Accompagner les lycéens vers le cinéma

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Comment s'emparer des différents dispositifs et incitations à étudier l'image filmique à l'école ? Comment amener les lycéens à bénéficier du formidable potentiel de développement culturel et personnel des films, dès lors qu'ils sont soigneusement choisis pour leurs qualités esthétiques et critiques ? Comment articuler au mieux la réception de l'œuvre cinématographique aux objectifs pédagogiques définis par les textes des programmes de l'enseignement du français ? Telles sont les préoccupations constantes dont témoigne cet ouvrage.
Publié le : samedi 15 août 2015
Lecture(s) : 4
EAN13 : 9782336388380
Nombre de pages : 228
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Laurent Gaspard

Accompagner les lycéens
vers le cinéma
Éléments d’une pratique

Préface de Jean-Michel Frodon

Accompagner les lycéens
vers le cinéma

Nouvelles pédagogies

Collection dirigée par Jean-Max Méjean

À l'heure où l'école est sur tous les fronts, critiquée de toutes parts, et
même remise en question dans sa forme et, quelquefois,
son utilité, cette collection voudrait interroger tous les acteurs du
système éducatif qui réfléchissent et ne se laissent pas aller à la
morosité ambiante. S'il est vrai pourtant que la pédagogie a du mal
actuellement à se régénérer, et si nous sommes plus enclins à la
régression qu'à la progression (abandon de la méthode globale,
abandon du collège unique, apprentissage à 14 ans, etc.), il existe
encore des pédagogues qui tentent l'innovation et c'est eux que nous
allons chercher afin qu'ils témoignent, humoristiquement, violemment,
désespérément. Entre billets d'humeur, pamphlets et exhortations, il
faudrait que la collection puisse réveiller le corps enseignant, mais
aussi les élèves et les enseignants afin que tous comprennent la
nécessité de se réapproprier vite cette école, ferment indispensable de
toute société et de toute culture. Où est le temps de la païdeïa? Où
sont passées les utopies de 68? Pourquoi la guerre partout dans nos
écoles et cet étalage gras de la violence dans les médias ? Au secours,
on est en train de nous saborder, parce que la société va mal et parce
que l'on n'a pas d'autre alternative à proposer à la jeunesse.

Déjà parus

COLLECTIF «VIVRE LECDI »,C'est de plus en plus fou tout
ce qu'on peut encore faire au CDI !,2012.
Frédérique MONTANDON,Les enfants et la musique. Visions
de parents sur une activité extrascolaire,2011.
COLLECTIF « VIVRE LECDI »,C’est fou tout ce qu’on peut
faire au CDI: référencesthéoriques et pratiques des
professeurs-documentalistes,2010
Gwénaële GUILLERM,Vous êtes sur Radio-Clype. Abécédaire
d’une radio scolaire,2009.
Philippe MARHIC,L’enseignement individuel. Une alternative
à l’échec scolaire,2009.
Jean-PaulCLOSQUINET (dir.),Chronique ordinaire d’un
lycée différent,2007.
PhilippeBOURDIER,Un grand écran pour les lettres, le
cinéma et l’enseignement du Français,2008.
Bénédicte PARMENTIER,Flux et reflux – des adolescents à la
maison de retraite,2008.

LaurentGASPARD

Accompagner les lycéens
vers le cinéma
Élémentsd’une pratique

Préface de Jean-Michel FRODON

© L’Harmattan,2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www. harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06774-2
EAN : 9782343067742

Toute certitude étantici exclue, autant
rêver, etjerêve de la formation de
l'espace mental parle déversementdu
visible à l'intérieurducorps.

Bernard Noël,Politique ducorps,P.O.L.

Préface

L’enseignement artistique est un drôle d’animal. Tout le
monde en parle, et ce n’est pas qu’on ne le voie jamais, mais il
surgit et disparaît, change de forme et de taille, échappe à ses
défenseurs comme à ceux qui sont supposés organiser son
existence.Désormais revendiqué hautetfortpar les dirigeants
politiques etles responsables qui ontautorité sur l’éducation et
sur lavie culturelle, il ne cesse d’apparaître dans les
programmes comme dans d’innombrables rapports, documents
detravail ou textes de réflexion. Il existe aussivéritablement,
mais de manière si diverse qu’il estpratiquementimpossible de
l’identifier commeun ensemble de pratiques,un système de
référence qu’il s’agiraitensuite de mettre en œuvre, et
évidemmentd’améliorertoujours.

C’est vrai pour l’enseignementartistique en général, et
pourune de ses applications, la présence ducinéma en milieu
scolaire. Le cinéma à l’école («école »s’entendantici comme
l’ensemble des dispositifs pédagogiques liés l’Education
nationale, de la maternelle à laterminale et ycompris letemps
périscolaire) està sontour à la fois exemplaire etexceptionnel
pour ce qui concerne l’éducation artistiquen général», àe «
supposer qu’unetelle chose existe. Il représente à la fois
l’innovation par rapportauxenseignements classiques dudessin
etde la musique, l’interférence avecune pratique non-scolaire,
voire perçue comme en opposition avec l’école, des possibilités
infinies d’articulation avec le reste des programmes
d’enseignement, et un bouquetde pratiques – de la
fréquentation de salles de cinéma comme acte porteur de sens à
la fabrication de réalisations audiovisuelles par les élèves etla
rencontre intensive de professionnels pratiquantleur profession.
Décrire en détail etréfléchir de manière approfondie les
dispositifs, les enjeux, les difficultés etles bénéfices d’une

9

présence méthodique, conçue par un enseignant, du cinéma en
milieu scolaire, permet donc à la fois de mettre en évidence des
caractéristiques décisives de l’enseignement artistique et les
singularités fécondes qui tiennent au fait qu’il est ici question
d’un art et d’une technique particuliers.

Décrire en détail etréfléchir de manière approfondie les
méthodes, les enjeux, les difficultés etles bénéfices d’un
enseignement« avec le cinéma » (plutôtque d’un enseignement
ducinéma), c’est très précisémentce que faitl’ouvrage de
LaurentGaspard. Il le faità partir de sa pratique de professeur
de français ethistoire-géo dansun lycée professionnel
duSudOuestde la France. Il fautici à nouveaurecourir à l’oxymore de
l’exemplaire exceptionnel. Destrois grandes étapes de
l’enseignementpublic obligatoire, école primaire, collège et
lycée, le lycée estcelui oùle recours aucinéma estle plus
difficile, notammentdès lors qu’il s’agitdetravailler avec le
cinéma (perçucommeun loisir), etdetravailler avec des films
prêts à entrer en conflitavec les goûts revendiqués par les
élèves. L’affaire semblera encore plus compliquée dans le cas
d’un lycée professionnel, donton supposea prioriles élèves
encore moins enclins à ce genre de remise en question et
d’interrogations.

Très précis dans la description des contextes auxquels il a
affaire, etdes méthodes qu’ilutilise, LaurentGaspard n’élude
aucune de ces singularités problématiques. Pas à pas, il montre
commentelles peuventêtre, selon les cas, surmontées ou
transformées en atouts, en ressources. Sans aucune
complaisance pourun goûtmajoritaire formaté par le marché et
le conformisme, mais sans aucune arrogance envers des élèves
qui, aussi revendicatifs soient-ils de «leuchoirs »xetde
« leurs »goûts, en sontd’abord lesvictimes, l’enseignant
accompagne dumême mouvementnetles raisons décisives
qu’ilya à faire exister – à faire existervraiment, chezles élèves
– d’autres modes de perceptions, de représentations etde récits
– etles moyens d’yparvenir.

1

0

Il existe aumoinsun ouvrage qui a déjà explicité les buts
etles moyens ducinéma à l’école, question profondément
politique ausens de la construction dusujet, de sa prise de
position parmi les autres, de l’ouverture à des altérités
multiples. Il s’agitdulivreL’Hypothèse cinémad’Alain
1
Bergala ,d’ailleurs cité à plusieurs reprises. Mais même si
Bergala estlui-même enseignant, etayant une longue pratique
des multiples formes de présence ducinéma en milieuscolaire,
il énonçaitdes principes, des idées générales.Accompagnerles
lycéens versle cinémaen esten quelque sorte le contre-champ
depuisune pratique concrète, ancrée dansun lieuet un contexte
pédagogique précis.La multiplicité des exemples vécus, la
diversité des titres de films choisis, la précision des fiches
accompagnant en fin de volume des expériences effectivement
menées font de ce livre une réussite rare en termes d’unité de la
théorie et de la pratique. En effet, s’il entre avec soin dans les
détails, et n’en trouve aucun médiocre ou insignifiant, Laurent
Gaspard réussitce faisantà ne rien perdre des puissances de
montée en généralité de ce qu’il décritetanalyse à partir de cas
spécifiques, d’exemples clairs, de situations expérimentées par
lui.

Une des dimensions de cette démarche, etqui fait
particulièrementhonneur à l’honnêteté intellectuelle de l’auteur,
estla prise en compte des obstacles etobjections rencontrés
dans ces circonstobsances :tacles matériels, institutionnels,
mais aussi psychologiques, dans les rapports aussi bien avec les
collègues qu’avec les élèves. Il estaussi nécessaire que délicat
de prendre en considération les limites, oules difficultés,
internes aucorps enseignant, comme le faitl’auteur lorsqu’il
écrit:« Levéritable frein à l’introduction ducinéma en classe,
c’estbien moinsl’absence d’invitation de l’institution etde
dispositifsaccessibles sur toutleterritoire français, que le
manque de confiance que nous, enseignants, pouvons
ressentir. »

1
L'Hypothèse Cinéma–Petit traité de latransmission ducinéma parl'école
etailleurs.Alain Bergala(Cahiers ducinéma/Essais). Paris,2002.

1

1

De même, en consacrantdes pages précises àun angle
particulier durecours aucinéma en milieuscolaire, la question
de l’adaptation littéraire, parvient-il à la fois à en montrer les
ressources comme les possibles (etfréquentes) dérives,touten
suscitant une réflexion quiva bien au-delà de ce seul sujet,
selon lestrois axes principauxqui soutiennent toutsontravail :
la légitimité des enjeuxpédagogiques ausens classique d’un
apprentissage (eten particulier d’un apprentissage
professionnel), jamais négligé; la légitimité d’une découverte
des ressources pour chacun des puissances propres auxœuvres
d’artcomme œuvres d’art(dans leur complexité etleur
mystère) ; etla légitimité d’une démarche citoyenne, quitend à
former des hommes etdes femmes dans la société d’aujourd’hui
etde demain.

Un autre aspectmajeur, etqui là aussi excède en quelque
sorte son sujetimmédiat, concerne les pages dédiées aux
ateliers cinématographiques :parfaitementjustes, les
explications sur le sens réel etles enjeux(ainsi que les
difficultés) de l’utilisation par les élèves des outils ducinéma en
compagnie de professionnels, matérialisentégalementl’idée
plusvaste de la prééminence du« faire », dupassage à l’acte –
qui peutêtre aussi l’acte de regarder, de parler, d’écrire et,
disons-le, l’acte de penser.

Sans jamais s’écarter de sonvécuetde son sujet,
Accompagner les lycéens vers le cinémaoffre ainsi de
précieuses ressources pour comprendre etmettre en œuvre les
enseignements artistiques dans leur ensemble. Lorsque son
auteur écrit« l’introduction ducinéma en classe amène à avoir
non pas seulementde nouveaux rapportsavec lesélèves, mais
d’autres relationsavecsescollègues, avec l’équipe de
direction, la Drac, lesgérantsdes sallesde cinéma, avec les
artistes. Detellesoccasionsderencontrescontrebalancentla
solitude de l’enseignant, privilège parfois redoutable. Elles
permettentaussi de collaboreravec desassociations(…)», il
explicite égalementla manière dontcette pratique particulière
s’inscritdans la constitution d’untissude relations, conditions

1

2

vitales pour les enseignants et donc aussi, par ricochet, pour les
élèves.Chacun voit bien que si les modalités en seraient
différentes, la logique serait la même à propos d’autres
enseignements artistiques conçus dans le même esprit.
Mais il y a encore une leçon de plus à tirer du texte du
professeurGaspard.Elle concerne la manière dont il s’avère
que c’est à partir de ce dont on ne parle pour ainsi dire jamais,
cette quasi tache aveugle qu’est le lycée professionnel dans le
panorama de l’éducation, qu’il est possible d’émettre un
éclairage qui vaut pour tout le dispositif de l’enseignement
public, et au-delà pour l’idée infiniment plus vaste d’éducation.
Exactement du même mouvement, armé d’une réflexion
alliant modestie et exigence, LaurentGaspard susciteune
réflexion de fond sur ce que peutle cinéma dans son ensemble,
sur ce à quoi il fonctionne (c’està dire à quoi nous, les humains,
fonctionnons quand nous avons affaire à lui), sur ses
potentialités etses promesses innombrables, potentialités et
promesses qui sontloin d’être définies par le seul contexte
scolaire.
Méditation attentive à partir d’une expérience
personnelle,Accompagner les lycéens vers le cinémadevient
ainsi sans en avoir l’airun des meilleurstextesthéoriques
contemporains consacrés à cetêtretoutaussi protéiforme que
l’éducation artistique, etqu’on appelle « le cinéma ».
Jean-Michel Frodon

1

3

Introduction

Le cinéma occupe une place qui n’a jamais été aussi
grande au lycée. Même en dehors des sections qui lui sont
dédiées, les programmes de Lettres le légitiment, les salles de
cours s’ouvrent vers des projections. Et, à la question essentielle
2
que pose AlainBergala : une institutioncomme l’Éducation
nationale peut-elle prendre en compte ce que l’art
cinématographique a de spécifique, il nous semble même
pouvoir apporter, en2015, quelques éléments de réponse
positifs en prenant seulement appui sur les instructions
officielles qui guident l’enseignant, et à partir du lieu qui
semblerait pourtant le moins dédié à la culture: le lycée
professionnel.

Ce point de vue, optimiste, ne néglige pas pour autant les
défis auxquels la pédagogie du cinéma doit faire face
aujourd’hui comme ceux qu’elle peut entrevoir. Tout d’abord,
les écrans portatifs et déterritorialisés, s’ils ne menacent pas les
salles obscures, introduisent une véritable rupture historique.
Alors que l’invention du cinéma a coïncidé avec celle d’un
spectacle (c’estdu jour où les projections sont devenues
3
publiques et payantes que l’on date la naissance du cinéma ),
les nouveaux objets ont pour conséquence de dissocier la
e
réception des films des conditions instituées par le XXsiècle :
disparition du noir, du silence, de la durée imposée de l’œuvre.
Detels changements peuventdésengager le sujetde
l’expérience cinématographique.Commentpouvons-nous
contribuer à préserver cette exEpérience ?tcette expérience,

2
VoirAlainBergala,L’hypothèse cinéma,Cahiers duCinéma/essais,2002.
3
Le cinéma, naissance d’un art1885-1920,textes choisis etprésentés par D.
Banda etJ. Moure,Champs arts,2008.

1

5

qu’apporte-telle
formation ?

aux

cours,

à

l’adolescent

en

cours

de

Ensuite, une fois noté que les salles de cinéma
enregistrent régulièrement plus de200millions d'entrées par an,
etque le cinéma reste le loisir préféré des adolescents, même
s’ils raffolent par ailleurs des réseaux sociaux, il faut bien sûr
regarder plus loin que les chiffres, puisque les films plébiscités
par le public ne sontpas forcémentceuxqui interrogentles
rapports duspectateur aumonde réel età l’imaginaire, etque le
succès ducinéma ne signifie pas nécessairementla sauvegarde
de ce qu’il a de plus précieux. La fréquentation des salles de
cinéma n’estpas le gage qu’un rapport vivantauximages s’y
joue.

Jean-Michel Frodon nous rappelle que «dans les salles
4
peuvent se jouerbien d’autresdésirsqu’un désirde cinéma».
En disantcela, il ne pense pas, pour le récuser, audésir
d’embrasser la jolie inconnue solitaire que l’on peut trouver à
côté de soi auhasard d’une projection, ainsi qu’il arrive au
jeune héros deMespetitesamoureuses, pour qui lavie
s’apprend justementaucinéma.Il pense audésir des
producteurs etdes réalisateurs, lorsque ceux-civisent
essentiellementà rendre le spectateur captif d’un dispositif
asphyxiant. Quelle place reste-t-il pour la penséeetl’aventure
spirituelle, devant un film qui, par son scénario haletant, son
montage syncopé (on parle de 100plans par minute en
moyenne dansun film d’action), misetoutsur la succession
presque ininterrompue de combats amplifiés par la bande
sonore ?Le cinéma est un dispositif immersif, il doitcependant
permettre etdemander auspectateur de construireun pointde
vue. Unblockbusterpeutfaire l’objetd’une analyse filmique,
5
comme LaurentJullier l’a montré pour la saga deStarWars,
mais il annihiletrop souventle désir detravail intellectuel par

4
http://blog.slate.fr/projection-publique/2011/04/28/bon-alors-le-cinema-
c’est-quoi/, le28 avril2011.
5
L.Jullier,StarWars, anatomie d’unesaga,ArmandColinCinéma,2005.

1

6

son peu de corrélations, entre les effets qu’il met en œuvre et la
faiblesse de ses enjeux.
En outre, à une époque où l’État est un peu plus chaque
jour confronté à la nécessité de faire des économies, et où les
actions pédagogiques des lycées sont de plus en plus tributaires
de la participation des Régions, on ne peut rejeter comme
impossible le jour où celles-ci, soucieuses de valoriser leur
image tout en participant aux actions éducatives de leur
territoire, concentreront leurs moyens sur la distribution de
tablettes tactiles ou sur d’autres actions novatrices, plutôt que
dans le financement, destiné à être assez confidentiel, d’ateliers
artistiques ou d’un dispositif commeLycéens au cinéma.Ce
sont les communes rurales comme celle où je travaille, à
SaintPons de Thomières (dans l’Hérault), où le taux de chômage
dépasse20% etoùles services administratifs sont les
employeurs les plus probables, qui auraient le plus à souffrir de
telles décisions.
Pour autant, nous disions que les possibilités n’ont jamais
été aussi nombreuses qu’aujourd’hui de faire au cinéma une
place respectueuse de sa singularité dans des cours de Lettres.
De nombreuxoutils sonten place pour que les missions d’un
6
enseignantde lettres-histconjoire seuguentavecune initiation
à l’artcinématographique.Ces possibilités n’intéressentpas
seulementle cinéphile mais l’enseignant: en s’enen général
emparanten cours de français, il estpossible de remotiver nos
élèves, de redonner sens auxapprentissages, de faire de la
classe nonun lieud’hostilité, mais de recherche de sens.

Car poser simultanémentce double défi - remédier aux
difficultés de concentration de nos élèves, etdéjouer leur
réticence à être les spectateurs d’un cinéma exigeant-, n’estpas
de nature à disperser nos efforts età redoubler nos difficultés de
pédagogue. Sans doute parce que dans les deuxcas, au-delà de

6
En lycée professionnel les enseignants sontbivalents, mais c’estsous l’angle
des cours de français que l’étude d’œuvres cinématographiques estici
envisagée.

1

7

l’apparente diversité des objectifs, l’enjeu est le même:
développer la capacité de l’adolescent à désirer ce qui n’est pas
encore connu de lui et, ce faisant, de favoriser ses capacités de
concentration.
C’est du moins ce que nous pensons après une dizaine
d’années d’expérimentations. Et c’est le caractère paradoxal
d’une telle affirmation que voudrait défendre ce compte-rendu,
dont l’idée est apparue lors de formations qui m’ont été
confiées :il s’agit de la justifier, de l’étayer, même si de
nombreux sites pédagogiques, pensés et rédigés par des
passionnés, disponibles chez soi en quelques gestes, sont déjà à
notre disposition et apportent des éléments de réponse, tout
7
comme le précieux livre de PhilippeBourdier surle cinéma en
lycée général.
Nous aimerions tenter de mieux circonscrire le champ
des possibles pour montrer que, dans le respect de nos
programmes, nos pratiques pourraient être plus audacieuses
encore pour le profit de nos élèves et de l’institution scolaire et,
qu’accessoirement, le lycée professionnel est un lycée à part
entière.

Pour quelles raisons l’enseignant a-t-il tout intérêt à faire
une large place au cinéma? Quels objectifs doit-il se fixer?
Dans quelle mesure les programmes actuels permettent-ilsun
travail respectueuxduSelon qcinéma ?uelles méthodes
procéder ?Sur quels dispositifs s’appuyEn qer ?uoi le cinéma
pris entantque phénomène artistique permet-il d’établir de
nouveauxliens avec les élèves ?

Il reste à espérer que cetravail serautile auxenseignants
de lycée professionnel, mais aussi de lycée général, qui hésitent
encore à se plonger dans le cinéma pour renouveler leur
pédagogie ; à ceuxqui l’ontdéjà faitetcherchentà mettre leur
pratique en perspective ;à ceux, simplement, qui aimentle

7
Voir notammentle site Image - http://site-image.eu/?page=accueil. Et, pour
un panorama sur le sujet, l’ouvrage de PhilippeBourdier,Un grand écran
pour les lettres, L’Harmattan,2008.

1

8

cinéma et aiment à réfléchir au rôle qu’il peut avoir dans notre
société.

1

9

Première partie

RÉFLEXIONS AUTOUR
D’UNE PRATIQUE

2

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