Une politique de développement durable

De
Publié par

Cet ouvrage analyse le lien entre pauvreté et développement durable. Comment traiter les besoins vitaux (eaux, santé, énergie), les besoins fonctionnels (logement, éducation), ou encore les besoins de participation (information, communications, emploi). Comment la collectivité peut-elle penser et répondre à ces besoins ? Créer des règles par une politique de développement durable permet aux élus d'être acteurs d'une vie digne pour le plus grand nombre.
Publié le : mardi 1 mai 2007
Lecture(s) : 76
EAN13 : 9782336251417
Nombre de pages : 191
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Gérard Poujade

Une politique de développement durable

Acteur d'une vie digne

L'Harmattan

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines}) n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines}) est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions Noël JOUENNE, Dans l'ombre du Corbusier, 2007. Jean-Jacques PROMPSY, Traité des corruptions, 2007. Mohamad K. Salhab, Éducation et évolution des savoirs scientifiques, 2007. P. LEPRETRE, B. URFER, Le principe de précaution. Une clef pour le futur, 2007. Ibrahima SARR, La démocratie en débats, 2007. Cyril LE TALLEC, Sectes pseudo-chrétiennes, 2007. Julien GUELFI, Non à l'euthanasie, 2007. Sébastien ROFF A T, Disney et la France. Les vingt ans d'Euro Disneyland, 2007. Francis JAUREGUYBERRY, Question nationale et mouvements sociaux en pays basque, 2007. Sébastien BRUNET: Société du risque: quelles réponses politiques, 2007. Jacques MERAUD, Réinventer la croissance, 2007. Nils ANDERSSON, Daniel IAGNOLITZER, Vincent RN ASSEAU (dir.), Justice internationale et impunité, le cas des États-Unis, 2007. Dan FERRAND-BECHMANN (dir.), L'engagement bénévole des étudiants, 2007. Philippe HERBAUX, Intelligence territoriale: repères théoriques, 2007. Henri GUNSBERG, Une démocratie en trompe-l'œil, 2007.

Olivier PINOT de VILLECHENON,Pourquoi changer la
République?, 2007.

vme

AVANT PROPOS
L'objectif de cet ouvrage est de traiter du lien entre la pauvreté et le développement durable. Pour ce faire, j'ai essayé de décortiquer les mécanismes qui conduisent à la pauvreté. Pour chacune des composantes que je vais détailler, j'ai tenté de fonnuler des propositions autour des objectifs suivants: Réduire les coûts des achats « obligatoires» pour les plus démunis d'entre nous Réduire les coûts pour les collectivités territoriales Favoriser les circuits courts, c'est à dire fournir une réponse locale à un besoin local. Je reprendrai souvent l'expression" d'aménagement du territoire" pour évoquer ce point Formuler des règles, des lois pour que les collectivités, à différents niveaux, concourent au même objectif de lutte contre la pauvreté. La plupart de ces mesures relèvent du simple bon sens.

PREFACE
Le développement durable est formidable et décevant! TI est formidable car il permet de modifier sensiblement la vie des gens. C'est en cela qu'il constitue une politique globale. Mais changer la vie des gens représente une masse de travail considérable. Une politique de développement durable est une école d'humilité et de modestie. Pour obtenir des résultats, il faut entreprendre une approche globale, souvent lourde à mettre en place, au vu des petits résultats obtenus. Un responsable de la Direction Départementale de l'Equipement me demandait, par exemple, quels moyens nous utilisions, sur la commune du Séquestre, dont je suis le maire, pour favoriser les déplacements en transports en commun. On pourrait penser qu'il s'agit d'une question banale. Il n'en est rien. Dans un premier temps, nous avons réétudié les horaires des bus, afin de faire concorder les correspondances. Les voyageurs arrivant par un premier bus rataient parfois le second, pour la simple raison que ce dernier était parti deux minutes trop tôt. Pour inciter les gens à prendre le bus, nous avons également mis en place des abris couverts, à des endroits jugés stratégiques, là où seul un poteau balisait auparavant l'arrêt. Après avoir installé ces abris «standards », nous nous sommes rendu compte que nous avions oublié les bancs, qui permettent d'attendre plus confortablement. Comme nous projetons, parallèlement, de tracer des pistes cyclables multifonctions, nous envisageons de créer des lieux pour stocker les vélos à proximité de

certains arrêts de bus, afin que des personnes résidant hors des zones desservies puissent atteindre les arrêts de bus à vélo. Nous travaillons aussi à simplifier les trajets, afin que l'aller et le retour soient identiques et que l'utilisation du transport en commun soit plus lisible. Nous avons, bien entendu, un plan de communication communal dans lequel nous évoquons tous ces aménagements. Notre commune dispose également d'un espace commercial, où travaillent environ 350 salariés, répartis dans une soixantaine de PME. Nous souhaiterions qu'un PDE (Plan de déplacement des entreprises) soit mis en place, comme cela se fait parfois dans les grosses entreprises. Nous devons donc travailler à l'établissement d'un PDE qui regroupe l'ensemble des PME. Enfin, une politique de transports doux ne se limitant pas aux seuls transports en communs, nous encourageons les parents à emmener leurs enfants à l'école, à pied ou à vélo. Nous devons construire les pistes cyclables qui pennettront une utilisation sécurisée du vélo. Seule une approche globale peut ainsi donner des résultats. Il n'y a rien de révolutionnaire dans tout ce qui est évoqué ici. La plupart des visiteurs qui viennent voir pourquoi notre commune est régulièrement citée en exemple, pour avoir mis en place une politique de développement durable, nous disent que les recettes appliquées relèvent juste du bon sens. C'est effectivement très souvent le cas. Mais je vois bien que bon nombre de décideurs rechignent à se lancer dans une telle entreprise, uniquement par manque de temps. L'une des plus 10

grandes difficultés de l'action politique est le manque de disponibilité. Si je suis l'élu qui décide, et qui prend la parole pour dire: «je veux une politique de transport en commun forte sur ma commune », j'aurai certainement une image assez populaire. Encore faut-il joindre le geste à la parole. Je crois qu'aujourd'hui, les «petites gens », comme on les a incroyablement appelés, ont l'envie légitime que les bus arrivent et partent à l'heure. A quoi sert de dire que je veux favoriser les bus s'ils ne mènent nulle part à l'heure? Aujourd'hui, le niveau d'exigence a singulièrement augmenté. Qui plus est, les exigences collectives et la somme des exigences individuelles ne correspondent pas toujours. Le développement durable consiste en une prise en compte globale qui place l'être humain au centre du projet. Cela ne veut pas dire qu'une réponse positive doive être apportée à toutes les attentes. Les réponses techniques et pédagogiques sont souvent incomplètes et perfectibles. Elles doivent être empreintes d'humilité et de modestie. Mais par dessus tout, elles sont possibles uniquement grâce à un investissement en temps considérable. Le développement durable est décevant, donc, parce qu'il faut beaucoup de travail, beaucoup d'efforts et ne jamais lâcher la bride, pour un résultat, somme toute, modeste. Difficile, car il y a cent autres chantiers à mener en parallèle, pour lesquels il faudra autant d'exhaustivité, de pugnacité. Certaines personnes me disent: " mais il y a des gens dont c'est le métier de faire cela, il y a des emplois à la clé". Pour poser des abribus et des bancs, oui, mais la volonté de le faire partout, systématiquement et correctement, revient à l'élu municipal et repose sur la volonté de ce dernier de mettre en place une politique réelle de Il

développement durable. TI n'est pas question de salaire, ni de métier. Il est question de motivation, de citoyenneté, d'action publique et de volonté politique. Alors serait-ce sans espoir? Certes non. L'espoir repose sur la capacité d'une population à se prendre en charge. Puisqu'il faut beaucoup de monde qui réfléchisse à beaucoup de choses, en beaucoup de lieux différents, sur des techniques différentes, le seul espoir est que le plus grand nombre s'en occupe. C'est l'enjeu de la participation. D'aucun imagine que tout doit être décidé à Bercy, à l'Elysée ou encore à Bruxelles. C'est une énorme erreur. Chacun est maître de ses décisions, tous les jours, à chaque seconde. Je jette mon journal dans la poubelle ou dans la caissette du tri sélectif. Je prends le sac en plastique du magasin pour emporter un seul produit ou je dis au vendeur que je prends le produit

sans le sac. Je vais à l'école avec mon enfant, à pied
ou en voiture. Je regarde la télé ou je participe à la vie de mon quartier et de ma commune. Je suis un spectateur, un abstentionniste, un simple électeur ou un acteur de « ma » vie publique. En ce qui nous concerne, avec mon équipe municipale, nous avons décidé de mettre en place un système de démocratie participative, reposant sur des groupes consultatifs qui réagissent rapidement, tout en établissant une frontière entre les décideurs, que sont les élus, et les personnes associées. Pour moi la démocratie participative s'appuie sur les hommes et les femmes d'un territoire, et doit leur donner envie de participer à un projet collectif. Leur participation repose sur deux composantes fondamentales: Un avis. Sur un sujet donné, la personne associée doit se sentir écoutée, entendue. Cela ne veut pas 12

dire que chaque discours, chaque phrase dite est une vérité ou un ordre. C'est un sujet d'échange. Cet avis permet de consolider et de renforcer une décision, mais il fait aussi en sorte que l'élu soit moins isolé. Une citoyenneté. En comprenant mieux les tenants et les aboutissants du fonctionnement d'une collectivité, tout administré devient de moins en moins indifférent au sort de celle-ci. Une personne associée triera mieux ses déchets, entretiendra mieux le devant de sa maison et gagnera en citoyenneté. C'est pour ces deux raisons que le développement durable est une véritable politique globale et non un avatar à la mode d'une ancienne variante écologiste. TI concerne tout le monde, sur beaucoup de sujets. C'est à chacun d'entre nous de fournir l'effort qui permettra d'obtenir un monde meilleur. Mais cet effort doit être coordonné. Il ne sert à rien de travailler individuellement. Seul le cadre d'une collectivité permet un progrès sociétal. «Le monde commence partout». Cette phrase devrait concerner chacun d'entre nous. Progresser, c'est être humble. Mon intime conviction est que la première valeur du politique doit être le travail. C'est grâce à son travail que le politique bâti sa légitimité. Et pour mesurer ce travail, il doit mettre en place des indicateurs simples qui permettront à chacun de réaliser sa propre évaluation. Or, la politique actuelle tient essentiellement dans le discours. Chaque personnalité politique fait le bilan de sa propre action, c'est une attitude fort peu critique. Pendant longtemps, l'opposition était le lieu naturel de la libre critique de l'action des élus en place. Mais le système s'est perverti, car chacun sait que l'opposition a pour objectif principal de revenir 13

au pouvoir, et donc que les commentaires qu'elle peut faire ne sont pas valables. Comment tirer, alors, un véritable bilan? Mettre en place une politique de développement durable, c'est justement fournir les éléments qui permettent à chacun de juger par lui-même. Je ne sais pas si ce que nous appliquons avec une équipe motivée, des habitants qui s'investissent audelà de ce que j'aurais pu imaginer, sur une commune de 1 600 habitants, est possible à d'autres échelles. Je rencontre beaucoup d'interlocuteurs qui pensent que cela est impossible dans des collectivités plus importantes, où l'on ne peut, soidisant, pas s'appuyer ainsi sur les gens. Je pense qu'il s'agit bien souvent, ici, d'une réponse très commode pour ne rien faire. Je vois également beaucoup de conseils de développement et de conseils économiques et sociaux, qui regroupent nombre de représentants associatifs, toujours les mêmes. Les habitants des communes sont souvent très éloignés de ces cercles, où tout le monde se connaît et où les positions de chacun sont connues. Où sont alors les vrais gens? Ce sont eux qui ratent les bus parce qu'ils n'ont pas eu la correspondance et qui râlent après les hommes politiques. Ils ont raison, parce que les politiques auraient du y regarder de plus près. Mais comme l'enjeu n'est pas de faire du populisme de bas étage, il faut immédiatement ajouter qu'ils n'ont le droit de râler qu'à condition de participer à la vie de la cité. Participer à la vie de la cité, il faudra apprendre que cela ne consiste pas uniquement à payer des impôts. Les impôts sont un dû. Vivre mieux dans une société est un objectif auquel tout le monde est convié.

14

Introduction sur la pauvreté
Le but de cet ouvrage est d'exposer l'un des modes d'action contre la pauvreté à laquelle sont confrontées certaines communes en France. Il s'agit d'une approche fort modeste, j'en conviens. Je ne veux pas passer sous silence des misères bien plus grandes encore qui concernent des continents entiers, des milliards de personnes, mais les principes que j'évoque ici ont tous vocation à pouvoir s'appliquer dans les économies du monde développé. Pour lutter contre la pauvreté, le moyen le plus naturel, le plus mécanique et le plus respectueux de la personne consiste à augmenter ses revenus. Mon souci, et mon angle d'attaque, consistent à imaginer comment les pouvoirs publics peuvent traiter la pauvreté sous un autre aspect: réduire le coût des achats, notamment ceux ayant trait aux besoins fonctionnels (nourriture, logement, éducation). Cela concerne les plus démunis, dans une logique qui ne spolie pas les catégories de revenus qui se situent juste au-dessus. Deux préoccupations vont donc cheminer de pair dans toute cette réflexion: Comment rendre accessible aux couches les plus défavorisées de la société les produits de première nécessité? Comment ne pas créer de phénomène de rupture ou d'effet de seuil, qui ont pour corollaire de « susciter l'envie de demeurer pauvre» ? Cette formulation de phrase est, bien entendu, scandaleuse, mais il est fréquent d'entendre dire qu'avec moins de revenus, il est possible de disposer de plus d'aides et donc de vivre mieux ou, du moins, de vivre" moins mal".

Sur ce second point, Martin Hirsch, président d'Emmaüs France, mouvement solidaire et laïc contre l'exclusion, ne dit pas autre chose en introduction à son rapport sur la pauvreté!. «Pour celles et ceux qui vivent de leur activité, avec des salaires faibles, il est tentant de mettre en regard des conditions de vie difficiles, obtenues au prix d'un effort soutenu avec d'un côté des personnes qui obtiennent des revenus à peine inférieurs aux leurs sans travailler (...) et de l'autre des personnes qui semblent être définitivement à l'abri de toute insécurité, avec un statut qui paraît inaccessible pour eux et leurs enfants, alors que la situation de précarité leur semble être une menace permanente », souligne-t-il. Un projet de société doit être un projet durable Ces préoccupations doivent être considérées à l'aune du développement durable et des trois piliers:
-

L'économie,

- Le social, - L'environnement. Il existe un quatrième pilier du développement durable: la participation. Celui-ci ne s'applique pas aux idées proprement dites. En revanche, pour la mise en application, il est indispensable que la population soit associée. Ces nouvelles méthodes de « gouvemance» sur ces thématiques privilégient le long terme au court terme, mais aussi le bonheur du plus grand nombre, plutôt que celui de quelques-uns seulement.

1 «Au possible, nous sommes tenus. La nouvelle équation sociale» - Commission Familles, vulnérabilité, pauvreté Avril 2005. 16

Les différents types de besoins La grande difficulté est de différencier le besoin, caractérisé par son aspect vital et concret, de l'envie qui peut être liée à un désir de superflu et de luxe, et qui dépasse le premier niveau du besoin. TI existe différentes classifications des besoins de l'homme. La plus connue est peut-être la Pyramide de Maslow, qui reprend les besoins selon la progression suivante:
-

Les besoins physiologiques: on retrouve
dans l'idée de Maslow, les besoins de se nourrir, de se soigner.

-

Les

besoins

de

sécurité: type

assurances, d'habitat,

protection de soi, produits d'alarmes.

Les besoins
vêtements. ..

sociaux:

Les besoins d'estime: mise en avant de la

marque, de la notoriété. .. - Les besoins d'accomplissement de soi: la part du luxe ou de ce qui peut être considéré comme tel par l'acheteur. Une autre classification me paraîtrait plus judicieuse. Cette méthodologie de classement autorise, en effet, le positionnement d'un même produit en des lieux différents, selon l'approche que l'on aura du produit. Par exemple, se nourrir est un besoin physiologique, personne n'en disconviendra. Mais se nourrir n'est pas "un produit" à proprement parler. Certes un plat de pâte constitue une manière de se nourrir, mais comment considérer la barre chocolatée, le foie gras de Noël et, pour être tout à fait complet, comment juger 80 % du chariot du consommateur rempli de marques en tous genres. Ces produits correspondent plus à des envies qu'à des besoins. Je préfèrerais une classification plus précise sur les produits ou les fonctions desdits produits. 17

Quelles sont les consommations de besoins? J'ai classé en trois strates les différents types de besoins: 1) Les besoins vitaux: a) L'eau ou les usages de l'eau, b) La santé, c) L'énergie ou les énergies, d) Le déplacement (ou le transport). Sans accès à ces besoins aucune vie n'est possible durablement. Ils sont fondamentaux. Ils se doivent obligatoirement d'être pensés par la collectivité. 2) Les besoins fonctionnels: a) La nourriture, b) Le logement, c) L'éducation. Comme les besoins vitaux, il n'est pas possible de vivre durablement sans répondre à ces besoins. La collectivité se doit de fournir une réponse, de penser une politique, mais ne peut assumer toute la diversité de la réponse possible. 3) Les besoins de participation: a) L'information, b) Les communications, c) Le travail, l'emploi ou le revenu qui permet de vivre dignement. Dans l'absolu, le dernier point (le revenu) serait le seul besoin nécessaire qui permettrait de résoudre tous ceux précédemment énumérés. La question qui se poserait alors amènerait à réfléchir à la meilleure manière de dépenser un tel revenu. Les besoins de participation sont ceux qui permettent une socialisation de l'individu et favorisent son intégration dans la société. 4) Les besoins qui n'en sont plus! : Cette dernière rubrique n'en est pas réellement une, mais c'est celle qui correspond toutefois au plus grand nombre de produits. Dans cette catégorie, où l'on trouve les assurances, l'automobile, les loisirs 18

ou l'électroménager, apparaissent de nouveaux comportements. Le phénomène de la Logan de Renault est un exemple intéressant de nouveau mode de consommation: une voiture dont la technologie et la modernité n'est pas l'argument de vente trouve soudain un segment de clientèle. Le besoin réel n'est plus celui de la voiture (comme objet de consommation), mais celui de se déplacer. Or, pour se déplacer, personne n'est «obligé» d'avoir des vitres électriques, un ordinateur de bord ou une climatisation. Notons qu'en règle générale, nos besoins peuvent s'exprimer par des verbes et que l'un des objectifs des firmes est d'essayer de remplacer ces verbes par des marques. Un dernier "produit" serait également à considérer: l'air. Bien évidemment, on ne perçoit pas très bien à ce jour un «marché de l'air». Mais à y bien réfléchir, les conséquences du protocole de Kyoto2, sur les quotas de gaz à effets de serre et leur mise sur le marché ne représentent-elle pas une amorce d'un marché de l'air pur disponible? Pourquoi suis-je habilité à prendre position sur ce sujet? D'ailleurs, le suis-je vraiment? Réfléchir, travailler sur les questions d'un développement durable, demande de l'humilité et de la modestie. Faire des propositions pour un monde meilleur et dont on souhaite qu'il soit durable, c'est
2

Le Sommetde la Terre, à Rio, en 1992, a marqué la prise de

conscience internationale du risque de changement climatique. Les Etats les plus riches, responsables des émissions de gaz à effet de serre les plus importantes, y ont pris l'engagement de stabiliser en 2000 leurs émissions au niveau de 1990. C'est le Protocole de Kyoto, en 1997, qui traduit cette volonté en engagements quantitatifs juridiquement contraignants. 19

faire preuve d'une immodestie flagrante! Pour coller à cet état d'esprit, il est important de dire ce que l'on fait et de faire ce que l'on dit. Depuis mars 2001, je suis maire d'une petite commune, le Séquestre. Cette commune du Tarn est fort modeste. Elle fait 542 hectares, c'est à dire grosso modo un cent millième de la France. Au moment où je rédige cet ouvrage, nous y sommes 1600 habitants, soit un trente six millième de notre beau pays. Notre commune présente la particularité de connaître une forte croissance démographique. Depuis 1989, celle-ci est de 4,5% par an, ce qui est l'une des plus importantes de Midi-Pyrénées. De fait, notre population a triplé en moins d'une génération. Ainsi, il y a quatre ans, nous étions moins de 1300 habitants. Aujourd'hui, nous sommes près de 1600, ce qui représente une progression de 20 %. Cette forte croissance démographique s'accompagne d'une grosse pression foncière3 qui s'exerce sur les propriétaires de nos terrains nus. Mais elle se traduit aussi par des besoins nouveaux en écoles, crèches, structures sportives et de loisirs, etc. Consciente de cette situation, notre équipe municipale a souhaité associer la population à ces évolutions. Nous avons donc mis en place des structures de consultation et de concertation avec la population et nous nous sommes très rapidement rendu compte que les infonnations recueillies concernaient presque exclusivement les «nuisances» susceptibles d'être induites par ces nouveaux habitants. Nous avons rencontré ce que toutes les collectivités dans notre cas de croissance
3 On appelle «pression foncière» la demande en terrains à construire. On sait cette pression terriblement consommatrice d'espace et souvent aussi porteuse de désordre dans les réseaux publics: assainissement pluvial, eau, électricité, gaz... 20

rapide connaissent: les nouveaux arrivants souhaiteraient que ne viennent pas d'autres... nouveaux arrivants! Voici les propos que nous avons le plus souvent entendus: " Si de nouveaux habitants viennent ici, il faut que l'école soit assez grande et que la station d'épuration ne déborde pas. Il faut que nos installations publiques soient de taille suffisante pour les accueillir." " Ce n'est pas le tout que les gens viennent habiter ici, s'ils n'ont pas de travail! " Il s'agit d'une phrase, mot pour mot, d'un habitant soucieux du contexte économique dans lequel seraient accueillies ces populations. " Est-ce que tout ce monde en plus, cela ne veut pas dire plus de voitures, plus de poubelles, plus de pollution? " Les questions liées à l'environnement proche ont également été très nombreuses. " Est-ce bien raisonnable de recevoir autant de gens que l'on ne connaît pas? " La peur de l'autre, la peur du changement est aussi un frein à toute urbanisation. Dans le même temps, force est de constater que les demandes de nouvelles habitations proviennent très souvent de membres de familles de la commune. Les questions, comme « tu ne connaîtrais pas un terrain pour mon fils, mon frère?» sont parmi les plus fréquentes, quand je croise un de mes concitoyens. Très tôt nous nous sommes mis en ordre de marche pour créer un projet susceptible d'allier harmonieusement une dimension économique, sociale et environnementale, et de faire participer la population. Ce type de projet a un nom: Agenda 21. 21

Cela signifie que nous avons un programme pour le

21e siècle (encore beaucoup d'immodestie) ou du
moins que nous concevons un projet qui n'hypothèque pas, pour les générations futures, la possibilité d'avoir également ce même type de projet. Notre démarche a reçu un certain nombre de distinctions nationales et internationales. Quand nous avons revu notre POS (Plan d'Occupation des Sols) pour en faire un PLU (Plan Local d'Urbanisme), celui-ci est devenu l'un des cinq sites témoins nationaux. Pour notre politique globale, nous avons reçu le prix spécial du jury des Eco-maires4. Avec Nantes, nous avons été, en juin 2004, les deux seules communes à signer au Danemark, les engagements d'Aalborg5. Fin 2005, nous avons reçu le ruban du développement durable, attribué chaque année aux collectivités mettant en place une politique du même nom. Ces reconnaissances sont autant d'encouragements à poursuivre une politique, dont nous savons par nature que nous n'en connaîtrons jamais le terme. C'est certainement cela, faire de la politique autrement, nous en sommes convaincus. Pour être
4 Les Eco Maires agissent en faveur des démarches globales pour l'environnement et le développement durable. Leur association regroupe 700 communes et EPCI (Etablissements publics de coopération intercommunale). 5 Les dix Engagements d'Aalborg constituent un outil permettant aux autorités locales d'établir des objectifs qualitatifs et quantitatifs clairs pour l'application des principes de durabilité urbaine (croissance économique, l'environnement, éducation, inclusion sociale.. .). En 2004, 110 municipalités avaient signé ces engagements. 22

tout à fait honnête sur le sujet, cela demande du temps et une implication très forte des élus. Plus de la moitié de mon équipe municipale consacre plus d'un mi-temps aux activités publiques. Cela compense le peu de moyen dont dispose une petite commune. A titre d'illustration, notre collectivité emploie 18 personnes. Cela peut d'ailleurs poser question sur l'intérêt même d'un tel projet. Une question que l'on nous pose régulièrement est la suivante: «A quoi cela vous sert-il d'avoir un très bon taux de tri de vos ordures ménagères, alors que les Etats-Unis n'ont pas signé Kyoto?» Ma réponse est toujours la même: «je n'ai pas d'impact personnel sur le second point de la question, mais le monde commence partout, s'il ne commence pas chez nous également, il ne commence nulle part! » A chacun, selon ses moyens, selon sa motivation d'être un des ces endroits où le monde commence. Pour moi, il commence au Séquestre. Une analyse, pas une recherche de bouc émissaire Le monde commence partout et c'est pour nous tous qu'il commence tous les jours! La prise en charge de notre avenir est une affaire qui nous est commune. Lorsqu'on commence à raisonner, il est souvent facile de trouver des boucs émissaires. Mon souci est ici d'éviter de focaliser sur une profession, sur un groupe de " méchants potentiels", responsables de tous les maux. Mon objectif consiste uniquement à décrypter un système. Certains ont une vision paranoïaque du monde qui consiste à penser qu'un complot est organisé par des forces occultes, qui grugeraient le peuple. Cette idée d'une machination menée par des êtres quasiment anonymes est une solution de facilité pour se dédouaner de sa propre responsabilité. Le seul complot est celui que nous organisons tous les jours 23

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.