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On a voté... et puis après ?

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Le 6 mai 2012, le 1 % des Français les plus riches a perdu son VRP et la foule, place de la Bastille, a davantage fêté le licenciement politique de Nicolas Sarkozy que la victoire de François Hollande.


Mais sous les urnes il y a la vase. 48,5 % des Français ont voté pour un candidat qui a fait une campagne xénophobe, raciste et " islamophobe ", violant ainsi, pour la plupart, un interdit moral et ouvrant la voie au Front national.







On a voté... et puis après ? La crise prospère à l'instar des banquiers, les plans de licenciement et les délocalisations sortent des tiroirs. Il faut bien faire monter la Bourse !







Olivier Besancenot invite à une prise de conscience, à la reprise des luttes sociales. Même sous un gouvernement de " gauche ", rien ne sera donné. Tout est à reprendre.








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Couverture

Olivier Besancenot

ON A VOTÉ…
ET PUIS APRÈS ?

COLLECTION DOCUMENTS

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Direction éditoriale : Pierre Drachline

Couverture : Lætitia Queste.
Photo de couverture : © tRioL/Le Joujou rouge.

© le cherche midi, 2012
23, rue du Cherche-Midi
75006 Paris

Vous pouvez consulter notre catalogue général
et l’annonce de nos prochaines parutions sur notre site :
www.cherche-midi.com

« Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. »

ISBN numérique : 978-2-7491-2891-7

Du même auteur

Prenons parti : pour un socialisme du XXIe siècle, en collaboration avec Daniel Bensaïd, Mille et une nuits, 2009.

Che Guevara, une braise qui brûle encore, en collaboration avec Mickaël Löwy, Mille et une nuits, 2007.

Révolution ! 100 mots pour changer le monde, Flammarion, 2003.

Tout est à nous ! Facteur et candidat de la LCR à la présidentielle, Denoël, 2002.

Faut les voir à la télé-urne

Avec le général Frappard

Et leur bulletin dans les burnes

Et le mépris dans un placard !

Ils ont voté, et puis après ?

 

Dans une France socialiste

Je mettrais ces fumiers debout

À fumer le scrutin de liste

Jusqu’au mégot de mon dégoût

Et puis assis sur une chaise

Un ordinateur dans le gosier

Ils chanteraient la Marseillaise

Avec des cartes perforées

Le jour de gloire est arrivé.

Léo FERRÉ, 1969

 

La politique n’est pas affaire d’État. Elle est la pensée stratégique du présent, la possibilité d’interrompre le cours du temps, de bifurquer vers des sentiers inexplorés, la disponibilité à voir surgir le Messie qu’on n’osait plus, sans se l’avouer, espérer.

Passé et futur sont perpétuellement remis en jeu.

Daniel BENSAÏD

Walter Benjamin sentinelle messianique, 1990

 

On a voté…

Jour de fête

Samedi 14 juillet, 13 h 30, musée de la Marine. Entretien télévisé entre le nouveau chef de l’État et deux journalistes. Il s’agit d’une première mais, singulièrement, la scène paraît familière, comme un air de déjà-vu. Peut-être parce que l’exercice est convenu. Le cadre est établi, le décor officiel. Les drapeaux français et européen trônent en bonne place et viennent nous rappeler que le défilé militaire et sa parade patriotique viennent tout juste de s’achever. La discussion est sans surprise ; elle est même presque prévisible. Pourtant, cet échange politique feutré est censé traduire le changement de taille qui vient de s’opérer. Nous avons élu un nouveau président de la République et il faut remonter à 1981 pour voir la gauche arracher l’Élysée à la droite. La nouvelle présidence se veut normale et simple. Le discours tranche, de fait, avec l’atmosphère anxiogène des dernières années. La sobriété est de rigueur. Le président nous épargne même le mélange des genres – il ne se répandra pas sur sa vie privée et promet de ne plus se la faire tweeter. Finie aussi l’omniprésidence tapageuse et provocatrice. Place au dialogue, au compromis, à la concertation, à la négociation et au consensus. En France, comme en Europe. Terminées les violentes diatribes qui stigmatisent et qui opposent systématiquement une partie de la population à une autre. Là, le propos fait l’éloge de l’équilibre, de l’entente et du règlement des problèmes en bonne intelligence. Selon lui, la « justice sociale » (pour les exploités) et la « compétitivité » (pour les exploiteurs) doivent pouvoir se rejoindre dans un élan partagé. Pourtant, la veille, les faits ont une fois encore mis à mal cet attelage improbable. À l’unisson, commentateurs et responsables politiques se sont accordés pour évoquer l’annonce du groupe PSA comme un « séisme » : suppression de 8 500 emplois – sans oublier la sous-traitance, les intérimaires et les emplois induits – et fermeture du site de production d’automobiles d’Aulnay-sous-Bois qui emploie plus de 3 000 salariés. L’affaire n’est pas anodine car la mort d’une usine de production, dans un secteur aussi emblématique, n’était pas arrivée en France depuis vingt ans lorsque Renault-Billancourt avait fermé ses portes. De plus, la fin décrétée d’une activité industrielle vient à nouveau poser cette question existentielle à la gauche institutionnelle : l’État peut-il empêcher un groupe de stopper une production pour honorer un taux de profit à même de combler les dividendes des actionnaires ? Lionel Jospin, en son époque, qui s’était avoué impuissant face à la fermeture de Renault-Vilvoorde en juillet 1997 et aux licenciements de Michelin en 2000, avait répondu non à cette option : « L’État ne peut pas tout », avait-il fini par déclarer. Aujourd’hui, pareille franchise n’est plus de mise. « L’État ne laissera pas faire ! » s’empresse de dire, en 2012, le nouveau locataire de l’Élysée, comme pour expier un mauvais sort. « Pas de licenciements secs », « maintien d’un site industriel sur Aulnay » : les mots paraissent fermes, même s’ils ne font que répéter les déclarations du P-DG de PSA, Philippe Varlin, lors de l’annonce du plan. Côté décisions concrètes, ce sera donc la sempiternelle renégociation du plan en indiquant à chaque partie qu’il lui faudra faire un « effort » : la direction, coupable de « mensonge », est invitée à revoir à la baisse ses intentions initiales – ce qu’elle a déjà probablement anticipé dans ses calculs ; les travailleurs, quant à eux, doivent comprendre que la compétitivité exige de ne pas alourdir le coût du travail et qu’il y aura un prix à payer. Consensus, donc ? Michel Sapin, ministre du Travail, lui, concède plus directement : « Nous ne pouvons pas interdire la fermeture du site d’Aulnay. » Pas de vagues contre le patronat, présidence apaisée oblige. Cependant, lorsqu’un « séisme » se produit, les pouvoirs publics décrètent l’état d’urgence et prennent des mesures d’exception pour parer à cette catastrophe naturelle. Une catastrophe sociale ne mérite-t-elle pas l’état d’urgence sociale ? Surtout lorsque l’État, dans ce cas précis, dispose d’un moyen de pression de taille sur PSA : le montant astronomique des aides publiques qui ont été versées. Depuis le début de la crise de 2008, le robinet a abondamment coulé, au point que Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, parle de 4 milliards d’euros distribués sur cette période. Ces sommes mises à la disposition de PSA pourraient parfaitement être réclamées à une direction qui détruit sciemment l’activité et les emplois, alors que 2010 et 2011 ont été des années exceptionnelles du point de vue du marché. Mais un tel choix ne s’inscrit pas dans la feuille de route présidentielle pour le quinquennat. Ce sera donc cinq ans de « présidence socialiste normale », quitte à normaliser encore un peu plus la gauche.

 

RÉCEMMENT, EN FRANCE, QUELQUE CHOSE A BEL ET BIEN CHANGÉ. MAIS QUOI ?

 

DEUX MOIS PLUS TÔT…

Les 1 % les plus riches perdent leur VRP

Dimanche 6 mai 2012, 20 heures. Ce soir-là, le Fouquet’s n’affiche pas complet. Nicolas Sarkozy perd l’élection présidentielle, avec 48,4 % des voix, face au candidat socialiste François Hollande, qui en totalise 51,6 %.

Rien n’y a fait : ni l’instrumentalisation politique des événements tragiques de Toulouse et Montauban ni la mise en scène de faits divers pour imposer l’insécurité, la peur, sur fond d’union nationale… Rien n’aura pu empêcher la confrontation du président sortant à son propre bilan. Ce dimanche, les P-DG de LVMH, Alstom, Dassault, JCDecaux, Bouygues, Veolia, les banquiers d’affaires de Generali, les milliardaires, directeurs de fonds de pension, artistes et sportifs – ceux qui avaient été conviés à fêter la victoire de la droite en 2007 – ne porteront pas de toast à leur VRP préféré, dans le décor feutré de ce haut lieu du sarkozysme. Le champagne est resté dans les bouteilles, et c’est très bien comme ça. À la Mutualité, intronisée QG de campagne de l’UMP, l’ambiance est à l’abattement, d’autant plus que de nombreux militants s’étaient mis à y croire, une nouvelle fois.

À gauche, cris de joie et de soulagement sont de mise. Place de la Bastille, la foule des grands jours est au rendez-vous. Mais c’est surtout la défaite du gouvernement Sarkozy-Fillon que l’on fête plus que la victoire du candidat Hollande. Un instant libérateur après tant d’années de mépris et de mauvais coups. Une revanche sur les cinq années de résistances sociales qui ont opposé le peuple au gouvernement, et bien trop souvent au bénéfice de l’idéologie libérale. On se souvient de l’automne 2010, qui a marqué la victoire du gouvernement, dans le conflit sur les retraites. Des semaines durant, des millions de femmes et d’hommes ont déferlé dans les rues pour protester contre la réforme, chaque fois plus nombreux, et dans des proportions probablement inégalées depuis Mai 68. Mais, privée de grèves significatives, la mobilisation sociale a échoué face à un pouvoir qui, pour la première fois depuis longtemps, a assumé le fait de parler le même langage que celui du mouvement ouvrier, le langage de la lutte des classes, se positionnant ouvertement en faveur des plus riches. La droite dans son ensemble (gouvernement en place, UMP, Medef, etc.) a alors défié le mouvement social d’établir un rapport de force qui soit plus important que celui des seules manifestations. Ainsi et peut-être sans le vouloir, elle nous a implicitement rappelé que les acquis sociaux arrachés par nos anciens n’avaient pu l’être que parce que les travailleurs et producteurs avaient paralysé l’économie du pays par une grève générale. De fait, c’est une réalité pour tous les grands droits dont nous jouissons aujourd’hui : congés payés, services publics, protection sociale… En 2010, au contraire, la grève générale n’est restée qu’à l’état de spectre, souhaitée par la base, mais bannie par le sommet de nombreuses organisations syndicales car jugée impétueuse et, surtout, susceptible de déborder le cadre confortable du dialogue entre « partenaires sociaux ». Résultat : les salariés doivent cotiser plus longtemps, quarante et une annuités et demie, avec un échelonnement régulier et programmé à la hausse ; l’âge légal de départ à la retraire est repoussé de 60 à 62 ans, et de 65 à 67 ans à taux plein. Cet épisode du sarkozysme, la défaite de l’automne 2010, a jeté un voile sur la contestation sociale et permis au gouvernement de droite d’aller pérorer sur tous les plateaux de télévision qu’il avait réussi à briser la rue. Aujourd’hui, la déroute électorale de cette équipe lève une partie du voile. Il y a comme un parfum de revanche, selon certains, une réplique, une riposte assumée. Un vote barrage, une sanction, un acte électoral de résistance. Une ultime démonstration de l’antisarkozysme primaire, selon d’autres. Comme aime à le répéter Guy Bedos : « Le sarkozysme est primaire, il faut savoir lui parler dans sa langue ! »

La droite s’en va…

Dimanche 17 juin, 20 heures. C’est fait, l’UMP, elle aussi, est battue. Le PS remporte à lui seul la majorité absolue au Parlement avec 295 députés. Bien sûr, l’absence de scrutin proportionnel amplifie la victoire socialiste et déforme, comme toujours, les rapports de force. Ainsi, un courant comme EELV peut comptabiliser moins de voix que le Front de gauche et obtenir plus de députés par le jeu des alliances que cette élection majoritaire à deux tours favorise. À l’inverse, le FN, avec 15 % de suffrages totalisés, est représenté par deux députés. En termes de voix donc, la poussée de la gauche n’est pas flagrante. Mais elle suffit à entériner la déroute de la droite qui était au pouvoir. Une page se tourne, bel et bien.

Jean-François Copé peut bien tenter de fanfaronner ; tout à ses ambitieuses pensées et conforté par le « gain » politique de cette « petite » défaite, il en oublierait presque l’essentiel : le rejet de son camp politique, de cette droite arrogante et agressive au pouvoir depuis tant d’années et qui s’apprêtait à récidiver – en pire. De fait, le programme de l’UMP 2012 était on ne peut plus clair. Tellement limpide que le tour de passe-passe qui consistait à déguiser le président des riches (pour reprendre l’expression des sociologues Pinçon-Charlot) en « candidat du peuple » (pour reprendre l’expression de l’UMP) n’a jamais pu fonctionner. Car, au fond, le candidat Sarkozy, porté par un projet 100 % de droite, n’a pas vraiment pris la peine de jouer la comédie sociale de 2007, du « pouvoir d’achat », du « plein-emploi retrouvé » ou du « sous mon mandat, plus personne ne dormira dans la rue ». Non, cette fois, le propos était direct : jusque-là, lui et son équipe nous avaient servi l’amuse-bouche, le plat principal restant à venir. La purge libérale, la vraie ! Remise en cause du droit de grève. Instauration de la TVA sociale qui fait payer à tous les consommateurs ce que les patrons ne veulent plus payer pour financer notre protection sociale. Nouvelles restrictions des dépenses de santé. Mise en place d’« accords de compétitivité », qui bouleversent la hiérarchie des normes au profit d’un « tête-à-tête » entre l’employé et l’employeur – en droit du travail, le code du travail prévaut sur les accords de conventions, qui priment eux-mêmes sur les accords d’entreprise. Remise en cause de la durée légale du temps de travail, telle qu’elle a été imposée par le mouvement ouvrier il y a cent cinquante ans. Ce 17 juin, la droite est en crise, et c’est d’abord sa faiblesse qui nous redonne de la force.

Pas d’illusion, pas d’état de grâce pour le PS. Surtout, la fierté d’avoir désavoué un bilan calamiteux. Un bilan désavoué, mais loin d’être effacé.

… sa politique reste.

Or, le passif est lourd. Et un véritable gouvernement de gauche – imaginons que cela arrive un jour en France – ne devrait-il pas commencer son action par chercher à nous alléger du fardeau du bilan de la droite ?

Cinq années d’impostures politiques
à démonter

« Rien ne sera jamais plus comme avant », avait proclamé le président de « La France d’après », Nicolas Sarkozy, lors de son élection en 2007. Les désillusions sont tout de même arrivées à l’heure. Flop du Grenelle de l’environnement, les grandes résolutions d’octobre 2007 sont passées aussi inaperçues que l’émission des gaz à effet de serre. Flop de la loi DALO (Droit au logement opposable) instituée en mars 2007, qui devait obliger l’État à trouver un logement aux personnes qui en ont fait la demande sous peine de poursuites judiciaires. Le comité de suivi de la mise en œuvre du DALO, plusieurs années après, décrit un État hors la loi, qui ne reloge pas les demandeurs, voire qui les expulse. D’après l’association Droit au logement, le nombre d’expulsions a doublé en dix ans pour dépasser les 110 000 par an.

Cinq années de casseroles,
de scandales et d’affaires à déterrer

Octobre 2007, augmentation du salaire présidentiel de 172 %. Décembre 2007, Kadhafi, avant de redevenir un « dangereux dictateur », est accueilli en grande pompe à Paris et plante sa tente dans le jardin de l’Élysée. Juillet 2008, à l’issue d’une procédure arbitrale plutôt que judiciaire, et sur instruction de Christine Lagarde, Bernard Tapie touche 285 millions d’euros dans le litige qui l’opposait au Crédit Lyonnais au sujet de la vente de la société Adidas. 14 juillet 2008, le dirigeant syrien Bachar al-Assad, avant de redevenir un « dangereux dictateur », est invité à venir assister au défilé militaire sur les Champs-Élysées. Novembre 2008, plusieurs personnes sont interpellées à Tarnac à la suite d’une série de sabotages de lignes TGV. Six mois auparavant, la Direction des affaires criminelles, avisée, recommandait la plus haute attention auprès des groupes d’ultragauche et anarcho-autonomes. Sept mois après, Julien Coupat est libéré. Truffée de contradictions, de zones d’ombre, la procédure judiciaire a utilisé des procédures systématiques d’exception. Février 2010, une plainte pour corruption est déposée par les familles des victimes des attentats de Karachi de 2002. Chirac aurait cessé de verser des commissions aux militaires en 1995, suscitant la colère des militaires d’Islamabad. Le regard se porte vers le camp Balladur, candidat rival de Chirac en 1995, et sur son porte-parole et ministre du Budget, Sarkozy, ainsi que sur de possibles rétrocommissions sur la vente de sous-marins qui auraient permis de financer la campagne Balladur. Au final, le quinquennat Sarkozy est ponctué d’affaires en tout genre, des plus « classiques » aux plus cyniques. La liste est longue : double salaire de Christine Boutin ; cigares à 8 500 euros du secrétaire d’État Christian Blanc ; enveloppes de billets de Liliane Bettencourt pour la campagne Sarkozy de 2007 ; aide à l’évasion fiscale pour Mme Bettencourt sous la houlette du fisc français, dirigé par le ministre Woerth, ancien trésorier de l’UMP ; accès aux factures téléphoniques des journalistes qui enquêtent sur les affaires ; voyage d’Alliot-Marie à bord d’un avion appartenant à un proche du clan Ben Ali durant la révolution tunisienne ; vacances de Fillon en Égypte sur invitation de Moubarak ; affaire Takieddine, homme d’affaires libanais, dont Jean-François Copé apprécie la piscine, marchand d’armes au cœur de l’affaire Karachi et des relations franco-libyennes ; soupçons de financement de la campagne Sarkozy de 2007 par Kadhafi… autant de scandales qui rendraient presque anecdotique le coût public de la campagne de vaccination ratée contre la grippe A : plusieurs centaines de millions d’euros généreusement offerts aux laboratoires pharmaceutiques.

Cinq années de racket
à dédommager

Le bouclier fiscal, instauré en août 2007, a permis aux 800 personnes les plus riches de recevoir un chèque de remboursement des impôts d’une moyenne de 370 000 euros. Abandonné la dernière année, le gouvernement l’a cependant remplacé par une réforme généreuse de l’ISF (impôt sur la fortune), en s’attaquant à son caractère progressif, de moitié, faisant ainsi perdre à l’État la « modique » somme de 2 milliards d’euros. Bien plus que les 800 millions que coûtait le bouclier fiscal aux pouvoirs publics. À l’inverse, la protection sociale a été littéralement braquée. Ces dernières décennies, les gouvernements libéraux, de droite comme de gauche, avaient déjà creusé le trou de la Sécurité sociale en multipliant les exonérations de cotisations sociales pour les entreprises. Ces choix nous privent d’une partie de notre salaire. Car le salaire ne comprend pas seulement sa valeur en « net », celle que nous percevons directement, il intègre également un volet en « brut » : c’est notre salaire socialisé, c’est-à-dire la portion que les patrons paient en cotisations pour la Sécurité sociale de tous. Sous l’ère Sarkozy-Fillon, non content de poursuivre les politiques d’exonération des prédécesseurs, le gouvernement nous a, en prime, présenté la facture du trou de la Sécu, dès septembre 2007, en établissant les franchises médicales (50 centimes d’euro, puis 1 euro, par boîte de médicaments ou acte paramédical) et en augmentant le tarif du forfait hospitalier de 16 à 18 euros. Ce que nous avons perdu comme salariés, nous le payons désormais en tant que patients et assurés. Cette double peine illustre bien l’esprit et la lettre de l’ancien gouvernement. Priorité et avantages aux nantis et aux banquiers. En octobre 2008, l’État a su dégoter 360 milliards d’euros publics pour garantir la survie du système bancaire français, pourtant responsable de la crise financière, sans que les capitalistes aient besoin d’organiser la moindre fronde pour cela. Non, ce sont plutôt les victimes de la crise et de l’exploitation capitaliste qui, malgré leurs pétitions et manifestations, devront régler la facture. Et ce, dans tous les domaines. Dernier exemple pour montrer que, en la matière, le cynisme gouvernemental n’a laissé personne en reste : les victimes d’accident du travail, dont le sort est directement lié à l’intensification des cadences et de la productivité, sont depuis novembre 2009 soumises à la fiscalisation de leurs indemnités journalières. L’été précédent, les patrons de la restauration avaient eu droit, quant à eux, à un petit cadeau : baisse de la TVA sur la restauration de 19,6 à 5,5 %, en échange d’improbables embauches et d’incontrôlables baisses sur les prix des menus.