussi anticommuniste, se proclamant aussi anticapitaliste et
révolutionnaire. En cela, ce sera un parti politique. Les résistants communistes des FTP
(Francs-Tireurs et Partisans) ne leur pardonneront pas leurs actes : 130
miliciens seront abattus lors des premiers mois de 1943, d’où la demande de
Darnand aux Allemands d’être équipés d’armes qui permettront de traquer
tous les maquisards et la population qui sympathisait avec eux.
Il sera un membre honoraire de la Waffen-SS en août 1943, élevé au grade
de lieutenant, nommé un an plus tard commandant. Il lancera dans la
publication de la Milice, Combats, un appel retentissant à rejoindre la Waffen-SS
pour combattre judaïsme et bolchevisme, ce qui pour lui sert à la cause
française. Les Allemands demanderont à Pétain de nommer Darnand au poste
de secrétaire général au maintien de l’ordre, à la place de René Bousquet, le
30 décembre 1943. Le 14 juin 1944, son poste changera d’intitulé pour
devenir secrétaire d’État à l’Intérieur. Notons l’élargissement au début de 1944
de la Milice à la partie du Nord du pays, avec des militants
collaborationnistes qui devront la rejoindre pour faire face à l’avancée des Alliés et
combattre la Résistance.
La Milice sera impliquée dans des actes de torture, mais aussi dans de
véritables massacres, faisant autant de victimes chez les civils que parmi les
résistants. Ces débordements firent un tant soi peu réagir Laval et Pétain. Ce
seront des vrais supplétifs de la Gestapo. Lors de la Libération, les miliciens
partiront en Allemagne pour y intégrer, au nombre de 1 800, la division
Charlemagne de la Waffen-SS, ce qui dû poser quelques soucis, les miliciens
voulant plus combattre les Anglais et Américains sur le sol français, que
d’affronter les Russes. Quant à Darnand, il fut exécuté le 10 octobre 1945.
Les miliciens auront été environ 30 000, pour un tiers armé à compter de
l’automne 1943. Des sources parlent d’une quinzaine de milliers de militants
réels. À l’intérieur, il y avait un peu de tout, y compris des incorporations
obligées, et des militants peu enclins à suivre une démarche où la probité
était demandée, des repris de justice figurant dans les rangs de la Milice. Ce
fut aussi un corps d’armée avec ses francs-gardes qui étaient mobilisables en
33 permanence, à la différence des sympathisants ou francs-gardes bénévoles,
appelés les bénés. Les véritables francs-gardes n’auront été que plusieurs
milliers, 4 000 au maximum, et auront été les seuls à être en uniforme, armés et
vivant en caserne. Précisons que la Franc-Garde a vu le jour en juin 1943.
Waffen SS française
Elle sera autorisée le 22 juillet 1943 par le gouvernement installé à Vichy,
avec une insertion du décret au Journal officiel. Mais dès février 1943, Hitler
avait autorisé que les citoyens français puissent rejoindre la Waffen-SS.
Précisons que bien avant cette date, des Français servaient déjà dans des unités de
la Waffen-SS ; ils auraient avoisinés le chiffre de 300.
Entre juillet 1943 et le mois d’août 1944, on estime à environ 6 000
Français qui se sont déplacés aux bureaux de recrutement, pour seulement 2 500
validations. Ce qui était très inférieur aux prévisions des Allemands. Joseph
Darnand, lui-même déjà SS, fournira une bonne partie de ses cadres de la
Milice, lui permettant en contrepartie de disposer d’armes fournies par le
Haut-Commandement de la Waffen-SS. L’unité s’appelle la 8.
Französishe-SSFreiwillingen-Sturmbrigade, ou Sturmbrigade Frankreich, alias Brigade
d’assaut-SSfrançaise. Elle comportera surtout des jeunes hommes, certains réussissant à
y rentrer alors qu’ils étaient mineurs. A partir du 5 août, les Français iront
combattre en appui des SS allemands en Galicie ; les Soviétiques infligeront
au millier d’hommes des pertes sévères : 150 morts, 600 blessés, et une
cinquantaine de disparus. Les combats cessèrent le 22 août.
La Waffen-Grenadier-Brigade der SS Charlemagne remplacera en juillet 1944 les
restes d’unités gravitant dans le giron de la Sturmbrigade SS Frankreich. La LVF
s’y fondera, avec ses 1 500 combattants encore en vie. S’y rajouteront les 1
800 francs-gardes de la Milice française. Le millier de survivants de la
Französische SS-Freiwilligen-Sturmbrigade, et un nombre équivalant en
provenance du camp de formation de Sennheim ; un autre millier de volontaires
de la Kriegsmarine ; plusieurs centaines de volontaires des Schutzkommandos, sans
oublier des hommes venant du Nationalsozialistische Kraftfahrkorps, le NSKK.
Cette force d’environ 7 300 hommes est commandée à la fin de 1944 par
l’Oberführer Edgar Puaud, ancien commandant de la LVF. Toutefois, c’est le
général Krukenberg qui sera son responsable. La nouvelle dénomination de
l’unité sera en février 1945 : 33. Waffen-Grenadier-Division der SS Charlemagne,
parmi les 38 divisions des SS.
Elle sera engagée rapidement en Poméranie pour contrer l’armée
soviétique. Ce fut un échec, les quatre bataillons étant sous équipés face à un
adversaire beaucoup plus nombreux, ayant de plus le soutien de l’aviation
alliée ; 2 000 hommes périrent dans la région d’Hammerstein. Peu après, les
troupes seront encerclées un peu plus loin par les soldats russes, l’essentiel de
ces soldats étant tués, hormis un bataillon qui se tirera d’affaire. Ce bataillon
dit « Charlemagne », derrière Heni Fenet, participera à la bataille de Berlin,
34 comptant un peu plus de 300 soldats, arrivant à détruire des dizaines de
chars russes, puis les survivants se réfugieront dans le métro le 27 avril 1945 ;
mais dès le lendemain ils reprendront le combat en protégeant le bunker
d’Adolf Hitler, jusqu’au 2 mai. Le comble étant que le Führer s’était suicidé,
et que ce seront des Français qui seront les derniers sur place… D’autres
Waffen-SS français iront combattre simultanément les Américains en Bavière.
Au total, des spécialistes affirment que 30 à 40 000 Français revêtiront
l’uniforme allemand, une dizaine de milliers s’enrôlant dans la Waffen-SS,
choisie souvent pour être une unité d’élite. Politiquement, les engagés
pensent lutter contre le bolchevisme et non pas avant tout pour l’Allemagne ; ils
luttent pour un ordre nouveau et une nouvelle Europe expurgée du
communisme et de la bourgeoisie. Et nombreux seront les collaborationnistes
radicaux à s’engager durant la phase ultime du conflit, avides d’en découdre
avec un autre ennemi que leurs propres compatriotes.
En guise de synthèse de ce chapitre, je vais émettre deux observations.
Le premier consiste à dire que les phénomènes de collaboration et
d’appartenance à la Waffen-SS française ne sont pas anodins, en terme
quantitatif. Bien sûr, on peut objecter que c’est une fraction infime de la
population qui a été concernée. Mais est-ce qu’il y avait beaucoup plus de
combattants au sein des maquis, au début des années quarante ? La grande
différence réside dans la plus grande sympathie de la Résistance parmi la
population, quoique le phénomène de délation des Juifs et résistants a aussi
été massif… Selon mes comptages, toutes structures confondues, les
adhérents aux groupes qui ont collaboré avec l’occupant sont entre 220 000 et
334 000. Quant aux miliciens de la LVF, de la Milice française et les
postulants à la Waffen-SS, ils seront entre 80 000 et 90 000. Ce qui, au final,
représente de 300 000 à 424 000 personnes. Si l’on faisait un rapprochement
avec la période actuelle, au regard de l’évolution de la population, ce serait
aujourd’hui bien plus de personnes qui seraient impliquées dans des
démarches similaires. Bien sûr, le contexte est bien différent, mais cela pose
néanmoins certaines questions.
Ensuite, nous avons perçu les différences de vision de ces courants
vis-àvis de la religion, avec les collaborationnistes largement dominés par le
catholicisme que l’on qualifierait de nos jours comme « traditionalistes », tandis
que ceux qui rejoindront la Waffen-SS seront plutôt néo-païens. Et lorsque
l’on traite du néopaganisme, on y trouve entres autres courants le
néodruidisme, la mythologie nordique et celle particulière aux Vikings. Simplement
gardons en mémoire ces aspects, qui permettront de faire des liens
intéressants entre hier et aujourd’hui, à travers certaines nébuleuses néo-fascistes ou
carrément néo-nazies qui seront abordées.
35 LES MILITANTS « AUTHENTIQUES »
LA MOUVANCE NATIONALE-SOCIALISTE (NS)
La logique de la démographie fait que le dernier carré des anciens nazis
et collaborateurs s’éteint. Sauf que ces militants ont eu tout leur temps, des
dizaines d’années, pour faire passer leurs messages et former des nouvelles
générations militantes. Ils ont aussi su s’adapter, en rentrant dans des
formations ayant pignon sur rue, et au Front National (FN) plus particulièrement
lors de sa fondation. Certains d’entre-eux provenaient de groupuscules qui
ont été fédérés autour du projet frontiste.
Depuis longtemps, les nouvelles recrues sont attirées par le passé des
anciens leaders et baroudeurs, qui font la fierté de leur organisation. Les jeunes
vont rechercher telle ou telle personnalité, et les faits d’armes comptent dans
ce choix. Ils sont en quête d’un référent. Imaginez une « causerie » autour
d’un feu de camp organisé à l’occasion d’un solstice, après des entraînements
physiques éreintants, où l’ancien est un baroudeur qui va conter aux plus
jeunes l’intensité des combats qu’il a vécus, par exemple au cours d’une
guerre coloniale ou contre les « bolches », l’envoûtement est assuré.
Dans ce genre de structures, il ne saurait y avoir une remise en cause du
chef, même s’il se trompait. Il peut certes y avoir des divergences, mais qui
seront l’apanage des « chefs » et de leur garde rapprochée. Le militant de
base n’est autre qu’un soldat politique, qui doit respecter une discipline
quasiment militaire. Une désertion peut parfois être punie du châtiment le plus
fort et il y a eu ainsi des exécutions de militants de l’OAS qui devenaient
dérangeants. Plus tard, il a eu de très grosses pressions sur des militants
soupçonnés de trahison, chez Occident, Ordre nouveau ou, plus près de
nous, chez Nomad 88. Et, parfois, nous sommes si proches d’un climat de
haine entre fractions que le bain de sang est proche. On a pu le percevoir
dans les années soixante-dix à la faculté de droit de Paris-Assas où le GUD
(Groupe Union Droit puis Groupe Union Défense)-Ordre nouveau avait
saboté un meeting du FN, 2 à 300 militants de chaque camp se faisant face
dans un climat de tension extrême où l’on resta au stade des invectives ou des
crachats, la moindre violence physique ayant entraîné certainement des
morts, dans la mesure ou des militants des deux côtés serraient fortement
leurs armes de poing dans leurs poches... On vit d’ailleurs un peu plus tard
des affrontements au cocktail molotov et au nunshaku entre le GUD et le
GAJ (Groupe Action Jeunesse, une scission d’Ordre nouveau) qui fit des
dizaines de blessés, les dizaines de « Gajmen » finissant carrément tous à
l’hôpital. Il faut dire qu’Alain Robert, le chef du GUD, pouvait facilement
mobiliser une faune d’individus plus « loubards » que théoriciens, aimant
faire le coup de poing. On rencontra à d’autres reprises ces violences, comme
dans les années 80 entre Troisième Voie de Jean-Gilles Malliarakis et les
militants de la FANE (Fédération d’Action Nationale et Européenne), ces
derniers étant attaqués pour leur néo-nazisme. En 2013, lors des
manifestations de la droite radicale célébrant la mort de Sébastien Deysieu, le 12 mai
la tension était vive dans le cortège des Jeunesses nationalistes (Jeunesses de
l’Œuvre française) quand ils passèrent à proximité de celui de Troisième
Voie de Serge Ayoub, redoutant d’être attaqué pour de soi-disant
dénonciations et faits de délation à leur encontre. Quant aux Identitaires, ils auront
été menacés et malmenés, au moins sur le Net, en raison de leur soit-disant
soutien à Israël.
La violence est une donnée constante en règle générale chez l’ultra droite,
et pas seulement contre leurs adversaires classiques, gauche et son extrême,
mais donc entre partisans d’un même camp ou approchant. Cela a été très
perceptible lors de la campagne interne pour désigner le successeur à
JeanMarie Le Pen, qui s’est terminée dans des injures et des violences dans les
deux camps, partisans de la fille du vieux leader ou de Bruno Gollnisch, sous
fonds d’exclusions et de procès.
Souvent, le conspirationnisme est présent dans ce type de formation,
reprenant les mythes du début du fascisme et surtout de l’idéologie
nationalsocialiste, avec aussi de l’occultisme, avec des rites initiatiques et beaucoup
d’ésotérisme, visant à mythifier le rôle du preux chevalier combattant le Mal.
L’iconographie est révélatrice de l’origine des structures, reprenant
beaucoup à celle du Troisième Reich ou aux collaborationnistes. Tout est
fondamentalement codé, pour attirer subtilement l’attention de ceux qui sont
en mesure de décrypter un visuel, le même qui paraîtra anodin au plus grand
nombre, une pratique sectaire et visant à brouiller les pistes pour des raisons
de sécurité. Il y a aussi un véritable code vestimentaire, qui permet de
s’habiller de pied en cap selon son appartenance politique.
Un point de repère important est l’année 1962, dans la mesure où il s’agit
de la création de la section française de la WUNS (World Union of National
Socialists), en lien avec d’anciens de la Phalange française animée par Charles
Luca et du Mouvement populaire français de Paul Bocquintin qui lancera
ensuite une Phalange brune nationale-socialiste. Cette initiative appartient à
Françoise Dior, dont le père, Raymond Dior, travaillait au journal
d’extrême-droite Le crapouillot, sa mère, Madeleine Leblanc, étant la nièce du
couturier Christian Dior. Elle sera rejointe par une poignée d’étudiants, et
des plus anciens, dont dès la création Yves Jeanne, (ancien Waffen-SS de la
division Charlemagne) qui en prendra le contrôle en 1964, secondé
notam38 ment par Daniel-Louis Burdeyron. Après avoir été monarchiste, elle admira
donc Adolf Hitler. Elle se fiancera l’été même avec John Tyndall, lors d’un
voyage en Angleterre, qui était un responsable du National-Socialist Movement,
le mouvement national-socialiste anglais. Il sera arrêté et emprisonné pour
ses activités paramilitaires et ce en compagnie d’autres militants. Enfin, elle
épousera peu après, en octobre 1963, Colin Jordan, qui sera libéré avant
Tyndall, d’où peut-être une explication de la farouche opposition politique
qui sépare les deux hommes. De retour en France, elle sera condamnée à
purger quatre mois de prison ferme pour avoir collé des svastikas sur les murs
de… l’ambassade d’Angleterre. De retour après un périple en
GrandeBretagne, elle sera condamnée à deux ans de prison pour avoir conspiré dans
le cadre d’incendies de synagogues. Revenant sur le sol français, elle
s’installera dans un presbytère à Ducey (Manche) en octobre 1970 pendant
six mois, en compagnie d’une autre néo-nazie : Savitri Devi-Maximine
Portas qui aura aussi aidé à la constitution de la WUNS. Ce sera une période
d’ésotérisme. Adhérant en 1983 au RPR gaulliste (Rassemblement Pour la
République), elle décédera dix ans plus tard des suites d’une longue maladie.
La WUNS version française rassemblera quelques dizaines de militants,
entraînés militairement par un ancien responsable des groupes de choc du
PPF doriotiste en 1939. La section périclitera à partir de 1964, gardant
toutefois des contacts utiles avec François Antoine (alias Pierre Clémenti) qui
formera ensuite les Jeunesses d’action européenne, section française du NOE
(Nouvel Ordre Européen). Son concurrent est le NSDAP/AO, parti
nationalsocialiste mondial, dont l’adresse est aux USA ; une section française existe
depuis 1977, parfois relayée par des skins NS en province en 1989-1990.
Revenons aux structures NS depuis 1945, et il y a nécessairement diverses
publications.
Le Mouvement Socialiste d’Unité Française (MSUF) existera dès
septembre 1948, sous la houlette de René Binet. Maurice Bardèche (beau-frère
de Robert Brasillach, exécuté lors de l’épuration), écrivain, va y participer.
René Binet est un ancien des Jeunesses communistes du Havre, exclu en
1935, qui rejoindra l’année suivante les trotskystes du PCI, le Parti
Communiste Internationaliste, et il passera ensuite à la Collaboration durant la
Seconde Guerre mondiale. Il compta environ 2 à 300 adhérents, et son profil
est raciste et antisémite, une véritable continuité. Face à ses déclarations, il
sera dissout dès mars 1949. Suivra l’édition d’un bulletin à diffusion
confidentielle, La sentinelle. Il dirigea un autre bulletin qui cessera ses activités en
1951 : Le nouveau Prométhée, où il developpa ses thèses « racistes-biologiques ».
En 1948, un Front des Forces Françaises (FFF) est initié par trois
personnes : Estèbe, Paret et de Tregourd. Il est implanté dans le Sud-est,
publiant le mensuel La lutte. Il tentera de proposer l’unité d’action aux autres
groupes néo-nazis. Rassemblant quelque 200 adhérents, il rejoindra le
Mouvement Social Européen (MSE).
39 Le Nouvel Ordre Européen (NOE) sera fondé à Zürich le 28 septembre
1951, par Gaston-Armand Amaudruz (qui collaborera plus tard à L’élite
européenne, « périodique de combat pour la culture indo-européenne »). L’Élite
européenne est à la fois un groupe et un mensuel d’orientation néo-fasciste,
animés par Philippe Asselin à partir de 1969, avec une orientation très
catholique-traditionaliste. C’est le fruit du travail d’une équipe venue
d’exOccident. Il y aura un début de travail en commun avec Ordre nouveau,
puis son départ de cette nouvelle structure l’entraînera dans le déclin et à la
disparition. Elle regroupait quelques dizaines de militants. Le directeur de la
publication était donc P. Asselin, secondé par le directeur, Joël Frémond, qui
ont été tous les deux membres du comité de parrainage du Cercle
Renaissance, un appendice du CNIP, Centre National des Indépendants et des
Paysans, qui sera une passerelle pour accueillir des nationalistes en instance
d’être recyclés vers la droite parlementaire. Pierre Pauty, du futur PNF, en
fera partie.
Il s’agit d’une scission du MSE. Ce Mouvement Social-Européen, de
tendance néo-fasciste, créé en mai 1951 à Malmöe. Les groupes français s’y
étant inscrits étaient : le Front des forces françaises ; l’Union des jeunes
générations françaises ; le Comité de soutien au Nouveau Prométhée ; le Groupe
d’études de Lettres de la Sorbonne ; L’Avant-garde française ; Force et Vie ;
le PRUP ; le Cercle Jacques Bainville ; la revue Mai ; Napoléon Europe ; La
citadelle ; le Parti nationaliste français ; Paroles françaises. Ce MSE ne sera
certes pas l’ « Internationale noire » tant fantasmée, du fait de la grande
hétérogénéité des groupes allant des deux types de « néo », fascistes et
nationaux-socialistes. Toutefois, il regroupera des dizaines de structures et
des milliers de membres, sous la houlette de son fondateur : Maurice
Bardèche. L’idylle ne perdurera pas plus que quelques mois, notamment pour la
branche française, du fait des menées scissionnistes de René Binet, qui
tentera vainement de s’allier avec l’extrême gauche, se faisant chasser de par ses
thèses racistes. En 1966, il ne restera plus grand-chose du MSE, un de ses
leaders, Yves Jeanne, quittant le mouvement et rejoignant la FANE.
Cette scission du MSE, pour fonder le NOE, sera encore plus à droite (si
l’on peut s’exprimer de la sorte, car un véritable NS ne sera jamais
assimilable à la Droite ou la Gauche) et regroupant notamment beaucoup de
néonazis. On l’appellera souvent l’ « Internationale noire », fédérant à la fin des
années 1950 une cinquantaine de groupes ainsi que plusieurs milliers de
militants. En France, quelques dizaines de contacts seront supervisés par l’avocat
Daniel-Louis Burdeyron (basé sur Lyon, d’où le congrès de 1974 qui se
tiendra dans cette ville, où les délégués français seront Ralf Guérin-Sérac et
Pierre Clémenti de L’action européenne et ancien co-fondateur de la LVF). Sa
publication est Le combat européen. Si son siège central est en Suisse, des
sections ou contacts existeront sur l’ensemble des continents. Notons que Daniel
Burdeyron sort le bulletin Peuple et Nation, et il défendra durant plusieurs
déecennies des anciens nazis, néo-nazis ou militants nationalistes. Son 19
40 congrès se tiendra de nouveau à Lyon, représenté par les FNE pour la
France.
Quant à Peuple et Nation, ce fut aussi un groupuscule, animé donc par
Daniel-Louis Burdeyron comme secrétaire général, et créé par Charles Luca,
ancien fondateur de la Phalange française puis du Mouvement populaire
français, déclaré sous forme de « club » en 1976, alors que le bullletin
paraissait depuis 1974 et dont le directeur et responsable de la publication est
Denis Charles. Il sera en conséquence une des expressions en France du
Nouvel Ordre Européen (NOE) avec l’Action européenne et Combat européen
(dont le président d’honneur est Pierre Clémenti en 1974, assisté de Gaston-
Armand Amaudruz, avec un comité de rédaction comprenant J.-P. Sohyer et
R. De Witte), qui est le mensuel de cette Action européenne ; notons au
passage que Pierre Clémenti appellera à voter Giscard d’Estaing en 1974. Le
groupe draine plusieurs dizaines de militants de la région lyonnaise,
largement antisémite et NR (nationaliste-révolutionnaire). Un autre de ses
militants connus est Joseph Soulage. C’est un groupuscule néo-nazi dirigé
par l’avocat Daniel-Louis Burdeyron (qui rejoindra ensuite l’hebdomadaire
Rivarol) qui défendra notamment la FANE. Le groupe appartient au NOE, le
Nouvel Ordre Européen, au même titre que l’Action européenne et Combat
européen. Il se démarque complètement des militants qui travaillent pour le
compte de certains services, comme « (…) M. Albertini et tous ses laquais,
nationaux ou RI » (Républicains Indépendants, la formation de Giscard
d’Estaing), préférant lutter « pour notre peuple et pour sa révolution »,
développant son anticapitalisme et son antisémitisme. François Duprat rejoindra
en août 1973 les Comités d’action européens dirigés par Pierre Clémenti, un
ancien collaborationniste qui créa en 1934 le Parti Français
NationalCommuniste (PFNC, dont un des principaux leaders est un certain Robert
Hersant, futur patron de Presse) qui travaillera de concert avec Henri
Coston, antisémite avoué et directeur parisien de la LVF. Il partira combattre
sur le Front de l’Est et sera condamné à mort par contumace, avant d’être
libéré. Fondateur avec d’autres du NOE, il sera un des dirigeants du
Rassemblement Européen pour les Libertés (REL) créé dans la foulée d’Europe
action et participera à la fondation d’Ordre nouveau en 1970, avant de le
quitter un an plus tard. Et donc le lancement de L’Action européenne (fusion du
Courrier du continent de Gaston-Armand Amaudruz, organe du Nouvel ordre
social basé à Lausanne, et du Renouveau national de Jean-Paul Sohyer) en 1973
sera l’aboutissement d’une rupture opérée deux ans plus tôt avec
JeanRobert Debbaudt de L’Europe réelle. Des JAE (Jeunesses d’action européennes)
seront mises en place, sous la responsabilité d’un secrétariat central animé
par Jean-Pierre Blanchard, procédant à des stages intensifs sous la houlette
du Groupe Charlemagne, s’exerçant notamment en montagne, tandis que
ces activités étaient interdites aux filles. Des « Cadets » y accueilleront des
jeunes de 11 à 16 ans, et l’ossature comprendra des branches « scoutisme » ;
« jeunes travailleurs », « lycéens et étudiants ». Des membres de la FANE
41 participeront à ce courant. Les sections de la Région parisienne devront
rapidement faire face à des militants refusant de suivre ce qu’ils appellent des
mythomanes. On y sent l’empreinte d’un François Duprat avide de régler ses
comptes avec Ordre nouveau dissous. Dans son numéro 11, daté de
septembre 1974, on y croise un article : « Justice pour Hitler » et une invitation
de François Brigneau de Minute à rejondre le Comité d’Initiative pour la
Construction d’un Parti Nationaliste (CICPN) qui débouchera sur la
fondation du PFN, Parti des Forces Nouvelles. Toujours dans ce numéro, Laurent
Goetz composera sur le thème de la « guerre générique » ce qui suit :
« (…) Les Nord-africains, Antillais, Malgaches et Asiatiques colonisent la France.
Les hommes de couleur se dsipersent dans toute l’Europe et n’ont qu’un objectif :
féconder nos filles déjà mises en condition par les grands principes mondialistes
et la légende de la ‘virilité exceptionnelle’ des mâles bruns, haunes et noirs ! Tout
homme de couleur tend à se blanchir dans sa descendance en recherchant la
copulation avec une femme blanche (blonde de préférence) ».
Lorsque le Front National de la Jeunesse (FNJ) sera lancé, des jeunes issus
des CAE y seront partie prenante, tandis que d’autres rejoindront la FANE.
Dans les années 1958 à 1960 émergea un Mouvement populaire français,
doté d’un uniforme similaire à celui des nazis, et doté d’une section ouvrière
du nom de Syndicat national populaire dirigé par un ancien Waffen-SS, J. M.
Sorel. Ce MPF est la résultante de l’activité du PSF et de la Phalange
française, cette dernière étant fondée en 1955 par Charles Luca (de son vrai nom
Charles Gastaut, neveu de l’épouse du collaborateur Marcel Déat). Cette
structure sera dissoute le 15 mai 1958 par un décret. Son ancienne
organisation, les commandos de Saint-Ex, seront aussi dissous en novembre 1949, du
fait que ses centaines de membres s’entraînaient militairement dans des
camps réunissant des néofascistes, et qui continueront leurs actions autour du
mouvement Citadelle. Ce mouvement sera transformé à son tour en octobre
1952 en Parti socialiste français, puis en Phalange française en 1955. Et c’est
de nouveau une dissolution qui sera exécutée le 15 mai 1958, qui
n’épargnera pas non plus Jeune Nation, le Front d’action national et le Parti
patriote révolutionnaire. Lui succèdera alors un Mouvement populaire
français le 16 juin 1958, lui-même dissous à l’été 1960. Ouvertement raciste à la
manière du Troisième Reich, il sera un des courants entre néo-fascisme et
néo-nazisme de l’après-guerre. Au final, C. Luca se réfugiera en Italie, son
groupe alors périclitera.
Un « Ordre vert » est plutôt une secte, lancé en 1970, ultra raciste et
louant les mérites de la race aryenne.
Le Club Charles Martel est une structure terroriste qui agira entre le
début des années 1970 et 1980, ou du moins des individus utiliseront la même
appellation. Il commettra un attentat meurtrier le 14 décembre 1973 contre
le consulat d’Algérie à Marseille, occasionnant 4 morts et 20 blessés. Dans
son tract de revendication, on lit :
42 « Nos hospices, cliniques, hôpitaux, maisons de repos, sont littéralement occupés
par les arabes et payés par la communauté française. Aux arabes est due la
recrudescence des délits de toutes sortes, de maladies (vénériennes et autres), de
viols, vols, égorgements, proxénitisme (…) Français, imitez les Algériens qui nous
ont expulsés par violence. Imitez le FLN. Plastiquez les mosquées, les bistrots, les
commerces arabes. Abattez ces occupants avant qu’ils n’aient tous les droits sur
nous ».
Dans le même genre de groupe activiste figure le Commando Delta,
reprenant ainsi le nom des commandos de Roger Degueldre de l’OAS (ils se
chargeront entre autres activités d’éliminer tous les traîtres à leur cause),
attaquera en décembre 1977 le siège de l’Amicale des Algériens en Europe,
tuant le gardien de son local, et revendiquera l’assassinat commis le 4 mai
1978 d’Henri Curiel, assimilé à un agent du KGB. En 1997 naîtra le
Mouvement Unifié de Résistance et d’Action (MURA), un réseau terroriste
clandestin visant à défendre les Français et opposé à l’ « l’invasion
algérienne ». Des « Commandos de France » exerceront des activités terroristes
en 1981, dans le Sud et Sud-Est, notamment contre des associations jugées
trop proches de SOS-Racisme. Et puis des « Commandos de France contre
l’invasion maghrébine » commettront une série d’attentats dans la même
région en 1986.
Phalange nationaliste-Groupe action fut un mouvement clandestin
néonazi des années 1970.
National-Socialisme International (NSI) est l’œuvre en 1975 de l’éternel
Jean-Claude Monet, petit-neveu du célèbre peintre, très prolifique en
création de micro-groupuscules. Il organise des camps paramilitaires, et aurait
disposé de contacts avec des militants de la FANE, des GNRB ou des
activistes italiens, sans oublier des liens avec le NSDAP-AO américain. Toujours
en 1975, surgit un groupuscule clandestin et déclaré NS : Socialisme
National Européen (SNE), animé par d’anciens militants du PNF, Parti
Nationaliste Français ; il est implanté dans la banlieue ouest parisienne, et
plus particulièrement dans les Yvelines (ce qui reste une constance en 2014,
e après le 15 arrondissement de Paris). Il finira par rejoindre en 1977 le GNR
de Paris, tendance F. Duprat, qui l’avait déjà aidé concrètement. Le groupe
rédigera un Manifeste, autant anti-gaulliste qu’anti-communiste. Voici leur
profession de foi :
« (…) Nous sommes des révolutionnaires désireux de vivre libres, dans une
société respectant l’héritage de nos ancêtres, soit vingt siècles de civilisation
occidentale. Nous refusons les injustices sociales du capitalisme, de même
haïssons-nous la sinistre grisaille marxiste. Nous dénonçons les agressions
constances que subit notre terre, l’Occident, et notre ethnie, la race blanche. (…) Le
SNE est un groupe de combat politique clandestin (…) Nous avons pris la
résolution d’amener notre lutte sur le terrain physique ».
Nous reparlerons plus loin des autres groupes formés par ce M. Monet.
43 Le Cercle Balder est un groupe et un bulletin, expression du Front de la
jeunesse en Normandie, en 1975. Son animateur, M. Emmanuel Ratier,
quittera en 1976 cet appendice du PFN (Parti des Forces Nouvelles), parce
que trop lié aux partis de droite traditionnels, et en particulier les partisans
de Jacques Chirac. Sur la ville de Rouen, 35 jeunes suivront le mouvement,
et certains se radicaliseront bien plus. Il organisera des stages, fêtera le
solstice d’été où l’on pratique « tir, lutte à main nue, barres, nunchs, joutes,
immense feu, chants ». Il disposait alors d’un confortable local situé en
centre-ville de Rouen. Il se rabibochera ensuite avec le PFN, refusant de
rejoindre les GNR. Olivier Danet, du SO du PFN et habitué de « affaires
spéciales », en fera partie. L’aspect NS est illustré par de nombreuses photos
de militants arborant la croix gammée et tendant le bras.
Alarme a publié quelques bulletins diffusés confidentiellement à partir de
1978, s’affirmant « traditionnaliste-révolutionnaire-antisioniste ». Il est très
provocateur, pour qui le svastika n’est autre qu’un « symbole universel ». Son
sigle représente un glaive et une croix celtique. Dans son second numéro
(août 1978), il détourne un célèbre chant révolutionnaire, La Varsovienne, pour
y mettre ses propres paroles :
« En rangs serrés, l’ennemi nous attaque
Autour de nos emblèmes, groupons-nous
Que nous importe la mort menaçante
Pour notre cause soyons prêts à mourir
Mais l’Européen courbé sous la honte
Ne doit avoir qu’un seul étendard
Une devise : honneur, fidélité
Fraternité de tous les combattants
Les démocrates, pourisseurs de la race
Seront jugés et à mort condamnés
Ceux qui sont morts pour nos grandes idées
N’ont pas en vain combattu et péri
Contre les marxistes et les ploutocrates
Contre les rois et les églises pourries
Nous lancerons la vengeance puissante
Et nous serons à tout jamais victorieux ».
Les amis de Barbie, proches de Serge Ayoub, s’étaient illustrés en 1985,
au cours du traditionnel cortège du Front national pour célébrer Jeanne
d’Arc ; ils se heurtèrent à 20 ou 30 au Service d’Ordre du FN.
44 Sur cette même période, une Jeunesse nationale européenne, de tendance
ultra-fasciste sinon d’orientation NS, créa un mouvement scout : Viking
jeunesse.
SS 88 Levant est un groupe NS de la décennie des années 1970, qui aurait
eu des liens avec Ordre nouveau. Un de ses membres est bien connu :
François Hamon, ancien parachutiste puis policier à la Brigade antiterroriste,
passé par l’OAS et assassin d’un Arabe en 1959, d’où sa révocation. Il
attaquera des cafés arabes en 1968, puis rejoindra Ethologie du parti européen à
Bruxelles. Organisateur de réunions internationales NS, il sera arrêté en
1980 avec une importante quantité d’armes et de munitions. Il jouera par
ailleurs un certain rôle dans l’organisation de rencontre entre des néo-nazis
de différents pays sur le sol français.
La FANE (Fédération d’Action Nationale et Européenne) est ancienne,
puisque fondée en 1966 par la fusion de trois groupuscules : le Comité de
soutien à L’Europe réelle (une dizaine de militants) ; Action-Occident de Marc
Frédriksen, ancien d’Occident et proche de Pierre Sidos (une demi-douzaine
de militants), et les Cercles Charlemagne, soit deux ou trois exclus
d’Occident. Sa ligne politique sera dès le début en soutien aux Palestiniens
(ce qui est rare à l’époque, d’autant plus que ces groupes sont souvent
d’inspiration marxistes, provoquant en 1967 un départ important vers
Occident), et surtout contre l’État d’Israël. Elle sera dès la guerre des Six Jours
inquiétée pour son antisémitisme, une véritable marque de fabrique. Elle
peinera à recruter, sera rejointe pour une courte période par le groupe
Révolution européenne. Yves Jeanne, ancien de la division Charlemagne, la
rejoindra, alors qu’éclateront de nombreux conflits internes. Néanmoins, le
groupuscule détient un local parisien, et… un micro service d’ordre, allant
jusqu’à protéger les réunions des Comités Palestine de l’autre bord !
C’est en 1978 que la FANE va s’étoffer, grâce au renfort des militants des
GNR (Groupes Nationalistes-Révolutionnaires de feu François Duprat).
Déjà, Les cahiers européens des GNR étaient jumelés au titre de la FANE : Notre
Europe. Ce rapprochement permettra d’ailleurs à faire présenter M.
Frédriksen aux élections municipales en Seine-Saint-Denis sous les couleurs du
FN, en 1977. En fait, quand François Duprat décédera lors d’un attentat, les
solidaristes rivaux rentreront au Front et en chasseront les tenants de la ligne
nationaliste-révolutionnaire.
La FANE organise de nombreux camps, fêtant le solstice d’été (dans leur
uniforme bleu-gris ou chemise noire, avec bottes et baudrier) avec des
camarades étrangers, le plus souvent allemands. Dans le cadre de sa dissolution
pour avoir commis des attentats racistes ou antisémites (ou du moins très
fortement suspectée), la police saisira un fichier avec environ 500 noms… dont
21 policiers, 3 étant alors en service commandé (sans compter les
indicateurs). 500 membres, ce n’est pas rien pour un tel parti carrément néo-nazi,
disposant de multiples implantations locales. Même si en septembre 1980 la
police ne recense que 60 militants en région parisienne et 200 militants actifs
45 en province. Comme à l’accoutumée, la section la plus active en région est
celle de Nice, comprenant 20 à 30 militants, dont des réfugiés italiens, et
sortant son propre bulletin. La provocation est régulièrement utilisée, une liste
de personnalités juives sera transmise au MRAP, association antiraciste et
luttant contre l’antisémitisme, débouchant sur une douzaine d’interpellations
et deux inculpations. Le Nord et la Seine-Maritime sont aussi représentés, là
où se trouvaient des anciennes implantations des GNR. Beaucoup d’actes de
violences proviennent de ses militants, sous couvert de groupes
fantomatiques, comme les Groupes Charlemagne ou Vengeance Peiper, dont des
attentats au plastic. Il en va ainsi pour des signatures comme ONR, qui
visera le résistant Paul Cacheux à travers des bombages. ONR est fréquemment
utilisé dans sa presse où l’on parle de « responsables ONR », qui visiteraient
divers pays à la recherche de contacts, et signifiant Organisation nationaliste
révolutionnaire, groupe mystérieusement inconnu. Idem pour l’Organisation
autonome des néo-nazis d’action, qui lancera des intimidations à la même
personne en 1976, du fait que M. Cacheux avait dénoncé la présence à
Vesoul du criminel de guerre Joachim Peiper. Sa maison sera incendiée, la
quincaillerie où il travaille plastiquée, et de nombreuses lettres de menaces
expédiées depuis l’Allemagne. Et les murs tagués seront assortis du sigle de la
FANE.
Une publication se voulant humoristique, L’immonde, revendique avec
cynisme certaines de ces actions ; il s’agit d’une création de la FANE, datant de
1977, avec la mention « Le combat européen ». Il comprend des bandes
dessinées, antisémites ou critiquant avec violence le GUD :
« Prêt à accepter les arabes et les noirs (les juifs, c’est déjà fait), ce qui s’appelle
faire preuve d’un bel esprit humaniste, ce merveilleux syndicat d’extrême droite
n’a pas hésité à ressortir ses barres de fer pour interdire un meeting de J.-M. Le
Pen qui venait à Assas avec sa bande de fachos. Nous ne pouvons que féliciter le
GUD pour ses actions en la faveur de la liberté d’expression ; à quand un comité
antifasciste patronné par le GUD et le PFN ? ».
Certains de ses correspondants étrangers seront emprisonnés ou entrés
dans la clandestinité après des attentats, notamment en Espagne, Italie et
Allemagne. Peu avant d’être dissoute, la FANE avait lancé un Centre de
culture européenne.
Une affaire étrange éclatera en 1980 où le garde du corps de M.
Frédriksen est vitriolé pas des militants sionistes, alors qu’il venait à peine de
déclarer qu’il avait en réalité noyauté le groupe pour le compte de certains
milieux juifs. Il s’agissait de Jean-Yves Pellay, chef et instructeur du service
d’ordre. Son président d’honneur est alors Henry-Robert Petit, ancien
secrétaire général du Rassemblement anti-juif avant la guerre, puis adjoint au
responsable des Affaires juives pendant l’Occupation, Darquier de Pellepoix.
Auteur de livres antisémites et antimaçonniques, il décédera en 1985, ayant
dirigé auparavant le Lien du Lynx club et de créer un Syndicat national de la
presse indépendante. Le groupe est totalement opposé au PFN traité de
46 « chien du régime » par des militants, et s’affronteront aux militants
solidaristes du Groupe d’action solidariste ou de Jeune nation solidariste. Ces
derniers comme d’autres militants nationalistes ou nationaux les traitant de
« zozos », voire de « nazillons ». C’est dans ce cadre amical que la Librairie
française sera saccagée par les uns, tandis que les autres répliqueront en
plastiquant l’appartement de Frédriksen.
Dans un premier temps, un premier Conseil des ministres prononcera sa
dissolution, le 3 septembre 1980, pour « Les manifestations violentes
organisées par ce mouvement dont l’un des buts exprimés est l’installation d’un
nouveau régime nazi, l’organisation paramilitaire de cette association et ses
incitations à la discrimination raciale ». Puis suivront deux jugements
prononçant la dissolution de la FANE, en date du 30 septembre 1984, puis du
24 janvier 1985, cassés par le Conseil d’État les 31 octobre 1984 et du 16
juin 1987, avant que le Conseil des ministres ne prononce la dissolution
définitive à nouveau.
Dans la perspective de la dissolution de la FANE, il fallait trouver un
moyen pour continuer les activités du défunt parti, et le nouveau sigle
abandonnera tout simplement la lettre A, pour devenir FNE, Faisceaux
Nationalistes Européens, sans être inquiété pour « reconstitution de ligue
dissoute ». Les FNE seront lancées en juillet 1980. Des 500 contacts de la
FANE, il ne restera que plusieurs dizaines de militants, et une mouvance
d’environ quelques centaines de sympathisants. La dissolution a refroidi
certaines ardeurs, sans oublier le nombre important de policiers infiltrés, et ceux
qui iront voir ailleurs. Un apport minimaliste sera celui du
microgroupuscule nantais SNE (Socialisme National Européen). Le titre Notre
Europe continuera à sortir, à l’instar de ce qui s’était déroulé lors de la
dissolution de la Ligue communiste trotskyste en 1973, l’hebdomadaire Rouge
continuant sa parution en toute légalité. Son directeur de publication,
Claude Domino (plus tard se succéderont à ce poste Joël Giraudineau, puis
Christian Coutard), sera néanmoins condamné à plusieurs reprises pour
certains écrits. Le titre sera plus tard transformé pour devenir Notre Europe
combattante. En 1980, une perquisition permettra de saisir 58 fiches
d’adhérents, 61 d’abonnés et 441 fiches de sympathisants, dont 140 sur la
Région parisienne, 250 en province et une quarantaine à l’étranger. Sans
omettre environ 300 abonnés qui seront ensuite identifiés.
Les responsables sont : Marc Frédriksen, Michel Caignet, Paul-Louis
Durand (ancien policier), Marc Gillet. Les traditionnels banquets visant à
célébrer la date de naissance d’A. Hitler dans une célèbre brasserie
parisienne seront maintenus, certains portant l’uniforme du parti. Ce sera le cas
le 22 avril 1990 chez « Jenny », et ce malgré des menaces. La salle retentira
de Sieg heil ! Et de chants hitlériens.
Un Comité objectif boycott contre la répression nationaliste ou Comité
Objectif entraide et solidarité avec les victimes de la Répression
Antinationaliste (COBRA) sera animé en 1981 et 1982 par Olivier Devalez, afin
47 de venir en aide aux militants inquiétés par la répression policière ; il se
situera dans la mouvance de l’ex-FANE. Sa base est au Havre et il publia un
bulletin, Cobra-informations (1983-1985) d’inspiration néo-nazie.
Un certain nombre de militants « en cavale » seront hébergés par ces
camarades, depuis la FANE, et une dizaine de militants de sa mouvance iront
combattre l’arme à la main l’armée serbe en ex-Yougoslavie en 1991 ; ils
seront rejoints par près de 200 nationalistes de différents pays,
ultranationalistes ou néo-nazis. Un militant aguerri et grand voyageur, Michel
Faci (alias Michel Leloup et ancien GNR), sera inculpé en 1991 pour
détention d’explosifs. Le parti avait toujours été infiltré par des fonctionnaires des
Renseignements généraux, de sa naissance jusqu’à sa fin. En 1992, l’équipe
devient squelettique, animée par Frédriksen, Joêl Giraudineau, Bernard
Lanza, pour ne disposer pas plus de quelques dizaines de sympathisants.
Notons une des couvertures de son bulletin, en 1992 : « Hitler : le centenaire » il
faut dire que déjà, lors d’un procès en 1980, Frédriksen s’exprimera en
expliquant qu’il était ici « comme le représentant des nationaux-socialistes qui
sont persécutés depuis 35 ans ». Après plusieurs vagues, le reste des
« troupes », estimées à une trentaine de proches et de militants, va rejoindre
les rangs du PNFE, les tout derniers étant une dizaine en 2014, et dans
l’incapacité d’organiser leur traditionnel banquet pour fêter la date de
l’anniversaire d’A. Hitler. D’autre part, la FANE était affiliée au CEDADE,
Cercle Espagnol Des Amis De l’Europe, groupe NS fondé en RFA le 22 août
1965, et qui comprend de nombreux anciens Waffen-SS, tel Otto Skorzeny.
Le cercle a été officiellement créé en Espagne, le 30 septembre 1966. Ce
cercle est alors des plus structurés, doté d’une « section défense » et d’un
« Groupe de combattants ». Elle est à la fois membre du Nouvel Ordre
Européen (NOE) ainsi que de l’éphémère Eurodroite, rassemblant des Italiens,
Espagnols et membres du PFN, Parti des Forces Nouvelles. La publication
dans les années 1970 en France était Projets et références. La structure s’est
officiellement dissoute en octobre 1993.
Une Phalange nationaliste-groupe action, un mouvement clandestin
néonazi, fera peu parler d’elle dans les années 1970. Dans le même registre, des
Sections phalangistes de sécurité attaquèrent le 4 février 1977 la Librairie
epalestinienne dans le 20 arrondissement de Paris.
Le devenir européen, groupuscule d’obédience NS est fondé en 1978 par
Yves Jeanne, publiant une revue du même nom, qui se dit « organe
ethnistesocialiste de doctrine et d’information » dont la parution sera régulière de
1978 à 1981, pour reprendre en 1983, grâce à l’apport de militants
provenant de la FANE, suite à sa dissolution. Yves Jeanne n’est pas inconnu,
puisqu’il s’était illustré en tant que monarchiste avant-guerre, avant de
devee nir sergent recruteur de la 33 division de la Waffen-SS Charlemagne, en
qualité de militant du PPF collaborationniste de Jacques Doriot.
Entretemps, à la fin des années 1950, il animera Les amis de Défense de
l’Occident, puis un Parti français national-communautaire. En 1962, il sera
48 aux côtés de Françoise Dior pour fonder la section française de la WUNS,
l’Union mondiale des nationaux-socialistes. En 1967, il rejoindra la FANE,
avant de démissionner en 1970. Plus tard, il participera au mensuel Ogmios,
« réaliste-biologique communautaire », pour éviter les termes faisant de suite
penser aux théories racistes développées pendant le Troisième Reich. Le
Devenir européen connaîtra des départs, les plus jeunes montant le Centre
spirituel Julius Evola, d’autres migreront vers le CIPRE (Centre d’Initiative
PRogressiste Européen). Le CIPRE provient d’une scission en 1975 de
l’Organisation Lutte du Peuple (OLP) de M. Schneider et Y. Sauveur
publiant Lutte du peuple et La flamme, OLP, qui elle- même est une scission datant
de 1971 de la section nantaise d’Ordre nouveau, proche des solidaristes ; des
anciens du Groupe action jeunesse le suivront, et des néo-fascistes parmi les
plus affirmés. Ils éditeront la revue Dimension européenne, disposant de quelques
petits groupes en région ; un de ses responsables était Yannick Sauveur. Le
groupe participait aux banquets commémorant la naissance d’A. Hitler et
défendait une « Europe fondée sur les ethnies et les parties charnelles ». Il
disposera d’une certaine publicité en 1985 suite à la mort de Christian Le
Bihan qui fut déchiqueté par la bombe qu’il tentait de placer contre le palais
de Justice de Guingamp, dans la nuit du 3 au 4 juin. Ce jeune homme avait
28 ans et appartenait à la fraction extrémiste de droite de Strollad Ar Vro,
avant de rejoindre le Devenir.
Au milieu des années 1970, deux « Ordres » bien spécifiques auront une
existence clandestine. Il s’agit, d’une part, de l’Ordre du Vril, empreinte de
mysticisme et d’ésotérisme propres aux courants NS, et, d’autre part, de
l’Ordre noir, s’estimant être la Section française de l’Internationale fasciste.
Il y eu même une OSS, Organisation Swastika, en réalité une mini-secte NS,
défendant les Aryens et adulant A. Hitler.
Toujours en 1978, un groupe baptisé GNN, appelé aussi Office de
recherche et de diffusion occidentale, publie Offensive de la nation réelle.
Un Groupe Hermann Goering, (parfois appelé commando), actif en 1977
et auteur d’un attentat contre un foyer Sonacotra de Fontenay-sous-Bois. En
général, ce type de groupe est en réalité l’émanation de mouvements ayant
une existence légale. Un groupe Joachim Peiper frappait ses cibles un an plus
tôt (attaquant le siège de la Ligue des droits de l’Homme, de la Ligue
internationale contre l’antisémitisme, de l’Union des juifs pour la résistance et
l’entraide, du local du MRAP, avant de s’attaquer en 1977 à des monuments
comme la statue du général Leclerc dans la capitale, etc.). Tandis que plus
tard, en 2004, ce sera un Groupe Martin Bormann qui sera en fait l’œuvre
d’un CRS réagissant contre le refus qu’il s’est vu opposé de promotion, sur
fond de racisme. Dans cette décennie, un Cercle Adolf Hitler voudra faire la
chasse aux gauchistes, ciblant notamment Alain Krivine de la Ligue
Communiste Révolutionnaire (LCR).
49 De 1978 à 1980, un Parti fasciste d’action révolutionnaire fit parler de lui,
en agressant des lycéens d’origine maghrébine à Chelles (Seine-et-Marne), ou
en commettant un attentat visant le Palais de Justice à Paris.
Le Mouvement européen est un groupuscule qui, en 1986, regroupe des
militants néo-nazis allemands, français, belges, danois et néerlandais. Sa
fondation revient à Mickaël Kuhnen et Michel Caignet.
Au milieu des années 1980 apparu un Mouvement national-socialiste
ethniste, avec à sa tête Joël Tropée (ancien responsable du FN, puis devenu
le secrétaire général du Norman nationalist party, NPP, dirigé par Christian
Coutard, ancien responsable de la FANE, luttant pour la réunification de la
Normandie). Ils se disent « nationaux socialistes » et « ethnistes normands »,
luttant « pour l’ordre et la justice sociale normande, défendons-nous ! ».
Une Garde noire voit le jour à la fin des années 1980, teintée
d’antisémitisme et de révisionnisme. Elle dispose d’une maison d’éditions
située dans le Var, et d’une implantation parisienne. Elle propose, entre
autre, des T-shirts frappés du sigle des divisions de la Waffen-SS.
Une organisation consistante émergera le 10 décembre 1983 : le PNF,
Parti Nationaliste Français. En réalité, c’est la « seconde version », dans la
mesure où un PNF avait existé quelques années à la fin des années 1940, lié
au MSE, Mouvement Social Européen, dirigé par un commissaire de police
révoqué lors de la Libération : Georges Villaret (alias Jean Roy), auquel
Jacques Sidos participera. Ce fut un groupe ouvertement néo-fasciste, qui ne
dépassera pas 300 membres, et qui périclitera lorsque son chef rejoindra son
ami Dides au sein du RPF (Rassemblement du Peuple Français) de tendance
gaulliste.
En 1984, la publication Rebelle parle des Waffen-SS comme des héros, est
ouvertement néo-nazie et il n’est pas interdit de songer que des «
autonomes » de l’autre rive l’auraient rejoint. À ne pas confondre avec Le rebelle
blanc, « organe de la rébellion blanche », qui est un bulletin nazi skin édité par
Olivier Devalez à partir du mois de septembre 1986, qui fut au début proche
des Faisceaux Nationalistes Européens (FNE) avant de prendre leur
indépendance à travers leur Groupe nationaliste révolutionnaire - Rébellion
blanche, en mémoire à feu François Duprat et ses GNR. Assez curieusement,
son rédacteur considère que les SA étaient avant tout des hitlériens. Pour être
exhaustif, précisons une autre version du Rebelle blanc, en 1989, sous la
houlette de Serge Ayoub.
Mais revenons à cette fin d’année 1983. Les dirigeants de ce PNF sont
souvent marqués par leur parcours politique. Pierre Pauty est passé entre
autre par le PPF doriotiste, puis par de nombreux groupuscules, avant de
railler le Front national à ses débuts, co-fondateur du journal Militant (créé en
1967), qui sera la publication du FN faute de mieux, créant au sein du parti
une aile nationaliste-révolutionnaire. Pierre Bousquet a un parcours très
sensiblement identique et fut un Waffen-SS, membre du Parti franciste de Marcel
Bucard, condamné à mort puis grâcié, il rejoindra Jeune nation pour y
diri50 ger une structure d’activistes. Jean Castrillo provient du même PPF et servit
en tant que Waffen-SS. Enfin, Patrice Chamaille, aussi frontiste dès 1973, est
passé par le créneau des GNR (Groupes Nationalistes-Révolutionnaires de
François Duprat), puis par la FANE avant de se retrouver président de la
fédération de Seine-Saint-Denis du FN, de taille réduite, mais là où les NR
mettaient en application un véritable militantisme de terrain, reprenant à
leur compte le traditionnel porte à porte que délaissaient les militants du
Parti communiste.
Pierre Bousquet aidera le Front à survivre suite au départ des troupes
majoritaires d’Ordre nouveau dissous, et qui vont dès lors fonder le PFN (Parti
des Forces Nouvelles, dirigé par Alain Robert). Rejoindront cette tendance
François Duprat et ses GNR. Et c’est bien le journal du parti, Militant,
bulletin « nationaliste-européen » qui sera ainsi le bulletin interne du FN. Il faut
dire aussi que les dirigeants de Militant préconisent le plus fréquemment
l’unité des nationaux et nationalistes. Ils migreront progressivement
nationaliste-révolutionnaires sous l’influence de François Duprat. Toujours est-il que
certains n’ont pas quitté l’idéologie national-socialiste (NS), comme Jean
Castrillo, qui fort jeune adhèrera au PPF de Jacques Doriot avant d’intégrer la
Waffen-SS dès 1942 ; puis, après une période d’emprisonnement, il rejoindra
Europe action. La fusion de Militant et des GNR de F. Duprat échouera par
manque de conviction.
Sauf que l’arrivée au Front des solidaristes en 1977, avec Jean-Pierre
Stirbois, Christian Baeckeroot et Romain Marie, va changer la donne,
d’autant plus suite à la disparition de F. Duprat en 1978. Les nouveaux
arrivants pousseront progressivement les militants en dehors du FN. Ils seront
caractérisés comme des sionistes, l’injure suprême.
La rupture sera consommée en 1981, avec la création de Comités de
soutien à Militant. En 1982, un Rassemblement nationaliste verra le jour,
réunissant ces militants, ainsi que ceux de l’Œuvre française et des
solidaristes du MNR (Mouvement Nationaliste-Révolutionnaire), une structure des
plus éphémères comme le plus souvent, du fait de « la guerre des chefs ». Des
militants partiront, dont Pierre Pauty qui ira rejoindre la FANE, au moins
provisoirement. Certains comités Militant vont alors fonder le PNF, avec six
dirigeants, dont les trois fondateurs de la revue, et Claude Cornilleau qui
fondera ensuite le PNFE. Ces dirigeants son appelés « commissaires ». Le
PNF, à partir de 1994, appellera au vote FN, mais sans aucune illusion, car
estimant que Jean-Marie Le Pen joue à fond la carte du système
parlementaire afin de glaner quelques élus. Son bulletin interne, Fer de lance, deviendra
un véritable journal, de parution bi-mensuelle et tiré à 2 000 exemplaires. Si,
en 1984, sa composition se résume à une cinquantaine de militants âgés,
deux ans plus tard ils seront près de 300 en 1986, organisés dans une
quinzaine de fédérations et disposant de contacts dans une quarantaine de
départements. Après le départ du PNFE, les chiffres officiels seront de 400
militants et de 3000 ventes de Militant. Son responsable lillois, Jean-Claude
51 Beaussart, exclu des équipes de collage du FN en raison de sa grande
dangerosité, fera à nouveau parler de lui (il avait été condamné à un an de prison
ferme pour « incitation à la haine raciale ») ; il offrit, en 1984, une croix de
bois avec un salut nazi à l’attention de la famille Benhamida, tandis que son
ami Michel Cliquenois venait juste d’assassiner un membre de cette famille,
Karim.
La tactique du PNF sera de tendre à présenter un maximum de
candidats, en particulier lors des élections locales, sous des appellations diverses,
obtenant des résultats pertinents, comme Louis Girard dans le Val-d’Oise en
1987 avec sa liste « Association contre le vote des immigrés » avec 7 % des
suffrages exprimés lors d’une cantonale partielle, puis réalisant 9,10 % à
Cergy-Pontoise. Il sera relancé lors d’une réunion nationale en avril 2009, si
bien que Militant continuera sa parution régulière, et plus épisodiquement Fer
de lance, Militant (créé en 1967) continuant à sortir mensuellement, malgré les
décès successifs de ses pionniers. Cette relance était jugée impérative du fait
« de l’éclatement du Front National, (…) qui pour nous n’a de national que
le nom et qui nous a fait perdre beaucoup de temps et d’espoir, suite à la
multiplication de mouvements nationalistes folkloriques ou sans véritable
idéologie ». Toujours en 2011, son banquet annuel perdure, et son site s’est
enrichi de nombreuses vidéos. Le 19 novembre, lors de son « banquet
nationaliste », le thème était « L’indispensable regroupement nationaliste », Alain
Castrillo, un des membres fondateurs et rédacteur en chef du journal, André
Gandillon, directeur politique, interviendront en compagnie de Jérôme
Bourbon, directeur de Rivarol.
Parfois, des « structures-bis » apparaîtront. Il en va probablement ainsi en
1986 pour REX-solidarité, nationaliste-révolutionnaire dans le Finistère.
Quant à la ligne politique développée, elle doit son inspiration aux thèses
nationale-populistes et révolutionnaires, puisant notamment dans les textes
des collaborateurs Marcel Déat et Jacques Doriot, donc profondément
antisémites et racistes… sous forme d’antisionisme, pour éviter la dissolution.
Certaines plumes vont sympathiser de façon ouverte avec le contenu de ses
publications, comme Pierre Gripari, André Figueras ou Saint-Loup-Marc
Augier.
Après quelques tergiversations, P. Pauty rejoindra le FN en 1992, certains
lui emboîtant le pas. En 2000, l’état du parti est groupusculaire, avec moins
de jeunes que d’anciens miliciens ou Waffen-SS, mais il aura néanmoins
supplanté son rival, le PNFE, qui disparaîtra. II disposera toujours d’un local et
de sa publication, en plus de son noyau de dirigeants rassemblés au sein d’un
Praesidium. L’éditorial de Militant du 25 juin 2002 offre l’avantage d’être on
ne peut plus clair, et ressemble très fortement aux dires du NS et
négationniste Vincent Reynouard :
« Les dirigeants du FN, en particulier son président, sont désormais au fait ; ils ne
passeront jamais par les voies légales car la fameuse légalité républicaine les
rejettera toujours. Il leur est donc interdit, s’ils sont des patriotes sincères, de lanterner
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